vendredi, 20 novembre 2009

Zooïatre

Zooïatre.jpg

jeudi, 19 novembre 2009

Pour célébrer l'arrivée du beaujolais nouveau

... rien de mieux qu'un petit dessin.

L'accent plat

libraire.jpgCe qui me retient dans cette image, c'est l'accent plat. Pas un accent circonflexe en forme de chapeau ou de triangle, mais bien un accent totalement horizontal.

Vous ne connaissez pas l'accent plat ? Vous avez bien de la chance ! Vous n'êtes pas alors enseignant ou mauvais élève. Moi, j'ai été les deux successivement.

L'accent plat est une vieille astuce des mauvais élèves afin de faire croire qu'ils ont écrit un circonflexe et pas un grave ou un aigu. Comme j'étais un mauvais élève, fort brouillé avec les accents, je m'arrangeais pour donner le change avec des accents plats durant mes années de lycée (j'écrivais alors en script, l'ancêtre du Comic sans MS). Cela ne devait tromper personne, je pense, mais comme j'avais une intelligence supérieure mes profs feignaient de ne pas voir ce handicap. Puis, je me suis décidé à devenir un peu sérieux et j'ai tenté de placer les bons accents où il faut, mais heureusement je dispose de correcteurs orthographiques à présent parce que c'est encore parfois le bazar. C'est pourquoi je milite pour une réforme orthographique qui tiendrait compte en priorité de mes lacunes les plus graves.

Quand je suis devenu enseignant et en plus de français, je me suis aperçu que mes élèves avaient trouvé la même astuce que moi. L'accent plat partout ! Bien pis ! ils avaient inventé entretemps la chiure de mouche qui permet de dire que oui il y a un accent et que non il n'y en a pas. Je me suis donc retrouvé dans la peau d'un commissaire de police à devoir procéder à des interrogatoires à coups de Petit Larousse (pas si petit quand même, il pèse bien son kilo) sur l'occiput afin de faire cracher le morceau au suspect : "Mais là, tu as écrit ou non un accent grave ou aigu ou circonflexe sur pèlerinage ?" Il faut dire que savoir écrire "pèlerinage" est un élément fondamental de notre identité nationale d'autant que la France ne serait jamais la France sans ses cathédrales comme me l'a dit mon ami Guaino ce matin.  Puis, je faisais crisser la craie sur le tableau noir afin de bien les torturer (cette méthode n'a jamais été désapprouvée par les conventions de Genève et j'étais donc dans la plus stricte légalité).

Menfin, pourquoi placer un accent plat sur un mot qui ne nécessite aucun autre accent que le circonflexe dans ce cas ? Un souvenir de mauvais élève de la part du lettreur ?

mercredi, 18 novembre 2009

Guainoterie : Vichy n'a jamais existé !

Cela m'avait échappé. Voici ce que notre digne et extraordinaire président a déclaré dans la Drôme, lorsqu'il est allé s'adresser aux culs-terreux qui osent déclarer qu'on les prend pour des bouseux un peu niais.

Rien n’est moins dangereux pour la démocratie et pour la liberté que la République, fût-elle une et indivisible. Depuis deux siècles, à part l'expérience de la Terreur, nul totalitarisme n'a menacé nos libertés. C’est que la culture française est irréductible au totalitarisme.

Le Canard dans lequel je lis cette déclaration attribue l'origine des propos à Henri Guaino et cela ressemble en effet à une nouvelle guainoterie. BHL, pour lequel je ne manifeste pas la plus haute estime tant s'en faut, parlait à son sujet de maurrassisme et je crois qu'il avait un peu raison. Parce qu'enfin... comme le relève le Canard, c'est non seulement oublier un triste épisode entre 1940 et 1944, mais aussi les deux empires qui n'étaient pas des "havres de démocratie", or les deux empires ont été établis comme la continuation des deux premières républiques. Les pouvoirs spéciaux au gouvernement en Algérie ne sont pas mal non plus dans le genre de dictature dans une forme démocratique. Il l faudrait également parler des droits et libertés accordées aux "indigènes" de nos colonies, par exemple comment on manifesta le sens de la démocratie à Sétif ou Madagascar au moment de la libération du territoire français en Europe, comment les Martiniquais peuvent apprécier le jour de la Saint-Valentin. Et combien d'autres épisodes... L'armée tirant en rangs serrés contre des ouvriers, des femmes et des enfants à Fourmies, est-ce la meilleure preuve de la défense des libertés ? La Terreur aurait donc été le seul épisode totalitaire de notre pays ? Comme c'est étrange... Il n'y aurait donc pas eu de Terreur blanche au retour des émigrés, au moment de la Restauration ? Pour un fervent lecteur du Rouge et le Noir, cela peut sembler un peu bizarre cette dénégation. Le seul mal aurait donc été la Terreur et pas du tout les divers manquements aux principes de la Déclaration des droits de l'homme qui ont pu survenir ensuite ? Mais qui espère-t-on convaincre ainsi en ne donnant comme seule vraie faute l'époque de Robespierre ? Serait-ce parce que la comparaison avec d'autres époques et une en particulier serait un peu déplacée et inconvenante ? Dans l'opération de récupération de l'électorat d'extrême droite, on a connu plus subtil.  

La vengeance du fils du y trématé

supremya.jpgCe matin, j'ai découvert Supremÿa, ce produit dit anti-âge (sic) qui présente la particularité de posséder un y trématé, lequel s'ajoute à ma collection. Il est amusant de constater que le ÿ commence à devenir plus répandu dans le domaine du commerce que dans les noms de personnes ou de lieux. Cela dit, Sisley avait déjà commis le même type de nommage auparavant et j'en avais parlé. On peut supposer que le y trématé joue un peu la même fonction pour cette marque que pour l'accent circonflexe de Lancôme qui peut être décliné sur des noms de produits : une sorte de repère, d'identifiant graphique.

Kerak

- Notre conseil : entre-deux-mères, château Sainte-Marie. Saveurs, hors- série n° 5, hiver 2009.

- Jusqu'à ce jour comme tous les hêtres humains, son regard s'est porté sur un jeune garçon. L'Essor savoyard, 5 novembre.

- Ce praticien avait profité de la vulnérabilité de ses patients pour subordonner des témoins. La Dépêche du Midi, 2 novembre.

- Le débat est non seulement récurant mais aussi régulièrement passionné. Le Républicain lorrain, 22 octobre.

- Des fonds baptismaux. L'Union, 21 octobre.

- Justement, c'est là que le bas blesse. Martine voudrait savoir pourquoi elle se retrouve dans les 9 licenciés. L'Union, 18 novembre.

- Comme une autre de ces camardes, elle aussi en partance forcée de l'entreprise, elle va être décorée de la médaille du travail pour 35 ans de présence. L'Union, 18 novembre.

mardi, 17 novembre 2009

Quand les gorilles voleront

Quand les gorilles voleront
Quand les baleines danseront
Quand les homards rouleront à bicyclette
Quand il pleuvra des millions
Quand les pavés fleuriront
Alors sur notre planète, ça tournera rond...

qrm.jpg

 

 

 

 

 

 

Ce sont les premières paroles de QRM sur Bretzelbürg, la première version interrompue en 61 de QRN sur Bretzelbürg, la dernière longue aventure de Spirou par Franquin et l'une de mes préférées. Celui-ci a éliminé cette chanson dans la suite et le remontage de cette histoire en 63, il a alors préféré des chansons plus contemporaines et plus banales, même si l'on y trouve un Boby Lapointe avec Aragon et Castille. Or il semblerait que cette chanson n'existe pas, que ce soit une pure invention tandis que l'air suivant (justement celui de Boby) se trouve aisément. Il y avait comme un petit air de Mai 68 avant l'heure. Cela me semble très franquinien, il a utilisé toutes ces bestioles dans des planches : le gorille dans Spirou, le homard et la baleine dans Gaston. Cela fait partie de son bestiaire qui n'est pas énorme, mais toujours avec des animaux bien choisis et très différents à la fois par le caractère et le graphisme, que ce soit la tortue et la mouette, l'éléphant et le chat, le poisson rouge et la vache, les escargots et le marsupilami, le rhinocéros et la murène. Cela devait sembler trop un cri de révolte personnelle à ce moment-là pour qu'il le conserve, mais c'est dommage.

lundi, 16 novembre 2009

Fiat Lux !

Je commence à être légèrement excédé par la campagne sur les ondes nationales au sujet des lampes usagées. Certes, je suis partisan du tri et du recyclage des déchets et je me suis inquiété auparavant du sort des ampoules basse consommation qui n'est pas sans poser de problèmes. Mais je suis consterné que l'on parle de lampes dans un sens classique pour le récipient qui contient le combustible, alors que le terme lampe désigne aujourd'hui dans le langage courant et en rapport avec l'habitat le support qui peut accueillir des recharges diverses comme des ampoules, des tubes et comme chez moi des torches. Or ce sont ces derniers objets qu'il convient de rapporter chez un distributeur au lieu de le jeter bêtement à la poubelle, non pas ce qui vous sert à envelopper ou à soutenir l'ampoule ou le tube (que ce soit le pot, la vasque, la toupie, le cube, et toutes ces choses que l'on désigne couramment comme lampes dans les magasins d'ameublement parce que l'on peut y placer une ampoule).

