dimanche, 24 janvier 2010
Bassesse oblige
Je lis ce propos d'Elkabbach et je m'interroge :
"Vous êtes un cinéphile, ça me fait penser à un vieux film magnifique avec Alec Guiness, Noblesse oblige : le bateau coule et le capitaine salue et coule dans la dignité".
Quand on connaît l'intrigue du film, on sait que ce capitaine (d'ailleurs joué Alec Guiness comme pour les autres membres de sa famille) est justement le seul qui n'a pu être assassiné par le personnage principal qui a éliminé tous les concurrents pour son accession au duché. Ce n'est qu'une péripétie du film, non son épilogue. Or ce personnage qui est le fil conducteur rédige en prison ses mémoires avant son exécution, ce qui donne lieu à des retours en arrière comme celle-ci, inspirée d'ailleurs d'un fait réel ou du moins rapporté par la presse. Qu'est-ce que cela veut dire ?
On est dans le débat totalement piégé dès le départ. Plusieurs hypothèses sont possibles ensuite (je ne connais pas l'émission).
Bayrou reconnaît sa cinéphilie, dit qu'Elkabbach a mal résumé le film, puis il le raconte. Il se piège, car il doit avouer alors qu'il a assassiné tous les rivaux qui pouvaient prétendre à la possession des sigles UDF et MoDem.
Bayrou rentre dans la métaphore afin de dire qu'elle est fausse d'un pur point de vue cinéphilique, sans relever l'énormité d'Elkabbach, mais cela ne relève pas le débat pour autant. On est dans la langue de bois.
Bayrou dénonce le procédé totalement faussé par ce genre de comparaisons biaisées qui n'ont pas lieu pour des personnes de la majorité. On lui répond alors que tout le monde est également traité. La bonne vieille blague !
Je ne sais comment il a répondu et au fond je m'en fiche. Ce qui m'importe, c'est de voir comment un journaliste très brillant arrive à aligner un homme politique aussi brillant, qu'il aurait pu ménager quelques années plus tôt s'il avait été du même côté. On amène un fait anecdotique et accessoire comme le fait essentiel, on fait appel à une culture supposée devant laquelle il ne faudrait pas se défausser. On attend de savoir s'il va répondre à des choses comme : intrigue réelle du film, bateau coule, ou bien s'enfermer dans l'assassinat de tous ses adversaires au sein de son parti (alors qu'on n'a jamais posé la question à Mitterrand, Chirac ou Sarkozy !) Ce genre de questions à multiples ouvertures et fortement culturel est le pire de la bassesse à mon avis : il ne faut que prendre la bête dans les filets. Ce n'est pas du vrai journalisme, même si cela en a l'apparence.
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samedi, 17 mai 2008
Antiphrase
Enfin, la jeune formation politique a du renoncer à se rebaptiser "Solid" - pour "Social, libéral, démocrate" - des doutes s'étant exprimés sur une appellation jugée"trop ébouriffante" par certains élus NC.
L'origine est marqueteuse, il fallait s'en douter :
S'il [le nom Solid] devait être retenu, cette nouvelle appellation d'origine contrôlée par « une agence de communication politique très connue sur la place de Paris », selon Hervé Morin, devrait être révélée à la rentrée.
Le problème, c'est que le nom prête surtout à raillerie. Solide, un centriste ? Comme allié, ce ramassis de traîtres n'a guère montré une solidité de convictions et un grand attachement à son candidat. Solide, alors que ce parti a besoin d'un autre ultra-majoritaire pour obtenir des élus, ou pire encore de liquide ? Solide, alors qu'il est réduit à un groupuscule d'élus locaux et tout juste avec un groupe parlementaire dans une seule des deux assemblées ? Si la proposition n'a pas été retenue, ce n'est pas tant parce qu'elle aurait décoiffé, mais parce qu'elle était ridicule ! C'était la voie directe vers la guignlisation.
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jeudi, 10 avril 2008
Le mythe du congrès fondateur
Voilà un truc qui m'épate : un parti qui se donne un congrès fondateur alors qu'il existe déjà.
"Vous aurez des surprises", a déclaré le ministre de la Défense lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale. M. Morin, qui a reçu à dîner la semaine dernière une vingtaine de sénateurs centristes, a précisé que ces adhésions interviendraient "avant le congrès" fondateur du Nouveau centre les 16 et 17 mai à Nîmes.
Parce que si je regarde bien... Le Nouveau Centre a déjà déposé des statuts afin de pouvoir bénéficier des subventions publiques avec l'aide d'un amendement UMP et surtout de la candidature de toute la famille Morin et de ses domestiques aux législatives (c'est tout juste si l'on n'a pas échappé au canari Morin dans le Cantal-Maritime ou au poisson rouge Morin dans les Pyrénées-des-Hautes-Alpes), présenté d'autres candidats aux municipales et cantonales, revendiqué un ministre et deux ou trois sous-ministricules. Mais il faut un congrès fondateur ! Une grand-messe qui permet de se faire de la publicité et surtout de se hisser du col. Le congrès fondateur est plus important que tout le reste : le PS par exemple n'existait pas selon certains avant Epinay et surtout l'arrivée de Mitterrand qui avait adhéré la veille ou fait semblant d'adhérer (donc sans adhérer vraiment, parce qu'en bonne stratégie mitterrandienne, il ne faut jamais se découvrir et laisser tous les doutes possibles). Le MoDem n'était pas avant son congrès fondateur conduit un Bayrou saisi par l'esprit de Lanzo Del Vasta, mais il se nommait MoDem quand même et s'est présenté néanmoins aux législatives avec l'étiquette MoDem sans qu'il y ait eu le moindre congrès fondateur avant. Qu'est-ce donc que ce congrès fondateur si le parti (ou le syndicat ou l'association) a déjà déposé ses statuts et est reconnu comme tel, avec subsides à l'appui ? Un mythe pour caméras ! Parce que le congrès fondateur dans une grande salle de spectacle, sur une estrade, avec la foule qui applaudit à l'unisson et puis l'ensemble des leaders réunis main dans la main ou poing levé ou main tendue, cela vous a tout de suite des airs de meetings cubains unanimistes qui sont un peu plus affriolants que des réunions dans des salles administratives assez banales. On peut alors chanter la Marseillaise, l'Internationale ou un Te Deum. Cela résonne. Cela ne raisonne pas.
