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mercredi, 04 août 2010

Säiliöt

— Ateliers de fausse fabrication de monnaie pour les enfants. Bugey plus, juillet-août.

— Attention donc à ceux qui prendraient la voiture éméchée. L'Union, 16 juillet.

— Le récit conduit aux grabats désastreux du bas peuple victime d'excès en tous genres aggravant à l'extrême son misèrable quotidien. Le Sillon, mai 2010.

— Un nouvel accident de la circulation entre Vallorbe et la douane du Creux fait sortir un Vallorbier de ses gongs. 24 heures, 17-18 juillet.

— Des chiens que l'on soigne en ce moment majoritairement pour des tics : la chaleur favorise l'éclosion des larves et donc des tics. L'Union, 16 juillet.

— Il s'appuie sur ses canes, mais le moral est bon. Nice Matin, 18 juin.

— Fermeture des Cinq-Bonniers en août. C'est une décision rare dans les anales du Centre social. La Voix du Nord, 23 juillet.

— Les bêtes se nourrissent aussi de feuilles, de pouces de chênes. Corse Matin, 21 juillet.

— Le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, ne les a pas déferrés  en vue de l'ouverture d'une information judiciaire. Ouest France, 17-18 juillet.  

mercredi, 28 juillet 2010

Vieires

— Ce conflit a jeté l'eau probe sur les fonctionnaires territoriaux. La Provence, 9 juillet.

— Les flammes dissipées, quelques courageux ont fauté au dessus des braises. Var-Matin, 14 juillet.

— Les pompiers l'ont découvert pour une blessure à la main apparemment artificielle. Sud-Ouest, 20 juillet.

— Des déjections pas canines, des préservatifs usagers. Le Dauphiné libéré, 19 juillet.

— Championnat du monde des dirigeants : en avant pour la finale. Le Progrès, 13 juillet.

— Certains de nos stagiaires ont un parcours atypique, comme les chaudronniers et les martins-pêcheurs. Presse-Océan, 17 juillet.

— 260 participants dont 110 Français, 74 Ardennais et 47 étrangers. L'Ardennais, 5 juillet.

— Une vache de race Abondance a mis bas seule quatre veaux. Trois femelles et un mâle, pesant entre 18 et 24 ans, vont tous bien. Le Dauphiné libéré, 21 juillet.

—   Deux ans plus tôt, au début de la crise financière, il était venu. Le carnet de commandes était vite, l'entreprise en peine de capitaux. Le Monde, 23 juillet.

— Une bouée d'oxygène pour cette ancienne filiale d'Alstom, qui emploie 2 300 salariés mais souffre d'un creux de commandes. Le Monde, même article.

mercredi, 21 juillet 2010

Comment réinventer l'histoire

L'Oignon et l'office du tourisme de Champignac racontent des balivernes au sujet de Louis XVI et Marie-Antoinette.

Clou de cette visite, l'oratoire avec son portrait de Saint-Louis et ses vieux sièges. Louis Capet et Marie-Antoinette, lors de leur retour sous bonne garde vers Paris, devaient passer la nuit à l'hôtel de l'intendant. Le dîner était déjà prévu.
Mais les Rémois, plus fanatiques que les Châlonnais, sont venus les arracher à la chapelle pour les conduire sous bonne garde à Reims. On pénètre dans la pièce, et on imagine les Sans-culottes débarquant là, hostiles et menaçants.

La famille royale a passé la nuit en ville et est repartie seulement le lendemain en milieu de journée : la messe interrompue a eu lieu le 23 juin au matin, le jour de la Fête-Dieu, et non le 22 juin en soirée. D'ailleurs, vu l'heure tardive d'arrivée, il était difficile de faire autrement. Louis XVI a été acclamé par la population au balcon de l'hôtel de l'intendance lorsqu'il est apparu. Le voyage de retour a été fort lent par rapport à l'aller et le roi n'est pas passé par Reims, mais par Épernay, Dormans où il s'arrête encore pour passer la nuit, Meaux avec un nouvel arrêt. Les faits sont très contradictoires : il est beau d'imaginer des sans-culottes sans pitié qui viendraient prendre soudain le roi afin de l'exécuter au plus vite, mais ce n'est pas la réalité.


Une affaire surnaturelle

Un exorciste est demandé au plus vite rue de la Boétie, curriculum vitae, lettre de motivation et lettre de recommandation de l'évêque à l'appui :

C'est une affaire surnaturelle qui m'est tombée dessus, assure monsieur Woerth.

On comprend alors que le siège de l'UMP est envahi de trolls, gobelins, farfadets, niebelungen, vampires, loups-garous, sorcières, ankous, fantômes, zombis et j'en passe. Je me disais bien que Frédéric Lefebvre avait une tête étrange et qu'il semblait s'être échappé d'un univers parallèle dans lequel je souhaite qu'il retourne au plus tôt.

Une autre personne aurait parlé d'une affaire surréaliste, kafkaïenne, ubuesque, abracadabrantesque. Mais les références d'Eric Woerth ne vont pas jusque là : il a juste un peu entendu parler de Twilight et de Harry Potter. Et c'est ainsi que le surnaturel s'invite dans la politique française de manière stupide, par le très mauvais argumentaire d'un ministre pris dans plusieurs conflits d'intérêts et n'ayant plus les mots pour dire la réalité. 

— Restaurant du musée du Président Jacques Chirac. [Tête de veau] cuite en pot-au-feu, servie en aumonière, sur feuille de brique. La Montagne, 28 juin.

— À Deauville la semaine dernière, je suis resté sur ma fin. Je pense que Johnny Boy peut franchir plus de deux mètres. Ouest France, 21 juin.

— Castres : voleurs à la roulette. La Dépêche du Midi, 28 juin.

—Un geste sympathique, salué par ces chants locaux, toujours emprunts de mélancolie et de rythmes chaloupés. Ouest France, 21 juin.

—Avant de se plonger dans Platon et Spline l'ancien, Fanny a une furieuse envie de manger des sushis. Le Quotidien de la Réunion, 7 juillet.

— Les biens avaient été vendus à l'encens. Le Progrès, 8 juillet.

— La chapelle du Sacré-Coeur dont monseigneur Tissier de Mallerais avait dédicacé l'hôtel en janvier 2008. L'Est républicain, 13 juillet.

— [Les fans réunionnais] n'auront pas le plaisir de voir en chaire et en os Clara Morgane (ex-actrice du porno). Le Journal de l'île, 7 juillet.   

lundi, 19 juillet 2010

Les fils de la veuve

Je suppose que comme moi vous avez vu que l'on a trouvé les plus vieilles bouteilles de champignac conservées au fond des mers. Mais il y a juste un petit problème de datation à ce sujet. On affirme :

"Selon nos archives, la bouteille est des années 1780. Or Veuve Clicquot a commencé sa production en 1772, et ensuite les premières cuvées ont été élevées pendant dix ans, donc ça ne peut pas être avant 1782. Et cela ne peut pas être après 1788-89 avec la Révolution française qui a paralysé la production."

Oui, certes, mais en 1789 Barbe Nicole Ponsardin n'avait que 12 ans et la maison ne se nommait que Clicquot du nom de son fondateur Philippe Clicquot, lequel laissa sa femme veuve en 1805 seulement. D'ailleurs, le nom Veuve-Clicquot n'est pas venu tout de suite après le décès du fondateur de la maison, il est né du surnom affectueux donné localement à la grande dame du champignac, cela a été même un temps Clicquot-Ponsardin. En fait, le nom de veuve est presque une idée publicitaire pour distinguer cette marque des autres, on s'est servi d'une imagerie : celle de la femme courageuse qui à 27 ans décide de reprendre l'entreprise de son époux décédé, seule contre tous les autres méchants négociants. C'est juste et c'est faux à la fois, elle a été secondée, aidée, guidée par des hommes. Et puis on en a fait une icône, comme le moine Dom Pérignon qui est pourvu de toutes les qualités ayant permis la maturation du champignac. Euh... comment dire ? Il y a une idée d'ascèse un peu paradoxale lorsque l'on aborde le monde du champignac. Il faut être moine ou veuve pour faire partie des figures symboliques. 

