dimanche, 30 avril 2006

Modeste proposition pour la rénovation de l'Académie française

Ce vieux réac de Jean-François Revel vient de mourir. On le regrettera pour ses écrits sur l'Italie et sur Proust, ou des collections de textes pas conformistes chez Julliard et Pauvert, le reste... 

Chic ! un fauteuil se libère à l'Académie française et il serait temps de mettre enfin aux normes de la modernité : faisons participer le public à l'élection pour le fauteuil de Revel ! Je propose que l'on organise sur TF1 une émission en praïmetaïme avec des écrivains qui seront réunis sous la Coupole, qui devront débattre au sujet du dictionnaire et que l'on pourra éliminer au fur et à mesure par simple touche sur son téléphone portable chaque fin de semaine. Ce sera le Loft-Académy. Les vingt postulants seront : Marc Lévy, Philippe Besson, Philippe Sollers, Bernard-Henri Lévy, Marie Darrieussecq, JMG Dantec, Alexandre Jardin, Philippe Labro, Michel Houellebecq, Christine Angot, Catherine Robbe-Grillet, Catherine Millet, Philippe Delerm, Christian Bobin, Pascal Sevran, Dominique de Villepin, Madeleine Chapsal, Thierry Ardisson. Vingt auteurs absolument originaux et qui ont tous le droit de devenir immortels, que l'on pourra éliminer par un simple appel téléphonique surtaxé. Ce n'est pas beau la démocratie participative quand elle concerne la langue et la littérature ? Voilà qui va réconcilier les jeunes avec le monde des lettres.

Syllepse

La syllepse sont des figures qui change le genre, le nombre ou le personne selon le sens. Chaque erreurs peuvent s'expliquer par une syllepse et on ne peut la reprocher alors. Mais si on veulent aller trop loin de la plupart des règles qui gouverne la grammaire, on sera accusés de solécisme. N'empêchent ! la syllepse, c'est toujours pratique pour se sortir d'embarras, et on les trouve bien agréables pour des erreurs depuis longtemps entérinées par l'usage.

Lendemain de point

J'ai déjà parlé ici du fait de l'extension du point sur les i en capitales. J'avais cité quelques exemples d'affiches, de pancartes ou d'enseignes dans mon environnement, la plupart des formes sont des cas individuels et sauvages. Mais j'ai découvert un exemple vraiment institutionnel : les 3Suisses ! Bon... la police du site n'est pas du tout tip-top avec ses courbes Comic et ce mélange bizarroïde entre formes bas de casse et capitales (ne parlons surtout pas de l'esthétique générale qui est à chier), mais j'ai vu une publicité des 3Suisses sur un panneau JCDecaux avec de vraies capitales bâtons où le point sur le i était bien indiqué tout en conservant la ligne de l ou ligne supérieure des lettres. À ma connaissance, il n'existe qu'un seul magazine qui pratique ainsi le diacritisme pour ses capitales : Marianne qui découpe en haut les É pour les faire entrer dans la ligne de l. On a ponctué au Moyen Âge les i minuscules pour les distinguer des autres lettres à haste identique (n, m, u) et on ne l'a pas fait pour le I capitale qui était le plus souvent un J puisque la courbe était assez signifiante, bien sûr le point a été pris ensuite comme un signe diacritique en turc et dans les alphabets assimilés si bien qu'il y a des I en capitales avec point et sans point pour la langue turque, mais pour presque toutes les langues européennes le point sur le i n'a strictement aucune valeur phonétique ou diacritique et on pourrait s'en passer sauf dans l'écriture à la main. Seulement, voilà qu'à cause des cochoncetés dues aux polices sans shérif, on peut confondre le I et le l. Au XVIIe s., le Romain du roi ajoutait un point au milieu du l capitale, maintenant on coupe en deux le I capitale afin qu'on ne le confonde pas avec un l minuscule ou un 1 anglo-saxon. J'attends avec impatience l'apparition d'un point sur le J capitale dans des textes français et l'écrasement de la barre supérieure.    

Les gadgets à la noix...

... qui pourrissent la lecture des blogues et qui montrent la montée du crétinisme grégaire.

