dimanche, 08 novembre 2009

Le prestigieux président dans les textes qu'il signe

Notre divin et admirable président ne sait vraiment pas s'exprimer en français alors qu'il tient absolument à l'identité nationale :

Nous filons ensuite vers Check Point Charlie pour passer du côté est de la ville, et enfin confronter [sic] ce mur dans lequel nous avons pu donner quelques coups de pioche.

Dire qu'il est ridicule une fois de plus serait superfétatoire. Il devrait engager de meilleurs nègres pour tenir ses comptes 2.0.

L'endogamisme et l'inceste par les chaînes de blogues

Voyons ce qui se passe dans les chaînes à la con que se font les prétendus blogueurs de gauche qui s'affirment tous comme plus à gauche que soi. La dernière est "mes trois premiers billets". Le truc rigolo, c'est qu'ils se refilent la chaîne sans voir qu'ils ont été déjà liés par les blogueurs qu'ils lient ensuite en croyant être originaux et en faisant comme s'ils n'avaient pas vu que le copain du copain avait déjà mis l'URL en lien. C'est ainsi que Machin cite Truc, Bidule, Chose pour lui pondre un billet dans lequel il le citera en retour, tandis que Truc cite Bidule, Carabistouille, Calembredaine et Coquecigrue et Chose parce qu'il a lu Machin et pas Chose. Tout ce petit milieu très endogamique ne se lit pas, mais sait se répondre dans une joyeuse cacophonie. On renvoie la demande de billet à des gens qui l'ont déjà écrit et qui ont lié l'auteur de la demande en lui demandant d'écrire un billet. Ce serait fort drôle, si l'on ne se demandait pas quel est le sens des billets et des liens. Le nombrilisme des blogues a un grand avenir devant lui avec de telles pratiques ! Et puis je me demande comment cela peut encore être de gauche...

samedi, 07 novembre 2009

Lire Twitter

Comment entrer dans un compte Twitter alors que la personne que vous voulez suivre est en accès privé ? Je me suis posé la question, puisque je protège mes données. 

Repérez d'abord les personnes qu'elle suit, c'est aisément accessible par Google même si le profil est protégé, vous avez aussitôt accès au dernier Tweet publié en cliquant sur la liste des Following. Bien sûr, vous ne pouvez suivre les discussions en entier, mais vous savez ce qui a été dit dans les dernières minutes. Autant dire que c'est frustrant, sans aucun compte personnel.

Une autre bonne source serait de servir des listes Twitter, mais justement elles ne reprennent pas les messages des comptes en accès protégé à la différence des profils qui peuvent les afficher. C'est un peu bizarre cette différence de traitement. La seule liste, celle d'Irène, qui m'inscrit comme twitterien ne reprend pas du tout mes messages diffamatoires envers des élus de la République. Heureusement pour elle ! Je me pose des questions sur la responsabilité de la personne qui accepte des flux qu'elle ne contrôle pas.

On peut aussi compter sur les RT (ou re-tweets), mais c'est aléatoire et tout dépend de qui l'on suit. Il est possible de savoir ce qui est écrit par quelqu'un en privé alors, mais cela nécessite une énergie énorme pour un résultat ridicule. On peut aussi lire des textes ou des images, des vidéos publiés dans un format plus large, sans la barrière du compte Twtter, lorsque l'utilisateur a voulu se servir d'une autre plateforme tout en faisant un lien, mais il faut savoir quand il les a écrits. C'est beaucoup de temps gaspillé. 

J'en viens à l'essentiel. Twitter protège des données et ne les protège pas. Un compte protégé ne l'est pas absolument, tout peut être accessible en temps réel si l'on trouve la bonne porte d'entrée ou si le message a été repris, puisque c'est la règle de base de ce réseau. Il est donc totalement faux de croire que ce soit totalement privé lorsque l'on protège ses données, cela ne prémunit que contre les pourrielleurs. Le système est poreux à la base et c'est ce qui fait son efficacité.

Ce qui est le gros problème, c'est l'articulation entre privé et public. Un compte privé comme le mien n'est pas totalement privé puisque tout peut se retrouver ailleurs, tout peut s'échapper de mon compte, il n'y a que la confiance pour les personnes que j'accepte qui permette la tenue de ce compte. J'ai déjà vu des blogoguerres chez Embruns à partir de messages Twitter où public et privé étaient mélangés et c'est bien le problème de Twitter, non des blogues ou des forums Usenet. Il y a une réflexion à commencer.

Krys, ou la misogynie du second degré

Les publicités de Krys, l'opticien, s'affirment comme décalées. Avant, j'avais les oreilles décollées, avant, j'étais tatoué, avant, j'étais chauve, avant, avant, j'étais petit, j'étais maigre ou gros, etc. Tout cela peut sembler un peu anodin, mais quand je lis "Avant, j'étais blonde" et qu'une femme blonde tente de lire sans lunettes un livre intulé Logique signé par Kant, tout en ricanant de manière sotte, je me dis qu'il y a un gros problème. Le livre existe, même s'il est peu reconnu parmi les écrits majeurs de Kant.

Pourquoi le choix de Kant comme auteur d'une logique et non Aristote par exemple ? Eh bien ! sans doute par une lecture de Kador par les pubaux qui se sont dit que Kant faisait sérieux, puisque personne ou presque ne le lit et qu'il est synonyme d'écrits très compliqués à comprendre. Kant, cela fait tout de suite plus rigoureux que tout autre nom de philosophe (sauf Spinoza pour Philippe Val et Lévinas pour Alain Finkielkraut). On vend donc avec le nom de Kant sans chercher à savoir ce qu'il a dit.

Ensuite, on a affaire au phénomène de la blonde forcément idiote qui ricane bêtement lorsqu'elle ne porte pas de lunettes et puis qui peut enrichir son esprit une fois qu'elle les porte. Cela me pose des questions, parce que le mot blonde veut dire ici cruche, crétine, débile, abrutie. Ce n'est plus une simple caractéristique physique comme petit ou gros, mais bien une définition de ce que serait une femme totalement stupide (et non un homme, on ne parle jamais de la pensée de blonds).

Enfin, je ne comprends pas du tout comment de telles publicités discriminatoires ont pu être acceptées par le BVP et surtout celle-ci qui est d'une rare misogynie et qui véhicule des clichés d'un autre temps même si on prétend au second degré en reprenant de mauvaises blaques.

vendredi, 06 novembre 2009

Le P'tit McDo à l'assaut du monde

Je suis depuis plus d'un an étonné par les campagnes publicitaires de McDonald's, je me disais que je devais écrire sur le sujet et puis j'ai reporté sans arrêt le billet. La firme considérée comme la principale responsable dans la malbouffe a entrepris de se recentrer et elle développe un argumentaire assez efficace pour prouver qu'elle achète des produits locaux, qu'elle vend de la verdure et des légumes, qu'elle baisse les graisses et les sucres et qu'elle entend fournir des menus équilibrés ou participer à l'éducation alimentaire. Tout cela est de bonne guerre et McDonald's qui jouait avant sur d'autres créneaux comme l'hygiène, la simplicité du service, la transparence des prix ou l'expression d'un mode de vie décontracté s'est reconverti dans une nouvelle rhétorique publicitaire, qui sans être vraiment bio ou écolo, joue sur les tendances présentes dans l'opinion publique.

Super Size Me avait dénoncé les méfaits d'une alimentation fondée seulement sur les produits McDonald's. Tout ce qui était Big et mis en avant est désormais proscrit dans les publicités de la marque ou juste noyé parmi d'autres publicités qui illustrent la nouvelle ligne. On a donc des P'tit Moutarde (sauce moutarde à l'ancienne, s'il vous plaît), P'tit Wrap, P'tit Tandoo (poulet tandoori), P'tit Chicken, P'tits plaisirs et j'en passe. Ce qui m'intéresse alors n'est pas simplement le fait de passer au small is beautiful. Il y a plusieurs effets simultanés dans l'emploi du mot P'tit.

D'abord, McDonald's est vue en France comme une entreprise étrangère et surtout étatsunienne, or il existe en France une très grande défiance et dans le même temps une fascination pour les EU. Les deux sentiments peuvent coexister chez les mêmes personnes. Les pires anti-étatsuniens pouvant être les plus américanisés de manière inconsciente. La marque a donc développé un terme plus français pour la France, alors qu'un Lil' l'aurait enfermée dans son identité étrangère. Cela va avec son opération de communication sur l'achat de produits locaux, elle flatte le sentiment national du pays où elle se localise.

Puis, cela n'empêche pas McDonald's de mettre en avant son multiculturalisme en faisant suivre le mot P'tit de noms de plats étrangers abrégés à sa sauce. Il y a un signe pour ceux qui veulent de la francitude et un autre pour ceux qui veulent de l'exotisme et de l'étatsunien. On joue sur les deux tableaux à la fois. 

Ensuite, le terme P'tit est de plus en plus utilisé dans la publicité, les noms de marques et les raisons sociales. McDonald's ne roule pas seul, c'est une tendance de fond générale. Pourquoi ? Il existe une connotation affectueuse à tout ce qui est petit. En français, cela peut vouloir dire sympathique, familier, gentil, agréable, sans manières affectées, bon marché, etc. Le titre de ce blogue joue justement sur cette valeur. Le Petit Nicolas de Goscinny et Sempé n'aurait jamais connu un tel succès s'il n'avait pas été justement petit.  Mais on peut renforcer ce sens en l'abrégeant de manière populaire par la syncope et l'apostrophe, ce qui nous rapproche du langage enfantin  Dire P'tit, c'est placer l'emphase sur un sentiment d'innocence propre à l'enfance. La consommation impulsive doit être déculpabilisée et ramenée à un niveau plus acceptable pour le public cible (les prospects des marquetingueux).