Il est parfaitement exact de parler de lampes au sujet de ces recharges. C'est le sens technique et ancien. En revanche, c'est un peu risqué, parce que l'on risque de ne pas être compris : la lampe, pour la plupart des personnes, n'a que le sens de l'objet qui s'illumine. C'est le lumignon de salon ou la suspension de salle-à-manger (en papier crépon et sous forme sphérique chez les babas cools, dans une citrouille pour les américonaïaques) ou l'encadrement du tube au dessus de l'évier de la salle de bain ou de la cuisine. Pas l'objet qui contient le combustible. La métonymie est passée par là et les marchands de lampes design sans aucune ampoule ont fait passer ce nouveau sens. Il faudrait rappeler d'abord le sens premier de lampe pour les plus mal comprenants qui ne savent pas lire les logogrammes ou ne savent pas les voir (et cela se recrute dans toutes les couches de la société), parce qu'ils ne voudront pas se déssaisir de la lampe en bois achetée à Emmaüs ou héritée de la tante Hermentrude, et il jetteront leurs ampoules basse consommation dans le bac commun puisque ce n'est pas vraiment une lampe selon eux. Que l'on commence à voir quelles sont les représentations des gens auxquels on parle, il y a énormément de non techniciens ou non érudits dans la population française, ce n'est d'ailleurs pas de leur faute. L'écologie doit être sociale, ou elle ne sera jamais !

 

dimanche, 15 novembre 2009

Le copier-coller de Kennedy en dégradé de plus en plus gris

« Vous qui, comme moi, êtes Américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. Vous qui, comme moi, êtes citoyens du monde, ne vous demandez pas ce que les États-Unis peuvent faire pour le monde, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le monde. » John Fitzgerald Kennedy, discours d'investiture du 20 janvier 1961.

Le discours est ensuite décliné ainsi en France (je passe les versions étatsuniennes, dont celles obamesques) :

« Rassemblez-vous, mobilisez-vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour notre pays ». Ségolène Royal, le lendemain de sa victoire aux primaires socialistes dans un appel aux militants et sympathisants, le 19 novembre 2006.

« On ne peut pas vouloir bénéficier des droits sans se sentir obligé par les devoirs. On ne peut pas vouloir bénéficier de la Sécurité sociale sans jamais se demander ce que l’on peut faire pour son pays. » Nicolas Sarkozy au sujet de l'identité nationale, 12 novembre 2009.

C'est un peu bizarre, mais je crois qu'il y a une très grosse différence entre le discours de Kennedy et puis le dernier qui exprime le rétrécissement de la citoyenneté. Je me sens pris d'une sympathie incongrue pour Kennedy par rapport à son avatar dégénéré et franchouillard qui croit bon de reprendre la phrase de Kennedy face à la Porte de Brandebourg et où  il confond Brüher (bouillon) et Brüder (frères) dans son texte. Cette différence, c'est celle d'une époque où l'on pouvait parler de rêve américain, mais peut-on parler de rêve français quand on demande d'accomplir des devoirs sans rien au delà de ce que l'on possède déjà ou que l'on veut vous retirer ce que vous avez déjà péniblement gagné ?

Revoyons les mots de Kennedy : citoyens du monde. C'est tout ce que l'on veut sauf un débat au sujet de la présence de la burqa afin de complaire à son électorat le plus raciste, c'est tout ce que l'on veut sauf un discours évoquant les fraudes aux assurances sociales afin de satisfaire les discussions poujadistes de bistrot, c'est tout ce que l'on veut sauf un discours nationaliste. C'est un discours noble, peut-être insincère vu la politique suivie après, mais noble malgré tout parce qu'il demandait un dépassement personnel, un engagement. Et cette noblesse, je ne la trouve pas dans les restrictions de 2009. Bien au contraire.  



Comment le ministricule champignacien est connecté aux twitteristes

Voici ce que je lis dans l'Oignon au sujet de notre sous-ministre champignacien et de sa stratégie réticulaire :

Par ailleurs, le jeune élu « twitte » régulièrement. Autrement dit, il partage des informations sur Twitter, avec une communauté plus restreinte que sur Facebook.

C'est vrai que 744 followers à la place de 2 358 amis (dont Nicolas Sarkozy pour lequel on sait qu'il ne maintient pas personnellement son profil FaceBook), c'est un peu moins. Mais il faut voir ce que contiennent ces fameuses informations qui sont lisibles par bien plus de personnes que celles sur FaceBook où il faut s'enregistrer d'abord (Twitter est lisible depuis le Ouaibe sans aucune inscription et les informations peuvent être rediffusées ailleurs par les RT) :

Je suis au loto du telethon a champignac. Il y a 850 personnes ! C est génial.

Super déplacement baie du mont St. Michel. Faut il changer la loi littoral pour permettre le developpement agricole ?

Je suis dans le TGV avec le sénateur braye en direction du mt St. Michel pour regarder l application de la loi littoral !

Je viens d' assister aux cérémonies du 11 novembre. C était simple mais émouvant.

Ce 9 novembre...: J'ai passé ces journées folles à vouloir prendre un train ou un avion pour vivre ce moment

En lisant la presse ce matin comment ne pas être ému par le souvenir de la chute du mur de Berlin.

J assiste a l émission le grand rendez vous d' europe 1 avec Bruno le maire. Ce type est vraiment brillant.

Je viens de finir "lettre d' une inconnue" de Stefan zweig. C est sublime.

Je viens de terminer revu et corrige avec Paul Amar sur la 5. Cette émission permet vraiment de développer ses idées.

Benoist Apparu invité de « Revu et Corrigé » ce samedi 7 novembre à partir de 19h: Paul Amar présente en direct.

En quoi consistent le plus souvent les fameuses informations du ministricule ?
a) Il déclare où il est et c'est parfois au cours d'une réunion. Ce qui montre son degré de politesse, puisqu'il tapote sur son Blackberry ou son iPhone devant ses interlocuteurs. Cela explique son orthographe déplorable.
a bis) Il dit dans quelles émissions il est apparu ou va apparaître.
b) Il pose des questions générales et vagues en évitant de donner son opinion personnelle.
c) Il use de qualificatifs flatteurs à tout propos : super, émouvant, brillant, sublime. Mais on n'en sait jamais plus. On croirait lire une midinette qui s'extasie sur tout et qui ne voit jamais le moindre problème.
d) Non visible ici, le message Twitter comme lettre de diffusion pour voir le billet de son blogue qui renvoie en fait à une page officielle, une vidéo à voir ailleurs encore, et ainsi de suite. Ou comment mieux faire circuler l'information en multipliant les relais et surtout les visites d'autres pages pour faire croire que l'on crée un intérêt autour de soi. Comme si le lien principal ne pouvait être donné tout de suite... Politique de bruit sur la Toile. Absence totale de simplicité et d'économie de liens.

Mais le meilleur est pour la suite. Il répond ainsi à quatre interlocuteurs :

@B... il est meilleur que je ne pensais mais pas au top ! (5 h 17 heure du Pacifique, 6 novembre)

@x... il est meilleur que je ne pensais mais pas au top ! (5 h 17)

@J... il est meilleur que je ne pensais mais pas au top ! (5 h 16)

@T... il est meilleur que je ne pensais mais pas au top ! (5 h 16)

"Il" en question est le président lui-même et quinze minutes plus tôt le ministricule déclarait sur Twitter qu'il assistait à son discours sur l'outre-mer. Il fallait qu'il dise qu'il était là, mais il répond à des twitteristes qui voyaient le même événement à la télévision, sans doute sur LCP ou Public Sénat. Comme il n'a strictement rien compris à Twitter, il envoie quatre fois le même message alors que l'arrobe n'indique pas du tout un message privé, mais un message public avec un destinataire plus précis. Tous auraient pu malgré tout lire le même message s'il avait été précédé d'une arrobe pour l'un d'eux. Mais c'est compulsif : Benoist est un garçon sage qui croit bon de répondre chaque fois à chacun même si tous entendent la réponse et comme il est un peu limité (pas seulement par la taille du message), il emploie pour tous le même argument même s'ils ont exprimé des idées très différentes ou aucune idée.  

Notons la forme : toujours un compliment, puis une petite réserve comme concession à son interlocuteur qui a dû déclarer : "Mais il est toujours aussi nul à chier avec ses discours à la noix écrits par Guaino ?" L'impertinence n'est pas de mise et le seul anticonformisme est de dire "top" pour un ministricule. Le vide du discours rejoint le vide du cerveau.  

Il livre par ailleurs cette information capitale à 5 h 24 (toujours heure du Pacifique pour Twitter) :

Super ! Le President vient d' annoncer que Marie Luce penchard secrétaire d' état a l outre mer devient ministre.

Information très importante qui se trouvait déjà dans les dépêches d'agence en ligne, si je me souviens bien. Pour le reste, on ne sait rien du fameux discours présidentiel sur l'outre-mer, pas plus que ce qu'en pense le sous-ministre (d'ailleurs pense-t-il ?) En gros, c'est de la com avec de gros souliers.


samedi, 14 novembre 2009

Ma conversation de blogueur avec Christine Angot

Voici le plus redoutable de tous mes entretiens de blogueur, une rencontre avec Christine Angot elle-même. J'appréhendais ce moment et je me disais que c'était comme si j'avais dû pénétrer dans l'intimité de Marguerite Duras en compagnie de Laure Adler, ce qui veut dire ne rien comprendre du tout à ce qui se passe ou se dit. La réalité était bien pire. Mais le Petit Champignacien ne recule pas devant les risques et il a frappé à la porte d'un hôtel Formule 1 de banlieue parisienne.

