lundi, 31 juillet 2006

Querelles d'Allemands

La réforme (2006) de la réforme (1996) de l'orthographe allemande entre en application demain dans tous les pays où l'allemand est une des langues officielles, mais...

Pour ajouter au désordre, l'un des dictionnaires les plus renommés en Allemagne, le Duden, recommande dans sa dernière édition des choix orthographiques différents de ceux imposés par la réforme officielle. Ainsi »redoubler une classe» devrait s'écrire selon lui »sitzen bleiben» en deux mots, plutôt que »sitzenbleiben».

Qui pensait que les Allemands étaient ordonnés et disciplinés ?  Voir les épisodes précédents ici, ici.

En passant par la Suisse

 

En passant par la Suisse

La Suisse passe derrière la vitre
         comme passe un poisson
                   un poisson multicolore
                     dans un aquarium ensoleillé.
De mon compartiment je regarde
triste
       ironique,
                     irrité, un peu bête aussi.
De mon compartiment    je regarde
                                                  et je prends des notes
en ajoutant ce          que je vois
         à tout ce que je sais, faux ou vrai, sur la Suisse.
Il ne fait ni chaud ni froid :
Tout est ici, je le crois bien, ma rose,
                      ni chaud, ni froid,
                             ni frais, ni tiède.
Une montre bien règlée,
                un bracelet-montre de marque célèbre.
La Suisse est un pays-jouet
                             mêlé à     des montagnes géantes,
des montagnes géantes, ma rose,
                                  les montagnes de mon enfance,
                                          du chocolat Tobler ;
un goût de lait     dans ma bouche, qui vient de très loin.
La tristesse du souvenir de mon enfance
                                     m'a noué la gorge.
Et voici les lacs, ma rose,
les lacs des prospectus touristiques
étincelants sur papier couché,
avec leurs fils d'argent, leurs voiles de mariées, leurs flancs escarpés,
et je m'étonne de la beauté        de l'illustration.
La Suisse, d'autre part, ma rose,
             ressemble à une taie
              passée au bleu, repassée, ornée de dentelles
                et fraîchement passée à l'oreiller,
c'est-à-dire     que      le poids de la tête d'un homme
ne l'a pas encore creusée ni froissée.
Tu sais, ma rose, qu'on appelle la Suisse
le coffre-fort muet
de l'argent      que l'on a fait fuir
                         de quelque part, de quelque chose.

Et puis, ma rose,
il y a aussi   l'affaire des espions et des vaches brunes.
Espions et vaches épanouis, bien à l'aise,
depuis que la Suisse est entrée
                           au paradis de la neutralité.
Les espions sont de toutes tailles
                                et sans doute de tous pays :
mais les vaches brunes, toutes du même format,
                                  sont toutes suisses.

Nous approchons de la France :
En face de moi une jeune fille
                                       lit un roman policier.
Le soleil a légèrement pelé sa peau rose,
ses cheveux en queue de cheval sont de la laine,
et dans ses yeux le ciel est très doux,
Guillaume Tell a posé sa pomme sur ses joues.

De mon compartiment je regarde la Suisse.
Ses villes doivent être ennuyeuses.
Ses sanatoriums sont peut-être fort gais...

Aurais-je voulu vivre
                        dans ces lieux      que je vois,
parmi ces gens respectables ?
Peut-être après mes quatre-vingt-dix ans...
Pourquoi ai-je écrit de telles choses sur la Suisse ?
Peut-être pour avoir envié
         le petit jardin au milieu du désert ensanglanté.
Les fleurs de ce petit jardin, ces fleurs,
                           n'ont-elles pas été,
                              ne sont-elles pas un peu arrosées
                      de notre sang qui coule dans le désert ?
Et dans les nuits paisibles, enneigées   de la Suisse,
les étoiles ne brillent-elles   pas
lavées par nos larmes ?

Nous sommes entrés en France, ma rose,
les maisons, l'air, les hommes ont changé.
Et voici, tout frisé,
telle une salade fraîche,
pas lavé, et même souillé de boue,
               le printemps sur la terre de France.

 

Nazim Hikmet 

Fille, soeur, cousine, compagne

Cette note est inspirée d'une réflexion de Fuligineuse.

 

Quand on pense à Maritain, c'est à Jacques et non à Raïssa.

Quand on pense à Rivière, c'est à Jacques et non à Isabelle (puisse-t-elle d'ailleurs rôtir longtemps en Enfer).

