dimanche, 28 février 2010
Pique, et pique et Trotsky colégram
Olivier du Boeuf qui pleure m'a signalé cet article de l'Oignon qui vaut son pesant de moutarde tellement il est puant de stupidité, de malveillance, de diffamation et de portnawak. Il se termine ainsi :
Espérons que ce gentil garçon apprenne un jour à faire la différence entre un « pic » et une pique. Qu'il sache néanmoins que la presse est libre, et à l'union peut-être un plus qu'ailleurs en PQR, que nous ne sommes au service d'aucun parti ni même de celui du maire de Vouziers.
Rappeler à un trotskyste (et dans le cas présent un éventuel trotskyste puisqu'il est élu sans étiquette) ce que c'est qu'un pic, c'est je crois une épreuve des plus sadiques. Par les moustaches de Staline, la barbe de Lénine et la chevelure du Che, je ne me serais jamais permis de commettre des plaisanteries au sujet de piolets ou de matériel d'escalade parmi une assemblée avec des trotskystes. Le mot pic est hautement suspect alors.
16:11 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, politique, langue française
L'étymologie, c'est d'abord de l'idéologie
"Au Moyen Age, lorsque les Vikings ont découvert le Groenland, il y avait encore moins de glace qu'aujourd'hui. C'est pour cela qu'ils l'ont appelé le "pays vert"", écrit M. Allègre. L'étymologie proposée est correcte, mais les raisons avancées sont fausses. La Saga d'Erik Le Rouge, (datée du XIIIe siècle) témoigne qu'"Erik (le Rouge) partit pour coloniser le pays qu'il avait découvert et qu'il appelait le "Pays vert", parce que, disait-il, les gens auraient grande envie de venir dans un pays qui avait un si beau nom".
C'est ce qu'écrit le journal de référence et j'ai envie de le croire. L'étymologie d'un nom ne constitue jamais une preuve d'un état quelconque et la certitude d'une vérité antérieure. C'est une représentation mentale des personnes d'une époque donnée et celles-ci pouvaient avoir le désir de s'illusionner, comme aujourd'hui lorsqu'elles succombent face à la publicité. L'étymologie est toujours avancée pour de mauvaises raisons, afin de justifier des exactions, des pillages, des brigandages, des rapines, des spoliations. Ce serait le vrai nom, le seul nom authentique, le nom qui dit la vérité d'un lieu, d'un temps, d'un peuple. Je suis très méfiant envers les personnes qui ont recours à l'étymologie afin de justifier leurs idées, je n'ai qu'une confiance modérée à l'égard de quelqu'un qui assene l'étymologie comme preuve suprême et absolue. En général, on truque les faits plus scientifiques avec l'alibi pseudo linguistique et littéraire parce que cela fait plus chic, en oubliant à qui on s'adresse. Je n'aime pas du tout ce comportement de voyou en terre linguistique. Je pense aussi que raisonner en matière de langue ou de communication, c'est faire de la politique. Et il est normal de se demander si l'on n'avait pas affaire à un concept publicitaire dans une saga.
12:43 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, politique, écologie
samedi, 27 février 2010
BHL, Botul, Ségolène, Mouchard et moi
Ségolène Royal ferait bien de se taire par moment. Surtout lorsqu'elle prend la défense de BHL. Je lis ainsi dans le quotidien de réference.
J'observe l'incroyable chasse à l'homme déclenchée contre lui pour une obscure histoire d'auteur sous pseudonyme qui l'aurait prétendument piégé. Et je trouve que le débat intellectuel tombe vraiment, en la circonstance, sous le niveau zéro (le journal Libération n'a-t-il pas été contraint de fermer tous ses forums de discussion "accrochés" aux articles de et sur Bernard-Henri Lévy, tant ils étaient envahis de commentaires antisémites ?).