Enfin, le terme petit était totalement banni par les gens du marquetingue il y a à peine cinq ans. Parce que cela voulait dire vouloir faire un petit prix pour un produit et donc offrir des possibilités de marchandage. Il ne fallait pas parler d'un petit café quand on était commercial, cela tenait lieu de dogme. L'époque a changé depuis la crise économique, la prise de conscience vaguement écologiste, les révoltes d'agriculteurs, les nouvelles réglementations au sujet de la restauration. McDonald's, qui est une entreprise mondiale, sait s'adapter à des marchés locaux en parlant le langage des autres entreprises du même lieu et elle est l'un des meilleurs révélateurs de ce qui est la pensée dominante.

jeudi, 05 novembre 2009

Hommages à Claude Lévi-Strauss

Le jour et le lendemain de la mort du grand homme, je me suis un peu défoulé dans Twitter en imaginant les réactions officielles. Twitter est le média le plus pertinent pour cela : économie de signes, réactivité, second degré, emploi de mots clés. Comme dans le cas du décès de Michael Jackson, l'annonce avait été faite sur Twitter deux heures avant les premières dépêches d'agence. J'ai donc commis une série de textes brefs que je donne ici après une réécriture, puisque la forme Twitter est incompatible avec celle d'un blogue. Ce sont deux styles différents, deux situations différentes, le blogue offre le recul nécessaire dans le temps et de l'espace pour exposer ses idées, alors que Twitter favorise l'invention et la spontanéité. Mais l'un peut s'articuler avec l'autre, et puis il me semble que les formes brèves (aphorismes, proverbes, maximes, ex voto, dédicaces, graffitis, slogans, sentences) sont assez mal reconnues alors qu'elles dominent notre vie quotidienne. Parodier ces formes, c'est aussi un peu se les réapproprier et c'est pourquoi il y a eu un grand succès du hashtag #jeansarkozypartout. Je crois à la valeur intrinsèque des formes brèves, à leur efficacité, mais en même temps je me dis qu'il faut aussi les reprendre dans un cadre plus général, comme celui d'un blogue ou d'un site.

 

Brice Hortefeux, Auvergnat aimant se moquer des autres Auvergnats, est convaincu qu'une récitation de paragraphe de Lévi-Strauss avant un bon coup de matraque donnera une image positive de la police.

MAM, experte en complots de l'ultra-gauche, se dit qu'une lecture par des acteurs de Lévi-Strauss auprès des prisonniers réduirait le nombre de suicides.

Eric Besson, traitre de profession, se demande comment expliquer les expulsions de réfugiés en se servant de la pensée de Lévi-Strauss.

Alain Finkielkraut, radiosophe : n'oublions surtout pas que Lévi-Strauss n'a jamais reconnu la supériorité de son esprit, cela le condamne à mes yeux.

Alexandre Adler, espion : je suis prêt à révêler comment Lévi-Strauss a abrité des nazis au Brésil après avoir été subventionné par le KGB.

Nicolas Hulot, hélicologiste : je regrette la mort de ce savant qui n'a pas pu être aussi conscient que moi des dangers que court la planète, vu qu'il refusait de monter dans un ULM.

Christine Angot, autofictionneuse : il n'a pas pu supporter le fait que j'allais relater notre passion torride dans mon prochain roman.

Johnny Halliday, chanteur engagé et citoyen : Levi-Strauss, je suis pour que le Panthéon vende tous ses jeans quand il sera privatisé.

Jean-Pierre Pernaut, journaliste provincial : nous avions en projet une série sur le dernier sabotier de Lozère pour montrer l'ethnologie de manière concrète et vivante.

Roselyne Bachelot, pharmacienne haute en couleurs : Claude Lévi-Strauss avait refusé de prendre le vaccin contre la grippe A et voyez ce qui arrive !

David Douillet qui n'est pas une tapette : si j'avais pu le conseiller pour son jogging matinal, cela ne serait jamais arrivé !

VGE, Michel Rocard, Jack Lang, Jacques Attali et Claude Allègre, grosses têtes : hélas ! je suis le suivant sur la liste des disparus illustres à venir. La pensée sera morte après moi.

NKM, guiquette familiale : j'allais lui montrer comment appuyer sur Power et cliquer, heureusement il n'est pas mort à ce moment-là.

Nadine Morano, poissonnière : 'reusement qu'il a crevé le vioc, i r'mettait en cause le modèle familial et universel de mon m'nistère.

Eric Besson, Ganelon de naissance : il a pu échapper au débat sur l'identité nationale , mais nous pourrons toujours le récupérer.

Bernard Tapie, sans compte bancaire fixe : rien à branler, je me suis déjà démerdé de l'affaire Adidas, alors Levi-Strauss pas pour moi.

Jacques Séguéla, collectionneur de Rolex : s'il avait voulu que je le conseille, il aurait eu au moins deux prix Nobel et il a raté sa vie !

Yann Artus Bertrand, marchand d'images pour les écoles : c'était un homme malveillant et écologiquement irresponsable, il refusait d'être photographié par moi !

Jacques Chirac, locataire des palais de la République ; j'ai pu lui signaler une erreur de traduction d'un texte taki-taki, il m'en a été reconnaissant.

Christian Estrosi, bac moins quinze : je préfère Lee Cooper ou Denim's.

Guillaume Musso, tête de gondole : cette mort inopportune et malveillante nuit à la campagne de pub pour mon dernier livre.

Frédéric Beigbeder, rebelle barbu et chevelu : on devait se faire un rail ensemble et j'allais lui faire un plan média pour le rajeunir.

Jean-Pierre Raffarin, inventeur de slogans pour Jacques Vabre : désolé que l'inventeur du blue-jeans soit mort, mais je reste rock'n'roll comme Johnny.

Henri Guaino, péguyste plus légitime que Finkielkraut  : je vais avoir du mal à trouver des anaphores dans ses textes et cela s'annonce comme très ennuyeux.

Laurent Joffrin, spécialiste en contorsions verbales : nous à Libé, on est embêtés, certains ne veulent pas gommer le visage de Sartre à côté de lui, mais le débat a été très transparent comme toujours à Libé.

BHL, intellectuel décolleté : un lâche ! Il ne m'a jamais accompagné en Bosnie ou en Géorgie devant les balles des pires dictateurs. Un intellectuel de bibliothèque sans caméra autour de lui.

Alain Finkielkraut, prof de français à l'ancienne : c''est un intellectuel mineur qui n'a jamais voulu me répondre sur France Culture contrairement à Péguy qui me visite tous les jours et qui me fait entendre sa voix ainsi que le faisait saint Michel pour Jeanne d'Arc.

Marc Lévy, autre tête de gondole : j'espère que l'on ne nous confondra pas !

Alain Minc, déontologue : Je suis le Lévi-Strauss de la Bourse, je représente les sociétés que j'ai mises en faillite !

Jacques Attali, savant universel ; aujourd'hui une seule personne peut lui succéder à son fauteuil et je sais qui elle est.

Jean-Marie Colombani, multicartes : il devait écrire un texte important pour Slate.fr et je peux vous livrer le premier mot de cet article qui aurait fait événement : "Euh".  

 

 

 

L'art de ressembler à un Russe sans l'être

concert.jpgCela a vachement plus l'air russe avec un n à l'envers qui signale alore une voyelle russe et non une consonne, vous ne trouvez pas ? C'est si facile de dire que le sujet est russe, il faut juste un signe exotique pour le signaler même si le reste du texte est totalement incohérent avec cette autre graphie. Et pourquoi a-t-on choisi cette lettre plutôt que les autres ? Parce qu'elle reste lisible dans notre alphabet latin avec sa valeur alors que le C aurait posé plus de probèmes. Faut faire russe, mais pas totalement et pas absolument.

mercredi, 04 novembre 2009

Pour un Grenelle de la pétanque

Je reçois une lettre de Jean-Claude, le père de Mariah-Samanthah et de Jean-Steevyn.

Très cher comte, je suis l'objet d'agressions totalement grotesques de la part des gauchistes de l'UMP senior qui refusent d'inscrire la pratique de la pétanque parmi le patrimoine national français qui fait partie de notre identité nationale. Comme dirigeant de l'UMP senior du Cantal-Atlantique, je me dois de lutter contre cette idée fausse qui consisterait à dire que la pétanque serait un sport estranger et j'espère que vous m'apporterez votre soutien.

Cher Jean-Claude, la pétanque fait partie des ciments de notre nation et elle est permet d'intégrer les éléments allogènes qui n'auraient jamais découvert la civilisation sans voir ses règles complexes hors de votre village. Vous avez raison de vous insurger contre ce qui menace votre identité locale. Je transmets votre message à Henri Guaino afin qu'il exécute un discours présidentiel sur les vertus de la pétanque devant un public choisi et bien sélectionné. Il est totalement inadmissible que la pétanque soit ainsi dénigrée et il faut l'inscrire dans les programmes scolaires de manière urgente, avec évaluation obligatoire. Comment pourrait-on douter du sens eschatologique de la pétanque dans la constitution de notre identité nationale ? Il nous faut lancer un Grenelle à son sujet afin d'aboutir à nos conclusions sur le fait de pointer ou tirer

Muschel

- Madame Cohen-Solal, adjointe au Maire de Paris pour le commerce et l'artisanat, a fait rejeter le voeu de l'UMP en narguant du fait... Les Nouvelles du 12e, septembre 2009.

- 1982. Renflouage du "Mary Rose", vaisseau de guerre qui avait coulé en 1545 dans la rate de Portsmouth. La Voix du Nord, 13 octobre.

- Belote, nain jaune ou rami ont toujours la côte. L'Est républicain, 19 octobre.

- Des sceaux de merde ont été déversé sur le paillasson de mon fils. Le Dauphiné libéré, 15 octobre.

- M. Soultani aurait dirigé et participé à une séance de tortue le 1er juillet 2005, alors qu'il était ministre d'Etat. Le Courrier, 27 octobre.

- Mouy s'engage à payer ses dettes pour entériner l'âge de guerre. Oise Hebdo, 21 octobre.

- C'est que la réforme des bases castrales servant à établir les impôts locaux est un sujet extrêmement sensible. La Voix du Jura, 29 octobre.

- En quoi est-elle nouvelle, cette Astra quatrième du non ? L'Automobile, novembre 2009.

