dimanche, 30 avril 2006
Modeste proposition pour la rénovation de l'Académie française
Ce vieux réac de Jean-François Revel vient de mourir. On le regrettera pour ses écrits sur l'Italie et sur Proust, ou des collections de textes pas conformistes chez Julliard et Pauvert, le reste...
Chic ! un fauteuil se libère à l'Académie française et il serait temps de mettre enfin aux normes de la modernité : faisons participer le public à l'élection pour le fauteuil de Revel ! Je propose que l'on organise sur TF1 une émission en praïmetaïme avec des écrivains qui seront réunis sous la Coupole, qui devront débattre au sujet du dictionnaire et que l'on pourra éliminer au fur et à mesure par simple touche sur son téléphone portable chaque fin de semaine. Ce sera le Loft-Académy. Les vingt postulants seront : Marc Lévy, Philippe Besson, Philippe Sollers, Bernard-Henri Lévy, Marie Darrieussecq, JMG Dantec, Alexandre Jardin, Philippe Labro, Michel Houellebecq, Christine Angot, Catherine Robbe-Grillet, Catherine Millet, Philippe Delerm, Christian Bobin, Pascal Sevran, Dominique de Villepin, Madeleine Chapsal, Thierry Ardisson. Vingt auteurs absolument originaux et qui ont tous le droit de devenir immortels, que l'on pourra éliminer par un simple appel téléphonique surtaxé. Ce n'est pas beau la démocratie participative quand elle concerne la langue et la littérature ? Voilà qui va réconcilier les jeunes avec le monde des lettres.
18:40 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
Syllepse
La syllepse sont des figures qui change le genre, le nombre ou le personne selon le sens. Chaque erreurs peuvent s'expliquer par une syllepse et on ne peut la reprocher alors. Mais si on veulent aller trop loin de la plupart des règles qui gouverne la grammaire, on sera accusés de solécisme. N'empêchent ! la syllepse, c'est toujours pratique pour se sortir d'embarras, et on les trouve bien agréables pour des erreurs depuis longtemps entérinées par l'usage.
17:52 Publié dans Le nouveau Fontanier | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Lendemain de point
J'ai déjà parlé ici du fait de l'extension du point sur les i en capitales. J'avais cité quelques exemples d'affiches, de pancartes ou d'enseignes dans mon environnement, la plupart des formes sont des cas individuels et sauvages. Mais j'ai découvert un exemple vraiment institutionnel : les 3Suisses ! Bon... la police du site n'est pas du tout tip-top avec ses courbes Comic et ce mélange bizarroïde entre formes bas de casse et capitales (ne parlons surtout pas de l'esthétique générale qui est à chier), mais j'ai vu une publicité des 3Suisses sur un panneau JCDecaux avec de vraies capitales bâtons où le point sur le i était bien indiqué tout en conservant la ligne de l ou ligne supérieure des lettres. À ma connaissance, il n'existe qu'un seul magazine qui pratique ainsi le diacritisme pour ses capitales : Marianne qui découpe en haut les É pour les faire entrer dans la ligne de l. On a ponctué au Moyen Âge les i minuscules pour les distinguer des autres lettres à haste identique (n, m, u) et on ne l'a pas fait pour le I capitale qui était le plus souvent un J puisque la courbe était assez signifiante, bien sûr le point a été pris ensuite comme un signe diacritique en turc et dans les alphabets assimilés si bien qu'il y a des I en capitales avec point et sans point pour la langue turque, mais pour presque toutes les langues européennes le point sur le i n'a strictement aucune valeur phonétique ou diacritique et on pourrait s'en passer sauf dans l'écriture à la main. Seulement, voilà qu'à cause des cochoncetés dues aux polices sans shérif, on peut confondre le I et le l. Au XVIIe s., le Romain du roi ajoutait un point au milieu du l capitale, maintenant on coupe en deux le I capitale afin qu'on ne le confonde pas avec un l minuscule ou un 1 anglo-saxon. J'attends avec impatience l'apparition d'un point sur le J capitale dans des textes français et l'écrasement de la barre supérieure.
12:14 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Les gadgets à la noix...
... qui pourrissent la lecture des blogues et qui montrent la montée du crétinisme grégaire.