Mais le prestige aidant — il faut dire que parmi les grandes maisons de champignac, Veuve-Clicquot écrabouille les autres par sa qualité —, il est préférable de parler de Veuve-Clicquot tout en commettant un anachronisme, cela vous pose un peu ! Et puis le lecteur ou le téléspectateur moyen ne fera pas la différence. Au point que France 3 Champignacie parle aussi sans rire d'un champignac Veuve-Clicquot de 1780 (Barbe avait trois ans alors !) Au fond, il n'a besoin de connaître que la marque actuelle et non son histoire. Le mot veuve a ici un sens positif qu'on ne lui connaît guère ailleurs.

dimanche, 18 juillet 2010

Les verbes siglés de Twitter

Ce blogue est un peu en sommeil. Il y a des raisons : cet été m'a rendu paresseux, je manque d'idées de sujets (ou plutôt les sujets qui me préoccupent n'ont pas leur place dans ce blogue tel que je l'envisage), je n'ai pas trop envie de répéter des formes déjà éprouvées, et surtout je gazouille beaucoup. Twitter m'occupe déjà bien assez. Mais je peux découvrir de vrais sujets par Twitter aussi.

On connaît le procédé : écrire un message en 140 signes. Cela conduit fatalement à une foule d'abréviations conventionnelles ou nouvelles, sans que ce soit de l'écriture SMS. On ne compte plus les GG, BTW, OMG, WTF ou IRL qui vous donnent l'impression d'être un vrai guique une fois que vous avez compris. De ces abréviations naissent en fait de nouveaux mots. Le verbe loler ou loller (et l'adjectif lolesque ou lollesque) étaient déjà bien établis dans les blogues pour désigner un contenu rigolo, mais l'acronyme est parfaitement lexicalisé.

Tout change dans Twitter : les sigles verbaux ont une conjugaison unique, ce qui est très pratique pour éviter les erreurs d'orthographe et de grammaire. Ainsi, sont apparus les verbes suivants : RT, FF et DM.

— Je te RT. Cela signifie que le locuteur reprend le gazouillis précédent pour le citer plus ou moins exactement, mais avec mention de l'origine. Il le retwitte. C'est l'une des pratiques les plus riches de Twitter et ce qui en fait son intérêt. On peut rapprocher cette expression de celle utilisée dans Usenet "Je te fu2" (en gros follow up to, ou faire suivre à, donc renvoyer dans un autre forum du même réseau).

— Je te DM. Là, le locuteur adresse un message direct, c'est-à-dire en privé et non visible par autrui. On annonce moins en public les DM que les RT, par la force des choses.

— Je te FF. Il y a un folklore Twitter, tout comme il existe un folklore des blogues ou d'Usenet. Il y a donc des traditions que certains tentent d'établir et que d'autres refusent de suivre (devinez dans quelle catégorie je me situe). L'une d'entre elles consiste à citer les comptes auxquels on est abonné (mais des petits malins citent parfois des gens qui ne sont pas dans leur TL ou Time Line, liste d'abonnés). Le FF est le Follow Friday, mal traduit par le Suivez Vendredi qui me laisse un arrière-goût d'asservissement. Tous les vendredis, les gazouilleurs partagent des liens vers d'autres comptes et on peut aussi l'annoncer, ce qui fait un message de plus à son actif même si c'est pour ne rien dire.

J'ai vérifié l'existence de ces constructions syntaxiques par sigles, mais non leur poids statistique qui me semble peu évaluable. Peu importe qu'il y ait cent ou un million d'occurrences, c'est de l'écriture informelle et en constante mutation. Je crois d'ailleurs que Google est un peu inefficace pour suivre Twitter et quantifier les usages.

mercredi, 07 juillet 2010

— Les concurrents visent les carnassiers : brochets, perches et cendres. La Montagne, 27 juin.

— Un problème récurant qui nécessite l'intervention régulière des services de police. Ouest France, 26 juin.

— Dans tout ce patacaisse, on a juste oublié la France, ses valeurs. Vosges Matin, 27 juin.

— Et [Sarkozy] de continuer en lançant des pics à son prédécesseur à l'Elysée. Libération, 1er juillet.

— Alors que les amoureux du football attendaient des explications, les joueurs sont restés mués. La Nouvelle République du Centre-Ouest, 23 juin.

— Ce projet [l'extension de la résidence secondaire d'Alain Joyandet] dont la légalité a été mise en cause par l'hebdomadaire satyrique. Nice-Matin, 23 juin.

— Un camion a vu l'un de ses contenairs s'ouvrir inopinément, répandant sur la chaussée un ensemble multicolore d'emballages plastiques. Rapidement, le chausseur, balai à la main, a remédié à la situation. Le Maine libre, 29 juin.

— Les lampions de la fête se sont tus. La Dépêche du Midi, 21 juin.

— Ouvert toute l'année (fermeture du 17 octobre au 2 juin). Sud-Ouest, 26 juin.

— Ils devront prendre les mesures correctives pour éviter que l'incident du 18 mai ne se reproduisent pas, 24 Heures, 24 juin.

— Le billet de Morel sur Villiers est de ceux qui confient à l'ignominie, celui sur Villepin est à pleurer. Marianne, 4 juillet.

mercredi, 30 juin 2010

Cregyn

— Quelques automobilistes ont retrouvé leurs véhicules complètement immaculés de boue. Le Progrès, 15 juin.

— Les chauffeurs de bus ont débraillé. Dernières Nouvelles d'Alsace, 16 juin.

— Les pompiers sont intervenus alors que le camion se consommait sur l'aire de de repos de Lupian. Midi libre, 18 juin.

—[Les salariés] se disent pressurisés au quotidien. Le Télégramme, 18 juin.

— "Il n'y a donc pas de trafic du côté de chez Swann..." Un bon mot (du juge) qui déclenche une légère rumeur de jovialité dans la salle : tous pensent à la chanson de Dave. Les Nouvelles Plus (Versailles), c16 juin. 

mardi, 29 juin 2010

Croquet et cricket

Lors de la dictée du diplôme national du brevet, j'ai eu un moment de doute en voyant le mot croquet dans la phrase suivante : Avant qu'on l'ait prévu, elle a mouillé le livre, noirci la page blanche, noyé le jeu de croquet et de tennis.

Mon sang bouillant de Lorrain digne de Jehanne d'Arc ne fait qu'un tour : je sens l'anglicisme pervers et perfide (comme tout ce qui provient de chez les Godons). Je m'empare aussitôt d'un Petit Robert qui se trouvait là par hasard et je constate que le mot est bien francisé dans sa prononciation. Ouf ! Certes, il dérive d'un ancien verbe français dont j'ai déjà parlé au sujet de croquer le marmot. Mes collègues utiliseront toutes (n'oublions pas que la profession est très féminisée surtout en lettres) la prononciation à la française de manière naturelle, mais moi je me suis interrogé avant parce que je me demande quel jeune sait encore ce qu'est un jeu de croquet et quel est l'intérêt de proposer ce genre de piège lexical : je suis certain que dans certaines copies on trouvera des jeux de croquettes (pour chats et chiens). Le texte de Colette n'est pas en cause, il est fort joli, bien troussé, mais c'est son intérêt pédagogique que je mets en cause.

Pour le croquet, on peut remarquer qu'il a suivi une évolution différente du cricket, lequel non seulement n'a pas été francisé dans la graphie, mais possède les deux prononciations : à l'anglaise et à la française, alors qu'il vient lui aussi du français par l'anglais. Mon doute pour le croquet provenait de là.

dimanche, 27 juin 2010

La surféminisation, une absurdité pseudo-féministe

Personnellement, je suis attaché à la féminisation des noms de métiers et de fonction — laquelle est une obligation pour l'administration en France. Je veux bien admettre que certains de ces noms sont formés de manière un peu bancale ou qu'ils heurtent l'oreille, mais le temps se chargera de régler le problème.