17:18 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, nouveau centre, udf, modem, ump, morin
dimanche, 16 décembre 2007
Problème
Je me suis laissé entraîné dans une dispute chez Laurent Gloaguen. J'ai reproché à un intervenant le fait de parler de problème de l'immigration.
Poser l'immigration comme un problème est à mon avis une manière de répondre par avance à ce qui est d'abord un fait. On utilise le présupposé lié au mot problème comme celui d'une difficulté, d'un danger, d'une agression possible.
Or il n'existe pas de problème de l'immigration. Cela peut se faire dans les crânes creux de ceux qui s'imaginent un tiers monde déferlant par des pirogues ou des cargos poubelles jusque sur nos côtes (après avoir payé lourdement les passeurs de clandestins). Il n'existe en fait que des problèmes de politiques nationales. Il y a des pays où il ne fait pas bon vivre (famine, guerre civile, dictature, banditisme généralisé). Il y a aussi des pays où la vie peut être meilleure. Et notre grandissime président a déclaré qu'il était prêt à accueillir tous les opprimés de la Terre et même à leur accorder la nationalité française (si, si, cela a été le cas pour les infirmières bulgares). On doit donc accueillir selon lui toute la misère du monde. Ce qu'il ne fait pas, cela va de soi.
Mais dire que l'immigration est un problème, cela me semble donner de celle-ci une idée au préalable. On ne parle pas de problème sans intention. Si je parle du problème du cumul des indemnités ministérielle et présidentielle du magnifique président, ou du problème de sa participation à une société d'avocat, ou de son augmentation de plus de 200 %, ou de son implication comme ministre dans un achat d'immeuble, on voit bien que j'ai une idée derrière la tête.
La rhétorique d'extrême droite a toujours consisté à poser l'immigration comme un problème parce qu'elle prétendait apporter des solutions. Il faut sortir de la logique qui consiste à penser qu'elle pose de bonnes questions ! Parce que les réponses sont déjà dedans...
17:04 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (51) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, ump, sarkozy, udf, modem, racisme
mercredi, 05 décembre 2007
Malaparte
Il est vraiment beau le MoDem... Quand je lis ça, je me pose des questions...
Parmi les nouveaux venus, Charles Napoléon, descendant des Bonaparte et candidat MoDem aux législatives de juin à Fontainebleau, est investi à Nemours (Seine-et-Marne).
Ce n'est pas un simple descendant, c'est pour beaucoup le chef de la famille impériale depuis dix ans (le testament de son père le destitue cependant) ! Il ne porte pas d'habitude le nom de famille Bonaparte, mais il préfère user d'un pseudonyme composé sans son patronyme ou d'un titre de prince Napoléon, comme ses ancêtres, pour ses activités professionnelle ou politique. On a déjà quelques hommes et femmes politiques qui se sont présentés aux urnes avec des noms un peu factices, mais là c'est du nouveau : il vient avec son nom de noblesse impériale et non plus sous le nom de Charles-Napoléon Bonaparte comme il l'avait fait à Ajaccio en 2001 avant de se rallier à une autre liste. Imaginez si un descendant des Capétiens se présentait aux élections seulement avec ses prénoms ou s'il faisait suivre son seul prénom d'un nombre indiquant son rang ! Cela dit, la famille Bonaparte a vraiment des difficultés avec son nom de famille...
22:45 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : udf, bayrou, bonaparte, napoléon
mercredi, 06 juin 2007
Modulateur-démodulateur
Il n'a fallu que quelques heures pour que le fameux Parti démocrate de François Bayrou (dont les initiales en PD étaient un peu dérangeantes) soit appelé familièrement Modem. Quelques remarques au sujet de ce nouveau sigle.
D'abord, l'homme au tracteur met en avant son engagement auprès d'une certaine boboblogosphère (le candidat face à Santini est particulièrement cocasse) et cela permet à la presse de se payer des titres jouant sur les mots à propos des connexions, des mots de passe, des réseaux, etc. Tout un lexique d'origine informatique qui rentre dans le langage usuel (quelle ne fut pas ma stupéfaction d'entendre une caissière de supermarché dire qu'elle allait demander Alt-Ctrl-Suppr à la caissière en chef qui devait venir simplement avec une clé).
Ensuite, l'abréviation est faussement coupé puisque cela devrait faire MD ou Moudé, voire Moudém. Mais il faut bien insister sur le côté branché et moderne. Modem, la troncature est fausse : le digramme notant la voyelle ou est coupé, la seconde syllabe de démocrate est coupée à moitié. Passons, puisqu'il existe d'autres sigles coupés ainsi afin de faciliter la prononciation comme Assedic.
Toutefois, ce qui est remarquable dans le Modem, c'est sa typographie anglo-saxonne : capitale interne et absence d'accent, MoDem. C'est venu un peu plus tard que la prétendue création spontanée de l'abréviation venue de la base. Comme s'il avait fallu corriger le nom du fait de la fréquence du mot modem sur la Toile (démodulateur est sans accent car cela correspond au nom anglais d'origine, le mot composé n'a jamais été francisé). Et je suppose qu'en fait le nom de Parti démocrate était seulement en référence au parti américain du même nom, tout comme avant la Nouvelle UDF était seulement en référence au New Labour de Blair.
Enfin, le nouveau nom est bizarre : UDF-MoDem, soit Union pour la démocratie française (exit donc la nouvelle) et Mouvement démocrate, comme s'il fallait se préserver du Nouveau Centre qui voulait utiliser aussi le sigle UDF et comme si ce parti dit nouveau n'existait que de manière virtuelle. MoDem, cela ressemble à McDo. C'est du hamburger avec plusieurs couches à la consistance d'un papier buvard.
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dimanche, 06 mai 2007
La liste de courses du futur Conducator
— Dire à Angela Merkel que ses parents ont inventé la solution finale, mais pas les miens.
— Dire à Romano Prodi que son gouvernement est plus invraisemblable qu'un gouvernement britannique et qu'il ferait bien de la boucler.
— Rappeler à l'homo de service dans le public que sa tare est d'origine génétique.
— Expliquer que la Turquie est moins en Europe que Chypre, cela se voit sur une carte.
— Citer les fiches de science-pipo de Guaino pour déclarer que Gracq célèbre la guerre et le patriotisme.
— Me faire mon album photo à moi pour ressembler à Mitterrand : un pull à col roulé, un labrador de location et une roche de Solutré trouvée d'occasion dans le plateau des Glières où pas un seul de ces connards précédents n'est venu se recueillir.