LPCI : Bonjour madame Angot.
CA (nue sous son peignoir) : Vous êtes le livreur de pizzas ? Je suis heureuse de vous faire découvrir mon intérieur. Il me semble que vous êtes déjà passé, mais je ne sais plus ce qui est vrai, c'est ma voix intérieure qui parle, parce que la voix intérieure est empreinte de toutes les choses entendues à l'extérieur.
LPCI : Je suis venu ici pour mener un entretien avec vous.
CA : Je ne me souviens plus dans mon intérieur personnel si je vous ai donné rendez-vous. C'est comme ça, c'est une fiction vitale... Ce désir intérieur d'avoir une pizza en ouvrant la porte, et d'être nue sous son peignoir, ce n'est pas une loi sociale ou un devoir, mais quelque chose de plus profond, qui vient de plus loin, une chose intérieure... Une sorte d'exigence ultime et intérieure que personne ne pourra comprendre. Commander la pizza, recevoir le pizzaiolo à demi-nue, lui donner à voir juste ce qu'il faut pour susciter son désir, puis disparaître ensuite dans le secret de sa maison intérieure. C'est terrible, ces mots, terrible. Tu ne peux pas comprendre combien c'est intérieur.
LPCI : Oui, mais moi, je suis le rédacteur en chef du Petit Champignacien et lorsque je fais des interviouves, on me reçoit avec une choucroute, pas avec une pizza que j'amènerais.
CA : Tu me rejettes donc, comme tous les mâles qui veulent dicter leur ordre des choses et qui voient les choses de l'extérieur ! Mais il y a un niveau inatteignable de la littérature que tu n'auras jamais, la littérature elle-même ! Tu ne peux pas m'atteindre, puisque je suis inatteignable et que je suis la littérature elle-même que l'on ne pourra jamais broyer. J'emmerde tous ceux qui pensent le contraire et donnent des prix à d'autres que moi.
LPCI : Je vous demande pardon madame Angot, je n'ai pas eu l'intention de vous blesser, mais je suis juste venu vous interroger autour d'une choucroute et pas pour vous livrer une pizza.
CA : Cela me fait penser que j'ai commandé une pizza à la choucroute pour mon amant de ce soir dans mon intérieur à moi. C'est bizarre. Il fallait que je sois hors de moi et il faut être hors de soi pour que la littérature advienne. Il faut qu'il y ait un choc pour que naisse l'écriture venue de l'intérieur. Cette demande de choucroute, cela m'a mise hors de moi tellement cela n'avait rien à voir avec mon écriture intérieure. Vraiment rien à voir ! Rien du tout ! Jamais de la la vie ! C'était infect de me demander ça. Comme si l'on voulait me castrer de mes capacités de créations intérieures qui viennent du plus profond de mes désirs intérieurs. Je ne peux écrire que si les deux amants commandent une pizza minute toutes les dix pages de mes romans intérieurs, je ne peux accepter que l'on fasse figurer un autre plat intérieur que la pizza intérieure dans mes textes intérieurs, c'est une urgence intérieure et vitale, et surtout intérieure.
LPCI : Certes, mais ce n'était pas un rendez-vous amoureux, quoique... un hôtel Formule 1 pour un entretien avec un blogueur, ce n'est pas le cadre le plus adapté.
CA (étendant ses bras autour de LPCI): Mais tu n'as donc pas compris pourquoi j'étais nue intérieurement sous mon peignoir intérieur ? (Ecartant les pans de son peignoir). Tu peux vérifier si tu veux et voir que cette matérialité-là de l'amour intérieur est tout le temps occasion de mise en doute, inquiétude, suspense. Je sais que vous autres blogueurs n'écrivez que pour vous faire le plus de femmes possible sans voir leur intérieur vital. Ce que vous écrivez, je le sais déjà, parce que je l'écris depuis longtemps. Ce ne sont pas des notes dans un carnet, ce n'est pas une mise au point pour soi, ce n'est pas pour y voir plus clair, c'est une adresse publique, pas à un groupe, pas à une société, pas à un temps choisi, c'est à tout le monde indifféremment  Je m'offre à toi, de tout mon intérieur, comme je l'aurais fait au livreur de pizza !
LPCI : Mais je ne suis pas un livreur de pizzas ou un amant, juste un blogueur interviouveur !
CA, cette fois sans peignoir : Salaud ! Ordure ! Crapule ! Tu oses refuser mon exigence à la vie intérieure, tu n'acceptes donc pas mon combat intérieur que je mène pour être de façon vitale et intérieure,, tu n'as rien compris, vraiment rien, pas compris, rien, compris rien, tu ne sais pas quoi dire, pas compris hein ? C'est à cela que tu veux me réduire, rien du tout ? Tu ne sais pas ce qu'est l'amour prosaïque. Ce n'est pas parce qu'une grande partie se déroule sans sexe que ce n'est pas prosaïque. C'est concret, matériel, pour le coup, oui. Observer ce qui se passe là, oui, plutôt deux mille fois qu'une. Le lecteur a l'expérience, il sait que cette matérialité-là de l'amour est tout le temps occasion de mise en doute, inquiétude, suspense. Il veut voir comment je vais me débrouiller. Entre ce qui semble, et ce qui est.
LPCI : Mais enfin, c'était idiot ce rendez-vous dans un Formule 1 et en plus vous me prenez pour le livreur de pizzas !

CA : Tu n'as rien compris à la littérature intérieure et vitale, malgré tes diplômes et tes lectures, mon amour, la littérature est d'abord l'art de la répétition des situations et je suis une écrivaine littéraire parce que j'approfondis toujours le champ de mon expérience à partir d'une seule situation de base comme l'expliquent fort bien les critiques, donc l'hôtel Formule 1, la pizza minute, plus le peignoir pour être nue dessous, cela va bien dans ma stratégie marketing afin de paraître vraiment populaire et simple, intérieure et vitale, et où j'ai décidé d'intégrer le Web 2.0, comme toi mon gros loup.
LPCI : Laissez-moi sortir de cette chambre ! 
CA : Jamais de la vie ! J'ai besoin de toi pour mon prochain roman autofictionnel qui mettra en scène un blogueur influent et une écrivaine célèbre réunis par la magie de la nouvelle écriture intérieure et d'Internet.
LPCI : Prenez plutôt Laurent Gloaguen, ou Dagrouik, ils sont plus influents que moi.
CA : Tu ne me cites que des pédés qui ne savent pas comment une vraie femme est faite de l'intérieur ! Et en plus je sais qu'Embruns n'est plus dans le classement Wikio, alors je ne pourrai pas dire que j'ai été attirée par un blogueur influent.
LPCI ; Mais je suis aussi sorti volontairement du classement Wikio.
CA . Ah bon ? Tu serais aussi pédé ? Tu ne vas pas vouloir me prendre par le mauvais trou comme Doc Gynéco quand même et ensuite partir avec ma fille mineure ? Ce serait un bon angle de nouvelle autofiction intérieure et vitale, comment j'ai réussi à convertir un homo à l'hétérosexualité et je pourrais apparaître comme une sainte en compagnie de Christine Boutin et Christian Vanneste, aux prénoms prédestinés.
LPCI : La question n'est pas là ! Rendez-moi mes habits pour qu'on puisse discuter raisonnablement. Je ne veux pas être un de vos personnages de pseudo fiction et pseudo autobiographie.
CA : Raisonnablement, c'est un mot que je n'ai jamais compris, pouvez-vous me l'expliquer ?
LPCI : Autour d'une bonne choucroute, mais surtout après m'avoir délié et avoir ôté mes menottes, s'il vous plaît. N'oubliez pas le bandeau sur les yeux et puis de me donner mes lunettes, j'ai du mal à penser quand je ne vois rien.

Les manchots empereurs doivent aussi participer au débat sur l'identité nationale

Pour mener le grand débat sur l'indignité nationale, Eric Besson a été jusqu'à convoquer un personnage fort important :

Monsieur le Préfet, administrateur des Terres australes et antarctiques françaises.

Certes, ce haut fonctionnaire possède un statut équivalent à celui des autres préfets et hauts commissaires de la République, mais enfin... sa présence dans la liste des destinataires de la circulaire est pour le moins étrange. Non que je veuille me moquer des buts scientifiques de sa mission, mais le voir dans cette liste soulève quelques questions.

1) Les Terres australes et antarctiques accueillent des bases permanentes comme aux Kerguelen et en Terre Adélie, provisoires pour les îles éparses. Cela représente 140 personnes qui ne demeurent en poste que deux ans. C'est la population d'un hameau ou d'un pâté de maisons ou d'un immeuble HLM. Ces 140 personnes seront consultées au sujet de l'indignité nationale alors que les deux millions de Français résidant à l'étranger ne le seront pas, puisque la circulaire n'est pas adressée aux ambassadeurs, consuls et consuls honoraires alors même qu'il y a une représentation politique fort théorique de ces Français par des sénateurs et bientôt des députés.

Z) Le débat est absurde, parce qu'il se limite au territoire dit national, y compris le plus éloigné et le plus invivable. Il s'agit d'inscrire les questions dans la terre et surtout dans les frontières. Si la France avait possédé une station spatiale ou une base lunaire, celles-ci auraient été contactées puisque c'était encore le territoire national. Comme on peut faire du tourisme à la base Dumont-d'Urville, on peut craindre un afflux d'immigrés clandestins venus en pirogue rejoindre notre territoire forcément national.

3) J'ai du mal à comprendre comment les manchots empereurs ou les phoques peuvent faire partie des traditions françaises ou d'une spécifité française qui permettrait d'exclure des gens n'ayant "pas vocation à" vivre et travailler en France. Ou comment l'archipel Crozet ferait partie des paysages qui définissent la France. Certes, on me posera l'objection des Terres-Neuvas, mais ils chassaient le pingouin ou le phoque bien plus au nord et il y a fort longtemps dans des mers qui ne sont plus françaises. Il ne s'agit que des résidus de l'époque coloniale, laquelle est complexe puisque le but était multiple : affirmation de sa puissance militaire et surtout navale, affirmation de sa supériorité scientifique, volonté de conversion d'autres peuples à ses propres valeurs et à sa langue (c'était un peu raté dans le cas des Terres australes), expansion commerciale facilitée par le point précédent, coercition intérieure par des récits de découverte ou de combat qui font rêver les petits garçons.