Le hic, c'est la surféminisation. Au XIXe s., Gautier et Baudelaire ont raillé les poétesses. Certes avec de solides motifs conservateurs et misogynes, mais aussi parce que ce terme était un néologisme de la Révolution française. Pourquoi utiliser poétesse plutôt que poète, lequel est épicène ? Mais poétisse existait en moyen français, plus anciennement en latin médiéval, et ce n'est qu'une simple résurrection d'un terme ancien afin de rappeler qu'il a existé une poésie féminine auparavant. Je ne crois pas que cela était utile. Le suffixe -esse ou -eresse est ambigu en français : laudatif à la Renaissance ou péjoratif. Il apparaît comme un intensif plus que comme une marque du simple féminin, du fait de ses emplois limités en français. Une vengeresse sera plus forte qu'une vengeuse, une chasseresse plus noble qu'une chasseuse.

On connaissait déjà la mairesse québécoise alors que la maire suffit. Je découvre dans un blogue féministe des peintresses ! Je trouve que ce genre de surféminisation nuit à la féminisation simple — celle qui peut se faire par un article féminin, par exemple, lorsque le nom est épicène. Écrire simplement une peintre ou une femme peintre, est-ce trop compliqué ? Cela dessert la cause défendue. Avec ce genre de propositions ridicules, il est certain que les railleurs auront beau jeu de refuser des féminisations plus logiques et plus simples.   

jeudi, 24 juin 2010

La fille Machin-Truc

Admirez l'élégance du titre suivant publié par un journal de référence qui ne se soucie plus de corriger les dépêches de l'AFP :

La fille Bettencourt dément être "à l'origine" des écoutes clandestines

La fille Bettencourt, c'est beau ! On croirait un rapport de police du XIXe s. Quand on écrivait "la fille" dans une affaire judiciaire, cela voulait dire que c'était une dame de petite vertu comme dans le roman des Goncourt la Fille Élisa. Une gourgandine, quoi ! Une fille de rien ! Cela jette une suspicion sur son action judiciaire légitime, alors que justement il y a un soupçon de gigolisme et de fraude fiscale chez la mère et de prévarication, de népotisme, de malversation chez un ministre. Je précise que Françoise Bettencourt a 57 ans et qu'elle est peut-être grand-mère.

On ne parle pas pour autant de la mère Bettencourt (88 ans aux prunes), laquelle a déjà fourgué un milliard d'euros à un individu peu scrupuleux, lequel avait déjà un peu abusé des faveurs d'un des plus grands poètes français en d'autres temps. Mais comme son légataire universel est discret dans les grands médias et fait en sorte de conserver la mémoire d'Aragon de manière assez honnête. On ne rappelle pas souvent ce triste épisode du monde des lettres. Mais il fut un temps où les deux gitons étaient en compétition pour conserver le souvenir du grand vieillard. L'un dut se rabattre sur une pauvre vieille, parce qu'il avait été évincé de la succession du poète national et il crut pouvoir faire le même coup que son compère... Sauf qu'il y avait une famille et que cela devint une affaire d'État.

Et depuis il s'agit d'éteindre l'incendie, parce que trop d'affaires anciennes peuvent sortir.


mercredi, 23 juin 2010

D'un mauvais usage de Twitter : le blocage

Il y a un comportement que je trouve particulièrement imbécile, malveillant et sectaire dans Twitter, c'est celui qui consiste à bloquer une personne : non seulement vous désabonnez de ses messages, mais vous lui interdisez de lire les vôtres (sauf s'il est connecté par le biais de la Toile). Les messages d'une personne vous déplaisent ? Vous vous désabonnez simplement de son flux ! Bloquer un abonné, cela ne devrait être réservé qu'aux sites commerciaux, aux faux comptes Twitter, aux pourrielleurs. La personne bloquée n'a plus qu'une seule possibilité : se désabonner elle aussi alors qu'elle l'est déjà de fait et contre son gré.

Cela m'est arrivé à quatre reprises. Une fois pour une enseignante éclectique parce que je remettais en question les fausses réponses de culture générale ou d'étymologie qu'elle donne et qui reposent souvent sur des légendes. Une autre pour une des grandes figures des blogues dits de gauche ou LeftBlogs, parce que j'avais osé comparer de manière humoristique le comportement d'un de ses grands amis (numéro un des blogues Wikio) à celui de notre divin président. Un troisième pour un catholique grand teint et très vieille France pour je ne sais trop quelle raison étant donné qu'il n'était pas abonné chez moi. Sans doute parce qu'il avait été vexé par une de ses citations. Le quatrième est une grande figure médiatique qui prétend ne pas être journaliste et qui prétend être impertinent, j'ai du mal à savoir ce qui aurait bien pu le déranger, puisque je ne lui répondais jamais. Je pense plutôt à une vieille rancune mal recuite de sa part étant donné que je l'avais mis en cause auparavant comme caution morale des dérives du Post et que j'ai écrit une série d'articles virulents sur les procédés du Post (pour lequel j'admets volontiers qu'il est devenu depuis un peu plus respectable).

Dans les quatre cas, la démarche est fort hypocrite : on ne reçoit aucune signification du blocage (en écriture et en lecture !) et on ne sait pas que l'on est désabonné du flux contre son gré. Dans deux cas sur quatre, les personnes n'étaient même pas abonnées à mes flux Twitter ! Un message dans lequel elles sont citées et elles voient tout de suite rouge parce qu'il y a un indésirable dans leur cercle de lecture. Mais la méthode du blocage est profondément débile dans le cadre d'un réseau social comme Twitter : les messages Twitter parviennent alors par d'autres sources comme les RT (retweet ou suivi) et citations indirectes. On ne bloque que l'accès direct et instantané aux messages dans un logiciel client, pas sur la Toile même si on ne peut plus y répondre sauf par copier-coller.

Mais cela traduit aussi quelque chose : le comportement de certaines personnes à utiliser les réseaux sociaux comme des milieux clos, réservés à leurs adeptes ou aux opposants qu'ils admettent comme tels, les autres étant interdits sans autre forme de procès puisque ne participant pas au clan Verdurin. La tolérance est une vertu fort peu répandue chez certains partisans de la liberté. Il faut entrer dans la coterie et se tenir dans une ligne. C'est aussi un aveu de faiblesse de la part de ces quatre personnes qui ne peuvent supporter la moindre critique un peu ironique quand elle ne vient pas de leurs courtisans. Savoir que l'on peut être lu par quelqu'un qui peut se moquer de vous, c'est profondément insupportable ! Il faut interdire la lecture à tous ceux qui ne sont pas de notre côté (le seul forcément juste) !

On se prétend pour la liberté d'expression et on interdit la liberté de lecture !

ჭურვები

— Les policiers avaient repéré une voiture et une moto en plein slalom sur la rocade. Ils ont été placés en garde à vue. Ouest France, 15 juin.

— La gendarmerie a déployé d'importants moyens pour rechercher une adolescente sourde et muette, et qui, de double nationalité marocaine et espagnole, ne parlait pas français. La Dépêche du Midi, 9 juin.

— Monté de son Auvergne natale, il fut un simple gratte-sauce. Le Nouvel Observateur, 6 juin.

— Recherche une personne avec des connaissances arboricoles pour assurer le suivi et l'entretien annuel des verges. Bio nouvelles, juin.

