dimanche, 18 juillet 2010

Les verbes siglés de Twitter

Ce blogue est un peu en sommeil. Il y a des raisons : cet été m'a rendu paresseux, je manque d'idées de sujets (ou plutôt les sujets qui me préoccupent n'ont pas leur place dans ce blogue tel que je l'envisage), je n'ai pas trop envie de répéter des formes déjà éprouvées, et surtout je gazouille beaucoup. Twitter m'occupe déjà bien assez. Mais je peux découvrir de vrais sujets par Twitter aussi.

On connaît le procédé : écrire un message en 140 signes. Cela conduit fatalement à une foule d'abréviations conventionnelles ou nouvelles, sans que ce soit de l'écriture SMS. On ne compte plus les GG, BTW, OMG, WTF ou IRL qui vous donnent l'impression d'être un vrai guique une fois que vous avez compris. De ces abréviations naissent en fait de nouveaux mots. Le verbe loler ou loller (et l'adjectif lolesque ou lollesque) étaient déjà bien établis dans les blogues pour désigner un contenu rigolo, mais l'acronyme est parfaitement lexicalisé.

Tout change dans Twitter : les sigles verbaux ont une conjugaison unique, ce qui est très pratique pour éviter les erreurs d'orthographe et de grammaire. Ainsi, sont apparus les verbes suivants : RT, FF et DM.

— Je te RT. Cela signifie que le locuteur reprend le gazouillis précédent pour le citer plus ou moins exactement, mais avec mention de l'origine. Il le retwitte. C'est l'une des pratiques les plus riches de Twitter et ce qui en fait son intérêt. On peut rapprocher cette expression de celle utilisée dans Usenet "Je te fu2" (en gros follow up to, ou faire suivre à, donc renvoyer dans un autre forum du même réseau).

— Je te DM. Là, le locuteur adresse un message direct, c'est-à-dire en privé et non visible par autrui. On annonce moins en public les DM que les RT, par la force des choses.

— Je te FF. Il y a un folklore Twitter, tout comme il existe un folklore des blogues ou d'Usenet. Il y a donc des traditions que certains tentent d'établir et que d'autres refusent de suivre (devinez dans quelle catégorie je me situe). L'une d'entre elles consiste à citer les comptes auxquels on est abonné (mais des petits malins citent parfois des gens qui ne sont pas dans leur TL ou Time Line, liste d'abonnés). Le FF est le Follow Friday, mal traduit par le Suivez Vendredi qui me laisse un arrière-goût d'asservissement. Tous les vendredis, les gazouilleurs partagent des liens vers d'autres comptes et on peut aussi l'annoncer, ce qui fait un message de plus à son actif même si c'est pour ne rien dire.

J'ai vérifié l'existence de ces constructions syntaxiques par sigles, mais non leur poids statistique qui me semble peu évaluable. Peu importe qu'il y ait cent ou un million d'occurrences, c'est de l'écriture informelle et en constante mutation. Je crois d'ailleurs que Google est un peu inefficace pour suivre Twitter et quantifier les usages.

mercredi, 23 juin 2010

D'un mauvais usage de Twitter : le blocage

Il y a un comportement que je trouve particulièrement imbécile, malveillant et sectaire dans Twitter, c'est celui qui consiste à bloquer une personne : non seulement vous désabonnez de ses messages, mais vous lui interdisez de lire les vôtres (sauf s'il est connecté par le biais de la Toile). Les messages d'une personne vous déplaisent ? Vous vous désabonnez simplement de son flux ! Bloquer un abonné, cela ne devrait être réservé qu'aux sites commerciaux, aux faux comptes Twitter, aux pourrielleurs. La personne bloquée n'a plus qu'une seule possibilité : se désabonner elle aussi alors qu'elle l'est déjà de fait et contre son gré.