Je préviens d'emblée : ce billet sera saignant. Pour l'instant, je ne vais pas parler du choix stupide de couleurs illisibles pour les caractères ou les liens ou des tapisseries qui saturent et fatiguent l'œil, mais des petits joujoux assez niaiseux que d'aucuns ajoutent sur leur page. Quand j'ai commencé à fréquenter Internet, il y avait déjà l'équivalent des blogues par des pages personnelles (moi, la photo, de ma fiancée, de mon poisson rouge, de ma guitare, la liste des choses que j'aime et j'aime pas), on savait immédiatement si le site était inepte : en général, on était accueilli par une musiquette de supermarché, il y avait de la neige ou des pétales qui tombaient comme dans une boule souvenir, plein de gifs animés et de semi-laids partout. Le mauvais goût personnalisé. C'était à peu près aussi esthétique que la R8 Gordini turbo du cousin Marcel avec son volant en fausse peau de croco, les sièges recouverts de simili léopard, les queues de lézard ou les poupées bimbo au plafond, les autocollants de tous les autonomistes régionaux et les gros amplis pour diffuser les dégueulis musicaux du Jauni Agité. Aujourd'hui, sur beaucoup de blogues, c'est remplacé par une foule de liens sponsorisés et de petites bannières prétendument originales qui s'accumulent en enfilade dans les colonnes jusqu'à les rendre indigérables.
Une chose m'énerve particulièrement : ce sont les prétendus services que l'on adjoint à un blogue et qui ne sont rien d'autre que des gadgets vulgaires. Ces services peuvent être utiles dans certains cas bien précis, mais la plupart du temps ils ne sont pas justifiés par ceux qui les installent. Mettre une horloge en place si l'on écrit en français depuis Yokohama et que l'on est lu en Europe, cela a un sens pour indiquer que c'est son heure locale et que l'on ne vit pas au même rythme. Mais il n'y en a plus du tout lorsque l'horloge est affichée comme ça, sans explications. Afficher la météo du coin lorsqu'on est une Provençale exilée en Alsace et que l'on tient un blogue pour sa famille, cela a un sens. Mais cela n'en a plus du tout lorsque c'est un Champignacien qui tient une chronique locale pour les Champignaciens, lesquels peuvent fort bien regarder France3 Champignac ou regarder par leur fenêtre l'état du ciel. Installer un Post-It express afin par exemple de lancer une idée de rencontre entre blogueurs, cela a un sens puisque le Post-It restera à la même place sur la page. Cela n'en a plus du tout lorsque l'espace est rempli par des choses aussi importantes que son poids sur la balance ou la composition de son petit-déjeuner. Mettre en place un compteur pour vérifier ponctuellement la validité des statistiques de H&F, cela a un sens. Mais le laisser en permanence c'est rentrer dans l'une des pires choses qui soient dans le monde médiatico-marchand : la culture du chiffre. Le stade suivant, ce sera la compétition pour le Blogue d'or citoyen puisque l'on est dans une mentalité digne de la StarAc'.
Mais ces bibelots encombrants ont aussi un prix : la publicité. La plupart du temps, cela va se traduire par des fenêtres bondissantes qu'il faut bloquer. C'est particulièrement énervant lorsqu'on a sans arrêt des pubs pour les 3Redoutes ou la Camif-Partouche. Non seulement la pub envahit nos BAL électroniques, règne sur les sites privés de services gratuits, mais en plus il faut que les prétendus citoyens se transforment en dépliants publicitaires, en hommes-sandwichs, en publicités animées, un peu comme ces gens qui exhibent fièrement des marques sur leur casquette, leur t-shirt avec le même bon goût qu'un athlète interrogé par Nelson Montfort qui se contorsionne pour montrer toutes les étiquettes sur son maillot. Et le pire, c'est lorsque cela vient de gens qui se prétendent de gôche, citoyens écologistes ou altermondialistes et nonistes primaires, parce que cela peut se comprendre de la part de gens qui sont pour l'économie de marché libéralisée et sans frontière. Le problème essentiel, c'est celui du sens avant celui de l'encombrement ou de l'esthétique ou de l'originalité (parce que je cherche encore en vain l'originalité dans toutes ces babioles que l'on retrouve partout).
Normalement, un blogue c'est fait pour être simple et léger, mais certains veulent à force de queustomisation en faire des choses à peu près aussi esthétiques qu'une photo de Brejnev en grand uniforme avec toutes ses médailles. Et puis neuf fois sur dix, cela n'a strictement aucun sens, mais tout le monde veut faire pareil que l'autre afin de montrer son originalité.
09:16 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
samedi, 29 avril 2006
À Rimbaud (suite)
il n'est jour que je, tel autre, ne pense à toi, ne te cite, ne te clame.. Ainsi j'ai entendu chanter un ténor tes proses à Londres où tu flânas¹, vu un mauvais film dont la fin s'admire², toi disparaissant sur ta litière dans les sables et les airs, à l'infini des déserts et des œuvres manquées, été sur ta tombe farcesque en compagnie d'un sérieux professeur anglo-saxon, mais le meilleur fut ceci : à boire trois bouteilles de bordeaux dans une brasserie sélect parisienne en compagnie du poète marocain Khaïr-Eddine, lequel se mit à dire bellement « Oraison du Soir » à l'effarement des serveurs en tablier et des notoriétés éphémères, puis me quitta dans un baiser arabe en assurant que le temps des assassins allait à son apogée :
Je vis assis, tel qu'un ange aux mains d'un barbier...
