vendredi, 31 mars 2006
Anglicismes des blogues
Voici deux anglicismes particulièrement inutiles, serviles et irréfléchis que l'on retrouve fréquemment dans la rédaction des billets de blogues, notamment chez ceux qui voudraient apparaître comme le Top20 de la blogosphère et la crème de la crème :
— Edit de x heures. Ce terme ne correspond strictement à rien en français. Il s'agit en fait de l'abréviation pour édition, donc d'une correction, d'un corrigé, d'un rectificatif, d'un ajout ou d'une ajoute, d'un addendum, d'un complément, d'un supplément, d'un post-scriptum, d'un erratum. Edit, c'est du jargon sans aucun intérêt, sauf celui de faire croire qu'il existe un langage codé entre gens du même monde.
— Via Machin de Trucblogue. On a vu, lu ou appris un renseignement chez Machin ; ou bien on donne le lien, la citation à partir de chez Machin. Mais via, c'est réservé aux voyages par voie ferrée, par avion, et cela ne se rapporte pas aux intermédiaires humains ou aux sites d'information. Ce genre de tournure assez cavalière dispense de faire de vraies phrases et de réfléchir.
19:32 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
Dans le restaurant
Le garçon délabré qui n'a rien à faire
Que de se gratter les doigts et se pencher sur mon épaule :
« Dans mon pays il fera temps pluvieux,
Du vent, du grand soleil, et de la pluie ;
C'est ce qu'on appelle le jour de lessive des gueux. »
(Bavard, baveux, à la croupe arrondie,
Je te prie, au moins, ne bave pas dans la soupe.)
« Les saules trempés, et des bourgeons sur les ronces.
C'est là, dans une averse, qu'on s'abrite.
J'avais sept ans, elle était plus petite.
Elle était toute mouillée, je lui ai donné des primevères. »
Les taches de son gilet montent au chiffre de trente-huit,
« Je la chatouillais, pour la faire rire.
J'éprouvais un instant de puissance et de délire.
(...)
T. S. Eliot, texte original en français
18:30 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Signy-l'Abbaye
Très loin de Signy-l'Abbaye,
André Velter reste ébahi
Dans le haut Tibet,
Et son alphabet
Seul à Rimbaud jamais obéit.
12:44 Publié dans Limericks champignaciens | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
La Boîte à images (suite)
Suite de l'affaire de la Boîte à images.
Acte IV : KA, assisté d'un avocat, a envoyé une lettre à l'agence pour demander un réglement à l'amiable et plaider la bonne foi d'un particulier. Mais les services d'un avocat ne sont pas gratuits, le compte Paypal fonctionne donc toujours. KA a aussi ouvert à cette occasion un nouveau billet qui autorise cette fois les commentaires. Je suppose qu'il voulait éviter le bruit pendant qu'il cherchait une solution.
Après avoir lu les différents commentaires dans la blogosphère. la situation est à peu près celle-ci : l'agence, située en France, a appliqué les procédures allemandes (le photographe réside en Allemagne) qui nous paraissent disproportionnées ; elle exige le retrait des photos et elle fait payer une prestation sans indiquer pour celle-ci de limitation dans le temps, ce qui est contradictoire ; elle fait payer en fonction des tarifs qui pourraient s'appliquer à des sociétés privées et en fonction du lectorat supposé. Pour ce dernier point, elle a pu juger que le blogue de KA n'était pas vraiment un blogue de particulier parce qu'il a affiché dans son profil son CV et parce qu'il a créé une page où il affiche la progression de la fréquentation de son blogue (détail qui a pu entrer en ligne de compte pour l'estimation du préjudice). En tout cas, l'agence avait réagi particulièrement vite puisque c'était seulement au bout de neuf jours, il doit donc exister un service de veille informatique et la visibilité du blogue a joué.
