mercredi, 27 janvier 2010
L'imam si bien français et si peu crédible
J'hallucine quand je lis les propos de l'imam anti-burqa qui se justifie ainsi de sa bonne intégration à la société française afin d'assurer la publicité de son livre à paraître.
J'ai pris un crédit pour acheter ma maison (ce que réprouve l'islam), je ne porte pas la barbe, je serre les mains des femmes et mes enfants sont dans le privé catholique.
1) L'islam, au cas où il l'aurait étudié, ne réprouve pas du tout le crédit, mais les taux d'intérêt abusifs et surtout l'usure et il existe une finance conforme à des principes religieux musulmans (qui ne sont ni pires, ni meilleurs que des principes chrétiens ou prétendument éthiques).
2) Il ne porte pas la barbe, et moi si alors que je suis Français depuis de longues générations. Serais-je moins français que d'autres alors ? (Oui, je sais que je donne dans l'image du prof de gauche forcément barbu, mais cela m'a pris récemment et j'ai enseigné vingt ans sans barbe.) En outre, la barbe était considérée comme républicaine et même socialiste au cours du XIXe s.
3) Je ne serre presque jamais la main des femmes, je leur donne les deux, trois, quatre bises qu'elles demandent selon les conventions de leur région et de leur milieu. Serrer la main d'une femme, c'est rare, et on se demande s'il a conscience des usages.
4) Déclarer comme preuve d'adhésion à la nation française le fait que ses enfants se trouvent scolarisés dans l'enseignement catholique est plus que suspect ! Je veux bien admettre que les écoles sous contrat respectent le même programme et les mêmes règles que l'enseignement public, mais on ne devient pas plus français en plaçant ses enfants dans le privé, de préférence catholique. Cela n'a rien à voir : la France n'est pas encore un Etat avec une religion d'Etat.
Il affiche des signes qui n'ont rien à voir avec les croyances et qui correspondent en fait aux préjugés que l'on pourrait avoir sur sa religion. Mais tout sonne faux dans ce discours.
20:07 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : politique
Comic Sans : un scandale des droits de l'homme qui dure depuis trop longtemps !
Il est plus que temps de lancer un nouveau grand débat national autour de notre identité. Pour ce faire, j'ai choisi une victime exemplaire : la police de caractères Comic Sans. Je ne suis pas le premier à demander son interdiction complète. Il est temps que ce scandale cesse !
Pourquoi réclamer cette interdiction dans les documents publics ?
- Comic Sans ne permet pas l'utilisation du gras, de l'italique ou des deux attributs ensemble, à la différence de presque toutes les autres polices.
- Comic Sans ne permet pas l'emploi de capitales accentuées, elles ne sont pas dans sa casse.
- Comic Sans est une police qui présente en apparence un aspect respectueux et affectueux du fait de son imitation de la forme ronde des caractères dans les bulles de BD, mais cela ne peut faire sérieux qu'auprès d'enfants de moins de dix ans.
- Comic Sans ne se trouve que dans de mauvais blogues remplis aussi de WordArt, de ClipArt, de gif animés, de pourriards ou de Java qui vous mangent toute la mémoire de votre PC.
- Comic Sans ne correspond précisément à aucun caractère écrit par des lettreurs de BD, mais à une forme moyenne (calculée principalement sur l'échelle de Walt Disney) et le lettrage en BD n'a de sens que par rapport au dessin présent dans les cases. Un lettrage uniforme de BD hors du graphisme d'un dessinateur n'a aucun sens.
- Comic Sans dans un courrier administratif donne l'impression au lecteur qu'on le prend pour un demeuré. C'est absurde dans le cas d'une lettre de licenciement, de mise en demeure.
Bref, la police Comic Sans avilit et abaisse les lecteurs et les scripteurs à la fois ! On ne peut plus la tolérer dans des documents publics. Elle bafoue les valeurs humanistes auxquelles nous croyons. Elle ne correspond pas du tout à notre degré de civilisation.