— Célébrer les bienfaits de la colonisation afin de vanter l'immigration choisie (par le colonisateur) et surtout insister sur le bon usage de la langue française sans vérifier les compétences en langue française ou en pédagogie des examinateurs.
— Refuser au contraire l'emploi du français dans les discussions internationales et surtout européennes.
— Faire semblant de parler un mauvais anglais de classe de cinquième face aux instances internationales.
— Ne pas signer la charte des langues minoritaires et régionales, contrairement à ces connards de Bayrou ou Royal.
Et on peut poursuivre...
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samedi, 05 mai 2007
Le parole sono importanti
J'ai choisi pour ce blogue un slogan ou un bandeau qui est en italien. C'était déjà le cas dans la version précédente et il faut que j'explique pourquoi, même si je l'ai déjà dit précédemment dans des commentaires. Cette phrase est un extrait de Palombella rossa de Nanni Moretti. Moretti, je l'avais découvert auparavant dans le ciné-club de mon quartier alors qu'il n'y avait pas dix spectateurs dans cette grande ville pour ses trois premiers films diffusés en France, Sogni d'Oro, la Messe est finie et Bianca. Palombella rossa vient après et a touché alors le grand public. Ensuite dans son journal filmé, il a montré comment il savait lire sa cité au fil de ses balades en vespa, comment il filmait la disparition de la vie sociale, du cinéma, des rues avec le développement de la vidéo, des portes électroniques et des pizzaiolos à moto. Puis Moretti a lancé le mouvement des rondes en Italie contre le nouvel ordre établi par le pouvoir médiatico-politique de Berlusconi. Me référer à Moretti, c'était d'abord présenter une sorte d'exigence, pas simplement politique, mais aussi morale et esthétique, car tout est lié. Les mots sont importants, ils disent qui nous sommes et nous ne pouvons accepter de nous laisser dégrader en reprenant des uber-mots, des under-idées, des infra-concepts qui nous seraient imposés parce que ce serait la voix dominante de l'usage dans les mauvais médias, des clichés éditoriaux, des sondages télécommandés, nous n'avons pas à reprendre l'avis supposé majoritaire, mais à être nous-mêmes : nous sommes libres et si nous voulons être soumis, ce sera notre erreur. Il n'y a qu'un bulletin de vote pour refuser un ordre à la Berlusconi. Et si nous échouons ? Eh bien ! nous ferons des rondes comme en Italie, parce que les Italiens ne sont pas des incapables contrairement à ce que dit le candidat anti-européen.
20:06 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, ps, royal, bayrou, udf
Petites rumeurs à la frontière
Quand viennent les élections, il n'est pas de basse manœuvre qu'on ne puisse soutenir et voilà que l'Oignon a sorti avec de grosses affiches et un grand titre barrant la Une le fait que des islamistes s'entraîneraient dans les Ardennes (pas dans l'Ardenne). On tremble tout de suite dans les campagnes en songeant à des barbus bardés de bombes à la ceinture, sauf que... cela vient d'un magistrat néerlandophone qui s'exprimait pour un journal flamand et que c'est une personnalité plus que controversée en Belgique (on lui reproche de nombreux écarts à la loi) où se tiennent aussi des élections en même temps qu'en France. Mais quand viennent les élections françaises, il n'est pas de minimes gains à la frontière et on fait peur aux Ardennais en leur faisant croire qu'il y a des armées de talibans dans les forêts du côté de Rocroi ou de Revin alors que ce procureur parle de l'Ardenne belge sans même apporter le moindre gramme de précision sur les faits, et il justifie tout son raisonnement primaire parce que simplement il y a des milliers de kilomètres carrés de forêts que l'on ne peut patrouiller en entier. Et voilà comment on peut faire deux pierres deux coups : faire voter pour le camp de la peur en Belgique et en France !
15:00 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ump, sarkozy, politique, jeunespopulaires, ps, royal, udf
dimanche, 29 avril 2007
Mitterrand, du soleil !
Ce slogan crétin au possible, je l'ai entendu le soir du 10 mai sur la place de la Bourse à Mulhouse alors que les serveurs de café n'arrivaient plus à répondre aux commandes ou à empocher le prix des consommations ou à savoir ce qu'ils devaient servir quoi à qui, que l'on avait allumé un grand feu de joie avec des tas de détritus au milieu de la place à la configuration redoutablement maçonnique, qu'il était près de minuit... Quelques heures plus tôt mon père s'était couché sans souper, totalement décomposé, à peu près comme le soir où il avait appris la mort de Pompidou. La fin du monde était proche. Et moi, j'allais faire la fête jusqu'à ce que la pluie vienne interrompre un peu les tournées de bière (parce que l'eau de pluie dans la bière, c'est mauvais pour la santé). Mais ce slogan allait bien avec l'idée de changer la vie selon les mots de Rimbaud. Et pourquoi ne pourrait-on pas, en bons réalistes, exiger l'impossible ? Ah oui ! c'est encore un mauvais slogan de mai 68, ces mensonges qui ont fait tant de mal...
23:20 Publié dans Les mots de la vie | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sarkozy, ps, royal, bayrou, udf
mercredi, 25 avril 2007
Les Pédés à la conquête du pouvoir
Il y en a un qui n'a pas peur des sigles qui font mal entre les fesses :
François Bayrou annonce la disparition de l'UDF et son remplacement par un nouveau parti centriste baptisé Parti démocrate.
Pour mémoire, Giscard — oui le défunt président de la République, membre du Conseil constitutionnel et de l'Académie française, le grand romancier pornographico-cinophile et mémorialiste des jambes d'Alice Saunier-Seïté — avait refusé il y a quelque chose comme quinze ans l'étiquette à Hervé de Charette parce que Pédé, cela ne la fait pas vraiment dans les salons, vous comprenez ma chère, je ne pourrais jamais dire que je suis pédé, excusez-moi de l'inconvenance, mais PPDF (Parti populaire démocrate français ou de la démocratie française, on ne sait jamais avec les sigles de droite) cela a plus de classe et mes cousins Wendel ou Schneider ne se moqueront pas de moi,...
17:01 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : udf, bayrou, ps, royal, politique
vendredi, 20 avril 2007
La droite est bleue comme une orange
Nous reprenons notre courrier pour répondre à une de nos fidèles lectrices, Monique.