Je préviens d'emblée : ce billet sera saignant. Pour l'instant, je ne vais pas parler du choix stupide de couleurs illisibles pour les caractères ou les liens ou des tapisseries qui saturent et fatiguent l'œil, mais des petits joujoux assez niaiseux que d'aucuns ajoutent sur leur page. Quand j'ai commencé à fréquenter Internet, il y avait déjà l'équivalent des blogues par des pages personnelles (moi, la photo, de ma fiancée, de mon poisson rouge, de ma guitare, la liste des choses que j'aime et j'aime pas), on savait immédiatement si le site était inepte : en général, on était accueilli par une musiquette de supermarché, il y avait de la neige ou des pétales qui tombaient comme dans une boule souvenir, plein de gifs animés et de semi-laids partout. Le mauvais goût personnalisé. C'était à peu près aussi esthétique que la R8 Gordini turbo du cousin Marcel avec son volant en fausse peau de croco, les sièges recouverts de simili léopard, les queues de lézard ou les poupées bimbo au plafond, les autocollants de tous les autonomistes régionaux et les gros amplis pour diffuser les dégueulis musicaux du Jauni Agité. Aujourd'hui, sur beaucoup de blogues, c'est remplacé par une foule de liens sponsorisés et de petites bannières prétendument originales qui s'accumulent en enfilade dans les colonnes jusqu'à les rendre indigérables.

Une chose m'énerve particulièrement : ce sont les prétendus services que l'on adjoint à un blogue et qui ne sont rien d'autre que des gadgets vulgaires. Ces services peuvent être utiles dans certains cas bien précis, mais la plupart du temps ils ne sont pas justifiés par ceux qui les installent. Mettre une horloge en place si l'on écrit en français depuis Yokohama et que l'on est lu en Europe, cela a un sens pour indiquer que c'est son heure locale et que l'on ne vit pas au même rythme. Mais il n'y en a plus du tout lorsque l'horloge est affichée comme ça, sans explications. Afficher la météo du coin lorsqu'on est une Provençale exilée en Alsace et que l'on tient un blogue pour sa famille, cela a un sens. Mais cela n'en a plus du tout lorsque c'est un Champignacien qui tient une chronique locale pour les Champignaciens, lesquels peuvent fort bien regarder France3 Champignac ou regarder par leur fenêtre l'état du ciel. Installer un Post-It express afin par exemple de lancer une idée de rencontre entre blogueurs, cela a un sens puisque le Post-It restera à la même place sur la page. Cela n'en a plus du tout lorsque l'espace est rempli par des choses aussi importantes que son poids sur la balance ou la composition de son petit-déjeuner. Mettre en place un compteur pour vérifier ponctuellement la validité des statistiques de H&F, cela a un sens. Mais le laisser en permanence c'est rentrer dans l'une des pires choses qui soient dans le monde médiatico-marchand : la culture du chiffre. Le stade suivant, ce sera la compétition pour le Blogue d'or citoyen puisque l'on est dans une mentalité digne de la StarAc'.

Mais ces bibelots encombrants ont aussi un prix : la publicité. La plupart du temps, cela va se traduire par des fenêtres bondissantes qu'il faut bloquer. C'est particulièrement énervant lorsqu'on a sans arrêt des pubs pour les 3Redoutes ou la Camif-Partouche. Non seulement la pub envahit nos BAL électroniques, règne sur les sites privés de services gratuits, mais en plus il faut que les prétendus citoyens se transforment en dépliants publicitaires, en hommes-sandwichs, en publicités animées, un peu comme ces gens qui exhibent fièrement des marques sur leur casquette, leur t-shirt avec le même bon goût qu'un athlète interrogé par Nelson Montfort qui se contorsionne pour montrer toutes les étiquettes sur son maillot. Et le pire, c'est lorsque cela vient de gens qui se prétendent de gôche, citoyens écologistes ou altermondialistes et nonistes primaires, parce que cela peut se comprendre de la part de gens qui sont pour l'économie de marché libéralisée et sans frontière. Le problème essentiel, c'est celui du sens avant celui de l'encombrement ou de l'esthétique ou de l'originalité (parce que je cherche encore en vain l'originalité dans toutes ces babioles que l'on retrouve partout).