J'ai lu sur mon blogue et ailleurs que KA fait de la publicité à ce photographe et que ce serait un fait positif. Mais la bonne foi ne suffit pas, il n'avait pas demandé d'autorisation préalable et il serait en tort devant un tribunal (exactement comme je peux l'être pour certains textes d'écrivains que je reproduis). Les droits pour les photographies sont parmi ceux qui sont les plus suivis avec ceux de la musique. En effet, un photographe vit surtout des droits que lui rapportent la reproduction de ses œuvres dans la presse ou les livres (et très peu d'expositions, de prix, de ventes de supports physiques). En outre, une photographie est une œuvre complète qui est citée en entier sauf si on donne un détail (à la différence d'un texte, d'une bande dessinée qui sont plus aisément tronçonnables). Et c'est bien la possibilité de reproduction qui est à la base de la photographie et de sa valeur : une photographie de tableau ne sera pas le tableau comme support physique (soumis lui aussi à des droits, ceux de son propriétaire) et elle n'aura de valeur que comme photographie. Dans le cas de la photo, la reproduction est à la base de l'économie puisqu'il n'y a pas vraiment d'original et que l'œuvre ne peut pas être vraiment découpée. Il y a encore un autre fait : c'est la possibilité de démultiplication de l'image à partir d'un simple clic. KA entourait les images d'une analyse, mais d'autres personnes peuvent reprendre les images numérisées dans d'autres buts (illustration, parodie, détournement, falsification). On peut comprendre les raisons de l'agence, même si la méthode choisie est plus que contestable. Je me demande d'ailleurs si toutes les agences ont la même vigilance lorsqu'on voit la foultitude de photographies couvertes par des droits qui sont reproduites pour illustrer de prétendus articles par exemple dans AgoraVox, entreprise privée.
11:13 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
jeudi, 30 mars 2006
Lune de miel
Ils ont vu les Pays-Bas, ils rentrent à Terre-Haute ;
Mais une nuit d'été, les voici à Ravenne.
À l'aise entre deux draps, chez deux centaines de punaises,
La sueur estivale, et une forte odeur de chienne,
Ils restent sur le dos écartant les genoux
De quatre jambes molles toutes gonflées de morsures.
On relève le drap pour mieux égratigner.
Moins d'une lieue d'ici est Saint Apollinaire
En Classe, basilique connue des amateurs
De chapiteaux d'acanthe que tournoie le vent.
Ils vont prendre le train à huit heures
Prolonger leurs misères de Padoue à Milan
Où se trouve la Cène, et un restaurant pas cher.
Lui pense aux pourboires, et rédige son bilan.
Ils auront vu la Suisse et traversé la France
Et Saint Apollinaire, raide et ascétique,
Vieille usine désaffectée de Dieu, tient encore
Dans ses pierres écroulantes la forme précise de Byzance.
T. S. Eliot, en français dans le texte original
18:45 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
Le bon usage des listes
1) Faire une liste des blogues qui utilisent des listes toutes faites et débiles à la place d'articles rédigés et motivés, les inscrire en liste noire. Halte à la questionnairedeproustisation des blogues !
2) Bannir les blogueurs qui oseraient vous demander de poursuivre une chaîne de listes de questions. S'interroger sur le meilleur supplice à leur égard.
3) Arrêter là la liste. Et puis repenser à ce que Perec pouvait écrire sur les listes et pourquoi. Réfléchir, respirer, boire un verre d'eau fraîche.
16:59 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note
Cirey
Grâces au château de Cirey,
Voltaire fuyait les arrêts :
C'était l'Allemagne,
Et non la Champagne,
Dans un coin du jardin tout près.
16:25 Publié dans Limericks champignaciens | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
La Boîte à images
Je reviens sur l'affaire de La Boîte à images le blogue d'Alain Korkos, KA, auteur, traducteur, conférencier et illustrateur. Beaucoup de choses se sont déroulées durant la nuit. Ne cliquez plus sur le lien précédent.
Acte I : KA annonce l'arrêt de son blogue parce qu'une agence lui réclame 1377,79 euros de droits d'auteur pour avoir reproduit à des fins d'analyse six photographies. Cette indemnité comprenait une majoration de 100 % pour faute grave, ce qui paraît abusif mais qui correspondrait au droit allemand. Elle exige en outre le retrait immédiat des photographies malgré le paiement. KA supprime la page litigieuse, mais chacun pourra la trouver chez Webarchives.com.
Acte II : Une soixantaine de messages de soutien ou de conseils arrivent dans le fil du billet. On peut trouver aussi d'autres réactions en utilisant Blogseearch ou Technorati. Il se dégage un consensus : demander un conseil juridique parce que la lettre recommandée ressemble plus à une tentative d'intimidation qu'à une véritable mise en demeure, que les détails sur la facturation du préjudice sont pour le moins étranges, que les frais d'huissier ou de justice seraient bien plus considérables en cas de dépôt de plainte. Suite à un conseil, KA ouvre un compte Paypal pour les personnes qui voudraient souscrire afin de l'aider à régler sa dette (un SMIC brut, quand même) .