Quand on pense à Claudel, c'est à Paul et non à Camille.

Quand on pense à Mendelsohn, c'est à Félix et non à Fanny.

Quand on pense à Mahler, c'est à Gustav et non à Alma.

Quand on pense à Schumann, c'est à Robert et non à Clara (sauf pour les Duhamel qui pensent que l'on parle de Maurice Schumann ou de Robert Schuman).

Quand on pense à Staël, c'est à Nicolas et non à Germaine.

Quand on pense à La Fayette, c'est au marquis et non à madame.

Quand on pense à Guérin, c'est à Maurice et non à Eugénie.

Quand on pense à Paulhan, c'est à Jean et non à Claire.

Quand on pense à Lambrichs, c'est à Georges et non à Louise.

Quand on pense à Robbe-Grillet, c'est à Alain et non à Catherine.

Quand on pense à Bowles, c'est à Paul et non à Jane.

Quand on pense à Shelley, c'est à Percy et non à Mary.

Quand on pense à Byron, c'est à George Gordon et non à Ada.

Quand on pense à Copolla, c'est à Francis et non à Sofia.

Quand on pense à Deleuze, c'est à Gilles et non à Émilie. 

Quand on pense à James, c'est à Henry et non à Alice (ou même William).

Quand on pense à Modiano, c'est à Patrick et non à Marie.

Quand on pense à Allégret, c'est à Yves ou à Marc, et non à Catherine. 

 

 

dimanche, 30 juillet 2006

Fin des rééditions

La série des rééditions à partir de Monblogue est finie, tout le Champignacien est regroupé ici. Pendant encore un mois, je laisse les commentaires ouverts de manière illimitée et après je reviendrai à mon principe de base : ne pas ouvrir le blogue à tout vent. J'ai déjà expliqué pourquoi il est nuisible d'ouvrir les commentaires pour une période indéterminée et je ne reviens pas dessus. Je supprimerai le premier blogue et son lien au bout de ce mois. Il n'y a guère qu'une dizaine de billets que je n'ai pas retenus : ils consistaient seulement en un lien aujourd'hui invalide, sans aucun commentaire. Un n'a pas été repris car il avait bousillé la mise en page de tout le blogue. Les deux premiers mois ont été surtout des moments de tâtonnement, je ne pensais même pas poursuivre au début.

La nuit

La nuit ! La nuit surtout je ne rêve pas je vois
J'entends je marche au bord du trou
J'entends gronder

 Ce sont les pierres qui se détachent des années
 La nuit nul ne prend garde
 C'est tout un pan de l'avenir qui se lézarde
 Et rien ne vivra plus en moi
 Comme un moulin qui tourne à vide
 L'éternité
 De grandes belles filles qui ne sont pas nées
 Se donneront pour rien dans les bois
 Des hommes que je ne connaîtrai jamais
 Battront les cartes sous la lampe un soir de gel
 Qu'est-ce que j'aurai gagné à être éternel ?
 Les lunes et les siècles passeront
 Un million d'années ce n'est rien
 Mais ne plus avoir ce tremblement de la main
 Qui se dispose à cueillir des œufs dans la haie
 Plus d'envie plus d'orgueil tout l'être satisfait
 Et toujours la même heure imbécile à la montre
 Plus de départs à jeun pour d'obscures rencontres
 Je me dresse comme un ressort tout neuf dans mon lit
 Je suis debout dans la nuit noire et je m'agrippe
 À des lampions à des fantômes pas solides
 Où la lucarne ? Je veux fuir ! Où l'écoutille ? 
 Et je m'attache à cette étoile qui scintille 
 Comme un silex en pointe dans le flanc
 Ivrogne de la vie qui conjugue au présent
 Le liseron du jour et le fer de la grille.

René-Guy Cadou

L'orthographe, c'est de l'argent

Four years (quatre ans) ou for years (pour des années) ? Apple tente de rattraper ce qu'il présente comme une erreur d'orthographe lors d'un de ses communiqués. Il s'agit de la durée de vie d'un iPod et on ne peut pas laisser des millions de dollars dépendre d'une seule lettre en plus. 