Normalement, un blogue c'est fait pour être simple et léger, mais certains veulent à force de queustomisation en faire des choses à peu près aussi esthétiques qu'une photo de Brejnev en grand uniforme avec toutes ses médailles. Et puis neuf fois sur dix, cela n'a strictement aucun sens, mais tout le monde veut faire pareil que l'autre afin de montrer son originalité.

samedi, 29 avril 2006

À Rimbaud (suite)

il n'est jour que je, tel autre, ne pense à toi, ne te cite, ne te clame.. Ainsi j'ai entendu chanter un ténor tes proses à Londres où tu flânas¹, vu un mauvais film dont la fin s'admire², toi disparaissant sur ta litière dans les sables et les airs, à l'infini des déserts et des œuvres manquées, été sur ta tombe farcesque en compagnie d'un sérieux professeur anglo-saxon, mais le meilleur fut ceci : à boire trois bouteilles de bordeaux dans une brasserie sélect parisienne en compagnie du poète marocain Khaïr-Eddine, lequel se mit à dire bellement « Oraison du Soir » à l'effarement des serveurs en tablier et des notoriétés éphémères, puis me quitta dans un baiser arabe en assurant que le temps des assassins allait à son apogée :

Je vis assis, tel qu'un ange aux mains d'un barbier...

... sous l'air gonflé d'impalpables voilures

adieu Rimbe, tu n'es mort qu'en tes chairs, mais ton malheur continue de crier la beauté des soleils vides, du pubis noir des femmes et des saisons sur lesquelles s'affaissent les dits poètes, les imbéciles par honneur.

Jude Stéfan.

 

¹ Il s'agit de Peter Pears qui a chanté les compositions de son amant Benjamin Britten sur les Illuminations qu'Auden avait fait connaître à ce dernier. Il en existe plusieurs enregistrements.

² C'est le film de Richard Dindo, long et inégal.

Gers, département voyou

La Californie a voté une loi en 2004 qui interdit à partir de 2012 la production sur son territoire et plusieurs autres Etats, dont l'Oregon, celui de New York, l'Illinois, Hawaï et le Massachusetts, pourraient adopter des textes plus durs faisant de la possession même de foie gras un acte criminel.

Voilà ce que rapporte un honorable journal. Le problème, c'est que tout est crime dans le droit anglo-saxon, y compris le droit québécois. Il n'existe pas de hiérarchie des fautes comme dans le droit français et celui qui serait coupable d'une infraction ou d'un délit devient donc automatiquement un criminel alors que cette notion est réservée normalement aux auteurs d'atteintes physiques envers les personnes. Mais dans le pays où la simple possession d'un cigare de La Havane fait de vous un terroriste ou un partisan des dictatures, cela ne peut étonner de voir traiter les vendeurs de foie gras comme des monstres dignes de Guantanamo ou comme des trafiquants de drogue.

D'ac

Dans la rue Dem', André Isaac

N'était pas encor Pierre Dac ;

Il coupait la carne

À Schalom-sur-Marne,

Nul os à moelle qui soit d'ac.

 

Le père de Pierre Dac était boucher rue de (la) Marne, l'abréviation est usuelle. Le surnom de la ville a été donné par Dac. Les limericks ne sont pas terminés, je l'ai dit, mais ils seront très irréguliers.

 

Crépuscule grimant

Puisque lamkyre demande un nouveau jeu, je récidive. Un peintre, un écrivain à partir d'un extrait. Je demande quand même le titre du livre. Le peintre évoqué me paraît évident, mais le poète beaucoup moins alors que c'est un des écrivains les plus célèbres. Pourtant... si on réfléchit bien, on y retrouve ses thèmes et déjà l'annonce de son dernier volume.

medium_cythere.jpg

Crépuscule grimant les arbres et les faces,

Avec son manteau bleu, sous son masque incertain ;

Poussière de baisers autour des bouches lasses...

Le vague devient tendre, et le tout près, lointain,

La mascarade, autre lointain mélancolique,

Fait le geste d'aimer plus faux, triste et charmant,

Caprice de poète — ou prudence d'amant,

L'amour ayant besoin d'être orné savamment —

Voici barques, goûters, silences et musique. 

Syllabe et pied

Dans un alexandrin, l'on voit douze syllabes ;

Parler alors de pieds, c'est marcher comme un crabe.

Le français ne connaît plus d'accent de longueur

Même si quelques-uns l'ont encor dans leur cœur.

Le français ne connaît pas le compte des mètres,

Et ceux qui disent pieds sont de fort mauvais maîtres,

Ignorant les iambes, maltraitant le latin,

Prenant un poème comme un petit lapin. 

