mardi, 09 février 2010

Du botulisme et de ses dégâts secondaires sur la vie intellectuelle française

Un de nos plus grands philosophes, romanciers, cinéastes, reporters a été victime d'un malheureux accident de la citation lorsqu'il a évoqué la conférence de Jean-Baptiste Botul, après-guerre, devant les néo-kantiens du Paraguay*. S'il avait pris la peine de s'interroger à l'étymologie, il aurait vu que le nom était fort suspect par sa forme et qu'il avait autant de vraisemblance que celui du mathématicien Nicolas Bourbaki (lequel m'a bien amusé au collège avant que je ne devienne nul en mathématiques lorsqu'il a fallu ne plus réfléchir mais appliquer des formules).

En effet, Botul dérive nettement de botulus, "boyau", en latin classique, terme devenu ensuite botellus. Il s'agirait d'une des origines hypothétiques du mot boudin en français. Or, lorsque l'on possède quelques connaissances un peu pataphysiques et oulipiennes, on sait que dans le calendrier du Père Ubu, la saint Boudin (apôtre) se fête le 22 avril. Et qui est attentif à l'esprit jarryesque sait combien les notions tripales (andouille, abatis, farce, couenne, saucisse, choucroute, etc.) sont importantes pour se pénétrer de concepts dépassant l'entendement. On connaît le goût de Jarry pour la scatologie comme sous-partie de la 'Pataphysique. D'autre part, le même étymon latin devient buticula en bas-latin. Ce qui donne naissance à notre bouteille. Mais la sainte Bouteille est aussi vénérée le 9 septembre dans l'alphabet ubuesque. Elle s'inscrit dans une série hagiographique qui comprend sainte Cuite, sainte Poire, etc. On connaît le goût de Jarry pour la fée verte (c'est pourquoi il y a un saint Sucre).

Le rapprochement entre botulisme et botulisme ne doit rien au hasard. Il s'agit bien d'un projet pataphysique qui envisage le contenant comme contenant du contenu (en soi, par soi et pour soi comme diraient les existentialistes) sous la métaphore d'un boyau empli de viandes ou d'une bouteille emplie de liquides et de diverses substances. Bref, d'un corps vivant et non d'un esprit désincarné qui ne serait qu'une pure apparence faisant tous les jours la même promenade et les mêmes repas aux mêmes heures dans les rues de Nueva Koenigsberg. Notre philosophe de moins en moins chevelu n'examine pas un seul instant une lecture qui poserait Jarry et ses héritiers comme l'un des plus grands courants de pensée contemporains, d'ailleurs issu d'une longue tradition par anticipation.

Le manque de connaissances littéraires et linguistiques de notre immense penseur national l'a empêché de voir que derrière l'oeuvre de Botul se cachait en fait une entreprise oulipienne et pataphysique. Pourtant, il se sert - comme beaucoup de cuistres - de la fausse preuve étymologique afin de prouver l'exactitude de ses idées. Et ce n'est en fait que de l'enrobage de gâteau indigeste.

* Bien sûr, si Jean-Baptiste Botul avait prononcé cette conférence en Poldévie, le soupçon aurait été plus grand. Mais je ne suis pas certain que notre meilleur représentant de commerce en chemises blanches eût été capable de plus de discernement que lorsqu'il se trouvait à la frontière géorgienne selon ses dires. La Poldévie pourrait exister aussi bien dans un de ses romans-reportages tant il est brouillé avec la géographie. Cela aurait la même réalité, puisqu'il l'a dit. 

dimanche, 07 février 2010

Ma rencontre de blogueur avec Yann Moix

J'ai décidé d'interroger un grand écrivain, cinéaste, critique et publicitaire français, Yann Moix.

LPCI : Bonjour monsieur Moix, merci de me recevoir et de répondre à mes questions au sujet d'Internet.
YM : Ne me parlez plus d'Internet ! C'est un domaine de censure ignoble ! J'ai été victime d'un délit de sale gueule et l'on peut créer des groupes FaceBook où l'on dit que l'on me vomit à la figure.
LPCI : Vous avez été censuré ?
YM : Oui, FaceBook a supprimé mon profil à ma demande et heureusement j'ai trouvé refuge chez mon grand ami Bernard-Henri Lévy du Point la Règle du jeu réunis qui lui est pour la plus grande liberté d'expression autopromotionnelle. J'ai donc pu y écrire tout le mal que je pense de la Suisse.
LPCI : Pourquoi donc la Suisse ? A cause de l'initiative populaire contre les minarets, des déboires du fils Khadafi, du secret bancaire, de l'affaire Polanski, de la vignette pour circuler sur les autoroutes ?
YM : Vous n'y êtes pas du tout ! Je suis un polémiste qui défend des causes plus nobles et surtout plus rentables commercialement. La Suisse n’est rien. La Suisse n’existe qu’en détruisant. En neutralisant. Ce n’est pas un pays neutre, non: c’est un pays qui neutralise. Elle vient d'en faire la preuve éclatante.
LPCI : Mais comment ? 
YM : Vous n'êtes donc pas encore au courant avec tout le bruit que je fais pour ameuter autour du livre que je sors ? La Meule, publié chez Grasset de mon cher ami Bernard-Henri Lévy à qui je dois tant de renvois d'ascenseur, 20 euros chez Amazon, tout port payé. J'y attaque la Suisse parce que j'ai appris que le camembert n'était plus le fromage préféré des Français et je suis décidé à défendre l'identité nationale. Je hais la Suisse. Sa gentillesse méchante, sa dégueulasserie bonbon, son calme rempli de dagues et de couteaux. Elle nous assassine en vendant de l'emmental par gondoles entières dans nos supermarchés.
LPCI : Mais encore ?
YM : Le fromage préféré des Français est devenu l'emmental. Vous vous rendez compte ? Un fromage sans goût et tout mou, emballé sous vide dans du plastique auquel il ressemble. C'est la mollesse dégueulasse. Voilà ce que sont les Suisses et l'emmental: des mous salauds. Un fromage qui n'a même pas de nom correct, puisque les Français le nomment gruyère en croyant que le gruyère possède des trous.
LPCI : Mais quel est le problème si c'est le goût de nos concitoyens ?
YM : Vous n'y êtes pas. S'il y a un pays inutile, c'est bien celui-là. C'est une dictature soft, nulle, qui ne génère rien, ne propose rien, ne fait qu'entériner les décisions des autres. La Suisse, c'est le néant. Elle s'impose par les trous que l'on voit dans l'emmental. Si nous n'y prenons pas garde, nous serons tous aspirés par ces vides au milieu du fromage. Moi, même, je ressens ce vide : mon cerveau ressemble déjà à de l'emmental.
LPCI : Et que voulez-vous faire ?
YM : D'abord vendre mon livre et aller sur tous les plateaux de télévision. J'y défendrai mon idée de la liberté du commerce. Il nous faut déclarer la guerre à la Suisse afin de lutter en faveur de mon idée de la démocratie. Je suis en train de monter une pétition avec mes amis Romain Goupil, Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann afin que l'Union européenne et l'Otan interviennent afin de bombarder de manière chirurgicale les usines d'emmental, que ce pays soit placé sous tutelle de l'ONU ensuite puisqu'il bafoue notre identité nationale. Je suis avant tout un camembertiste !
LPCI : Mais déclarer la guerre à un pays neutre depuis des siècles et fondateur de la Croix rouge, cela ne se fait pas, voyons. 
YM : Pas du tout ! Au contraire, c'est plus facile de s'attaquer à un pays pacifique qu'à un doté de l'arme nucléaire. Quand il y a la guerre, Suisse, tu te carapates. Tu regardes tes chaussures. Tu vas tranquillement te promener en montagne. Tu respires le bon air parmi les gentils (petits) oiseaux. Exterminons les Suisses jusqu'au dernier avant qu'ils nous imposent les roestis, le Nesquick et le Muesli ! Cela sera une excellente campagne de publicité pour mon livre (en vente dans toutes les bonnes librairies.
LPCI : La tradition des blogues veut que vous nous offriez une choucroute.
YM : Une choucroute, ce ne serait pas suisse par hasard ? Vous avez une tête de Suisse avec vos questions étranges.
LPCI : Euh... pas du tout.
YM : Je viendrai cracher sur votre blogue ignoble si cela me permet de vendre quelques livres de plus.


samedi, 06 février 2010

Le décryptage du décryptage

Je suis sorti de La Ferme radiophonique en lisant ceci :

Le deuxième enseignement est que les médias traditionnels nous manquent pour comprendre et pour décrypter l’actualité qui nous parvient.

Je me dis alors que comprendre suffirait. Mais non... il faut décrypter encore. Comme s'il y avait un message codé par derrière.

Depuis que Daniel Schneidermann a érigé le décryptage d'images dans son émission télévisée comme modèle d'explication, ce terme est devenu une vraie plaie en journalisme. Tout le monde décrypte ou décode. On n'explique plus, on ne commente plus, on ne livre plus les faits ou ne donne son opinion, on décrypte. Cela a l'avantage de paraître neutre par rapport à une parole publique qui serait d'avance suspecte par essence.