- En grandissant, les alevins brochets deviennent anthropophages et peuvent se dévorer entre eux. La Nouvelle République du Centre-Ouest, 19 octobre.

- Faire le ménage dans un cimetière ne me choque pas. J'ai l'habitude de le faire pour mes beaux-parents. Le Républicain lorrain, 30 octobre.  

mardi, 03 novembre 2009

L'identité nationale à travers le prisme de la poésie de Michel Sardou

Je reçois une lettre de Mariah-Samanthah, lectrice qui prépare son bac STG pour la quatrième fois et qui réclame mon assistance.

Au secours, cher comte, notre prof de français nous a donnés un devoir à rendre pour jeudi et je n'ai aucune idée pour commencer. Le sujet est : « En quoi cette chanson de Michel Sardou constitue-t-elle une contribution au débat sur l'identité nationale ? Vous vous appuierez sur des exemples tirés du texte et d'autres œuvres du même poète. » Comme jeune pop de gauche, je ne peux comprendre que les chansons d'Enrico Macias et de Carla Bruni, mais dans ce cas les paroles me semblent bien difficiles à comprendre.Je ne saisis pas toutes les références culturelles, serais-je donc une mauvaise Française ? C'est ce que me disent déjà mes amis d'extrême gauche qui militent au Modem, mais je ne peux suivre de tels anarchistes qui n'ont aucun sens de la modération.

 

Ils ont le pétrole
Mais ils n'ont que ça
On a le bon vin
On a le bon pain
Et cetera

 

Notons tout d'abord l'antithèse entre ils et on, deux pronoms dont les référents sont imprécis, car non désignés auparavant. Pour les identifier, il faut faire appel aux présupposés des destinataires du poème. On est bien entendu l'artiste et son public qui entretiennent les mêmes clichés. Ils représente les pays producteurs de pétrole, mais il n'est pas possible de les nommer plus pour l'instant.
Remarquons la construction des strophes qui seront toujours écrite avec le même schéma : un distique qui évoque ils et qui comprend un lien restrictif (mais), un tercet qui évoque on. Le distique présente les avantages et les inconvénients d'une situation, le tercet ne présente que des avantages. Autant dire que la balance est plus favorable pour on.


Ils ont le pétrole
Mais c'est tout
On a les cailloux
On a les bijoux
On a les binious

 

Comme il s'agit d'un texte qui se sert des lieux communs afin de défendre ses préjugés et sa supériorité nationale, le fin rhéteur qu'est Michel Sardou s'est servi de deux images convenues : le rappel à l'instruction publique par les mots cailloux et bijoux qui évoquent les règles de grammaire de l'école traditionnelle et l'évocation de la richesse du folklore français capable d'intégrer les joueurs de binious. Ce passage est particulièrement subtil, parce que le mot bijoux est lui-même d'origine bretonne, ce qui démontre la capacité de la France à faire de bons mots français à partir de langues étrangères. Notons encore un degré de lecture supplémentaire du fait du calembour au sujet des cailloux qui sont aussi des bijoux. Cela renvoie à la fréquentation de la place Vendôme par les riches représentant des pays pétroliers, mais on ne sait encore lesquels. Tout est en allusions subtiles et discrètes.

 

Ils ont les dollars
Et c'est bien
On a les man'quins
Les grands magasins
Le Paradis Latin
Ils ont les barils on a les bidons
Mais pour boire où vont-ils
Chez Dom Pérignon


Voici que se précisent les centres d'intérêt de ces ils étrangers qui viennent en France chez on. Les belles femmes des défilés de mode ou des revues de cabaret, la consommation de luxe où les pétrodollars peuvent être bien employés. La vision géo-économique de Michel Sardou repose sur une saine répartition des tâches selon les pays. Il est évident que François Pinault, Bernard Arnaud et Alain Bernardin contribuent hautement à la fondation de l'identité nationale, bien plus que de grands penseurs.


Ils ont le pétrole
Pour trente ans
On a du vin blanc
Des blés dans les champs
Pour au moins mille ans.

 

Dans cette strophe, nous trouvons une illustration parfaite trente ans plus tard de l'avis fort autorisé de notre admirable président selon lequel « La terre fait partie de l'identité nationale ». Relevons le don prophétique du poète, mage visionnaire tel Hugo ou Vigny, qui en 1979 a bien vu la disparition du pétrole cette année alors que les cours du blé se situent à un niveau jamais égalé auparavant, sans aucun problème de surproduction.

Ils ont le pétrole
Mais ils n'ont que ça
On a des idées
Un gaspy futé
Un Martel à Poitiers


Le poème suit une progression par des implicites de plus en plus explicites. Lee barde fait ici allusion à deux campagnes publicitaires de son temps : le slogan « En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées » et le thème de la chasse au gaspi dont le personnage fétiche Gaspy a été accolé à celui de Bison futé, l'idée commune étant l'automobile. Notons que l'actualité d'époque est mise en perspective de manière historique par le rappel de la bataille de Poitiers qui a permis de chasser les Arabo-musulmans de France. Doit-on penser qu'il s'agit d'abord de justifier l'expulsion des étrangers ? Le texte est plus nuancé que cela, comme on le verra.

 

Ils ont les dollars
C'est très bien
Nous des têtes de lard
De gaulois grognards
Et chauvins

 

Voici exposés trois caractéristiques fondamentales de l'identité nationale : d'abord elle est nationaliste (le Français est chauvin), attachée à son histoire nationale (les grognards font allusion aux soldats de Napoléon dont faisait d'ailleurs partie le soldat Chauvin, nos ancêtres les Gaulois sont cités), à ses traits de caractère (la gauloiserie ou le goût pour les plaisanteries égrillardes, la grogne et l'entêtement représenté par la tête de lard). Remarquons d'ailleurs que le lard ne peut pas faire partie des traditions culturelles d'ils.

Quand ton puits s'ra sec ... plus d'jus dans l'citron
Plus personne à La Mecque
Viens à la maison
On boira mon vin
De bon cœur

 

Admirons la manière par laquelle le poète a su repousser à la fin de son œuvre l'identité des ils de manière à susciter l'intérêt de l'auditeur. Admirons aussi la manière par laquelle il conçoit l'intégration des immigrés d'origine musulmane : par l'abandon de leurs spécificités culturelles et de leur religion. C'est ainsi que l'identité nationale française peut devenir universelle et peut se permettre d'accueillir des réfugiés économiques qui ont su s'adapter aux valeurs républicaines grâce à leurs dollars, sans passer par la case de la valeur travail.  

Tu mangeras mon pain
J'demand'rai la main
De ta sœur

Quand ton puits s'ra sec
Viens à la maison
On boira cul-sec
En vieux compagnons

 

Ce poème appartient à un genre très bien déterminé du XXe s. : l'œnodie ou chanson à boire dans laquelle se sont illustrés d'immenses artistes comme les Charlots ou le Grand Jojo et les Joyeux Bituriers ou Bézu ou surtout ces extraordinaires et talentueux chanteurs que furent les Musclés. Elle est une variante du grand genre comique troupier qui entend faire l'unité d'un ensemble disparate de personnes en utilisant leur plus bas rire et en figeant les participants dans une caricature dans un jeu de rôles totalement éloignés de ce qu'ils sont. Reprendre ces airs en chœur est un signe certain d'acceptation de l'identité nationale, plus que le fait d'entonner le Temps des cerises ou la Chanson de Craonne.

mardi, 27 octobre 2009

[Publicité] L'identité nationale vue de mon kebab

Comme tout blogueur influent parmi bien d'autres, je suis invité à parler de nouveaux produits innovants et novateurs afin de faire bénéficier de nouvelles entreprises de ma notoriété et de mon influence. C'est pourquoi Mehmet et Kemal qui tiennent le kebab de la grand-rue de Champignac m'ont demandé de dire ce que je pense de leur jeune pousse. Je vous livre mes impressions en vrac, comme elles me sont venues pendant que je disputais le bout de gras.

J'apprécie particulièrement l'apparition d'une choucroute hallal dans la carte des menus. Le premier turc, pardons truc qui me vient à l’esprit quand je regarde la série des nouveaux plats comme le petit salé kebab, la quiche lorraine sucuk, c’est Wow ! en voilà un turc, pardons un truc qui va déménager. Ensuite je cherche à comprendre un peu la recette, et là c’est vrai que ça se corse légèrement.

Je dois avouer qu'il est assez dépaysant de déguster de tels produits et j'ai donc décidé de les interroger.

LPCI : N'avez-vous pas l'impression de vous attaquer à l'identité nationale en proposant une choucroute hallal ?
Mehmet : Mais la choucroute n'est pas un plat d'origine française ou alsacienne, elle vient de Chine via l'Egypte et les marins grecs !> Kemal : La choucroute peut être faite avec toutes les viandes, même le poisson, et n'importe quel légume en saumure.
LPCI : Est-ce que ce ne serait pas trop provocateur de proposer une choucroute sans porc ? Est-ce compatible avec le fait d'être français ! Mehmet : Je ne vois pas du tout pourquoi la choucroute serait une marque identitaire ou comment il pourrait y avoir une choucroute plus française que les autres>Kemal ; Notre choucroute est garantie d'origine, puisque nous respectons les traditions millénaires de sa confection pour les navires méditerranéens.
LPCI : Soit, mais votre choucroute va heurter les sensibilités régionales qui ne peuvent concevoir de choucroute qu'alsacienne et donc française.
Mehmet : C'est le lot de tous les jeunes investisseurs qui ont du mal à apporter du cash-flow et ne peuvent mettre en avant leur branding.
Kemal : On doit développer plus notre plan de développement et on doit trouver des business-angels afin de nous permettre de développer notre business-plan, mais tout cela est à l'étude.
LPCI : Mais enfin, vous vous attaquez à l'identité nationale et aux valeurs de la République !
Mehmet : Business is business.
Kemal : Je dirais même plus, business is business.

