vendredi, 30 septembre 2005

Détranger

medium_arnest.jpgDétranger (dé-tran-jé. Le g prend un e devant a et o : nous détrangeons), v. a.

 

    Terme de jardinier. Faire la guerre aux taupes, aux mulots, et autres animaux nuisibles.

 

Étymologie :

 

    Dé.... préfixe, et étranger : proprement mettre dehors, chasser.

L'illustration est empruntée à une bédé dessinée par Jannin et scénarisée par Franquin et Delporte (excusez du peu). Elle avait été publiée dans Spirou vers la fin des années septante et elle s'intitulait les Démêlés d'Arnest Ringard et d'Augraphie (pour comprendre le jeu de mots, il faut savoir qui est Augraphie).

C'est étrange, mais Arnest Ringard qui détrange sa taupe et qui transforme sa pelouse en champs catalauniques, cela me fait énormément songer à l'actualité.

Le bleu mat

Le bleu du bleu déchire l'ombre

ou défend l'incisive ardeur du lien,

du lieu précis et bleu. Bleu mat

de ce sable, de cette neige. Bleu

pervers d'un bleu d'outre. Le pal

très doux, le pal très dur. Bleu

de l'ombre où déjà j'expire, où

j'écris bleu d'aube ou de castel.

Bleu du bleu. Bleu du bleu. Mat.

Mât mangé de la boucherie. Bouche

de bleu défunt, de bleu précis.

Bleu plié, bleu de femme, de femme.

Je désirais le bleu délice

d'une rivière au point du jour...

Et je serrais mes épis, mes tiges.

Je renonçais à l'herbe, au gave

instinct d'être seul près du soc.

Parleur parlant de paroles

ou de voix tendue de bouche à roc.

Mais le bleu du bleu effilé

emporte le bleu mat, le castel.

Bleu caressé des tempes.

Bleu au secours du bleu mat,

de ce bleu bleui de bleu,

du bleu qui court,

prince d'ibis et de béatitude.

 

Jacques Izoard, Vêtu, dévêtu, libre

Il est minuit un, docteur Potter

Contrairement à ce qu'affirment à longueur d'antenne les journalistes de Radio France au sujet du lancement d'une célèbre lessive d'origine anglaise, les librairies françaises n'ouvriront pas cette nuit à minuit une, mais à minuit un. On peut dire minuit et une minute. Une est alors un adjectif numéral cardinal. Dans la tournure elliptique minuit un, l'adjectif numéral prend la seule forme de l'ordinal comme pour la scène un, la page un, la voie un, la division un, la classe un.  Il n'y a plus de numéral cardinal dans ce cas puisque le déterminant est devenu un pronom numéral ordinal, il n'introduit rien et il renvoie seulement à un groupe nominal.

La prose de mon maire

medium_maire.jpgAu cas où vous l'ignoreriez, le maire de Champignac a suivi des études de lettres et il se targue de connaître son orthographe et de savoir manier le style. Ses hautes compétences linguistiques et son amitié profonde pour un ancien élu de la Corrèze l'ont propulsé au Conseil supérieur de la langue française, à défaut d'un ministère. Je suis heureux de bénéficier des lumières d'un si grand homme qui bénéficie de l'oreille du poète, linguiste et philosophe Yves Duteil. Je viens de recevoir un nouvel exemple de son grand talent littéraire.

Tout d'abord, le maire de Champignac est brouillé avec les capitales : il écrit le nom de ses administrés avec une minuscule, champignaciens. En revanche, il n'est guère avare en matière de capitales abusives qu'il distribue au hasard : Journée des Associations, la Mairie, la Ville, Hôtel-de-Ville, Quai Barbat, Député-Maire, le Maire, Président de la Communauté d'Agglomération. Ce travers semble une particularité de certains hommes politiques...

Ensuite, sa syntaxe est parfois assez originale.

Des travaux ont également été effectués sur le cirque. Cet élément du patrimoine champignacien fait partie de notre identité et des travaux de mise en sécurité s'imposaient.

Que je sache les travaux n'ont pas été effectués sur la toiture du cirque, mais dans son enceinte. On a affaire à la préposition tueuse sur qui trouve là une autre application : le Député-Maire [sic] quitte Paris et se rend sur la Mairie [sic] de Champignac, après quoi il rejoindra sa famille sur son domicile, il verra alors ses enfants sur son salon.

En outre, des travaux de mise en sécurité, cela me semble un peu tordu. On peut mettre en sécurité un bien ou une personne après un sinistre ou un danger, mais est-ce qu'on met en sécurité un bâtiment s'étendant sur un petit hectare ? On le déplace afin de le loger dans un endroit plus sûr ? Je ne sais trop où cela pourrait se faire : dans un coffre bancaire, le service des urgences du docteur Pelloux, une base de l'armée, un abri anti-atomique, le repaire de la Murène ? Il s'agissait en fait de mise en conformité aux normes de sécurité.

Ils ont de hauts chapeaux les Haut-Bretons !