Décryptons donc l'emploi de ces mots dans la presse. Il y a le présupposé que nous autres lecteurs, spectateurs, auditeurs ne lisons, voyons, entendons les choses exactes et que nous sommes plongés comme dans le monde de la caverne platonicienne. Nous ne savons rien du vrai monde et nous n'en voyons que les ombres fugitives. On va donc nous révéler la vérité... Laquelle se révèle en fait fort décevante. Il y a à la base que nous gentils lecteurs-spectateurs-auditeurs n'aurions jamais pu comprendre les évidences sans l'indispensable travail de décryptage. C'est en fait assez insultant. Vous ne savez pas lire, nous allons lire à votre place.

Où trouve-t-on le plus le mot décryptage ? D'abord dans les surtitres. Ensuite et surtout dans Libération. 1 091 occurrences. Cela surclasse les Echos, le Figaro, l'Humanité, la Croix, le Monde très largement. Je ne suis pas sûr de la valeur des moteurs de recherche de ces différents journaux, mais c'est bien l'impression que j'avais au départ.

Ensuite, à quoi cela s'applique-t-il ? Eh bien à tout et portnawak. Je vois dans le site du Fig (cinq fois moins d'occurrences que Libé, ce qui rend la tâche plus légère) que cela peut se rapporter au sport, à la politique, l'économie, les idioties péremptoires et haineuses d'Eric Zemmour, la mode, la bagnole, l'économie, Michael Jackson, le cinéma, la consommation, les débats sociétaux, l'art, la littérature, les faits-divers,  etc. N'en jetez plus ! Tout peut devenir objet de décryptage.

Que retire-t-on de l'exploration de ce surtitre obligatoire pour les articles que l'on veut mettre en exergue ? L'impression d'un grand foutoir. Au lieu de hiérarchiser l'information, cela contribue à la rendre très confuse. Une opinion d'Eric Zemmour sur le port du voile ou des mots à ne pas dire n'est pas un décryptage que je sache, mais une opinion ou un billet d'humeur qui ne dévoile rien sauf des préjugés. Seulement la faire passer pour un décryptage lui donne un aspect objectif qu'elle n'a jamais eue. Et passez muscade !

Je remercie monsieur Kaplan de m'avoir offert la matière de ce billet qui est fort incomplet.   

vendredi, 05 février 2010

Pourquoi tous les ânes se nomment-ils Anatole ?

Philemon.jpgJe lis un fait-divers animalier dans un journal qui n'est pas de référence. Le nom de la victime transformée en saucissons m'interpelle (comme on dit dans les milieux qui se croient encore branchés). Anatole, Anatole... voilà un nom singulier pour un âne. Cela me dit quelque chose. Je cherche.

Je trouve des Anatole exerçant la profession d'âne un peu partout. Il est guide d'excursions ici. Il est doudou et marionnette . Il se fait éducateur alternatif par ici. Il devient comédien par . Etc. Inutile d'énumérer plus. On constate que c'est fort original.

Le bourricot se vend bien. Le problème, c'est l'originalité de son nom. Pourquoi pas Anaclet ? C'est un délicat prénom qui a été porté par des papes dans des temps fort anciens. Ou Anaximandre qui aurait une tournure un peu philosophique et scientifique ? Anachorète si l'âne est asocial, Anaphore s'il ne marche qu'en écoutant les discours d'Henri Guaino, Anacoluthe s'il préfère ceux de Jean-Pierre Raffarin, Anasthasie s'il est plus partisan de Frédéric Lefebvre, Anachronique s'il est un adepte du Vicomte. Bref, des mots ou des noms commençant par ana-, on en trouve en pagaille, mais c'est Anatole qui apparaît comme le plus sympathique et on se demande pourquoi.

Pour cela, il faut faire un peu d'histoire. Et d'abord remonter à Frédéric Othon Théodore Aristidès qui signe ses bédés simplement Fred. Il a créé le personnage d'Anatole dans la série Philémon. Mais Fred, du fait de ses origines, est un habitué des noms d'origine grecque pour ses personnages : Cythère, Timoléon, Hector, Barthelémy... Et depuis lors le doux nom d'Anatole est accolé au nom des baudets quels qu'ils soient. Il y a juste deux problèmes :

- Anatole cela ne ferait pas un peu turc par hasard ? et l'Anatolie ne serait pas hors d'Europe, donc peu fréquentable ?
- Que pourront penser les enfants qui portent le délicat prénom d'Anatole lorsqu'on les comparera à des bourriques ? Ce prénom redevient à la mode du fait de sa rareté précédente. Cela promet de jolies pagailles dans les cours de récréation.

Donner à un animal un nom d'être humain est un acte grave et il y a un moment où les Anatole qui ne sont pas des ânes pourront se sentir blessés.

jeudi, 04 février 2010

Hortefeux sait écrire en auvergnat, pas en français

Un honorable correspondant me transmet une lettre confidentielle du ministre de l'Intérieur à la ministre de la Justice et garde des sceaux (je féminise toutes les fonctions, car je sais que cela déplaît fortement à ladite ministre).

On peut lire ainsi les choses étonnantes qui suivent.

- Madame la Ministre d'Etat, [Je sens que MAM va se fâcher...]

- Dès avant, la reprise du championnat, j'ai donné...

- la saison 2009 - 2010...

- Par ailleurs, pour coordonner une action qui ne l'était manifestement pas...

- Cette mobilisation que j'ai initiée...

- Ces réunions, dont une précisément se tient ce jour, ont permis...

- J'en évoquerai trois : [suit une phrase commençant par une capitale].

- lors du match Grenoble / Saint-Etienne...

- Ministre d'Etat, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Libertés.

Quand je lis cela, je me dis que notre pays est bien mal gardé par des gens qui ignorent tout de leur identité nationale... Je me dis aussi que j'ai laissé passer bien des bourdes. Ponctuer mal, construire mal ses phrases, majusculiser à tout-va, ce serait donc être plus français que les autres ? Depuis quand le mépris pour sa propre langue serait-il une preuve d'assimilation et d'intégration ? Que fait donc la police contre les criminels linguistiques au pouvoir ?

La vocation de la lettre

Parmi les innombrables idioties et inepties du discours sarkozyste, l'une d'entre elles m'irrite particulièrement parce qu'elle contamine tout le langage de mes contemporains du fait d'un psittacisme généralisé : l'expression "avoir vocation à", le plus souvent employée à la forme négative, surtout lorsqu'il s'agit d'expulser des étrangers. Ce tic de langage, insupportable en soi et par soi, trouve son plus bel accomplissement dans la déclaration du porte-parole du ministère de la Justice :

« ce document est une lettre de ministre à ministre et n’avait pas vocation à être publié ».

Comment une lettre peut-elle avoir vocation à ? Elle n'était pas destinée à une publication, elle devait rester confidentielle, mais comment une lettre pourrait-elle avoir une vocation alors qu'elle est inanimée ? On voit là une forme d'imitation du langage de notre divin président, même dans ses pires travers. L'expression "avoir vocation à" est fort floue, on ne sait pas du tout pourquoi une chose ou une personne devrait avoir vocation. Cela évite aussi de dire que telle chose ou telle personne est interdite, on place l'interdit dans une sorte de zone indéterminée et d'apparence transcendentale, puisque la vocation est une voix supérieure et mystérieuse qui vous appelle ou non. Il n'y a rien à discuter alors. C'est de la métaphysique appliquée au service de la mystification. Pourquoi faut-il parler mal ? Parce que l'on veut mal penser et mal agir avant tout. Un nouveau degré dans l'absurdité vient d'être franchi. Le sarkozysme, c'est aussi cela : la diminution du nombre de mots disponibles pour dire les choses qui sont.

Как ухаживать русский

Le titre est en russe, mais je ne garantis pas son exactitude vu mon ignorance presque totale de la langue de Pouchkine (mis à part quelques mots courants et des notions grammaticales ou phonétiques assez générales). Il signifie Comment paraître russe. Il aurait pu aussi bien s'intituler Comment paraître grec, arabe, chinois, etc. C'est pas compliqué - comme on dit dans les émissions de vulgarisation. Il suffit de prendre quelques caractères en alphabet cyrillique et de les appliquer dans un énoncé rédigé en français. C'est ce qui se passe pour l'affiche du film Une exécution ordinaire.

une_execution_ordinaire.jpg Vous remarquerez qu'un seul caractère est inversé. Le n qui devient ici la voyelle i ou iže (иже). Elle provient du êta grec que l'on écrit H en capitale et η en bas de casse. Elle se prononçait ê long en grec ancien, puis elle est devenue i comme le iota. Elle a donné naissance à notre H latin, d'abord en capitale. On ne retrouve pas cette inversion dans la couverture du roman de Marc Dugain dont est tiré le film. Ce qui est fascinant dans cette affiche de film, c'est de retrouver tous les clichés au sujet de la Russie éternelle. L'étoile rouge. Le portrait de Staline qui domine les héros sur un mur grisâtre en brique. Le fond de paysage avec le Kremlin. Une police de caractère très stricte et sans empattement, de type Arial (on ne badine pas dans les régimes totalitaires). Et bien entendu, la fameuse lettre inversée parce que c'est la plus facile à utiliser pour faire russe (il y aurait bien eu aussi le b russe, mais il n'y a pas de b dans le titre). Si vous voulez faire grec, il faut vous rabattre plutôt sur le sigma ou l'epsilon, parce que l'on aura pas de n inversé (en fait de h ou de i).