Cela m'est arrivé à quatre reprises. Une fois pour une enseignante éclectique parce que je remettais en question les fausses réponses de culture générale ou d'étymologie qu'elle donne et qui reposent souvent sur des légendes. Une autre pour une des grandes figures des blogues dits de gauche ou LeftBlogs, parce que j'avais osé comparer de manière humoristique le comportement d'un de ses grands amis (numéro un des blogues Wikio) à celui de notre divin président. Un troisième pour un catholique grand teint et très vieille France pour je ne sais trop quelle raison étant donné qu'il n'était pas abonné chez moi. Sans doute parce qu'il avait été vexé par une de ses citations. Le quatrième est une grande figure médiatique qui prétend ne pas être journaliste et qui prétend être impertinent, j'ai du mal à savoir ce qui aurait bien pu le déranger, puisque je ne lui répondais jamais. Je pense plutôt à une vieille rancune mal recuite de sa part étant donné que je l'avais mis en cause auparavant comme caution morale des dérives du Post et que j'ai écrit une série d'articles virulents sur les procédés du Post (pour lequel j'admets volontiers qu'il est devenu depuis un peu plus respectable).

Dans les quatre cas, la démarche est fort hypocrite : on ne reçoit aucune signification du blocage (en écriture et en lecture !) et on ne sait pas que l'on est désabonné du flux contre son gré. Dans deux cas sur quatre, les personnes n'étaient même pas abonnées à mes flux Twitter ! Un message dans lequel elles sont citées et elles voient tout de suite rouge parce qu'il y a un indésirable dans leur cercle de lecture. Mais la méthode du blocage est profondément débile dans le cadre d'un réseau social comme Twitter : les messages Twitter parviennent alors par d'autres sources comme les RT (retweet ou suivi) et citations indirectes. On ne bloque que l'accès direct et instantané aux messages dans un logiciel client, pas sur la Toile même si on ne peut plus y répondre sauf par copier-coller.

Mais cela traduit aussi quelque chose : le comportement de certaines personnes à utiliser les réseaux sociaux comme des milieux clos, réservés à leurs adeptes ou aux opposants qu'ils admettent comme tels, les autres étant interdits sans autre forme de procès puisque ne participant pas au clan Verdurin. La tolérance est une vertu fort peu répandue chez certains partisans de la liberté. Il faut entrer dans la coterie et se tenir dans une ligne. C'est aussi un aveu de faiblesse de la part de ces quatre personnes qui ne peuvent supporter la moindre critique un peu ironique quand elle ne vient pas de leurs courtisans. Savoir que l'on peut être lu par quelqu'un qui peut se moquer de vous, c'est profondément insupportable ! Il faut interdire la lecture à tous ceux qui ne sont pas de notre côté (le seul forcément juste) !

On se prétend pour la liberté d'expression et on interdit la liberté de lecture !

vendredi, 21 mai 2010

Cinq ans dans l'île au trésor

fiveontreasureisland.jpgCommençons à célébrer un anniversaire, celui du Petit Champignacien. Le 21 mai 2005 s'ouvrait le Petit Champignacien illustré (et non illustré alors) sur la plateforme québécoise de Monblogue. Une semaine plus tard, mon chef d'établissement faisait interdire ce blogue sur tous les ordinateurs éducatifs de France et de Navarre, puis je ressuscitais deux mois plus tard chez monsieur Hautetfort avec cette fois des illustrations et une accessibilité dans tous les micros de collège ou de lycée. Que dire au sujet de cinq années ? J'ai écrit quelque chose comme 5 300 billets et même plus. Le chiffre m'effraye, je pense que j'aurais dû être moins disert. J'ai enregistré 24 000 et quelques commentaires, il y a là une matière hénaurme si on fouille parce que certains commentaires apportent bien plus que les textes de départ et j'estime qu'un blogue vaut d'abord par ses commentateurs et non par ses trolleurs.

Ensuite, il y a eu des modifications puisque j'ai été plus présent sur Flickr il y a trois ans et demi (18 000 photos à peu près) et dans Twitter (4 400 et des pépettes de tweets) depuis un an. Mon expérience de Twitter me montre bien des choses. On peut ne pas avoir besoin d'écrire un billet dans son blogue. On peut aussi recycler plusieurs tweets dans un billet. On peut également les développer. Ce sont deux formes d'écriture différentes et complémentaires ou contradictoires. On ne dialogue pas alors forcément avec les mêmes personnes que dans un autre réseau et c'est justement ce qui est intéressant. Un lien que j'aurais donné dans mon blogue aurait fait un billet il y a cinq ans ou alors un article de forum Usenet il y a dix ans, je ne le fais plus parce que je fais confiance aux réseaux et aux systèmes de liens : cela se diffusera forcément. Une fois suffit si l'on est bien relié et il ne faut pas abuser de ses lecteurs, à mon honnête avis.