Note.  Mehmet et Kemal ne ne nous payent pas en kebabs pour que nous disions du bien de leur kebab, mais pour que nous en parlions.


lundi, 26 octobre 2009

Fioretti

Après l'histoire de la rate, voici le récit de mon premier cours de français. Je n'étais même pas encore stagiaire, on m'avait demandé de faire un remplacement de quelques heures. Je réfléchis à ce que je peux faire en si peu de temps et je me dis que la poésie peut s'intercaler n'importe où dans une progression que je ne connais pas. Je me trouvais dans un collège semi-rurbain qui recrutait aussi fortement dans des quartiers populaires et défavorisés. Entendre par là que l'on n'était pas loin d'un classement en ZEP qui venaient d'être crées, vu le nombre de boursiers, d'incidents, lss résultats du DNB ou les évaluations de sixième, mais cela avait été refusé par la direction qui ne voulait pas effrayer la petite bourgeoisie des villages péri-urbains où chacun protège sa petite villa choisie sur catalogue derrière sa haie de bambous ou de troènes. Une population très mélangée donc. "

Comme il s'agissait d'une classe de cinquième, je me suis dit que le Dormeur du val était une bonne occasion pour parler de prosodie ou de vocabulaire des sensations ensuite ou du sens historique. Et puis Rimbaud ne peut être totalement mauvais à connaître au moins une fois. Je commence donc à écrire le texte au tableau (je parle d'une époque où les photocopieuses n'existaient presque pas dans les établissements du secondaire et que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître). Tout le monde est très sage et attentif au début, malgré ma tension. De grands éclats de rire accueillent cependant le premier tercet.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Je ne comprends pas d'abord pourquoi. Puis on m'explique que les glaïeuls, c'est trop drôle. Je tente péniblement d'expliquer qu'il s'agit de fleurs poussant en bord de rivière ou d'étang et qu'il n'y a aucune connotation sexuelle dans le texte (mais là je mens éhontément). Mettre les pieds dans les glaïeuls, cela avait un autre sens pour certains de ces élèves qui étaient versés en argot (on ne parlait pas encore de verlan). Parce que c'était l'autre nom qu'ils donnaient aux glaouis. Et comme il s'agit d'une fleur à bulbe, comparable à l'orchidée qui fait pouffer de rire les érudits quand ils rappellent son étymologie, l'assimilation est facile avec un testicule. Cela ne mettra pas cependant en péril mon remplacement, on est tous revenus au cours normal des choses après cette parenthèse.

Je connaissais le sens qu'ils pouvaient donner à glaïeuls, je n'y avais pas songé une seule minute. Plus tard, quand j'ai raconté cette histoire à des collègues, on m'a affirmé que ce n'était pas possible, que j'affabulais, que ce sens n'existait pas, et je n'ai pas rencontré de telles réactions lorsque j'ai effectué quatre ou cinq fois ensuite une lecture ou une récitation du Dormeur du val, mais c'était ailleurs et dans un autre milieu. Pourtant, je n'avais pas rêvé !

samedi, 24 octobre 2009

Rio 2016

Je découvre le logo pour les jeux olympiques de 2016 via le Petit Musée des marques.

rio.jpgCe qui me frappe d'emblée, ce n'est pas le choix d'un point d'exclamation à la place d'un chiffre, ni la forme du pain de sucre plus proche d'un iMac que d'une montagne dans une baie, ni l'inversion des deux points colorés censés représenter les deux hémisphères, ni la forme coupée des anneaux afin de représenter deux parties du monde, mais le choix des couleurs.

D'habitude, les logos olympiques reprennent plus ou moins le motif et les couleurs du drapeau olympique qui symbolisent les cinq continents (selon la géographie européenne et non américaine).





anneaux-olympiques.jpgOn regarde les couleurs, bleu clair, vert, jaune, rouge, noir. Là, on a du bleu profond, du vert clair et profond, du blanc et surtout... de l'orange !

Cela ressemble furisusement à cela ;




drapeau_bresil.pngLe drapeau brésilien lui-même ! Il a juste fallu décliner le vert en deux teintes différentes pour donner l'impression qu'il y avait quand même les cinq continents. Notez dans le drapeau brésilien l'étoile unique de l'hémisphère Nord, juste à la limite de l'équateur et puis la devise inspirée d'Auguste Comte : "Ordre et progrès'.






london_2012.jpgNotons que Londres avait déjà dérogé à la règle en se présentant comme ville avec une représentation de son périmètre , mais en conservant les anneaux tous en blanc. Dans le cas du Brésil, on a clairement un logo nationaliste, ce que n'avait même pas osé la Chine.





pekin-2008.jpeg

jeudi, 22 octobre 2009

Un ratage

Voici un extrait d'un petit texte que j'avais donné comme lecture à des élèves de cinquième. Il est tiré des Enfances Renart, ou les aventures de jeunesse du fameux goupil. Ces textes sont postérieurs dans l'écriture aux premiers exploits racontés sous forme manuscrite, mais on les insère dans une sorte de pseudo-chronologie narrative et non historique, c'est la branche V mais cela se présente au début du roman pour les versions scolaires. Il faut dire que j'aime bien le Roman de Renart et que je m'en sers à beaucoup de niveaux, par exemple si je dois traiter la fable dans le but de l'argumentation ou en classe de troisième ou de première, cela peut faire un bon contrepoint à La Fontaine ou Orwell. Là, il s'agissait donc d'élèves de cinquième qui étudient le Moyen Âge et la Renaissance en histoire, mais je n'avais pas tout prévu. A la question, pourquoi Renart est-il mal reçu chee Ysengrin, j'ai eu des réponses peu en rapport avec ce qui était énoncé dans ce passage.

— Levez vous, dame Hersent,
faites lui un petit rôti
avec deux rognons et une rate.

J'ai entendu alors que c'était dégueulasse de faire bouffer du rat. La femelle du rat se nomme en effet rate ou ratte (sur le modèle de chat-chatte) selon les auteurs et le mot est récent si l'on prend une large échelle de temps (1848). On retrouvait là tous les préjugés ancestraux autour du rat, animal considéré comme nuisible et surtout porteur de maladies. La peste et le choléra, vous dis-je ! Un élève m'a assuré que les patates, ce n'était pas bon, et qu'il n'aimait pas les pommes vapeur. Un bon point, il connaissait autre chose que les frites surgelées. Un petit tour dans le dictionnaire a permis de voir que la ratte, pomme de terre, ne s'écrivait pas comme la rate, organe interne des mammifères. J'ai ajouté que l'Amérique n'avait pas été découverte lorsque le Roman de Renart avait été écrit. Il ne pouvait donc pas y avoir de pommes de terre en Europe, pas plus que de tomates, de haricots, de maïs. Mais la Renaissance et les grandes découvertes n'avaient pas encore été traitées en histoire à cette période de l'année, et puis l'histoire de la circulation des produits ne fait pas partie de l'enseignement le plus fondamental dans les programmes.

Mes élèves ignoraient donc qu'il y avait un organe nommé rate, faisant partie des bas morceaux en boucherie. Cela peut être encore recherché par les amateurs de tripes et d'abats, mais la génération du steak hâché, des boulettes de viande reconstituée et de la viande panée est désormais omniprésente. Il y avait donc un décalage culturel complet et pas simplement une méconnaissance du fonctionnement du corps ou bien des aliments en boucherie. Il faut dire que trouver de la rate ou des rognons en vente comme tels relève aujourd'hui de l'exploit alors que c'était bien des aliments populaires autrefois au même titre que la cervelle de veau, quand j'étais encore en culottes courtes. Il y avait un autre niveau d'incompréhension, lié à la culture médiévale que mes élèves ne pouvaient pas connaître : le jambon était la partie noble de la viande pour cette époque, parce qu'il était apprêté sur une longue période à la différence des ces bas morceaux que l'on pouvait laisser aux chiens. On a une différence entre nature et culture, le cru et le cuit, la viande des pauvres et celle des nobles. Je ne pouvais pas faire part de ces réflexions ethnologiques à ces élèves, tout au plus mentionner que la viande qui avait de la valeur à ce moment-lè était celle de certains morceaux externes. Et puis ils n'avaient pas entendu ce célèbre titre d'Ouvrard qui a fait la joie de mes jeunes années, puisqu'ils préfèrent les tubes des années soixante ou soixante-dix de leurs parents.

mercredi, 21 octobre 2009

La rubrique impérative

Je n'avais pas encore fait attention à ce mot introducteur dans les titres du Point en ligne, mais il est récurrent :

REGARDEZ

On signale une vidéo dans le corps d'un article rédigé, parfois suivie d'autres images arrêtées. Pourquoi mettre en évidence et même avant le titre ce mot ? D'abord, parce que l'on n'a pas de petits gadgets qui signalent la présence d'un son ou d'un film, comme cela se fait dans d'autres médias en ligne. Ensuite, parce que l'on est dans une croyance ancienne qui consiste à s'imaginer que si l'on dit aux gens "Regardez" ils vont regarder forcément. Puis, on peut se dire que cela peut dispenser du nom de rubrique, il est inutile de classer le texte qui accompagne la vidéo du moment que celle-ci est annoncée par le mot "Regardez". Jamais un lecteur sur la Toile ne peut avoir une lecture intuitive à partir d'un signe codifié. Le lecteur va suivre automatiquement, car dans l'imaginaire de certains dirigeants de journaux il attend avant tout des images et de préférence animées. Enfin, ce qui est le plus comique, c'est que cette forme singe celle du journal télévisé : "Regardez donc nos superbes images filmées avec beaucoup de talent par notre grand reporter Schmuck".

L'impératif est la forme privilégiée du journal télévisé (sachez encore, voyez donc, écoutez ce que dit Schmoll, passons à un autre sujet) alors que l'infinitif est la forme préférée des journaux quotidiens et des magazines pour leurs titres de rubrique parce que plus générique. On a juste ici affaire à une forme de télévisualisation de journaux qui publient sur la Toile. Comme s'il ne devait pas y avoir d'écriture propre à la Toile, mais une adhésion à des modèles totalement dépassés. Cela me rappelle plus les réclames des années soixante qu'un véritable passage à l'ère numérique. Un singulier retour en arrière.