C'est pourquoi, je demande :
- la mise en place d'une commission parlementaire ;
- la constitution de réunions publiques en préfecture ;
- une déclaration solennelle du chef de l'Etat (avec discours d'Henri Guaino à l'appui) ;
- une résolution de l'ONU ;
- la formation d'une force armée spécialement consacrée à l'éradication de cette police de tous les PC ;
- l'instauration d'un fichier international des utilisateurs de Comic Sans afin de tracer le parcours de tous ces dangereux individus ;
- leur proscription de la Toile ou de tout accès à un matériel informatique après un avertissement.
Après quoi, nous pourrons lancer aussi un grand débat national contre le WordArt.
10:36 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (37) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, typographie, web, internet
שאָל
- L'hippodrome de la Cépière tient bien les rennes. 20 minutes, 14 janvier. Je crois bien que c'est la dixième fois au moins que cette erreur figure dans la revue de presse.
- L'utilisation de la cilice est davantage recommandée. Le Télégramme, 16 décembre. Au sujet d'une chaussure glissante.
- Militants, étudiants et travailleurs précaires qui occupent un hôtel particulier de la très chique place des Vosges. Les Dernières Nouvelles d'Alsace, 19 janvier.
- Les policiers ont remonté leurs traces grâce à un téléphone portable tombé de leur proche. Sud-Ouest, 6 janvier.
- 75 adultes, dont beaucoup d'enfants, se sont retrouvés à la salle des fêtes. L'Union, 15 janvier.
09:03 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
lundi, 25 janvier 2010
Florilège présidentiel
Petit florilège des phrases présidentielles de ce soir (ce n'est pas dans l'ordre chronologique).
- Moi, j'aime pas ce qu'est pas juste.
- Je serais bien incapable de traire le lait.
- J'ai promis : la moitié des économies réalisées sont données en gain de pouvoir d'achat.
- Je n'ai pas un âge cacochyme.
- Moi-même, je n'ai pas fait de concours, et j'ai été élu président.
- Si je suis là, c'est pour qu'on dise la vérité.
- La Chine, vous savez, ils ont du mal avec le respect de l'environnement.
- On perd des jeunes dans les quartiers, on les retrouve plus.
- Je pense qu'une nation, c'est comme une famille !
- On a voulu dire aux Français : tentez l'aventure !
- C'est nous qui payons, heu... c'est vous qui payez.
- On ne peut pas demander aux Français d'assumer pour eux.
- J'veux pas faire d'ennuis à Bernadette ! [Je n'ai pas tout suivi, mais il me semble qu'il a alors promis d'outrepasser ses droits constitutionnels.]
- Il faut qu'on augmente les salaires, mais ce n'est pas le président de la République qui peut le faire !
Je dois en avoir manqué, puisque je suivais ce faux dialogue indirectement. Mais elles me semblent toutes remarquables par leur absurdité, leurs fadaises ou leur mauvaise construction. Je suis persuadé que cette émission restera culte en partie du fait de ces quelques extraits et de clips que l'on se repassera en boucle. Je n'ai qu'un mot : consternant. Pour la langue, les sujets, la fonction représentative. Comment peut-on parler aussi mal et aussi mal représenter le peuple, je me le demande. On a voulu voir et avoir un président ridicule, eh bien ! on l'a gagné. Je crains fort que nous n'ayons pas encore touché le fond, il est possible d'aller encore plus avant vers le grotesque.
22:43 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, langue française
140
Je voudrais vous faire découvrir un compte Twitter qui mérite le détour parce qu'il est original et que j'aurais aimé avoir eu cette idée. Il s'agit de Centquarante. Pourquoi Centquarante ? Parce qu'il y a 140 caractères dans un tweet. Cela donne des fictions courtes et fantaisistes toutes écrites dans le format imposé. La contrainte devient une vertu. Voilà qui nous change des réflexions sur le temps ou le menu, de bien des banalités qui sont le lot quotidien de beaucoup de twitteriens. Cela me rappelle un peu les nouvelles en trois lignes de Fénéon, sans sa noirceur, ou bien les amorces de nouvelles de Kafka dans son journal, toutes proportions gardées. Je sais que certains se sont essayés au haïku en tweets, mais ce sont surtout des anglophones. Il me semble qu'il existe aussi des limericks en tweets, mais ils sont difficiles à trouver à cause de l'homonymie. Il était aussi évident que l'OuTwiPo apparaîtrait, mais il me semble manquer de rigueur oulipienne. Quels autres genres brefs et très formels peuvent se trouver présents dans Twitter ? (C'est une vraie question.)