J'avais signalé il y a six mois un article du Figaro et une délibération quasi unanime du conseil général d'Ille-et-Vilaine où on apprenait que le nom actuel du département était déplaisant et que le nom de Haute-Bretagne était préférable. Cela avait déclenché les foudres d'autres Bretons qui ne sont pas moins hauts que les Ille-et-Vilainois, notamment les habitants de la Loire-Atlantique (ex Loire-Inférieure), mais aussi ceux de la partie gallo des départements du Morbihan et des Côtes-d'Armor (ex Côtes-du-Nord). Bande de jaloux !   Un référendum local – ou plutôt une simple consultation de la population – a tranché : les habitants du coin préfèrent conserver le nom tel qu'il est. La nouvelle est toute fraîche, les dépêches viendront confirmer. Un autre département veut encore changer de nom : l'Ariège qui voudrait être Ariège-Pyrénées.

jeudi, 29 septembre 2005

Sirop paidophile

medium_paidophile.jpgTrouvé dans le Petit Musée des marques cette annonce figurant sur un site réticulaire. On demande l'avis de Belges afin de savoir s'il ne s'agirait pas d'un montage récent (contexte Dutroux, provocation, etc.)

Quel élitisme ?

Je signale qu'il y a dans le Figaro cet intéressant débat entre Philippe Mérieux et Jean-Paul Brighelli à propos de la responsabilité et de la formation des enseignants pour l'apprentissage du français et la découverte de la culture. Mérieux a complètement revu ses jugements et ses propositions depuis qu'il a quitté l'administration centrale du ministère de l'Éducation nationale et, fort étrangement, ce qu'il dit aujourd'hui sonne plus juste et est bien plus dérangeant.

Une aiguille tire le fil

Une aiguille tire le fil
du petit froid qui se lève
et touche sous la peau
l'arbre est chien ou tête
de lièvre ou de lion, de faisan.
Les arbres ont le nom des arbres,
n'ont pas le nom des guis,
ou des sévères buis funèbres.
Avant la nuit, la fumée
cherche à aimer le ciel :
sabots vidés se taisent,
et chats mangent l'oreille
des promeneurs du jeudi.
Charroi d'angelus et de cris
que les enfants cachent.
Le froid mord la nuque :
les mains ont la chaleur
du feu que l'on emporte
où que l'on aille.

Jacques Izoard, Vêtu, dévêtu, libre

Charlie Oleg nous écrit de la Kolyma

On pourrait croire que l'un des principaux sujets de dispute des blogues québécois concerne la langue. Il n'en est rien. Rares sont les blogues québécois sur la langue. Il existe l'excellent cybercarnet de la grande rousse, mais il est en sommeil depuis six mois. Les Amoureux du français se sont mis récemment en congé afin de revenir sous une forme enrichie. La Foire aux idées porte en partie sur des questions de linguistique anglaise. Le fort riche et pertinent Chu ben comme chu a disparu à la fin de ce printemps, il était d'ailleurs tenu par un Français expatrié.

J'ai découvert aujourd'hui un nouveau blogue québécois sur la langue et fait original, il est tenu par un ennemi de la loi 101 et de l'OLF. Le titre est déjà un programme de guerre : « Goulag linguistique / Forced Language Camp ». Le blurb ou slogan est : « Voici un blog représentant la frustration linguistique qui sévit au Québec ». Quand on examine un peu le contenu, on voit que c'est l'exact opposé d'Impératif français. Mêmes excès dans les comparaisons et dans le vocabulaire utilisés, mêmes dénonciations virulentes sans aucun souci de la nuance ou de l'humour, mêmes assertions où le jugement se confond à l'argument et l'illustration à la preuve.

Ce qui m'amuse un peu, c'est d'apprendre que ce régime dictatorial, ce goulag donc, est dû aux œuvres philosophiques du grand penseur stalinien Joseph McCarthy (comme Staline d'ailleurs, c'est une preuve), lequel pourchassait toutes les personnes suspectes d'intelligence avec les États-Unis ou d'intelligence tout court... J'attends avec impatience le moment où l'on comparera René Lévesque à Pol Pot, Idi Amin Dada, Kim Il-Sung, Néron, Bokassa, Pinochet, le Bonhomme Sept-Heures, Barbe-Bleue et la loi 101 à la Révolution culturelle chinoise et pourquoi pas aux lois raciales du IIIe Reich... Autant de sujets métaphoireux en perspective.

La polémique n'est pas une chose mauvaise. Elle peut être saine, mais il faut alors qu'elle prenne soin du sens et de la valeur des mots. Dévoyer le sens des mots, c'est nous dégrader. Lorsqu'on parle mal, on pense mal (Nanni Moretti).

Propos de circonstance

Il y a quelques minutes. Le grand écrivain, l'immense critique littéraire et le reporter de choc Patrick Poivre d'Arvor à propos de son Mazarinet conçu avec une romancière talentueuse : « En privé, c'était clair. Mais, en public, dans la presse, il y avait des circonvolutions. » Les phrases de la presse pipole devaient effectuer des acrobaties aériennes... 

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