Très cher comte,
En ces temps fort troublés d'élections, c'est avec inquiétude que je vous écris : je ne reconnais plus mon Jean-Claude. J'ai bien peur que ses amis de l'UMP ne lui aient un peu tourné la tête. Figurez-vous qu'il a commencé par vouloir me faire lire un livre d'un certain Georges Bataille, le Bleu du ciel. Il n'y avait que des cochoncetés dedans ! des choses immondes que je ne peux vous rapporter ! Je lui ai dit que ce n'était pas des choses que l'on peut admettre à un certain âge, je l'ai alors soupçonné d'entretenir une maîtresse. Je découvre ensuite une bande dessinée de hippie, l'Espace bleu entre les nuages, qui se passe en Inde, un pays de drogués notoire. Puis je l'ai vu avec un autre livre, l'Herbe bleue, en le parcourant j'ai bien vu que ce n'était pas tout à fait catholique, et figurez-vous qu'il commence à utiliser de drôles de cigarettes qui sentent bizarrement. Il m'a alors déclaré que c'était un des plus proches conseillers de l'UMP qui lui avait fait une forte impression d'expertise, Doc Gyneco, qui lui avait déclaré que c'était “un bouquin super qui ouvre la conscience”. Se pourrait-il que mon époux devienne un drogué, lui qui n'a jamais consommé que du Ricard ? À présent, il répète à l'accordéon diatonique une chanson qui parle aussi de drogués habitant en communauté dans une maison bleue adossée (ou accrochée, on ne sait jamais trop) à la colline et il s'est mis une perruque sur la tête, a enfilé une chemise à fleurs et a ressorti le pantalon pat' d'ef de ses vingt ans, il me parle sans arrêt de San Francisco et j'ai peur qu'il n'ait changé de mœurs. Je suis fort inquiète pour la survie de mon couple, aidez-moi, je vous en supplie monsieur le comte, c'est une femme au foyer désespérée qui vous appelle !
Ma chère Monique,
Il n'y a rien là que de très normal : l'UMP a lancé ses 72 heures bleues (sur le modèle des nuits bleues en Corse et à Chypre). On demande aux militants de faire preuve d'imagination autour de la couleur bleue. Auriez-vous préféré qu'il vous fasse manger sans arrêt des clémentines, boire de l'Orangina, et qu'il chante sans arrêt du Gilbert Bécaud ? Il mène une vie nettement plus saine en étant dans le bleu. Suivez-le en allant plus loin : déguisez-vous en Schtroumpfette après vous être fait du body-painting en bleu. Il vous en sera reconnaissant.
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mardi, 17 avril 2007
Note aux pensionnaires de la maison de retraite Les Joyeux Primevères
Dimanche prochain, je déposerai, dans l’urne électorale du bureau de notre maison de retraite, un bulletin en faveur du chocolat Nesquik au petit-déjeuner. Et pourtant je suis un buveur d'Ovomaltine depuis 70 ans. Explications de vote.
Je pense que l'Ovomaltine ne porte pas un véritable projet culinaire pour notre hospice, multipliant les arômes et les couleurs flous voire contradictoires, démontrant l’amateurisme des cuisiniers, et le peu de cohérence du menu élaboré par l'intendance. Se démarquant de la vraie Ovomaltine cuite par ma maman, elle préfère emprunter des goûts venus de nulle part, mais surtout de l'étranger et en particulier de la Grande-Bretagne. Je peux me retrouver dans de nombreuses saveurs comme Benco, Banania ou Van Houten, mais personnellement je ne me vois pas apporter mon soutien à des chocolats que je n'imagine pas sur une table. Cette élection n’est pas pour moi celle où l’on fait le compte de ses partisans. Je veux donner ma voix à celui que je pense le plus à même de figurer dans nos bols. J’ai donc choisi Nesquik, par défaut certes. Face au chocolat Canderel, Nesquik est le « vote utile » pour défendre les valeurs de l'Ovomaltine de mon enfance à moi. Il s’agit surtout de gagner le second tour pour éliminer Canderel. Au terme d’une campagne où Ovomaltine a pu largement démontrer ses limites, je ne pense pas que ce chocolat ait les moyens de battre Canderel le 6 mai. Ce n'est pas parce que nous sommes devenus un peu gâteux, baveurs et radoteurs que nous devons dire n'importe quoi et penser n'importe comment en refusant les absurdités ! C'est d'ailleurs ce que me disait Ferdinand Lop quand nous étions sur les bancs de l'école.
(Je n'ai fait que simplifier ici une infâme bouillie verbale présente sur la Toile.)
21:25 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : udf, bayrou, ps, royal
dimanche, 15 avril 2007
Une école où les élèves se lèvent
Parmi le flot d'imbécillités débitées par le candidat pseudo-gaulliste, il y en a une qui ne passe pas du tout et que je ne peux toujours pas digérer : “Je veux une école où les élèves se lèvent quand le professeur entre dans la salle”.
J'ai vu un très grand nombre d'établissements et jamais les élèves ne sont déjà présents dans la salle lorsque le professeur entre, s'ils avaient cours durant l'heure précédente dans la même salle ils sortent et se mettent de nouveau en rang dans le couloir. Et puis ce serait de la plus extrême inconséquence que de laisser une classe seule dans une salle dans l'attente de l'enseignant. Ma responsabilité s'étend du moment de la prise en charge des élèves jusqu'à la prise en charge suivante, ce qui veut dire qu'en théorie je dois les raccompagner dans la cour aux récréations. Je dis en théorie, parce qu'en pratique un seul chef d'établissement m'avait demandé de le faire jusqu'au moment où j'ai dû m'occuper ces derniers temps de déficients mentaux. Mais le fait de raccompagner les élèves dans la cour, qu'ils rejoignent la place de leur division pour le cours suivant, de faire en sorte qu'ils ne se bousculent pas dans l'escalier, qu'ils ne se lancent pas de coups de poing, qu'ils n'envoient pas alors de boulettes, qu'ils ne s'insultent pas, qu'ils ne courent pas, qu'ils attendent les autres, qu'ils ne martèlent pas le sol de leurs bottes plus fort que ce qui serait normal, qu'ils restent à peu près rangés ou groupés (sans que ce soit un ordre militaire où l'on ne veut voir qu'une seule tête), tout cela fait partie de mon travail : c'est de l'éducation, c'est l'apprentissage de la vie en société, c'est ce pour quoi je suis payé. On peut dire que l'on est payé pour expliquer les subtilités des textes de Montaigne, mais moi je crois qu'il est plus utile de faire vivre l'esprit de Montaigne dans des gestes simples, et après seulement je pourrai livrer la quintessence de sa pensée .