Acte III : KA supprime le billet « K. O. technique » et donc tous les commentaires, tous les rétroliens qui figuraient dedans (mais les gens un peu trop curieux pourront toujours aller voir dans les caches..) Il écrit un nouveau billet qui laisse présager peut-être une suite. Le temps de réfléchir.
En tout cas, cette affaire pose des problèmes graves à mon avis. D'abord, il existe une paranoïa envers les blogues qui n'a aucun équivalent pour d'autres sites ouaibes, sauf ceux du pire tout pire. Ensuite, on n'est pas dans le cas d'un pillage systématique, d'un vol ou d'un plagiat manifeste, d'une illustration pour faire mumuse, de la pseudo-pub à la Bloïc : KA construit un discours cohérent et réfléchi à partir des images. Si son blogue était l'un des plus lus ou regardés chez Hautetfort, c'est bien parce qu'il y avait quelque chose d'intelligent sur une chose qui fait cruellement défaut : la lecture d'images. Il n'y a pas tant de gens qui s'y risquent en dehors des historiens d'art ou des archéologues. Ensuite, on peut se poser des questions sur l'existence de blogues qui pourraient avoir un discours critique à partir de textes ou d'images, qui ne seraient pas la simple reproduction des images ou des textes les plus ressassés, voire de cliparts et de questionnaires tout faits et infects. Enfin, quand on reproduit quelque chose, on se retrouve dans la position d'un éditeur, mais comment faire pour s'assurer de toutes les autorisations ? Il y a tellement de droits entremêlés même pour des textes ou des images qui semblent dans le domaine public que ce serait un travail à plein temps.
L'image vient des Influenceurs. On peut la reproduire.
11:50 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (46) | Envoyer cette note
mercredi, 29 mars 2006
Ça veut dire quoi « dégueulasse » ?
Trondheim a lancé depuis une quinzaine de jours un blogue autobiodégradable qui s'efface au fur et à mesure de son actualisation. Il se déchaîne pour l'instant sur le chikungunya et son voyage à La Réunion, mais je me saisis d'un prétexte très lointain pour justifier la mention de Trondheim dans ces pages : à la page 32 il écrit « Le temps est dégueux dans les hauts » (attention, la page ne sera plus visible demain si Trondheim accélère sa production). On dit que l'argot n'a pas d'orthographe. Mouais... Sauf que c'est souvent une orthographe analogique de l'orthographe ordinaire ou une orthographe en réaction, voire destinée à égarer ou à jouer. Est-ce que la graphie aurait été dictée par gueux (forme identique au singulier et au pluriel) ou par imitation des adjectifs en -eux avec féminin en -euse (chaleureux, coléreux, malheureux) ? Je vois cependant avec Gougle que le pluriel le plus répandu pour dégueu est en -x et pas en -s, cela dans une proportion de 7 à 1. Et pourtant un mot comme pneu, qui est un mot construit de la même manière par abréviation, a bien un pluriel en -s et pas en -x. Je me gratte le peu de cheveux qui me restent et je me dis qu'en fait il y a une conjonction d'une foule d'éléments : le pluriel en -s est perçu comme irrégulier et rare, les adjectifs en -eu sont peu nombreux à part feu (et on retrouve le même problème avec les neuneus qui sont distancés par les neuneux), l'hypercorrection agit aussi dans le langage familier, un mot de sens proche comme gueux peut agir, et enfin... ce mot ne figure pas dans tous les dictionnaires alors qu'il est courant.
23:03 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
La terre vaine
Avril est le plus cruel des mois, il engendre
Des lilas qui jaillissent de la terre morte, il mêle
Souvenance et désir, il réveille
Par ses pluies de printemps les racines inertes. (...)
