vendredi, 27 mars 2009
Vendredi, ou la vie des coupeurs-colleurs sauvages
Ces deux notes de bas de page d'un billet de LSP n'ont pas été reprises dans la une de Vendredi (l'hebdomadaire qui n'avertit pas les blogueurs qu'ils seront recopiés, coupés, réécrits, retitrés, émasculés de leurs liens ou de leurs attendus, mais qui se félicite de leur offrir une vitrine incomparable afin de leur faire de la publicité en toute gratuité et qui leur demande de ne plus lire d'autre journal) :
* Cette déclaration bouffonne, très comparable à celle attribuée à Marie-Antoinette sur la brioche, sera peut-être considérée plus tard comme la marque de la déconnexion définitive des “élites” par rapport au bas peuple.
* Ce qui est quand même bien plus élégant que “né avec une cuiller en argent dans la bouche”. Le grec porphura signifiait “pourpre”, cette matière colorante rouge vif extraite d’un mollusque, le murex, et qui servait à teindre les habits des hauts dignitaires. Ce mot a donné aussi porphyre (roche rouge foncé).
Ce qui est plaisant, c'est que l'on perd alors tout ce qui est plaisant. La première note en noir était motivée par ce passage : "et l’auteur de la fameuse phrase sur les montres Rolex*" qui désignait un célèbre publicitaire. La deuxième en rouge par celui-ci : "Si un héritier, mâle de préférence, naissait pendant son quinquennat, il serait porphyrogénète (du grec porphurogenêtos, “né dans la pourpre”*)".
Or, que je sache, Vendredi est imprimé en couleur. On aurait pu conserver la plaisanterie au sujet de la couleur rouge, manifestée par la typographie. Cela aurait pu être considéré comme une incidente au cours d'une phrase, mais non, pas du tout... Il faut couper le sujet même dans sa forme ou lorsque la forme parle du fond et dit les possibilités métalinguistiques et poétiques d'un blogue. Il est particulièrement cocasse de voir que l'appel de note en noir disparaît totalement, que celui en rouge passe en noir, et que l'on perd tout ce qui fait le jeu de l'écriture au sujet des couleurs sur la Toile par cette mise à plat.
Couper des notes ne serait pas un acte grave quand elles ne disent rien de sérieux, pensera-t-on. Mais qu'est-ce que cela veut dire lorsque l'on ne voit pas le rapport étroit et ludique entre le corps du texte et la note ? Lorsque l'on reproduit malgré tout un appel de note en noir et non en rouge, sans note afférente, parce que l'on ne maîtrise pas le couper-coller ? La subtilité littéraire ou typographique serait-elle donc impénétrable à la rédaction de Vendredi ? Certes, la plaisanterie est mineure et facile, mais il y avait un jeu qui n'a pas été vu parce que l'on s'est focalisé - plus d'un mois après la publication du texte ! - sur l'érudition et le mot rare (porphyrogénète) sans regarder le détail du texte et la motivation des notes qui peut justement être dans les notes de bas de page...
23:00 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vendredi, blog, internet, politique, langue française, typographie
samedi, 14 mars 2009
Vendredi, ou la machine à effacer les allusions et les raisonnements
Je lis cette brève dans Vendredi, le journal qui rémunère de manière fort aléatoire les blogueurs et qui ne les avertit pas de leurs citations non rémunérées (coucou Irène ! tu es citée dans le dernier numéro) ceci :
Pour certaines catégories de livres - les romans et longs récits, par exemple - la lecture à l'écran n'est pas un substitut satisfaisant. Pas à cause de la qualité médiocre de l’écran (sinon, nous ne passerions pas autant d’heures chaque jour assis devant nos ordinateurs), mais parce que les ordinateurs sont de sacrées fichues sources de distractions!
Phrase originale : D’autre part, pour certaines catégories de livres – les romans et longs récits, par exemple — la lecture à l’écran n’est pas un substitut satisfaisant au classique codex,(1) bon marché et facile à se procurer. Pas à cause de la qualité médiocre de l’écran (sinon, nous ne passerions pas autant d’heures chaque jour assis devant nos ordinateurs), mais parce que les ordinateurs sont de sacrées fichues sources de distractions!
Le gras autour de sacrées fichues sources de distraction a disparu. Le reste de l'extrait de la traduction est correct. Mais enfin... le billet date du 22 février et le prochain numéro de Vendredi paraîtra le 20 mars, il aurait peut-être fallu indiquer aussi la date comme pour d'autres articles qui me semblent être dans le frigo depuis un temps certain.