J'ai l'habitude de laisser les élèves debout un certain temps au début de l'heure. Pas pour me montrer du respect, mais pour marquer le fait que l'on entre dans un autre temps différent de celui de la cour de récréation, et pour cela il faut attendre que chacun ait posé son blouson, son sac, sa casquette, ait jeté son chewing-gum, ait arrêté ses fous rires. Bon... c'est mon habitude et puis elle ne me pose pas de problèmes puisque dans mes déplacements, je retrouve exactement les mêmes règles appliquées par les collègues qui étaient là avant moi. J'ai dû m'adapter juste une fois à une classe d'insertion très particulière, parce que bon... on ne peut pas demander à un élève totalement instable de rester à la même place trop longtemps. Et puis avec mes handicapés mentaux, j'ai demandé si je pouvais le faire, l'éducateur principal m'a alors dit que ce n'était pas dans les habitudes, que les élèves s'asseyaient directement, mais que je pouvais le tenter pendant un temps très limité comme trente secondes, ce qui a été à peu près possible et ce que j'ai pu expliquer. J'ai senti avec ces élèves qu'il était vain de vouloir tenter une épreuve de force comme on le ferait avec une classe difficile ou une bonne classe avec de fortes têtes : on pose un repère comme un rang par deux dans la cour ou une montée des marches sans trop de bruit, on arrête le cours des choses quand cela dérape un peu, puis on revient sur ce qui a été interrompu, mais il ne faut pas se fixer sur un ordre absolu qui devrait être établi une fois pour toutes parce qu'ils ne comprendraient pas et qu'ils commenceraient à faire n'importe quoi.
Qu'est-ce que l'ordre juste ? Ce n'est pas tout le monde en rangs d'oignon, mais la reconnaissance de chacun comme individu et comme partie d'une communauté plus large. La justice, la justesse, elle est d'abord dans le regard que nous portons sur les autres, nous ne pouvons pas exiger la même chose de tous, mais nous pouvons aider les plus démunis à avoir les règles qui leur permettront de pouvoir vivre avec tous les autres. Une école où les élèves se lèvent quand le professeur entre, non seulement cela n'existe pas en France, mais ce serait une école inhumaine, une école digne d'un régime dictatorial, et puis une école dénuée de tout sens, parce que les élèves n'ont pas à marquer ainsi du respect pour leur enseignant qui serait comme la voix venue du buisson ardent : l'enseignant n'est que le transmetteur, l'intermédiaire, le truchement. L'ordre juste, c'est aussi de dire à quoi sert le fait d'attendre que tout le monde soit prêt à travailler ensemble.
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mardi, 10 avril 2007
Se lever tôt le matin
Est-ce que cela a un sens lorsque l'on travaille en équipe ou de nuit et que l'on rejoint son domicile tard dans la nuit ou au petit matin ? La France qui se lève tard parce qu'elle a des horaires de travail différents ou décousus ou totalement en miettes comme pour les caissières et vendeuses de supermarché est-elle plus paresseuse ? La France qui se lève tôt est-elle plus digne que celle qui se lève tard pour travailler aussi ? Quelle est cette France qui se lève tôt, sinon une France réduite à des clichés, une France sans aucune réalité, une France qui ne connaît pas la vérité des gens qui se lèvent pour travailler. La France qui se lève tôt est une ânerie et une insulte...
Dans l'idée de la France qui se lève tôt, on a derrière l'idée fort rassurante d'une France éternelle, figée dans la paysannerie intemporelle, un paysage pétainiste, où le bon paysan (gardien du bon sens) va traire les vaches au lever du soleil et ira encore les traire avant de se coucher. La France qui se lève tôt n'existe plus dans le monde ouvrier ou employé depuis longtemps. Quand on voit les horaires de travail d'un employé de péage, d'un camionneur, d'un serveur de McDonald's, d'une femme de ménage, d'un employé au triage du courrier de La Poste, d'un ouvrier de la sidérurgie, il y a de quoi être ahuri ! La France qui se lève tôt, mais c'est juste celle que la France de Neuilly découvre à son réveil, qui vient la servir, et celle qu'elle imagine comme la seule France digne de travailler. Un pur cliché. La France qui travaille tard ou à des heures très variables ou très éloignées n'a pas place dans ce cliché. On est dans l'idée purement mythologique d'une France qui se lèverait avec le coq gaulois, une France qui n'existe plus et qui ne prend plus le métro à la même heure. On se retrouve en plein dans le mensonge et le déni de la réalité.
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samedi, 31 mars 2007
Liberté conditionnelle
Hypothèses de second tour sans vraies conditions :
François Bayrou serait vainqueur s'il est au second tour.
Schivardi serait vainqueur s'il est au second tour face à Villiers.
Bové serait vainqueur s'il est au second tour face à Nihous.
Coluche serait vainqueur s'il sort au second tour de sa tombe...
Le Pen serait vainqueur s'il est...
— Non mais Schmock, vous n'avez pas idée de tester une hypothèse Le Pen au second tour !
— Ben... on le fait bien pour Bayrou, non ?
— Bayrou, c'est du sérieux, il est proche des deux premiers et vu la marge d'indécis chez lui à plus de 50 %, on peut estimer qu'il peut être qualifié.
— Pourtant, avec les sous-estimations du vote Le Pen...
— On l'a réévalué sans arrêt en fonction des corrections apportées par les votes précédents, cela commence à bien faire, on ne peut pas envisager encore une fois cette hypothèse de manière sérieuse, parce que nous sommes des gens sérieux nous !
— Mais on ne sait pas si Bayrou...
— On teste l'hypothèse pour qu'elle devienne vraie !
— La prochaine fois, je lancerai une étude sur un second tour avec Voynet ou Buffet, alors...
00:25 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : langue française, udf, bayrou, politique, humour
vendredi, 30 mars 2007
Le coupable de la gare du Nord
Qui arrêtera ce dangereux délinquant qui a causé des années d'émeute ? (Trouvé chez Eolas, lien donné par Irène Delse)
18:26 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, ump, sarkozy, ps, royal, udf, bayrou
mercredi, 28 mars 2007
Le monopole à deux (le retour)
20:45 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : udf, bayrou, politique, ps, royal, sarkozy, ump
vendredi, 23 mars 2007
Bayrou voit la France au passé simple
"Je voudrais que la France fut un pays en train de se rassembler, non de se déchirer".
Il y a là comme un très gros problème de temps et de mode pour l'agrégé de lettres classiques...
