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mercredi, 31 mars 2010

Minuit, l'heure du juste

docteurpoche.jpgVoici la couverture magique d'un très grand album.

Par où commencer et commenter ? Par le titre ? Eh bien prenons le titre. Il ne fait pas vraiment référence au livre de Gilbert Cesbron et au film d'André Haquet qui en est inspiré, Il est minuit docteur Schweitzer. Ce titre a été souvent parodié par les humoristes, mais il a un autre sens ici. La phrase "Il est minuit, docteur Poche" est prononcée page 3 par le vieux majordome en livrée du docteur qui se tient dans une horloge comtale et qui entretient le mécanisme du balancier ! On a affaire à un comique absurde comparable à celui de Mandryka qui place des personnages animés dans le coucou du Concombre masqué.

Ensuite, c'est la phrase plus ou moins prononcée auparavant, page 2, par un couple apeuré au milieu d'un décor lugubre (palissades de chantier, unique lumignon suspendu, voiture contenant une ombre suspecte, chat noir traversant la rue et surtout un inquiétante créature ressemblant au monstre du docteur Frankenstein par sa balafre). "Les douze coups de minuit ! L'heure du crime !" Et cette page contient le titre de l'histoire en son centre, dans un cartouche calligraphié en cursive "Il est minuit... Docteur Poche". L'atmosphère est clairement celle du film d'épouvante et l'on va voir des mannequins de cire en vitrine s'animer tels des morts-vivants. En fait, dans l'économie du récit, il y a une rupture entre la première page et la deuxième. Au début, dans la page 1, on est dans un environnement diurne, rassurant d'un banal médecin de famille qui habite une banale maison bourgeoise et tout bascule ensuite dans un monde où l'on apprend que le docteur fabrique des potions pouvant le rajeunir, qu'il acquiert un manteau lui permettant de voler, qu'il va affronter une sorte d'avatar de King-Kong zombie, sans compter la créature de Frankenstein déjà vue avant. Bref, on débouche sur un autre monde et il s'agit d'un album hyper-référentiel où l'on trouve aussi une masse de motifs franquiniens comme le monde des forains, une principauté ressemblant à Bretzelbürg, un inspecteur de police de toute manière imbécile et arrivant trop tard. Il est minuit, cela signifie ici : c'est le début de l'histoire, on peut commencer à rêver.

dr-poche-spirou.jpgMaintenant, revenons au graphisme. La couverture de l'album reprend en fait une partie de la couverture du numéro 2001 de Spirou. Le personnage étirait au départ beaucoup moins les bras. La scène au dessus des toits ne peut faire allusion simplement aux super-héros, c'est aussi une référence à un célèbre film. Le lien entre Mary Poppins et le docteur Poche me semble le plus évident, le décor urbain est le même, le sourire, son lien avec les enfants également. Dans la couverture de Spirou, nous avions une multiplication des docteurs Poche. C'était parce que Charles Dupuis tenait beaucoup à cette série qui avait été longuement annoncée à l'avance. Ce que l'on peut remarquer, c'est que le docteur porte sur son chapeau dans la couverture de l'album sa souris Tanenbaum alors qu'elle était absente de la couverture. Le paysage de toits a été rétréci pour former juste un pied de page et non plus un cadre. Il y a eu une simplification des étoiles qui encombraient le ciel. Ce qui était le plus bizarre était le fait que ce soit une scène nocturne avec un ciel totalement bleu pâle et cela a été corrigé dans l'intégrale avec une troisième version encore simplifiée. On devait penser que le bleu clair était une couleur plus vendeuse et fédératrice pour un fond d'album.

On sait que Wasterlain a eu un accident de la main et que depuis son dessin a un aspect anguleux, un peu nerveux et qu'il tendance à lancer son trait sans vraiment s'arrêter. On peut voir que le nez du docteur Poche est plus long dans la couverture de Spirou (il atteint le bord de la couverture) que dans celle de l'album : suite à une remarque de Jijé, Wasterlain l'a réduit progressivement. Pourtant, le premier très long nez est celui présent dans l'album et dans certains de ceux qui suivent. Même si la taille du nez du docteur Poche a toujours changé au gré des épisodes, une caractéristique des couvertures d'albums est de présenter des nez plus courts que dans les pages. Je suppose parce que le très très long nez du début paraissait un peu suspect.

Un autre point important est le lettrage : les lettres du nom docteur Poche sont toutes irrégulières à des hauteurs différentes. Quand on voit les couvertures des autres albums de Wasterlain, c'est une de ses caractéristiques : il mélange parfois les casses, il n'écrit pas à la même hauteur, mais ici cela a un autre sens. Le nom du personnage est écrit de telle manière qu'il suggère le vol et le battement d'ailes de la cape.

Toi aussi corrige la page perso de ton préz

En effet, depuis un siècle déjà, le pavillon néerlandais aux couleurs rouge, blanc, bleu disposées à l'horizontal flottent sur toutes les mers.

Le drapeau tricolore ne prend sa forme définitive que le 15 février 1794 (27 pluviôse an II) lorsque la convention nationale décrète que le pavillon national « sera formée des trois couleurs nationales, disposées en bandes verticalement, de manière que le bleu soit attaché à la gaule du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs ».

Je ne parle même pas des multiples erreurs de typographie, d'abréviations, des lettres non accentuées, mais il me semble que le nouveau site de la présidence de la Rébublique française manque un peu de correction et qu'il manifeste mal du génie de la syntaxe française. Comme symbole de notre si beau pays, cela la fiche un peu mal. Je savais déjà que notre admirable président était passablement brouillé avec la grammaire, mais je ne pensais pas qu'il contaminait tout le personnel de l'Élysée.

mardi, 30 mars 2010

Je me souviens de... Jonathan

jonathan.jpgVoici un album qui a particulièrement marqué mon adolescence baba-cool. L'histoire est particulièrement complexe quoique ou parce que mélodramatique (je vous invite à lire ce résumé afin de comprendre la suite).

Il y a d'abord le style très épuré et en même temps chargé de la couverture. Deux couleurs dominent : le bleu et le blanc. Il était rare qu'un album qu'un album contienne autant de blanc sur sa couverture. Le dos était lui-même blanc et très simple, avec juste quelques suggestions de musique planante fort à la mode à cette époque. Même le nom de l'éditeur a été écrit en bleu afin de correspondre à une charte graphique. On remarquera l'adéquation de la situation du personnage et de l'idée d'une musique électronique faisant voler les esprits. On a un aspect classique par des cadres tous centrés, une manière de vouloir aller directement à l'essentiel sans s'encombrer de détails inutiles. Ensuite, il y a le détachement de ce qui semble être un agrandissement de case, comme si l'on plongeait directement dans l'histoire et non pas dans un résumé de la scène la plus spectaculaire.

Le nom du personnage principal n'est pas innocent : il vient du roman Jonathan Livingstone, le goéland, de Richard Bach, et surtout du film. Une autre histoire pleine de grands messages un peu gourouïques sur la recherche de sa propre personnalité. Cosey entendait aussi délivrer une sorte de vérité philosophique d'inspiration plus ou moins orientale, un peu bouddhiste, un peu taoïste, un peu tout et son contraire, pourvu que ce soit pacifique et pour la liberté des personnes.

On remarque le titre qui est fort poétique. Presque tous les titres de Cosey sont des évocations mystérieuses : l'Espace bleu entre les nuages, Pieds nus sous les rhododendrons, Et la montagne chantera pour toi, Celui qui mène les fleuves à la mer, la Saveur du songrong... Je pense que c'est l'un des auteurs de titres les plus originaux dans la BD. Mais ce titre est dans une typographie particulière : il est écrit avec un dégradé qui va d'un gris à un noir, le nom propre du personnage étant écrit en dernier. Le tout passant par des hâchures qui montrent la reconstitution de la mémoire du personnage, puisqu'à l'origine Jonathan est un amnésique à la recherche de sa propre histoire. Les points de suspension finals indiquent que l'histoire peut se prolonger, mais qu'elle a aussi eu lieu avant.

On ne sait où se déroule la scène. Ce sont des montagnes enneigées qui pourraient être n'importe où. Il y a pourtant des indices, par le choix de la typographie pour le titre de la série avec une police qui imite un peu le devanagari ou les syllabaires apparentés, par les ornementations dans ce bandeau, par le crénelage supérieur de la case, et puis par la couleur ocre-jaune de la combinaison du personnage et de l'avion qui s'éloigne : cela signifie une sorte de retour au Tibet, mais sans le dire explicitement : la couleur safran étant l'une des couleurs préférées des moines bouddhistes.

Un autre problème est le choix de cette image d'un personnage sautant en parachute. Il est lourdement symbolique. Il s'agit non pas simplement du héros qui va affronter l'héroïque Armée populaire qui avait envahi le Tibet, mais aussi du personnage qui va se plonger dans son passé à la recherche de son amour perdu. Bref, d'une psychanalyse en action. Il saute dans le vide pour se découvrir tel qu'il est. Tout cela est fort surligné une fois que l'on a lu l'histoire, mais cela n'apparaît pas au premier regard. Le dessinateur met en avant ce qui fait son style : des contre-plongées, des plongées, des panoramiques, des cases éclatées. Du grand spectacle, mais réalisé avec une économie de moyens.

Une chose que j'ai toujours trouvée étrange, c'est que Cosey ait choisi de situer sa première histoire publiée dans l'hebdomadaire Tintin au Tibet. Le personnage évolue ensuite en Inde, puis aux Etats-Unis. Je me suis demandé s'il n'y avait pas une manière de se situer dans un certain héritage et de faire référence à Tintin au Tibet, mais d'une autre manière. Or Tintin au Tibet est l'histoire la plus personnelle d'Hergé. Jonathan recherche Saïcha dont il ne se souvient plus (et l'inconscient a bon dos alors) comme Tintin recherche Tchang disparu dans un accident d'avion. Tintin fait au début de l'album un rêve prémonitoire, Jonathan retrouve la mémoire à la faveur d'un accident. On ne trouve aucune trace de l'occupation chinoise du Tibet dans Tintin, alors qu'elle est en cours au moment où Hergé publie son album. Jonathan franchit les montagnes en utilisant un avion, Hergé ne parle pas des troupes chinoises qui stationnent sur les frontières et se battent contre l'Inde. C'est comme une sorte d'anti-Tintin, mais tout en étant une autre sorte de Tintin avec des formules un peu codifiées sur le sens de la tolérance, de l'amitié, de l'amour, du dévouement, du progrès envers soi-même qui peuvent plaire à presque tout le monde (sauf les amis des dictatures et des idées régressives). Il y a le même côté boy-scout chez Jonathan que chez Tintin, mais ce n'est plus la même génération d'auteurs.

Un point fort étrange, c'est qu'à l'altitude à laquelle plonge le héros, c'est qu'il lui aurait fallu un masque à oxygène afin de survivre à son parachutage. Oui, mais cela aurait masqué son visage et c'est un peu embêtant pour un héros positif que d'apparaître sous un masque tel Dark Vador ou Fantômas.


lundi, 29 mars 2010

Qui sont les Dalton ?

dalton.jpgVous voyez ici la première apparition en couverture des frères Dalton que l'on connaît tous sous le seul nom de Dalton (1958, prépublication en 1957). Ils sont nommés alors les cousins Dalton parce que les vrais Dalton, les seuls de la légende de l'Ouest apparaissent dans le numéro six de la série (1954, prépublication en 51-52). Ce seront après les seuls Dalton, les vrais et plus les cousins. Ils seront ensuite les seuls Dalton qui soient. Leurs cousins plus réels n'avaient pas eu le titre d'un album à leur nom et eux ils sont devenus célèbres d'un coup en devenant de cousins Dalton en simples Dalton !