18:47 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : twitter, oulipo
dimanche, 24 janvier 2010
Bassesse oblige
Je lis ce propos d'Elkabbach et je m'interroge :
"Vous êtes un cinéphile, ça me fait penser à un vieux film magnifique avec Alec Guiness, Noblesse oblige : le bateau coule et le capitaine salue et coule dans la dignité".
Quand on connaît l'intrigue du film, on sait que ce capitaine (d'ailleurs joué Alec Guiness comme pour les autres membres de sa famille) est justement le seul qui n'a pu être assassiné par le personnage principal qui a éliminé tous les concurrents pour son accession au duché. Ce n'est qu'une péripétie du film, non son épilogue. Or ce personnage qui est le fil conducteur rédige en prison ses mémoires avant son exécution, ce qui donne lieu à des retours en arrière comme celle-ci, inspirée d'ailleurs d'un fait réel ou du moins rapporté par la presse. Qu'est-ce que cela veut dire ?
On est dans le débat totalement piégé dès le départ. Plusieurs hypothèses sont possibles ensuite (je ne connais pas l'émission).
Bayrou reconnaît sa cinéphilie, dit qu'Elkabbach a mal résumé le film, puis il le raconte. Il se piège, car il doit avouer alors qu'il a assassiné tous les rivaux qui pouvaient prétendre à la possession des sigles UDF et MoDem.
Bayrou rentre dans la métaphore afin de dire qu'elle est fausse d'un pur point de vue cinéphilique, sans relever l'énormité d'Elkabbach, mais cela ne relève pas le débat pour autant. On est dans la langue de bois.
Bayrou dénonce le procédé totalement faussé par ce genre de comparaisons biaisées qui n'ont pas lieu pour des personnes de la majorité. On lui répond alors que tout le monde est également traité. La bonne vieille blague !
Je ne sais comment il a répondu et au fond je m'en fiche. Ce qui m'importe, c'est de voir comment un journaliste très brillant arrive à aligner un homme politique aussi brillant, qu'il aurait pu ménager quelques années plus tôt s'il avait été du même côté. On amène un fait anecdotique et accessoire comme le fait essentiel, on fait appel à une culture supposée devant laquelle il ne faudrait pas se défausser. On attend de savoir s'il va répondre à des choses comme : intrigue réelle du film, bateau coule, ou bien s'enfermer dans l'assassinat de tous ses adversaires au sein de son parti (alors qu'on n'a jamais posé la question à Mitterrand, Chirac ou Sarkozy !) Ce genre de questions à multiples ouvertures et fortement culturel est le pire de la bassesse à mon avis : il ne faut que prendre la bête dans les filets. Ce n'est pas du vrai journalisme, même si cela en a l'apparence.
16:59 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, udf, modem, politique, médias, presse, radio
Jeu du baccalauréat
Je lis un panégyrique démentiel de Jacques Attali dans le journal de FOG (l'homme qui a su se faire faire un acronyme à l'américaine comme BHL alors que Jean-Luc Hees a échoué malgré sa coiffure aussi décoiffante à l'américaine).
Quand il joue au bac avec ses amis l'été, Attali ne se contente pas de trouver des noms de pays et d'acteurs commençant par telle ou telle lettre. « Il corse, il veut les musiciens baroques français de la seconde moitié du XVIIIe siècle », s'amuse l'avocat Jean-Michel Darrois.
Quoi ? Le génie universel Jacques Attali jouerait donc au baccalauréat comme des collégiens incultes lors de leurs heures d'étude ? Il y a plus de trente ans que je considère cette activité comme débile par essence. Et c'est ce genre de distraction que l'on pratique dans la bonne société ? Ecouter ces musiciens au lieu de les citer ne serait donc pas une activité honorable ? Que vaut un nom que l'on sait prononcer ou orthographier si l'on n'écoute ou ne voit pas ce qu'il a voulu transmettre ? Cela n'a aucun sens.