D'ailleurs qui sont les lecteurs du Champignacien ? Eh bien ! je n'en sais fichtre rien. Certains restent pour commenter, d'autres disparaissent après un tour (les trolleurs ou les publicitaires ne durent jamais longtemps chez moi, je ne les entretiens pas). Les plus réguliers ne me ménagent qu'à moitié lorsque j'ai dit une sottise, les autres se terrent sans doute de peur de s'attraper une volée de bois vert de ma part ou d'un de mes commentateurs. C'est un peu ce qui m'étonne : j'ai un lectorat important et très peu de commentariat par billet. Dans d'autres blogues, c'est la proportion exactement inverse, même et surtout si le sujet de billet est inepte ou navigue sur une actualité pipole. J'ai comme l'impression que certains de mes lecteurs doivent se dire : qu'est-ce que je peux raconter d'intelligent ici afin de conserver ma bonne réputation Internet dans ce blogue de gens hyper-cultivés et sans avoir l'air trop idiot ?Mais justement, je parle le plus souvent de sujets très très populaires, et je le prouve.

Je remercie Alice M. qui m'a suggéré cette illustration de manière indirecte, parce qu'elle va bien avec le fond de mon propos. J'ai déjà dit ici ou ailleurs mon admiration pour The Five. Le Club des Cinq en français. L'île au trésor, c'est ce que l'on voudrait tous trouver, mais elle est d'abord dans nos lectures, nos souvenirs, nos vacances ou périodes de vide. Qu'est-ce qu'un blogue sinon un morceau de temps chu hors de la réalité du travail ordinaire ? Il se trouve dans un état de vacance parce que l'auteur écrit durant son temps libre ou lorsqu'il n'est pas trop oppressé par un travail urgent. Il est libre parce que l'auteur qui a commencé un texte peut le finir comme il l'entend ou bien le poursuivre avec ses lecteurs et ses traducteurs. Un blogue, c'est une aventure, c'est une île et un trésor. Certes, on peut croire que l'on reste solitaire dans une île, mais pas si longtemps. Un blogue, comme une île, cela devient vite une aventure collective si on le veut. Et je voudrais remercier d'abord les gens qui m'ont répondu en me donnant des renseignements que je n'aurais jamais trouvés si je n'avais pas ouvert ce lieu. Pierre Enckell par exemple, je ne l'aurais jamais contacté directement et il n'aurait sans doute jamais su que je pouvais avoir quelques réflexions. C'est du hasard pur. Et c'est bien l'île au trésor.

Tout lecteur ou commentateur un peu sensé est cette île au trésor, parce que je me suis enrichi de choses que je n'attendais pas. Je suis sans doute aussi l'île au trésor d'autres personnes, mais je ne peux parler en leur nom.

dimanche, 07 mars 2010

Twitter à Saint-Tropez

Je me posais il y a quinze jours la question de savoir si je devais rendre mes tweets publics ou non, j'avais décidé de tenter un essai en public pour voir ce que cela donnerait et je m'étais donné une période de deux ou trois semaines. Jusqu'alors j'étais réservé, parce que je ne voulais pas être envahi de pourriels et de faux abonnements. Il me fallait voir aussi quelle était la limite entre ce qui est dicible en privé ou en public, parce que si comme dans un blogue la frontière du public et du privé est fragile, il y a en outre le risque de l'immédiateté vu la brièveté des messages et leur instantanéité. Je crois d'abord aux échanges asynchrones, à la distance, au temps, à la réflexion. Cela ne m'a pas empêché en mode privé d'avoir un Twitterclash avec Ronald parce que j'avais osé comparer le numéro un des blogues politiques dans Wikio à notre divin président fort agité, fort vulgaire et surtout préoccupé d'abord de son image. Outrage suprême envers un blogue faussement politique !