21:15 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : udf, bayrou, politique, langue française, français
Le strabisme louche
Aujourd'hui, l'élection d'un candidat qui cultive le strabisme entre la gauche et la droite serait désastreuse.
Le strabisme ne me semble pas avoir une autre définition que l'absence de point de convergence entre la direction des deux yeux, si bien qu'il ne peut pas y avoir de stéréoscopie (que le strabisme soit convergent ou divergent). Le mari de Simone Veil, lequel ne veut pas citer ce titre dans le quotidien de référence, me paraît cultiver le pléonasme, sans doute parce qu'il s'imagine que son avis sera considéré alors comme plus pertinent. Le strabisme de M. Antoine Veil me paraît fort louche, car il le conduit à dire deux fois la même chose à la suite de la supportrice passionnée de Nicolas Sarkozy...
21:00 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ump, sarkozy, bayrou, veil, udf, langue française, politique
Démission du ministre de l'Éducation nationale
"La mairie d'Amiens, la ville d'Amiens, la métropole d'Amiens c'est maintenant du 100%", a ajouté le ministre qui avait quitté le fauteuil de maire en mai 2002 après sa nomination comme ministre des Transports du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin.
Ce qui veut dire qu'il n'y a plus personne à la tête du ministère pour assumer les prétendues réformes lancées ou assurer encore la continuité républicaine, mais ça on le savait déjà depuis bien longtemps. Honteux...
19:58 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ump, udf, bayrou, robien, éducation, enseignement, profs
jeudi, 22 mars 2007
Lorsque les mots manquent
"Lorsque les mots précis manquent aux élèves, c'est le sens qu'ils tentent de donner au monde qui s'obscurcit. Le déficit lexical conduit à l'enfermement sur soi et peut conduire certains à l'acte violent", dit cette circulaire signée par le ministre de l'Education Gilles de Robien.
On retrouve là les idées de Bentolila avec lesquelles je suis partiellement d'accord (je pense qu'il pose des questions justes et je l'ai dit notamment dans fr.lettres.langue.francaise). Cependant, le fait de pouvoir poser des mots sur ses gestes ou ses pensées ne signifie nullement que l'on ne va pas passer à l'action violente ; c'est faire preuve d'un angélisme un peu béat et niaiseux que de croire qu'il suffit d'avoir des mots exacts à dire afin d'éviter toute violence (dans toute discussion, il y a deux personnes au moins) ou que toute violence naîtrait forcément de l'absence de mots sur les choses ou que certains de ceux qui n'auraient pas assez de vocabulaire seraient par nature violents. La connaissance des mots peut conduire à une autre forme de violence, plus souterraine et plus vicieuse, en déformant le monde par ses mots... Un peu comme dans cette phrase d'une circulaire officielle avec son raccourci brutal et faussé... On ne réduira pas la violence scolaire avec ce qui existe déjà depuis longtemps et n'a jamais été oublié : le carnet de mots.
19:25 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, enseignement, éducation, udf, robien, bayrou, profs
Mangez des clémentines
En 95, on avait eu droit au symbole du pommier et au slogan parodique de “Mangez des pommes”. En 2007, on a le symbole du tracteur et puis le slogan “Mangez des clémentines” (en référence à la révolution orange de l'Ukraine et à la couleur désormais orange d'un bon nombre de partis démo-chrétiens comme en Autriche, en Belgique et maintenant en France, alors que la couleur de ces partis était du noir soutane ou bien du bleu marial auparavant). Mais la clémentine du moine Clément est en fait un croisement étrange entre un mandarinier et un oranger amer. Un fruit hybride et bizarre, fort récent. Un produit génétiquement modifié.
Mathieu, vice-président, a 27 ans. Vétérinaire à Rouen, il distribue des clémentines orange-UDF en tee-shirt orange-UDF : «C'est plein de vitamines, comme le programme de François Bayrou.»
14:15 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (17) | Envoyer cette note | Tags : udf, bayrou, langue française
mercredi, 14 mars 2007
Foal
Une étrange interversion de lettres dans le Canard :
À force de vendre des « faols » (jeunes poulains) et des yearlings (poulains dans leur première année), Bayrou est devenu « un éleveur respecté ».
Bon... On voit que l'auteur ne connaît le mot foal que par écrit, car il se prononce en fait fol, exactement comme pour coal ou coach ou coat ou goat ou soap. C'est un mot d'origine anglaise où l'ordre des lettres peut être oa, tandis qu'en français nous avons un ordre ao (avec une lettre a non prononcée en théorié dans août, Aoste). J'ai entendu souvent fo-al en deux syllabes, comme si on voulait éviter la rencontre avec le fou. Cela dit, je m'interroge sur le snobisme du monde de l'équitation, parce que cet anglicisme veut simplement dire un poulain de moins de six mois, or foal c'est tout simplement le poulain ! Ben oui... le mot est entré dans ce qui n'était pas encore l'anglais et il est passé de p (pullus) à f, ce qui nous ramène à une période de contacts entre Germains et Latins très ancienne (cf Pferd et palefroi). Le foal, c'est simplement le petit, le poulain, le puer avec une racine très prolifique qui nous donne aussi bien la puella, le poussin, le poulet. Et on distingue alors les poulains en deux catégories : le poulain proprement dit ou foal encore impropre au trot mais déjà bon pour la marche avant six mois, le yearling ou poulain qui peut courir entre six mois et un an. On pourrait dire poulain dans tous les cas, mais on est dans un monde où le Jockey Club dicte son langage et son classement des êtres.
11:30 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, bayrou, udf
vendredi, 09 mars 2007
Le tiers exclu
Deux brèves réflexions sur des mots de campagne.
Ségolène a parlé de sororité à la veille de la Journée des femmes. Il n'a fallu que cela pour qu'on l'accuse encore une fois d'avoir créé un néologisme ou commis un barbarisme (voilà qu'elle recommence avec bravitude), ce qui n'est pas le cas comme le rappelle Jean Véronis. Cependant le terme est dans le Dicomoche. La raison ? il nous est revenu par le biais de l'anglais et il comporte un glissement de sens : la sorority anglo-saxonne désigne la communauté tandis que la sisterhood est la qualité morale, oui mais... en français cela a été d'abord la qualité et ensuite l'association.