4) Les TAAF ne font pas partie de l'Union européenne et les autres Etats ne reconnaissent pas ce territoire comme possession de la France à la suite du Traité de l'Antarctique. La France y exerce sa souveraineté de fait, mais elle n'en est pas propriétaire de droit. Il s'agit d'une terre étrangère dont la jouissance peut être révoquée  et seule la fiction administrative française fait croire que ce serait une partie intégrante du territoire national.  

5) Je propose une consultation générale des manchots et des phoques afin de savoir s'ils se sentent plus français, russes, américains, britanniques, australiens, norvégiens...   

jeudi, 12 novembre 2009

Skulp

- Je vois avec plaisir le très joli minou de Marie Drucker. L'Est républicain, 28 septembre.

- Au Conseil constitutionnel, [Chirac] échange des pics avec Giscard, son plus vieil ennemi. Le Télégramme, 5 novembre.

- Mélomane de la peau : femmes 4 000 cas ; hommes 3 420 cas. Le Dauphiné libéré, 3 novembre.

- Le reste du temps, tout est emprunt de courtoisie, d'ironie, d'une ingénuité armée. Libération, 27 octobre, au sujet de Balladur.

- Hubert D. a reçu vendredi soir la médaille du mérite diocésain des mains du père Païen. Le Progrès, 20 octobre.

mercredi, 11 novembre 2009

Henri Guaino est encore brouillé avec l'histoire

Il faudra signaler à Henri Guaino que la ville de Verdun est traversée par le fleuve la Meuse qui donne justement son nom au département, c'est même le centre de la ville :

L’amitié franco-allemande est scellée par le souvenir du sang allemand et du sang français mêlés pour l’éternité à la terre de Verdun, du Chemin des Dames, ou des rives de la Meuse.

La terre de Verdun et les rives de la Meuse, c'est presque identique ! Le Verdunois est fort vaste, il couvre presque tout le nord de ce département. On s'est certes battu au début plus au sud le long des côtes de Meuse qui ne font pas partie de la vallée de la Meuse tout en étant dans ledit département, mais enfin pourquoi cette redondance ? Sans doute parce qu'il songeait à un nom de cours d'eau afin de peaufiner sa période classique et qu'il a trouvé que la Somme, la Marne ou l'Yser n'étaient pas suffisamment évocatrices. On pourrait croire qu'il n'a jamais visité Verdun et la Meuse...

Il poursuit ainsi :

Et quand on va, à Douaumont, du cimetière français au cimetière allemand, dans le lourd silence de ces lieux où dorment tant de morts, on parcourt dans sa tête le chemin qui mène de la guerre à la Paix.

Il n'existe justement pas de cimetière allemand ou français dans l'ossuaire de Douaumont consacré aux inconnus de toutes nationalités, là où se trouvent la quasi-totalité des sépultures du lieu ! Mais il y a un cimetière en contrebas avec ses carrés de croix blanches pour les vainqueurs qui n'étaient pas seulement français et noires pour les vaincus qui n'étaient pas seulement allemands. Il n'y a qu'un seul cimetière national, divisé en carrés selon les origines ou les confessions. Les différents cimetières étrangers (russes, américains, britanniques, australiens, canadiens) sont des concessions du territoire national faites aux pays alliés, avec un statut d'extra-territorialité, et c'est pourquoi il n'y a aucun cimetière allemand en France.  

C'est bien joli de vouloir jouer son Péguy et son Barrès à la fois, mais il faudrait quand même un peu de rigueur historique ou géographique, ou tout simplement politique, par moment et ne pas se laisser capter par le goût de la rhétorique des images faciles. Les morts passées n'excusent pas la mauvaise littérature.


mardi, 10 novembre 2009

Généalogie du devoir de réserve

En 1853, Népomucène Raoult - illustre ancêtre de notre ex ministre de l'Intégration (sic !) - écrivait au ministre des Affaires ecclésiastiques et  l'Instruction publique, cette bafouille :

Le livre, les Châtiments, dans lequel l'écrivain Victor Hugo juge que "cette France-là" est criminelle (celle de notre empereur, de Morny et de Haussman) relève d'une prise de position inacceptable. Ces propos d'une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l'égard de ministres de l'Empire et plus encore du Chef de l'État. Il me semble que le droit d'expression, ne peut pas devenir un droit à l'insulte ou au règlement de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d'un certain respect à l'égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu'elle représente. C'est pourquoi, il me parait utile de rappeler à ces grands esprits le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d'une plus grande exemplarité et responsabilité.

Demain, une lettre de Sosthène de Raoult dénonçant le sectarisme de Voltaire dans l'affaire du chevalier de La Barre et ses séjours en Allemagne - ce qui prouve qu'il est un très mauvais Français du fait de sa crainte de la Bastille. Puis une d'Arsène Raoult condamnant l'intolérance d'Emile Zola au cours de l'affaire Dreyfus et son départ pour le Royaume-Uni. Une d'Aristarque Raoult demandant qu'Etienne Dolet et Rabelais soient brûlés et que leurs livres soient interdits, car contraires à notre sainte religion catholique. Une de Théodobert de Raoult jugeant que les Essais de Montaigne sont une justification de la sauvagerie et qu'il conviendrait de faire passer cet ancien magistrat à la grande question afin qu'il soit un peu plus modéré dans ses affirmations. Une de Gonzague de Raoult exigeant la condamnation totale du Tartuffe qui ne respecte pas nos plus nobles institutions. Une de Gontrand de Raoult commandant que l'on ne représente plus jamais le Mariage de Figaro qui offre un fort mauvais tableau de l'état de notre pays et de notre justice. Une de Gombert de Raoult (un patriote fier de l'être) envoyée au siège de la Milice et à la rue Lauriston pour que l'on identifie le mauvais Français écrivant le Silence de la mer sous le pseudonyme de Vercors, ce qui prouve l'absence totale de courage et de morale de cet écrivain qui dénigre l'oeuvre collaborationniste du maréchal de manière provocatrice. Une de Philbert Raoult demandant à André Malraux la radiation de la nationalité française tous les signataires de l'appel des 161 et des journalistes de l'Express qui nuisent au bon moral de nos vaillantes troupes de pacification en Algérie qui savent torturer en respectant un code de déontologie fort démocratique. La famille Raoult a été fort productive en lettres de dénonciations au cours de notre histoire et elle s'est toujours appliqué à traquer le totalitarisme des écrivains qui ne respectent pas leur devoir de réserve. De lettres, elle n'a que celles-là, tant elle ne sait pas s'exprimer en français.

lundi, 09 novembre 2009

La rhétorique qui travestit l'histoire et la géographie

«On veut prendre un avion. Tous les vols commerciaux sont pleins, alors on loue un avion privé (...), poursuit Philippe Martel. De la mairie, nous sommes allés porte de Brandebourg, il faisait nuit. Il y avait du monde, continue-t-il. Là, on croise François Fillon qui était tout seul. On n'a pas été étonnés de le voir, car il était un grand spécialiste de défense et de relations internationales. On est partis à Check point Charlie et là, on a rencontré une famille allemande qui, en nous entendant parler, nous a abordés - c'était des francophones, un couple avec enfant - et nous a dit: "la liberté est en marche, n'ayez pas peur de la réunification allemande".

Le gros problème de ce genre de déclaration, c'est que la Porte de Brandebourg était à... Berlin-Est, dans le secteur soviétique ! Elle était entourée d'une sorte de no man's land et jamais Kennedy ne s'est adressé à la foule berlinoise sous la porte de Brandebourg ou sur la Pariser Platz, puisqu'il était en face dans le monde dit libre. C'était le lieu le plus fortifié et le plus désert de l'ex-Alllemagne de l'Est. Si Philippe Martel, Alain Juppé et notre splendide président ont d'abord visité ce lieu, c''est qu'ils s'étaient rendus en RDA d'abord, puis qu'ils sont passés à l'Ouest par le fameux Check Point Charlie. Le RPR avait-il des liens privilégiés avec le Parti socialiste unifié d'Allemagne, le SED (ou le vrai nom du PC allemand de l'Est) ? Cela ne m'étonnerait guère, vu les liens que Xavier Bertrand a établi entre l'UMP et le Parti communiste chinois (en attendant le coréen du Nord ou la junte birmane).  La Porte de Brandebourg était invisible de l'Ouest, non seulement à cause du mur, mais aussi de tentures qui avaient été placées devant afin qu'il n'y ait pas d'images de l'édifice entier. Quand on voit les images de Kennedy en 63, il est sur une estrade, en hauteur, face à la Porte, mais on ne voit rien d'elle, il n'y a aucune photo de Kennedy devant cette porte. C'est par un effet rhétorique et purement textuel que l'on parle de son discours devant la Porte de Brandebourg, parce que ce lieu lui était interdit tout comme aux Allemands de l'Ouest et de l'Est. La Porte de Brandebourg n'existait plus que dans les textes, pas dans les images ou alors celles du passé. Elle était la figure de l'interdiction et comme telle elle ne pouvait être représentée puisqu'elle n'était pas vue. Mais quand on veut mythifier l'histoire, on est prêt à transformer une figure de style en réalité politique.

dimanche, 08 novembre 2009

Notre prestigieux président dans les textes qu'il signe

Notre divin et admirable président ne sait vraiment pas s'exprimer en français alors qu'il tient absolument à l'identité nationale :

Nous filons ensuite vers Check Point Charlie pour passer du côté est de la ville, et enfin confronter [sic] ce mur dans lequel nous avons pu donner quelques coups de pioche.