Que doit-on penser de la typographie du titre de la série ? Ben... Elle fait far-west. On trouve toujours des lettres avec un super-empattage dès que l'on a affaire au titre de la série, c'est vrai pour Jerry Spring, Blueberry, Buddy Longway et tant d'autres. Le super-empattage fait immédiatement venu directement de l'Ouest. On retrouve cela dans la mention du "Saloon" qui a des empattements fort gras à souhait. Il faut super-empatter pour faire vesterne. Je n'ai jamais compris pourquoi, mais c'est comme ça.

Vous aurez remarqué aussi que le nom des cousins Dalton est écrit dans une police différente, plus bédéiste et là on est plus dans la tradition de la bande dessinée européenne ou du comics tandis que le surtitre indique le genre de la série. L'album n'est pas du tout crédité à Goscinny et pourtant c'est lui qui a écrit le scénario et qui est à l'origine du retour des Dalton, mais sous une forme plus parodique. Il ne signera que plus tard en 1961 dans les Rivaux de Painful Gulch et c'est parce que le succès d'Astérix ou de Pilote est là. Nous avons huit albums sans son nom sur la couverture. Il faut remarquer que Goscinny s'est longtemps battu pour que le nom des scénaristes et leur travail soient reconnus.

J'ai dit que c'était le deuxième album des Dalton fictifs, car en effet ils apparaissent déjà dans le onzième titre de la série : Lucky Luke contre Joss Jamon(1958, prépublication en 56-57) où ils ne sont que des figurants au détour d'une page parmi d'autres desperados et outlaws. Ce n'est pas l'album qui les crée comme personnages à part entière. Nous avons donc une création composite : deux premières esquisses par Morris qui s'appuie sur la légende des vrais frères Dalton, mais ces frères doivent mourir de façon violente et cela pose des difficultés, ensuite une première tentative de reprise par Goscinny mais parmi bien des vilains, et enfin la création des seuls nouveaux Dalton qui doivent se nommer cousins et puis dont on oublie ensuite le lien avec les vrais Dalton.

Un autre point remarquable dans cette couverture, c'est la forme en escalier. Dans le jargon de la presse, cela désigne les articles qui par leur composition dans une page se situent à des hauteurs identiques tout en étant de dimensions différentes. C'est un vieux truc de la presse et Morris avait déjà utilisé cela pour les premiers Dalton qui étaient déjà de tailles différentes. Ce qui est comique dans la couverture, c'est que l'expression du jargon typographique est prise au pied de la lettre : nous avons l'effet de l'escalier bien illustré. Je ne crois pas que Morris ait repris le procédé de manière aussi flagrante ensuite dans une couverture, mais il énonçait là ce qui allait constituer sa ressource de gags : la différence de taille. Nous avons affaire à un clin d'oeil de gens de la presse qui connaissaient le langage des journalistes. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'on a tant de journalistes étourdis ou stupides ou corrompus dans cette série (mais les journalistes dans Lucky Luke serait un autre sujet assez vaste).

 

Chanson du billet.    

dimanche, 28 mars 2010

Cléopâtre et Astérix

asterix-et-cleopatre.jpgPoursuivons la série de billets au sujet des couvertures d'albums de BD particulièrement remarquables. Voici celle du livre qui a vraiment lancé la série dans le grand public en 1965, juste après le Tour de Gaule qui était déjà un succès. Pourquoi Astérix ? Parce qu'il y a tant à dire...

Quelles remarques faire ? D'abord typographiques : le nom d'Astérix a toujours été au centre et dans une forme Word-Art avant l'heure. On est loin de l'école Hergé qui privilégie une police plus simple et souvent dans un cartouche. Le nom du personnage est écrit de manière convexe et cela possède un sens : les références de Goscinny sont cinématographiques. Il s'est nourri du cinémascope et nous sommes devant un film technicolor. Le nom du personnage a été aussi soigneusement choisi pour figurer en tête de liste et nous n'aurons ensuite plus affaire à "Une aventure d'Astérix" comme nous aurions "Une aventure de Tintin" ou "Une aventure de Barbe-Rouge". Goscinny s'est d'abord appuyé sur la marque Pilote avant de lancer celle d'Astérix sans le qualificatif de Gaulois et sans la mention d'aventures.

Ensuite, nous pouvons voir des caractères qui ont une apparence comme gravée dans du marbre. Cela donne un aspect antique à la chose, mais Uderzo avait déjà commis ce genre d'analogie graphique dans Astérix et les Goths. Il récidivera souvent ensuite, avec les Normands, aux Jeux olympiques, etc. Ce n'est pas follement original, mais il y a une possibilité de voir les lettres déformées comme des ersatz de lettres grecques et c'est un peu embêtant. On rajoute donc à gauche quatre chandelles avec des hiéroglyphes incompréhensibles dans des cartouches verticaux (et non horizontaux, toujours le souci de se dissocier de l'école Hergé). Cela donne l'aspect égyptien un peu plus sûr. La couleur des cartouches fait raccord avec le nom des auteurs, le coussin de Cléopâtre, sa robe et puis les braies ou le casque d'Obélix.

Maintenant, examinons la construction du titre : sur 24 albums, Goscinny a employé 13 fois la forme "Astérix et" ou "Astérix chez". Il l'évite lorsque la série est bien installée et devient populaire. Ce n'est pas anodin, Hergé avait procédé de la même manière au début de Tintin, il n'y est revenu que dans Tintin au pays de l'or noir dans une période critique et Tintin et les Picaros, Tintin et l'Alpha'Art à la toute fin lorsqu'il sentait que le monde changeait. Marteler le nom du personnage est une façon de l'imposer comme une marque.

Examinons à présent le dessin qui est le seul dessin de couverture en format réduit de cette collection. Nous sommes frappés d'abord par l'énorme présence de blanc dans la couverture. Ce n'est pas très habituel en bande dessinée, mais cela donne une allure un peu gallimardesque à un album de petits mickeys. La présence du blanc est là comme une tentative de légitimation d'un art populaire. Ensuite, le dessin reprend en fait une des affiches de la Cléopâtre de Mankiewicz. Cela explique le format inhabituel de la vignette qui est prise tout en longueur, comme si elle avait été prise dans un film en panoramique. Les deux héros encadrant Cléopâtre évincent Panoramix qui est pourtant le troisième larron gaulois de l'histoire. L'histoire reprend d'ailleurs une foule de cadrages, voire de scènes venant du film de Mankiewicz (le sphynx sur roues servant de carrosse, les perles dans le vinaigre, la prosternation de Numérobis devant Cléopâtre sur son trône surmonté d'une image de dieu animal).

Quand on regarde le texte assez inhabituel pour une BD, on trouve une sorte d'argumentaire de film à grand spectacle et cela a été précisément l'argument de vente du Cléopâtre de Mankiewicz qui devait enterrer Autant en emporte le vent ou les Dix Commandements ou Ben-Hur dans la surenchère. Plus de millions de dollars, plus de figurants, plus de jours et de lieux de tournage ! C'est de la grande parodie de péplum, mais aussi une opération d'auto-promotion pour valoriser la série. Ce qui est comique, c'est que cela avait été commencé par une annonce dans le journal Pilote et alors, patatras ! Erreur de syntaxe, "la plus grande aventure qui n'ait jamais été dessinée". Je suppose que Goscinny avait laissé Uderzo libre de son texte et de son illustration, mais il a repris la main après pour l'album. Le dessin a été aussi revu afin de paraître comme cune bande annonce en couverture de livre et non plus dans un magazine, on a supprimé la mention "Réservez vos places !" par exemple.

Uderzo a ensuite repris sa couverture sous diverses formes que je ne juge pas très intéressantes (je ne crois même pas qu'il les ait dessinées lui-même, mais il les a approuvées) et que je préfère ne pas citer tant elles sont infectes.

samedi, 27 mars 2010

De la bien-pensance

Nous avions déjà eu au début des années nonante la dénonciation d'un prétendu politiquement correct. Je dis prétendu, parce que les exemples sont souvent imaginaires ou ne reposent que sur des généralisations abusives. Etaient politiquement corrects tous ceux qui ne pensaient et ne parlaient pas comme les énonciateurs de cette formule codifiée comme un exorcisme au point de devenir un cliché.  

Puis est venue la mode d'insulter tous les contradicteurs en les traitant de bobos, alors même que c'est un concept publicitaire et commercial étatsunien à la base. Si quelqu'un défend les droits de l'homme ou des idées démocratiques, c'est forcément un mangeur de sushis qui roule en Vélib, qui possède le dernier iTruc de Apple et qui achète des produits bio dans le commerce équitable. C'est un peu comme si l'on faisait des métrosexuels les porteurs d'une idéologie particulière, même s'il ne sont que les vecteurs d'une forme de marquetingue.

Maintenant, dans le bruit général, il est devenu très à la mode de dénoncer la bien-pensance que l'on va écrire avec un trait d'union. Cela me semble bizarre. J'associais auparavant la bien pensance à des idées conservatrices (souvent catholiques, mais pas exclusivement), voire réactionnaires : c'est une expression que les milieux anarchistes et gauchistes employaient pour dénoncer les cagots, les bigots et les magots qui ont beaucoup d'oeillères. Ceux qui n'aiment pas les autres quels qu'ils soient : les homos, les étrangers, les jeunes, les pauvres, les vieux, les handicapés, les drogués, les fous. Mais pas du tout ! maintenant, la bien pensance, c'est le fait de dénoncer une injustice, une absurdité, une violence, un danger selon la novlangue des réacs.

Examinons un peu dans Google Actualités quels sont les sujets visés lorsque l'on emploie le nouveau poncif de bien pensance qui s'attaquerait à de véritables héros : Zemmour, Guillon, Frèche (hélas !), Gérard Longuet (ex d'Occident, mouvement ultra-violent), Robert Ménard qui défend la peine de mort, Eric Besson qui défend ses expulsions de familles disloquées, Dorothée et ses animes totalement stupides, Georges Soros et ses boursicotages invraisemblables, Thierry Ardisson et ses pugilats organisés puis remontés, Claude Allègre et ses bourdes statistiques titanesques. Ce sont tous des victimes de la vie, de pauvres êtres martyrisés par la bien pensance.

Je vous livre le plus croustillant dans un éditorial de la Tribune : "Attaqué de toutes parts par le déluge malsain de la bien-pensance". La bien pensance est malsaine, cela devient de plus en plus paradoxal. Dire que l'on est favorable au mal en général est devenu une sorte de norme dans les éditoriaux qui défendent la liberté d'expression pour soi et les siens, mais non pour les autres. Ce n'est pas anodin, il s'agit de la diffusion d'un élément de langage du Front haineux qui a su contaminer la presse généraliste ou les partis démocratiques ; les milieux nationalistes et réactionnaires ont réussi à retourner le sens d'une expression qui les stigmatisait, puis à faire en sorte qu'elle soit reprise en choeur par des personnes qui n'appartiennent pas à la réacosphère ou la fachosphère. Et je suis désolé de voir Jean-François Kahn se comporter en perroquet avec des mots hyperboliques (mais ce dernier point est une habitude chez lui). Il m'avait habitué à mieux en matière d'examen des mots.