Le journal Libération n'a pas fermé les commentaires des articles suite à des dérives antisémites, mais il les a fermés par avance en publiant le premier article sur la question Botul et en rappelant que BHL était actionnaire du journal, membre du comité de surveillance. Comme lorsque cela se produit pour les articles sur toute personne ayant part à l'actionnariat ou à la direction de ce journal, il n'y a eu aucun commentaire à aucun moment. C'est déjà arrivé lorsque Laurent Mouchard (alias Joffrin) donnait son point de vue sur les conflits sociaux dans son journal ou tentait un triple-salto arrière afin de se justifier au sujet de ses propos nettement diffamatoires concernant l'épicerie de Tarnac. Le niveau zéro est atteint quand on ne vérifie pas ses informations et que l'on colporte des versions dites officielles. Les propos antisémites abondent dans les réactions sous d'autres articles de Libération, mais cela ne semble absolument pas gêner la direction et le conseil de surveillance. C'est même l'un des journaux en ligne où l'on trouve le plus de textes racistes en commentaire (je veux bien avouer que le Fig ou Marianne ou le Nouvel Obs ne sont pas mal placés non plus dans ce cas), et personne n'y trouve rien à redire puisque l'on ne fait pas référence à BHL dans l'article. Il serait aussi peut-être un peu temps que Libé balaie devant son pas de porte et ne fasse pas croire à des choses infondées afin de servir son actionnaire.
17:13 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, journalisme, médias
Am stram gram
Dans le blogue ami de Leveto, Vous voyez le topo, Aquinze rappelle l'étymologie fantaisiste de la formule Am Stram Gram par Robert Escarpit. C'est une explication assez délirante, mais on a pu lire pire à ce sujet, parce que je crois que c'est l'un des sujets ayant entraîné le plus d'imbécillités pseudo étymologiques, tout comme l'origine de O. K. ou de Au temps pour moi ou d'Abracadabra. Je donne donc ici le poème écrit par le baron Louis de Lenclume qui serait la source de l'expression lorsqu'il est visité par la Muse dans un paysage fort ligérien entre Chinon et Azay-le-Rideau (ne négligeons pas le poids des symboles quand on se mêle de clichés).
Versets à la cruelle Héra
Ah que j'aime à chanter et ces bois et ces champs
Que j'allais, hier encor, de ma Muse illustrant
Mais hélas aujourd'hui mon chagrin est trop grand
Pour la cruelle Héra depuis qu'Eros me pique,
A la voix de mon luth, nul Echo ne réplique,
Car en mon coeur navré encor l'amour est grand.
O rival trop heureux, dans ton champ qui laboures,
Si tu savais bien voir le bonheur qui t'entoure,
Puisque sous l'olivier la blonde Héra t'attend !
Ah que j'aime à chanter et ces bois et ces champs
Que j'allais, hier encor, de ma Muse illustrant !
Mais hélas aujourd'hui mon chagrin est trop grand.
Le poème pseudo ronsardisant est déchiré et brouté par une chèvre, puisque la scène se déroule dans un paysage fort bucolique et agreste, comme il se doit lorsque l'on parle de poésies de la Renaissance qui doivent toutes se dérouler au milieu de jolis prés toujours printaniers en bordure de rivières paisibles. Le baron tente ensuite de le reconstituer et par suite d'associations de sons fort compliquées, l'on arrive à Am Stram Gram. Ce conte de la Saint-Glinglin par Escarpit est construit comme une forme de parodie de nouvelle romantique et fantastique. On songe à Hoffmann, au Nerval des Filles du feu, au Balzac du Dôme des invalides, au Balzac de Mille et un fantômes. J'avoue que le madrigal ronsardien qui tourne en ritournelle est comique en soi aussi. Il y a deux niveaux de parodie dans cette histoire et j'avoue que je me suis inspiré des Contes de la Saint-Glinglin pour mes éthylomologies.
