mercredi, 31 janvier 2007
Les voisinages de Van Gogh
Je me suis toujours senti un rien en avant de ma sentissante
existence, le voisin de Van Gogh, que plusieurs saint-rémois
m'avaient assuré être un peintre exalté, sinon peu sûr.
Il sortait longuement la nuit, disparaissait entre d'épais
cyprès que de rapides étoiles abordaient facilement,
ou bien il ameutait le mistral à l'extrême avec la présence
encombrante de son chevalet, de sa palette et de ses toiles
ficelées à la diable. Ainsi chargé, il se dirigeait du côté
de Montamajour, ruine signalée dangereuse. Arles et
Les Baux, la campagne filante vers le Rhône étaient aussi
les lieux d'errance et soudain de travail d'un peintre étrange
par ses yeux et rousseur de son poil, mais sans abord réel.
Ce n'est qu'un temps plus tard que fut jeté sur lui un rideau
d'explications : cet habitué du bordel d'Arles était en fait
un juste que l'asile de Saint-Paul-de-Mausole recueillit
dément à quelques centaines de mètres de Glanum encore
sous terre, et pourtant déjà désignée par une arche naturelle
en berceau dans la montagne, que Van Gogh avait peinte
dans l'un de ses tableaux avec le plus d'affinement.
Je sus, en regardant ses dessins, qu'il avait jusque-là comme
travaillé pour nous seuls. Comment ne pas emrprunter
à l'espace-temps dont la source-texte reste à l'écart du conte ?
Ce pays au ventre de cigale nous était pleinement
communiqué par une main et un poignet. De quelle
fournaise et de quel paradis Vincent Van Gogh surgissait-il ?
Et de quelle souffrance maîtresse tenait-il ces cailloux,
ces iris et ces marais, ces étroits chemins, ces mas, ces blés,
ces vignes et ce fleuve ? Sublimes dessins ! Longtemps
après, ma vie serrée entre les barreaux de plusieurs malheurs
me traquait dans une nature semblable ! Je la distinguais
et en tentais l'échange au fond des yeux de Vincent
alors que ces derniers enrichissaient de leur vérité,
de leurs fleurs nouvelles, les miens, mes yeux meurtris
par la neige fondante non rejouée. Un chien qui me fut cher
n'apparaissait plus pour à nouveau s'endetter à ma voix.
La terre n'en finissait pas d'hésiter sur le prochain dessin
des hommes.
René Char
18:35 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poésies, poème, poèmes, peinture, art
Barbapou
Décidément, un journal du soir ne prend même plus le soin de corriger les cornichonneries de ses rédacteurs. Voilà encore deux fausses étymologies après celle de crimson hier :
L'on doit peut-être au roumain les mots "barbecue" et “barbaque” : l'un et l'autre viendraient de berbec qui signifie mouton - étymologie plus probante que celle issue de l'expression fantaisiste "faire rôtir un mouton en le transperçant de la barbe au cul", rapportée par Maguelonne Toussaint-Samat dans son Histoire de la nourriture (Larousse, 1997, épuisé).
Certes, il y a peut-être, mais c'est pour réfuter une autre étymologie non moins fantaisiste que la roumaine comme si la première était plus vraie. Cela fait partie des légendes !
17:30 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : langue française, cuisine, étymologie, roumain
Rapportage (21)
L'ami Thur a l'habitude de voir son lucre
Dans tous les produits qui passent pour fort peu sûrs :
« C'est bien plus fort que moi, il faut que je me sucre ! »
Confie Thur.
16:12 Publié dans Oulipismes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : oulipo, poésie, poésies, poème, poèmes, écriture, humour
Testacelles
— Malgré l'intervention des policiers, les individus masqués et la voiture ont réussi à s'enfouir. Le Républicain lorrain, 19 janvier. Un classique.
— L'opération de prévention “Je sors en bite, je rentre en vie”. La Renaissance, 16 janvier.
— Parfois on peut passer deux doigts entre la plainte et le sol. Sud-Ouest, 25 janvier. Un autre classique.
— Quelques militants (écologistes) sont même allés hier déverser des bouteilles vides devant la société (Cristaline). Le Parisien, 19 janvier.
— Un cheminement vers l'abbaye (du mont Saint-Michel) et son archange Gabriel sont prévus au programme. La Croix, 16 janvier.