— Son corps a été incarcéré au crématorium de Caen. La Manche libre, 12 juin. 

dimanche, 20 juin 2010

Une certaine idée de la France

Dominique Galouzeau lance son mouvement République solidaire. Cela ne laisse pas de me faire sourire. Il ne se rend même pas compte qu'il reprend le programme de Léon Bourgeois, ce qui ne nous rajeunit pas ! Il reprend aussi l'antienne gaulliste et gaullienne d'une "certaine idée de la France". Mais que veut dire certaine dans cette locution figée ?

ll faut en revenir aux textes et d'abord à de Gaulle. Certaine signifie importante, considérable, hénaurme, mastoque, maousse costo. Ceux qui pensent démocratie parlementaire, droits de l'homme, égalité devant la justice, liberté d'opinion ont tout faux !

Être les premiers, les champions, au premier plan, écrabouiller tous les autres qui ne sont pas nous, tel est le sens de certaine. Mais cela on ne le dit pas, puisqu'on ne développe pas le propos initial qui n'évoque nullement la sincérité, l'honnêteté, la sincérité, la transparence, l'équanimité, la tempérance et quelques autres vertus chrétiennes qui seraient bien nécessaires à une forme de gaullisme nébuleux.

Je me fais aussi une certaine idée de la France : un pays qui ne se hausse pas du col et qui vit en harmonie avec ses voisins proches ou lointains sans leur imposer sa vision du monde. Mais on peut tout glisser dans l'expression une certaine idée de la France et cela peut être le contraire du jour au lendemain. Comprenne qui pourra ces apophtègmes. Une certaine idée ou une idée certaine ?

samedi, 19 juin 2010

Qu'est-ce qui est inacceptable ?

Nous avons d'abord un président de la République très bas du front et à muffle de taureau. Il déclare :

Allez ! va ! casse-toi... pauvre con !

Nous avons ensuite un fouteballeur aussi bas du front qui déclare à son entraîneur :

Va te faire faire enculer, sale fils de pute !

Le premier vient nous expliquer ensuite que les propos du second sont inacceptables. Inacceptables, répété. Comme si l'on se trouvait devant l'ennemi nazi...

Mais de qui se moque-t-on ? Et pour qui nous prend-on ? Les fouteballeurs ne sont pas des ambassadeurs de la France, ne sont pas des personnes officielles et ils n'ont rien à voir avec la vie de nos institutions. Il me semble bien plus grave qu'un président de la République s'exprime de manière incorrecte soit lexicalement comme ici, soit grammaticalement comme . Ou sémantiquement .

On ne demande pas à un fouteboleur d'être un représentant de l'Académie française ou du manuel de savoir-vivre. Les propos ont été dits ((peut-être) en privé et non devant les caméras et on est dans le cas de la jurisprudence Hortefeux. En plus compliqué, puisque ce sont des propos sans aucune preuve. Il y avait alors plus d'indulgence au sujet des propos sur les Auvergnats. Cela sans même qu'il y ait une quelconque vidéo publiée à l'insu de l'intéressé sur Internet.

Et c'est là que cela devient intéressant... Accuser la Toile de ses propres turpitudes est devenu une sorte de sport. Accuser un fouteballeur (sans doute idiot) de ses propres imbécillités est devenu une manière de ne pas parler des problèmes importants, comme celui du régime des retraites, de l'échec écologique, de la suppression des fonctionnaires, de la fraude fiscale, de la compression des classes, des expulsions d'immigrés, des gardes à vue, de la vidéo-surveillance, des rétro-commissions pakistanaises, de l'implication de l'ex-ministre du Trésor dans une affaire d'Etat qui aurait fait sauter immédiatement le gouvernement dans un pays démocratique !

Ce qui est inacceptable, c'est la manière dont on nous parle.

L'aéromédon populaire

bombax-3.jpgJ'aborde un sujet nouveau ; la parodie de feuilletons populaires datés autour de 1900. Comme il s'agit d'un genre assez vaste, je préfère consacrer ce billet seulement aux séries dans un style humoristique et puis on verra par après les séries dans un style plus réaliste notamment autour de Tardi.

Jusqu'aux années 60, la bande dessinée vivait bien tranquillement avec ses genres bien rangés : on avait le cow-boy, l'explorateur, l'astronaute, le reporter, le détective, la bande de gosses, l'aviateur, le pilote de course, etc. Seulement, dans ces années-là, commencent à s'animer des clubs d'amateurs et de collectionneurs à la recherche de leurs lectures d'enfance. Et cette nostalgie recoupe aussi la republication des grands feuilletons populaires du XIXe s. ou du début du XXe s. dans les tout nouveaux clubs du livre. On redécouvre Fantômas, Chéri-Bibi, Arsène Lupin, Rouletabille, Judex. Les années soixante sont rétro. C'est un premier aspect.

Un autre fait, c'est que la bande dessinée cherche à devenir adulte et qu'elle commence à pratiquer le second degré en France. Pour ce faire, elle a besoin d'un anti-modèle : Goscinny parodie l'histoire de France, les Mille et Une Nuits, le far-west, que reste-t-il ? Eh bien l'origine même de la BD de ces magazines : le roman-feuilleton !

On a cette forme de parodie dans Ténébrax dont j'ai déjà parlé. Mais l'action de Ténébrax est contemporaine. Lob fera ensuite avec Pichard une parodie située plus dans la Belle Epoque avec Blanche Epiphanie, mais je réserve cela pour un autre billet sur le rétro réaliste. En tout cas, la bande dessinée a eu besoin à partir du milieu des années soixante de se créer un nouveau genre qui ne pouvait être auparavant : il n'y avait pas assez de distance temporelle.

Ce qui est remarquable au sujet de ces bandes dessinées rétro, c'est qu'elles ont commencé toutes dans le registre comique et autour de quelques auteurs, dont un surtout : Hubuc, pseudonyme de Roger Copuse. Ce dessinateur et scénariste a publié dans Spirou, Tintin, Pilote, mais il est totalement oublié et il n'a eu que très peu d'albums, non réédités par ailleurs. C'est injuste, car il s'agit d'un dessinateur au style simple et efficace. Sa carrière a d'ailleurs été fort courte : il est mort prématurément. Là, il dessine sur un scénario de Fred. On a affaire à une sorte de mini-album à découper et relier comme c'était le cas dans Spirou, mais au format A5. Cela formait une brochure de 8 pages.

Les couleurs et le style des caractères sont psychédéliques (on est dans les années 60, ne l'oublions pas), mais aussi Modern Style. C'est la rencontre de deux univers. Dans la collection de l'Aéromédon populaire, on trouvait Bombax, mais aussi Mandrax le roi de la magie, Tarsinge l'homme zan. Hubuc écrira aussi Wilbur et Mimosa pour Guilmard dans une thématique un peu similaire, mais cette fois en parodiant les expéditions sportives du début du XXe s. Ce que l'on voit dans ces bandes dessinées, c'est le traditionnel couple des récits d'aventure : un savant ou un explorateur et son assistant. C'est une formule que Fred réutilisera dans Timoléon, mais aussi Hubuc dans Wilbur et Mimosa. Disons simplement que c'est le modèle de base de tous les feuilletons.

Maintenant, nous allons terminer par un jeu :

1) Que veut dire aéromédon ?

2) Yoyoteur est-il d'époque ?

3) Que peut bien être Kleptopik le Copomartopicophile ?

jeudi, 17 juin 2010

Andy prefers not to...

AndyCapp.jpg

Le Andy de cette chanson n'est pas Warhol, mais Andy Capp bien moins connu en France.

On connaît fort peu la BD britannique en France, à la différence de la BD étatsunienne. Pourquoi cette différence ? J'estime que c'est à la fois pour des raisons économiques et culturelles.

Lorsque j'ai lu des revues de BD anglaises, je les ai trouvées absolument déplorables : mauvais papier, impression calamiteuse, dessin fait à la chaîne, lettrage fait à l'imprimerie. Rien qui donne envie de lire ou de conserver ou de rechercher. Si je compare aux hebdos franco-belges de la même époque ou même des petits formats reprenant des BD italiennes, c'était vraiment très en dessous. Il n'y avait rien de vraiment exportable. Pourtant la Grande-Bretagne n'a jamais manqué de talents pour l'illustration, le dessin de presse. C'est un paradoxe : un pays fait pour le dessin a tourné le dos à la BD.