On a affaire là à un truc de graphiste qui se retrouve fréquemment dans les affiches publicitaires, de films ou la bande dessinée. C'est une vieille astuce, lorsqu'Uderzo doit faire parler des Normands, il utilise des o barrés et des a avec rond en chef comme en danois, lorsqu'il fait parler ses Goths c'est en alphabet dit gothique, la Fraktür. On est alors dans l'exotisme déjà connu. Mais ce qui est particulier dans le cas des Russes ou des Soviétiques, c'est que l'on utilise presque systématique le n inversé. Comme si ce monde était l'inverse du nôtre. Un univers où tout serait vu comme dans un miroir par ce minuscule détail. 

mercredi, 03 février 2010

Il écrit ses titres à la va-comme-je-te-pousse

Quel est le dernier truc ou tic d'écriture de titres du Post ? Voilà le genre de question que j'aime me poser en regardant le site poubelle du quotidien de référence. On connaissait déjà la forme interrogative qui appelle à la réaction ou le deux-points faussement explicatif ou la citation de propos de témoins ou d'interviouvés entre guillemets pour faire plus vivant, maintenant nous avons droit au storytelling. Je sais bien que pour Le Post, c'est du storytelling permanent mais cela ne se manifestait pas autant au niveau de la titraille. A quoi avons-nous affaire ?

- Il utilise la carte bleue de sa copine pour jouer au poker (Confessions intimes).
- Il se brûle avec les braises de sa cheminée...
- A 11 ans, il frappe un enseignant : la directrice appelle la police (Gros moyens).
- Perdu de nuit sur une mer de glace, il est sauvé grâce à une webcam.
- Trop de Noirs en NBA : il souhaite lancer une équipe 100 % blanche ! (Noir c'est noir).
- Alpes-Maritimes : dans la rue, il tue une femme et se suicide.
- Quatre secondes avant l'arrivée du train... ils arrivent à s'extraire de leur voiture.
- Il fait tomber la peau d'un fruit sur le trottoir : verbalisé !

Quel est le point commun entre tous ces titres ? Eh bien à chaque fois l'on utilise un pronom personnel sans donner de renseignements sur l'identité de la personne (dans le troisième cas, on peut supposer que c'est un élève de l'école, mais cela ne va pas plus loin). Nous avons des individus indéterminés au départ, nous ne savons rien du flambeur escroc, nous ne savons rien du promeneur alpin, nous ne savons rien du gros raciste étatsunien. Et nous voulons savoir. Cela fonctionne exactement comme les affiches-couvertures de Détective, de Qui ? Police et de Spécial Dernière que l'on regardait éberlués en rentrant de l'école : "Elle découpe au couteau électrique l'amant de sa mère qui la violait depuis des mois sous les yeux de son fiancé consentant". De grands moments de poésie... Pas de noms, pas de qualificatifs, juste une histoire dont on voudrait connaître un peu plus les circonstances. De purs anonymes qui pourraient être vous et moi. Et puis des verbes d'action en priorité. Et avant tout du présent de narration pour rendre la scène plus présente sous vos yeux.

Le fait-divers se prête admirablement à ce type d'exercice. Mais enfin... lorsqu'on regarde les titres. Le 1 est une escroquerie banale. Le 2 un incident domestique qui arrive des centaines de fois (et je suppose que l'on va avoir droit à une longue compilation de toutes les brûlures comme lorsque Le Post avait adopté la recension systématique des morsures par des molosses). Le 3 se passe de commentaire, cela arrive au moins une fois par semaine sur le territoire français. Restent deux vrais faits-divers un peu spectaculaires et un qui est insolite. Là, on a la matière d'une histoire un peu originale, mais le reste est surdimensionné. Qui voudrait s'intéresser à une histoire d'accident domestique ou de duperie comme il en arrive tant chaque année ? Il faut donc que cela fasse plus histoire. Pour cela, on laisse planer le doute sur l'identité des personnages avec le pronom personnel et on engage déjà le lecteur dans la construction de l'histoire à venir par une phrase verbale. On se projette dans ce qui n'existe pas encore.


Kabuklar

- Pour moi, cette affaire, c'est l'abnégation de la crise. Le Progrès, 23 janvier.

- Un moins bouddhiste invité d'honneur de la ville. La Provence, 19 janvier.

- Melsa Mandon est suivie comme son ombre par un reporter à noeud pape. Le Monde, 23 janvier.

- Les Clermontois, avec Nalaga comme chef de fil. La Montagne, 24 janvier.

- Dans le Tarin. A Burlats, près de Castres. Le Bien public, 24 janvier.

mardi, 02 février 2010

Herta, c'est plus fort que toi !

Voici la réédition d'un de mes commentaires - vieux de huit ans - au sujet du nom de modèles de bateaux pour navigation dangereuse en milieu dangereux. Que sont donc les air-boats et hot-dogs ? Il n'y a que quelques menus changements de forme.

C'est fort simple (mode Michel Cymès ou Jérôme Bonaldi) ! Le hair boat est fabriqué avec les cheveux d'une blonde naturelle, de préférence vierge et ressemblant à la Loreleï (ce qui explique le coût de l'engin vu la rareté du matériau). On les tresse de manière très serrée autour d'une armature en osier, c'est une pratique saine et naturelle qui nous vient en droite ligne des Natives ou Amérindiens de la tribu des Shaggy Dogs qui scalpaient les émigrantes capturées et en profitaient ainsi pour améliorer leurs canots à peu de frais. Le goût d'un retour à des racines authentiques, à des pratiques traditionnelles, au contact avec la nature ancestrale ont redonné vie à cette embarcation. Elle a été relancée il y a deux ans par notre plus brillant écologiste, Nicolas Hulot, qui a descendu les chutes du Niagara sur une embarcation faite avec des mèches récupérées chez le coiffeur d'Arielle Dombasle, et au dernier moment il s'est élancé par dessus le précipice car le hair boat se transforme en air boat ! C'est aussi un parapente qui permet de ne pas se laisser arrêter par des cascades.

Quant au hot dog, on en compte différents modèles : de Francfort, de Strasbourg ou knack, de Vienne, de Toulouse, de Morteau... Les industries alimentaires se sont reconverties dans la fabrication d'embarcations à partir de chair afin d'évacuer des quantités de produits impropres à la consommation suite à différents incidents techniques. On a constaté l'imperméabilité et la flottabilité des saucisses dans une casserole si la peau contient quelques additifs interdits désormais par Bruxelles à cause du nouvel eurodéputé Europe Ecologie Jean-Pierre Coffe. Bien découpée, une saucisse géante peut parfaitement devenir une embarcation fiable. Nos usines agro-alimentaires actuelles s'emploient d'ailleurs à reconvertir les poulets à la dioxyne, les vaches folles, les moutons tremblants, les porcs polyphosphatés en superbes équipements sportifs au lieu de les incinérer sottement. Excellente reconversion d'un secteur en crise. Il est néanmoins fortement déconseillé de mordre dans le canot. Les compétitions de hot dog exigent des pagaies en forme de fourchettes à quatre dents, ce qui rend l'exercice très difficile, car il faut une grande force alors pour ramer. C'est pourquoi on classe le hot dog parmi les sports extrêmes destiné seulement aux cadres supérieurs en stage de restructuration manageriale sous la supervision du DRH.

mercredi, 27 janvier 2010

L'imam si bien français et si peu crédible

J'hallucine quand je lis les propos de l'imam anti-burqa qui se justifie ainsi de sa bonne intégration à la société française afin d'assurer la publicité de son livre à paraître.

J'ai pris un crédit pour acheter ma maison (ce que réprouve l'islam), je ne porte pas la barbe, je serre les mains des femmes et mes enfants sont dans le privé catholique.

1) L'islam, au cas où il l'aurait étudié, ne réprouve pas du tout le crédit, mais les taux d'intérêt abusifs et surtout l'usure et il existe une finance conforme à des principes religieux musulmans (qui ne sont ni pires, ni meilleurs que des principes chrétiens ou prétendument éthiques).
2) Il ne porte pas la barbe, et moi si alors que je suis Français depuis de longues générations. Serais-je moins français que d'autres alors ? (Oui, je sais que je donne dans l'image du prof de gauche forcément barbu, mais cela m'a pris récemment et j'ai enseigné vingt ans sans barbe.) En outre, la barbe était considérée comme républicaine et même socialiste au cours du XIXe s.
3) Je ne serre presque jamais la main des femmes, je leur donne les deux, trois, quatre bises qu'elles demandent selon les conventions de leur région et de leur milieu. Serrer la main d'une femme, c'est rare, et on se demande s'il a conscience des usages.
4) Déclarer comme preuve d'adhésion à la nation française le fait que ses enfants se trouvent scolarisés dans l'enseignement catholique est plus que suspect ! Je veux bien admettre que les écoles sous contrat respectent le même programme et les mêmes règles que l'enseignement public, mais on ne devient pas plus français en plaçant ses enfants dans le privé, de préférence catholique. Cela n'a rien à voir : la France n'est pas encore un Etat avec une religion d'Etat.