... sous l'air gonflé d'impalpables voilures
adieu Rimbe, tu n'es mort qu'en tes chairs, mais ton malheur continue de crier la beauté des soleils vides, du pubis noir des femmes et des saisons sur lesquelles s'affaissent les dits poètes, les imbéciles par honneur.
Jude Stéfan.
¹ Il s'agit de Peter Pears qui a chanté les compositions de son amant Benjamin Britten sur les Illuminations qu'Auden avait fait connaître à ce dernier. Il en existe plusieurs enregistrements.
² C'est le film de Richard Dindo, long et inégal.
19:50 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Gers, département voyou
La Californie a voté une loi en 2004 qui interdit à partir de 2012 la production sur son territoire et plusieurs autres Etats, dont l'Oregon, celui de New York, l'Illinois, Hawaï et le Massachusetts, pourraient adopter des textes plus durs faisant de la possession même de foie gras un acte criminel.
Voilà ce que rapporte un honorable journal. Le problème, c'est que tout est crime dans le droit anglo-saxon, y compris le droit québécois. Il n'existe pas de hiérarchie des fautes comme dans le droit français et celui qui serait coupable d'une infraction ou d'un délit devient donc automatiquement un criminel alors que cette notion est réservée normalement aux auteurs d'atteintes physiques envers les personnes. Mais dans le pays où la simple possession d'un cigare de La Havane fait de vous un terroriste ou un partisan des dictatures, cela ne peut étonner de voir traiter les vendeurs de foie gras comme des monstres dignes de Guantanamo ou comme des trafiquants de drogue.
16:46 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
D'ac
Dans la rue Dem', André Isaac
N'était pas encor Pierre Dac ;
Il coupait la carne
À Schalom-sur-Marne,
Nul os à moelle qui soit d'ac.
Le père de Pierre Dac était boucher rue de (la) Marne, l'abréviation est usuelle. Le surnom de la ville a été donné par Dac. Les limericks ne sont pas terminés, je l'ai dit, mais ils seront très irréguliers.
16:01 Publié dans Limericks champignaciens | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
Crépuscule grimant
Puisque lamkyre demande un nouveau jeu, je récidive. Un peintre, un écrivain à partir d'un extrait. Je demande quand même le titre du livre. Le peintre évoqué me paraît évident, mais le poète beaucoup moins alors que c'est un des écrivains les plus célèbres. Pourtant... si on réfléchit bien, on y retrouve ses thèmes et déjà l'annonce de son dernier volume.

Crépuscule grimant les arbres et les faces,
Avec son manteau bleu, sous son masque incertain ;
Poussière de baisers autour des bouches lasses...
Le vague devient tendre, et le tout près, lointain,
La mascarade, autre lointain mélancolique,
Fait le geste d'aimer plus faux, triste et charmant,
Caprice de poète — ou prudence d'amant,
L'amour ayant besoin d'être orné savamment —
Voici barques, goûters, silences et musique.
12:00 Publié dans Les arts et les gens | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Syllabe et pied
Dans un alexandrin, l'on voit douze syllabes ;
Parler alors de pieds, c'est marcher comme un crabe.
Le français ne connaît plus d'accent de longueur
Même si quelques-uns l'ont encor dans leur cœur.
Le français ne connaît pas le compte des mètres,
Et ceux qui disent pieds sont de fort mauvais maîtres,
Ignorant les iambes, maltraitant le latin,
Prenant un poème comme un petit lapin.
11:25 Publié dans Le nouveau Fontanier | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Champignac chez Lépine
J'ai ajouté dans la colonne de gauche une nouvelle liste : Boîte à outils. Ce sont des programmes utilitaires ou ludiques. Je n'y ai pas placé de dictionnaires parce que je ferai une liste à part avec une sélection des dictionnaires essentiels (TLFi, Littré, Cisco, Chroma...) et puis un renvoi vers quelques portails (Gallica, ABC de la Langue, Lexilogos, Tennessee Bob...) qui contiennent des listes bien plus longues que celles pouvant être accueillies sur un blogue. J'avais envie de créer ces liens depuis un moment, mais Alex de Pince ton français a commencé à mettre en place son redresseur qui permet d'éviter les impostrophes comme ', les guillements comme ", les faux tirets comme -- ou ---et l'absence d'insécables. L'autre raison, c'est le déroulement de la foire de Paris qui est l'occasion d'un grand moment de poésie thermo-dynamique et de linguistique appliquée aux corps mécaniques, j'ai nommé le concours Lépine qui mélange les Facteur Cheval de la physique aux esprits descendus du haut de leurs grandes écoles ! Amis de Carelman, de Franquin, d'Alphonse Allais, de Pierre Dac, de Perec ou de Jules Verne, vous serez servis en inventions absurdes, pratiques, futiles, merveilleuses, drôles... Et puis comme la raison sociale de l'auteur de ce blogue est placée sous le haut patronnage du comte de Champignac, je donne ici ma liste des logiciels qui seraient bien pratiques et qui sont encore à inventer.