Il n'y a pas de terrorisme de la bien-pensance, parce que l'on y trouve tout et son contraire. Il n'y a d'ailleurs pas de bien-pensance du tout. C'est un concept dans lequel on place ce que l'on veut selon son milieu, son éducation, son public, ses intentions. Les bien-pensants, ce sont toujours les autres que l'on veut dénoncer, mais cela n'a aucun sens en soi. Cela pourrait être le point de vue par exemple de Jean-François Kahn lui-même, et son parler-vrai se retournerait contre lui. Il est peu étonnant que la nouvelle stigmatisation de la bien-pensance soit née sur des sites anti-islamistes et d'abord anti-musulmans, xénophobes, voire vraiment racistes (je ne les mélange pas tous). Dénoncer la bien-pensance a été depuis deux ou trois ans l'oeuvre de réactionnaires qui ont un problème avec les populations venues d'ailleurs. C'est devenu ensuite un tic de langage à force d'employer le terme pour désigner une pensée que l'on estime ennemie. Le beau mot tolérance n'est jamais énoncé. Il faut aller à l'affrontement, au combat, à la guerre, en accumulant les clichés sur tous les autres qui ne sont pas comme nous. Et je dis : non. Parce que je suis bien et mal pensant. Contradictoire et demandant d'abord la contradiction.

vendredi, 26 mars 2010

L'Allemand perdu

allemand_perdu.jpgJ'ai décidé de me lancer une fois par semaine dans une nouvelle entreprise. Décrypter (oui, oui, je vous entends bien ricaner face à ce verbe à la mode) des titres ou des couvertures de BD un peu emblématiques. Il faut qu'elles soulèvent un problème soit linguistique, soit graphique un peu original, même si cela a été dit par ailleurs. Je n'ai pas encore décidé du titre de cette nouvelle catégorie.

Je commence par un grand de la BD : Mike S. Donovan, alias le lieutenant Blueberry. Que remarquons-nous ? D'abord un double titre de série : Fort Navajo et une aventure du lieutenant Blueberry. La série commence par un album intitulé Fort Navajo et ce sera en quelque sorte le surtitre de la série jusqu'à Chihuahua Pearl (1973) qui introduit le cycle mexicain et qui s'éloigne encore plus du fort. Ensuite, on ne trouve plus que le lieutenant Blueberry, jusqu'à Arizona Love qui est la fin des scénarios de Charlier du fait de sa mort, mais aussi la fin du cycle indien. Il devient après Mister Blueberry (1990). Nous avons donc affaire à une série aux noms fort multiples selon les époques, d'autant que se sont installées des séries parallèles comme la Jeunesse de BlueberryMarshall Blueberry. Il y a déjà un premier problème : le lieutenant Blueberry n'a vécu que durant cinq albums sur treize dans sa garnison du Fort Navajo. Le titre de la série n'avait plus aucun sens. Il n'en avait pas non plus lorsqu'on utilisait le terme lieutenant Blueberry pour désigner un personnage devenu un hors-la-loi, un condamné, puis un évadé à partir du diptyque du complot politique (1974-1975). La série montre l'évolution d'un personnage qui sort du cadre traditionnel du western de garnison  et qui évolue parfois avec retard dans le paratexte, parce que la forme est avant tout feuilletonnesque. L'album ne commence pas à Fort Navajo : Giraud demandait à son scénariste des histoires un peu moins militaires et on voit déjà que le héros ne possède plus d'uniforme (mais c'était déjà le cas avant dans l'Homme à l'étoile d'argent).
et

Le titre de l'album mérite surtout l'attention. Il fait référence à une histoire réelle qui s'est déroulée en Arizona : celle de Lost Dutchman's Gold Mine. Vous allez vous dire que le Dutchman était un Néerlandais, mais justement pas du tout ! Il s'agit d'une confusion en anglais entre dutch (néerlandais en anglais) et deutsch (allemand en anglais), comme on le trouve pour les DutchsAmish parlant souvent un bas-allemand ou un dialecte alémanique. Jacob Waltz était prussien, certes, mais tout parler germanique non anglais était confondu dans un grand tout et c'est pourquoi on ne parle par de Lost German's Mine. qui sont en fait des mennonites et les

Cependant, il y a un nouveau problème dans la traduction de l'expression. Je ne sais si Charlier maîtrisait peu ou prou l'anglais, je le crois plutôt désinvolte et dominé par ses histoires : il était pilote, il a mené des enquêtes aux Etats-Unis, il a accumulé une grande documentation en langue anglaise pour ses histoires, et en fait il suivait sa fantaisie. Mais le titre aurait dû être la Mine perdue de l'Allemand si l'on suit la syntaxe anglaise. Cela fait un peu moins rêver. Il y a à la base Von Luckner, un personnage totalement rendu fou, en haillons, aux cheveux et à la barbe hirsutes, qui canarde les héros à coups à coups de balles d'or avant de tenter de les sauver, mais en vain. Cela fait irrésistiblement songer à la fin de l'Île au trésor, au personnage de Ben Gunn prêt à tirer au canon les pièces d'or de son trésor caché contre ses ennemis. Or, et c'est là où cela devient paradoxal, la véritable Treasure Island se trouvait en fait en Californie, en pleine terre, si l'on en croit les sources de Michel Le Bris. Charlier a donc réenraciné une histoire européenne en Amérique. L'Allemand perdu montre que le scénariste avait en tête l'idée de démarquer le roman de Stevenson par cette apparition fantômatique. Perdu pour qui ? Pour la civilisation, pour les autres. Victime de son ancien domestique, comme Ben Gunn fut victime de Long John Silver.


mercredi, 24 mars 2010

Qxur

— On ne cesse de nous suriner. La Dépêche du dimanche, 7 mars.

— Pas besoin d'attendre le dépouillage. Var-Matin, 13 mars.

— [Le Pen] ne pardonne pas à l'ancien président [Chirac] de l'avoir mis au banc de la classe politique. L'Express, 11 mars.

— Accident mortel : plus de peur que de mal. Ouest France, 17 mars.

— Sulfureuses Onze mille vierges d'Apollinaire. La République du Centre, 13 mars.

lundi, 22 mars 2010

De la Bérézina

Berezina.jpgBon. Tu vois ce splendide tableau du plus pur art pompier du XIXe s. et tu te demandes ce qu'il a à voir avec l'actualité, et tu as raison. On y voit pêle-mêle de la fumée de canon, de la glace, des hommes dans un joli écrabouillage général où on ne comprend strictement rien et c'est beau comme de l'antique, on se croirait aux Thermopyles ou dans les Fourches Caudines, et cela donne de jolis effets graphiques avec plein de mignonnes couleurs belles à voir.

On trouve des dizaines de tableaux similaires par des peintres de troisième rayon qui peignent tous les mêmes scènes : le passage de la Bérézina par les troupes françaises et européennes face à l'armée russe. Le paradoxe, parce qu'il faut bien que l'histoire soit étonnante, c'est que la Bérézina a été une des grandes victoires napoléoniennes et Dieu sait si Bonaparte n'a pas été avare en victoires, c'était un génie du point de vue tactique et stratégique à la fois jusque dans sa campagne de France qu'il mène brillamment dans ma plaine champignacienne. Or il se trouve que cette victoire incontestable pour échapper à l'encerclement par des troupes supérieures en nombre et opérant sur leur propre terrain s'est transformée en synonyme de défaite au même titre que Trafagar ou Waterloo. Le problème, c'est que dans la bataille, plus de trente mille hommes meurent. Ben oui... on meurt beaucoup à la guerre, c'est comme ça et pas pour de faux, comme dans les jeux d'enfants.

On comprend alors l'émotion, le sentiment d'une sorte de désastre. Une armée parvient à échapper à un piège redoutable, au péril des eaux glacées face à un ennemi plus puissant et venu de tous les côtés, elle y laisse un bon nombre des siens et ce qui est sa victoire se transforme en une sorte de débacle. C'est cette image que l'on a retenu dans l'imagerie populaire et dans le langage courant. Parce que la victoire était trop chèrement payée.

Maintenant, pourquoi en parler à présent ? Parce que je lis dans la presse l'idée d'une Bérézina de la droite.

- Plus en raison de la crainte d'une Berezina au niveau national et régional que par rapport aux résultats locaux. La Voix du Nord.
- L'UMP tente d'éviter une Bérézina. Les Echos.
- Ce n'est pas la Bérézina. Ouest-France.
- Outre les réconforts alsacien, réunionnais et guyanais (le divers gauche Rodolphe Alexandre, rallié à Sarkozy, l'a emporté), la berezina se confirme pour la droite. Libération.
-
Dans la Berezina ambiante à droite, la candidate (UMP) à la présidence de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, tire son épingle du jeu. Le Monde.

Et je vous évite les 168 autres mentions de la même expression dans le même contexte, selon ce que me donne Google Actualités. Cela donne tout simplement l'impression d'un cliché que l'on emploie sans bien le comprendre. Je décerne cependant la palme à Libération pour l'emploi de ce cliché à contresens et je tresse une couronne de laurier à son directeur qui en est le spécialiste. 

dimanche, 21 mars 2010

Superman, ce juif inconnu

superman.jpgLa question est : Superman est-il un héros juif comme le disait Herman Goering ?

Une exposition récente "De Superman au chat du rabbin" posait la question.

Il y a d'abord des éléments incontestables, ses créateurs Jerry Siegel et Joe Shuster étaient tous deux des juifs étatsunien et canadien dont les familles venaient de Lituanie, d'Ukraine et des Pays-Bas. Mais cela ne signifie pas que Superman soit un symbole du peuple juif en lui-même. En fait, c'est un brassage de beaucoup d'éléments culturels juifs et européens dans un creuset américain. Nous sommes dans un syncrétisme qui crée une mythologie moderne.

Le personnage naît en 1932, à l'origine ses superpouvoirs lui ont été donnés par un savant fou (le savant fou serait un sujet de thèse en soi) qui en fait un personnage méchant. Cette version publiée dans un fanzine n'a aucun écho. Nous n'avons ici que le croisement entre la créature de Frankenstein (Frankenstein est le savant, pas le monstre) et puis... le Golem. Or le Golem est un thème fortement juif, il peut être aussi bien destructeur que salvateur. En tout cas, c'est un autre homme, un autre Adam ou une créature artificielle aux pouvoirs surhumains. Le logo de Superman sur sa poitrine rappelle l'inscription sur le front du Golem qui permet de changer Emeth (vérité en hébreu) en Meth (mort) et donc d'annuler les pouyoirs du Golem si on efface la première lettre. Du personnage du Golem, Superman retiendra un point faible : quelque chose peut supprimer ses superpouvoirs (ce ne serait pas rigolo si le héros vaincrait à tout coup). Ce sera la kryptonite qu'il a amenée avec lui lorsqu'il est arrivé sur Terre après la destruction de sa planète Krypton.

En 1938, Superman renaît, mais sous une autre forme. Il sera au service du bien cette fois. Désormais, il est un enfant rescapé de l'explosion de sa planète. Il est adopté par une famille de protestants que l'on peut trouver méthodistes. Il prend le nom de Clark Kent, devient un journaliste on ne peut plus anodin et sans intérêt, file une histoire d'amour avec Lois Lane qui est le modèle de la jeune fille WASP ou schickse, blonde et fade. Personne ne se doute de sa double identité. Il vit comme vivrait un juif maranne, pratiquant en secret sa religion.