Il affiche des signes qui n'ont rien à voir avec les croyances et qui correspondent en fait aux préjugés que l'on pourrait avoir sur sa religion. Mais tout sonne faux dans ce discours.

Comic Sans : un scandale des droits de l'homme qui dure depuis trop longtemps !

Il est plus que temps de lancer un nouveau grand débat national autour de notre identité. Pour ce faire, j'ai choisi une victime exemplaire : la police de caractères Comic Sans. Je ne suis pas le premier à demander son interdiction complète. Il est temps que ce scandale cesse !

Pourquoi réclamer cette interdiction dans les documents publics ?

- Comic Sans ne permet pas l'utilisation du gras, de l'italique ou des deux attributs ensemble, à la différence de presque toutes les autres polices.
- Comic Sans ne permet pas l'emploi de capitales accentuées, elles ne sont pas dans sa casse.
- Comic Sans est une police qui présente en apparence un aspect respectueux et affectueux du fait de son imitation de la forme ronde des caractères dans les bulles de BD, mais cela ne peut faire sérieux qu'auprès d'enfants de moins de dix ans.
- Comic Sans ne se trouve que dans de mauvais blogues remplis aussi de WordArt, de ClipArt, de gif animés, de pourriards ou de Java qui vous mangent toute la mémoire de votre PC.
- Comic Sans ne correspond précisément à aucun caractère écrit par des lettreurs de BD, mais à une forme moyenne (calculée principalement sur l'échelle de Walt Disney) et le lettrage en BD n'a de sens que par rapport au dessin présent dans les cases. Un lettrage uniforme de BD hors du graphisme d'un dessinateur n'a aucun sens.   
- Comic Sans dans un courrier administratif donne l'impression au lecteur qu'on le prend pour un demeuré. C'est absurde dans le cas d'une lettre de licenciement, de mise en demeure.

Bref, la police Comic Sans avilit et abaisse les lecteurs et les scripteurs à la fois ! On ne peut plus la tolérer dans des documents publics. Elle bafoue les valeurs humanistes auxquelles nous croyons. Elle ne correspond pas du tout à notre degré de civilisation.

C'est pourquoi, je demande :

- la mise en place d'une commission parlementaire ;
- la constitution de réunions publiques en préfecture ;
- une déclaration solennelle du chef de l'Etat (avec discours d'Henri Guaino à l'appui) ;
- une résolution de l'ONU ;
- la formation d'une force armée spécialement consacrée à l'éradication de cette police de tous les PC ;
- l'instauration d'un fichier international des utilisateurs de Comic Sans afin de tracer le parcours de tous ces dangereux individus ;
- leur proscription de la Toile ou de tout accès à un matériel informatique après un avertissement.

Après quoi, nous pourrons lancer aussi un grand débat national contre le WordArt. 


שאָל

- L'hippodrome de la Cépière tient bien les rennes. 20 minutes, 14 janvier. Je crois bien que c'est la dixième fois au moins que cette erreur figure dans la revue de presse.

- L'utilisation de la cilice est davantage recommandée. Le Télégramme, 16 décembre. Au sujet d'une chaussure glissante.

- Militants, étudiants et travailleurs précaires qui occupent un hôtel particulier de la très chique place des Vosges. Les Dernières Nouvelles d'Alsace, 19 janvier.

- Les policiers ont remonté leurs traces grâce à un téléphone portable tombé de leur proche. Sud-Ouest, 6 janvier.

- 75 adultes, dont beaucoup d'enfants, se sont retrouvés à la salle des fêtes. L'Union, 15 janvier. 

lundi, 25 janvier 2010

Florilège présidentiel

Petit florilège des phrases présidentielles de ce soir (ce n'est pas dans l'ordre chronologique).


- Moi, j'aime pas ce qu'est pas juste.

- Je serais bien incapable de traire le lait.

- J'ai promis : la moitié des économies réalisées sont données en gain de pouvoir d'achat.

- Je n'ai pas un âge cacochyme.

- Moi-même, je n'ai pas fait de concours, et j'ai été élu président.

- Si je suis là, c'est pour qu'on dise la vérité.

- La Chine, vous savez, ils ont du mal avec le respect de l'environnement.

- On perd des jeunes dans les quartiers, on les retrouve plus.

- Je pense qu'une nation, c'est comme une famille !

- On a voulu dire aux Français : tentez l'aventure !

- C'est nous qui payons, heu... c'est vous qui payez.

- On ne peut pas demander aux Français d'assumer pour eux.

- J'veux pas faire d'ennuis à Bernadette ! [Je n'ai pas tout suivi, mais il me semble qu'il a alors promis d'outrepasser ses droits constitutionnels.]

- Il faut qu'on augmente les salaires, mais ce n'est pas le président de la République qui peut le faire !


Je dois en avoir manqué, puisque je suivais ce faux dialogue indirectement. Mais elles me semblent toutes remarquables par leur absurdité, leurs fadaises ou leur mauvaise construction. Je suis persuadé que cette émission restera culte en partie du fait de ces quelques extraits et de clips que l'on se repassera en boucle. Je n'ai qu'un mot : consternant. Pour la langue, les sujets, la fonction représentative. Comment peut-on parler aussi mal et aussi mal représenter le peuple, je me le demande. On a voulu voir et avoir un président ridicule, eh bien ! on l'a gagné. Je crains fort que nous n'ayons pas encore touché le fond, il est possible d'aller encore plus avant vers le grotesque. 

140

Je voudrais vous faire découvrir un compte Twitter qui mérite le détour parce qu'il est original et que j'aurais aimé avoir eu cette idée. Il s'agit de Centquarante. Pourquoi Centquarante ? Parce qu'il y a 140 caractères dans un tweet. Cela donne des fictions courtes et fantaisistes toutes écrites dans le format imposé. La contrainte devient une vertu. Voilà qui nous change des réflexions sur le temps ou le menu, de bien des banalités qui sont le lot quotidien de beaucoup de twitteriens. Cela me rappelle un peu les nouvelles en trois lignes de Fénéon, sans sa noirceur, ou bien les amorces de nouvelles de Kafka dans son journal, toutes proportions gardées. Je sais que certains se sont essayés au haïku en tweets, mais ce sont surtout des anglophones. Il me semble qu'il existe aussi des limericks en tweets, mais ils sont difficiles à trouver à cause de l'homonymie. Il était aussi évident que l'OuTwiPo apparaîtrait, mais il me semble manquer de rigueur oulipienne. Quels autres genres brefs et très formels peuvent se trouver présents dans Twitter ? (C'est une vraie question.)

dimanche, 24 janvier 2010

Bassesse oblige

Je lis ce propos d'Elkabbach et je m'interroge :

"Vous êtes un cinéphile, ça me fait penser à un vieux film magnifique avec Alec Guiness, Noblesse oblige : le bateau coule et le capitaine salue et coule dans la dignité".

Quand on connaît l'intrigue du film, on sait que ce capitaine (d'ailleurs joué Alec Guiness comme pour les autres membres de sa famille) est justement le seul qui n'a pu être assassiné par le personnage principal qui a éliminé tous les concurrents pour son accession au duché. Ce n'est qu'une péripétie du film, non son épilogue. Or ce personnage qui est le fil conducteur rédige en prison ses mémoires avant son exécution, ce qui donne lieu à des retours en arrière comme celle-ci, inspirée d'ailleurs d'un fait réel ou du moins rapporté par la presse. Qu'est-ce que cela veut dire ?

On est dans le débat totalement piégé dès le départ. Plusieurs hypothèses sont possibles ensuite (je ne connais pas l'émission).

Bayrou reconnaît sa cinéphilie, dit qu'Elkabbach a mal résumé le film, puis il le raconte. Il se piège, car il doit avouer alors qu'il a assassiné tous les rivaux qui pouvaient prétendre à la possession des sigles UDF et MoDem.

Bayrou rentre dans la métaphore afin de dire qu'elle est fausse d'un pur point de vue cinéphilique, sans relever l'énormité d'Elkabbach, mais cela ne relève pas le débat pour autant. On est dans la langue de bois.

Bayrou dénonce le procédé totalement faussé par ce genre de comparaisons biaisées qui n'ont pas lieu pour des personnes de la majorité. On lui répond alors que tout le monde est également traité. La bonne vieille blague !

Je ne sais comment il a répondu et au fond je m'en fiche. Ce qui m'importe, c'est de voir comment un journaliste très brillant arrive à aligner un homme politique aussi brillant, qu'il aurait pu ménager quelques années plus tôt s'il avait été du même côté. On amène un fait anecdotique et accessoire comme le fait essentiel, on fait appel à une culture supposée devant laquelle il ne faudrait pas se défausser. On attend de savoir s'il va répondre à des choses comme : intrigue réelle du film, bateau coule, ou bien s'enfermer dans l'assassinat de tous ses adversaires au sein de son parti (alors qu'on n'a jamais posé la question à Mitterrand, Chirac ou Sarkozy !) Ce genre de questions à multiples ouvertures et fortement culturel est le pire de la bassesse à mon avis : il ne faut que prendre la bête dans les filets. Ce n'est pas du vrai journalisme, même si cela en a l'apparence.  