Dire qu'il est ridicule une fois de plus serait superfétatoire. Il devrait engager de meilleurs nègres pour tenir ses comptes 2.0.

Je republie ce texte qui avait déjà été édité le 8 novembre. Le texte était inaccessible et il renvoyait aux commentaires d'un autre billet.

L'endogamisme et l'inceste par les chaînes de blogues

Voyons ce qui se passe dans les chaînes à la con que se font les prétendus blogueurs de gauche qui s'affirment tous comme plus à gauche que soi. La dernière est "mes trois premiers billets". Le truc rigolo, c'est qu'ils se refilent la chaîne sans voir qu'ils ont été déjà liés par les blogueurs qu'ils lient ensuite en croyant être originaux et en faisant comme s'ils n'avaient pas vu que le copain du copain avait déjà mis l'URL en lien. C'est ainsi que Machin cite Truc, Bidule, Chose pour lui pondre un billet dans lequel il le citera en retour, tandis que Truc cite Bidule, Carabistouille, Calembredaine et Coquecigrue et Chose parce qu'il a lu Machin et pas Chose. Tout ce petit milieu très endogamique ne se lit pas, mais sait se répondre dans une joyeuse cacophonie. On renvoie la demande de billet à des gens qui l'ont déjà écrit et qui ont lié l'auteur de la demande en lui demandant d'écrire un billet. Ce serait fort drôle, si l'on ne se demandait pas quel est le sens des billets et des liens. Le nombrilisme des blogues a un grand avenir devant lui avec de telles pratiques ! Et puis je me demande comment cela peut encore être de gauche...

samedi, 07 novembre 2009

Lire Twitter

Comment entrer dans un compte Twitter alors que la personne que vous voulez suivre est en accès privé ? Je me suis posé la question, puisque je protège mes données. 

Repérez d'abord les personnes qu'elle suit, c'est aisément accessible par Google même si le profil est protégé, vous avez aussitôt accès au dernier Tweet publié en cliquant sur la liste des Following. Bien sûr, vous ne pouvez suivre les discussions en entier, mais vous savez ce qui a été dit dans les dernières minutes. Autant dire que c'est frustrant, sans aucun compte personnel.

Une autre bonne source serait de servir des listes Twitter, mais justement elles ne reprennent pas les messages des comptes en accès protégé à la différence des profils qui peuvent les afficher. C'est un peu bizarre cette différence de traitement. La seule liste, celle d'Irène, qui m'inscrit comme twitterien ne reprend pas du tout mes messages diffamatoires envers des élus de la République. Heureusement pour elle ! Je me pose des questions sur la responsabilité de la personne qui accepte des flux qu'elle ne contrôle pas.

On peut aussi compter sur les RT (ou re-tweets), mais c'est aléatoire et tout dépend de qui l'on suit. Il est possible de savoir ce qui est écrit par quelqu'un en privé alors, mais cela nécessite une énergie énorme pour un résultat ridicule. On peut aussi lire des textes ou des images, des vidéos publiés dans un format plus large, sans la barrière du compte Twtter, lorsque l'utilisateur a voulu se servir d'une autre plateforme tout en faisant un lien, mais il faut savoir quand il les a écrits. C'est beaucoup de temps gaspillé. 

J'en viens à l'essentiel. Twitter protège des données et ne les protège pas. Un compte protégé ne l'est pas absolument, tout peut être accessible en temps réel si l'on trouve la bonne porte d'entrée ou si le message a été repris, puisque c'est la règle de base de ce réseau. Il est donc totalement faux de croire que ce soit totalement privé lorsque l'on protège ses données, cela ne prémunit que contre les pourrielleurs. Le système est poreux à la base et c'est ce qui fait son efficacité.

Ce qui est le gros problème, c'est l'articulation entre privé et public. Un compte privé comme le mien n'est pas totalement privé puisque tout peut se retrouver ailleurs, tout peut s'échapper de mon compte, il n'y a que la confiance pour les personnes que j'accepte qui permette la tenue de ce compte. J'ai déjà vu des blogoguerres chez Embruns à partir de messages Twitter où public et privé étaient mélangés et c'est bien le problème de Twitter, non des blogues ou des forums Usenet. Il y a une réflexion à commencer.

Krys, ou la misogynie du second degré

Les publicités de Krys, l'opticien, s'affirment comme décalées. Avant, j'avais les oreilles décollées, avant, j'étais tatoué, avant, j'étais chauve, avant, avant, j'étais petit, j'étais maigre ou gros, etc. Tout cela peut sembler un peu anodin, mais quand je lis "Avant, j'étais blonde" et qu'une femme blonde tente de lire sans lunettes un livre intulé Logique signé par Kant, tout en ricanant de manière sotte, je me dis qu'il y a un gros problème. Le livre existe, même s'il est peu reconnu parmi les écrits majeurs de Kant.

Pourquoi le choix de Kant comme auteur d'une logique et non Aristote par exemple ? Eh bien ! sans doute par une lecture de Kador par les pubaux qui se sont dit que Kant faisait sérieux, puisque personne ou presque ne le lit et qu'il est synonyme d'écrits très compliqués à comprendre. Kant, cela fait tout de suite plus rigoureux que tout autre nom de philosophe (sauf Spinoza pour Philippe Val et Lévinas pour Alain Finkielkraut). On vend donc avec le nom de Kant sans chercher à savoir ce qu'il a dit.

Ensuite, on a affaire au phénomène de la blonde forcément idiote qui ricane bêtement lorsqu'elle ne porte pas de lunettes et puis qui peut enrichir son esprit une fois qu'elle les porte. Cela me pose des questions, parce que le mot blonde veut dire ici cruche, crétine, débile, abrutie. Ce n'est plus une simple caractéristique physique comme petit ou gros, mais bien une définition de ce que serait une femme totalement stupide (et non un homme, on ne parle jamais de la pensée de blonds).

Enfin, je ne comprends pas du tout comment de telles publicités discriminatoires ont pu être acceptées par le BVP et surtout celle-ci qui est d'une rare misogynie et qui véhicule des clichés d'un autre temps même si on prétend au second degré en reprenant de mauvaises blaques.

vendredi, 06 novembre 2009

Le P'tit McDo à l'assaut du monde

Je suis depuis plus d'un an étonné par les campagnes publicitaires de McDonald's, je me disais que je devais écrire sur le sujet et puis j'ai reporté sans arrêt le billet. La firme considérée comme la principale responsable dans la malbouffe a entrepris de se recentrer et elle développe un argumentaire assez efficace pour prouver qu'elle achète des produits locaux, qu'elle vend de la verdure et des légumes, qu'elle baisse les graisses et les sucres et qu'elle entend fournir des menus équilibrés ou participer à l'éducation alimentaire. Tout cela est de bonne guerre et McDonald's qui jouait avant sur d'autres créneaux comme l'hygiène, la simplicité du service, la transparence des prix ou l'expression d'un mode de vie décontracté s'est reconverti dans une nouvelle rhétorique publicitaire, qui sans être vraiment bio ou écolo, joue sur les tendances présentes dans l'opinion publique.

Super Size Me avait dénoncé les méfaits d'une alimentation fondée seulement sur les produits McDonald's. Tout ce qui était Big et mis en avant est désormais proscrit dans les publicités de la marque ou juste noyé parmi d'autres publicités qui illustrent la nouvelle ligne. On a donc des P'tit Moutarde (sauce moutarde à l'ancienne, s'il vous plaît), P'tit Wrap, P'tit Tandoo (poulet tandoori), P'tit Chicken, P'tits plaisirs et j'en passe. Ce qui m'intéresse alors n'est pas simplement le fait de passer au small is beautiful. Il y a plusieurs effets simultanés dans l'emploi du mot P'tit.

D'abord, McDonald's est vue en France comme une entreprise étrangère et surtout étatsunienne, or il existe en France une très grande défiance et dans le même temps une fascination pour les EU. Les deux sentiments peuvent coexister chez les mêmes personnes. Les pires anti-étatsuniens pouvant être les plus américanisés de manière inconsciente. La marque a donc développé un terme plus français pour la France, alors qu'un Lil' l'aurait enfermée dans son identité étrangère. Cela va avec son opération de communication sur l'achat de produits locaux, elle flatte le sentiment national du pays où elle se localise.

Puis, cela n'empêche pas McDonald's de mettre en avant son multiculturalisme en faisant suivre le mot P'tit de noms de plats étrangers abrégés à sa sauce. Il y a un signe pour ceux qui veulent de la francitude et un autre pour ceux qui veulent de l'exotisme et de l'étatsunien. On joue sur les deux tableaux à la fois. 

Ensuite, le terme P'tit est de plus en plus utilisé dans la publicité, les noms de marques et les raisons sociales. McDonald's ne roule pas seul, c'est une tendance de fond générale. Pourquoi ? Il existe une connotation affectueuse à tout ce qui est petit. En français, cela peut vouloir dire sympathique, familier, gentil, agréable, sans manières affectées, bon marché, etc. Le titre de ce blogue joue justement sur cette valeur. Le Petit Nicolas de Goscinny et Sempé n'aurait jamais connu un tel succès s'il n'avait pas été justement petit.  Mais on peut renforcer ce sens en l'abrégeant de manière populaire par la syncope et l'apostrophe, ce qui nous rapproche du langage enfantin  Dire P'tit, c'est placer l'emphase sur un sentiment d'innocence propre à l'enfance. La consommation impulsive doit être déculpabilisée et ramenée à un niveau plus acceptable pour le public cible (les prospects des marquetingueux).