T. S. Eliot, traduction de Pierre Leyris, celle que j'estime le plus.
21:24 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Toujours les citations
Je reviens de la Boîte à images et je découvre que KA ferme son blogue suite à la réception d'une lettre recommandée de la part d'une agence gérant des droits photographiques. Déjà, je peste parce que c'est le énième blogue que je vois fermé en quelques semaines... Non seulement on lui demande de retirer sans délais les photographies, mais en outre on lui réclame des indemnités. Or le principe de son blogue reposait justement sur des lectures comparatives d'images qui sont pratiquement toutes couvertes par des droits divers (une reproduction scannée d'un tableau classique à partir d'une carte postale ou d'un livre peut être couverte par les droits du photographe, de l'éditeur, mais aussi ceux du musée ou d'une agence qui possède par cession les droits pour Internet). Un blogue comme Louvre-Passion pourrait être lui aussi poursuivi par exemple par Corbis, la boîte de Guillaume Grilles, alors que c'est un blogue non commercial, destiné à faire connaître des choses que l'on aime, sans aucune volonté de pillage. La Boîte à images servait de carte de visite professionnelle à KA, c'est un fait, mais il présentait les documents d'une manière honnête, sans essayer de racoler, de provoquer ou de détourner. Cela dit, ce blogue a été aussi victime de son succès : on ne se serait pas attaqué à un blogue qui affichait moins de cent visiteurs uniques ou qui n'aurait pas sa visibilité sur la Toile.
20:04 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
Juniville
Et ce Verlaine à Juniville ?
— Il fréquentait des gens juvéniles,
Allait sans arrêt
Boire au cabaret.
Un ivrogne, un individu vil !
15:46 Publié dans Limericks champignaciens | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Coquillons
— Pris entre deux feux, piétons et automobilistes ont été accommodés par les fumées. L'Est républicain, 20 mars.
— Élus et gendarmes se mobilisent pour engendrer la hausse de la délinquance. Le Journal d'Abbeville, 15 mars.
— Les plus connes demeurent la Fédération des Œuvres laïques, les Pupilles de l'enseignement public ou encore la Jeunesse au plein air. Le Journal de la Haute-Saône, 13 mars.
Cette semaine, je n'ai repris que trois perles sur les six publiées par le Canard enchaîné. Les autres ne m'ont semblé ni drôles, ni vraiment remarquables. Je fais toujours un tri ; j'en laisse de côté une ou deux, la plupart du temps.
10:00 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
mardi, 28 mars 2006
L'esprit frappeur (3)
De son écriture où la gracilité du trait semble ne se poser que comme signe d'une puissance intérieure de haut voltage, Yves Bonnefoy m'écrit ceci :
« Dans l'obscurité qui s'appesantit sur nos contrées, votre existence aux confins est pour moi une présence réconfortante, comme si tout ce qui valait, désormais, reposait sur la réalité insulaire, l'obstination secrète de quelques personnes, héritières d'un sens gnostique de la durée dans l'exil. Vous le voyez, je suis pessimiste. Ce qui m'inquiète dans mes plus récents trébuchements, étant moins l'autorité grandissante que l'efficacité toujours davantage recherchée, efficacité qui morcelle l'unité cérémonielle de l'homme en tant de “fins” techniques ou hédonistes. Au fond – et je me souviens de ce que vous avez écrit dans ce sens – seul le cri qui ne se divise pas, qui ne “signifie” pas, qui ne sert pas, et pourvu qu'il ne se monnaye pas en parole, est analogue à la réalité qui se perd. Je suppose que toute poésie à venir, soit le répétera, ce qui serait gravement le compromettre, soit se taira pour mieux entendre... »
Georges Henein
19:20 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Oschterputz
Dans le cadre de mon grand nettoyage de printemps, je vous cède à un prix d'ami un nombre incalculable de phishings écrits en allemand et provenant de la Postbank ou de la Volksbanken. Amateurs d'erreurs d'orthographe en allemand, écrivez-moi ! Je suis d'ailleurs prêt à vous fournir aussi des messages racistes et nazis au moment des élections et toujours en allemand, également dans une orthographe déficiente. Mais bon Dieu ! pourquoi les Allemands reviennent-ils nous occuper en Champignacie ? Qu'est-ce que j'ai fait aux Allemands ?
18:09 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
La roche
Chacun se demandait à Roche :
« Mais ce Rimbaud, c'était un proche ?
C'était un vaurien
Qui ne fit de bien,
On avait anguille sous roche. »
La demeure familiale où Rimbaud passait ses vacances se trouvait à Roche. Il est nommé le Rocheux par ses correspondants et ce surnom se retrouve dans les Illuminations. Le chat des Monts-Rocheux du poème « Honte », c'est lui.