Jeu du baccalauréat

Je lis un panégyrique démentiel de Jacques Attali dans le journal de FOG (l'homme qui a su se faire faire un acronyme à l'américaine comme BHL alors que Jean-Luc Hees a échoué malgré sa coiffure aussi décoiffante à l'américaine).

Quand il joue au bac avec ses amis l'été, Attali ne se contente pas de trouver des noms de pays et d'acteurs commençant par telle ou telle lettre. « Il corse, il veut les musiciens baroques français de la seconde moitié du XVIIIe siècle », s'amuse l'avocat Jean-Michel Darrois.

Quoi ? Le génie universel Jacques Attali jouerait donc au baccalauréat comme des collégiens incultes lors de leurs heures d'étude ? Il y a plus de trente ans que je considère cette activité comme débile par essence. Et c'est ce genre de distraction que l'on pratique dans la bonne société ? Ecouter ces musiciens au lieu de les citer ne serait donc pas une activité honorable ? Que vaut un nom que l'on sait prononcer ou orthographier si l'on n'écoute ou ne voit pas ce qu'il a voulu transmettre ? Cela n'a aucun sens.

On est dans la pure culture générale de type classes préparatoires aux grandes écoles, du creux entouré de vide. Cela ne peut éblouïr que lors des jeux télévisés où l'on voit la grosse tête face à des idiots, mais la culture n'est pas cela. Il s'agit de temps, de patience, de lectures, d'auditions, de visites, de rencontres avec des êtres, et surtout de réflexion. Ce n'est certainement pas se livrer au name dropping. Cela n'a rien à voir avec ce que serait une culture réelle et approfondie. Le détail remplit en fait un autre but que celui de poser le grand gourou comme un puits de science : celui de le montrer comme un homme ordinaire qui n'hésiterait pas à sacrifier aux jeux d'adolescents prépubères que l'on présuppose comme populaires chez tous les adultes. Mais dans ce cas, c'est raté !

On a un portrait indirectement puéril. Personne n'a besoin de ressembler à une encyclopédie s'il n'a pas eu une connaissance directe des oeuvres et n'a le devoir de témoigner de la supériorité de sa culture personnelle. Mieux vaut avoir écouté cent fois ceci que de connaître le nom de tous les musiciens baroques dans une époque où ils n'existaient presque plus. L'oeuvre compte avant le nom. Mais cela me rend Attali presque sympathique, en petit garçon qui s'amuse à des jeux qui ne sont plus de son âge. Il est plus bête que je ne croyais.

La filière corse

Je lis ceci dans Twitter du fameux porte-parole de l'UMP que l'on ne présente plus :

FLefebvre_UMP: Immigration clandestine : la France ne laissera pas la Corse devenir une nouvelle filière.

Frédéric Lefebvre est unique, il ose tout et c'est à cela qu'on le reconnaît. Mais j'ai un léger problème avec cet énoncé. Est-ce que les Corses organisent une immigration clandestine sur leur sol ? J'ai l'impression que non et ils admettent mal le pinzutu, sauf s'il se fait oublier. Qu'a-t-on à la base de cette déclaration ?

D'abord des réfugiés politiques ou économiques, menacés dans leur vie, dont on doit examiner les demandes de droit d'asile avant de les placer en centre de rétention administrative - ce qui n'a pas été le cas en l'espèce. Ils sont d'emblée qualifiés d'immigrés clandestins, mais quand on fuit un pays en guerre comme l'Irak ou une dictature comme la Syrie on ne prend pas la peine d'obtenir un visa et un permis de séjour auprès d'une ambassade. Ensuite, ils sont sans doute victimes d'un passeur qui les a débarqués n'importe où et cela aurait pu être sur n'importe quelle côte sans leur donner une solution d'hébergement sur place. Ce n'est pas vraiment ce que l'on peut nommer une filière puisqu'il n'y a pas de point d'arrivée déterminé.

Enfin, j'en arrive à l'essentiel. Pourquoi l'agité aux longs cheveux gras et sales parle-t-il de la Corse comme d'une filière ? C'est que comme pour les réfugiés il y a un présupposé à la base : qui dit Corse, dit automatiquement clandestinité, maquis, zone de non droit, réseaux plus ou moins mafieux (surtout dans les enclaves corses des Hauts-de-Seine), histoires de contrebande et de douaniers (les douaniers étant eux-mêmes corses), attentats contre des pylones ou des gendarmeries, conférences de presse encagoulées et pourtant bien surveillées par les gendarmes (corses comme les terroristes). On a à la base une représentation folklorique. Ce faisant, il stigmatise l'ensemble d'une population qui ne serait pas vraiment française de coeur et qui aurait été susceptible d'accueillir et de cacher des clandestins à cause d'un autre présupposé, celui de l'hospitalité. Dirait-on d'autres départements qu'ils sont des filières de l'immigration clandestine ? Des Côtes-d'Armor, de la Gironde, de la Loire-Atlantique, de la Dordogne ou du Gers, par exemple ? Il traite la Corse comme un département d'outre-mer qui subit une immigration clandestine massive comme Mayotte ou la Guyane alors que les circonstances sont totalement différentes.

Quand on commence à creuser le discours de notre chevelu glaviotant, on se rend compte qu'il s'agit bien d'un discours de communicant. Les mots sont pesés afin de correspondre aux stéréotypes du café du commerce et d'éviter tout débat sur le fond ou sur les représentations mentales. Il ne raconte pas n'importe quoi, ses discours incohérents ont un but : nous abaisser à son niveau et à sa vision manichéenne. 

samedi, 23 janvier 2010

D'une ellipse historique

Les critiques de BD du journal de référence sont parmi les pires du monde. Ils écrivent ainsi :

Né à Strasbourg, le 25 septembre 1921, Jacques Martin fait partie des derniers "monstres sacrés" de la BD classique d'après-guerre. Le nom de cet auteur français, qui rejoint la Belgique après la mort de son père, juste avant la seconde guerre mondiale, reste également lié à ceux d'Hergé, Edgar P. Jacobs ou Bob De Moor, fondateurs et piliers du journal Tintin né en 1946.

On lit ensuite quelques paragraphes plus bas :

Pendant la guerre, affecté au titre du service du travail obligatoire (STO) aux usines Messerschmitt, à Augsbourg, il en ramène des carnets de croquis récemment publiés (Carnets de guerre, éd. Casterman). A son retour, il collabore à l'hebdomadaire belge Bravo ! pour lequel il crée Monsieur Barbichou.

Il y a un problème. Cela permet de négliger un épisode peu connu de la vie de Jacques Martin lorsqu'il se trouvait en fait toujours encore en France entre septembre 41 et février 43 et qu'il participait aux Chantiers de jeunesse du régime de Vichy (mais comment cela aurait-il été possible s'il résidait déjà en Belgique qui était zone interdite en 40 et qu'il aurait dû être soldat en 39 ?) Il a commis alors beaucoup de dessins d'inspiration pétainiste. Il ne pouvait guère échapper au STO, puisqu'il était déjà dans une institution vichyste, mais d'autres en grand nombre se sont esquivés lorsque cela fut imposé à sa tranche d'âge en février 43. Les Chantiers de jeunesse étaient obligatoires comme le service militaire avant et après, on peut subir et ne pas se soumettre ; mais commettre des dessins de propagande dans ce cadre est d'une autre nature. Admettons... on n'est pas sérieux quand on n'a qu'à peine vingt ans et que l'on n'a pas tout lu, tout vu, tout entendu, tout compris des enjeux - et d'ailleurs quand et comment le pourrait-on ?

Si nous savons mal l'histoire qui sera, en revanche, nous connaissons très bien l'histoire qui est et nous pouvons la récrire à notre guise. Jacques Martin n'a eu de cesse d'occulter cet épisode infame où il montrait qu'il avait été en fait un Français comme les autres sans aucun courage et se laissant porter par les événements décidés par une autorité supérieure, un Français ordinaire soumis et collaborateur qui accepte les codes du nouveau régime. Je n'ai aucune envie de me livrer à une psychanalyse sauvage du personnage, d'autant que je manque de moyens documentaires, mais cet épisode me semble expliquer une large part des affabulations postérieures de Martin. Il avait commencé à mentir sur son passé durant la guerre, il a continué ensuite mais en rendant son rôle héroïque comme celui d'Alix ou Lefranc face à quelqu'un qui était incapable de tenir le pouvoir (par exemple Hergé qu'il aurait bien pu remplacer à son avis).

L'ellipse du Monde est fort significative de toutes les ambiguïtés de Jacques Martin, apparement attaché à la vérité historique et surtout soucieux d'inventer la sienne afin de ne pas dire la vérité. Il n'a jamais été ses personnages, sauf en rêve et ensuite dans les fictions qu'il a créées. Mais dans le journal de référence, on ne veut surtout pas poser les questions qui dérangent, sauf si elles commencent à déranger aussi chez les autres. Eh bien ! posons la question qui fâche : pourquoi les albums de Jacques Martin plaisent-ils tant aux gens d'extrême droite et s'en souviennent-ils avec autant d'émotion au point de le célébrer à tour de bras ? (Je sais aussi qu'ils plaisent aussi aux homosexuels, aux amoureux de l'Antiquité, des langues anciennes, etc., mais ce n'est pas le problème.)