La BD britannique existe pourtant, mais elle est marginale comme le cinéma britannique. Certes, il y a le cas d'Alan Moore qui est un des plus grands scénaristes vivants. Mais il a été d'abord reconnu parce qu'il a publié aux USA, en reprenant des séries étatsuniennes existantes. Il leur a apporté une touche européenne et sophistiquée, comme il a contribué à faire revivre des mythes littéraires. C'est un auteur à part, il est britannique, mais il a obtenu son succès ailleurs qu'au Royaume-Uni et son univers brasse des cultures diverses. Bon, mais Moore est un scénariste et pas un dessinateur.

Quels Anglais ont réussi à publier en France ? On a Sydney Jordan avec Jeff Hawkes. C'est une série de science-fiction fort honorable, très bien dessinée. Certes, c'est sur le mode space opera avec des tas de petits monstres verts et de menaces intergalactiques, mais ce n'est pas méprisable. Le seul problème, c'est que chaque hebdomadaire avait sa série de science-fiction et une seule : Guy l'Eclair, Luc Bradefer, les Pionniers de l'Espérance, l'Epervier bleu, etc. La science-fiction est un genre segmentant, il ne plaît pas du tout aux filles et elle peine pour les garçons, donc on l'évite au maximum dans les journaux. Ensuite, Jeff Hawkes était une série publiée en comic strips et elle n'avait pas été reprise par Opera Mundi qui diffusait les BD quotidiennes américaines dans la presse généraliste. Certes, il y a eu quelques albums publiés en France, mais l'intégrale s'est arrêtée au tiers parce que l'intérêt du public n'était pas là : c'était de la SF rétro, mais sans la nostalgie des lectures d'enfance.

On a aussi plus anciennement Jane. Encore un comic strip. Mais cette fois d'un genre très particulier : la BD pour bidasses. L'héroïne est le plus souvent en petite tenue et dans des situations embarrassantes où sa poitrine peut être dévoilée tout en étant masquée. Il s'agit d'une BD destinée à remonter le moral des troupes (c'est un genre à part dont je pourrai parler une autre fois). Jane combat donc pour préserver sa vertu et la survie du monde libre face aux méchants nazis. Elle réussit admirablement à cacher les parties les plus intéressantes de son corps tout en les suggérant. Cela ne pouvait donc pas passer dans la presse française à cause de la loi de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse et destinée avant tout à contrer les BD d'origine étatsuniennes, mais aussi italiennes, belges et fatalement anglaises. Cette loi imbécile, votée par les communistes et les gaullistes, a créé une censure débile. Mais Jane continuait d'être publiée dans les journaux grand public au Royaume-Uni et elle devançait bien des héroïnes déshabillées de la prétendue apparition des héroïnes.

En fait, un seul personnage britannique a un peu pris en France. Andy Capp. Son nom est déjà un programme. Il est un handicapé de la vie : chômeur professionnel, amateur de jeux de fléchettes, pilier de pub, partant pour tous les paris sportifs les plus débiles, exploiteur de sa femme qui travaille elle !, bagarreur invétéré, grande gueule devant une pinte, ignorant de tout mais dominant toute situation. C'est le modèle du beauf anglais dans sa plus grande splendeur. Bien entendu, il s'exprime avec le cockney slang, il ne dépasse pas la limite de son quartier et sa vision du monde est extrêmement réduite comme on le voit dans l'illustration : la visière de sa casquette l'empêche de regarder les autres ou interdit que l'on voit son visage pleinement. C'est un être buté, béta, butor et d'une mauvaise foi redoutable. Le nom du personnage s'accorde avec cet accessoire essentiel : la casquette ! (the cap en anglais). 

Mais en même temps, Andy Capp est profondément sympathique : on aime qu'il filoute l'aide sociale lorsqu'on lui demande de trouver un emploi ou qu'il se moque du révérend et de ses sermons moralisateurs ou qu'il truande le représentant de son propriétaire venant lui réclamer son loyer. C'est Guignol à la sauce anglaise ! Bien avant Stephen Frears, Ken Loach, Mike Leigh, le quart-monde avait eu sa place dans le monde des images, et d'une manière plus dévastatrice. Mais depuis il est devenu plus acceptable : j'ai appris qu'il avait cessé de fumer alors qu'il avait toujours un mégot au bec. 

Il y a un paradoxe chez Andy Capp : c'est un héros immobile qui ne cesse de bouger. Il ne sort jamais de son quartier pour vivre des aventures dans le monde, mais tout vient à lui. Et pis, c'est lui qui provoque les bagarres afin d'animer les fins de soirée en pub ou de créer un peu de convivialité dans une rue.

Un autre fait remarquable chez lui, c'est qu'il est presque toujours représenté de profil, parce qu'il marche ou court (souvent vers sa pinte de bière ou alors parce qu'il fuit le représentant de l'ordre). On est dans une représentation qui ne s'adresse jamais directement au lecteur, mais qui lui demande de lire pleinement : la présentation systématiquement latérale ou frontale des personnages est une forme de distanciation.

Pourquoi ai-je choisi cette illustration et non celle d'un album français ?

— Il me semble que l'on perd beaucoup d'Andy Capp lorsqu'on ne le lit pas dans sa langue, même si on ne la comprend pas complètement.

— C'est un album à l'italienne et les albums de ce type conviennent mieux à ce genre de productions en comic strips, même si la plupart des albums à l'italienne ont été des échecs commerciaux en France.

— Je voulais signaler qu'il existe aussi des albums BD en Grande-Bretagne, même s'ils sont d'une qualité nettement inférieure à celle des albums franco-belges ((typographie immonde, image agrandie, pas de couverture originale, brochure, papier douteux). Mais cela existe malgré tout et il serait bon que nos ennemis anglais s'intéressent plus à la BD non étatsunienne.

Le titre de la note dit à quel autre personnage Andy Capp me fait penser.

mercredi, 16 juin 2010

Κελύφη

— Héritière de l'enseignement maritime créé par un édit de Louis XIV, elle [l'École nationale de la marine marchande] prend son envol grâce à Colvert. Presse Océan, 7 mai.

— Il n'avait pas supporté que son entreprise de distribution de vidéos n'avait plus besoin de ses sévices. Métro, 7 juin.

— Quatre ans de privatisation de toutes sortes. Le Pays Briard, 1er juin. On parle de la période de l'Occupation allemande.

— Avant d’accepter l’invitation à déjeuner de Nicolas Sarkozy, mercredi 9 juin, à l’Elysée, le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, et le président (PS) de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, avaient posé, depuis plusieurs semaines, des conditions. Le président de la République les a exhaussés. Le Monde, 10 juin.

lundi, 14 juin 2010

Où j'écris un billet démagogique

Hénaurme suspense ! On attend le résultat du match*.

La vuvuzela, 466 résultats réels.

Le vuvuzela, 340 résultats réels.

On retrouve un problème classique des emprunts : le genre à donner. Le mot serait d'origine zouloue, mais s'il transite par l'anglais il ne possède plus alors de genre précis et en outre il n'y a aucun genre dans les langues bantoues dès le départ : on ne distingue que le défini et l'indéfini. Or les noms se terminant en -a ne sont plus ressentis automatiquement comme féminins en français. Il est vrai que le -a pouvait être masculin en latin : poeta, nauta, agricola. Cependant, je trouve une sorte d'indécision dont on a déjà parlé ici au sujet de la manga ou de la Nutella. Je pourrais ajouter le ou la chikungunya**. Il y a tendance à masculiniser des noms qui devraient être féminins parce que le -e final seul est ressenti parfois comme marque du féminin  : Venezuela, Costa-Rica, Nigéria, Libéria,  etc. Et puis on a une zone marginale où les deux genres se combattent.