— L'accentueur : on rentre un texte écrit sur un clavier Qwerty ou sur un téléphone portable et il en ressort un texte bien accentué, cédillé comme en français. Conviendrait fort aux Anglo-saxons ou aux malheureux expatriés au Japon, dans la Silicon Valley ou une boîte d'informatique française située en France. On pourrait imaginer aussi une option pour les francophones qui leur permettrait enfin d'écrire des choses comme le l ł barré polonais sans passer par les codes HTML.
— Le décapiteur : il n'est rien de plus pénible que de lire des textes où abondent les mots entièrement en capitales, voire des phrases entières. Pourquoi ? PARCE QU'ÉCRIRE EN CAPITALES CELA VEUT DIRE CRIER ET QUE CELA MONTRE SON MÉPRIS ET SON ARROGANCE ENVERS SON PUBLIC, SA PARESSE PHYSIQUE ET MENTALE AVEC LA TOUCHE MAJ ENFONCÉE, ET C'EST MAL. Le décapiteur rétablirait les minuscules nécessaires. Pour cela, il lui faudrait un deuxième programme qui ne conserverait que les capitales de mots ou de phrases vraiment nécessaires. Le décapiteur servirait aussi à traiter les textes qui sont écrits sans même une majuscule après un mot. La fonction par défaut comprendrait les capitales accentuées parce que c'est la seule vraie norme.
— Le ponctueur : il parviendrait à rétablir les espaces nécessaires avant ou après les signes de ponctuation car rien n'est plus pénible de lire des parenthèses qui se baladent ou des points éloignés du dernier mot. Ce logiciel serait particulièrement adapté pour l'équipe de Libération qui se contrefiche des règles typographiques pour les guilles. Le ponctueur nécessite toutefois une version québécoise distincte de la version européenne. Il serait aussi capable de corriger les formes abusives comme ..... ou !!! et ??? Il pourrait repérer un texte écrit en pseudo célinien, totalement incohérent. Une version améliorée placerait, grâce à une analyse sémantique et syntaxique, les virgules ou les points omis, et dans ce cas il serait capable aussi de supprimer les signes superfétatoires.
— Le désigleur : par un simple clic sur le sigle ou l'acronyme obscur, vous obtenez une liste de propositions la traduction en bon français du terme étranger. En effet, ce logiciel intègre un dictionnaire constitué des bases de données de toutes les administrations et entreprises. Une version 2.0 propose une liste plus restreinte par une analyse sémantique du texte (le mot CPE n'avait plus le même sens dans les salles des profs ces derniers mois). La version 3.0 (soyons fous !) expliquerait les versions fantaisistes ou les déformations argotiques, familières des mêmes sigles.
10:58 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Un bonhomme
Voici le grand jeu artistique et littéraire de fin de semaine. Il faut deviner un peintre et un écrivain à partir d'un extrait. Le texte appartient à une chronique qui décrit d'ailleurs la naissance du tableau d'un autre peintre contemporain qui a été le sujet d'un jeu précédent (le tableau avait d'ailleurs été cité). Les indices sont maigres pour le peintre, mais non pour l'écrivain... Il n'y a pas de titre de livre, ni de peinture à trouver.

Et je me souviens encore d'autres artistes que j'ai vus travailler dans ce vallon d'Étretat.
Un jour, j'étais jeune encore, et je suivais la ravine de Beaurepaire, quand j'aperçus dans une ferme, dans une petite ferme, un vieil homme en blouse bleue qui peignait sous un pommier. Il paraissait tout petit, accroupi sur son pliant ; et, cette blouse de paysan m'enhardissant, je m'approchai pour le regarder. La cour était en pente, entourée de grands arbres que le soleil, près de disparaître, criblait de rayons obliques. La lumière jaune coulait sur les feuilles, passait à travers et tombait sur l'herbe en pluie claire et menue.
Le bonhomme ne me vit pas. Il peignait sur une petite toile carrée, doucement, tranquillement, sans presque remuer. Il avait des cheveux blancs, assez longs, l'air doux et du sourire sur la figure.