Plantu et le coup du lapin

Dans le journal de référence, le dessinateur de référence s'exprime ainsi, selon son interviouveur :

Concernant la censure, Plantu, dessinateur au Monde, aime raconter cette anecdote : "Qu'importe que, sur un bateau, il soit interdit de prononcer, selon la superstition, le mot "lapin". Je me fiche de dire au capitaine le mot "lapin", du moment que je peux dénoncer les conditions d'exploitation de l'Indonésien qui est dans la soute." Manière de dire que s'il faut dénoncer les interdits, plutôt que d'achopper dessus, le plus efficace est de les contourner.

Plantu confond deux faits différents. Les lapins - considérés autrefois comme rongeurs étaient interdits sur les navires -, mais on pouvait parfaitement les nommer, puisqu'ils n'inspiraient pas de peur sauf celle de voir le navire infecté par des maladies à cause des déjections ou que la nourriture disparaisse et soit souillée. Le mot qui était interdit était le mot "corde". Parce que la seule corde du navire servait à pendre les mutins ou à leur faire subir le supplice de la cale mouillée. Toutes les cordes d'un navire à voile ont un nom particulier selon leur taille et leur emplacement, sauf une. Celle qui se rapporte à la torture et à la mort. On ne parle pas non plus de corde dans la maison d'un pendu. Cette superstition liée au mot s'est aussi étendue au théâtre, puisque les premiers machinistes qui travaillaient dans les cintres des théâtres classiques étaient à l'origine d'anciens marins qui pouvaient manoeuvrer des machineries complexes afin de faire descendre le char des dieux sur Terre. C'est resté comme une tradition, et comme on ne comprend plus ce qu'est le théâtre ancien ou la marine à voile, cela permet de parler de choses en apparence absurdes. 

Pourquoi alors évoquer la fausse peur du mot "lapin" chez les marins ? Celui-ci évoque l'idée de l'innocence et de l'insouciance pour le lecteur moyen qui ne voit là qu'un adorable nouvel animal de compagnie, un personnage de cartoons ou bien un bon plat. Ah ! comme il devient sympathique le lapin avec nos représentations contemporaines ! Mais en posant le nom "lapin" comme interdit, Plantu peut se permettre de dire qu'il dénonce les véritables interdits non dits, ceux qui seraient à fond de cale comme l'Indonésien (version moderne de l'esclave noir) qui travaille dans la soute à charbon ou qui est convoyé clandestinement. Il oppose ainsi faussement le haut et le bas, le faux (en haut) tout en superstition et le vrai (en bas), le mot (lapin) et la réalité (l'Indonésien caché), l'interdit apparent et l'interdit porteur de sens.

Or, en fait, c'est bien le mot "corde" qui était interdit et pour des raisons bien plus graves que le simple fait d'avoir peur d'un lapin ou d'un mot ! Il s'agit de l'interdit suprême, celui que l'on pose sur le nom de la mort et surtout de la mort indigne que l'on ne saurait jamais désigner comme telle. On se trouve dans une situation bien pire que celle de la simple exploitation de la misère humaine : dans le cas où des hommes avaient un droit de vie et de mort sur d'autres hommes, qu'ils soient sur le pont ou dans la cale. Est-il si anormal que des marins aient conservé le souvenir si anormal ? Cela les rend-il moins humains ? Interdit-on encore les lapins ou le mot "corde" dans les embarcations surchargées pour réfugiés ou émigrés clandestins ? Proscrit-on les mêmes choses dans les navires poubelles sous pavillon bananier ? Je ne crois pas. On n'y parle pas vraiment français, ou à peine. Ces expressions ne voudraient rien dire sur ces navires, d'autant que la plupart des Français ne les comprennent plus, Plantu le premier. La réalité a si peu changé en si peu de siècles alors que les mots de la réalité ancienne se sont perdus dans la confusion et l'autojustification.

vendredi, 22 janvier 2010

George Sand, victime de la pédophilie

La Mare aux canards dans le Palmipède, page 2 : Frédéric Mitterrand énumère la liste des anniversaires culturels de l'année (cela fait un plein volume chaque fois, édité par le ministère de la Culture, et on ne sait plus où donner de la tête tellement il y a de commémorations diverses).

Centenaire de la naissance de Jean-Louis Barrault, de Jean Anouilh, de Julien Gracq ; centenaire de la mort de la cantatrice Pauline Viardot, du photographe Nadar et du Douanier-Rousseau ; bicentenaire de la mort de Frédéric Chopin et d'Alfred de Musset.

Il y a juste un problème. Si Chopin et Musset sont morts il y a deux cents ans, ces vieillards libidineux ont donc couché avec une gamine âgée de moins de six ans ! Dénonçons cette pédo-pornographie qui attente à la mémoire d'une grande dame des lettres (dont la place serait aussi au Panthéon comme le suggérait le Chi).


mercredi, 20 janvier 2010

Paralipomènes pour une archéologie du lien entre sardouïsme et sarkozysme

Mariah-Samanthah me demande de nouveau secours.

A l'aide cher comte ! Voici le texte que notre prof barbu et chevelu qui doit voter Europe Ecologie ou MoDem nous a donné dans le cadre du programme national "sardouïsme et sarkozysme" pour faire un bac blanc de français. Il dit que cela correspond au niveau des STG et que c'est compatible avec le débat sur l'identité nationale, mais moi je ne comprends strictement aucune des références historiques ou culturelles. Je suis perdue dans cette époque si différente de la mienne.

Quand je pense à la vieille Anglaise
Qu'on appelait le "Queen Mary"
Echouée si loin de ses falaises
Sur un quai de Californie

Les falaises en question sont les falaises de Douvres telles que les découvre un Français se rendant dans l'archipel depuis Calais. Or, il semble que le Queen Mary partait en réalité de Southampton vers l'Amérique. L'erreur n'est que de cent miles et de quelques dizaines de yards. En tout cas, la Grande-Bretagne doit être entourée de falaises sur toutes ses côtes, tout comme la Normandie. Mais elle permet de mettre en valeur la différence de niveau de l'altitude et de la noblesse britannique avec la bassesse étatsunienne. Il est entendu dans le discours du poète que tout ce qui se réfère au Nouveau Monde est inférieur, car profondément mercantile surtout si on associe la Californie à Hollywood et Disneyland. Cela ne l'empêche nullement d'avoir chanté le contraire auparavant. Comme tous les grands artistes, il est en proie à ses contradictions internes qui le font souffrir.

Quand je pense à la vieille Anglaise
J'envie les épaves englouties
Longs courriers qui cherchaient un rêve
Et n'ont pas revu leur pays

La vieille Anglaise fait allusion au surnom anglais du Queen Mary, The Old Queen. Ce n'est pas une traduction exacte, mais cela constitue une transition habile vers le refrain qui suit où vieille Anglaise et France se répondent. Les autres vers sont d'inspirations clairement rimbaldienne et évoquent le Bateau ivre. A moins que ce ne soit Oceano Nox ! Et pourquoi pas Baudelaire ? Tout est permis lorsque l'on joue sur les clichés.

{Refrain:}
Ne m'appelez plus jamais France
La France elle m'a laissé tomber
Ne m'appelez plus jamais France
C'est ma dernière volonté

Le refrain, très patriotique, met en valeur un exemple du volontarisme gaullo-pompidolien de l'époque, honteusement sabordé par les forces giscardo-mitterrandienne, tout comme notre Concorde, notre Caravelle, nos Mirage, nos Rafale, notre DS, notre char Leclerc, notre Minitel, notre ORTF, nos centrales nucléaires, etc. Il met en valeur l'identité nationale : rappelez dans votre copie que le nom France est alors lourdement symbolique et que l'on ne peut brader ainsi un patrimoine avec un tel nom à n'importe qui (par exemple des Norvégiens qui sont incapables de devenir européens et qui rebaptisent le bateau en anglais).    

J'étais un bateau gigantesque
Capable de croiser mille ans
J'étais un géant, j'étais presque,
Presque aussi fort que l'océan

On sent là une inspiration profondément baudelairienne. Avec sa coque de géant, ce navire était incapable de continuer à voguer dans un monde devenu trop petit. Ou alors un rappel du Hugo des Travailleurs de la mer qui abonde en géants. 

J'étais un bateau gigantesque
J'emportais des milliers d'amants
J'étais la France, qu'est-ce qu'il en reste ?
Un corps-mort pour des cormorans

Notons ici le jeu de mots final et la touche subtilement baroque du squelette. Bien entendu, il est défendu de se poser des questions au sujet du genre du navire, puisque le France est devenu la France d'un coup de baguette magique et que l'on a affaire à une métaphore de son propre pays. Il s'agit d'exalter la grandeur de ce pays, même si l'on vend des navires, des avions, des voitures ou des armes aux autres pays qui ne sont que des charognards. L'important est de conforter l'image de la France comme pays de l'amour et de la grandeur. Même et surtout au cours du débat de l'indignité nationale.  