samedi, 29 juillet 2006

Un jour

Un jour, je m'asseoirai sur le trottoir, le trottoir de l'étrangère

Je n'étais pas un narcisse, bien que défendant mon image

Dans les miroirs. As-tu jamais été là, l'étranger ?
Cinq siècles passés et achevés, et notre rupture demeure, là, inaboutie
Et entre nous les lettres, toujours, et les guerres
N'ont pas modifié les jardins de ma Grenade.
Certain jour je passe par ses lunes
Et je frotte d'un citron mon désir. Enlace-moi que je renaisse
Des parfums d'un soleil, d'un fleuve sur tes épaules, de pieds
Qui égratignent le soir et il verse des larmes de lait à la nuit du poème
Je ne fus pas un passant dans les mots des chanteurs
J'étais leurs paroles
La réconciliation d'Athènes et de la Perse, un Orient étreignant un Occident
Dans le départ vers une même essence. Enlace-moi que je renaisse
D'épées damascènes dans les magasins. Il ne reste de moi
Que ma vieille armure, la selle sertie d'or de mon cheval. Il ne reste de moi
Qu'un manuscrit d'Averroès, le Collier du pigeon, et les traductions
J'étais assis sur le trottoir sur la place des paquerettes et je comptais les pigeons : un, deux, trente... et les jeunes filles qui
Subtilisaient l'ombre des arbrisseaux sur le marbre, et me laissaient
Les feuilles de l'âge, jaunies. L'automne est passé par moi et je n'y ai pris garde
Tout l'automne est passé, et l'Histoire est passée sur ce trottoir.
Et je n'y ai pris garde.

Mahmoud Darwich

Iranisation du lexique

Le décret a une valeur obligatoire pour l'administration, l'édition ou l'école :

Les Iraniens doivent appeler les hélicoptères des "ailes tournantes" et les pizzas des "pains élastiques", selon un décret du président Mahmoud Ahmadinejad visant à purger le farsi d'emprunts européens.

Autre histoire d'ex à Champignac

Il y a huit ans Champignac a recouvré son nom historique et on pensait que la ville serait plus visible et identifiable, mais cela ne va pas mieux. On ne compte plus les panneaux qui n'ont jamais été modifiés – le changement de nom impliquait des dépenses de l'ordre de plusieurs millions d'euros qui devaient être étalées dans le temps par le renouvellement normal du mobilier routier ou ferroviaire. Mais lorsque de nouveaux panneaux apparaissent avec une orthographe qui rappelle plutôt la rivale bourguignonne, rien ne va plus. Et si l'on veut voir comment ce maquis de noms est perçu de l'extérieur, il suffit de consulter ce blogue en anglais (avec résumé en français).  

Histoire d'ex

medium_tintincongo.jpgCela fait près de 10 ans – depuis 1997 et la chute de Mobutu – que la république démocratique du Congo a repris son ancien nom, celui qu'elle portait entre 1960 et 1971. Mais en lisant la presse ou les sites d'actualité, je suis frappé d'une chose : le nom Congo est presque toujours suivi dans la titraille ou les premières lignes de l'expression ex-Zaïre. Comme si on ne s'y était toujours pas fait. Il est vrai que l'on peut confondre ce Congo et la république populaire du Congo, mais il existe des périphrases pour les différencier sans recourir au nom officiel : Congo-Brazzaville (230 dans Google actualité), Congo-Kinshasa (1 020), et avant Congo-Léopoldville (un exemple dans Libé du jour, un dans l'Express), Congo ex-belge. Ce dernier n'est d'ailleurs pratiquement plus employé que dans des textes historiques.

Mais enfin... je trouve considérable le nombre d'ex-Zaïre : 97 dans Google actualités. Certes, c'est lié d'abord aux premières élections démocratiques depuis quarante ans et aussi les derniers pillages des mines du Katanga, la guerre civile larvée du Kivu. Quand je regarde pour les autres pays, je ne trouve dans les actualités qu'un ou deux exemples d'ex-Dahomey, d'ex-Haute-Volta, d'ex-Rhodésie-du-Sud) et à titre historique seulement. Je ne vois pas d'autre pays qui soit aussi ex à part la Yougoslavie dont le nom entre dans un tribunal pénal international, dans le pseudo-nom de la Macédoine (FYROM), la RDA et bien entendu l'Union soviétique. Mais aucun de ces différents noms ne se superpose exactement au même pays : l'ex-RDA est une partie de la RFA maintenant.  

J'y vois un aspect pédagogique : rappeler, à l'aide de repères, au lecteur la géographie et l'histoire car il pourrait s'embrouiller dans les différents noms. Mais dix ans plus tard, est-ce toujours aussi utile ou pertinent ? C'est un peu comme si ce pays n'existait pas vraiment, était toujours dans un état provisoire.

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