00:05 Publié dans Les arts et les gens | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
vendredi, 28 avril 2006
À Rimbaud
Rimbe,
car tels ces capitaines ou ces saints, ces philosophes qui ont fait l'histoire, tu restes dans les pensées comme un exemple à vivre, à être, tu n'as pas pu ne pas exister, donnant leçon de mœurs. On a lavé l'humain sur toi, je n'y ajouterai que pour t'appeler l'homme de vrai. On dit que ce terme n'a pas de sens, sinon relatif : quand il s'agit de toi, si. Il est vrai que né à cette chiennerie il n'est que de blasphémer et pisser en l'air adolescent ; condamné à la mort, que de graver l'éternel à défaut en s'apercevant sitôt que la gloire meurt même avant soi ; rendu aux vides du désert des cités et des affaires, hors la bêtise des filles ou le stupre de l'ami, que de se plaindre et gémir, redevenu bête ; gangrené et cancéreux vers la quarantaine, agoniser dans les cris et les appels à ce qui n'existe pas – tout cela fut vrai, médiocre comme l'homme exact. Puis, tes mots grandioses, ton total mépris de tout, tes lettres de Rhétorique ou d'appel de Londres à Verlomphe et du Saint-Bernard, la haine de tous les merdeux, la vénération des neveux, ton génie comme une pierre là pour les siècles après-humains,
Jude Stéfan
19:34 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Ça se -gate à Matignon
La dernière fois que j'avais évoqué le suffixe -gate au sens de scandale, c'était dans ce billet et juste avant ici. Le dernier né de cette longue lignée issue du Watergate se trouve à cet endroit où on apprend aussi que Clearstream est une antiphrase parfaite. Mais je n'aime pas Villepingate : Galouzeaugate sonne bien mieux à mon avis. En tout cas, on va voir le suffixe apparaître dans la presse sans doute avec d'autres radicaux.
17:05 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Des tonnes de neurones dérobées à l'Oignon
Le titre est une plaisanterie, cela se comptait d'habitude en milligrammes...
Je n'en ai pas fini avec l'Oignon, l'autre plus mauvais journaliste champignacien vient de frapper très fort lui aussi :
Ironie du sort, à quelques heures près, peut-être même au même moment, un important vol de métaux a été constaté dans un entrepôt de la zone industrielle située à la frontière de Champignac et Saint-Martin-sur-le-Pré.
C'était sans doute aussi à quelques semaines près, peut-être le jour même.
Le cambriolage s'est déroulé dans les dernières vingt-quatre heures précédentes.
Non seulement elles étaient dernières et précédentes, mais il faudrait aussi préciser que c'était celles de la veille !
Sur place, avec l'aide d'un chariot élévateur, ils ont chargé entre six et huit palettes de 800 à 900 kg chacune et sont repartis avec 4,5 à 6,5 tonnes d'inox.
On me précise que le chariot élévateur complice a avoué lors d'une garde à vue son rôle dans l'affaire.
12:20 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Démolir la grammaire pour mieux la reconstruire
Un petit florilège de phrases prises dans le même article (la signature m'avait prévenu) :
Construits il y a 50 ans pour répondre aux nécessités de logements d'urgence prônés par l'abbé Pierre, une barre de la rue Stalingrad est en phase de démolition.
Une barre, c'est beaucoup de logements.
De fait, comme Jean-Louis Devaux, adjoint au maire et président de l'OPAC, (office public d'aménagement et de construction), qui se plaindra ici de travaux nouveaux ne reniant pas l'esprit social, mais adaptés aux modes de vie contemporaines ?
Si je comprends bien l'adjoint se plaint et un mode de vie doit être comme une mode vestimentaire ou musicale.
Les anciens logements de construction sommaire, barre donnant façade sur la rue de Stalingrad, sont en effet en phase de démolition.
La barre peut avoir quatre façades, cela peut aussi bien être la façade arrière, en revanche si on dit que la façade donne sur telle rue c'est qu'il s'agit bien de la façade d'entrée.
Bonjour bientôt « un front de rue à l'échelle domestique » selon le langage des spécialistes, à l'image, pour l'Opac, de l'architecte Severine Bruaux-Corré.
C'est bien de vouloir ne pas répéter comme, mais le synonyme apparaît stupide avec cette construction. Quant à la construction familière bonjour, elle est incongrue dans une phrase aussi longue.
Huit logements à construire embrayeront le chantier de démolition prévu pour trois semaines.
C'est bien la première fois que je vois des logements appuyer sur une pédale
« On démonte à la petite cuiller » illustre Philippe Boituzat l'entrepreneur, chantier HQE (haute qualité environnementale) oblige.
Il faut absolument varier les verbes de parole quitte à verser dans l'absurdité : « Comme c'est mal écrit ! » se frappa-t-il le front.
12:08 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
DILF
Parmi les compétences du DILF qui seront exigées à partir de la nouvelle loi sur l'immigration, on trouve des exigences qui ne cadrent pas vraiment avec les déclarations :
Le DILF suppose par exemple de comprendre des instructions simples, de savoir lire l’heure, identifier la signalétique, demander ou donner un prix, décrire des lieux, indiquer la nature d’un problème de santé ou demander un rendez-vous.