On peut faire un reproche à Ségolène, c'est que le terme sororité est excluant alors que fraternité est un terme générique regroupant sous une forme de neutre (comme homme, anthropos et non aner) à la fois les deux sexes. Mais il existe un terme grec qui se rapporte à la fois au frère et à la sœur : l'élément adelphe. Il a donné chez les féministes, à côté de la sorosité ou sororité, l'adelphité. On aurait pu prendre aussi philadelphie, mais le terme est vraiment très rare et spécialisé. L'élément adelphe est dans le domaine de la botanique, de la biologie, de la tératologie, de l'histoire. Bon... le nom de la ville Philadelphie dira quelque chose aux gens, mais on ne verra pas les raisons un peu utopistes de nommer ainsi cette cité, et puis bien rares sont les lecteurs de Charles Fourier et ses communautés d'adelphes, de Térence et sa pièce de théâtre. de Jarry et son calendrier 'pataphysique... Cette racine ne dit rien à la plupart des gens car elle appartient à des domaines fort pointus. En revanche, la racine soror- est assez aisément compréhensible, même si elle est plus rare que frater-.
Dans un autre genre, Bayrou se déclare clintonien. Ce dont Corinne Lesne s'étonne, car le terme clintonian est vraiment rare en anglais. On peut chercher la référence en français, on ne la trouvera pas : il n'y a que le NYT à rapporter I am a democrat, I am a clintonian. Mais presque tous les candidats français sont des démocrates ! Sarkozy ou Royal sont aussi des démocrates au sens français du terme, même Le Pénible veut son brevet de démocratie. Il y a simplement ici un glissement de sens puisque le démocrate en question doit être entendu au sens américain (membre du parti démocrate) et même plus comme membre d'un parti progressiste qui prend des positions conservatrices (notamment en matière budgétaire) pour couper l'herbe sous les pieds des républicains (c'est la fameuse théorie de la triangulation qui aboutit à la troisième voie de Tony Blair). Cela devient plus clair quand il parle justement de cette troisième voie, mais est-ce qu'elle n'est pas là pour faire oublier ce que fut la troisième force sous la IVe République ? On notera l'insistance sur le trois : troisième homme, troisième voie, ce qui doit faire échapper à la bipolarisation. Or justement la troisième voie continue le bipartisme et en fait elle est une stratégie d'un des deux partis de pouvoir. Or ce que vend Bayrou, c'est la troisième force (alliance entre la gauche et la droite) sous le nom plus moderne de troisième voie. Alors... pourquoi se dit-il clintonien ? Sans doute pour l'image positive. Il ne se serait quand même pas posé en admirateur de la pensée de W ou de Reagan ! C'est très ambigu...
11:30 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : langue française, féminisme, mlf, femme, royal, ps, udf
samedi, 03 mars 2007
La mythologie de la traite des vaches
Billet spécial salon de l'agriculture :
Elle [la presse internationale] s'enfonce dans la province française, décrit un fils d'agriculteur au « parcours atypique à l'écart des élites parisiennes », « le seul candidat capable de traire une vache et de conduire un tracteur » (El Pais)
Bon, alors, cela sert à quoi que le José ne cesse de se promener en tracteur devant les gendarmes ou les juges et de nous parler du fromage de brebis qu'il produit dans la ferme à lui qu'il a ! C'est vrai que savoir traire une vache, cela pose son homme, mais je vous assure que c'est nettement moins difficile que de savoir traire une chèvre, bestiau nettement plus remuant, mais tout aussi sensible... Et question de coups de pattes, les deux bovidés se valent, vaut mieux pas trop les faire souffrir lors de la traite (je le sais, j'ai trait des vaches et des chèvres)... Ah ben ! le tracteur comme élément authentique et en prime le contact avec le crottin et les bouses pour prouver son ancrage dans la réalité par un geste ancestral comme celui de la traite, c'est de l'image parlante, cela fait appel aux souvenirs d'un vieux pays, d'un temps ancien, et il ne manque plus que savoir fendre à la hache les bûches pour alimenter la cheminée ou mieux le gros poële qui sert de cuisinière et de chauffage, ou encore le tas de fumier que l'on verse à la fourche dans le champ. Cela fait si vrai, mais la France profonde, celle des petites gens, ce n'est pas ça, ce n'est plus ça. Après la mythologie du tracteur, celle de la traite des vaches comme signe de sincérité ! Demain peut-être la mythologie de l'observation du cul des poules au moment de la ponte...
12:25 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : politique, bayrou, udf
mercredi, 28 février 2007
Domaine réservé
Quand je lis une telle ânerie (et je pèse mes mots), je me demande pourquoi on autorise encore le droit de vote et l'organisation d'élections démocratiques :
Il n'appartient pas aux politiques de se mêler de stratégie.
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dimanche, 25 février 2007
Ici Neuneuland, les neuneus parlent aux neuneus
Si l'on veut se rendre compte de la notable et notoire influence de Loïc Le Meur, animateur de la campagne Ouaibe de Nicolas Sarkozy et responsable des blogues de l'UMP, on se rend là pour voir combien le débat d'idées fait rage chez les jeunes populaires et comment ils n'ont absolument pas peur d'aborder les questions qui dérangent à travers des personnages emblématiques... Ah que... ce n'est pas les jeunes socialistes, communistes, trotskystes, écologistes, centristes qui oseraient aller aussi loin dans la critique sociale, la remise en cause des idées reçues et dans l'impertinence... Demain, la France sera à cette image si nous le voulons bien. (En prime, ils ne savent même pas écrire le nom de Colombey-les-Deux-Églises, de Gaulle réveille-toi ! et délivre-nous du cauchemar de ces petits frères et petites sœurs de Steevy !)
23:00 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : ump, ps, udf, politique, sarkozy, bayrou, royal
Métaphores rurales
La note est de Daniel Schneidermann :
Un gars qui vole dans les plumes de Claire Chazal, de Bernard de la Villardière, et de Patrick Le Lay, même si son dessillage a été un peu tardif, ne peut pas être tout à fait inintéressant.
Qu'est-ce que ce dessillage ? Google m'en trouve 29 occurrences précédentes. Serait-ce le fait de dessiller ? Soit ouvrir les yeux de quelqu'un en décousant les cils qui l'empêchaient de regarder pleinement la réalité (la graphie avec deux s est une absurdité sans justification étymologique) ? Soit sortir du sillon, ce qui pourrait se comprendre pour notre robuste paysan-professeur béarnais au panache blanc, amateur de tracteurs et de chevaux ? Mais le candidat-laboureur dessille-t-il parce qu'il se réfère au Sillon de Marc Sangnier, lequel fut à l'origine des Auberges de jeunesse et du MRP, ancêtre lointain de l'UDF actuelle ? Fait étrange, on ne trouve chez lui aucune référence historique à Sangnier, alors qu'il est évident que son discours vient de ce sillon-là.