On est dans la pure culture générale de type classes préparatoires aux grandes écoles, du creux entouré de vide. Cela ne peut éblouïr que lors des jeux télévisés où l'on voit la grosse tête face à des idiots, mais la culture n'est pas cela. Il s'agit de temps, de patience, de lectures, d'auditions, de visites, de rencontres avec des êtres, et surtout de réflexion. Ce n'est certainement pas se livrer au name dropping. Cela n'a rien à voir avec ce que serait une culture réelle et approfondie. Le détail remplit en fait un autre but que celui de poser le grand gourou comme un puits de science : celui de le montrer comme un homme ordinaire qui n'hésiterait pas à sacrifier aux jeux d'adolescents prépubères que l'on présuppose comme populaires chez tous les adultes. Mais dans ce cas, c'est raté !
On a un portrait indirectement puéril. Personne n'a besoin de ressembler à une encyclopédie s'il n'a pas eu une connaissance directe des oeuvres et n'a le devoir de témoigner de la supériorité de sa culture personnelle. Mieux vaut avoir écouté cent fois ceci que de connaître le nom de tous les musiciens baroques dans une époque où ils n'existaient presque plus. L'oeuvre compte avant le nom. Mais cela me rend Attali presque sympathique, en petit garçon qui s'amuse à des jeux qui ne sont plus de son âge. Il est plus bête que je ne croyais.
13:31 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : attali, culture générale
La filière corse
Je lis ceci dans Twitter du fameux porte-parole de l'UMP que l'on ne présente plus :
FLefebvre_UMP: Immigration clandestine : la France ne laissera pas la Corse devenir une nouvelle filière.
Frédéric Lefebvre est unique, il ose tout et c'est à cela qu'on le reconnaît. Mais j'ai un léger problème avec cet énoncé. Est-ce que les Corses organisent une immigration clandestine sur leur sol ? J'ai l'impression que non et ils admettent mal le pinzutu, sauf s'il se fait oublier. Qu'a-t-on à la base de cette déclaration ?
D'abord des réfugiés politiques ou économiques, menacés dans leur vie, dont on doit examiner les demandes de droit d'asile avant de les placer en centre de rétention administrative - ce qui n'a pas été le cas en l'espèce. Ils sont d'emblée qualifiés d'immigrés clandestins, mais quand on fuit un pays en guerre comme l'Irak ou une dictature comme la Syrie on ne prend pas la peine d'obtenir un visa et un permis de séjour auprès d'une ambassade. Ensuite, ils sont sans doute victimes d'un passeur qui les a débarqués n'importe où et cela aurait pu être sur n'importe quelle côte sans leur donner une solution d'hébergement sur place. Ce n'est pas vraiment ce que l'on peut nommer une filière puisqu'il n'y a pas de point d'arrivée déterminé.
Enfin, j'en arrive à l'essentiel. Pourquoi l'agité aux longs cheveux gras et sales parle-t-il de la Corse comme d'une filière ? C'est que comme pour les réfugiés il y a un présupposé à la base : qui dit Corse, dit automatiquement clandestinité, maquis, zone de non droit, réseaux plus ou moins mafieux (surtout dans les enclaves corses des Hauts-de-Seine), histoires de contrebande et de douaniers (les douaniers étant eux-mêmes corses), attentats contre des pylones ou des gendarmeries, conférences de presse encagoulées et pourtant bien surveillées par les gendarmes (corses comme les terroristes). On a à la base une représentation folklorique. Ce faisant, il stigmatise l'ensemble d'une population qui ne serait pas vraiment française de coeur et qui aurait été susceptible d'accueillir et de cacher des clandestins à cause d'un autre présupposé, celui de l'hospitalité. Dirait-on d'autres départements qu'ils sont des filières de l'immigration clandestine ? Des Côtes-d'Armor, de la Gironde, de la Loire-Atlantique, de la Dordogne ou du Gers, par exemple ? Il traite la Corse comme un département d'outre-mer qui subit une immigration clandestine massive comme Mayotte ou la Guyane alors que les circonstances sont totalement différentes.