Le mot est apparu dans Wikipedia (tiens ? on dit la Wikipedia) en juin 2009 — sans doute en prévision de la coupe du monde de football —, mais il a été fortement réactualisé ces derniers jours. Il va mettre cinq ans pour apparaître dans le Robert si l'emploi de cet instrument de torture est encore largement attesté, dix ans dans le Larousse, cent ans dans le dictionnaire de l'Académie française (qui n'est toujours pas arrivée à la lettre Z de sa dernière édition, mais qui estimera bon de laisser aux futurs académiciens ce mot trop nouveau). Et on en vient à un autre problème : quels dictionnaires faut-il aujourd'hui : ceux qui permettent de comprendre les journaux ou les livres classiques ? d'écrire sur l'actualité ou de bien écrire ? Les deux me semblent nécessaires, mais le fossé se creuse entre eux et ce sont les premiers qui créent l'usage à venir. Le but, c'est d'avoir le plus d'occurrences dans Google ou bien de voir sa version adoptée par Wikipedia. C'est ce qui fait autorité et non une recherche étymologique.

* Il est difficile d'échapper à ce bruit incessant et de ne pas voir sa mention dans les blogues ou Twitter ou les médias en ligne. J'ai voulu donc en savoir un peu plus, parce que cela me rappelle le bourdonnement que certains de mes élèves pratiquent, lèvres fermées, afin de saboter les cours. 

** Mes observations sont signées dans ce fil (dito), avec parenthèses.

dimanche, 13 juin 2010

Où en est la Belgique ?

Aujourd'hui, les Belges votent — enfin, disons que les Flamands et les Wallons votent — afin de trouver un hypothétique gouvernement qui mettra autant de temps à être formé qu'à gouverner. La Belgique est un pays très compliqué : les francophones se nomment communauté française, mais ils sont Flamands, Bruxellois ou Wallons, les Flamands ont comme langue officielle le néerlandais, mais ils parlent en fait le flamand occidental ou oriental, le brabançon ou le limbourgeois et la région flamande a comme capitale Bruxelles qui n'est pas en Flandre et qui est bilingue. Il y a encore une communauté germanophone, mais on ne va pas s'embêter avec ça, c'est déjà assez compliqué si l'on parle des communes à facilités, alors les cantons rédimés...

Pour comprendre un peu la Belgique, voici une vidéo dont le lien a été donné par lamkyre sur un forum. Êtes-vous prêts pour votre première leçon de néerlandais ? À la fin de ces explications, vous serez capables de faire comme TF1 qui ne sait plus où placer Flandre et Wallonie, ni dessiner leurs contours (mais en indiquant bien les Fourons ce qui n'est pas un mince détail quand on sait ce que cela a provoqué avant BHV).

TF1 redessine la Belgique.jpg

samedi, 12 juin 2010

Vu, lu, entendu

À l’institut Guessous, j’appris le français par le commencement : l’alphabet. Il était sous-développé. Comparé à notre alphabet à nous, il lui manquait plusieurs lettres, les sons “gh”, “ts”, “th”, “dz”, “a’”, et j’en passe. Notre professeur était très patient avec moi et répétait en souriant : “Ce n’est pas une traduction de l’arabe. C’est une autre langue.” Lorsqu’il me fallut allier les consonnes et les voyelles pour former des mots, ce fut l’incompréhension totale. Habitué à écrire de droite à gauche, j’écrivis de droite à gauche, en toute logique. Quelque chose comme : ssirD tse mon noM. Le professeur se montra habile devant ce cas de figure. Il se saisit d’un miroir et rétablit la phrase dans le bon sens. Mon nom est Driss. C’était simple. Le monde des Européens, à commencer par leur langage, était l’inverse du nôtre. La preuve, c’est que le planisphère accroché près du tableau représentait le globe terrestre à l’envers de la carte géographique d’Al-Idrissi : l’Europe en haut et l’Afrique en bas alors que ce devrait être le contraire, l’Orient à droite et l’océan Atlantique à gauche ! C’était insensé, mais c’était ainsi. Je devins gaucher du jour au lendemain. Et je crois bien que c’est à cette époque que ma tête a commencé à tourner.

Driss Chraïbi

jeudi, 10 juin 2010

C'est de la bombe, bébé !

Je lis ce titre dans le blogue de la correspondante de Libé aux États-Unis : Sarah Palin, plus bombastique que jamais.

Je me dis d'abord qu'il y a une erreur : Sarah Palin ne s'est jamais fait remarquer par un style oratoire ou scriptural particulièrement travaillé. Ses propos sont même plutôt d'une grande indigence, d'une pauvreté lexicale et grammaticale qui rivalise avec la misère des idées réactionnaires qu'elle véhicule. Pour qu'il y ait emphase ou enflure des phrases, il faudrait déjà que le style se hisse d'abord à un niveau un peu correct. On est loin du compte... George W. Bush était un Cicéron à côté d'elle.

En lisant le billet, je m'aperçois que la blogueuse parle en fait de ses protubérances mammaires. Et certes, bombastique convient si l'on admet qu'un développement thoracique peut tenir lieu de discours. Mais je me demande si en fait la correspondante ne s'est pas laissé égarer par l'anglais qui emploie le sens propre et le sens figuré de bombastic (le mot est d'origine anglaise même s'il part d'un mot latin). On a bien l'idée d'une bourre de coton au départ et le terme reviendrait à son sens premier. Ou bien encore l'auteure se laisse aller à un jeu fréquent dans la blogosphère et la twittosphère qui aime parler des nipplegates et des nipplequakes : la métaphore lui a peut-être été soufflée par les discussions étatsuniennes.

En tout cas, en français, bombastique ne peut théoriquement se rapporter aux appendices lactifères de l'ex-Miss Alaska. 

mercredi, 09 juin 2010

צדפים

— L'implantation d'éoliennes à proximité d'habitations peut faire baiser leur valeur. Le Particulier, juin 2010.

— Le mari, épris de boisson, frappait sa femme. La Lozère nouvelle, 28 mai.

— Nous avons l'intention d'activer le partenariat dans un large épouvantail de marques à travers le monde. La Lettre du sport, 28 mai.

— Nous honorons cette unité pour honorer la mémoire de nos descendants. La Voix du Nord, 30 mai.

— Elle fondit une nouvelle congrégation, les Ursulines du Coeur de Jésus. La Croix, 29 mai. 

dimanche, 06 juin 2010

Quignard outragé ! Quignard brisé ! Quignard martyrisé ! Oui, mais Quignard libéré !

À l'occasion de la fameuse et stupîde polémique au sujet de la place du troisième tome des Mémoires de guerre du général de Gaulle au programme de littérature des élèves de terminale L (10 % des baccalauréats, doit-on le rappeler), je découvre cette ineptie écrite par un journaliste du Fig :

Pour la petite histoire, Quignard, qui partage avec de Gaulle l'honneur d'être au programme, avait pris parti contre ce dernier le 13 mai 1958, affirmant qu'il s'agissait d'un coup d'État !

À l'époque Pascal Quignard, né le 23 avril 1948, devait se trouver en CM2 et il mangeait des pommes ou des chocos Rem dans la cour de récréation tandis que ses copains échangeaient des figures Panini du Stade de Reims ou de l'AS Sedan ! Il lisait sans doute Spirou, Tintin, le Journal de Mickey, ou que sais-je ? C'est un peu comme si on me demandait ce que je faisais en Mai 68 et si j'étais d'accord alors avec les propos de Daniel Cohn-Bendit, d'Alain Geismar ou Jacques Sauvageot que je connaissais moins bien que Blek le Roc ou Captain Swing ou Zembla. Quand on lit de tels arguments, on s'interroge à la fois sur la culture générale des journalistes de ce quotidien, leur sens des réalités et aussi à ce qui leur sert de fond idéologique parce que l'article est orienté. Il faut une sérieuse couche de mauvaise foi, d'inculture ou d'imbécillité (mais la réunion des trois peut être une explication) pour prétendre que Quignard a adopté des positions anti-gaullistes et ce dès 1958. Je considère personnellement Quignard comme l'un des plus grands écrivains français de son temps, je ne pense pas qu'on rehausse le prestige du général de Gaulle en rabaissant Quignard, en plus avec un argument aussi absurde que mensonger. Et qui plus est en énonçant des mensonges grossiers. Le niveau d'éducation baisse, on le voit au fil des articles du Figaro qui rejoindra bientôt Direct-Soir ou France-Soir.