Qu'avons-nous ? Une resucée des mythes de Moïse recueilli par la fille du pharaon, de Rémus et Romulus qui sont adoptés par la louve puis par un couple de simples paysans, de toutes les histoires d'enfants sauvages. Et cela nous conduit à une parodie écrite par Spiegel : il avait osé s'attaquer à Tarzan himself dans un fanzine ! Tarzan, le grand mythe étatsunien de cette époque. Or l'histoire de lord Greystoke est on ne peut plus WASP malgré la présence de singes et de Noirs, et son auteur manifeste un attachement à des idées un tantinet réactionnaires. Superman est aussi une réponse au Tarzan qui reflétait les opinions de la Nouvelle-Angleterre.

Il y a le contexte linguistique : la planète Krypton qui a été détruite est donc censée être secrète, puisque la racine renvoie au secret. Le nom réel de Superman Kar-El ou Petit Dieu en hébreu est une référence juive, et Superman agit comme la main de Dieu dans l'univers. Il est celui qui a été sauvé d'un désastre comme Moïse, Romulus ou... Jésus (pensez à l'histoire des premiers nés d'Egypte). Il doit cacher son identité alors qu'il est fort et redoutable, mais d'abord au service du bien, et c'est pourquoi on le retrouvera en service commandé contre l'Allemagne nazie comme tous les bons héros et super-héros américains.     

Il y a aussi un contexte social. C'est l'époque où Meyer Lansky et Bugsy Siegel font la une (le scénariste de Superman n'a pu passer à côté de cette homonymie). La Yiddish Connection était à son sommet alors et elle s'affrontait aux mafias irlandaises et italiennes. C'est aussi l'époque où les athlètes juifs remportent des récompenses sportives de manière écrasante. 1938, c'est encore le moment où l'Irgoun affronte l'armée britannique en Palestine et arrive à la faire céder. La grande période de Superman se terminera en 46 par un procès avec DC pour les droits d'auteur et il me semble inutile de me référer à la légende postérieure. Bref, il s'agit d'une forme de triomphe des juifs alors qu'ils étaient écrasés, victimes de pogroms en Europe orientale, relégué à l'île du Diable s'ils étaient Français et Alsacien. Superman illustre cette forme de revanche. Il n'est pas anodin que la plupart des créateurs de super-héros soient juifs. Captain America, réplique exacte de Superman, les Quatre Fantastiques (ils changent de forme dans l'instant !), le Spirit (un mort-vivant qui ne se sert que de ses poings pour faire la loi et le tout en sept pages !) C'est un moment où certains juifs prennent conscience de leur force et où d'autres inventent des histoires en mélangeant des choses venues d'un peu n'importe où : Superman, c'est à la fois Samson de la Bible et Hercule de la mythologie, mais encore d'autres choses.

Le revers, c'est la parodie de ce qui était déjà une parodie, cela nous donne Astérix et sa potion magique par Goscinny, Superdupont et son holster à camembert par Gotlib. Parce que même les juifs aiment à se moquer entre eux de leurs histoires invraisemblables.

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samedi, 20 mars 2010

[Sardouïsme et sarkozysme] Défense de l'éthique de Bernard Tapie

Je reçois une lettre de ma chère umpiste de gauche, Mariah-Samanthah, que vous connaissez bien puisque je lui explique comment réussir à sa quatrième session du bac de français STG.

Mon cher comte, je suis horrifiée ! Notre ignoble prof écolo-socialiste barbu nous a encore donné un texte à expliquer dans le cadre de Sarkozysme et sardouïsme. Il s'agit d'une chanson parlant d'un grand entrepreneur de la France qui se modernise nous a-t-il déclaré, mais il n'a pas voulu nous préciser qui. Je ne sais quoi dire parce que je ne vois pas de qui il s'agit et je ne vois pas du tout de quoi on parle. Quel est donc ce régime dictatorial dont on nous parle ?

Ils ont pris mes stylos
Mon bureau mes papiers
Retrouvé dans mon dos
Mes factures impayées

Voyons. Il s'agit d'une référence à un autre chanteur qui fut célèbre aussi et qui poursuit depuis une carrière d'acteur sur les planches et devant le parquet. Depuis, il a été réhabilité par notre nouveau régime et on applaudit l'ancien dissident, rescapé des camps de la mort. 

Ils ont pris ma bagnole
Mon appart ma télé
Ils m'ont dit tes casseroles
T'en as pour des années

Noter l'emploi du "ils" en tête de vers : cela donne l'impression d'un pouvoir totalitaire totalement impersonnel. Apprécier le fait que les casseroles n'aient plus duré longtemps depuis l'élection de notre magnifique président et qu'au contraire l'ex-Trésor public soit obligé de verser des indemnités à quelqu'un qui ne payait pas ses factures. 

Ils sont v'nus un matin
En imper Columbo
Les huissiers les notaires
L'Urssaf et les impôts

Relever l'image de l'imper du lieutenant Columbo, forcément minable et tombant en lambeaux, tout comme sa Peugeot hors d'âge. Relever le fait que c'est assez contradictoire : on n'a jamais vu de notaires ou d'huissiers dépenaillés, mais cela donne l'impression qu'il s'agit d'opérations de basse police. 

J'les ai vus satisfaits
Du devoir accompli
Les médias le Palais
Et puis tout c'qui s'en suit


Mais mon amour
Ils l'auront pas
Mon dernier rêve
Sera pour toi

Il faut noter la prémonition de la grande chanson républicaine du citoyen Florent Pagny, autre exilé digne de Hugo, de Karl Marx et de Jules Vallès. Mais aussi la citation d'un poète moins inspiré que Michel Sardou, Didier Barbelivien et Bernard Tapie : j'ai nommé Chateaubriand qui a abusé de cette formule à la deuxième personne du pluriel dans sa correspondance amoureuse (un tout petit esprit profondément vulgaire, ce Chateaubriand et qui ne s'adressait qu'à des femmes profondément stupides, puisque l'empereur dans sa magnanimité les exilait en province).

Ils ont pris mes chansons
Mon piano mon chéquier
Ils ont mis dans l'camion
Mes tâux tableaux signés

Ils ont pris mes costards
Mes adresses mes empreintes
Mes cassettes mes polars
Les autres ont porté plainte

Noter qu'ici notre grand chanteur engagé s'indigne au sujet du sort des plus démunis qui se retrouvent à la rue, en cellule, en centre de rétention, en charter.

lis m'ont mis dans la vue
Mes comptes de société
Ils m'ont dit garde-à-vue
Et puis à ta santé

Pour l'instant, grâce au bouclier fiscal et aux nouvelles lois sécuritaires, cette situation datant 1997 en plein régime socialo-communisto-écologiste ne risque plus de se reproduire. Le nombre de gardes à vue de célébrités a notablement baissé et il n'existe plus aucune délinquance financière à présent. En revanche, on trouve énormément de jeunes qui stationnent illégalement dans les halls d'immeubles.

Ils ont pris mon bateau
Ils ont lu mon courrier
Ils m'ont pris en photo
Ils m'ont tout fait signer

Ils ont pris en caution
Toutes les choses de ma vie
Et mis dans un carton
Mon micro mes tapis

L'anaphore "ils" renvoie au pouvoir totalitaire qui existait à ce moment-là, en 1997, sous la gauche plurielle ; les fonctionnaires et chargés de fonction publique étaient pires que les gardes du Goulag ou d'Auschwitz. Heureusement, une nouvelle ère de liberté pour les entrepreneurs est venue en 2007 avec l'élection du mirifique président qui a réussi à sortir Bernard Tapie du Birkenau fiscal et du Bergen-Belsen financier dans lesquels il se trouvait. Comment ne pas s'apitoyer sur le sort d'un homme qui a perdu son yacht sous le prétexte qu'il rachetait des entreprises à un franc symbolique avant de les revendre à la hauteur de milliard après avoir licencié les neuf dixièmes de son personnel ? Son sort est vraiment triste et mérite plus de compassion que celui des émigrés clandestins, des SDF, des vieillards au revenu minimum, des locataires expulsés le 15 mars, des intérimaires et précaires qui ne peuvent donner une heure de rendez-vous à un médecin parce qu'ils ignorent leurs horaires de la semaine suivante, des paysans vivant avec moins que le SMIC et sous la merci du Crédit agricole, des jeunes gens de treize ans sommés de se déshabiller totalement en garde à vue et de subir un toucher rectal, de ceux contrôlés dix fois par jour au faciès non européen. Oui ! il faut compatir au sort de ce malheureux entrepreneur parce qu'il exprime profondément ce qu'est une certaine France. Une France dont l'autre ne veut plus.  

vendredi, 19 mars 2010

MDA

J'attendais la nouvelle. Depuis un mois, jour pour jour, Marie-Dominique Arrighi n'écrivait plus de notes dans Crabistouilles, Journal d'une nouvelle aventure cancérologique. Ce matin, je pensais écrire un Tweet pour rappeler qu'on ne la lisait plus depuis trente jours. On la savait en unité de soins palliatifs. Je n'osais plus lire son blogue ou alors avec retard, encore moins le commenter. J'avais pris contact avec elle lorsqu'elle avait commencé un premier blogue, Consottisier où elle se moquait des publicités trompeuses, des fausses notices de produits, des noms à la mode, bref de l'univers mensonger de la consommation, car avant d'être responsable éditoriale des blogues de Libération, elle avait tenu la rubrique Vous dans le journal papier avec un humour ravageur. Elle avait eu le bon goût de lier mon blogue et je lui avais donc envoyé quelques commentaires, les noms de marques, les stratégies du langage publicitaire m'intéressent aussi et j'en parle à l'occasion. Ce que j'ignorais alors, c'est que je l'avais déjà citée dans le forum fr.lettres.langue.francaise, car elle avait commis plusieurs entretiens avec Pierre Encrevé, notamment au sujet de la liaison ou du chuintement final des jeunes femmes parisiennes. Elle est intervenue quelques fois ici en signant Marie-Do. Nous avons un peu correspondu en privé à ce moment-là et elle m'a fourni la matière de deux ou trois notes en me refilant des dépêches d'agence qui ne passaient pas dans la presse. Elle s'était montrée alors curieuse de connaître mes conditions concrètes d'enseignement, mes rapports avec l'administration ou la hiérarchie. Je découvre à présent que je la connaissais encore de plus longtemps : elle avait réalisé des émissions de France-Culture que j'écoutais : le Bon Plaisir, les Nuits magnétiques. Mais il avait fallu qu'elle passe par la Toile pour que je retienne son nom. L'année commence mal. Des gens que j'appréciais meurent : Ferrat, Kriss, MDA, Rohmer. Je ne fais pas un billet pour tous, je n'aime pas voir les blogues se transformer en rubrique nécrologique chaque fois qu'une célébrité décède. C'est un travers un peu indécent, une façon de commettre des billets aux sujets faciles et une manière un peu douteuse de faire de l'audience. Pour MDA, c'est un peu différent, j'avais échangé avec elle, tout comme auparavant j'avais un peu échangé avec Dominique Autié, autre blogueur décédé. C'est Pierre Marcelle qui rédige son portrait, elle l'a bien choisi : c'est l'une des meilleures plumes de Libération.

mercredi, 17 mars 2010

Muszle

- Bouse aux vêtements : être prêt pour les beaux jours à venir. La Voix du Nord, 6 mars.