Quand on commence à creuser le discours de notre chevelu glaviotant, on se rend compte qu'il s'agit bien d'un discours de communicant. Les mots sont pesés afin de correspondre aux stéréotypes du café du commerce et d'éviter tout débat sur le fond ou sur les représentations mentales. Il ne raconte pas n'importe quoi, ses discours incohérents ont un but : nous abaisser à son niveau et à sa vision manichéenne.
10:41 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française, ump
samedi, 23 janvier 2010
D'une ellipse historique
Les critiques de BD du journal de référence sont parmi les pires du monde. Ils écrivent ainsi :
Né à Strasbourg, le 25 septembre 1921, Jacques Martin fait partie des derniers "monstres sacrés" de la BD classique d'après-guerre. Le nom de cet auteur français, qui rejoint la Belgique après la mort de son père, juste avant la seconde guerre mondiale, reste également lié à ceux d'Hergé, Edgar P. Jacobs ou Bob De Moor, fondateurs et piliers du journal Tintin né en 1946.
On lit ensuite quelques paragraphes plus bas :
Pendant la guerre, affecté au titre du service du travail obligatoire (STO) aux usines Messerschmitt, à Augsbourg, il en ramène des carnets de croquis récemment publiés (Carnets de guerre, éd. Casterman). A son retour, il collabore à l'hebdomadaire belge Bravo ! pour lequel il crée Monsieur Barbichou.
Il y a un problème. Cela permet de négliger un épisode peu connu de la vie de Jacques Martin lorsqu'il se trouvait en fait toujours encore en France entre septembre 41 et février 43 et qu'il participait aux Chantiers de jeunesse du régime de Vichy (mais comment cela aurait-il été possible s'il résidait déjà en Belgique qui était zone interdite en 40 et qu'il aurait dû être soldat en 39 ?) Il a commis alors beaucoup de dessins d'inspiration pétainiste. Il ne pouvait guère échapper au STO, puisqu'il était déjà dans une institution vichyste, mais d'autres en grand nombre se sont esquivés lorsque cela fut imposé à sa tranche d'âge en février 43. Les Chantiers de jeunesse étaient obligatoires comme le service militaire avant et après, on peut subir et ne pas se soumettre ; mais commettre des dessins de propagande dans ce cadre est d'une autre nature. Admettons... on n'est pas sérieux quand on n'a qu'à peine vingt ans et que l'on n'a pas tout lu, tout vu, tout entendu, tout compris des enjeux - et d'ailleurs quand et comment le pourrait-on ?
Si nous savons mal l'histoire qui sera, en revanche, nous connaissons très bien l'histoire qui est et nous pouvons la récrire à notre guise. Jacques Martin n'a eu de cesse d'occulter cet épisode infame où il montrait qu'il avait été en fait un Français comme les autres sans aucun courage et se laissant porter par les événements décidés par une autorité supérieure, un Français ordinaire soumis et collaborateur qui accepte les codes du nouveau régime. Je n'ai aucune envie de me livrer à une psychanalyse sauvage du personnage, d'autant que je manque de moyens documentaires, mais cet épisode me semble expliquer une large part des affabulations postérieures de Martin. Il avait commencé à mentir sur son passé durant la guerre, il a continué ensuite mais en rendant son rôle héroïque comme celui d'Alix ou Lefranc face à quelqu'un qui était incapable de tenir le pouvoir (par exemple Hergé qu'il aurait bien pu remplacer à son avis).
L'ellipse du Monde est fort significative de toutes les ambiguïtés de Jacques Martin, apparement attaché à la vérité historique et surtout soucieux d'inventer la sienne afin de ne pas dire la vérité. Il n'a jamais été ses personnages, sauf en rêve et ensuite dans les fictions qu'il a créées. Mais dans le journal de référence, on ne veut surtout pas poser les questions qui dérangent, sauf si elles commencent à déranger aussi chez les autres. Eh bien ! posons la question qui fâche : pourquoi les albums de Jacques Martin plaisent-ils tant aux gens d'extrême droite et s'en souviennent-ils avec autant d'émotion au point de le célébrer à tour de bras ? (Je sais aussi qu'ils plaisent aussi aux homosexuels, aux amoureux de l'Antiquité, des langues anciennes, etc., mais ce n'est pas le problème.)