 

L'affaire Emile Zola

Il faut le lire pour le croire, c'est dans le Figaro (lu sur la suggestion du Canard, parce que le Fig n'accompagne pas mon café matinal). Cela concerne une commune qui est passée à gauche aux dernières élections ! Il ne s'agit même pas des affidés de Le Pénible ou des identitaires du maire de l'Orange amère ou des sectaires de l'Agité du bocage, voire de vulgaires sarkozystes.

La littérature peut provoquer des dommages pour l'équilibre psychique des enfants. Sans doute va-t-il falloir obliger les éditeurs à intégrer cette mention sur la couverture des ouvrages. La crèche Émile-Zola accueille depuis quarante ans les bambins d'un quartier de Carpentras. Mais le conseil municipal, pour cet anniversaire, vient de décider de débaptiser la crèche. Le motif ? Le «misérabilisme» associé au nom de l'écrivain «démoraliserait» les personnels.

Réduire le nom de Zola à ses seuls romans se déroulant en milieu ouvrier (en gros l'Assommoir, Germinal et la Bête humaine qui n'est d'ailleurs plus une peinture sociale) c'est vraiment manifester une connaissance sommaire de son oeuvre. Tous les milieux sociaux sont évoqués dans les Rougeon-Macquart que decouvre notre divin président ; paysans, commerçants grands ou petits, financiers, nobles, prêtres, militaires, artistes, politiciens. Son oeuvre parallèle, avant, pendant et après sa grande série montre quelqu'un qui peut se révéler fort sentimental et fleur-bleue qui pourrait faire passer Daudet comme un modèle de sadisme. Il suffit de se pencher sur les contes par exemple.

Que l'on invoque son explication des comportements par le déterminisme, c'est peut-être pertinent. Mais Zola s'est justement battu contre le déterminisme qu'il avait découvert dans les idées de Claude Bernard. Le Docteur Pascal est précisément la manifestation d'une croyance en avenir meilleur. Que ce soit naïf, que ce soit aventureux, soit. Mais Zola - qui n'était en rien un scientifique - ne connaissait pas l'ADN à son époque, ne savait pas que l'on pourrait décrypter des génômes, tout juste connaissait-il quelques notions de sélection génétique ou d'hybridation propres à son époque. Il est le reflet de cette époque, des connaissances de son temps, et cependant il refuse totalement de déterminer quelqu'un par son origine lorsqu'il prend parti dans l'affaire Dreyfus et se retrouve condamné à la prison pour outrage au chef de l'Etat.

Le Zola qui est honoré partout en France, ce n'est pas l'écrivain. Ou sinon nous aurions plus de rues Virgile ou Homère dans nos villes. On ne voit pas de cénotaphes de Molière ou de Rabelais ou de Montaigne au Panthéon. Il rivalise avec Pasteur, de Gaulle, Jules Ferry et la grande star Léon Gambetta pour les noms de lieux. C'est le républicain défenseur des valeurs de la République, lors de l'affaire Dreyfus, qui a été célébré. Donner un nom de rue ou de crèche, c'est un acte politique. Débaptiser un lieu nommé Emile Zola est un acte politique qui se sert de la littérature comme prétexte. Un acte anti-républicain et anti-littéraire.

Slige

- L'exquise plus globale du projet devrait être présentée à la fin de l'année. Le Dauphiné libéré, 8 octobre.

- A l'exposition fruitière de Garche, les gourmands se sont jetés sur les cachots. Le Républicain lorrain, 7 octobre.

- Fermeture des services de cartes crises. La Montagne, 13 octobre.

- Nous avons également à la carte, du saumon fumé, du foie gras ainsi que les déserts. Ouest France, 11 octobre.

- De très nombreux Vitrollais ont rendu hommage au maire sur les cahiers de doléance. La Provence, 9 octobre.

- Il semble qu'il soit décédé d'un infarctus lors de sa pause alors qu'il était en plein travail. Le Progrès, 15 octobre.

- Dominique de Villepin et ses quatre co-détenus. Libération Champagne, 12 octobre.

dimanche, 18 octobre 2009

Jonas

Je m'appelle Jonas Carex. J'ai cinquante ans. Je suis divorcé d'une femme intelligente, fille  de médecin, qui s'est remariée avec un médecin. Tout est bien. J'ai deux fils, un ingénieur et un chercheur en biologie. Ils sont heureux et beaux. Tout est encore mieux. Je ne les vois plus.
J'ai gagné assez bien ma vie dans le commerce des tableaux. N'en parlons plus. J'ai aimé, palpé. J'ai recherché tant de tableaux dans ma vie, et de gravures, de dessins, d'estampes et de sculptures - sans compter les pièces d'art nègre et polynésien, et les innombrables peintures sur bois que l'on m'a proposées pendant vingt-cinq ans - que j'en suis dégoûté à jamais. A l'heure qu'il est je puis passer devant la boutique d'un ancien confrère dans n'importe quelle ville de Suisse ou d'Europe, sans même tourner le regard vers les pièces qu'elle nous offre. Je ne vais plus aux vernissages ni aux expositions. Je jette sans les ouvrir les invitations et les catalogues des galeries, et au cours des années, j'ai débarrassé ma bibliothèque des livres d'art qu'elle contenait. Voilà qui est dit.

Jacques Chessex

samedi, 17 octobre 2009

Ma conversation de blogueur avec Laurent Joffrin

Aujourd'hui, le Petit Champignacien interroge Laurent Joffrin, le directeur de Libération, au sujet du prochain numéro à paraître de ce journal.

LPCI : Bonjour, monsieur Joffrin, je suis content de voir que vous reconnaissiez l'existence de la blogobulle dont je suis un éminent représentant. Je serais heureux de mettre mon talent reconnu et salué par tous au service de votre plateforme.
LJ : Attention ! nous à Libé, nous avons un cahier des charges très précis au sujet des blogues que nous hébergeons et les règles que nous édictons sont assez sévères parce que nous ne pouvons pas nous permettre de laisser passer n'importe quoi sous le couvert de l'anonymat. Nous à Libé, nous sommes avant tout soucieux de notre indépendance et de notre code de déontologie que nous avons fait approuver par un vote solennel. Nous à Libé, nous ne pouvons pas laisser passer n'importe quel type de commentaire !
LPCI : Certes, mais enfin... quand on lit les réactions au bas de certains articles du journal papier, on peut se dire que les blogues sont bien mieux surveillés et contrôlés.
LJ : Détrompez-vous ! Nous à Libé, nous fermons les commentaires des articles dès lors que l'on parle de la vie interne de Libé. C'est un processus parfaitement démocratique que j'assume entièrement comme directeur mandaté par le principal actionnaire. Nous à Libé, nous sommes très attentifs à la liberté d'expression et il est hors de question que l'on remette en cause le sens de notre indépendance par des commentaires malveillants au bas de mes éditos. Mais pour le reste, tout le monde peut dire ce qu'il veut au bas des autres articles non payants. Nous ne sommes quand même pas au Figaro, nous à Libé, et nous pouvons accepter l'irrespect qui est la marque de fabrique de notre titre. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si nous à Libé avons repris un titre issu de la résistance.
LPCI : Soit, mais j'ai du mal à comprendre votre stratégie Web 2.0. Vous avez des blogues en nombre réduit qui sont tous modérés soit par leur auteur ou par un modérateur, des articles qui sont ouverts à des commentaires qui sont mal modérés depuis l'Inde ou Madagascar et puis des articles sur lesquels vous ne voulez pas de réactions.
LJ : Nous à Libé, cela se discute de manière démocratique, donc si tout le monde ne demande pas que j'ouvre les commentaires sous mon éditorial, eh bien ! on ne les ouvre pas, surtout si cela pourrait mettre en cause ma gestion.
LPCI : On m'a dit que vous prépariez un grand coup pour lundi. Pourriez-vous nous en dire plus ?
LJ : Oui, nous à Libé avons décidé de faire de Pal Sarkozy le directeur artistique et le rédacteur en chef de notre édition. Je peux déjà vous montrer la photo de Une d'un numéro de cent pages avec couverture glacée.

sarkopal.jpg

 

 

 

LPCI : C'est impressionnant, mais pourquoi ?
LJ : Nous à Libé, nous avons une tradition de donner des numéros à illustrer ou commenter par des personnes qui ne sont pas des journalistes de formation, c'est notre combat démocratique afin de nous ouvrir à la société civile. On a eu ainsi des numéros dirigés par des rédacteurs en chef exceptionnels comme Ben, Buren, Calvin Klein, Isabelle Adjani, Kent Hutchison, Spencer Tunick, Carla Bruni. Nous à Libé, nous sommes très attachés à la liberté d'expression et nous avons pensé qu'il était bon d'apporter un regard différent sur le sarkozysme, grâce à ce discours décalé. 
LPCI : J'ai un peu de mal à comprendre. Vous voulez dire que Pal Sarkozy va illustrer tout votre journal au nom de l'antisarkozysme ?
LJ : Attention ! Je n'ai jamais dit cela, nous à Libé nous ne sommes pas dans l'antisarkozysme, mais nous estimons nécessaire de donner la parole à tout ce qui fait la vie culturelle contemporaine et de témoigner de notre indépendance totale. Nous à Libé, nous l'avons choisi parce que c'est un grand artiste et non simplement pour son nom. ll n'est pas question d'exclure Pal Sarkozy sous le prétexte qu'il serait le père du président actuel ! Nous à Libé, nous ne voulons pas faire ce genre de discrimination.
LPCI : Mais enfin ! ses peintures sont nulles à chier et je reste poli. On croirait un tableau patriotique de la Corée du Nord !  Pourquoi lui et pas un autre ?
LJ : Nous à Libé, nous pensons qu'il n'a pas plus de droits qu'un autre et pas moins qu'un autre. Il est normal qu'un peintre universellement reconnu puisse s'exprimer dans nos colonnes, parce que c'est cela l'exercice démocratique de la république. Pourquoi devrions-nous le bannir sous le prétexte qu'il serait le père de son fils ?
LPCI : Mais vous faites un journal antisarkozyste d'après ce que je peux lire parfois ?
LJ : Pierre Marcelle ou Gérard Lefort n'expriment pas ce que nous pensons, nous à Libé. Ils sont libres, puisque notre fonctionnement à nous à Libé est démocratique, mais comme la décision de confier un numéro entier à Pal Sarkozy a été prise sans qu'ils disent quoi que ce soit puisqu'ils étaient absents lors de l'assemblée générale, c'est le processus démocratique qui s'applique. Je ne vois pas du tout où est le problème. Nous ne pratiquons aucun favoritisme lié au nom puisque Pal Sarkozy nous a fait un prix pour ses services.
LPCI : C'est juste très moche comme style et puis l'apologie de Sarkozy par son père.
LJ : Nous à Libé, nous estimons qu'il faut rester équilibrés dans les critiques du nouveau régime. On peut donc autoriser, toujours de manière démocratique, des articles contre le petit-fils puisque nous mettons en avant le grand-père.
LPCI : Cela dit, dans tout entretien de blogueur qui se respecte il doit y avoir une choucroute, où est-elle ?
LJ : Ce n'est pas de la choucroute, mais de la goulasch que j'ai préparée pour notre futur invité.
LPCI : Argh !