- Monsieur Jacques M, ancien Saint-Christin de la paroisse d'Orival. Paris-Normandie, 9 mars.

- Il m'a tendu une brèche. Je l'ai saisie. Oise hebdo, 10 mars.

- On appréciera ses pétillantes idées culinaires : gaufre de pommes de terre façon club minute aux auberges confites. Le Progrès, 10 mars.

- Le guide de la lecture géologique de la France [est] publié par le Bureau de recherches généalogiques et minières (BRGM). Le Progrès, 18 février.

- Une pluie de cendres, sans danger, a commencé à s'abattre sur l'île après l'irruption de la Soufrière de Montserrat. L'Indépendant, 19 février.

- Suite à d'importantes pertes boursières, il n'était plus en mesure d'honorer ses clients. Les Dernières Nouvelles d'Alsace, 26 février.   

dimanche, 14 mars 2010

De l'être humain comme réservoir

L'être humain est un réservoir, le saviez-vous ? C'est d'abord un réservoir de voix au second tour s'il a voté pour un autre parti, ou bien au premier tour s'il est un abstensionniste. Mais s'il ne vote pas régulièrement, eh bien ! on le siphonnera comme tout réservoir. Je ne sais pas si c'est une chose digne. Une voix est une voix, mais on peut penser à la prendre aussi pour ce qu'elle n'est pas. Comment dire ? Je suis embarrassé face à certaines figures de langage et je ne sais si je dois les condamner absolument, parce que je les ai employées moi aussi.

Citoy-rien

Dans le charmant département axonais, on tient à mettre en avant le nom de son département et cela donne des rencontres Citoy'Aisne.

Dans le charmant département iniste, on tient aussi à mettre en avant le nom de son département et cela donne des classes Citoy'Ain.

Dans les deux cas, nous avons affaire à la fameuse apostrophe de coiffeur destinée à mettre en évidence des calembours totalement débiles. Mais que veulent dire de tels mots, surtout avec le terme citoyen (ou citoyenne) qui est trop galvaudé comme adjectif ? N'abuse-t-on pas un peu de l'esprit de clocher et l'escalier ? Les autres départements qui ne peuvent jouer sur le mot citoyen sont définitivement exclus. A eux de trouver un jeu de mots aussi stupide et de chercher un mot aussi porteur selon les pubeux que citoyen.

Imaginons la publicité future de la Meuse : char-meuse, dor-meuse, perfor-meuse, ar-meuse, etc. Cela peut-il avoir un sens ? C'est idiot de quelque sens qu'on le prenne. Mais cela n'effleure pas l'esprit des présidents de conseil général ou des inspecteurs académiques qui ont donné leur autorisation pour des inepties identiques. 

samedi, 13 mars 2010

La fuite du temps

Minuit vint ;
Minuit disparut.
Minuit dix parut ;
Minuit vingt !

André de Richaud

La mesure non légale aléatoire

Il me semble que j'en ai déjà parlé dans ce blogue, mais je peux revenir sur le sujet : il s'agit de l'unité de mesure non légale et totalement aléatoire. C'est un marronnier dans les forums de langue où l'on s'extasie devant la sottise de certains clichés. La plus répandue est le terrain de football pour indiquer une surface :

120 terrains de football, c'est la taille de la future centrale solaire géante dans le nord-est de l'Italie lancée hier par le groupe américain SunEdison.

C'est extrait d'une dépêche publiée par Libération et Yahoo. On appelle cela du journalisme sérieux, puisque l'on se contente de donner des faits, des chiffres qui impressionnent. Mais c'est aussi sujet à caution qu'une courbe graphique publiée par Claude Allègre.

Seulement, même moi qui suis totalement ignorant en sciences fautebalistiques, je sais que la dimension des terrains de foutreballe varie énormément. Cela peut aller du simple à plus du double ! Elle représente de 4 050 m² à 10 800 m², avec une recommandation pour les
matchs internationaux de 7 140 m². On apprécie la précision... Et on ne précise pas s'il s'agit du vrai football européen, nommé soccer aux Etats-Unis et au Canada, ou du faux football américain nommé aussi football.

Parmi les autres unités de mesure aléatoire, nous avons le terrain de golf ou de basket, le garage, la Belgique (le seul pays que l'on peut distinguer de l'espace grâce à ses autoroutes illuminées), le bassin de piscine, la cabine téléphonique (surtout utilisée pour les groupuscules politiques). On estime que le lecteur peut mieux se représenter la surface si on lui donne un équivalent qu'il a eu l'occasion de voir sur les étranges lucarnes, mais justement cet équivalent ne veut rien dire. C'est utilisé uniquement pour dire soit que c'est énorme, soit que c'est minuscule.

Autrefois, on utilisait des pouces, des doigts, des pieds, des pas, mais ils avaient aussi une taille fixée selon les villes ou les provinces ou les pays et cela variait déjà énormément. L'invention du système métrique est un des plus grands progrès accomplis par l'humanité, et d'un autre côté il faut le défaire parce que parler d'ares ou de mètres carrés ne dit plus rien au récepteur lorsque l'on veut avant tout communiquer. On fait alors appel aux émotions, aux sentiments comme ceux des amateurs de foteballe qui peuvent ressentir le caractère impressionnant de la surface. Et alors ce n'est plus un chiffre, ce n'est plus un fait même si on le met en tête de rubrique.

vendredi, 12 mars 2010

Un air pas très catholique

catholique.jpgQu'est-ce qu'appartenir au corps traditionnel français ou au contraire avoir une tronche pas très catholique ? Le Petit Champignacien ne recule devant rien en vous aidant à reconnaître les méchants des gentils ! Combien de signes manifestes de traitrise pourrez-vous reconnaître dans ce dessin ? Pour quelles raisons ? Ce grand concours inédit sera récompensé par la distribution de chocolats Léonidas virtuels.

Si vous participez à ce concours, vous aiderez à construire votre identité nationale française, même si vous vous trompez, parce que vous pourrez toujours recommencer l'exercice grâce à votre carte d'identité nationale (sauf si vous êtes né à l'étranger ou de parents étrangers) ! Soyons sûrs de pouvoir identifier l'ennemi à coup sûr.

jeudi, 11 mars 2010

Le cor traditionnel français

Comment sauriez-vous être moins français que lui ? Je l'ai trouvé dans les bois de la Meuse au hasard d'une battue, du côté de Revigny-sur-Ornain (patrie d'André Maginot, père de la fameuse ligne qui porte son nom, et résidence secondaire de Gérard Longuet, ancien spécialiste en barre à mine pour gauchistes et Arabes). Il est même dix fois plus français que vous, vu son nombre de bois. Le cor traditionnel français se porte fort bien dans les dessins d'humour drôle, le théâtre de boulevard, les émissions de téléréalité de Tihèfouane ou chez les pseudo-chanteurs de Naïve qui pestent contre la Toile qui les vole et qui répand des rumeurs totalement ignobles sur leur absence de talent.

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mercredi, 10 mars 2010

Fondation du prix littéraire Avant-Hier

J'ai décidé de fonder mon propre prix littéraire. Quand j'ai appris qu'Edouard Balladur avait obtenu le prix Aujourd'hui, je me suis dit qu'il était temps de remettre un peu les pendules à l'heure. Le prix Aujourd'hui récompense "un ouvrage politique ou historique portant sur la période contemporaine (ouvrage à caractère général, mémoires, étude, biographie, essai) écrit par un auteur français ou étranger, mais publié en français et en France". L'ouvrage de monsieur Balladur porte sur la cohabitation, c'est-à-dire une période vieille déjà de quinze ans et sur laquelle seule la justice aurait encore quelque chose à dire, notamment au sujet de certains financements de campagne électorales et de rétro-commissions auprès d'Etats peu scrupuleux.

J'ai donc voulu créer le prix Avant-Hier pour récompenser un ouvrage de nature politique, historique, littéraire que l'on remarquerait par son caractère inutile, stupide, insipide, et le fait qu'il est avant tout destiné à préserver la vanité de son auteur ou ses mises en cause judiciaires. Autant dire que l'on récompense d'abord une auto-justification totalement creuse de ses malversations. Il doit se signaler par son absence de rapport avec les sujets de préoccupation de ses lecteurs rapportée au bruit médiatique. Je donne comme premiers nominés :

- Edouard Balladur, pour le Pouvoir ne se partage pas ;
- Bernard-Henri Lévy, pour De la guerre en philosophie ;
- Michel Onfray, pour Freud et la France ;
- Eric Zemmour, Mélancolie française.

La liste n'est pas limitative, on peut en ajouter si l'on veut faire partie du jury. La composition du jury du prix Avant-Hier récompensant des oeuvres totalement inactuelles et sans aucune idée progressiste est ouverte. Je ne choisis personne à l'avance et se propose qui veut (mais je me réserve d'écarter les imbéciles quand il le faudra). Il faut que l'ouvrage soit d'abord contemporain, idiot, mal écrit, portant sur l'époque contemporaine récente : ce seront les critères retenus. Le prix Avant-Hier est avant tout destiné à récompenser des lectures rétrospectives et révisionnistes d'événements que l'on aurait mal compris selon les auteurs, parce que tout le monde sait que l'électeur et le lecteur lisent mal. Les délibérations se tiendront le 1er avril comme il se doit.    

[Sardouïsme et sarkozysme] Oenologie, pornographie et musicologie

Voici une nouvelle demande de Mariah-Samanthah, jeune militante UMP de gauche qui prépare son bac STG pour la quatrième fois.

Cher comte, mon horrible prof barbu et chevelu doit certainement être un sadique membre de RESF pour nous poser de tels sujets, il nous a demandé de lire et commenter ce splendide poème de Michel Sardou afin de de le lier au débat sur l'identité nationale et je n'ai strictement rien à dire une fois de plus puisque je n'écoute que des chansons en anglais sur NRJ ou Fun et que je suis totalement ignorante de ce qui a pu faire la vie de nos lointains ancêtres les Gaulois qui vivaient dans des châteaux forts et portaient de longues perruques bouclées sous des chapeaux haut-de-forme. Pouvez-vous me dire quelles sont les références présentes dans ce texte préhistorique ? 

Y en a qui disent que les Français
Vivent d'amour et de vin frais
Et que toutes les filles d'ici
Habitent au Casino d'Paris

Il faut voir d'abord qu'il s'agit d'un texte profondément antiraciste, il s'attaque au seul vrai racisme qui existe sur Terre : le racisme anti-Français comme l'a rappelé notre bienveillant président qui a eu un jour une illumination de son esprit en entendant une voix venue d'on ne sait où. Le texte dénonce donc les préjugés contre les Français et nous présente d'emblée deux personnages typiques du racisme des étrangers à notre égard : le fêtard alcoolique et la fille facile aux jambes vite écartées. Michel Sardou s'insurge contre ce cliché qui fait de nous des réprouvés totalement impies dans tous les pays du monde.