16:57 Publié dans Limericks champignaciens | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
Le français en famille
Quant aux candidats au regroupement familial – femmes et enfants –, ils devront eux «se conformer aux principes qui régissent la République française». Par exemple, l'ignorance de la langue française ne pourra ainsi être opposée à un étranger souhaitant rejoindre un parent.
C'est l'avis du conseil d'État rapporté par le Fig. Il aurait été en effet choquant de voir que que des immigrés communautaires comme les Britanniques ou non communautaires comme les Étatsuniens n'ont aucun besoin de maîtriser le français pour s'établir durablement en France (et disposent en outre de services de traduction gratuits dans certains départements) alors que les immigrés d'autres pays, le plus souvent bien moins fortunés, doivent montrer leur connaissance du français à un degré assez difficile à établir parce qu'il n'y a pas de mesure fiable et certifiée. Cela aurait introduit une discrimination sociale et raciale entre deux catégories d'immigrés et en outre cela aurait voulu dire que certains Français de naissance ne sont pas vraiment intégrés à la République (quand j'étais adolescent, je rencontrais encore dans mon quartier des Alsaciens ne parlant presque pas le français, sauf deux ou trois formules courantes). Cet avis ne veut pas dire que des conditions comme le suivi de cours ne pourront être exigées.
11:53 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 27 mars 2006
Des citations
Ma petite fierté du jour : j'ai fait retirer sur le blogue du plus médiatique blogueur et prétendu spécialiste des blogues un dessin de Maëster en rappelant ce que Maëster dit explicitement sur la page d'accueil de son blogue au sujet de ses dessins (et Maëster n'a pas besoin d'être cité par un arschloch pour être connu ou plus connu). Je ne renvoie pas au blogue du gougnafier que l'on reconnaîtra aisément, car le triste tartufe crétinisant a construit sa réputation sur ce genre de renvois et de liens vides de sens.
20:11 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
L'esprit frappeur (2)
Il y a de par le monde, une prodigieuse débauche d'expression sans contenu. Le travail à la chaîne a engendré la parole à la chaîne. Les digues sont rompues. Les civilisations de masse ont élevé le bruit au rang d'écho collectif. Nous en sommes au point où le bruit rassure. Le bruit a, en effet, plusieurs mérites non négligeables. Il crée une sorte de fausse unanimité et du même coup, abolit l'individu, engourdit la conscience. Il est cher, pour cette raison même, à l'oreille de la société. Il noie toute signification cohérente dans le chaos d'un parler indistinct. Le bruit est le langage actuel de l'Humanité. D'ailleurs, ne dit-on pas d'un endroit où l'on ne s'entend point causer qu'il est « vivant » ? Pour peu que la réciproque soit admise, on serait fondé à conclure que le silence est un signe de mort. La crainte de voir cette complicité fictive déboucher vraiment dans un cimetière suffit à délier les langues. Personne n'emportera son secret avec soi dans la tombe. Tout le monde aura parlé avant, – et d'abondance.
Georges Henein
19:15 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
Après
Il n'est plus d'apprêts à Aprey,
Plus d'apprêts de cuisine, ou de près
Ou de loin avant
Un mets de savant,
Tout est devenu bien propret.
17:25 Publié dans Limericks champignaciens | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Orangisme
Drôle d'absence d'accord du nom orange dans le Monde. Les « orange », cela me semble étrange parce que l'on fait bien l'accord pour les noms de partisans désignés par une couleur et tirés d'un adjectif de couleur que ce soit le nom officiel d'un parti (les Verts, los Colorados) ou bien un surnom (les noirs, les bleus, les blancs). Je veux bien que l'adjectif orange paraissse encore invariable pour les grammairiens les plus puristes et normatifs parce que ce serait encore lié à l'origine du nom de fruit, mais lorsque ce même adjectif redevient un nom il me semble que c'est assez vertigineux de ne plus accorder (même si l'on veut éviter la confusion avec le fruit, ce qui est déjà fait par l'emploi des guillemets). Quant à orangiste, ben... cela renverrait à des mouvements plus violents en Irlande notamment et cela a un rapport avec la dynastie d'Orange, qui est liée à une ville et non à une couleur ou à un fruit (le rapport ancien entre la ville et le fruit est assez confus comme je l'ai déjà expliqué sur mon site).
13:21 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
La grippe anglaise
Malades, pour vous renseigner sur votre maladie, il vous faut apprendre d'abord l'anglais et vous guérirez. L'anglais est le premier médicament et le premier traitement thérapeutique.