13:13 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, humour
vendredi, 26 février 2010
La Suisse apostate
Le Guide Suprême (ne négligeons surtout pas les capitales dans son cas) de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste a déclaré :
« C'est contre la Suisse mécréante et apostate qui détruit les maisons d'Allah et interdit les minarets que le jihad doit être proclamé par tous les moyens ».
Diable ! Que voilà une étrange situation... J'ignorais que la Suisse fût auparavant un Etat islamique. Parce que si elle doit être qualifié d'apostate, il aurait fallu qu'il y eût une religion d'Etat et alors musulmane et qu'elle y renonçât. Or la seule guerre vaguement religieuse que je trouve au sujet de la Suisse opposait les catholiques et les protestants ou les conservateurs et les libéraux. Comment peut-on alors parler d'apostasie en ce cas ? Certes, le référendum contre les minarets était des plus imbéciles, mais la Suisse n'a jamais été un pays qui avait fait de l'islam sa religion d'Etat et d'ailleurs il n'y a pas de religion d'Etat au sens où on l'entend ou alors il y a 26 formes de religions d'Etat selon chaque canton, parce que dans un canton comme Genève on applique des règles exactement similaires à celles de la France en matière de séparation et à Zürich des règles plus proches des pays germaniques. Ce qui avait été parfaitement crétin dans l'initiative de l'interdiction des minarets (et non des mosquées comme tente de le faire croire le Guide Suprême de la Grande Jamahiriya, etc.), c'est que ce sont les cantons les plus laïques et les plus pourvus de mosquées qui ont voté contre, et ceux avec une religion d'Etat (souvent protestante) qui ont voté pour. Mais dans aucun des cantons suisses la religion musulmane n'est reconnue comme religion d'Etat et il ne peut y avoir alors d'apostasie. Si je dis que le Guide Suprême débloque à fond depuis quelques décennies, je me livre à un crime digne du blasphème et si je dis qu'il est incapable de s'exprimer avec des mots ayant un sens un peu cohérent, je dois être une sorte de créature satanique. Et mis à part cela, on a reçu en France ce bouffon avec des honneurs et des égards totalement indus, sous prétexte qu'on allait lui vendre une ou deux centrales nucléaires qu'il n'a toujours pas achetées puisque son pays regorge encore de pétrole.
17:51 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, suisse, religion, khadafi
Meuh !
Parlons de choses essentielles et substantielles en ces temps troubles et obscurs où l'on ne cesse de diffamer son prochain pour son passé de délinquant (de préférence si l'on est noir de peau) et de réclamer la preuve d'une identité nationale plus qu'hypothétique.
Une chose me fascine profondément depuis toujours : les affiches du salon de l'agriculture. Cela tient à mon goût pour la terre qui ne ment pas (comme le disait je ne sais plus qui) et à mes racines profondément enfouies dans la patrie de Maurice Barrès, telle la carotte ou la pomme de terre que l'on récolte après l'avoir arrachée.
L'affiche du salon de l'agriculture est un genre en soi dans la catégorie des montages photoshopés. D'abord, il faut une vache. Il serait inadmissible que le salon ne soit pas représenté seulement par une vache. Eleveurs de porcs, de chèvres, d'ânes, de chevaux, de moutons, de poulets, d'oies, de dindes, de canards, de pintades, passez votre chemin ! Seule la vache est suffisamment digne pour représenter le monde agricole. Depuis dix ans au moins, si ce n'est plus, le salon de l'agriculture nous donne une image de vache comme figure symbolique de l'agriculture. Moi, je veux bien... Une vache, c'est sympathique, mais enfin c'est un peu réducteur à la longue, parce qu'il n'y a pas que le lait, le fromage, le fourrage et la viande.
