vendredi, 21 novembre 2008
Des constructions grammaticales et puis des abus du pouvoir
L'affaire de la Cellule invisible continue de me révolter, de m'indigner, de me bouleverser, autant que de m'interroger sur les méthodes fort policières d'un certain journalisme au service des pouvoirs en place et de la chiennerie judiciaire. Je lis ceci dans le Fig Mag (d'accord, le Fig Mag est orienté à la droite de la droite, mais il traduit aussi l'inconscient de la droite qui ne veut pas s'avouer comme extrémiste).
Ainsi, par exemple, fait-il prospérer ses petites affaires. « J. C. », selon l'intitulé de sa déclaration au registre du commerce, est le gérant d'une SARL de « location de terrains et autres biens immobiliers », domiciliée chez ses parents, médecins à la retraite dans les Hauts-de-Seine. Une activité qui lui a rapporté plus de 60 000 euros en 2007. De quoi faire tourner, par ailleurs, même à perte, sa ferme-épicerie de Tarnac.
Le seul problème dans cette histoire, c'est que la ferme du Goutailloux et puis l'épicerie-restaurant-café sont deux lieux différents (dans un des dix villages les plus étendus de France, avec cinquante hameaux pour trois cents habitants) et que Julien Coupat n'était pas le propriétaire ou le gérant de la deuxième structure. Ce genre de déclarations me reste très en travers de la gorge, même si je ne partage pas vraiment les idées des autonomes ou des anarchistes (quelques points de réflexion, de culture ou de détestation sans plus).
Mais on notera la forme de la dernière phrase : sa ferme-épicerie. La ferme-épicerie n'existe déjà pas. On sait qu'il y a une ferme, une épicerie. Déjà, on parlait de vie en communauté pour des personnes qui vivaient au dessus de la mairie dans deux appartements distincts. Tout simplement parce qu'elles habitaient la même commune. Cela commence à faire un peu beaucoup, on suggère quelque chose qui existe dans les représentations et les stéréotypes au sujet des communautés, afin de mieux faire avaler l'idiotie d'un groupe autonomo-anarchiste d'ultra-gauche. Et voici l'épicerie en question qui devient la propriété de Julien Coupat que l'on présente par ailleurs comme un fils de bonne famille faisant par ailleurs oeuvre d'entrepreneur et de propriétaire, alors que les locaux de l'épicerie sont concédés par la mairie et qu'il n'est pas l'animateur ou le gérant de cette épicerie ! Mais comme il fallait le présenter en mec pêté de thunes qui subventionne l'insurrection, il fallait que cette épicerie soit la sienne et pas celle d'autres personnes. Les autres personnes du groupe passent à la trappe, puisque l'on veut vendre une image d'une sorte de gourou qui serait en quelque sorte très friqué et très attentif à ses intérêts matériels. Une sorte de Ben Laden made in Corrèze, Neuilly et Arcachon.
Sauf que l'amalgame ne fonctionne pas. Il y a présupposition de terrorisme. Pas de preuves matérielles (le matériel d'escalade est ridicule pour s'attaquer à des caténaires) et cela n'interpelle presque personne, alors que des moyens électroniques ont été employés dans la pseudo enquête. Il y a présupposition d'un groupe organisé. Mais cela ne fonctionne que si l'on utilise le possessif et la confusion des lieux dans "sa ferme-épicerie", laquelle n'existe pas comme telle mais qui peut devenir une évidence pour les gens qui lisent confusément de mauvais journaux à la solde du ministère de l'Intérieur.
Lequel avait commencé d'abord à chercher d'abord les coupables, puis le crime ! Belle logique... Mais on peut mieux vendre une fausse histoire en peignant un jeune fils de bonne famille aisée plutôt que celle de cette fameuse communauté ou de cette cellule invisible dont on ne démontre nullement l'existence. Il s'agit de fabriquer une sorte d'icône sur laquelle chacun pourra cracher ou bien devant laquelle pourra s'agenouiller et réciter des mantras. On agit comme dans la téléréalité en prétendant révéler le véritable visage d'une seule personne afin de masquer la vérité des conditions de l'enquête plus que suspecte du fait de crimes commis des mois après sur les mêmes lieux où JC aurait été présent et de l'instruction uniquement à charge. Loft Story, Al Qaida, même combat. On est totalement dans le storytelling le plus idiot par ce simple possessif sa. Il faut vendre une image et puis surtout une idéologie. Sécuritaire, bien sûr. Les pauvres y adhéreront bien sûr parce qu'il serait anormal de défendre un bourge, un fils de riche, un type qui utilise son fric pour détruire la société (comme si ce n'était pas le rôle des patrons du Cac40 ou de l'immense président, situationnistes sans le savoir).
Ce petit possessif en dit long sur une crapulerie des journalistes au service de l'idéologie en place.
Deux ou trois amalgames en deux lettres, comment rêver mieux ?
20:35 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française, ultra-gauche, anarchie, presse, média, médias