13:05 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
dimanche, 26 mars 2006
Règles de citation
Je reviens sur ces questions de propriété de textes. J'ai beaucoup écrit dans le forum Usenet fllf. En publiant, j'acceptais que d'autres reprennent mes propos pour me citer, me critiquer ou se moquer de moi. Je n'ai pas posé sur chaque texte de licence Creative Common ou de licence GNU parce que j'ai toujours estimé que chacun de mes écrits était un état provisoire et que ce qui était important, c'était l'échange, l'addition des savoirs ou des expériences, la transformation par la rencontre de l'autre. J'écris donc un texte dans fllf et cela me prend à peu près une heure ou deux de réflexion et d'écriture, ce texte est imparfait à mon avis. Je l'ai d'ailleurs corrigé pour une page à venir. Mais je découvre sur la Toile que mon texte apparaît en complément d'une liste, sans même que l'on m'ait consulté ! Je veux bien que mon propos ne soit pas de la plus grande originalité et qu'il ne présente aucun intérêt littéraire. Je veux bien être cité ou reproduit (j'ai accepté très récemment une demande au sujet de ma page sur l'alphabet de Chilpéric), mais quand même... le minimum de la courtoisie aurait été de me signaler la page en question parce que ce n'est pas une phrase ou deux, mais tout un machin que je peux utiliser et réviser moi-même. Et puis c'est dans un site qui se présente comme une carte de visite professionnelle alors que l'auteur de ces pages a manqué aux usages les plus élémentaires. Je me moque complètement du fait que l'on reproduise un état de ce que je pensais ou construisais, je ne suis pas très capitaliste... Mais enfin ! si on me cite avec mon vrai nom d'état-civil, le mieux aurait été de me contacter d'autant que l'auteur de la page connaissait parfaitement mes adresses comme le prouve un certain vote et la fréquentation d'un autre forum. Je n'ai pas écrit à l'auteur de la page pour lui demander de retirer mon texte et la mention de mon nom, mais je le considère comme un gougnafier. J'aurais accepté la republication du texte si on me l'avait demandé et je l'aurais amendée alors. J'aurais même accepté que l'on révise totalement ma présentation des faits linguistiques (mais alors sans me donner comme l'auteur). Mais enfin utiliser monsieur Machin dans une carte de visite professionnelle sans lui demander son avis ou même l'avertir, c'est un manque de transparence absolu. Et on en revient aux règles de la vie courante.
21:13 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note
L'esprit frappeur (1)
Il existe au Mexique, sur les rives du lac Patzcuaro, un modeste village qui répond au nom de Tzintzuntzan. Dans la langue chichiméca, ce mot, pareil à un cliquetis d'éperons, joyeux, frivole, déjà loin à l'instant où on le nomme, ce mot signifie : là où chantent les oiseaux. Ce village est le résidu d'une ancienne communauté de potiers qui, pendant des siècles, connut une longue prospérité. Puis vint le temps de la désertion, le temps où les oiseaux n'ont plus plaisir à chanter. Les fils des potiers, attirés par les agglomérations nouvelles, abandonnaient leur tranquille artisanat pour les émotions des grandes villes. Tzintzuntzan, découragée, ne fournissait plus que des poteries précaires qui se brisaient avant d'arriver au marché comme pour faire écho à de plus intimes blessures.
Georges Henein
Les œuvres complètes d'Henein ont été rassemblées en un seul volume le mois dernier chez Denoël, c'est justice ; la moitié des textes étaient carrément indisponibles car publiés au Caire, et la moitié de l'autre moitié n'était même pas chez de grands éditeurs comme José Corti, Minuit, la Différence... Le texte provient du volume des carnets publiés chez Encre dans la collection « l'Atelier du possible ».
17:25 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
L'écaille
Il était jadis à L'Écaille
Un vigoureux chasseur de cailles
Qu'il aimait à poil,
Sans plumes, sans voiles,
Même si en hiver ça caille.
16:54 Publié dans Limericks champignaciens | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Copies d'élèves
Il y a quelque chose qui me dérange énormément dans un certain nombre de blogues d'enseignants, ce sont les propos rapportés d'élèves, que ces propos soient écrits ou oraux. Que cela soit fait pour illustrer une difficulté d'ordre disciplinaire ou liée aux relations humaines, c'est compréhensible et cela peut se justifier, mais enfin... il ne s'agit pas toujours d'une attention bienveillante ou d'un souci ou d'un attendrissement face à des mots d'enfants.