Cette prévention est vite tombée, je n'ai eu que trois faux abonnements le premier jour, cinq le deuxième, puis presque plus rien. On bloque alors la personne qui veut s'abonner à vous de manière abusive afin de récupérer votre adresse. Je n'ai vu aucun afflux de pourriels dans ma boîte aux lettres depuis, mais j'ai déjà de bons filtres. Le résultat entre nouveaux abonnés, nouveaux abonnements et abonnements pourris est positif : j'ai eu trois fois plus d'abonnements authentiques que commerciaux. Or, j'avais déjà parfois des abonnements commerciaux en restant en mode privé du fait des RT* et Follow Friday**. Le mode de communication avec autorisation préalable constitue un filtre, mais ce filtre est fort poreux.

Ecrire dans Twitter pose des questions essentielles d'écriture et de lecture. Le format (140 caractères) impose de faire des choix stylistiques, typographiques pour dire l'essentiel et pour être repris éventuellement. Mais dans le cas présent, c'était la question de la lecture qui se posait : par qui veux-je être lu et pourquoi ? Avec qui ai-je envie d'échanger ? Mon cercle proche d'amis que j'ai invités sur Twitter ? Les lecteurs de mon blogue ? Des gens venus là par le hasard d'un lien ? Au début, j'ai invité une seule personne dans Twitter et pour répondre à une question précise en se créant conjointement un compte, puis cela m'a dépassé. C'est toute la question du réseau qui est en cause : on se construit un réseau par Twitter, exactement comme on inscrit des signets dans son navigateur ou dans son agrégateur de flux, mais il y a une interaction lorsque l'on cite quelqu'un et c'est justement l'aspect le plus intéressant de Twitter : je ne me suis jamais abonné aux flux de Guy Birenbaum, il ne s'est jamais abonné non plus aux miens et pourtant il m'a lu et je lui ai répondu, le tout de manière fort courtoise et ironique.

Bien sûr, on peut vouloir jouer en milieu totalement fermé comme les Leftblogueurs qui se citent entre eux, se répondent entre eux, évitent de citer les autres tout en reprenant leurs textes sans aucune mention d'origine. C'est le réseau en rond qui se retrouve dans le haut du palmarès de Wikio politique. Il y a aussi le réseau échangiste, on peut également s'abonner à quelqu'un pour qu'il s'abonne à vous et que vous deveniez plus influent ainsi. Cela n'a aucun sens si la même information peut vous être donnée par quelqu'un d'autre qui est plus proche de la source et il faut chercher aussi des sources que vos autres lecteurs ne possèdent pas ou sinon il n'y a pas d'échange possible, juste de la redondance, comme dans le haut du palmarès des blogues. Il faut choisir qui lire et pourquoi, quels liens seront apportés et ce qui vous sera utile. Construire son réseau, c'est aussi savoir lire et écrire, vivre en société en acceptant d'être cité ou de ne pas être abonné, savoir que l'on ne sera jamais le premier au sommet de l'affiche. Tout cela est humain, très humain.

* Le RT est une reprise de tweet, mais vu le nombre de RT possibles et la longueur d'un tweet, je me demande s'il faut citer la dernière source ou la première. Une adresse normalement en accès autorisé se retrouve ainsi sur la place publique et on a droit aux demandes d'abonnement de pourrielleurs alors. 

** Le #ff (Suivez Untel ce vendredi) est un rituel que je ne suis pas du tout parce que je déteste toutes les routines, on donne la liste des comptes Twitter que l'on apprécie. Tous les vendredis, je suis cité par quelqu'un et même si j'apprécie la mention, je préférerais que ce soit pour un message précis. Cela fait un peu trop blogobulle en rond.

samedi, 06 mars 2010

Mon entretien de blogueur avec Jacques Chirac

Le Petit Champignacien est fier d'avoir pu rencontrer le seul, l'unique pape de la choucroute : Jacques Chirac, ancien locataire de l'Elysée, actuel locataire de la famille Harriri et futur locataire de la Santé. Comme on le sait, la choucroute tient une place importante dans ces interviouves de blogueur, puisqu'il n'y a aucun rapport entre les propos. Je me devais donc de rencontrer le meilleur connaisseur en choucroute qui soit après Gilles Pudlowski et quelques autres.