Y'en a qui pensent que le champagne
Sort des gargouilles de Notre-Dame
Et qu'entre deux Alka-Seltzer
On s'ballade la culotte en l'air
A les entendre on croirait bien
Qu'on est pinté tous les matins

Les deux champs lexicaux du vin et de la sexualité sont prolongés afin de bien montrer que ce sont des idées reçues et qu'il n'y a que de sales étrangers (sûrement d'origine auvergnate) pour affirmer de telles calomnies sur le glorieux peuple français. Les clichés, c'est entendu, seuls les autres qui ne sont pas du pays peuvent les forger.

Mais voilà j'habite en France
Et la France c'est pas du tout c'qu'on dit
Si les Français se plaignent parfois
C'est pas d'la gueule de bois
C'est en France qu'il y a Paris
Mais la France c'est aussi un pays

Où y a quand même pas cinquante millions d'abrutis

On, c'est bien entendu l'Autre. Celui qui ne pense pas comme vous, qui vient d'ailleurs, qui a d'autres habitudes de vivre. Ce que dit On, c'est con. C'est normal, il vient d'ailleurs, il est étranger et donc naturellement con ; il ne peut donc pas comprendre nos rituels festifs qui feraient la joie d'anthropologues.Michel Sardou dénonce les clichés des riches étrangers (et non des étrangers pauvres) qui vienn ent dépenser leur argent en France afin de picoler un maximum et de se taper des filles venues d'autres pays plus exotiques. Mais, ce faisant, il place en avant le cliché comme image représentative de la France. Il se situe dans un contexte précis, celui de la chanson à boire qui est lié à la chanson de soldat. Est-ce qu'on lui a demandé de défendre l'image de la Patrie ? En tout cas, il se met les membres du public dans la poche en disant qu'ils ne sont pas des "abrutis". Qui oserait se qualifier comme tel sans provocation ?

Yen a qui pensent que notre musique
Balance comme une bière de Munich
Que toutes nos danseuses ont la classe
Mais swinguent à côté d'leurs godasses

Nous avons ici affaire à un passage très péjoratif. Il est à remarquer que la musique française serait aussi lourde que de la bière bavaroise et que cela ressemble à la citation indirecte d'un critique qui n'avait pas apprécié les chansons de Michel Sardou, lequel n'a jamais eu la grâce de Couperin, de Rameau ou de Debussy, de Ravel.

Y'en a qui disent qu'il y a sûrement
Deux trois cafés par habitant
Que nos rythmiques sont des fanfares
Nos succès des chansons à boire
A les entendre on croirait bien
Qu'en France il n'y a pas d'musiciens

Nous entrons dans le vif du sujet : le texte est en fait une autojustification de chansons idiotes à boire, mais en dénonçant ceux qui parlent justement de chansons à boire. Le grand compositeur Michel Sardou en fin harmoniste rappelle ce qui le définit  : les évocations émues de l'armée avec grosse caisse et clairon, son identité nationale française martelée dans les refrains, l'absence de tout sens musical qui pourrait évoquer un peu des musiciens français anciens, le goût pour les atmosphères de fin de banquet. Nous ne sommes plus dans le second degré, mais dans le degré d'alcool fort. L'identité nationale selon Michel Sardou, c'est de dire que les autres disent des sottises et de commettre les sottises qui seraient dénoncées prétendument. 

Y en a qui pensent et c'est certain
Que les Français se défendent bien
Toutes les femmes sont là pour le dire
On les fait mourir de plaisir
A les entendre on croirait bien
Qu'y a qu'les Français qui font ça bien

A présent, c'est un retournement. On revient au thème de la sexualité, l'autre trame du texte après l'aspect alcoolique. Bien entendu, ceux qui ont des préjugés, ce sont des étrangers. Bien entendu, les femmes étrangères ne viennent en France que pour la bagatelle. En mettant en avant le cliché, Michel Sardou ne dit pas qu'il est faux, au contraire, il laisse entendre que ce serait vrai. Et ainsi il entraîne la connivence de son public de beaufs qui va applaudir et s'autoféliciter.

C'est pourquoi j'habite en France
Et la France c'est beaucoup mieux que c'qu'on dit
Si elles rêvent d'habiter chez moi
C'est qu'il y a de quoi

On termine par une apologie totalement grotesque de son propre pays et un éloge de son phallus que le public masculin peut prendre pour le sien. Mais grâce à Michel Sardou, Nicolas sarkozy, Brice Hortefeux et Eric Besson, nous pouvons être fiers d'être Français ! Ce n'est sûrement pas pour fuir des mariages forcés, des excisions, des guerres civiles, une famine, le port du voile, les invitations à la prière, les coups par de grands frères pour une cigarette fumée ou du rouge à lèvres. L'image de la femme n'en sort pas grandie, celle de l'homme non plus. 


снаряды

- Au moins le président lui [Michel Charasse] aura-t-il payé le prix fixé : cette élévation au sein des seins juridiques. Marianne, 27 février.

- Des milliers de manifestants ont manifesté hier contre le président Gbagbo qui a dissolu le gouvernement. Ouest France, 21 février.

- Le week-end, le balai des aînés amènement un joyeux mouvement. Le Monde, 25 février.

- Son fils Maurice reprend les rennes et décide de se lancer dans la vinification. Le Bien public, 26 février.

- "Lorsque Nana levait les bras, on apercevait, aux feux de la rampe, les poils d'or de ses aisselles", écrivait Balzac. Le Monde, 7 février.

- Les morts pourront rester, les vivants iront se faire enterrer ailleurs. Le Télégramme, 20 février   

lundi, 08 mars 2010

Mon matériel électoral

J'ai reçu le matériel électoral pour les régionales et j'ai envie de commenter son esthétique ou sa typographie ou ses choix, comme je l'avais fait auparavant pour les municipales ou les cantonales.

Côté PS, PCF et PRG : d'abord du mauve ségolénien dans les slogans et les mots clés, mais aussi du vert gazon anglais et tout le monde pose sur fond de champs de betteraves ou de luzerne. ll y aurait la volonté de récupérer l'électorat écolo ou CPNT que cela ne m'étonnerait pas. Ce qui est marrant, c'est la répétition du slogan "Une équipe mobilisée pour.." à chaque nomination de département. Les photos sont celles de groupes, parce que l'on joue collectif. Et puis on a droit à des nuages de mots pour chaque département, cela fait très Ouaibe 2.0. Dans les photos, on a toujours au moins une personne, généralement une femme avec une tenue un peu rouge afin de rappeler quand même que l'on reste un peu de gauche.

Passons au parti majoritaire, l'UMP et ses annexes Nouveau Centre et CPNT. C'est très simple. On fait tout en bleu ! Les photos de tous les candidats sont sur fond bleu, le texte est écrit en bleu. Mais on ne met en avant que les têtes de listes départementales, les autres candidats de la liste n'existent pas. Comme d'habitude dans la droite autoritaire, on abuse des capitales pour citer tous les élus régionaux qui soutiennent cette liste, l'argument d'autorité fonctionne là. La seule touche un peu personnalisée est une formule de politesse et la signature du candidat tête de liste dans une police qui imite l'écriture à la main. Je note que pour l'UMP, il faut encore s'adresser à des femmes en leur donnant parfois du Mademoiselle... C'est le parti du siècle précédent...

Je regarde Europe écologie et j'ai un nuancier complet des verts possibles dans une palette graphique ! Ce qui est formidable ici, c'est le poids des cautions nationales, on a droit à un mot signé par Cohn-Bendit, Joly et Bové, tous ensemble ! Plus quelques autres personnalités en marge. Les textes manuscrits ne semblent pas provenir de polices d'écriture au contraire de l'exemple précédent. C'est très aéré par rapport au tract UMP qui donne un pavé massif.

L'Alliance écologiste indépendante a peu de choses à me dire. Une première page avec des mots en avant en vert et une deuxième page presque tout en vert ! Le tout dans un graphisme peu lisible. Mais je remarque un slogan écrit en orange pour dire que l'on est "au delà de la droite et de la gauche" (histoire de torpiller le MoDem au passage). 

Il est entendu que dans le tract du MoDem l'orange doit dominer, on a réussi alors à le donner jusque dans la chevelure de la candidate et pas seulement pour les mots importants. Je précise que ce tract qui affiche le soutien de François Bayrou (agrégé de lettres classiques, ex ministre de l'Education nationale) et qui présente une de mes collègues de lettres en tête du département est le seul à afficher une erreur d'orthographe pour le nom de la région écrit sans trait d'union... Je trouve que l'orange est fort peu lisible et ne retient pas plus l'attention que le vert dans un tract.

Quand on commence à examiner les sectes, cela commence à craindre. Le texte de LO est un peu mieux composé que les années précédentes, mais toujours aussi massif : trois gros chapitres, mais fort heureusement des retraits de paragraphe et un surlignement des titres, de la couleur. Une seule photo, celle de la tête de liste régionale. Si j'avais eu envie de médire de LO une fois de plus, c'est raté : il y a une vraie évolution dans la présentation, même si le texte reste toujours un peu copieux par rapport aux autres et que l'on n'utilise jamais le gras, les indentations, les puces dans ce mouvement. C'est très austère. Mais un peu moins qu'auparavant.

La liste NPA-Parti de gauche-Alternatifs est fort bizarre. Elle affiche une double étoile verte et rouge. Mais je cherche en vain ce qui correspond au vert dedans. Tous les mots essentiels, les titres, les phrases importantes sont en rouge. C'est du texte compact comme chez LO, mais sans aucune volonté de vouloir un peu aérer. On ne trouve que les figures de Besancenot, de Mélenchon et de la tête de liste dans des sortes de lucarnes télévisuelles. C'est la seule liste à écrire avec la forme mixte, "les citoyen-ne-s d'origine étrangère sont montré-e-s du doigt".

Je termine par le Front haineux. Là, c'est simple. La photo du candidat, celle du Pénible, le mot du Pénible et du bleu partout sous toutes les formes possibles de la palette, dans les cadres, les caractères. Comme si le bleu était la seule couleur de l'ordre et de notre pays (cela nous rappelle les choix esthétiques d'un autre parti). Le texte est très aéré, parce qu'il se résume en des yaka. Là, on s'adresse aux Françaises et aux Français, pas à Monsieur ou Madame, et on ne cherchera pas à donner des formes mixtes comme au NPA et au Parti de gauche.    

dimanche, 07 mars 2010

Devenir soi-même ? Non, merci, déjà donné

armee.jpgIl y a quelques petites choses qui me dérangent dans l'administration qui m'emploie.

Par exemple, le fait de voir cette affiche dans le lycée où je me trouve sur la porte d'entrée des bâtiments et non pas seulement sur le panneau d'orientation comme il se devrait. Il faut dire que ce lycée public est dirigé par un officier de carrière, ce qui est une situation totalement absurde et qui aboutit à un délire pseudo-patriotique sur tous les murs de couloirs de ce lycée.

Mais revenons à l'affiche. Que nous dit-on "Devenez vous-même". Mais n'est-on pas soi-même au départ, à la naissance ? Comment pourrait-on le devenir plus ? Serait-on moins soi-même au fur et à mesure de son éducation et de son avancée en âge et pourrait-on le devenir soudainement ensuite en intégrant l'armée ? On se croirait dans une émission de téléréalité où il faut faire semblant d'être authentique afin de rester dans le jeu, dans un reportage exotique ou sociologique où les gens sincères, dans une vie qui n'est pas la vie, mais où tout le monde imite la vie de la télévision et d'une fiction absurde.