Un blogue doit être nourri régulièrement. Pour trouver de la matière, certains vont prendre de la matière dans leur expérience professionnelle. Cela pourrait être intéressant s'il y avait à la base une réflexion, une perspective, un regard, mais on est le plus souvent à ras-de-terre. Je distingue trois sortes d'écrits qui me paraissent aller contre toute déontologie : les anecdotes prétendument humoristiques fondées sur des discours oraux tenus dans le cadre d'une salle de classe, destinées surtout à montrer la sottise des élèves en question ; les collections de perles ; la diffusion de copies d'élèves que ce soit avec correction des erreurs d'orthographe ou en mode image.
Une particularité des enseignants, c'est qu'ils sont seuls dans leur travail en face d'une classe. Ils ont donc besoin de partager ensuite ces moments de vie face à d'autres et cela se fait dans le cadre de la salle des profs ou entre deux couloirs, mais les interlocuteurs sont alors choisis et ne sont pas le tout-venant de la Toile. Il y a aussi un contexte plus aisément compréhensible pour ceux qui sont parties prenantes.
Les anecdotes plus ou moins humoristiques ne sont pas graves en elles-mêmes car elles sont souvent distanciées (les noms sont changés, les personnages peuvent en fait être un mélange de plusieurs individus, il peut y avoir une part de fiction). Mais enfin... je me pose des questions sur la réception de telles saynettes lorsque cela met en scène des adolescents ou de jeunes adultes parce que l'on sort d'un cadre plus ou moins innocent. Je me demande aussi comment l'on peut avoir une relation fondée sur la confiance durant la journée et puis comment l'on peut ensuite débiner les mêmes personnes le soir – de la même manière que celle des skyblogueurs se moquant de leur enseignant.
Les collections de perles me semblent être, elles, le pire de la perversion et de la connerie à l'état brut. Quel est l'intérêt de savoir qu'un élève a écrit que Picasso était l'auteur de la Joconde ou que le latin est un livre saint écrit en arabe ? Est-ce que l'auteur de la page n'a jamais confondu au cours de sa scolarité ou de son expérience professionnelle deux dates, deux auteurs, deux époques, deux pays ? Je me souviens avoir au lycée attribué une fois le Faust à Wagner et j'en rougis encore. Et en quoi ces perles seraient-elles plus originales que d'autres ? On est dans le cadre de personnes en formation et non de personnes qui sont censées être des professionnels de la profession avec une foule d'outils à portée de main et qui écrivent pour tous de manière publique. En outre, le but du travail n'est pas de recenser les erreurs afin d'en faire profiter la collectivité. Il existe le délit d'abus de biens sociaux, je me demande si l'on ne devrait pas inventer le délit d'abus de textes sociaux. Le contrat implicite une fois que l'on est entrés en classe, c'est bien que le texte ne sortira pas du cadre de l'exercice, sauf s'il y a vraiment quelque chose d'insultant ou qui nécessite une alerte auprès d'autres personnes.
On en vient au fond. La propriété littéraire d'un texte appartient à son auteur et pas à celui qui en est le dépositaire provisoire, le prof, le correcteur. Cette propriété peut être cédée dans le cadre d'un concours ou d'un examen à la suite d'un contrat. Mais le correcteur – même enseignant – n'a aucun droit sur une copie ! C'est fort simple : il ne peut pas reproduire un texte sans l'accord explicite de son auteur. Et j'en arrive au paradoxe : comment peut-on à la fois exiger par exemple une Licence Creative Common (sans aucune valeur juridique en France et sans aucune valeur du tout par ailleurs) et puis reproduire des copies d'élèves anonymées sous prétexte d'illustration même si c'est de manière indulgente du moment que ceux-ci n'ont jamais consenti à leur reproduction pour des tiers ? Est-ce que l'on n'est pas dans le même cadre que dans celui des photos volées de proches ? Il me semble que le minimum est de demander à un élève s'il est d'accord pour qu'on lise à haute voix ou qu'on publie sa copie. Mais quand je vois de tels manquements aux règles les plus élémentaires de la vie en classe et de la vie tout court chez quelqu'un qui se pose en thuriféraire du logiciel libre et de l'humanisme, les bras m'en tombent, même si l'intention n'est pas malveillante à la base. Cela me paraît être une rupture du contrat éducatif et une sorte d'imposture pour nourrir le blogue quels que soient les matériaux, lesquels ne sont pas tous sur le même plan et ne relèvent pas de la même sphère sociale.