Enfin, le terme petit était totalement banni par les gens du marquetingue il y a à peine cinq ans. Parce que cela voulait dire vouloir faire un petit prix pour un produit et donc offrir des possibilités de marchandage. Il ne fallait pas parler d'un petit café quand on était commercial, cela tenait lieu de dogme. L'époque a changé depuis la crise économique, la prise de conscience vaguement écologiste, les révoltes d'agriculteurs, les nouvelles réglementations au sujet de la restauration. McDonald's, qui est une entreprise mondiale, sait s'adapter à des marchés locaux en parlant le langage des autres entreprises du même lieu et elle est l'un des meilleurs révélateurs de ce qui est la pensée dominante.

jeudi, 05 novembre 2009

Hommages à Claude Lévi-Strauss

Le jour et le lendemain de la mort du grand homme, je me suis un peu défoulé dans Twitter en imaginant les réactions officielles. Twitter est le média le plus pertinent pour cela : économie de signes, réactivité, second degré, emploi de mots clés. Comme dans le cas du décès de Michael Jackson, l'annonce avait été faite sur Twitter deux heures avant les premières dépêches d'agence. J'ai donc commis une série de textes brefs que je donne ici après une réécriture, puisque la forme Twitter est incompatible avec celle d'un blogue. Ce sont deux styles différents, deux situations différentes, le blogue offre le recul nécessaire dans le temps et de l'espace pour exposer ses idées, alors que Twitter favorise l'invention et la spontanéité. Mais l'un peut s'articuler avec l'autre, et puis il me semble que les formes brèves (aphorismes, proverbes, maximes, ex voto, dédicaces, graffitis, slogans, sentences) sont assez mal reconnues alors qu'elles dominent notre vie quotidienne. Parodier ces formes, c'est aussi un peu se les réapproprier et c'est pourquoi il y a eu un grand succès du hashtag #jeansarkozypartout. Je crois à la valeur intrinsèque des formes brèves, à leur efficacité, mais en même temps je me dis qu'il faut aussi les reprendre dans un cadre plus général, comme celui d'un blogue ou d'un site.

 

Brice Hortefeux, Auvergnat aimant se moquer des autres Auvergnats, est convaincu qu'une récitation de paragraphe de Lévi-Strauss avant un bon coup de matraque donnera une image positive de la police.

MAM, experte en complots de l'ultra-gauche, se dit qu'une lecture par des acteurs de Lévi-Strauss auprès des prisonniers réduirait le nombre de suicides.

Eric Besson, traitre de profession, se demande comment expliquer les expulsions de réfugiés en se servant de la pensée de Lévi-Strauss.

Alain Finkielkraut, radiosophe : n'oublions surtout pas que Lévi-Strauss n'a jamais reconnu la supériorité de son esprit, cela le condamne à mes yeux.

Alexandre Adler, espion : je suis prêt à révêler comment Lévi-Strauss a abrité des nazis au Brésil après avoir été subventionné par le KGB.

Nicolas Hulot, hélicologiste : je regrette la mort de ce savant qui n'a pas pu être aussi conscient que moi des dangers que court la planète, vu qu'il refusait de monter dans un ULM.

Christine Angot, autofictionneuse : il n'a pas pu supporter le fait que j'allais relater notre passion torride dans mon prochain roman.

Johnny Halliday, chanteur engagé et citoyen : Levi-Strauss, je suis pour que le Panthéon vende tous ses jeans quand il sera privatisé.

Jean-Pierre Pernaut, journaliste provincial : nous avions en projet une série sur le dernier sabotier de Lozère pour montrer l'ethnologie de manière concrète et vivante.

Roselyne Bachelot, pharmacienne haute en couleurs : Claude Lévi-Strauss avait refusé de prendre le vaccin contre la grippe A et voyez ce qui arrive !

David Douillet qui n'est pas une tapette : si j'avais pu le conseiller pour son jogging matinal, cela ne serait jamais arrivé !

VGE, Michel Rocard, Jack Lang, Jacques Attali et Claude Allègre, grosses têtes : hélas ! je suis le suivant sur la liste des disparus illustres à venir. La pensée sera morte après moi.

NKM, guiquette familiale : j'allais lui montrer comment appuyer sur Power et cliquer, heureusement il n'est pas mort à ce moment-là.

Nadine Morano, poissonnière : 'reusement qu'il a crevé le vioc, i r'mettait en cause le modèle familial et universel de mon m'nistère.

Eric Besson, Ganelon de naissance : il a pu échapper au débat sur l'identité nationale , mais nous pourrons toujours le récupérer.

Bernard Tapie, sans compte bancaire fixe : rien à branler, je me suis déjà démerdé de l'affaire Adidas, alors Levi-Strauss pas pour moi.

Jacques Séguéla, collectionneur de Rolex : s'il avait voulu que je le conseille, il aurait eu au moins deux prix Nobel et il a raté sa vie !

Yann Artus Bertrand, marchand d'images pour les écoles : c'était un homme malveillant et écologiquement irresponsable, il refusait d'être photographié par moi !

Jacques Chirac, locataire des palais de la République ; j'ai pu lui signaler une erreur de traduction d'un texte taki-taki, il m'en a été reconnaissant.

Christian Estrosi, bac moins quinze : je préfère Lee Cooper ou Denim's.

Guillaume Musso, tête de gondole : cette mort inopportune et malveillante nuit à la campagne de pub pour mon dernier livre.

Frédéric Beigbeder, rebelle barbu et chevelu : on devait se faire un rail ensemble et j'allais lui faire un plan média pour le rajeunir.

Jean-Pierre Raffarin, inventeur de slogans pour Jacques Vabre : désolé que l'inventeur du blue-jeans soit mort, mais je reste rock'n'roll comme Johnny.

Henri Guaino, péguyste plus légitime que Finkielkraut  : je vais avoir du mal à trouver des anaphores dans ses textes et cela s'annonce comme très ennuyeux.

Laurent Joffrin, spécialiste en contorsions verbales : nous à Libé, on est embêtés, certains ne veulent pas gommer le visage de Sartre à côté de lui, mais le débat a été très transparent comme toujours à Libé.

BHL, intellectuel décolleté : un lâche ! Il ne m'a jamais accompagné en Bosnie ou en Géorgie devant les balles des pires dictateurs. Un intellectuel de bibliothèque sans caméra autour de lui.

Alain Finkielkraut, prof de français à l'ancienne : c''est un intellectuel mineur qui n'a jamais voulu me répondre sur France Culture contrairement à Péguy qui me visite tous les jours et qui me fait entendre sa voix ainsi que le faisait saint Michel pour Jeanne d'Arc.

Marc Lévy, autre tête de gondole : j'espère que l'on ne nous confondra pas !

Alain Minc, déontologue : Je suis le Lévi-Strauss de la Bourse, je représente les sociétés que j'ai mises en faillite !

Jacques Attali, savant universel ; aujourd'hui une seule personne peut lui succéder à son fauteuil et je sais qui elle est.

Jean-Marie Colombani, multicartes : il devait écrire un texte important pour Slate.fr et je peux vous livrer le premier mot de cet article qui aurait fait événement : "Euh".  

 

 

 

L'art de ressembler à un Russe sans l'être

concert.jpgCela a vachement plus l'air russe avec un n à l'envers qui signale alore une voyelle russe et non une consonne, vous ne trouvez pas ? C'est si facile de dire que le sujet est russe, il faut juste un signe exotique pour le signaler même si le reste du texte est totalement incohérent avec cette autre graphie. Et pourquoi a-t-on choisi cette lettre plutôt que les autres ? Parce qu'elle reste lisible dans notre alphabet latin avec sa valeur alors que le C aurait posé plus de probèmes. Faut faire russe, mais pas totalement et pas absolument.

mercredi, 04 novembre 2009

Pour un Grenelle de la pétanque

Je reçois une lettre de Jean-Claude, le père de Mariah-Samanthah et de Jean-Steevyn.

Très cher comte, je suis l'objet d'agressions totalement grotesques de la part des gauchistes de l'UMP senior qui refusent d'inscrire la pratique de la pétanque parmi le patrimoine national français qui fait partie de notre identité nationale. Comme dirigeant de l'UMP senior du Cantal-Atlantique, je me dois de lutter contre cette idée fausse qui consisterait à dire que la pétanque serait un sport estranger et j'espère que vous m'apporterez votre soutien.

Cher Jean-Claude, la pétanque fait partie des ciments de notre nation et elle est permet d'intégrer les éléments allogènes qui n'auraient jamais découvert la civilisation sans voir ses règles complexes hors de votre village. Vous avez raison de vous insurger contre ce qui menace votre identité locale. Je transmets votre message à Henri Guaino afin qu'il exécute un discours présidentiel sur les vertus de la pétanque devant un public choisi et bien sélectionné. Il est totalement inadmissible que la pétanque soit ainsi dénigrée et il faut l'inscrire dans les programmes scolaires de manière urgente, avec évaluation obligatoire. Comment pourrait-on douter du sens eschatologique de la pétanque dans la constitution de notre identité nationale ? Il nous faut lancer un Grenelle à son sujet afin d'aboutir à nos conclusions sur le fait de pointer ou tirer

Muschel

- Madame Cohen-Solal, adjointe au Maire de Paris pour le commerce et l'artisanat, a fait rejeter le voeu de l'UMP en narguant du fait... Les Nouvelles du 12e, septembre 2009.

