samedi, 31 décembre 2005

Langues des autres, langues de tous

Je vous recommande cet article à propos de la disparition des langues. Je dois dire que le chiffre de 3 000 me semble incroyablement optimiste et ne s'appuie que sur les langues immédiatement en danger et qui ne seront pas encore réduites à zéro locuteurs mais à un très faible taux de locuteurs (2 500 selon la conférence de Nairobi en 2001, 60 % des langues, lesquelles comptent moins de 10 000 locuteurs), mais que si l'on fixe le seuil, de survie à 100 000 locuteurs et non à 10 000 on arrive à 84 % des langues en danger sur les 6 000 du monde ! (Chiffres pris dans Aux origines des langues et du langage, dir. Jean-Marie Hombert, Fayard).

Manganaouak

Mangalisation : 118

Manganisation : 83.

Mangaïsation : 14.

Le match est intense. La consonne de liaison a pris de l'avance en tout cas, alors qu'elle est absurde.

 

Le jardinier

J'ai rencontré une enseigne « Jean-Paul le jardinier ». Je me suis interrogé alors. Je connais Michel le jardinier anciennement sur France-Inter (avant Michel Lis, mais il avait fait tomber son nom de famille), Nicolas le jardinier, Hubert le jardinier (sur France-Bleu) et Alain Barraton le jardinier. C'est formidable à la radio ! Dès que l'on a un spécialiste des plantes et du gazon, c'est le jardinier. Vous pouvez être astrophysicien, on ne vous présentera pas comme Hubert Reeves l'astrophysicien. Vous pouvez être lexicographe comme Alain Rey, vous ne serez jamais Alain le lexicographe. Vous pouvez être cuisinier comme Loiseau, vous ne serez jamais Bernard le cuisinier. Faites l'essai avec tous les spécialistes que vous entendez sur les ondes : aucun ne sera le chimiste, le théologien, le curé, l'imam, le rabbin, le pédiatre, le podologue, le proctologue, le critique musical ou chorégraphique, l'assistante sociale, le sondologue, l'expert militaire, le en-direct-de-la-bourse, l'économiste distingué, le politologue renommé, mais il y aura toujours le jardinier. Il n'y a qu'un seul jardinier authentique par station et par journal. De même, on ne va pas chez Marcel le boulanger, Edmond le boucher, Gustave le poissonnier.

Je me suis dit d'abord en voyant cette enseigne que l'on avait affaire à l'article de notoriété. Mais bon... ce jardinier était simplement un grainetier qui se donnait des lettres de noblesse. Comment ? Ben... d'abord par l'article, puis par l'emploi du prénom seul. Ce prénom n'a rien à voir avec le côté stupide, grossier et populacier des coiffeurs (Chez Jennyf'hair's), il est en premier sans aucun jeu de mots et la raison sociale s'affiche comme une évidence, on joue la notoriété avant qu'elle soit évidente pour tous, mais l'association des mots doit frapper et venir automatiquement : Jean-Paul ? le jardinier. Un nom n'est pas connu ? Mais on peut le faire connaître par une marque humble et simple que chacun retiendra : le jardinier. C'est très présomptueux si l'on n'a pas les compétences, mais c'est tout bénéfice si l'on est capable d'assumer ce rôle du jardinier providentiel. Et finalement c'est très malin car cette plante du jardinier pousse lentement et a le temps de s'adapter. On dira le jardinier, et on ne pensera même plus au nom, ce qui sera la consécration. 

Just Call Me Dot Com

Il y avait déjà eu un Israélien qui avait obtenu le droit de changer son nom en un autre se terminant par .com. Il y avait eu aussi le cas d'un couple asiatique qui voulait donner à ses enfants des noms en forme d'adresses Internet, mais je ne crois pas qu'ils avaient eu gain de cause. Un jeune américain vient de faire de même, il sera Chris KentuckyFriedCruelty.com. Comme c'est un membre de la PETA, il ne faut guère s'étonner de l'extrémisme et de l'absurdité de la chose : la PETA fonctionne à la fois comme une secte ne le cédant en rien aux scientologues et un mouvement terroriste coupable de crimes (au sens du droit français).

Hun Deux Troyes

Il était au Camp d'Attila

Un Hun qui voulait rester là

Près de ses ancêtres

Enfouis sous un tertre,

Mais de horde il n'y eut, hélas !

 

Le lieu-dit Camp d'Attila est nommé ainsi de manière impropre, à cause des Champs catalauniques qui se trouvent cent kilomètres plus au sud, du côté de Troyes. Il s'agit en fait d'une enceinte pré-celtique et de l'emplacement probable de Durocatalaunum, la première cité gauloise, mais Attila n'a pas séjourné à cet endroit. 

Ce n'est pas dans le Lagarde-et-Michard

C'était à la Ferté-Milon

Qu'eut lieu la Fierté d'un luron :

En ville, un seul gay

Défia les aguets

Dans la seule rue tout du long.

 

La Ferté-Milon n'est plus en Champignacie, mais Racine reste un auteur de la province historique.

Colombarium

On entendait à Colombey-

Les-Deux-Églises un vieux bey

D'Alger ou Tunis :

« De Gaulle punisse

Ces chiens ! » C'était ses sujets.

El gentleman of la Mancha

In un palacete de la Mancha of which nombre no quiero remembrearme, vivia not so long ago uno de esos gentlemen who always tienen una lanza in the rack, una bucler antigua, a skinny caballo y un greyhound para la chaze.

On a déjà vu Molière en verlan, la Bible en SMS, alors pourquoi pas du spanglish ?

Les aventures de Maturin

Était-ce le directeur du Figaro ou le directeur-adjoint de la rédaction du Monde ? Toujours est-il que, lors de l'émission Polémique sur France-Inter ce matin, l'un d'eux a eu cette phrase : « L'idée va devoir maturer ». On me dira que le mot se trouve dans Littré, mais seulement dans la définition de maturation, lequel était un néologisme à l'époque, et dans un contexte spécialisé : la culture et l'industrie du tabac. Cependant, je ne crois pas du tout à un emprunt savant à Littré, c'est plus banalement l'extension logique de l'anglicisme mature comme adjectif à la place de mûr. Cet adjectif est devenu le terme à la mode par son emploi abusif. Et il est normal de voir donc le simple verbe mûrir ne plus être présent dans les esprits. D'ailleurs maturer a une allure de m'as-tu-vu.

vendredi, 30 décembre 2005

Jeu à la noix

Je viens de découvrir une erreur dans le Petit Robert électronique 2001. Il s'agit, dans un article, d'un mauvais renvoi à un autre mot. La première entrée concerne un poisson de mer et de rivière ; le renvoi concerne le petit de ce poisson. Malheureusement, le nom (rare) de ce petit possède un homonyme (tout aussi rare), et les deux mots ont été confondus dans la première entrée. Cet homonyme est un régionalisme qui désigne une pièce servant à raccommoder des vêtements. De quoi s'agit-il ?

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