Il y a là un problème ontologique que je ne peux résoudre. Je suis moi-même depuis ma naissance et je le serai jusqu'à mon décès. Avec une foule de contradictions et de marches en arrière, mais je suis une personne malgré tout. Comment pourrais-je devenir plus moi-même alors que je le suis déjà par mon histoire et ma réflexion ? Je veux bien admettre que d'autres m'apportent encore des choses que j'ignore, mais pourquoi devrais-je les mettre au bout d'un fusil afin de comprendre qu'il est inutile de porter une arme ? Devenir soi-même, c'est aussi cela : devenir anti-militariste.

Cette propagande profondément stupide s'adresse à des jeunes qui sont en situation de rupture ou d'échec scolaire et qui n'ont aucun autre débouché que celui de cette dernière chance : l'Armée qui va les révéler à eux-mêmes puisque tout le monde les a méconnus auparavant. Malheureusement, quand ils reviennent à la vie de tous les jours, ils apprennent que ce qu'ils ont appris ne vaut strictement rien. Et ils ne sont donc plus rien. C'est une propagande dangereuse qui risque de causer des morts à long terme.

Comment une institution comme l'Armée pourrait-elle révéler la véritable nature d'un être en montrant qu'il ne s'était jamais dépassé auparavant ? C'est là un insondable mystère. Je vais être plus grossier : comment le fait d'assassiner les autres que l'on ne connaît pas et que l'on n'a jamais vus permet-il de révéler notre nature profonde ? Parce que le métier du militaire, ce n'est pas de seulement de protéger les siens, mais aussi d'agresser autrui pour de vils motifs. Être soi-même dans de telles conditions, cela me semble très difficile. Et vouloir devenir soi-même en acceptant de commettre le pire, ne suppose qu'une seule réponse : Non.    

Twitter à Saint-Tropez

Je me posais il y a quinze jours la question de savoir si je devais rendre mes tweets publics ou non, j'avais décidé de tenter un essai en public pour voir ce que cela donnerait et je m'étais donné une période de deux ou trois semaines. Jusqu'alors j'étais réservé, parce que je ne voulais pas être envahi de pourriels et de faux abonnements. Il me fallait voir aussi quelle était la limite entre ce qui est dicible en privé ou en public, parce que si comme dans un blogue la frontière du public et du privé est fragile, il y a en outre le risque de l'immédiateté vu la brièveté des messages et leur instantanéité. Je crois d'abord aux échanges asynchrones, à la distance, au temps, à la réflexion. Cela ne m'a pas empêché en mode privé d'avoir un Twitterclash avec Ronald parce que j'avais osé comparer le numéro un des blogues politiques dans Wikio à notre divin président fort agité, fort vulgaire et surtout préoccupé d'abord de son image. Outrage suprême envers un blogue faussement politique !

Cette prévention est vite tombée, je n'ai eu que trois faux abonnements le premier jour, cinq le deuxième, puis presque plus rien. On bloque alors la personne qui veut s'abonner à vous de manière abusive afin de récupérer votre adresse. Je n'ai vu aucun afflux de pourriels dans ma boîte aux lettres depuis, mais j'ai déjà de bons filtres. Le résultat entre nouveaux abonnés, nouveaux abonnements et abonnements pourris est positif : j'ai eu trois fois plus d'abonnements authentiques que commerciaux. Or, j'avais déjà parfois des abonnements commerciaux en restant en mode privé du fait des RT* et Follow Friday**. Le mode de communication avec autorisation préalable constitue un filtre, mais ce filtre est fort poreux.

Ecrire dans Twitter pose des questions essentielles d'écriture et de lecture. Le format (140 caractères) impose de faire des choix stylistiques, typographiques pour dire l'essentiel et pour être repris éventuellement. Mais dans le cas présent, c'était la question de la lecture qui se posait : par qui veux-je être lu et pourquoi ? Avec qui ai-je envie d'échanger ? Mon cercle proche d'amis que j'ai invités sur Twitter ? Les lecteurs de mon blogue ? Des gens venus là par le hasard d'un lien ? Au début, j'ai invité une seule personne dans Twitter et pour répondre à une question précise en se créant conjointement un compte, puis cela m'a dépassé. C'est toute la question du réseau qui est en cause : on se construit un réseau par Twitter, exactement comme on inscrit des signets dans son navigateur ou dans son agrégateur de flux, mais il y a une interaction lorsque l'on cite quelqu'un et c'est justement l'aspect le plus intéressant de Twitter : je ne me suis jamais abonné aux flux de Guy Birenbaum, il ne s'est jamais abonné non plus aux miens et pourtant il m'a lu et je lui ai répondu, le tout de manière fort courtoise et ironique.

Bien sûr, on peut vouloir jouer en milieu totalement fermé comme les Leftblogueurs qui se citent entre eux, se répondent entre eux, évitent de citer les autres tout en reprenant leurs textes sans aucune mention d'origine. C'est le réseau en rond qui se retrouve dans le haut du palmarès de Wikio politique. Il y a aussi le réseau échangiste, on peut également s'abonner à quelqu'un pour qu'il s'abonne à vous et que vous deveniez plus influent ainsi. Cela n'a aucun sens si la même information peut vous être donnée par quelqu'un d'autre qui est plus proche de la source et il faut chercher aussi des sources que vos autres lecteurs ne possèdent pas ou sinon il n'y a pas d'échange possible, juste de la redondance, comme dans le haut du palmarès des blogues. Il faut choisir qui lire et pourquoi, quels liens seront apportés et ce qui vous sera utile. Construire son réseau, c'est aussi savoir lire et écrire, vivre en société en acceptant d'être cité ou de ne pas être abonné, savoir que l'on ne sera jamais le premier au sommet de l'affiche. Tout cela est humain, très humain.

* Le RT est une reprise de tweet, mais vu le nombre de RT possibles et la longueur d'un tweet, je me demande s'il faut citer la dernière source ou la première. Une adresse normalement en accès autorisé se retrouve ainsi sur la place publique et on a droit aux demandes d'abonnement de pourrielleurs alors. 

** Le #ff (Suivez Untel ce vendredi) est un rituel que je ne suis pas du tout parce que je déteste toutes les routines, on donne la liste des comptes Twitter que l'on apprécie. Tous les vendredis, je suis cité par quelqu'un et même si j'apprécie la mention, je préférerais que ce soit pour un message précis. Cela fait un peu trop blogobulle en rond.

samedi, 06 mars 2010

Mon entretien de blogueur avec Jacques Chirac

Le Petit Champignacien est fier d'avoir pu rencontrer le seul, l'unique pape de la choucroute : Jacques Chirac, ancien locataire de l'Elysée, actuel locataire de la famille Harriri et futur locataire de la Santé. Comme on le sait, la choucroute tient une place importante dans ces interviouves de blogueur, puisqu'il n'y a aucun rapport entre les propos. Je me devais donc de rencontrer le meilleur connaisseur en choucroute qui soit après Gilles Pudlowski et quelques autres.

LPCI : Monsieur le président, merci de me recevoir juste au lendemain du Salon de l'agriculture qui a dû bien vous fatiguer.
JC : Pensez-vous ! Je n'y suis resté que moins de trois heures, je deviens vieux, vous savez. Et puis il fallait que je fasse une petite sieste parce que cette nuit avait lieu une compétition de sumo en direct au Japon . Vous connaissez le sumo ? C'est un sport fascinant, vraiment fascinant... Toute ma vie, j'ai rêvé de devenir sumotori, c'est pour cela que je me suis entraîné à manger le plus possible. Mais rien à faire. Vous savez, les frais de bouche de la mairie de Paris, c'était dans l'objectif de réaliser enfin ce pour quoi j'étais vraiment fait.
LPCI : Cela le léger désordre de votre salon. (Traînent quelques dizaines de canettes de Corona et des boîtes de bretzel.)
JC : Ce n'est qu'un léger détail, je suppose que vous n'allez pas le relever, puisque nous sommes là pour parler de choses plus importantes comme la survie de la planète ou du monde agricole ou des civilisations premières.
LPCI : J'ai demandé un entretien pour parler d'Internet, des blogues, de Twitter.
JC : Et si nous passions tout de suite à table ? C'est que j'ai une petite faim, moi. J'ai justement demandé de préparer une choucroute. Vous savez, la choucroute, il faut la manger matin, midi et soir.
LPCI : Cela tombe bien, la coutume dans les entretiens de blogueurs, c'est de s'entretenir autour d'une choucroute afin de détendre l'atmosphère. Vous me rappelez l'accueil chaleureux d'Alexandre Adler.
JC : Ah ah ah ! Figurez-vous que j'ai conseillé à Alexandre Adler de se reconvertir dans une carrière de sumotori où il aurait plus brillé que dans ses analyses géostratégiques. Il a refusé, le con ! alors que je lui apportais une promotion inespérée, et maintenant il est quoi ? Expert en complots à inventer chaque semaine. Alors qu'il pourrait être un dieu vivant au Japon !