La police coupable

Dans l'Oignon :

CELA fait dix ans que la compagnie Alis, basée à Fère-en-Tardenois, utilise « la police coupable ». Rien à voir avec les uniformes ! Il s'agit d'une simple police de caractères, outil artistique à la « Poésie à 2 mi-mots » créée par Pierre Fourny, metteur en scène. Son travail a abouti à la conception d'un spectacle « La langue coupée en deux » en 2001, joué partout en France et même présenté à l'étranger. Mais du jour où la Compagnie décide d'en faire une marque déposée pour proposer des produits dérivés à la vente et ainsi renflouer les caisses, le bouclier s'est levé contre le jeu de mots !
Atteinte à l'ordre public…

Voir ici les documents officiels.

mercredi, 02 juin 2010

L'impératif culturel

Il s'agit d'un nouveau style gouvernemental. Les principales manifestations du ministère de la Culture sont débaptisées et renommées depuis disons le début du deuxième mandat de Jacques Chirac. Or, je trouve que cela utilise surtout une tournure : l'impératif.

— La Fureur de lire était devenue Lire en fête. Et maintenant, c'est À vous de lire ! cette année (après avoir été supprimée l'an dernier et déplacée cette année à une période inopportune). Elle vient juste de se terminer sans aucune vraie politique de communication du ministère à ce sujet, tout s'est vraiment passé en catimini afin qu'aucun bibliothécaire ou documentaliste ou libraire ou enseignant ne sache que cela avait lieu. Comme si l'on avait eu honte d'avoir tué la Direction du livre et de la lecture dans ce ministère...

— La Semaine de la francophonie devient avec Dis-moi dix mots ! comme sous-titre qui sera amené à devenir le nom dans les écoles.

— La Fête de la musique créée dès 82 est devenue Faites de la musique !

— On a créé Rendez-vous dans les jardins ! (Belle initiative que j'approuve par ailleurs.)

— Et aussi Entrez dans la danse ! Autre création relativement récente. Notez tous les points d'exclamation...

Mais il y a une sorte de tropisme. Quelque chose qui ne va pas. Je sais que Philippe Muray s'est passablement moqué de l'Homo Festivus. Ou Finkielkraut de ce goût pour le divertissement obligatoire de l'ère Djâck. Cependant, il se manifeste bien plus ouvertement aujourd'hui avec ces différents changements de noms et ces créations. On est passés à l'ère du cynisme pleinement assumé.

C'est un peu étrange de retrouver partout le même impératif pour des fêtes qui devraient d'abord être des moments de liberté et de réjouissance. Il y a là un paradoxe : nous devrions nous sentir libres de venir ou non et on nous impose de lire, de jouer, de nous promener, de danser, de parler à notre guise, mais seulement dans le cadre qui a été défini par le pouvoir souverain.

Cette transformation des noms des manifestations culturelles est à mon avis une marque importante d'un régime décrié qui utilise ces occasions comme soupapes de sécurité. Amusez-vous dans ce que nous avons organisé ou sinon la police sera là pour réprimer vos apéros Facebook, vos manifestations et vos grèves. Comment conduire un peuple comme des moutons ? En s'adressant à lui comme à des moutons ! Nous sommes généreux et nous nous adressons à vous directement, ce que les régimes précédents n'ont pas fait. Il y a comme une atmosphère de Panem et Circenses qui ne me plaît guère. Et dans tout cela traîne l'impératif. Je n'aime pas trop.

गोले

— Le duo Noun Ya, avec Naïssan Jalal à la flûte et Yvon Pattard au luth arable. Le Réveil, 19 mai.

— Tout a été testé dans des épuisettes sur de la "vraie" peau. Le Nouvel Observateur, 6 mai.

— Stéphanie R. et Marc C. se sont dit oui après quelques années de réfection. Le Progrès, 17 mai.

— On peut se demander à quelle logique obéit la désignation de 15 vice-présidents. Si ce n'est distribuer des prébandes. Midi-Pyrénées info, mai-juin 2010.

— C'est sur la place du Vieux Collège que l'attraction fut la plus vive, dynamitée par l'Amicale Trial. L'Essor 74, 22 mai.

— La canne qui avait dernièrement fait son nid dans une jardinière de la ville n'a pas disparu. La Nouvelle République, 26 mai.

— Déjà quelques éclaircies égaillent cette matinée dans la Marne, les Ardennes et l'Aisne. L'Union en ligne, 2 juin.

lundi, 31 mai 2010

Nedjma, l'Étoile

J'ai eu envie de reprendre un livre de Kateb Yacine que je considère comme un immense écrivain et il m'a paru parler d'aujourd'hui :

Mustapha tourne le dos à Mourad, et s'assied sur un ponton... « Elle était revêtue d'une ample cagoule de soie bleu pâle, comme en portent depuis peu les Marocaines émancipées ; cagoules grotesques ; elles escamotent la poitrine, la taille, les hanches, tombent tout d'une pièce aux chevilles ; pour un peu, elles couvriraient les jambelets d'or massif (la cliente en portait un très fin et très lourd)... Ces cagoules dernier cri ne sont qu'un prétexte pour dégager le visage, en couvrant le corps d'un rempart uniforme, afin de ne pas donner prise aux sarcasmes des puritains... Elle m'a parlé en français. Désir de couper les ponts en me traitant non seulement comme un commissionnaire, mais comme un mécréant, à qui l'on signifie qu'on n'a rien de commun avec lui, évitant de lui parler dans la langue maternelle. Pas voulu que je l'accompagne en tramway... Le couffin n'était pas si lourd... J'aurais pu la suivre jusqu'à la villa, si elle ne m'avait vu au moment de descendre ; du tramway, je l'ai vue gravir un talus, disparaître ; puis mon regard s'est porté au sommet du talus. Elle avait ôté sa cagoule ; je l'aurais reconnue entre toutes les femmes, rien qu'à ses cheveux... » Mustapha interrompt sa rêverie, sans quitter le ponton, le regard attiré par l'eau. La nuit tombe ; Mourad n'a pas fini de parler ; il dit qu'il était le seul des trois à se trouver tantôt à la gare... Voyant Rachid s'approcher à son tour du ponton, Mourad gaffe encore, avec une sorte d'insistance :
— Je ne peux expliquer décidément ce que le voyageur avait de ridicule et d'attristant ; c'était peut-être, comme Mustapha, un collégien en rupture de ban...