LPCI : Monsieur le président, merci de me recevoir juste au lendemain du Salon de l'agriculture qui a dû bien vous fatiguer.
JC : Pensez-vous ! Je n'y suis resté que moins de trois heures, je deviens vieux, vous savez. Et puis il fallait que je fasse une petite sieste parce que cette nuit avait lieu une compétition de sumo en direct au Japon . Vous connaissez le sumo ? C'est un sport fascinant, vraiment fascinant... Toute ma vie, j'ai rêvé de devenir sumotori, c'est pour cela que je me suis entraîné à manger le plus possible. Mais rien à faire. Vous savez, les frais de bouche de la mairie de Paris, c'était dans l'objectif de réaliser enfin ce pour quoi j'étais vraiment fait.
LPCI : Cela le léger désordre de votre salon. (Traînent quelques dizaines de canettes de Corona et des boîtes de bretzel.)
JC : Ce n'est qu'un léger détail, je suppose que vous n'allez pas le relever, puisque nous sommes là pour parler de choses plus importantes comme la survie de la planète ou du monde agricole ou des civilisations premières.
LPCI : J'ai demandé un entretien pour parler d'Internet, des blogues, de Twitter.
JC : Et si nous passions tout de suite à table ? C'est que j'ai une petite faim, moi. J'ai justement demandé de préparer une choucroute. Vous savez, la choucroute, il faut la manger matin, midi et soir.
LPCI : Cela tombe bien, la coutume dans les entretiens de blogueurs, c'est de s'entretenir autour d'une choucroute afin de détendre l'atmosphère. Vous me rappelez l'accueil chaleureux d'Alexandre Adler.
JC : Ah ah ah ! Figurez-vous que j'ai conseillé à Alexandre Adler de se reconvertir dans une carrière de sumotori où il aurait plus brillé que dans ses analyses géostratégiques. Il a refusé, le con ! alors que je lui apportais une promotion inespérée, et maintenant il est quoi ? Expert en complots à inventer chaque semaine. Alors qu'il pourrait être un dieu vivant au Japon !