Je suis désolé, mais il s'agit de formes complexes de discours. Quand on change de langue, le problème le plus difficile pour la vie quotidienne est de parvenir à compter avec un autre système de pensée. Lire l'heure ou indiquer les prix, c'est une des bases sur lesquelles reviennent le plus souvent les enseignants de langue étrangère dès le début de la scolarité parce que ce mécanisme est le moins évident qui soit : les comptes dans la langue de départ demeurent parmi les structures les plus ancrées même chez des personnes qui ont une pratique “fluent” et on trouve encore en France des personnages âgées qui ont des habitudes régionales pour dire l'heure ou pour les chiffres après 70. Décrire un lieu ne veut pas dire seulement connaître des adjectifs de taille, de couleur, de position, mais aussi posséder des notions socio-culturelles sur les significations d'un mot qui peut être aussi polysémique que “bureau” ou “hôtel”. C'est un domaine extrêmement vaste et même les Français qui sont nés en France avec des parents Français depuis des générations ne seront pas d'accord sur le sens du mot “salon”, “vert”, l'appréciation des distances en mètres ou en pas ou la connaissance de la position latérale (en outre la latéralisation est un problème très complexe qui peut ne rien avoir à faire avec la pratique de la langue). Où se situe d'ailleurs la limite de la description du lieu ? Quant à décrire un problème de santé, il faut encore connaître une foule de termes décrivant des phénomènes physiques comme l'oppression ou l'irritation (cela vous gratouille ou vous chatouille ? parce que ce n'est pas pareil), des parties du corps (et dans quelle limite ?), des nuances dans le temps pour la fréquence, la durée, ou alors pour l'intensité, la forme de malaise dû par exemple à une chaleur. On a édité il y a deux ans un dictionnaire médical français-alsacien pour les médecins alsaciens afin qu'ils puissent s'entretenir avec leurs patients, ce n'est pas par hasard : les termes ne sont pas vraiment fréquents pour les locuteurs (et combien de Français ne confondent pas angine, grippe et rhume ?) Cela peut être parfaitement un programme pour des locuteurs qui ont une pratique très poussée dans une autre langue, mais pour des primo-arrivants ?
11:26 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Zeugme
Le zeugme supprime une expression et le sérieux. Il réunit deux ou plusieurs termes avec humour et une même construction verbale ou adjectivale. Il a un côté absurde et deux noms, le zeugme ou le zeugma. Il paraît chez Pierre Dac et assez loufoque. On l'utilise aussi dans la poésie classique et des phrases sans préposition. On y tire parfois des effets grivois et des femmes quand on saute un passage et son amie en un temps record et un coq-à-l'âne par hasard et une copule hardie. Il est assez incongru pour certains et déplaire car il est plein d'ironie et d'occasions de l'éviter.
09:18 Publié dans Le nouveau Fontanier | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
jeudi, 27 avril 2006
L'oro, monnaie oropéenne
Je ne comprends pas cette recommandation du CSA. Où a-t-on pu chercher cette prononciation ?
De même que l'on dit [un n'enfant], on doit dire [un n'euro] en évitant de prononcer [un n'oro].
17:51 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
La phérèse
La phérèse est une aphérèse du mot aphérèse avec une glutination de la rticle des finis (la glutination vient des glutinations qui sont issues de la déglutination, il ne faut pas la confondre avec la glutination qui vient de l'agglutination).
Sur mon ancien micro, j'avais commencé il y a trois ou quatre ans une petite rhétorique avec définitions autoréférentes, de manière à supprimer la différence entre l'explication et l'exemple afin d'épargner le temps de travail des enseignants. Je ne retrouve plus le fichier dans mon désordre, mais ce n'est pas grave : je peux réinventer. Je crois que je vais créer une nouvelle catégorie pour ce genre de calembredaines oulipiennes.
13:05 Publié dans Le nouveau Fontanier | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
mercredi, 26 avril 2006
Manière noire pour le mois de février
morceaux du monde je scelle
l'analogie je tremble dans
l'inclinaison ô arbre
dans l'analogie dans le noir
du corps dans le noir du monde
mourant de mots
dans la bouche mort
par la phrase ô comme
de la mère
fille
comme la lessive est lente
quand tu meurs chéri la langue
ploie on grandit à peine dans
les mots voyez-vous même nous ce
sont les larmes près de l'autre
chair dans l'amour le plus proche
dans les fenêtres et le bruit des
portes
et tu avances dans le jardin
Mathieu Bénézet
19:58 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Boring Headlines = Google
Télérama consacre un entrefilet à un article du New York Times que l'on peut lire ici (en anglais). Le texte n'a pas été traduit en français, mais il est assez commenté dans la presse anglophone. Steve Lohr évoque un changement dans les titres de la presse : on connaissait deux types de titres essentiellement, ceux qui informent, qui sont factuels et ceux qui accrochent le lecteur en le surprenant ou en le choquant ou en l'amusant. Mais la nécessité d'un bon référencement en ligne par les principaux moteurs de recherche conduit à une modification des titres : les visites des sites d'information en ligne sont produites pour une bonne part grâce aux moteurs de recherche. Aussi les termes les plus proches des mots clés sont utilisés, parfois en les additionnant de manière à obtenir aussi des recherches annexes sur le sujet, souvent en évitant les termes rares, soutenus, trop spécifiques (ne dites pas ursidé, ursin, plantigrade, mais ours, ourse, Palouma) en refusant les jeux de mots et les phrases à plusieurs sens, ce qui nivelle le lexique et qui transforme les phrases en train de marchandises pour mots clés. La récriture de cette titraille particulière ne comprend pas seulement les titres et les chapeaux, mais aussi le premier paragraphe puisque les moteurs ne vont pas fouiller très loin pour juger de la pertinence d'un texte. Quand on lit les titres de Google News, on peut être effrayé par les extraits produits qui ne reflètent pas toujours le contenu de l'article et qui ont été classés un peu au petit bonheur la chance, mais certains sont placés en avant et d'autres non, cela du fait de la présence de certains mots clés. Cette tendance au nivellement ne se montre pas encore vraiment en France, mais il est certain que les titres distanciés de Libération ou de l'Équipe par exemple sont le mauvais exemple pour Google même s'ils sont compensés par le chapeau ou un sur-titre.