Quelques remarques de style à présent.
Ce qui disparaît, c'est l'inscription d'un texte dans un long développement, on néglige les balancements de la pensée (d'une part, d'autre part, ou encore après Non, la mauvaise nouvelle pour les livres de deux ordres: d’abord). L'on hait tout ce qui pourrait laisser supposer qu'il y a un avant et un après, et puis l'on néglige la conclusion qui est impitoyable au sujet de l'avenir du livre et de la presse. Le passage cité est juste plaisant, distrayant, mais il fait croire à autre chose qu'à ce qui est dit explicitement à la fin. Ce ne serait pas grave si l'on ne faisait croire que c'est un tout complet.
Le deuxième ou second point concerne en fait les allusions culturelles. Parler de codex (par opposition au volumen qui l'a précédé et au livrel qui le suit), c'est vraiment trop compliqué et prise de tête. Et l'on débouche sur une phrase absurde où l'on parle d'un substitut sans que l'on sache à quoi ! La grammaire est le témoin inflexible des censeurs imbéciles qui ne savent pas trop quoi faire de propos trop littéraires dans un numéro prétendument littéraire. Il y a eu d'autres formes de livres (et pas simplement de textes) avant le codex, mais ça... on ne savait pas à Vendredi que ça existait ou on a pensé que cela allait égarer les lecteurs tellement c'est compliqué à penser.
Le troisième point concerne lui l'écriture proprement bloguistique. Adieu au gras, adieu aussi à la note qui donnait la définition du codex par un lien. Il n'est nulle distanciation ou insistance ou ironie possible dans cette écriture mise à plat, via le presse-papier. Olivier l'a bien vu au sujet d'un de ses billets dont il attend toujours la rétribution. Ce qui peut faire le plaisir d'écrire sur un blogue plutôt que sur le papier n'existe plus et l'on ne voit plus l'architexture des liens multiples qui donnent un regard multiple. L'impasse de Vendredi au sujet du traitement des liens internes aux billets ou des liens uniques des billets me paraît rédhibitoire. On ne peut faire de journal sur les blogues sans traiter correctement l'écriture bloguistique comme telle.
17:36 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vendredi, blog, internet, politique, presse, littérature, langue française
vendredi, 06 mars 2009
Vendredi, ou la machine à faire des citations imbéciles
Je lis le numéro de Vendredi 100 % féminin (journée de la femme oblige) et je tombe en page 15 sur un billet de Laure Leforestier (que je ne connaissais pas du tout). Le texte n'est pas piqué des vers et il épingle pas mal de travers de la blogobulle du type Wikio. Mais là où Vendredi se distingue toujours en mal, c'est dans son incapacité à citer correctement un texte issu d'un blogue ! On a ainsi droit à l'avertissement suivant : "Ce mini-guide des blogs féminins s'accompagne de morceaux choisis (en bas de page) indiqués par les "liens" en bleu dans le texte." Il aurait fallu indiquer que ces liens en bleu et souligné sont en fait des adresses de billets singuliers ou de pages particulières que l'on a choisi de ne pas délier en ôtant les attributs dans le traitement de texte (ce qui est un peu absurde dans un texte qui ne donne pas l'URL visée par le mot "touffe" ou le mot "point G"), mais qui n'a plus aucune valeur dans un texte présenté sous forme imprimée. Mais là où ils font fort à Vendredi, c'est qu'ils citent aussi des URL complètes : celles de pages d'accueil de blogues comme les 400 culs ou Jesus hate your pipi). La différence ? Dans un cas, on avait une adresse de billet (berk ! caca !) et dans l'autre une adresse de blogue (very good ! marvelous !) J'ai fait le compte : il y a dans le billet de ladite Laure 7 liens transcrits en bleu et en souligné mais sans adresse de billet (ce qui rend les liens incompréhensibles) et puis 7 liens de pages d'accueil dont on a pris soin de copier-coller l'adresse à côté du nom du blogue. Le résultat ? Un texte illisible sur papier puisque l'on ne peut pas cliquer sur les adresses en bleu et soulignées qui ne sont même pas en bas de page, contrairement à ce qui est écrit. Le pire, c'est que Vendredi ne donne pas l'adresse exacte du billet où ces liens figurent et où on pourrait se faire une idée à partir d'un clic sur un mot en bleu souligné, non... il donne juste la page d'accueil du blogue comme seule référence et alors pourquoi indiquer ces morceaux choisis qui ne figurent d'ailleurs pas en bas de page du journal ou du blogue ? Est-ce un robot qui fait office de secrétaire de rédaction ?