 

P.-S. J'avais commis jeudi un Tweet où je disais en gros : "Pal Sarkozy, peintre du dimanche, déclare : si l'on attaque le président, c'est moi qui suis visé". Puis j'avais promis une interview de Pal Sarkozy avec un fort accent hongrois pour le lendemain, interview que je n'ai jamais écrite. Rimbus s'est donc emparé de mon idée (sans l'accent hhhongggrrrois dont je voulais l'affubler). Je ne le lui reproche pas, je ne sentais pas du tout l'idée d'une interview de Pal et cela me semblait limité. Puis, l'idée de l'interview de Joffrin suggérée avant par JBB (le Charançon libéré) me laissait un peu en panne parce que je ne voyais pas d'angle précis. En reprenant mon idée, Rimbus m'a permis de savoir ce que je pouvais écrire en m'évitant de développer. Je ne lui en veux donc pas de me copier puisqu'il m'a déchargé d'une tâche. Pas plus qu'à JBB, qui m'avait confronté à un délicat problème de style que j'ai du mal à saisir tellement il est gluant. Ils sont les coauteurs indirects de ce texte, je n'aurais pas fait le rapprochement sans eux.       

Judas le transparent

Le temps pascal

Je ne sais pas comment le diable est entré en moi. Les rives du Rio verdoient. Aujourd'hui est née l'herbe fine. La preuve : un troupeau de moutons a dérivé dans la combe heureuse tandis que le ricanement habituel me secouait.
Les rives du Rio verdoient. L'air est doux, il y a des violettes sur les talus et des pervenches comme des regards d'ange autour de la faille des couleuvres. Un chat orange traverse le chemin. C'est bon signe : de gauche à droite. Le pays joue un grand rôle dans nos journées : l'air à neige, la rivière qui vire au torrent après les pluies, les faire-part mortuaires, les bûcheronnages de premier printemps, la laiterie, les permis de conduire retirés, les accouchements, la boucherie. Le passage de l'ombre et de la lumière sur les prairies. La chouette qui appelle derrière le cimetière. La pleine lune. La lune noire. Et les mois à deux lunes. Les suicides que l'on essaie de cacher. Les voitures pliées et les incendies. Les divorces. Les cancers. L'heure qui sonne. Qui peut se vanter de vivre ces saintetés comme un élu ? Le rire gagne.
Mauvais, le rire. Il monte en moi le matin. Il noircit l'air, il empoisonne le printemps comme l'odeur des charognes des suppliciés au bord des routes. Pourtant tout va pour le mieux.

Jacques Chessex

vendredi, 16 octobre 2009

La Trinité

Le promeneur qui remonte la côte de Montreux s'arrête inévitablement devant la clinique Valmont, aux trois quarts de la pente, saisi par la beauté de l'édifice et le mystère qui émane de sa masse élégante et silencieuse dans les arbres. C'est une bâtisse fin de siècle, du style des palaces composites qui font la gloire de la baie. Une longue bâtisse de trois étages à toit plat, au centre duquel surgit une sorte de kiosque, ou d'extravagant chalet. L'ensemble repose sur un rez-de-chaussée vitré, que termine une rotonde à colonnes garnie de vigne vierge et de lys.
A quoi tient le pouvoir que cette maison exerce immédiatement sur le passant ? A son emplacement dans la pente boisée d'arbres lumineux ? A sa légende ? Des hommes politiques, des musiciens, des écrivains y ont vécu. Rilke y a séjourné à plusieurs reprises. Mais cet empire inspiré, cette impression de lumière presque neigeuse, même en été, et à la fois d'étrangeté ?
Car nous sommes en juillet, le promeneur reprend sa marche en direction du village touristique, et Valmont garde son mystère.

Jacques Chessex


Jacques Chessex (prononcer Chèssè) est décédé samedi dernier, à 75 ans, d'une crise cardiaque lors d'une cérémonie de remise de prix. Il était le plus important écrivain suisse romand depuis Ramuz et Roud qu'il a fortement défendus par les rééditions, la publication d'inédits ou l'écriture de souvenirs. Poète, nouvelliste, romancier, il a aussi mis en avant l'oeuvre des autres, par exemple celle de Roger Vailland qui lui a inspiré un roman, L'Eternel sentit une odeur agréable. Dans Les livres ont un visage, Jérôme Garcin, qui avait fait sa première interview littéraire avec Chessex, racontait que celui-ci écrivait en voyant le cimetière de sa fenêtre face à son bureau. Je l'ai découvert à vingt ans, par hasard, parce que j'achetais systématiquement les 10-18 d'occasion et que la Confession du pasteur Burg en faisait partie. Il m'a conduit à découvrir d'autres écrivains suisses bien moins connus. Je donnerai de lui quatre débuts de romans.                  

jeudi, 15 octobre 2009

Ethique du sarkozysme

Je reçois un nouvel appel à l'aide de Mariah-Samanthah, la fameuse umpiste de gauche qui passe son bac STG pour la quatrième fois.

Très cher comte adoré, je vous adresse le texte qui figure au programme et que notre professeur, encore malade, dépressif ou en stage, a totalement refusé de nous expliquer parce que je crois qu'il doit être membre de l'ultragauche qui nous attaque sans arrêt comme le dit si bien monsieur Hortefeux. Comme sarkozyste de gauche, je ne peux dire que mon indignation devant un tel comportement qui nous pénalise gravement pour notre égalité des chances et la discrimination positive. Ce n'est pas parce que le programme de cette année, "sardouïsme et sarkozysme", lui déplaît qu'il doit ne pas faire face à ses obligations légales. Je vous demande de m'expliquer ce texte représentatif de la culture française, comme vous avez su si bien le faire jusqu'à présent.

Dans les villes de grande solitude
Moi le passant bien protégé
Par deux mille ans de servitude
Et quelques clous sur la chaussée

Interrogeons nous d'abord sur les deux mille ans de servitude. Que veulent-ils dire ? Cela nous renvoie à la période de colonisation complète de la Gaule par l'Empire romain. Mais les villes dites de grande solitudes existaient-elles avant que Rome ne gouverne la Gaule ? C'est ce que suggère le texte, comme si les Gaulois n'avaient jamais su créer de villes et de chemins. Que veut dire le mot servitude au juste ? C'est à la fois le fait d'être assujetti à quelqu'un pour lui accorder un service et puis le fait d'accorder le passage à quelqu'un sur son propre terrain dont on est propriétaire. Ce que dénonce Michel Sardou, c'est l'existence du droit romain qui permet d'emprunter un chemin au milieu d'un champ ou d'un pré appartenant à quelqu'un d'autre au mépris du droit de propriété !         

Dans les villes de grande solitude
De nouvel-an en nouveaux nés
Quand j'ai bu plus que d'habitude
Me vient la faim d'un carnassier

Notez l'anaphore qui sert de refrain, puisque de refrain il n'y a pas, c'est presque du Guaino. On a affaire à un personnage imaginaire qui envisage des actions absurdes. Il se compare donc à un "carnassier" qui peut être aussi bien rat, loup, chat, vautour, tellement c'est vague comme vocabulaire. Mais cela a été préféré à "prédateur" qui ne rimait pas vraiment et puis il fallait évoquer l'idée de la bidoche que l'on débite.

L'envie d'éclater une banque
De me crucifier le caissier
D'emporter tout l'or qui me manque
Et de disparaître en fumée

Ce qui est remarquable sur le plan stylistique dans ce quatrain, c'est le fait de "se crucifier quelqu'un". On n'avait jamais crucifié quelqu'un pour son seul plaisir auparavant ou alors on ne le disait pas. C'est cela qui est décomplexé dans le sarkozysme et qui fait qu'on apprécie ses interventions dans le régime bancaire, notamment pour la Banque populaire-Caisse d'épargne où il a crucifié le caissier.  

Mais dans les villes de grande solitude
Tous les héros se sont pollués
Aux cheminées du crépuscule
Et leurs torrents se sont calmés

Ce passage ne veut strictement rien dire. Il a été sponsorisé à la fois par Nicolas Hulot, Yann Arthus Bertrand, Cécile Duflot, Daniel Cohn-Bendit et Jean-Louis Borloo qui a vidé toute sa cave pour l'occasion. Je vous déconseille absolument de tenter de l'expliquer à l'oral. C'est aussi idiot qu'un devoir de droit remis par Jean Sarkozy pour son admission en deuxième année de DEUG. 

J'ai envie de violer des femmes
De les forcer à m'admirer
Envie de boire toutes leurs larmes
Et de disparaître en fumée

Nous arrivons au passage le plus difficile qui a légitimé l'inscription de ce texte exemplaire au programme du bac. Michel Sardou encourage-t-il le viol, oui ou non ? Notez qu'il ne parle pas de viols d'hommes ou de mineurs, il a des délicatesses insoupçonnées. Il reste un pur hétérosexuel respectant la loi. Vraiment, comment a-t-on pu accuser Michel Sardou de légitimer le viol alors qu'il ne parlait pas de s'attaquer à une mineure de treize ans qui posait nue pour Vogue ou de forniquer contre argent avec de jeunes Thaïlandais qui ressemblaient à Tony Leung plus jeune ?

mercredi, 14 octobre 2009

Ma conversation de blogueur avec Guy Gilbert

Le Petit Champignacien ne reculant devant aucun sacrifice a décidé d'interroger le curé-loubard préféré des médias, le père Guy Gilbert pour lui poser des questions au sujet de la position de la Sainte Eglise apostolique, catholique et romaine.