18:10 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Duduche
Est-ce donc à Léon-Bourgeois
Ou Pierre-Bayen qu'autrefois
Fut le Grand Duduche ?
Les deux lycées bûchent
Pour s'attribuer le bon droit.
Les deux établissements déclarent l'un et l'autre avoir servi de modèle au bahut d'un jeune potache subversif. En fait, Cabu avait étudié dans le premier, mais il habitait à côté du deuxième, et il les a mélangés.
17:25 Publié dans Limericks champignaciens | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
La route de Compostelle
— L'association de parents d'élèves Div Yezh est à l'origine de la création des classes bringues breton-français. Ouest France, 30 mars.
— Soixante à soixante-dix fois par jour, Marie monte le haillon de son camion-magasin avec vitrine réfrigérée pour présenter ses produits. Le Bien Public, 8 avril.
— J'aimeraiss que ce logement utilise l'énergie renouvelable et qu'il soit construit avec des matériaux saints. Le Dauphiné libéré, 8 avril.
— Urgent : “Au régal de Savoie” cherche charcutier-traiteur temps plein CDD pouvant débaucher rapidement sur CDI. Paru-Vendu, 10 avril.
— Dix adolescents sont interpellés. Tous ont été déferrés devant le tribunal de la Jeunesse. La Tribune de Genève, 8 avril.
— En mai 68, Jean-Philippe Duroc se rend à la prison de Lyon. Une fois sur place, une minuterie éclate avec Jean-Philippe au milieu. Lyon Poche, 17 avril.
— Nous apprenons que Mgr Benoît Rivière vient d'être nommé par Benoît XVI notre pape, évêque d'Autun, maçon. Il n'est autre que le père de notre maire, M. Bertrand Rivière. Brive information, 14 avril.
— Quatre véhicules ont subi des dégradations sur la tôle et les pare-brise. Ils ont été remis à leurs parents qui devraient leur rappeler quelques fondamentaux. Sud-Ouest, 19 avril.
08:42 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
mardi, 25 avril 2006
Et nous n'apprîmes rien
Cette terre ravagée, dévorée
ces choses couronnées de fleurs
– ces choses blessées
Et nous étions ensemble
dans ce chant Et séparés encore
Ah semblables à la paille jetée dessus
la terre En tous points comme une paille
qui pourrit et se transforme en fumier
Et cela,
en une seule fois,
comme on s'en allait sous l'averse Et j'allais
Ô belles choses j'allais, presque délivré
ô fleurs lointaines quand diminuaient les fleurs
j'allais jusqu'à une route automnale
Alors c'était ainsi
dans les orages Mais c'est fini J'ai
achevé de marcher et de parler
Et ces choses blessées ensemble Tout
nous sépare de visage en visage,
à cet endroit où je t'appelle
Oui tout
Et nous gravissions les marches du soleil
Et jusqu'au ciel
Mathieu Bénézet
19:30 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Une traduction pour le splog
Nous sommes heureux de répondre au courrier d'un de nos très nombreux lecteurs : Jean-Claude.