- 1982. Renflouage du "Mary Rose", vaisseau de guerre qui avait coulé en 1545 dans la rate de Portsmouth. La Voix du Nord, 13 octobre.

- Belote, nain jaune ou rami ont toujours la côte. L'Est républicain, 19 octobre.

- Des sceaux de merde ont été déversé sur le paillasson de mon fils. Le Dauphiné libéré, 15 octobre.

- M. Soultani aurait dirigé et participé à une séance de tortue le 1er juillet 2005, alors qu'il était ministre d'Etat. Le Courrier, 27 octobre.

- Mouy s'engage à payer ses dettes pour entériner l'âge de guerre. Oise Hebdo, 21 octobre.

- C'est que la réforme des bases castrales servant à établir les impôts locaux est un sujet extrêmement sensible. La Voix du Jura, 29 octobre.

- En quoi est-elle nouvelle, cette Astra quatrième du non ? L'Automobile, novembre 2009.

- En grandissant, les alevins brochets deviennent anthropophages et peuvent se dévorer entre eux. La Nouvelle République du Centre-Ouest, 19 octobre.

- Faire le ménage dans un cimetière ne me choque pas. J'ai l'habitude de le faire pour mes beaux-parents. Le Républicain lorrain, 30 octobre.  

mardi, 03 novembre 2009

L'identité nationale à travers le prisme de la poésie de Michel Sardou

Je reçois une lettre de Mariah-Samanthah, lectrice qui prépare son bac STG pour la quatrième fois et qui réclame mon assistance.

Au secours, cher comte, notre prof de français nous a donnés un devoir à rendre pour jeudi et je n'ai aucune idée pour commencer. Le sujet est : « En quoi cette chanson de Michel Sardou constitue-t-elle une contribution au débat sur l'identité nationale ? Vous vous appuierez sur des exemples tirés du texte et d'autres œuvres du même poète. » Comme jeune pop de gauche, je ne peux comprendre que les chansons d'Enrico Macias et de Carla Bruni, mais dans ce cas les paroles me semblent bien difficiles à comprendre.Je ne saisis pas toutes les références culturelles, serais-je donc une mauvaise Française ? C'est ce que me disent déjà mes amis d'extrême gauche qui militent au Modem, mais je ne peux suivre de tels anarchistes qui n'ont aucun sens de la modération.

 

Ils ont le pétrole
Mais ils n'ont que ça
On a le bon vin
On a le bon pain
Et cetera

 

Notons tout d'abord l'antithèse entre ils et on, deux pronoms dont les référents sont imprécis, car non désignés auparavant. Pour les identifier, il faut faire appel aux présupposés des destinataires du poème. On est bien entendu l'artiste et son public qui entretiennent les mêmes clichés. Ils représente les pays producteurs de pétrole, mais il n'est pas possible de les nommer plus pour l'instant.
Remarquons la construction des strophes qui seront toujours écrite avec le même schéma : un distique qui évoque ils et qui comprend un lien restrictif (mais), un tercet qui évoque on. Le distique présente les avantages et les inconvénients d'une situation, le tercet ne présente que des avantages. Autant dire que la balance est plus favorable pour on.


Ils ont le pétrole
Mais c'est tout
On a les cailloux
On a les bijoux
On a les binious

 

Comme il s'agit d'un texte qui se sert des lieux communs afin de défendre ses préjugés et sa supériorité nationale, le fin rhéteur qu'est Michel Sardou s'est servi de deux images convenues : le rappel à l'instruction publique par les mots cailloux et bijoux qui évoquent les règles de grammaire de l'école traditionnelle et l'évocation de la richesse du folklore français capable d'intégrer les joueurs de binious. Ce passage est particulièrement subtil, parce que le mot bijoux est lui-même d'origine bretonne, ce qui démontre la capacité de la France à faire de bons mots français à partir de langues étrangères. Notons encore un degré de lecture supplémentaire du fait du calembour au sujet des cailloux qui sont aussi des bijoux. Cela renvoie à la fréquentation de la place Vendôme par les riches représentant des pays pétroliers, mais on ne sait encore lesquels. Tout est en allusions subtiles et discrètes.

 

Ils ont les dollars
Et c'est bien
On a les man'quins
Les grands magasins
Le Paradis Latin
Ils ont les barils on a les bidons
Mais pour boire où vont-ils
Chez Dom Pérignon


Voici que se précisent les centres d'intérêt de ces ils étrangers qui viennent en France chez on. Les belles femmes des défilés de mode ou des revues de cabaret, la consommation de luxe où les pétrodollars peuvent être bien employés. La vision géo-économique de Michel Sardou repose sur une saine répartition des tâches selon les pays. Il est évident que François Pinault, Bernard Arnaud et Alain Bernardin contribuent hautement à la fondation de l'identité nationale, bien plus que de grands penseurs.


Ils ont le pétrole
Pour trente ans
On a du vin blanc
Des blés dans les champs
Pour au moins mille ans.

 

Dans cette strophe, nous trouvons une illustration parfaite trente ans plus tard de l'avis fort autorisé de notre admirable président selon lequel « La terre fait partie de l'identité nationale ». Relevons le don prophétique du poète, mage visionnaire tel Hugo ou Vigny, qui en 1979 a bien vu la disparition du pétrole cette année alors que les cours du blé se situent à un niveau jamais égalé auparavant, sans aucun problème de surproduction.

Ils ont le pétrole
Mais ils n'ont que ça
On a des idées
Un gaspy futé
Un Martel à Poitiers


Le poème suit une progression par des implicites de plus en plus explicites. Lee barde fait ici allusion à deux campagnes publicitaires de son temps : le slogan « En France, on n'a pas de pétrole, mais on a des idées » et le thème de la chasse au gaspi dont le personnage fétiche Gaspy a été accolé à celui de Bison futé, l'idée commune étant l'automobile. Notons que l'actualité d'époque est mise en perspective de manière historique par le rappel de la bataille de Poitiers qui a permis de chasser les Arabo-musulmans de France. Doit-on penser qu'il s'agit d'abord de justifier l'expulsion des étrangers ? Le texte est plus nuancé que cela, comme on le verra.

 

Ils ont les dollars
C'est très bien
Nous des têtes de lard
De gaulois grognards
Et chauvins

 

Voici exposés trois caractéristiques fondamentales de l'identité nationale : d'abord elle est nationaliste (le Français est chauvin), attachée à son histoire nationale (les grognards font allusion aux soldats de Napoléon dont faisait d'ailleurs partie le soldat Chauvin, nos ancêtres les Gaulois sont cités), à ses traits de caractère (la gauloiserie ou le goût pour les plaisanteries égrillardes, la grogne et l'entêtement représenté par la tête de lard). Remarquons d'ailleurs que le lard ne peut pas faire partie des traditions culturelles d'ils.

Quand ton puits s'ra sec ... plus d'jus dans l'citron
Plus personne à La Mecque
Viens à la maison
On boira mon vin
De bon cœur

 

Admirons la manière par laquelle le poète a su repousser à la fin de son œuvre l'identité des ils de manière à susciter l'intérêt de l'auditeur. Admirons aussi la manière par laquelle il conçoit l'intégration des immigrés d'origine musulmane : par l'abandon de leurs spécificités culturelles et de leur religion. C'est ainsi que l'identité nationale française peut devenir universelle et peut se permettre d'accueillir des réfugiés économiques qui ont su s'adapter aux valeurs républicaines grâce à leurs dollars, sans passer par la case de la valeur travail.  

Tu mangeras mon pain
J'demand'rai la main
De ta sœur

Quand ton puits s'ra sec
Viens à la maison
On boira cul-sec
En vieux compagnons

 

Ce poème appartient à un genre très bien déterminé du XXe s. : l'œnodie ou chanson à boire dans laquelle se sont illustrés d'immenses artistes comme les Charlots ou le Grand Jojo et les Joyeux Bituriers ou Bézu ou surtout ces extraordinaires et talentueux chanteurs que furent les Musclés. Elle est une variante du grand genre comique troupier qui entend faire l'unité d'un ensemble disparate de personnes en utilisant leur plus bas rire et en figeant les participants dans une caricature dans un jeu de rôles totalement éloignés de ce qu'ils sont. Reprendre ces airs en chœur est un signe certain d'acceptation de l'identité nationale, plus que le fait d'entonner le Temps des cerises ou la Chanson de Craonne.

mardi, 27 octobre 2009

[Publicité] L'identité nationale vue de mon kebab

Comme tout blogueur influent parmi bien d'autres, je suis invité à parler de nouveaux produits innovants et novateurs afin de faire bénéficier de nouvelles entreprises de ma notoriété et de mon influence. C'est pourquoi Mehmet et Kemal qui tiennent le kebab de la grand-rue de Champignac m'ont demandé de dire ce que je pense de leur jeune pousse. Je vous livre mes impressions en vrac, comme elles me sont venues pendant que je disputais le bout de gras.

J'apprécie particulièrement l'apparition d'une choucroute hallal dans la carte des menus. Le premier turc, pardons truc qui me vient à l’esprit quand je regarde la série des nouveaux plats comme le petit salé kebab, la quiche lorraine sucuk, c’est Wow ! en voilà un turc, pardons un truc qui va déménager. Ensuite je cherche à comprendre un peu la recette, et là c’est vrai que ça se corse légèrement.

Je dois avouer qu'il est assez dépaysant de déguster de tels produits et j'ai donc décidé de les interroger.