10:30 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, web, internet, vendredi
samedi, 20 décembre 2008
Quand Vendredi se censure
Le mauvais journal Vendredi consacre une carte à 101 sources internet (blogues ou journaux participatifs en ligne), puis il en livre une description. Je retrouve là pas mal de mes lectures régulières, des personnes qui interviennent ou sont intervenues ici (Irène Delse, le Charançon libéré d'Article 11, Eric de Crise dans les médias, Jean Véronis, Narvic de Növovision, Birenbaum...) Et puis ouf ! je n'y suis pas. Mais quelque chose m'intrigue : que vient faire Nouvelle Langue française dans ce relevé qui consiste d'abord en blogues ou médias de gauche ou proche du Modem, à quelques exceptions près ? (On y trouve Authueil ou Philippe Bilger, bien classés à droite, mais pas Toreador ou Stalker qui eux font dans le genre fous furieux.)
Nouvelle Langue française, je connais un peu. C'est sur la même plateforme (Hautetfort), plus ou moins avec la même thématique que mon Champignacien. Mais c'est surtout un faux-nez d'extrême droite raciste ! Il suffit de se reporter par exemple à l'article Diversité ou Raciste de ce mois pour se faire une idée. Bien sûr, ce n'est pas aussi virulent que François Desouche (lui plus proche des identitaires), on fait dans le beau langage, avec force références anciennes et classiques, le ton évoque plus les émissions sur les belles lettres de Radio-Courtoisie ou les chroniques sur la vie des mots de Valeurs actuelles, mais c'est bien de l'extrême droite dans le fond. Cela peut paraître érudit et cela l'est souvent, de bonne compagnie, mais... Avec comme argumentaire la volonté de dénoncer une prétendue novlangue ou un politiquement correct, ce qui est une façon assez perverse de faire passer des idées rétrogrades. De manière fort gramscienne, on se sert des mots ou des noms de l'adversaire et on signe alors Arouet le jeune, on lie Renaud Camus (victime d'un mauvais procès et récupéré par la droite extrème), on se réclame de Viktor Klemperer et d'Orwell tout en attaquant constamment la gauche - voire la droite modérée - par la bande, à mots couverts.
Je cherche alors dans la double page suivante le descriptif de ce blogue et entre Nonfiction et Növovision, il n'y a strictement rien ! Je traque encore aux L pour La Nouvelle Langue française. Nib de nib ! Se sont-ils aperçus après coup à Vendredi, journal qui se veut de gauche ouverte, qu'ils allaient faire de la pub pour la droite extrème et raciste ? C'est le seul site dont le descriptif est passé à la trappe alors qu'il figure sur la page infographique précédente ! C'était un peu plus dérangeant de parler de ce blogue que de Purepeople en tout cas, cité juste pour le fun. Parce que les informations importantes et différentes de Purepeople doivent être légion (l'absence de culotte de Britney, la présence de culotte de Paris, Lindsay et sa nouvelle cure de désintoxication ou sa petite amie)...
Ce qui m'amuse toujours dans ce mauvais journal, c'est de voir aussi comment la littérature, l'image sont maltraitées et méprisées : rien ou presque alors que des débats existent à partir de textes ou de photos. Le Tiers-Livre ou Poezibao ou Actualité de la recherche en histoire visuelle ou Lunettes rouges ne sont pas présents alors que ce sont aussi des blogues qui permettent de réfléchir sur le présent (mais peut-être a-t-on envoyé sur les roses les pigistes de ce journal foutraque). Cette cartographie donne la part belle à la politique politicienne, bistrotière ou au buzz que l'on qualifie ensuite d'actualité.
Addendum : Eric écrit que la règle tacite veut que les blogueurs ne disent jamais de mal des autres blogueurs. Or je viens de le faire sans aucun lien pour ne pas faire de publicité et ne pas améliorer le référencement. Mais enfin, on peut écrire tout le mal que l'on pense des autres tant que ce n'est pas saisi par les moteurs de recherche utilisés par l'adversaire. Sa thèse est un peu simpliste à dessein, c'est juste un piège à commentaires de naïfs.
11:08 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vendredi, blog, internet, politique