پوسته

- Le scanner projette de façon trombinoscopique une image avec une grille. L'Union, 9 janvier.

- Un témoin reconnaît formellement Mathieu T. au volant de la moto volée. L'Union, 8 janvier.

- Un seul livre dit traditionnel qui s'intitule "Dans la libraire". La Montagne, 13 janvier.

- En tournant, l'arrière du tramway a percuté une de ces bites de fer plantées sur le trottoir. La Voix du Nord, 7 janvier.

- C'est à Jons, chez ses parents, que Sandrine donna vit au petit Evan. Le Progrès, 8 janvier.

- Certaines familles ont décidé de réveillonner dans un cadre douillet, un cochon bien décoré et joyeux. Midi libre, 6 janvier.

- Cirque Médrano : la famille Khawack a les crocodiles dans la peau.  Son père et son grand-père, déjà, domptaient avec talent ces mammifères rampants aux dents acérées. La Provence, 8 janvier.


C'est une semaine bien grivoise.

lundi, 18 janvier 2010

Dons en tout genre

Les journalistes de l'Oignon ont du mal à faire la différence entre des homonymes. Voici le titre d'un article :

Don Michel était l'un des trois « gothiques » de la communauté Saint-Martin

On retrouve cette forme dans le chapeau et le corps de l'article :

Don Michel, de la communauté Saint-Martin, a demandé à être relevé de toutes ses missions sacerdotales, un peu avant Noël. Surprise dans le milieu ecclésiastique.

Or il existe deux orthographes différentes de titres différents : don et dom. Le premier est un titre de politesse espagnol désignant des nobles ou supposés tels. Mais c'est aussi un titre accordé en Italie à certains religieux, à des grands propriétaires et puis à... des chefs de la Mafia. En revanche, le second dom est un titre de politesse portugais pour des nobles et aussi un titre pour certains moines en France, par exemple certains bénédictins, trappistes ou chartreux.

Tout semblerait simple. Mais non... Don a aussi été la forme ancienne de dom en moyen français et on peut le trouver dans les livres en édition savante. Ensuite, le français a procédé à une réfection étymologique. En outre, il existe une pièce de théâtre française écrivant dom et non don pour désigner un hidalgo : Dom Juan, ou le Festin de pierre. Alors, pourquoi ce titre don et non dom afin de désigner le prêtre qui se défroque soudainement ? Sans doute parce que sa communauté est d'origine italienne. Mais en revenant en France, c'est le titre français qui aurait dû s'imposer pour nos corbeaux traditionalistes.

Ajoutons à la confusion générale : le mot dom a été aussi écrit dam. On trouve ainsi des noms de lieux comme Dampierre ou Dammartin qui signifient simplement Saint-Pierre, Saint-Martin. Or il ne faut pas confondre ce formant avec dam dans à son grand dam (à prononcer comme dans ou dent et non comme dame). Ce dernier vient de damnum (dommage, préjudice) et n'a pas de rapport avec dominus (maître, seigneur). Précisons encore que les toponymes des régions excentriques de la France ont suivi des évolutions différentes et parfois étranges : Dannemarie par exemple était Dammekirch en allemand ou l'église de la Madone. Il s'agit là d'une sorte de pléonasme caché.

dimanche, 17 janvier 2010

Le porte-parolat du Mouvement populaire au travail

L'UMP ou plutôt le Mouvement populaire, comme l'a rebaptisée son secrétaire général, possède deux porte-paroles. Je dois avouer qu'ils sont fort consternants. Ni l'un, ni l'autre ne maîtrisent le moins du monde la langue française alors qu'ils sont censés défendre la trop fameuse identité nationale.

Commençons par le plus catastrophique des deux, l'inévitable Frédéric Lefebvre. Le Mouvement populaire présente un encadré J'Aime/J'aime pas* que l'on devine calqué sur la syntaxe présidentielle qui déteste les négations complètes et j'y lis ceci dans la catégorie J'aime.

Ma Femme Valérie , mes enfants Quentin et Alix …et toute ma famille.

Première conclusion, Frédéric Lefebvre n'aime pas la typographie et les règles de ponctuation ou de mise en majuscule. Cela se vérifie ensuite dans son parcours où il ne croit pas bon et juste de terminer ses phrases par des points et où il fait suivre chaque deux-points par une capitale pour bien mettre en valeur sa fonction par un titre ronflant. Mais le meilleur vient ici :

Député des Hauts-de-Seine (après qu’André Santini soit nommé Ministre )

Frédéric Lefebvre et la syntaxe, cela fait deux aussi. Je sais qu'il déteste l’injustice, la malveillance, le sectarisme, les envieux, la mauvaise foi, l'égoisme [sic]. Mais il ne devrait pas lui être interdit de consulter parfois un livre de grammaire ou un dictionnaire.

Passons à son comparse un peu moins haut en couleur, Dominique Paillé. Il nous apprend ceci :

28 mai 1956 : Naissance à Les Aubiers (79) où la douceur de vivre et la sérénité de la population ont bercé mon enfance

et :

Mars 1989 : Maire de Les Aubiers, retour aux sources pour une vingtaine d’années et début d’une carrière d’élu

Personnellement, je ne ferais pas confiance à un maire qui ne sait pas utiliser la syntaxe correcte pour parler du nom de sa commune. Bien entendu, lui aussi déteste l'injustice et cela semble un leitmotiv dans tous les profils du Mouvement populaire. Ils sont tous fort originaux...

* Ce genre de catégorie est digne des cahiers d'adolescentes pré-pubères qui sont encore en train de chercher le grand amour ou des Skyblogs qui ont des modèles de textes à écrire tout faits.  


samedi, 16 janvier 2010

Si on ne peut dire non

Dans le système Loïc Le Meur, il y a une chose que l'on retrouve partout : le refus du mot non et de tous les mots négatifs. Un truc élémentaire que l'on apprend dans les écoles de commerce (cela prend deux ans, tellement il faut s'adapter au niveau des étudiants...) Donc quand LLM demande de le rejoindre sur sa plateforme Seesmic je me pose des questions en voyant son message pour Twitter. On me demande de confirmer en cliquant et il n'y a strictement rien pour décliner l'invitation ! Comme je ne suis pas encore complètement idiot, je me dis qu'il y a forcément un piège. Et il se trouve là : "Click the link above to give us permission to send you information." Oui, vous n'avez pas besoin de choisir de vous désabonner ou de décliner l'invitation, mais si vous vous abonnez vous allez recevoir alors des catalogues de pubs non demandées parce que vous aurez souscrit au contrat qui peut être toujours révisable. Moi, durant mes études littéraires, j'ai appris à écrire non et à bien l'affirmer. Mais cela n'existe pas dans ce système hypocrite : "If you do not want to confirm, simply ignore this message." On pêche des adresses au hasard par un robot et puis on demande en anglais (!) de faire comme on veut. Mais ce que je veux, c'est ignorer ces messages intrusifs qui s'apparentent à des pourriels. Ma culture est d'abord francophone, elle est en faveur de l'opt-in et non de l'oup-out, je n'ai jamais demandé à Loïc Le Meur de venir inonder mon compte Twitter de milliers de publicités, je ne crois même pas que Loïc Le Meur soit derrière ce message automatique de sa plateforme, et en fait je m'en fous totalement. Je veux parler à des humains, pas à des robots ! Je dis encore non. Et cela ne fera pas de moi un héros pour autant.

Quid ? Et puis quoi ?

La liste des Etats dans le Quid est fort étonnante.

On y lit.

- Amérique : Canada.

Puis :

- Amérique : Québec (Canada).

Je m'interroge... Le Québec serait-il devenu indépendant et républicain depuis peu ? Je m'en réjouirais et je déboucherais des tas de bouteilles de champignac. Mais la précision entre parenthèses m'incite à la prudence, parce que je lis ensuite :

- Palestinien occupé (territoire).

Même pas un nom de lieu pour un pays. Le nom est juste Autorité palestinienne pour ce qui avait été reconnu dès 47 par une résolution de l'ONU comme un Etat indépendant. J'ai aussi beaucoup de mal à comprendre la différence de traitement entre le Québec et la Palestine. Pourquoi ne dit-on pas que le Québec est un territoire occupé par les maudits Anglais ? Pourquoi n'affiche-t-on pas "Asie : Palestine (Israël)" ? Il doit y avoir des nuances de sens qui m'échappent.

Dans la liste des imbécillités qui vous auraient échappé, sachez encore que selon l'encyclopédie en ligne, la Guadeloupe, la Martinique, la Polynésie française sont des Etats indépendants, mais non la Guyane qui n'a jamais existé pour elle. Cela tient à quoi cette différence de statut ? J'ai juste un peu de mal à appréhender la logique à la base d'un tel classement.

Du rôle du deux-points

Le Post a tenté une journée sans points d'interrogation dans les titres, mais n'a pas tenu très longtemps. Il a ensuite tenté une journée sans deux-points et c'était encore plus difficile à tenir. Mais à quoi peuvent donc servir les deux-points dans un titre ? se demandera le jeune lecteur sagace et futé. Apprends donc, jeune lecteur sagace et futé, que le Petit Champignacien a mené l'enquête pour t'apprendre à décrypter (comme on dit à @rrêt sur images) tout ce qui fait l'actu (comme on dit chez Demorand). Le Post est un observatoire fascinant et répugnant pour cerner l'avenir de la presse : on y voit les nouvelles méthodes d'écriture et celles-ci s'illustrent d'abord dans les titres, les étiquettes et les liens.