LPCI : Bonjour mon père.
GG : Putain de bordel de merde ! Ne commence pas comme ça, Ducon, tu dois me dire Guy comme tous mes potos ! On est tous frères, on est tous égaux devant Jésus-Christ ! Merde-chiotte, quoi ! Evoé !
LPCI : Que pensez-vous...
GG : Tu vas pas me vouvoyer durant toute cette interview chiante comme la mort ? Qu'est-ce que c'est que ce truc d'un autre âge ! Y faut évoluer avec son temps ! Figure-toi mon pote que je tutoie Dieu, c'est révolutionnaire non ?
LPCI : Je ne sais pas, j'ai eu une éducation religieuse protestante et j'avoue que cela se pratique depuis quelques siè...
GG : Mais foutre de merde ! Je suis partisan du dialogue œcuménique, interconfessionnel, intergénérationnel, international et interplanétaire depuis des lustres ! Je me fais chier à le dire depuis des années, donc tu vas pas m'emmerder en me disant que les protestants tutoient Dieu depuis plus longtemps que moi. L'important, c'est que l'on avance dans la même direction, quoi ! et on passe le balai de chiottes ! Hosannah !
LPCI : Je voudrais d'abord que l'on commence par évoquer la réception de la dignité de chanoine du Latran par notre admirable président. Qu'en pensez-vous ?
GG : Tu continues à me tutoyer, hein Dugland ? Tu me cherches vraiment ? Tu vas voir ta tête si tu continues... Putain ! Alleluiah ! Je trouve cela très courageux de la part de quelqu'un qui n'a jamais ouvert la Bible auparavant et qui a dû sécher toutes les séances de catéchisme vu la façon dont il se comporte. Il faut avoir des couilles pour déclarer, je cite : "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance."  Là, c'est vraiment du texte couillu ! Putain de chiotte ! Que faut-il de plus ? C'est vrai qu'un instituteur ne pourra jamais avoir la grandeur d'âme qui est la mienne ! Putain ! Evoé !
LPCI ; Et que pensez-vous de la présence de Jean-Marie Bigard lors de cette cérémonie ?
GG : Tu continues à me vouvoyer comme le premier con que je rencontre, cela va mal finir. Bigard, c'était normal, putain ! c'est un  croyant, donc il a toute sa place dans la seule église authentique, véritable, réelle et il a parfaitement le droit de rencontrer Notre Très Saint Père, Benoît XVI, béni soit son nom prédestiné et putain de chiottes ! Il n'a jamais dit un seul texte qui offenserait notre Sainte Eglise et il se prosterne ou prie trente fois par jour, putain ! plus qu'un islamiste pratiquant et fondamentaliste ! Cela mérite d'être remarqué, putain ! Emmanuel ! 
LPCI : Justement, parlons de Benoît XVI et de certaines canonisations comme celle de José-Maria Balaguer, le fondateur de l'Opus Dei.
GG : Putain d'enculé, tu me cherches vraiment ! Mais la modernité, c'est ça ! Faut pas avoir des complexes comme des salopards de parpaillots frustrés et puceaux qui sont enculés par le politiquement correct, bordel ! L'Opus Dei est au service de Dieu, putain ! que son nom très saint soit loué, Alleluiah, Emmanuel et putain de bordel de foutre ! E
t pas de ses membres même si cela ressemble à la Mafia ! Cela ne se discute même pas et il faut être archaïque pour le faire... 
LPCI : Eloignons-nous de ces sujets compliqués? Quelle est votre stratégie Internet personnelle ?
GG : On va pouvoir me trouver sur FaceBook, Twitter, Dailymotion, Copains d'avant, iTunes, je vais faire des prêches en ligne et des invitations à la prière comme les imams et les rabbins branchés, putain de je ne sais quoi ! Amen !
LPCI : Un sermon en 140 signes, cela peut être difficile sur Twitter.
GG : Rien n'est impossible à qui croit en Notre Seigneur, bordel de merde ! Y faut s'adresser au peuple comme il parle, putain de con ! Quitte à l'abaisser.
LPCI : Allez-vous ouvrir un blogue et où ?
GG : Toi, je vais te défoncer la tête puisque tu continues à me donner du vous. Le blog, c'est sûr que je vais l'ouvrir comme beaucoup de mes potos curés, c'est un truc que je kiffe trop, putain ! J'y raconterai ma life et je compte avoir beaucoup d'occasions de lol. 
LPCI ; J'y pense maintenant, vous ne m'avez pas encore présenté la choucroute qui doit être présente dans toute rencontre avec un blogueur. 
GG : La choucroute, mais je vais te la mettre dans la tronche, mon pote ! Bordel ! Tu n'as pas arrêté de me vénère avec tes questions en portnawak ! Attends un peu...
LPCI : Je me sauve alors !
GG : Tu n'es pas sauvé puisque tu ne crois pas dans le bon Dieu dans la bonne Eglise' ! Putain ! Salopard d'hérétique, de schismatique, de païen, d'agnostique et d'athée ! Merde ! Evoé ! Mais tu restes mon frère en Christ malgré tout ! Bordel ! Hosannah !


(Note personnelle ; j'ai rencontré réellement Guy Gilbert quand j'étais en classe terminale et j'ai trouvé un peu étrange que l'on fasse des prêches religieux dans un lycée public et sous le prétexte de philosophie, mais comme cela se passait en Alsace c'était très particulier.)

カキ

- Quatre ministres du gouvernement ont dû démissionner pour diverses affaires de dépôts de vin. Libération, 5 octobre. Cela se passe en Grèce.

- Il n'y a pas eu de pluie et les raisins sont saints. Midi libre, 2 octobre.

- Les quatre chenilles ouvrières organisatrices du vide-greniers. La République des Pyrénées, 15 septembre.

- L'action menée hier par les jeunes agriculteurs de la Creuse s'est déroulée sans accro. L'Est républicain, 2 octobre.

- Mais dans quel crâne d'œil... a pu germer cette "bonne idée" ? Var-Matin, 4 octobre. Au sujet de la cagnotte contre l'absentéisme scolaire.

- Cent quatre-vingts portions de moules-frites et de phare breton. Le Dauphiné libéré, 14 octobre (ce qui me paraît un peu rapide comme information, sachant que le Canard est imprimé la veille du mercredi).

mardi, 13 octobre 2009

Du haut de ces pyramides, 23 ans vous contemplent

Au sujet du Prince Jean, un godillot ose cette comparaison :

Ainsi, Jean-Christophe Lagarde, député (NC) de Seine-Saint-Denis rappelle à l’AFP qu’à l’âge du jeune homme - 23 ans -, «Bonaparte était général d’armée et il devait être en Egypte. C’est une tare typiquement française, où l’on considère que si on n’a pas  50 ans on n’est pas capable de faire quoi ce soit.»

Je ne sais si le député carpette est nul en arithmétique ou plutôt en histoire. Mais Napoléon est né en 1769 ; quand il a eu 23 ans, la République venait juste d'être proclamée ; de simple lieutenant, il se fait élire lieutenant-colonel de la garde nationale cette année par la menace ; mais l'année suivante, il n'est plus que simple capitaine d'artillerie, puis chef de bataillon (commandant) et se retrouve soudain sans affectation, car en disgrâce politique. C'sst en décembre 1793 qu'il est nommé général de brigade du fait de ses amitiés politiques et de son sens de l'intrigue auprès du parti au pouvoir, soit à 24 ans. Il ne commence la campagne d'Egypte qu'en décembre 1797, soit à 28 ans. A force de vouloir prouver à tout prix les absurdités présentes, on profère aussi des absurdités sur le passé. Parler de Bonaparte pour vanter les "généraux de vingt ans", c'est négliger le fait qu'il a dû d'abord sa carrière à sa fréquentation des salons et des cafés autant qu'à la répression des insurrections et qu'il a mené d'abord une stratégie de courtisan. Ensuite, parler de Napoléon présent en Egypte à 23 ans, c'est vouloir un peu trop prouver son opinion par des images d'Epinal. Et surtout prendre les électeurs pour des imbéciles qui ne connaissent que celles-ci.  

dimanche, 11 octobre 2009

Dix lei

La petite Tzigane du village voisin tord son tablier vert. L'eau dégouline de sa main. Du sommet du crâne, la tresse lui tombe sur l'épaule. Pris dans les cheveux, un ruban rouge. Langue pendante au bout de la tresse. Pieds nus, pieds boueux, la petite Tzigane est plantée devant les conducteurs de tracteurs.

Ils ont des petits chapeaux tout trempés. Leurs mains noires sont à plat sur la table. "Fais voir, dit l'un, je te donnerai dix lei." Il pose les dix lei sur la table. Les autres rient. Leurs yeux brillent, leurs visages sont rouges. Leurs visages s'agrippent à la longue jupe à fleurs. La Tzigane retrousse sa jupe. Le conducteur de tracteur vide son verre. La Tzigane prend le billet sur la table. Elle entortille sa tresse autour de son doigt. Elle rit.

Windisch sent les odeurs d'alcool et de sueur qui viennent de la table voisine. "Ils ne quittent pas leurs petits gilets de fourrure de tout l'été", dit le menuisier. La bière a laissé de la mousse sur son pouce. Il trempe le doigt dans le verre.

"Ce salaud, à côté, me souffle la cendre dans le verre", dit-il. Il regarde le Roumain debout derrière lui. Le Roumain, une cigarette tout imbibée de salive au coin de la bouche, rit. "'Vous pouvez plus parler allemand". Puis il ajoute en roumain : "Ici, on est en Roumanie."