Mon cher comte, je suis à la tête d'une modeste entreprise de pourriellage massif qui est une des forces vives de la Nation et qui montre les capacités d'innovation, d'invention, de talent de notre économie libérale. Vous savez déjà comme je suis attaché à la francisation des termes, parce que l'on peut polluer les boîtes aux lettres et respecter quand même sa langue. C'est pourquoi j'adopte les termes de nos très très très chers cousins québécois afin de respecter les bonnes manières entre personnes de langue francophone. Je dis donc un courriel et jamais un “mail” ou un “e-mail” et encore moins un “email”, un pourriel et jamais un “un spam”. Mais voilà... un parti dont le nom commence par U et qui ne finit pas par F m'a demandé de créer un logiciel destiné à créer des “splogs” en série. Je me suis renseigné et j'ai appris que c'était la contraction de “spam” et de “blog”, des faux “blogs” qui contiennent des mots clés pouvant attirer un internaute naïf sur un contenu complètement différent. Je n'aime pas bien sûr le mot “blog” qui est trop anglais et sa francisation en “blogue” ne me satisfait pas, mais hélas ! c'est la plus courante. Comment pourrais-je bien nommer l'objet créé par mon logiciel tout en conservant les idées de pourriel et de blogue ?
Mon cher Jean-Claude, il y a à la base des pourriels l'idée du courrier électronique qui part à la poubelle, comment conjuguer cela avec le blogue qui est l'abréviation du “web logbook” ou journal sur la Toile ? Il est impossible de courir après les mots-valises anglais afin de les adapter au fur et à mesure puisque cela devient de plus en plus incompréhensible à force de contractions. Est-ce que l'on ne pourrait pas triturer encore un peu la langue en faisant un nouveau mot-valise comme poublogue par exemple qui rappellerait bien la destination : la boîte à ordures ou la boitakons ? Et cela aurait l'avantage de conserver le mot blogue sous sa forme francisée et de manière claire. Je serai heureux que vos poublogues aident enfin à nettoyer notre pays de ses maux et à rendre plus intelligents nos chers compatriotes.
19:13 Publié dans Courrier des lecteurs | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
Entre Mau et Nau
Entre Mau et Nau, place Foch,
Cabu croquait un bunker moche
Rempli de gros beaufs
Et les recoins saufs
Dans ses vieux souvenirs de mioche.
Cabu avait publié un livre Ouvrez le massacre !
17:35 Publié dans Limericks champignaciens | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Le chieur devient le râleur
J'aime bien les chroniques de .M. LeChieur qui me font rire car c'est d'une saine grossièreté ; ce matin il est devenu une sorte de star – un futur baron de la blogosphère – en se compromettant avec le jeu de l'interviouve pour la radio. Mais cela ne lui plaît pas. Pourquoi ? Parce que le pseudonyme pas vraiment correct a été remplacé dans la chronique par des termes plus convenables à une heure de grande écoute. Et il trouve donc encore une occasion pour envoyer chier le monde, le tout avec le culot le plus ferme. Toujours fâché, jamais content.
Je place le billet dans “Le français qui se fait” parce que c'est un peu révélateur des habitudes de langage.
10:11 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
lundi, 24 avril 2006
Rue
Il faudrait passer là devant
Paroles que le vent emporte
Combien nous faudra-t-il de temps
Encore une minute et je suis là
Je reste seul contre la porte
Les arbres auront frissonné
Si un nuage lourd s'arrête
Devant la porte refermée
Et sous le ciel
Les heures passent
Moi j'oublierai même mon nom
Sur le trottoir où ils sont nés
Les oiseaux crient
D'autres voix roulent
La cloche s'est mise à sonner
Et toutes les têtes qui tournent
En s'en allant m'auront parlé
Pierre Reverdy
19:33 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Moriarmé
On peut rechercher Moriarmé
Où l'on attendait une armée,
Dans cette forêt
Le balcon paraît
Comme un lieu fait pour nous charmer.
Moriarmé n'existe que dans un livre.
17:57 Publié dans Limericks champignaciens | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Capitales de la laideur
En gouglant le nom de ma cité, j'ai découvert que les responsables locaux du FN avaient ouvert récemment plusieurs blogues chez H&F. Allons donc ! me suis-je dit, ils suivent la vague de l'UMP qui avait fait ouvrir au même moment de nombreux blogues par des jeunes militants, justement chez Hautetfort, avant d'amorcer un mouvement de repli vers des sites plus institutionnels. Comme je suis curieux, je vais regarder ce qui se dit au sujet de Champignac et de ses environs. Et c'est le choc typographique ! On avait déjà un peu parlé de la typo de l'extrême droite qui se caractérise par son mauvais goût et son unité. En fait, on dirait que l'esthétique a été empruntée aux pourriels : il y a des capitales partout et des points d'exclamation toutes les deux phrases ou dans les titres. Les noms propres de personnes ou de lieux, les titres de livres ou de journaux, les dates, les slogans, tout est entièrement en capitales, et s'il y a un titre de fonction ou d'organisme il y a des majuscules pour chaque mot. Je l'avais déjà remarqué dans les tracts, mais ces capitales omniprésentes donnent un peu une sorte de coup de poing permanent. Il arrive que sur des blogues politiques de droite ou de gauche on trouve parfois ce genre de capitales abusives, mais ce n'est pas à un tel degré et jamais avec un tel mimétisme.
16:58 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