14:00 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, udf, bayrou
dimanche, 18 février 2007
Le totalitarisme selon Duhamel
L'affaire de la suspension d'Alain Duhamel par France2 et par RTL est profondément ridicule, grotesque et hypocrite. Cela a été dit par Schneidermann, Maître Eolas, Laurent Gloaguen, sans doute encore bien d'autres. Que l'on se scandalise de voir le principal éditorialiste français déclarer qu'il aime bien Bayrou et qu'il votera pour lui est d'une belle tartufferie quand on pense aux accords tacites et implicites qui existent entre un candidat et puis les dirigeants financiers ou éditoriaux de télévisions, de radios, de journaux... Oui, mais... il n'aurait pas dû le dire, il doit être neutre. La belle affaire ! Qui ne se doutait pas que Duhamel était d'un centrisme parfait ? Ses textes sont un jardin à la française avec toujours un bel effet de symétrie, deux parties, deux sous-parties, et même le petit buisson d'épines semé là ne dérange pas le bel ordonnancement de sa démonstration qui se conclut toujours par une sorte d'échappée vers la brume de l'Europe ou de l'équilibre budgétaire... Le journaliste asexué (pour reprendre ce belgicisme), cela n'existe pas et je trouve sain, honnête, nécessaire que Duhamel assume son orientation (modérée, très modérée, mi-chèvre, mi-chou, mais bien réelle). En outre, faut-il préciser qu'il avait glissé cette confidence comme une forme de concession, juste avant de critiquer la manière dont la campagne pour le oui au référendum européen avait été menée (ben oui... même Duhamel peut tenir des propos sensés au sujet de cette campagne où les partisans du oui ont péché par leur suffisance, leur indifférence et leur absence d'écoute).
J'en viens à l'essentiel, ce qui précédait n'était que les nems d'entrée. La réaction de Duhamel à son éviction est assez sidérante de la part d'un homme qui soupèse d'habitude ses arguments dans une petite cuiller et à servir des tisanes d'une eau tiédasse et vaguement colorée :
Il s'est déclaré choqué par le fait que "des propos privés se retrouvent en public", assurant qu'il ignorait être filmé. Il a également dénoncé "l'effet d'internet", qui est "à la fois émancipateur" et "totalitaire", parce qu'il y a "un effet de choc gigantesque".
Voyons, Alain, il est vrai que ce qui est choquant, c'est d'être filmé à son insu et puis que cette image soit diffusée sans son autorisation, mais en réalité cela a été mis d'abord en ligne par les jeunes UDF de Sciences-Po, là où tu officies justement. Ce sont tes élèves, ta famille... Mais je crois que ton fameux goût pour l'équilibre parfait te fait mettre en balance des choses qui ne conviennent pas. Ce n'est pas toi qui es victime du totalitarisme : ce sont les internautes chinois qui se retrouvent en prison, iraniens qui ne peuvent s'informer, tunisiens qui sont espionnés ! Ce n'est pas toi qui es victime de mesures disciplinaires visant à empêcher toute expression publique : c'est Garfieldd le proviseur, c'est Bereno l'inspecteur du travail, c'est Thomas le policier, c'est Le Prof de ZEP. Et dans ces derniers cas, cela se passe en France. Tu conserves tous tes éditoriaux dans la presse écrite, tu peux même ouvrir ton blogue (ah ! non ! tu écris toujours à la plume...), tu n'es pas licencié et ton directeur général de frère conserve toujours ta place au chaud sur France2...
Les mots ont un sens : Internet n'est pas une démocratie formelle, mais ce n'est pas non plus un état totalitaire. Le totalitarisme, il se produit en Corée, en Libye, à Cuba. Il n'y a pas beaucoup d'internautes dans ces pays et ils sont sous surveillance. Cela signifie des prisons, des exils, des exécutions capitales. Où est le problème ? Il réside dans le fait qu'un propos tenu dans un cercle privé se retrouve sur la place publique, mais cela arrive aussi pour toutes les petites confidences et les propos off qui font les choux gras des entrefilets de la presse écrite, voire de la radio ou de la télévision. Le voyeurisme est général et il existe un mythe de la transparence absolue, comme le notait justement Kundera. Mais alors ? Pourquoi Internet serait-il totalitaire ? Parce que tous les propos pourraient être diffusés, relayés et reliés de manière simple, sans remuer des tonnes d'archives en bandes magnétiques ou en papier ? Ou bien plutôt dans la perception que certains ont d'un prétendu scandale sur Internet qui prend pour eux une proportion absolument sans aucun rapport avec les faits. Un texte anodin sur papier prend une dimension d'affaire criminelle ou d'État si c'est diffusé sur Internet, et les personnes extérieures voient là quelque chose qui menacerait tout l'ordre établi. Ce n'est pas Internet qui est totalitaire (sauf dans le sens où il a vocation à tout relier), ce sont les dirigeants, les cadres, les autorités qui ont une vision terrifiante d'Internet et qui lui attribue un pouvoir qui n'est pas le sien, car mmmh... c'est d'abord lorsque la presse traditionnelle commence à reproduire ce qui se trouve sur la Toile que les choses commencent à sentir un peu le roussi et ce fut bien le cas pour Duhamel. Mais on peut aussi s'interroger sur la panique qui saisit tous les responsables lorsque quelque chose se trouve sur la Toile, comme s'ils n'avaient pas encore vraiment pris la juste mesure des choses. On est dans l'excès à chaque fois.
Ce qui manque dans cette déclaration, c'est une mise en perspective des problèmes, une dialectique (oui, je sais que ce mot marxiste fait peur à Duhamel). Ce qui est faux, c'est d'attribuer un pouvoir à la Toile. Ce qui est outrancier et donc dénué de sens, c'est de parler de système totalitaire. La dictature d'une prétendue transparence ou d'une totale authenticité n'est pas le fait d'Internet, mais de la société dans laquelle nous vivons, et cette société est aussi construite par les médias traditionnels qui se complaisent en petites phrases, relevés de perles, indiscrétions, sous-entendus, scoops, confidences. Oui, ce n'est pas beau, mais on est encore loin d'un véritable totalitarisme qui empêcherait tout droit à la parole. C'est une situation contradictoire, fausse et contraignante, mais ce n'est pas le Goulag ou un Stalag.
12:30 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : média, médias, presse, journalisme, politique, udf, bayrou