L'an passé, nous avions droit à une Holstein particulièrement horrible par son absence de cornes, sa traçabilité et son aspect fortement photoshopé (il faut dire que la Holstein n'est jamais à son avantage, même si on la laisse gambader dans les prés en toute liberté). Que voyons-nous cette année ? Le retour à la nature, avec un grand N, et aux valeurs avec un grand V ! Une Salers ! Une vache purement française, bien de chez nous (même si des médisants la trouve dans des pays estrangers). Là, c'est de la vraie vache, du bestiau à cornes que l'on aimerait bien manger. Regardez comme elle vous examine d'un oeil attendri, vous qui serez son consommateur. Elle vous aime déjà et s'imagine que vous l'apprécierez dans votre assiette.
Seulement, il y a quelques petits problèmes publicitaires. Que fait une tête de vache totalement détachée d'un corps au milieu de nulle part ? On croirait la Vache qui rit. Que veut dire cette colline arrondie artificiellement et qui correspond plus au dessin d'une mamelle humaine qu'à une éminence terrestre ? C'est bizarre, on a affaire au même vert que dans l'affiche de campagne de notre admirable président pour figurer le paysage dans lequel il voulait montrer qu'il figurait la France. Comment se fait-il que le vert des prés ressemble à du gazon anglais et que toute l'image soit saturée des diverses sortes de verts ? Et que vient faire ce slogan nouveau "Au plus près des terroirs" alors qu'il n'y avait jamais eu de slogan auparavant et que l'inscription semble calquée sur celle des lettres de Hollywood au dessus de Los Angelès ? Pourquoi le terroir maintenant ? Et surtout à la mode étatsunienne ?
Il y a là une forme de sens du terroir qui me laisse plus que dubitatif. On veut faire vert, authentique, proche des gens, proche des provinciaux et on fabrique de l'artifice complet.
11:25 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, publicité, agriculture, économie
mercredi, 24 février 2010
Mes bien chers frères
Comment dire quelque chose explicitement sans le dire explicitement dans le texte ? Par exemple, si vous voulez insister sur le lien maçonnique entre deux ou trois présidents de région... (Les trois points sont là juste par hasard...)
En employant un mot connoté et en l'écrivant entre guillemets pour bien signifier qu'il s'agit évidemment d'une réunion fraternelle, mais de frères d'un genre particulier. On écrit donc : "Gérard Colomb prend le TGV pour voir son "frère" Frêche". Un titre purement informatif en apparence. Il ne va pas attirer l'attention. On aurait pu commettre le même pour le frère François Rebsamen s'il ne s'était fait griller la politesse.
Je cherche dans l'article la mention du mot "franc-maçon". Y a pas ! Et cela ne figure pas non plus en commentaire. Alors pourquoi "frère" dans le titre ? Pour attirer des trolleurs qui crieront une fois de plus au complot maçonnique ? Pour ne pas être accusé de diffamation au cas où l'on voudrait parler d'une forme de secours des "fils de la veuve" ? Pourtant, c'est bien dit, on aurait parlé de "camarade" si l'on était resté dans un lexique purement socialiste et il n'y aurait jamais eu de guillemets. Mais quand on veut parler de maçonnerie, il faut employer toutes sortes de sous-entendus et de précautions oratoires qui ne trompent guère les lecteurs avertis. Est-ce que cela masque vraiment une forme d'accusation ? Non. Est-ce que cela nous apprend quelque chose de plus ? Non. Est-ce que cela risque d'attirer de l'audience si le mot "frère" est dénoncé comme ayant un autre sens que celui qu'on lui prête d'habitude ? Peut-être. Si quelqu'un met les pieds dans le plat. Mais alors ce ne sera pas la rédaction de Rue89. Et c'est profondément hypocrite.
17:27 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, politique, parti socialiste
Lupine
- On peut arriver pour une simple radio et ressortir avec des poings de suture au visage. Le Monde, 17 février.
- Les protections de plastique seraient peu à peu remplacées par du bois et de la taule. Le Figaro, 15 février.
- Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a nommé l'ancien commissaire européen Jacques Barrot, élu du Haut-Rhin. Le Monde, 23 février.
- Le compositeur polonais [Chopin] fêtera le bicentenaire de sa naissance prochainement. L'Aisne nouvelle, 6 février.