LPCI : Que pensez-vous des usages d'Internet, monsieur le président ?
JC : Je suis fasciné par ces rituels étranges de tribus exotiques que l'on croirait à peine civilisées et qui ont pourtant des codes fort élaborés. Savez-vous que chez les Arumbayas (qui sont des Indiens jivaros, mais c'est une autre question), la discussion ne peut commencer que si l'on a l'estomac plein et qu'il est interdit de s'adresser la parole avant ?
LPCI : Monsieur le président, pensez-vous qu'Internet représente aujourd'hui un danger pour la sécurité comme le laissent entendre les lois DADVSI, Hadopi, LOPSI ?
JC : Mais c'est abracadabrantesque ! J'ai créé un engouement autour d'Internet en créant le mot mulot qui s'est depuis diffusé à une échelle planétaire. Je ne peux pas être à la source d'un mal, j'ai toujours recherché la sérénité et la pureté d'âme. Par exemple, si j'ai repris les essais nucléaires, c'était afin de les supprimer définitivement. Je montrais ma fidélité à mes idéaux de jeunesse lorsque je faisais signer l'appel des Cent et que j'étais prêt à adhérer au PCF (notez quand même que deux ans après j'avais équilibré les choses en passant dans le camp pour l'Algérie française). Internet ne peut être mauvais en soi, il nous faut avoir un regard ethnologique sur ce qui se passe, croyez-en ma vieille expérience. Cela ne se juge pas aux lois que l'on fait tous les six mois chaque fois qu'il y a un fait-divers, il faut le recul du sage, de l'ancien, et envisager la question en siècles, en millénaires. C'est la longue durée qui permet de juger les incohérences d'un homme, pas une prise de position suivie d'une autre contraire juste après.
LPCI : Quelle est votre action sur Internet ? Tenez-vous personnellement un blogue ? Comment ?
JC : Ah ah ah ! Si je tiens un blogue, mais mon jeune ami, sachez que je n'en tiens pas un, mais une trentaine ou une cinquantaine.
LPCI : Mais comment ?
JC : Oh ! C'est très simple, quand j'étais Premier ministre, maire de Paris ou président de la République, d'autres écrivaient des discours pour moi. Cela s'appelle des nègres, comme on dit vulgairement et j'en ai usé quelques-uns avant de vouloir introduire au Panthéon un grand écrivain qui usait lui aussi des nègres, Alexandre Dumas. C'était ma manière personnelle de rendre hommage à tous mes collaborateurs. Certains ont bien fini comme Alain Juppé, d'autres sont tombés très bas comme Christine Albanel qui finit à Versailles à la place d'Aillagon qui se trouve je ne sais où. Mais maintenant, je n'ai plus besoin de faire appel à eux, on écrit pour moi à ma place sans me le demander et sans me le dire. Je suis devenu comme un dieu.
LPCI : Mais c'est de l'usurpation d'identité ! Un pseudo Lionel Jospin a réussi à abuser récemment Yves Jégo qui lui a répondu sérieusement sur Twitter.
JC : Ah ah ah ! Cela m'en touche une sans faire bouger l'autre. Il faut laisser les autres faire votre travail pour que vous puissiez être jugé à votre juste compétence. Jégo a eu tort de répondre personnellement et je ne comprends pas que l'on perde du temps à réfléchir sur qui est qui. Tenez, pendant douze ans, j'ai fait semblant d'être président de la République (puisque j'avais vocation à être sumotori, vu mon goût pour toutes les Delikatessen) et personne ne me le reproche. Maintenant, on a un président qui veut faire président sans y parvenir et presque tout le monde est contre lui, sauf une espèce de chevelu mal rasé et fort hargneux.
LPCI : Frédéric Lefebvre.
JC : Exactement ! Ah ah ah ! Il me rappelle Sumo le bichon maltais que j'avais adopté et qui me mordait toujours dans les jambes. C'est bizarre... D'habitude, je m'entends bien avec les chiens, je comprends leur psychologie, mais j'ai eu des difficultés avec Sumo et Frédéric Lefebvre. C'est quand même étrange le comportement des chiens, je ne sais pas du tout comment je pourrais apprivoiser un Lefebvre, et pour la première fois cela me fait peur d'être face à un chien. 
LPCI : Il y a trois comptes Twitter au nom de Jacques Chirac qui répondent en direct, mais un seul est authentique. Est-ce que cela ne brouille pas votre message ?
JC : Mais quel message ? J'en ai eu tellement au long de ma carrière débutée sous la présidence du Général que je ne m'y retrouve plus du tout. Et au fond, si l'un de ces comptes Twitter dit le contraire de ce que j'ai dit il y a une semaine, mais ce que je dis maintenant, je ne vois pas du tout où le problème, puisqu'il y a ma signature. Mais si je dois le désavouer, je le ferai quand il le faudra. Je serai ferme et intransigeant sur les principes.
LPCI : Vous n'écrivez donc pas personnellement sur Internet ?
JC : Pourquoi écrirais-je moi-même ? Jésus, Socrate, Confucius, Botul n'ont pas laissé de textes qu'on puisse leur attribuer et mon destin est sans doute de devenir une sorte de sage auquel on prête toutes les figures que l'on veut. Cela me permet de devenir une figure charismatique au lieu de terminer comme un sumotori défait. Si vous aviez vu l'accueil que les paysans rouergats et cantalous m'ont fait au salon... Ah ! cela fait plaisir de voir que la spiritualité française s'incarne dans les produits du terroir...
LPCI : Monsieur le président, je vous remercie de votre accueil chaleureux et de votre choucroute.
JC : Mais tout le plaisir était pour moi, et vous savez qu'un président parle toujours le dernier. 


lundi, 22 février 2010

Des classiques en 140 caractères

J'ai découvert grâce à Calvero - du Post* - un compte Twitter intéressant twittclassic. Il vient à peine de commencer vraiment : il s'agit de résumer des classiques littéraires en 140 signes selon la contrainte de la longueur maximun des tweets**. Le style est en parler djeun's, avec du verlan, de l'argot, des abréviations, des anglicismes. La plupart des titres sont évidents, ils sont aisément discernables par le nom des personnages. Cela me rappelle un jeu que j'avais donné déjà ici et dans un forum, il fallait découvrir quels titres se cachaient dans mes résumés en une phrase, parfois en deux mots. C'est l'un de mes billets qui avaient le mieux marché : 86 commentaires, et cela sans aucune polémique.

* Oui, pour une fois, je peux dire du bien de quelqu'un du Post. J'apprécie les billets de Calvero qui se tient loin des pipoleries, des faits-divers sordides et de la politique des petites phrases à la petite semaine.