Le menuisier a un regard gourmand. Il lève son verre, le vide. "Vous serez bientôt débarrassé de nous :" hurle-t-il. Il fait signe au patron qui est debout à la table des conducteurs. "Une autre bière."


Herta Müller

samedi, 10 octobre 2009

Le roi dort

Avant la guerre, la fanfare du village en grand uniforme rouge foncé s'était un jour rassemblée à la gare. Le fronton de la gare était décoré de guirlandes de lis, d'asters et de feuilles d'acacias. Les gens avaient tous leurs habits du dimanche. Les enfants avaient des chemisettes blanches. Leurs visages étaient cachés derrière des bouquets de fleurs.

Lorsque le train est entré en gare, la fanfare a joué une marche. Les gens ont applaudi. Les enfants ont jeté des fleurs.

Le train est entré lentement en gare. Un jeune homme a tendu un long bras par la fenêtre. D'un geste de la main, il a réclamé le silence :

"Taisez-vous, Sa majesté le roi dort."

Après le départ du train, un troupeau de chèvres blanche arriva des champs. Elles suivirent la voie ferrée et mangèrent les fleurs. Interrompue la musique.

Les musiciens sont rentrés chez eux. Interrompu aussi le geste de bienvenue des hommes et des femmes. Ils sont retournés à la maison. Et les enfants aussi, les mains vides.

Une fillette qui, après la musique et les applaudissements, devait réciter un poème devant le roi resta assise, seule, dans la salle d'attente, jusqu'à ce que les chèvres aient mangé tous les bouquets de fleurs. Et elle pleura.

Herta Müller

Exclusif ! les grands entretiens du Petit Champignacien

Dans la série "Les grands entretiens du Petit Champignacien", nous annonçons la parution prochaine d'un DVD contenant cette série de discussions avec d'éminentes personnalités de la scène culturelle, politique et médiatique française. C'est le premier volume d'une collection destinée à sauvegarder les paroles des personnages qui font de la France un pays incomparable par son sens de la tolérance, du bon goût, de l'honnêteté, de l'élégance et du raffinement dans l'art du dialogue.    


Ma rencontre de blogueur avec Nadine Morano, 15 juin 2009.

Ma rencontre de blogueur avec Henri Guaino, 23 juin.

Ma rencontre de blogueur avec Frédéric Mitterrrand, 9 juillet.

Mon entretien de blogueur avec Philippe Val, 16 juillet.

Mon entretien de blogueur avec Bernard-Henri Lévy, 22 juillet.

Ma rencontre de blogueur avec Valéry Giscard d'Estaing, 22 septembre.

Ma rencontre de blogueur avec Alain Duhamel, 23 septembre.

Ma rencontre de blogueur avec Alexandre Adler, 24 septembre.

Ma rencontre de blogueur avec Jean Daniel, 1er octobre.

Mon entretien de blogueur avec Christophe Barbier, 4 octobre.

Ma rencontre de blogueur avec Alain Finkielbraut, 10 octobre.

Bonus :

Un entretien exclusif avec Amélie Nothomb, 7 juillet 2006.

Le podcasting exclusif de ma boulangère, 22 octobre 2006 (en mode Loïc Le Meur et Nelson Monfort à la fois).


Les interviouves (à peine imaginaires) sont dans une liste un peu fourre-tout, les carabistouilles, donc j'ai tenu à les en sortir par un billet qui peut servir de référence. Je ne sais encore qui j'interrogerrai ensuite : Eric Zemmour, Jean-Luc Godard, Gérard-Alain Slama, Franz-Olivier Giesbert, Christine Angot, Jacques Chancel, Laurent Joffrin, Philippe Sollers, Jean-Pierre Raffarin ? La liste des prétendants est longue.    

Ma rencontre de blogueur avec Alain Finkielkraut

J'ai décidé de rencontrer l'un des radiosophes les plus connus de France afin de parler de sa vision d'Internet.

LPCI : Bonjour monsieur Finkielkraut, merci de me recevoir aussi aimablement.
AF : Je ne vous dis pas bonjour, depuis que j'ai eu connaissance de votre rendez-vous infernal, je vis dans la terreur et l'épouvante.
LPCI : Mais pourquoi donc ? Un blogue peut servir à célébrer les gens que l'on estime et...
AF : Les blogues servent à une véritable fureur de la persécution; Et il n'y a pas que les blogues, c'est toute la planète internet qui est devenue une immense foule lyncheuse qui me fait peur. Oui, je vis dans la peur la plus totale, comme si je me retrouvais pris au piège du ghetto de Varsovie face aux hordes féroces et meurtrières des nouveaux barbares qui se sont emparés de la technologie afin de tuer toute forme élevée de culture. Vous me faites peur, je l'avoue.
LPCI : Pour détendre un peu l'atmosphère, il est traditionnel dans les rencontres de blogueurs que l'on discute autour d'une bonne choucroute, je ne la vois pas, pourquoi ? 
AF : Ah ! Je devais bien me douter que vous vous déchaîneriez contre moi d'une manière démentielle et sauvage !
LPCI : Mais pourquoi ? La choucroute, c'est agréable.
AF : Vous avez voulu jouer sur le sens de mon nom propre et je soupçonne chez vous une sorte d'antisémitisme qui ne veut pas s'avouer comme tel. Je me nomme Finkielkraut et pas Sauerkraut ! Il n'y a que les antisémites à avoir pratiqué l'amalgame entre la tête de chou et les Juifs. Voilà pourquoi je vis dans un monde d'horreur qui me répugne de plus en plus, puisque nous nous éloignons de toute forme de civilisation du fait de l'arrivée des vandales comme à la fin de l'Empire romain.
LPCI : Mais Gainsbourg a lui-même chanté l'homme à la tête de chou et il n'était pas naz...
AF : Vous me parlez d'un de ces histrions de bas-étage fasciné par le monde black, black, black qui a tant participé à la perte de nos valeurs et de nos repères occidentaux, comme si les chansons pour le top 50 pouvaient être placées sur le même niveau que la poésie la plus pure, par exemple celle de Péguy.
LPCI : Péguy aurait donc parlé de la choucroute lui aussi ?
AF : Oui, bien sûr; Tenez, voici ce qu'il écrit en 1914, juste avant de monter au front et d'y mourir, cela s'intitule Epitre aux Germains. Cela ne rend son écrit que plus poignant.

Au nom du Père ; et du Fils ; et du Saint-Esprit ; ainsi soit-il.
Préservez-nous toujours de la diabolique choucroute que les méphistophélesques cohortes germaniques répandent partout où elles passent.
Choucroute de sorcières dans laquelle barbote une infecte pourriture à peine masquée par la saumure;
Choucroute du mal absolu qui détruit nos forces les plus vives alors que nous devrions nous lier à la terre qui nous a fait naître et qui nous empêche de tuer tous les païens qui vivent outre-Vosges.
Choucroute de l'apocalypse qui brise notre vigueur morale et l'amour que nous devons à nos ancêtres.
Choucroute eschatologique et scatologique dans laquelle se perdent les homùes qui n'ont pas su trouver leur voie et leur voix dans Notre Seigneur.


Il y a comme cela cinq mille vers débutant tous par le mot choucroute, ce qui montre la force oratoire et la grandeur admirable de la pensée éthique de Péguy.
LPCI : D'accord, mais enfin... Je ne suis pas venu là pour vous accuser, je ne suis pas de la Gest...
AF : Me poser des questions, c'est déjà une attitude inquisitoriale totalement inadmissible et qui démontre à quel niveau de bassesse l'on se retrouve aujourd'hui puisque tout le monde peut dire n'importe quoi n'importe où sans avoir la moindre autorité sur le sujet. tenez, moi-même, je ne suis pas philosophe de formation, je n'ai fait que lettres modernes, et pourtant je passe comme tel sur France-Culture ou dans le Monde, on m'invite à donner des cours à Polytechnique alors que je devrais me retrouver à devoir enseigner les règles de conjugaison et de politesse à des sauvages sans-papiers dans un collège de banlieue de la région parisienne vu le niveau de mes diplômes et des concours que j'ai passés, je parle souvent de livres ou de films que je n'ai ni lus ni vus mais sur lesquels j'ai un avis définitif et transcendant. L'imposture est générale et franchement, cette époque me fait peur. Je suis persuadé que je serai la prochaine victime d'un lynchage médiatique par une foule en furie, remplie d'une hystérie démentielle que je n'ose imaginer tellement la haine est générale pour tout ce qui est grand, beau, culturel. Comment tout un chacun aurait-il le droit de faire sur son blogue ce que j'ai toujours fait dans mes émissions de haute tenue morale en me posant en procureur inflexible sans que je sache de quoi l'on parle exactement ? Cela me fait peur toute cette concurrence... Je vis dans le cauchemar d'être critiqué ou cité pour mes propos.
LPCI : Merci beaucoup monsieur Finkielkraut pour ce témoignage émouvant.

vendredi, 09 octobre 2009

La larme

Amélie sort de la cour du mégissier. Elle marche dans l'herbe. Elle tient à la main une petite boîte. Hume ce qu'il y a dedans. Windisch regarde l'ourlet de la jupe d'Amélie jeter une ombre sur l'herbe. Ses mollets sont blancs. Windisch remarque qu'Amélie balance les hanches.

Une ficelle argentée est nouée autour de la boîte. Amélie se met devant le miroir. Elle se regarde. Elle cherche dans le miroir la ficelle argentée et tire dessus.

"La boîte était dans le chapeau du mégissier", dit-elle.

Le papier de soie blanc froufroute dans la boîte. Sur le papier une larme de verre. Avec un trou dans la partie supérieure. Dans son ventre un sillon. Sous la larme un billet écrit par Rudi : "La larme est vide. Remplis-la avec de l'eau de pluie de préférence."

Amélie ne peut pas remplir la larme. C'est l'été, le village est à sec. Et l'eau de la fontaine, ce n'est pas de l'eau de pluie; Amélie tient la larme devant la fenêtre, à la lumière. Extérieurement, elle est immobile. Mais à l'intérieur, le long du sillon, elle tremblote.

Herta Müller