LPCI : Que pensez-vous des usages d'Internet, monsieur le président ?
JC : Je suis fasciné par ces rituels étranges de tribus exotiques que l'on croirait à peine civilisées et qui ont pourtant des codes fort élaborés. Savez-vous que chez les Arumbayas (qui sont des Indiens jivaros, mais c'est une autre question), la discussion ne peut commencer que si l'on a l'estomac plein et qu'il est interdit de s'adresser la parole avant ?
LPCI : Monsieur le président, pensez-vous qu'Internet représente aujourd'hui un danger pour la sécurité comme le laissent entendre les lois DADVSI, Hadopi, LOPSI ?
JC : Mais c'est abracadabrantesque ! J'ai créé un engouement autour d'Internet en créant le mot mulot qui s'est depuis diffusé à une échelle planétaire. Je ne peux pas être à la source d'un mal, j'ai toujours recherché la sérénité et la pureté d'âme. Par exemple, si j'ai repris les essais nucléaires, c'était afin de les supprimer définitivement. Je montrais ma fidélité à mes idéaux de jeunesse lorsque je faisais signer l'appel des Cent et que j'étais prêt à adhérer au PCF (notez quand même que deux ans après j'avais équilibré les choses en passant dans le camp pour l'Algérie française). Internet ne peut être mauvais en soi, il nous faut avoir un regard ethnologique sur ce qui se passe, croyez-en ma vieille expérience. Cela ne se juge pas aux lois que l'on fait tous les six mois chaque fois qu'il y a un fait-divers, il faut le recul du sage, de l'ancien, et envisager la question en siècles, en millénaires. C'est la longue durée qui permet de juger les incohérences d'un homme, pas une prise de position suivie d'une autre contraire juste après.
LPCI : Quelle est votre action sur Internet ? Tenez-vous personnellement un blogue ? Comment ?
JC : Ah ah ah ! Si je tiens un blogue, mais mon jeune ami, sachez que je n'en tiens pas un, mais une trentaine ou une cinquantaine.
LPCI : Mais comment ?
JC : Oh ! C'est très simple, quand j'étais Premier ministre, maire de Paris ou président de la République, d'autres écrivaient des discours pour moi. Cela s'appelle des nègres, comme on dit vulgairement et j'en ai usé quelques-uns avant de vouloir introduire au Panthéon un grand écrivain qui usait lui aussi des nègres, Alexandre Dumas. C'était ma manière personnelle de rendre hommage à tous mes collaborateurs. Certains ont bien fini comme Alain Juppé, d'autres sont tombés très bas comme Christine Albanel qui finit à Versailles à la place d'Aillagon qui se trouve je ne sais où. Mais maintenant, je n'ai plus besoin de faire appel à eux, on écrit pour moi à ma place sans me le demander et sans me le dire. Je suis devenu comme un dieu.
LPCI : Mais c'est de l'usurpation d'identité ! Un pseudo Lionel Jospin a réussi à abuser récemment Yves Jégo qui lui a répondu sérieusement sur Twitter.
JC : Ah ah ah ! Cela m'en touche une sans faire bouger l'autre. Il faut laisser les autres faire votre travail pour que vous puissiez être jugé à votre juste compétence. Jégo a eu tort de répondre personnellement et je ne comprends pas que l'on perde du temps à réfléchir sur qui est qui. Tenez, pendant douze ans, j'ai fait semblant d'être président de la République (puisque j'avais vocation à être sumotori, vu mon goût pour toutes les Delikatessen) et personne ne me le reproche. Maintenant, on a un président qui veut faire président sans y parvenir et presque tout le monde est contre lui, sauf une espèce de chevelu mal rasé et fort hargneux.
LPCI : Frédéric Lefebvre.
JC : Exactement ! Ah ah ah ! Il me rappelle Sumo le bichon maltais que j'avais adopté et qui me mordait toujours dans les jambes. C'est bizarre... D'habitude, je m'entends bien avec les chiens, je comprends leur psychologie, mais j'ai eu des difficultés avec Sumo et Frédéric Lefebvre. C'est quand même étrange le comportement des chiens, je ne sais pas du tout comment je pourrais apprivoiser un Lefebvre, et pour la première fois cela me fait peur d'être face à un chien. 
LPCI : Il y a trois comptes Twitter au nom de Jacques Chirac qui répondent en direct, mais un seul est authentique. Est-ce que cela ne brouille pas votre message ?
JC : Mais quel message ? J'en ai eu tellement au long de ma carrière débutée sous la présidence du Général que je ne m'y retrouve plus du tout. Et au fond, si l'un de ces comptes Twitter dit le contraire de ce que j'ai dit il y a une semaine, mais ce que je dis maintenant, je ne vois pas du tout où le problème, puisqu'il y a ma signature. Mais si je dois le désavouer, je le ferai quand il le faudra. Je serai ferme et intransigeant sur les principes.
LPCI : Vous n'écrivez donc pas personnellement sur Internet ?
JC : Pourquoi écrirais-je moi-même ? Jésus, Socrate, Confucius, Botul n'ont pas laissé de textes qu'on puisse leur attribuer et mon destin est sans doute de devenir une sorte de sage auquel on prête toutes les figures que l'on veut. Cela me permet de devenir une figure charismatique au lieu de terminer comme un sumotori défait. Si vous aviez vu l'accueil que les paysans rouergats et cantalous m'ont fait au salon... Ah ! cela fait plaisir de voir que la spiritualité française s'incarne dans les produits du terroir...
LPCI : Monsieur le président, je vous remercie de votre accueil chaleureux et de votre choucroute.
JC : Mais tout le plaisir était pour moi, et vous savez qu'un président parle toujours le dernier. 


vendredi, 05 mars 2010

Sardouïsme et sarkozysme : la démonologie de l'école

Je reçois une nouvelle lettre de Mariah-Samanthah, jeune sarkozyste de gauche.

Très cher comte, je me demande si mes trois échecs précédents au bac STG ne sont pas dus au fait que je me trouvais soumise à l'idéologie des profs barbus et chevelus de l'école publique où j'étudie. J'ai compris cela en voyant ce texte lumineux du poète Michel Sardou dans le cadre de la thématique Sardouïsme et sarkozysme. Est-ce que ce serait une bonne hypothèse de lecture pour commenter ce texte admirable qui nous dit d'être d'abord nous-mêmes, sans aucun tabou ou complexe.  

J'ai eu l'instituteur qui, dans les rois de France,
N'a vu que des tyrans aux règnes désastreux
Et celui qui faisait du vieil Anatole France
Un suppôt de Satan parce qu'il était sans dieu.

Précisons d'abord le contexte : cette chanson a été écrite et chantée en 1984. La date a un sens : la prise de position de notre chanteur engagé intervient en pleine querelle sur l'enseignement scolaire. Une manifestation avait alors rassemblé un million de personnes emmenées par cars de province afin de défendre l'enseignement privé rebaptisé comme libre (il faut noter qu'en général, l'enseignement dit libre est l'enseignement public dans les autres pays que la France). Deux caricatures s'affrontent,  ce qui permettra de renvoyer les personnages dos à dos, alors que l'on sait qu'il était fortement prescrit dans les instructions ministérielles de toujours dire le plus grand mal de tout monarque et de ne donner à lire que des auteurs dont l'athéisme aurait été certifié par l'inspection générale.

J'ai fait les deux écoles et j'ai tout oublié,
La nuit des carmagnoles, la fin des Assemblées,
Les dieux de l'Acropole et les saints baptisés.
J'étais des deux écoles et ça n'a rien changé.

La leçon est fort simple : le poète déclare qu'il n'a rien appris et il mélange toutes les idées dans un grand galimatias totalement absurde. Mais l'essentiel est préservé : s'il demeure sans aucune culture, il peut rester ou devenir lui-même, totalement naturel et sincère. Ce faisant, le barde se montre fort rousseauïste : seule compte la transparence et la vérité que l'on proclame. D'une certaine manière, Michel Sardou se montre un héritier de Jean-Jacques Rousseau et d'abord un disciple d'un des inspirateurs de la Révolution française. Il faut juste être aussi authentique que le saucisson pur porc, les programmes scolaires n'apprennent rien qu'on ne sache déjà.   

Dans le Lot-et-Garonne,
On bouffait du curé.
On priait la Madone,
Le dimanche en Vendée.
Des cailloux de Provence
Aux châteaux d'Aquitaine,
On chantait la Durance,
On pleurait la Lorraine.

Dans ce passage en forme de name-dropping géographique se cachent deux erreurs historiques fort mineures que le public ne peut apercevoir immédiatement : la Vendée du sud n'était pas chouanne et la Vendée historique n'est pas le département de la Vendée ; la Lorraine n'était plus pleurée dans l'école intemporelle à la mode de la IIIe République que veut mettre en valeur Michel Sardou.

Dans le Rhône et l'Essonne,
On chassait les abbés.
On plantait en Argonne
Des croix de Saint-André.
Des sommets du Jura
Aux jardins de Touraine,
On pleurait la Savoie,
On chantait la Lorraine.

Nous trouvons encore quelques erreurs historiques fort mineures parmi cette liste de clichés. Le département de l'Essonne n'a été créé qu'en 1968. La Savoie a été rattachée à la France en 1860 et a été occupée par l'Italie, sans annexion, entre 1940 et 1944. Mais ce ne sont que des broutilles, il s'agit de mélanger les époques en un tout intemporel : les croix de Saint-André de l'Argonne se réfèrent aux cimetières militaires qui contiennent aussi des stèles musulmanes à croissant ou israélites avec étoile de David ou des plaques sans aucun signe religieux. Ces dernières ne comptent pas du tout. Le tout est de se laisser emporter par le lyrisme de pacotille selon lequel tout se vaut.

Je veux que mes enfants s'instruisent à mon école
S'ils ressemblent à quelqu'un, autant que ce soit moi.
Après ils s'en iront adorer leurs idoles
Et vivre leur destin où bon leur semblera.

Il est entendu que l'école ne peut qu'enfermer dans une idéologie et non libérer. Pour le chanoine du Latran : "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance." Pour Michel Sardou, c'est la figure du père qui montre la radicalité de ce sacrifice et il refuse à d'autres le droit de permettre l'émancipation des enfants par l'apprentissage d'une culture plus vaste. Il est entendu que tout savoir nouveau ne peut qu'asservir et que toute idée de tolérance et de neutralité ne peut être qu'une forme d'idéologie de type théologique.

Cette sacrée République qui dit oui, qui dit non,
Fille aînée de l'Eglise et de la Convention,
Elle serait bien heureuse que ses maîtres la laissent
Libre de faire l'amour et d'aller à la messe.

Nous terminons dans un grand n'importe quoi habituel aux couplets finals de Michel Sardou qui mélange tout et son contraire ou ce qui n'a aucun rapport, exactement comme dans les discours improvisés de notre admirable président. On mélange la politique, la religion, l'érotisme et cela n'a aucun sens. Ou plutôt si, cela en a un : la République est pour lui aussi religieuse, voire sainte, et il faut défendre l'école des curés au nom de l'identité nationale. Nous sommes en pleine confusion de toutes les valeurs laïques. C'est en cela que le sardouïsme et le sarkozysme se rejoignent.

mercredi, 03 mars 2010

граната

- Le spectacle a été précédé de plusieurs allocations très fortes. Isère magazine, février.

- Malgré les nombreuses injections des militaires, l'automobiliste a tracé sa route dans un véhicule volé. Le Dauphiné libéré, 22 février.

- La lame d'une dizaine de centimètres n'aurait pénétré que de cinq centimètres dans sa chaire. Les Nouvelles des Yvelines, 9 février.

- Son visage poupon, son corps figé dans une froideur statuaire n'expriment rien. Le Monde, 9 février.

- Lors de ces contrôles [d'alcoolémie], un conducteur a tenté de se soumettre au contrôle. Le Dauphiné libéré, 22 février.

- Le secteur du parc aquatique s'est révélé le plus aquifère (47 % de l'eau consommée...) Bulletin municipal de Nyons, janvier.

mardi, 02 mars 2010

L'invité dans la campagne

- La sécurité s'invite dans la campagne. Le Monde, LCP

- Le social s'invite dans la campagne. Libération

- Le péage urbain s'invite dans la campagne. Le Parisien, le Figaro

- Le racisme s'invite dans la campagne UMP. L'Humanité

- L'égalité s'invite dans la campagne électorale. idem

- La CGT s'invite dans la campagne. France 2

- La société civile s'invite dans la campagne. La Vie

Etc. Je n'ai pas relevé toutes les occurrences de l'expression, je me suis contenté de quelques médias nationaux au sujet des élections régionales. On peut trouver encore d'autres déclinaisons de la formule avec des noms d'hommes politiques. Le sujet m'a été suggéré par une réflexion de Samuel Laurent (ex du Figaro.fr, nouveau du Monde.fr) qui peste contre la titraille répétitive des dépêches d'agence ou des articles. On a bien évidemment affaire à un cliché. Il est déjà ancien, on le trouve pour les élections présidentielles étatsunienne ou française par exemple.

Qu'est-ce à dire ? Une campagne électorale suit une forme de scénario, elle obéit à un calendrier qui établit les dates de certaines opérations, de certains rituels médiatiques. Normalement, elle suit un cours fixe et les programmes ou les discours sont prévisibles. Mais il arrive souvent quelque chose d'inattendu : un candidat diffamé, une déclaration scandaleuse, une affiche malveillante, un fait-divers spectaculaire, une catastrophe naturelle. C'est l'intrus qui bouleverse l'histoire déjà écrite. Et il devient ainsi qui s'invite sans que les autres acteurs le veuillent. Cela donne une forme de rebondissement dramaturgique. L'histoire ronronnerait trop sans cela. Mais à force de répéter l'expression, elle perd de son intérêt et on n'y prête plus attention.