21:01 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, médias, langue française, bande dessinée
Plantu et le coup du lapin
Dans le journal de référence, le dessinateur de référence s'exprime ainsi, selon son interviouveur :
Concernant la censure, Plantu, dessinateur au Monde, aime raconter cette anecdote : "Qu'importe que, sur un bateau, il soit interdit de prononcer, selon la superstition, le mot "lapin". Je me fiche de dire au capitaine le mot "lapin", du moment que je peux dénoncer les conditions d'exploitation de l'Indonésien qui est dans la soute." Manière de dire que s'il faut dénoncer les interdits, plutôt que d'achopper dessus, le plus efficace est de les contourner.
Plantu confond deux faits différents. Les lapins - considérés autrefois comme rongeurs étaient interdits sur les navires -, mais on pouvait parfaitement les nommer, puisqu'ils n'inspiraient pas de peur sauf celle de voir le navire infecté par des maladies à cause des déjections ou que la nourriture disparaisse et soit souillée. Le mot qui était interdit était le mot "corde". Parce que la seule corde du navire servait à pendre les mutins ou à leur faire subir le supplice de la cale mouillée. Toutes les cordes d'un navire à voile ont un nom particulier selon leur taille et leur emplacement, sauf une. Celle qui se rapporte à la torture et à la mort. On ne parle pas non plus de corde dans la maison d'un pendu. Cette superstition liée au mot s'est aussi étendue au théâtre, puisque les premiers machinistes qui travaillaient dans les cintres des théâtres classiques étaient à l'origine d'anciens marins qui pouvaient manoeuvrer des machineries complexes afin de faire descendre le char des dieux sur Terre. C'est resté comme une tradition, et comme on ne comprend plus ce qu'est le théâtre ancien ou la marine à voile, cela permet de parler de choses en apparence absurdes.
Pourquoi alors évoquer la fausse peur du mot "lapin" chez les marins ? Celui-ci évoque l'idée de l'innocence et de l'insouciance pour le lecteur moyen qui ne voit là qu'un adorable nouvel animal de compagnie, un personnage de cartoons ou bien un bon plat. Ah ! comme il devient sympathique le lapin avec nos représentations contemporaines ! Mais en posant le nom "lapin" comme interdit, Plantu peut se permettre de dire qu'il dénonce les véritables interdits non dits, ceux qui seraient à fond de cale comme l'Indonésien (version moderne de l'esclave noir) qui travaille dans la soute à charbon ou qui est convoyé clandestinement. Il oppose ainsi faussement le haut et le bas, le faux (en haut) tout en superstition et le vrai (en bas), le mot (lapin) et la réalité (l'Indonésien caché), l'interdit apparent et l'interdit porteur de sens.
Or, en fait, c'est bien le mot "corde" qui était interdit et pour des raisons bien plus graves que le simple fait d'avoir peur d'un lapin ou d'un mot ! Il s'agit de l'interdit suprême, celui que l'on pose sur le nom de la mort et surtout de la mort indigne que l'on ne saurait jamais désigner comme telle. On se trouve dans une situation bien pire que celle de la simple exploitation de la misère humaine : dans le cas où des hommes avaient un droit de vie et de mort sur d'autres hommes, qu'ils soient sur le pont ou dans la cale. Est-il si anormal que des marins aient conservé le souvenir si anormal ? Cela les rend-il moins humains ? Interdit-on encore les lapins ou le mot "corde" dans les embarcations surchargées pour réfugiés ou émigrés clandestins ? Proscrit-on les mêmes choses dans les navires poubelles sous pavillon bananier ? Je ne crois pas. On n'y parle pas vraiment français, ou à peine. Ces expressions ne voudraient rien dire sur ces navires, d'autant que la plupart des Français ne les comprennent plus, Plantu le premier. La réalité a si peu changé en si peu de siècles alors que les mots de la réalité ancienne se sont perdus dans la confusion et l'autojustification.
17:44 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, média, presse, dessin, langue française