10:20 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : langue française, orthographe, presse, média, médias, journalisme, coquilles
mardi, 30 janvier 2007
Une bergeronnette marche sur l'eau noire
Maintenant que nous sommes délivrés de l'espérance et que
la veillée fraîchit, nul champ sanglant derrière nous, tel celui
qui laisserait un chirurgien peu scrupuleux au final de son
ouvrage. Que le geste paraît beau quand l'adresse est
foudroyante, la suppression du mal acquise ! Bergeronnette,
bonne fête !
René Char, les Voisinages de Van Gogh
19:16 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
In the Court of the Crimson King
Ah ben ! en voilà une andouillerie qu'elle est belle ! C'est vrai que le breton, cela peut sembler plus romantique et plus médiéval (ciel ! quel galimatias, mais le reste de l'article est aussi lamentable...) que l'anglais.
"A 14 ans, on aime le romantisme : manteaux noirs, longues jupes... avant d'arborer un look moyenâgeux, avec bagues-armures et bracelets de cuir, explique David, 19 ans, alias Crimson ("couleur du sang séché au soleil" en breton).
18:00 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : anglais, rock, gothique, langue française, breton
Rapportage (20)
L'ami Del aimait montrer son érudition
Par une phrase illustre à chaque occasion.
Un jour, surpris : « “Ah ah !” Paul Valéry, Tel quel »,
Cita Del.
16:04 Publié dans Oulipismes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : oulipo, humour, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
Le quatrième mousquetaire
Après le troisième homme, le cinquième Beatles, le bras droit, voici un autre personnage improbable : le quatrième mousquetaire. Tout le monde sait que les trois mousquetaires étaient en fait quatre avec d'Artagnan. Donc cela désigne le personnage important qui est généralement oublié comme d'Artagnan est oublié dans le titre même si le héros c'est lui.
Pourquoi est-ce que j'en parle ? Parce que je viens de lire sur un autre blogue la liste des borgnes célèbres de Hollywood : John Ford, Fritz Lang, André De Toth, Raoul Walsh. Ils sont déjà quatre et on a oublié Nicholas Ray. Puis l'auteur parle de Tex Avery comme du quatrième mousquetaire. Je précise que c'est un extrait du livre que Robert Benayoun a consacré à cet auteur de dessins animés. Bon... quatre borgnes sont déjà cités et voilà notre quatrième mousquetaire...
Qui a-t-on parmi les quatrièmes mousquetaires ?
— Jacques Rabemananjara, quatrième mousquetaire de la négritude avec Fanon, Césaire et Senghor.
— Robert Lacoste, le champion de tennis. Il me semble que l'expression a commencé là car il arrivé à la coupe Davis en 1922 alors qu'on ne le connaissait pas encore.
— Christian Gailly, présenté ainsi par les éditions de Minuit à la suite de Jean-Philippe Toussaint, Christian Oster et Jean Echenoz.
— Malick Ciss est fréquemment présenté comme le quatrième mousquetaire de la musique africaine.
— Jacques Rivette pour la bande des Cahiers du cinéma. On le cite moins souvent que Godard, Truffaut, Rohmer.
— Paul Cuvelier pour les quatre premiers dessinateurs de Tintin, c'était le plus jeune parmi Hergé, Jacobs, Laudy. Mais aussi Will le plus jeune dessinateur dans le groupe de Jijé, Franquin, Morris qui était parti aux États-Unis.
Et je passe sur bien d'autres emplois occasionnels de l'expression dans le domaine du football, de la voile, de l'architecture, de la musique classique. Parfois c'est la personne que l'on cite en dernier, en fait l'outsider. Parfois c'est le plus jeune ou le plus négligé. Mais comme les quatrièmes mousquetaires sont nombreux !
13:20 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : langue française
Haiku voyageur (1)
Pour la semaine de la francophonie.
L'abricot en trois parties
Se fend dans ta bouche
Et tu rejettes donc le germe.
04:35 Publié dans Oulipismes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : oulipo, poésie, poésies, poèmes, poème, écriture, humour
lundi, 29 janvier 2007
La liseuse fardée
La lune derrière notre épaule – c'est sa ronde habituelle –
afin que se répande sur notre voisinage une non moins décevante
lumière, sur notre convoitise un sein mieux médaillé.
Pleine ou entamée, elle ne jouit que mêlée à l'onde
batailleuse. C'est alors que nous voyons se rouvrir la
poissonnerie du soleil, et entrer, se bousculant, les acheteurs
des butins refusés. Libérée de son patrimoine, ne mettant
personne à terre, elle regarde bleuir avec malice et cruauté
le champ des invectives.
René Char, les Voisinages de Van Gogh
19:07 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes, art