Kateb Yacine, Nedjma

Qui est Nedjma, est-elle française ou maghrébine ? Fille d'un pays ou d'un autre ? Le monde a-t-il vraiment changé en soixante ans ? Quels sont les rêves de cette fille et comment ressemble-t-elle tant à la Nadja de Breton ou la Sylvie de Nerval ou à Yvonne de Galais du Grand Meaulnes ? En quoi cet univers nous rappelle-t-il tant de textes classiques, même si l'on parle d'un autre monde culturel apparemment si opposé ? Pourquoi est-ce un texte écrit en français par un Algérien afin de parler de cette réalité étrangère, de l'étranger ou de l'étrangère qui est en nous ? Quel est ce monde de faux-semblants et est-ce que la littérature peut dire le monde avant qu'il ne soit ? Comment dire que c'est un roman français s'inscrivant dans une vieille tradition française et qui pourtant n'a plus comme cadre la vieille France, son Valois, son Paris, sa Beauce ou sa Sologne. Nedjma, c'est le désir et l'interdiction de l'autre.

dimanche, 30 mai 2010

L'orthographe est une vision du monde

michèle (sans majuscule) m'avait posé une question au sujet de compter et conter. Étymologiquement, c'est le même verbe. Il vient du verbe latin computo, as, are. Dans le sens de narrer, on part du fait d'énumérer les faits qui composent un récit. La structure des contes ou romans médiévaux permet d'expliquer le changement de sens entre calculer et relater : un récit était alors une succession d'épisodes qui se déroulent selon un processus codifié avec un début et une fin bien déterminés selon les lieux (la clairière comme lieu du combat physique, la salle du palais comme lieu de l'affrontement verbal, la fontaine comme lieu de la confidence amoureuse, la forêt comme lieu de la sauvagerie au sens étymologique), des enchaînements qui répondent toujours aux mêmes codes (le chemin comme lieu de l'entre-deux des aventures, la source comme passage vers l'autre monde). Le récit médiéval est à la fois très pauvre si on le compare à des formes modernes qui mélangent description et narration, monologue intérieur ou interventions d'auteur, mais aussi très riche quand on examine l'ensemble des possibilités d'un système fermé. En tout cas, il était construit sur le principe de l'énumération des combats, des attributs d'un personnage. Pour des raisons de facilité, je ne me limiterai dans mes citations qu'au TLFi qui me semble largement suffisant. Le sens de conter pour narrer apparaît d'abord en ancien provençal, comptar (XIe s.) Il passe en langue d'oïl vers 1125-1130. Mais c'est sous la forme conter.

Arrêtons-nous ici un instant. Le verbe latin était un proparoxyton accentué sur la première syllabe, ce qui entraîne la chute de la voyelle u de computar(e). Le p du verbe n'était déjà plus prononcé en ancien français, il avait subi une assimilation régressive du fait de sa présence après un m. Le m en revanche s'était assourdi lorsqu'il avait été ensuite en contact avec le t. À partir du XIIIe s. selon Bloch-Wartburg, la graphie compter apparaît. Elle se répand, mais on trouve encore conté (au sens de considérer) chez Calvin en 1562. Le sens de prendre en compte, de dénombrer devient la norme avec cette orthographe dans le dictionnaire de l'Académie en 1694. Il y a alors clairement séparation des sens par la graphie. Il s'agit de ce que l'on nomme une réfection étymologique. Le français en connaît d'innombrables, certaines n'ont pas duré comme sçavoir (XVIe-XVIIIe s.) formé faussement sur scire (savoir) alors que cela venait de sapere (goûter). D'autres sont tout aussi fausses et perdurent : dompter (latin domitare). Dans le cas de dompter, on peut remarquer que le p faussement étymologique est prononcé de manière erronée par beaucoup de personnes, alors que le p vraiment étymologique de compter ne l'est jamais.

Mais je voudrais élargir mon propos à d'autres différenciations orthographiques. Le dessin et le dessein sont un seul et même mot à l'origine. Il s'agit du fait de (se) projeter. L'étymon est cette fois italien. On trouve desseing comme projet dès le XVe s. Mais c'est aussi le sens de la représentation graphique chez Tory en 1529. L'orthographe des(s)in(g) apparaît au XVIe s. et elle est combattue par Richelet qui écrit en 1680 : "Quelques modernes écrivent le mot de dessein [t. de peint.] sans e après les deux s, mais on ne les doit pas imiter en cela." Le g d'origine s'explique par le mot italien disegno. Comme il n'était pas prononcé (tout comme dans seing de signum), il est tombé au XVIIIe s. En tout cas, c'est seulement en 1798 dans le dictionnaire de l'Académie que le mot dessin devient autonome de dessein par la graphie. Cela illustre à mon avis fort bien le caractère totalement arbitraire et artificiel de l'orthographe (non que je défende l'idée d'écrire comme les admirateurs du fils des âges farouches...)

Il est encore d'autres formes d'orthographes artificielles alors que les mots ont une même origine. Prenons, le mot abîme. Ce mot appartient aux poncifs de l'école primaire : je constate que l'accent de cime est tombé dans l'abîme. Avec les rectifications orthographiques de 1990, il ne devrait plus être possible de réciter cette règle idiote. Cependant, on trouve des professeurs de lettres qui tiennent encore à écrire mise en abysme pour désigner le procédé de la Vache qui rit. Quand André Gide a repris cette expression pour désigner un procédé narratif, il a utilisé une forme héritée de l'héraldique qui est l'une des disciplines les plus conservatrices avec la vénerie. Certes, on trouve abysme dès 1170, certes Lamartine utilise encore la graphie abyme en 1820, mais le mot avait été déjà simplifié en abîme dès 1798 (ou même avant chez Richelet en 1680). Le y était là pour faire grec alors que l'origine de la terminaison n'est justement pas grecque et que le lien avec les abysses n'est plus clair du tout. On a affaire dans le cas de la mise en abysme à une fausse différenciation rétrospective pour des raisons de pure cuistrerie.

Il en va presque de même pour le verbe dessiller. C'est un terme venant de la fauconnerie, à l'origine desciller. Découdre les paupières d'un faucon. Puis c'est passé au sens figuré, faire prendre conscience de quelque chose à quelqu'un, lui ouvrir les yeux. C'est formé sur le nom cil, le verbe ciller. Il serait logique de rattacher ce mot à cette famille, mais pas du tout ! Toujours par pédantisme, pseudo-aristocratisme et conservatisme, il faut reprendre la forme archaïsante pour l'expression la plus courante ! Littré préférait l'orthographe avec c deciller, mais l'Académie a reculé en 1932, et si vous écrivez selon ce qui vous semble le plus logique, vous apparaîtrez comme un barbare ne comprenant pas les subtilités de la langue française ou de son histoire. Comment ? Vous ne connaissez rien de la chasse au faucon ? Mais que faisaient donc vos ancêtres ? Sans doute des paysans qui braconnaient les lapins de garenne au filet...

Venons-en à une troisième forme de différenciation orthographique. Le nom propre anglais court vient directement du français cour(t). Celui-ci vient lui même du bas-latin curtis. Le maintien du t en anglais montre que la consonne était encore prononcée en ancien français. L'emprunt anglais est attesté en 1894 lorsque commence à se répandre le tennis dans les couches aisées (la Belle Époque est riche en anglicismes idiots, inutiles et presque tous morts). Le mot anglais est prononcé à la française comme la plupart des anglicismes anciens. Il devient masculin sans doute parce que l'on a voulu d'emblée donner une spécification à ce mot, alors que l'on traduit The Royal Court, par la cour royale ! Ce court ou cette cour n'était pas une basse-cour. Il faut tenir compte de la dimension snob dans les différences orthographiques, comme on l'a vu avant.

Un autre exemple est le terme d'icône. Dans les années 90 et jusqu'au début des années 2000, de doctes informaticiens ou de savants ouvrages vous expliquaient qu'il ne fallait pas parler d'icône pour désigner une image ouvrant une application sur un bureau d'ordinateur, mais d'icone. Sans accent circonflexe. Pourquoi ? Parce que c'était traduit directement de l'étatsunien icon. Pis ! on devait dire un icone au masculin. Le raisonnement, particulièrement travaillé du chapeau, était qu'il ne fallait surtout pas confondre les deux sens du mot : celui de l'image religieuse (ou au sens figuré d'une personne emblématique) et le sens informatique. Comme si c'était possible... Celui qui utilisait le mot icône au féminin et avec accent était suspect de ne pas être compétent puisqu'il ne savait pas que cela venait de l'étatsunien et non du grec. L'écart de sens de dessein et dessin ou de compter et conter est suffisant pour qu'on fasse la différence, pour cour et court cela me semble avalisé par l'usage aussi et personne ne remet en cause ces graphies. Et j'en viens à l'essentiel : l'orthographe, cela sert parfois à discriminer des sens, mais aussi des gens.