Champignac chez Lépine

J'ai ajouté dans la colonne de gauche une nouvelle liste : Boîte à outils. Ce sont des programmes utilitaires ou ludiques. Je n'y ai pas placé de dictionnaires parce que je ferai une liste à part avec une sélection des dictionnaires essentiels (TLFi, Littré, Cisco, Chroma...) et puis un renvoi vers quelques portails (Gallica, ABC de la Langue, Lexilogos, Tennessee Bob...) qui contiennent des listes bien plus longues que celles pouvant être accueillies sur un blogue. J'avais envie de créer ces liens depuis un moment, mais Alex de Pince ton français a commencé à mettre en place son redresseur qui permet d'éviter les impostrophes comme ', les guillements comme ", les faux tirets comme -- ou ---et l'absence d'insécables. L'autre raison, c'est le déroulement de la foire de Paris qui est l'occasion d'un grand moment de poésie thermo-dynamique et de linguistique appliquée aux corps mécaniques, j'ai nommé le concours Lépine qui mélange les Facteur Cheval de la physique aux esprits descendus du haut de leurs grandes écoles ! Amis de Carelman, de Franquin, d'Alphonse Allais, de Pierre Dac, de Perec ou de Jules Verne, vous serez servis en inventions absurdes, pratiques, futiles, merveilleuses, drôles... Et puis comme la raison sociale de l'auteur de ce blogue est placée sous le haut patronnage du comte de Champignac, je donne ici ma liste des logiciels qui seraient bien pratiques et qui sont encore à inventer.

— L'accentueur : on rentre un texte écrit sur un clavier Qwerty ou sur un téléphone portable et il en ressort un texte bien accentué, cédillé comme en français. Conviendrait fort aux Anglo-saxons ou aux malheureux expatriés au Japon, dans la Silicon Valley ou une boîte d'informatique française située en France. On pourrait imaginer aussi une option pour les francophones qui leur permettrait enfin d'écrire des choses comme le l ł  barré polonais sans passer par les codes HTML.

— Le décapiteur : il n'est rien de plus pénible que de lire des textes où abondent les mots entièrement en capitales, voire des phrases entières. Pourquoi ? PARCE QU'ÉCRIRE EN CAPITALES CELA VEUT DIRE CRIER ET QUE CELA MONTRE SON MÉPRIS ET SON ARROGANCE ENVERS SON PUBLIC, SA PARESSE PHYSIQUE ET MENTALE AVEC LA TOUCHE MAJ ENFONCÉE, ET C'EST MAL. Le décapiteur rétablirait les minuscules nécessaires. Pour cela, il lui faudrait un deuxième programme qui ne conserverait que les capitales de mots ou de phrases vraiment nécessaires. Le décapiteur servirait aussi à traiter les textes qui sont écrits sans même une majuscule après un mot. La fonction par défaut comprendrait les capitales accentuées parce que c'est la seule vraie norme.

— Le ponctueur : il parviendrait à rétablir les espaces nécessaires avant ou après les signes de ponctuation car rien n'est plus pénible de lire des parenthèses qui se baladent ou des points éloignés du dernier mot. Ce logiciel serait particulièrement adapté pour l'équipe de Libération qui se contrefiche des règles typographiques pour les guilles. Le ponctueur nécessite toutefois une version québécoise distincte de la version européenne. Il serait aussi capable de corriger les formes abusives comme ..... ou !!! et ??? Il pourrait repérer un texte écrit en pseudo célinien, totalement incohérent. Une version améliorée placerait, grâce à une analyse sémantique et syntaxique, les virgules ou les points omis, et dans ce cas il serait capable aussi de supprimer les signes superfétatoires.

— Le désigleur : par un simple clic sur le sigle ou l'acronyme obscur, vous obtenez une liste de propositions la traduction en bon français du terme étranger. En effet, ce logiciel intègre un dictionnaire constitué des bases de données de toutes les administrations et entreprises. Une version 2.0 propose une liste plus restreinte par une analyse sémantique du texte (le mot CPE n'avait plus le même sens dans les salles des profs ces derniers mois). La version 3.0 (soyons fous !) expliquerait les versions fantaisistes ou les déformations argotiques, familières des mêmes sigles. 

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