10:13 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, médias, langue française, orthographe
lundi, 22 février 2010
Des classiques en 140 caractères
J'ai découvert grâce à Calvero - du Post* - un compte Twitter intéressant twittclassic. Il vient à peine de commencer vraiment : il s'agit de résumer des classiques littéraires en 140 signes selon la contrainte de la longueur maximun des tweets**. Le style est en parler djeun's, avec du verlan, de l'argot, des abréviations, des anglicismes. La plupart des titres sont évidents, ils sont aisément discernables par le nom des personnages. Cela me rappelle un jeu que j'avais donné déjà ici et dans un forum, il fallait découvrir quels titres se cachaient dans mes résumés en une phrase, parfois en deux mots. C'est l'un de mes billets qui avaient le mieux marché : 86 commentaires, et cela sans aucune polémique.
* Oui, pour une fois, je peux dire du bien de quelqu'un du Post. J'apprécie les billets de Calvero qui se tient loin des pipoleries, des faits-divers sordides et de la politique des petites phrases à la petite semaine.
** Hier, Chantal Jouanno, ministricule de l'Environnement, aurait mieux fait de se taire, une nouvelle fois. Elle a déclaré : "Je me suis beaucoup interrogée de savoir si j'allais ou non utiliser Twitter. Twitter, c'est 120 signes écrits, donc c'est un SMS court. On ne peut pas dire grand chose." Eclat de rire général. On peut dire deux sottises en 169 caractères.
Post-scriptum :
Le lien vers ce billet sera l'objet d'un tweet bien entendu, Twitter cela sert aussi à donner des liens et à faire circuler une information. J''informe aussi que mon compte Twitter est en accès libre pour une période de deux ou trois semaines. Il s'agit d'une expérience, je verrai après si je le laisse en accès non protégé. Il faudra que je fasse régulièrement le ménage, parce que les pourrielleurs s'abonnent afin de se constituer des listes d'adresse, ils sont vite repérables ils ont des milliers d'abonnements et peu d'abonnés.
09:25 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, twitter, web, internet, langue française, politique
dimanche, 21 février 2010
Sardouïsme et sarkozysme : la problématique du colonialisme
Je reçois une lettre angoissée de Mariah-Samanthah, jeune umpiste de gauche qui prépare son bac STG pour la quatrième fois.
Mon cher comte, je suis fort ennuyée et contrariée, car notre horrible prof d'ultragauche barbu et chevelu (il me fait songer à Frédéric Lefebvre en plus sale, si c'est possible) nous a encore donné à commenter un poème de Michel Sardou dans le cadre du thème Sardouïsme et sarkozysme. Non seulement je n'y comprends rien, mais en plus il nous demande d'élaborer une problématique pour mettre en valeur les idées implicites et les présupposés de ce texte. Je m'y perds déjà. Problématique ? Implicite ? Présupposés ? Ce n'est plus du français, c'est du petit-nègre et je ne vois pas ce qu'il y a redire sur ce qui est évident.
Moi monsieur j'ai fait la colo,
Dakar, Conakry, Bamako.
Moi monsieur, j'ai eu la belle vie,
Au temps béni des colonies.
Les guerriers m'appelaient Grand Chef
Tout d'abord, il ne faut pas se méprendre sur le sens du mot colonie qui est aussi employé dans un autre poème contemporain. Il s'agit bien entendu d'un lieu de villégiature pour de grands enfants qui peuvent s'épanouïr en plein air et faire profiter à leurs camarades sous-développés moins expérimentés ou aguerris par leur savoir immense et universel. Ils devaient leur transmettre leurs valeurs de dévouement et de discipline, puisqu'il est entendu que les jeunes issus d'un monde sans loi comme celui des cités, de la savane ou de jungle ne pouvaient avoir une idée de civilisation. Dakar, Conakry, Bamako sont d'abord les noms de centres de vacances où l'on peut jouer en toute innocence avec d'autres grands enfants.