13:30 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note
samedi, 25 mars 2006
Hirondelles
Qu'on me cherche demain
car aujourd'hui j'ai rendez-vous avec les hirondelles.
Sur les plumes mouillées par la première pluie
arrive le message frais des nids célestes.
La lumière est à la recherche d'une cachette.
Les fenêtres feuillettent des pages fulgurantes
qui s'éteignent soudain en vagues prophéties.
Ma conscience était hier un pays fertile.
Elle est aujourd'hui un champ de rochers.
Et je me résigne au silence
pourtant je comprends le cri des oiseaux
l'expression grise de l'angoisse
devant la lumière étouffée par la première pluie.
Jorge Carrera Andrade
19:34 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Patrie francophone
La Belgique n'est pas assez compliquée ! Il faut la rendre encore plus surréaliste... C'est son destin ! Elle comprend déjà un gouvernement et un parlement fédéraux, trois gouvernements et parlements régionaux, trois communautés linguistiques qui sont pour l'une confondue avec la région (Flandre) et ayant son siège dans une autre région (Bruxelles), l'autre distincte des régions (Communauté française), la dernière (germanophone) dans une région (la Wallonie). Précisons encore que la communauté des francophones est... la Communauté française (ce qui pourrait faire croire qu'il s'agit de Français vivant en Belgique). Voilà que l'on invente une patrie francophone qui regrouperait la région Wallonie et les francophones de Bruxelles (mais sans les francophones de Flandre). La Francophonie n'existe pas comme pays, mais les Belges sont en train de l'inventer. Où ai-je rangé mon aspirine ? Je la prends vite dans un verre de Chimay, euh non... beaucoup de chopes.
18:12 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Glaire
Antan, les habitants de Glaire
Avaient de mauvaises manières :
Toujours des crachats
Sur le moindre chat,
Leurs bouches étaient des veuglaires.
15:50 Publié dans Limericks champignaciens | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
Une accélération de la mort
C'est sous le signe de ce dessin que j'ai tendance à voir une œuvre à laquelle, autant qu'à la vie, s'applique le mot admirable de Michelet : « une accélération de la mort ». Ce qui unit ces chevaux, ces cavaliers, ces batailles, ces naufrages, ces scènes de meurtre, et même ce Y, aux visages de fous et de suppliciés : qu'est-ce donc ? La hantise de ce moment qui est non point celui où la paix va se faire, mais celui où l'ultime combat ne peut être éludé, où l'homme court au devant de ce qui vient, comme le cheval effrayé par l'orage brise son lien pour se ruer vers lui. C'est le moment de l'imminence du terrible, et de l'imminence de l'inconnu.
Les toiles de X ne vibrent, ne frémissent qu'en réponse à ce vent d'orage. Ce qu'il voit, ce qu'il a vu, et qui fut promesse d'apaisement, gage de bonheur, il l'écarte. Nul paysage, si ce n'est celui de ces arbres tordus par la tempête qui les traverse, mais qui cherche l'homme. Pas de sensualité heureuse : le seul couple est un couple que le désir affronte en une obscure rage de destruction. Et si le cheval est le signe familier de l'obsession du peintre, n'est-ce pas pour être, plus encore que l'auxiliaire du combat, ce qui accélère la course, ce qui permet d'arriver à temps, avant le temps, sur cet horizon de la dernière rencontre ? Le Y n'est pas ici l'image d'un luxe, d'une récréation de l'homme ; j'y vois plutôt, dans l'univers du divertissement bourgeois, l'un des jeux que l'on peut jouer avec la mort.
Il n'est guère difficile trouver le peintre. On reconnaît ses thèmes favoris. Toutefois, il s'agit ici d'identifier le tableau désigné par Y. Le sujet n'a été vraiment traité que par deux peintres de la même époque, lui et un de ses successeurs qui s'en était fait une spécialité. Il est plus difficile de trouver l'auteur. C'est pourtant un célèbre historien d'art, ami et collaborateur de Malraux.
Le jeu de la semaine prochaine sera publié au moment où lamkyre sera dans l'impossibilité absolue de se connecter à la Toile (et j'y veillerai personnellement).
15:20 Publié dans Les arts et les gens | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note