Que veut dire un deux-points pour le commun des mortels ? En premier, c'est l'introduction d'une citation après mention du locuteur.

- Vincent Peillon : "Si je faisais des coups médiatiques, ça se saurait".

 

Le problème, c'est que les citations ne sont pas forcément sourcées dans le titre.

- Marche silencieuse pour Hakim : "Hakim n'aurait pas souhaité une vengeance".

Remarque ici, jeune lecteur sagace et futé, que j'ajoute un point à la fin des titres. Normalement un titre est sans point, mais ici on a des citations entre guillemets qui auraient dû être terminées avant par le point même s'il n'était pas présent dans le discours. C'est un léger problème de forme, on ne critique pas les titres, on les clique ou on les lie ! Et un point final, c'est une source d'erreur possible pour un lien parce que cela se voit mal dans une URL. Le problème vient ici qu'en fait la deuxième partie n'est pas vraiment une composante du texte qui n'affiche que le premier élément dans la titraille. Il s'agit donc d'un ajout de la rédaction pour rendre le billet du posteur plus attractif que par le seul élément purement informatif et cela ne modifie pas l'URL.

Mais pourquoi ajouter donc une citation non sourcée dans le titre ? me demande alors le jeune lecteur sagace et futé, cela n'apprend rien ! Certes, mais la citation entre guillemets fait tout de suite plus vrai, c'est du témoignage, en brut, en vrai, en direct. Il s'agit d'un procédé courant et classique du journalisme, on place une phrase prononcée ou écrite soit en titre, soit en exergue par l'intertitrage et cela agit sur les cellules nerveuses comme un appel (croit-on). Le lecteur attisé par ce stimulus se précipite alors sur la page en question. Il a quelque chose qui lui est offert à ronger comme un os pour un chien. Le fait n'est pas propre au Post, mais aussi au fameux journal de référence du soir lorsqu'il accorde des tribunes à nos grands décideurs de la chose publique.

La distinction est plus complexe. On a d'abord la notion de rubriquage.

- Haïti : le monde du sport et des people se mobilise.

Là, cela se complique parce qu'il existe aussi des titres sans deux-points et pourtant avec rubriquage.

- Levallois-Perret Bardot joue le mépris avec Balkany.

Quelle différence entre les deux ? Le premier n'a aucune étiquette, le second est tagué, classé dans une catégorie et certainement géolocalisé. Cela me semble triste pour Haïti qui aurait dû avoir son étiquette propre vu l'émotion que les événements suscitent. Le deux-points permet aussi de se situer dans les pages et il joue alors comme un ersatz de surtitre puisque les pages de liens ne permettent pas vraiment d'afficher la mise en page d'un journal traditionnel en papier. Est-ce que le deux-points a encore un sens dans ce nouvel espace de lecture ? Je n'y crois guère. Mais alors à quoi peut-il encore servir ? me demande le jeune lecteur sagace et futé.

Il faut en venir à la distinction sémantique thème-rhème. Le thème, c'est ce qui est supposé connu. Le rhème, c'est l'information nouvelle que l'on apporte sur le thème.

- Plus belle la vie : Qui Benoît choisira-t-il ?

Plus belle la vie, tout le monde connaît, et surtout pour dire qu'on ne regarde pas ou ne veut pas voir. C'est donc obligatoirement le thème et le rhème est le reste. Comme il n'y a aucune information dans le rhème, on peut se demander si le thème n'est pas général. Mais ce n'est pas toujours dans le même ordre :

- Une semaine d'actu sur le Post : qu'avez-vous retenu ?

Le rhème est alors le fait d'avoir lu certains faits de la semaine du Post et seulement de lui. Ce qui est fascinant dans les sites dits participatifs, c'est cette volonté de s'autocentrer : l'actu (comme on dit chez les branchouilles) n'existe pas chez les autres même si on les lie ou agrège. Cela existe aussi dans Rue89 ou Bakchich sous forme de récapitulatifs que l'on croyait réservés aux journaux papiers en fin d'année et de pseudo bêtisiers sur les étranges lucarnes. Le deux-points introduit là aussi un comportement communautaire que l'on peut relier à l'étiquetage. Je ne suis pas certain que ce soit un progrès.

Il y a d'autres choses à dire au sujet du deux-points (causatif ou conclusif), mais la pente de mon texte m'a entraîné ailleurs. Quatre ou cinq exemples ne font pas une démonstration, je me promets de revenir sur le rôle du deux points avec une autre perspective. Il y a de vrais problèmes de lecture, de classement derrière.

vendredi, 15 janvier 2010

Mais où est donc le débat ?

Le style présidentiel à l'oeuvre chez les Jeunes pops :

Je suis pas juriste, je suis étudiant en école de commerce. Honnêtement, j’en sais rien .Je veux pas dire de bêtises, mais à partir du moment où le TGV était [sic] privatisé, je vois pas où est le débat.

Ben des bêtises, on en voit pas mal dans ces deux lignes et d'abord le fait de ne pas savoir s'exprimer correctement en français alors que l'on défend l'existence d'un ministère de l'Identité nationale. Ensuite, il serait interdit d'avoir des notions de droit commercial et de se prononcer à leur sujet quand on est en école de commerce ? Depuis quand le droit est-il devenu une discipline qui ne devrait plus être enseignée à des commerciaux ou des publicitaires ? J'en viens à me demander si l'on n'a pas affaire à un fake, tellement c'est trop gros : le TGV n'est pas privatisé, mais régit parfois par des sociétés en participations croisées pour des raisons internationales complexes (allez donc faire une société commune pour le Thalys et vous comprendrez) et s'il circule seulement en France il est propriété de la SNCF puisque c'est en France. L'étudiant de commerce si peu expert en commerce et encore moins en droit dont dépend le commerce ne le comprend pas ? Le problème commence si l'on veut appliquer le modèle international aux autres TGV qui circulent sur le territoire français seulement, et cela l'étudiant en commerce (sans aucune compétence juridique) ne le voit pas. Parce que cela n'existe pas pour lui de quelque manière qu'on le prenne. Il n'y a jamais eu débat selon lui... Et je me marre... L'honnêteté, c'est juste bon pour les cochons et les poulets que l'on égorge dans le fond de la cour de la ferme.  Il faut juste ne pas en abuser. Cela ne peut pas servir tout le temps.

Où l'on examine la taille des messages

Je veux écrire une réponse dans un blogue hébergé par Blogspot (Google donc) et on me répond que ma réponse est trop longue. Elle atteint "4096 characters" me dit-on dans une langue à laquelle je ne comprends strictement rien et que je ne veux surtout pas lire. Cela m'était déjà arrivé sur Le Post où la limite est de 2 000 caractères. Je veux bien admettre que ce soit une barrière contre des copicollages abusifs, des publicités malvenues, de la propagande déplacée à la mode @FLefebvre_UMP, des trolls que l'on n'aurait jamais voulu lire. Mais c'est une barrière idiote, elle n'arrêtera jamais celui qui veut déverser à tout prix sa prose puisqu'il sait dans le message d'avertissement où se situe la limite. Cela ne peut retarder que les robots et encore, ils ont aussi leurs messages d'erreur pour les humains qui reprendront cela à la main. Je peux comprendre que Le Post s'épargne bien des pourriels vu son trafic et décourage ainsi tous les sales pourrielleurs pornographes, nazis ou casinocrates de la Terre, je comprends moins qu'un blogue aussi confidentiel que le mien place une barre d'accès. Cela n'a pas de sens. Quand on a en moyenne une dizaine ou une vingtaine de réponses par jour, il est inutile d'employer les grands moyens des grands médias et de sortir le marteau des sorcières. Une bonne rétromodération suffit si on a le temps d'agir dans la journée et que votre hébergeur n'aime déjà pas les pourrielleurs. D'autant que les pourrielleurs font souvent très bref.

Je déteste profondément l'idée selon laquelle un discours devrait être dit dans un nombre de mots déterminé (selon la norme des concours administratifs et des examens publics où on doit en plus quantifier à la place de l'examinateur) ou de caractères (selon la norme anglo-saxonne et à présent universelle grâce à la Toile). Un discours de moins de 140 caractères et un de plusieurs milliers de mots peuvent se valoir, mais c'est à nous seuls qu'appartient le droit de le dire après les avoir lus. On peut vouloir s'inscrire dans un genre (le SMS, le haïku, le limerick, l'aphorisme, le slogan), mais pourquoi devrions-nous imposer à d'autres des règles qui ne correspondent pas à leur écriture du moment ? Je peux écrire en deux mots comme en mille et je n'aime pas devoir briser mon élan sous prétexte que j'ai atteint le nombre de caractères autorisés. Les formes brèves sont aussi légitimes que les longues et inversement. Le tout est de savoir ce qu'elles veulent dire, et ce n'est pas gagné parce que cela demande parfois de la discussion.