Au temps glorieux de l'A.O.F.
J'avais des ficelles au képi,
Au temps béni des colonies.
Bien entendu, l'A.O.F. est ici le nom de l'association laïque et républicaine qui organisait de joyeuses réunions entre des jeunes issus de milieux défavorisés et d'autres qui devaient leur servir de guides. On reconnaît alors le moniteur (dûment muni de son BAFA) à son uniforme plus soigné et mieux repassé, il domine tout le monde.
On pense encore à toi, oh Bwana.
Dis-nous ce que t'as pas, on en a.
Y a pas d'café, pas de coton, pas d'essence
Là, il faut songer que les colonisés sont tous dévoués à révérer leur moniteur et à lui faire des cadeaux afin de lui montrer comment ils peuvent l'aider. Ils lui livrent de petits cadeaux pour lui montrer leur estime, puisqu'il les a aidés à sortir de l'absence d'histoire. Car "Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles." Quelle plus belle et noble tâche pour le moniteur de colonie de vacances que de faire accéder le sauvage le sous-homme le grand enfant à un stade supérieur de civilisation ? Et il est alors normal de recevoir de sa part des cadeaux pour ce qu'il a pu apporter comme apport culturel positif.
En France, mais des idées, ça on en a.
Nous on pense,
On pense encore à toi, oh Bwana.
Dis-nous ce que t'as pas, on en a.
Le moniteur de colonie de vacances sait penser, les grands enfants non. Ou alors juste assez pour être reconnaissants lorsqu'ils sont devenus adultes, et en fait ils se disputent encore entre eux comme le faisaient les moniteurs à la nuit tombée : ils doivent donc encore lui demander son aide ou celui-ci vient plus souvent la proposer sans qu'ils la réclament, puisque les êtres qu'il a formés en apparence lui appartiennent.
Pour moi monsieur, rien n'égalait
Les tirailleurs sénégalais
Qui mouraient tous pour la patrie,
Au temps béni des colonies.
Ils mouraient certes en grand nombre, mais d'abord de froid et de mauvaises conditions de vie, pas seulement devant l'ennemi et pour une patrie qu'on leur refuse aujourd'hui parce qu'ils n'ont pas vocation à l'intégrer. Ils ne l'avaient déjà pas lorsqu'ils étaient considérés comme troupes indigènes et absents de la citoyenneté française. Il ne faut pas considérer les gens selon ce qu'ils font ou ont fait, mais en fonction de leur vocation à. Ici, ils avaient vocation à mourir, puisqu'ils n'étaient pas français et que leurs descendants le deviendront difficilement.
Autrefois à Colomb-Béchar,
J'avais plein de serviteurs noirs
Et quatre filles dans mon lit,
Au temps béni des colonies.
Il faut alors parler de la grandeur perdue de la France qui savait se montrer digne envers les êtres inférieurs pour apporter les nobles idées de liberté, d'égalité, de fraternité. On peut les trouver dans ce passage. Cette mission civilisatrice a depuis été oubliée, hélas !
Moi monsieur j'ai tué des panthères,
A Tombouctou sur le Niger,
Et des hippos dans l'Oubangui,
Au temps béni des colonies.
Est-ce compatible avec le combat nouveau pour la biodiversité ? Comment ce passage peut-il se fondre avec les nouvelles règles en faveur d'un développement durable et s'agit-il de développement civilisationnel ?
Entre le gin et le tennis,
Les réceptions et le pastis,
On se s'rait cru au paradis,
Au temps béni des colonies.
Peut-on dire que la chanson de Michel Sardou a été prise au premier degré alors qu'elle dénonçait en fait des clichés et des représentations mentales dans une forme de crescendo ? Est-ce vraiment une chanson d'extrême droite et a-t-on fait un mauvais procès ? Voilà des questions que l'on peut se poser pour une problématique.
12:55 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson, langue française, politique, ump