LPCI : N'avez-vous pas l'impression de vous attaquer à l'identité nationale en proposant une choucroute hallal ?
Mehmet : Mais la choucroute n'est pas un plat d'origine française ou alsacienne, elle vient de Chine via l'Egypte et les marins grecs !> Kemal : La choucroute peut être faite avec toutes les viandes, même le poisson, et n'importe quel légume en saumure.
LPCI : Est-ce que ce ne serait pas trop provocateur de proposer une choucroute sans porc ? Est-ce compatible avec le fait d'être français ! Mehmet : Je ne vois pas du tout pourquoi la choucroute serait une marque identitaire ou comment il pourrait y avoir une choucroute plus française que les autres>Kemal ; Notre choucroute est garantie d'origine, puisque nous respectons les traditions millénaires de sa confection pour les navires méditerranéens.
LPCI : Soit, mais votre choucroute va heurter les sensibilités régionales qui ne peuvent concevoir de choucroute qu'alsacienne et donc française.
Mehmet : C'est le lot de tous les jeunes investisseurs qui ont du mal à apporter du cash-flow et ne peuvent mettre en avant leur branding.
Kemal : On doit développer plus notre plan de développement et on doit trouver des business-angels afin de nous permettre de développer notre business-plan, mais tout cela est à l'étude.
LPCI : Mais enfin, vous vous attaquez à l'identité nationale et aux valeurs de la République !
Mehmet : Business is business.
Kemal : Je dirais même plus, business is business.

Note.  Mehmet et Kemal ne ne nous payent pas en kebabs pour que nous disions du bien de leur kebab, mais pour que nous en parlions.


lundi, 26 octobre 2009

Fioretti

Après l'histoire de la rate, voici le récit de mon premier cours de français. Je n'étais même pas encore stagiaire, on m'avait demandé de faire un remplacement de quelques heures. Je réfléchis à ce que je peux faire en si peu de temps et je me dis que la poésie peut s'intercaler n'importe où dans une progression que je ne connais pas. Je me trouvais dans un collège semi-rurbain qui recrutait aussi fortement dans des quartiers populaires et défavorisés. Entendre par là que l'on n'était pas loin d'un classement en ZEP qui venaient d'être crées, vu le nombre de boursiers, d'incidents, lss résultats du DNB ou les évaluations de sixième, mais cela avait été refusé par la direction qui ne voulait pas effrayer la petite bourgeoisie des villages péri-urbains où chacun protège sa petite villa choisie sur catalogue derrière sa haie de bambous ou de troènes. Une population très mélangée donc. "

Comme il s'agissait d'une classe de cinquième, je me suis dit que le Dormeur du val était une bonne occasion pour parler de prosodie ou de vocabulaire des sensations ensuite ou du sens historique. Et puis Rimbaud ne peut être totalement mauvais à connaître au moins une fois. Je commence donc à écrire le texte au tableau (je parle d'une époque où les photocopieuses n'existaient presque pas dans les établissements du secondaire et que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître). Tout le monde est très sage et attentif au début, malgré ma tension. De grands éclats de rire accueillent cependant le premier tercet.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Je ne comprends pas d'abord pourquoi. Puis on m'explique que les glaïeuls, c'est trop drôle. Je tente péniblement d'expliquer qu'il s'agit de fleurs poussant en bord de rivière ou d'étang et qu'il n'y a aucune connotation sexuelle dans le texte (mais là je mens éhontément). Mettre les pieds dans les glaïeuls, cela avait un autre sens pour certains de ces élèves qui étaient versés en argot (on ne parlait pas encore de verlan). Parce que c'était l'autre nom qu'ils donnaient aux glaouis. Et comme il s'agit d'une fleur à bulbe, comparable à l'orchidée qui fait pouffer de rire les érudits quand ils rappellent son étymologie, l'assimilation est facile avec un testicule. Cela ne mettra pas cependant en péril mon remplacement, on est tous revenus au cours normal des choses après cette parenthèse.

Je connaissais le sens qu'ils pouvaient donner à glaïeuls, je n'y avais pas songé une seule minute. Plus tard, quand j'ai raconté cette histoire à des collègues, on m'a affirmé que ce n'était pas possible, que j'affabulais, que ce sens n'existait pas, et je n'ai pas rencontré de telles réactions lorsque j'ai effectué quatre ou cinq fois ensuite une lecture ou une récitation du Dormeur du val, mais c'était ailleurs et dans un autre milieu. Pourtant, je n'avais pas rêvé !

samedi, 24 octobre 2009

Rio 2016

Je découvre le logo pour les jeux olympiques de 2016 via le Petit Musée des marques.

rio.jpgCe qui me frappe d'emblée, ce n'est pas le choix d'un point d'exclamation à la place d'un chiffre, ni la forme du pain de sucre plus proche d'un iMac que d'une montagne dans une baie, ni l'inversion des deux points colorés censés représenter les deux hémisphères, ni la forme coupée des anneaux afin de représenter deux parties du monde, mais le choix des couleurs.

D'habitude, les logos olympiques reprennent plus ou moins le motif et les couleurs du drapeau olympique qui symbolisent les cinq continents (selon la géographie européenne et non américaine).





anneaux-olympiques.jpgOn regarde les couleurs, bleu clair, vert, jaune, rouge, noir. Là, on a du bleu profond, du vert clair et profond, du blanc et surtout... de l'orange !

Cela ressemble furisusement à cela ;




drapeau_bresil.pngLe drapeau brésilien lui-même ! Il a juste fallu décliner le vert en deux teintes différentes pour donner l'impression qu'il y avait quand même les cinq continents. Notez dans le drapeau brésilien l'étoile unique de l'hémisphère Nord, juste à la limite de l'équateur et puis la devise inspirée d'Auguste Comte : "Ordre et progrès'.






london_2012.jpgNotons que Londres avait déjà dérogé à la règle en se présentant comme ville avec une représentation de son périmètre , mais en conservant les anneaux tous en blanc. Dans le cas du Brésil, on a clairement un logo nationaliste, ce que n'avait même pas osé la Chine.





pekin-2008.jpeg

jeudi, 22 octobre 2009

Un ratage

Voici un extrait d'un petit texte que j'avais donné comme lecture à des élèves de cinquième. Il est tiré des Enfances Renart, ou les aventures de jeunesse du fameux goupil. Ces textes sont postérieurs dans l'écriture aux premiers exploits racontés sous forme manuscrite, mais on les insère dans une sorte de pseudo-chronologie narrative et non historique, c'est la branche V mais cela se présente au début du roman pour les versions scolaires. Il faut dire que j'aime bien le Roman de Renart et que je m'en sers à beaucoup de niveaux, par exemple si je dois traiter la fable dans le but de l'argumentation ou en classe de troisième ou de première, cela peut faire un bon contrepoint à La Fontaine ou Orwell. Là, il s'agissait donc d'élèves de cinquième qui étudient le Moyen Âge et la Renaissance en histoire, mais je n'avais pas tout prévu. A la question, pourquoi Renart est-il mal reçu chee Ysengrin, j'ai eu des réponses peu en rapport avec ce qui était énoncé dans ce passage.

— Levez vous, dame Hersent,
faites lui un petit rôti
avec deux rognons et une rate.

J'ai entendu alors que c'était dégueulasse de faire bouffer du rat. La femelle du rat se nomme en effet rate ou ratte (sur le modèle de chat-chatte) selon les auteurs et le mot est récent si l'on prend une large échelle de temps (1848). On retrouvait là tous les préjugés ancestraux autour du rat, animal considéré comme nuisible et surtout porteur de maladies. La peste et le choléra, vous dis-je ! Un élève m'a assuré que les patates, ce n'était pas bon, et qu'il n'aimait pas les pommes vapeur. Un bon point, il connaissait autre chose que les frites surgelées. Un petit tour dans le dictionnaire a permis de voir que la ratte, pomme de terre, ne s'écrivait pas comme la rate, organe interne des mammifères. J'ai ajouté que l'Amérique n'avait pas été découverte lorsque le Roman de Renart avait été écrit. Il ne pouvait donc pas y avoir de pommes de terre en Europe, pas plus que de tomates, de haricots, de maïs. Mais la Renaissance et les grandes découvertes n'avaient pas encore été traitées en histoire à cette période de l'année, et puis l'histoire de la circulation des produits ne fait pas partie de l'enseignement le plus fondamental dans les programmes.

Mes élèves ignoraient donc qu'il y avait un organe nommé rate, faisant partie des bas morceaux en boucherie. Cela peut être encore recherché par les amateurs de tripes et d'abats, mais la génération du steak hâché, des boulettes de viande reconstituée et de la viande panée est désormais omniprésente. Il y avait donc un décalage culturel complet et pas simplement une méconnaissance du fonctionnement du corps ou bien des aliments en boucherie. Il faut dire que trouver de la rate ou des rognons en vente comme tels relève aujourd'hui de l'exploit alors que c'était bien des aliments populaires autrefois au même titre que la cervelle de veau, quand j'étais encore en culottes courtes. Il y avait un autre niveau d'incompréhension, lié à la culture médiévale que mes élèves ne pouvaient pas connaître : le jambon était la partie noble de la viande pour cette époque, parce qu'il était apprêté sur une longue période à la différence des ces bas morceaux que l'on pouvait laisser aux chiens. On a une différence entre nature et culture, le cru et le cuit, la viande des pauvres et celle des nobles. Je ne pouvais pas faire part de ces réflexions ethnologiques à ces élèves, tout au plus mentionner que la viande qui avait de la valeur à ce moment-lè était celle de certains morceaux externes. Et puis ils n'avaient pas entendu ce célèbre titre d'Ouvrard qui a fait la joie de mes jeunes années, puisqu'ils préfèrent les tubes des années soixante ou soixante-dix de leurs parents.