** Hier, Chantal Jouanno, ministricule de l'Environnement, aurait mieux fait de se taire, une nouvelle fois. Elle a déclaré : "Je me suis beaucoup interrogée de savoir si j'allais ou non utiliser Twitter. Twitter, c'est 120 signes écrits, donc c'est un SMS court. On ne peut pas dire grand chose." Eclat de rire général. On peut dire deux sottises en 169 caractères.

Post-scriptum :

Le lien vers ce billet sera l'objet d'un tweet bien entendu, Twitter cela sert aussi à donner des liens et à faire circuler une information. J''informe aussi que mon compte Twitter est en accès libre pour une période de deux ou trois semaines. Il s'agit d'une expérience, je verrai après si je le laisse en accès non protégé. Il faudra que je fasse régulièrement le ménage, parce que les pourrielleurs s'abonnent afin de se constituer des listes d'adresse, ils sont vite repérables ils ont des milliers d'abonnements et peu d'abonnés.

lundi, 25 janvier 2010

140

Je voudrais vous faire découvrir un compte Twitter qui mérite le détour parce qu'il est original et que j'aurais aimé avoir eu cette idée. Il s'agit de Centquarante. Pourquoi Centquarante ? Parce qu'il y a 140 caractères dans un tweet. Cela donne des fictions courtes et fantaisistes toutes écrites dans le format imposé. La contrainte devient une vertu. Voilà qui nous change des réflexions sur le temps ou le menu, de bien des banalités qui sont le lot quotidien de beaucoup de twitteriens. Cela me rappelle un peu les nouvelles en trois lignes de Fénéon, sans sa noirceur, ou bien les amorces de nouvelles de Kafka dans son journal, toutes proportions gardées. Je sais que certains se sont essayés au haïku en tweets, mais ce sont surtout des anglophones. Il me semble qu'il existe aussi des limericks en tweets, mais ils sont difficiles à trouver à cause de l'homonymie. Il était aussi évident que l'OuTwiPo apparaîtrait, mais il me semble manquer de rigueur oulipienne. Quels autres genres brefs et très formels peuvent se trouver présents dans Twitter ? (C'est une vraie question.)

samedi, 16 janvier 2010

Si on ne peut dire non

Dans le système Loïc Le Meur, il y a une chose que l'on retrouve partout : le refus du mot non et de tous les mots négatifs. Un truc élémentaire que l'on apprend dans les écoles de commerce (cela prend deux ans, tellement il faut s'adapter au niveau des étudiants...) Donc quand LLM demande de le rejoindre sur sa plateforme Seesmic je me pose des questions en voyant son message pour Twitter. On me demande de confirmer en cliquant et il n'y a strictement rien pour décliner l'invitation ! Comme je ne suis pas encore complètement idiot, je me dis qu'il y a forcément un piège. Et il se trouve là : "Click the link above to give us permission to send you information." Oui, vous n'avez pas besoin de choisir de vous désabonner ou de décliner l'invitation, mais si vous vous abonnez vous allez recevoir alors des catalogues de pubs non demandées parce que vous aurez souscrit au contrat qui peut être toujours révisable. Moi, durant mes études littéraires, j'ai appris à écrire non et à bien l'affirmer. Mais cela n'existe pas dans ce système hypocrite : "If you do not want to confirm, simply ignore this message." On pêche des adresses au hasard par un robot et puis on demande en anglais (!) de faire comme on veut. Mais ce que je veux, c'est ignorer ces messages intrusifs qui s'apparentent à des pourriels. Ma culture est d'abord francophone, elle est en faveur de l'opt-in et non de l'oup-out, je n'ai jamais demandé à Loïc Le Meur de venir inonder mon compte Twitter de milliers de publicités, je ne crois même pas que Loïc Le Meur soit derrière ce message automatique de sa plateforme, et en fait je m'en fous totalement. Je veux parler à des humains, pas à des robots ! Je dis encore non. Et cela ne fera pas de moi un héros pour autant.

vendredi, 01 janvier 2010

Nouvelles Lettres persanes VII

De Rica à Usbek, à Alep

Bien cher Usbek, il n'est pas de jour sans que je sois assailli par des Français qui me demandent ce qui se passe en ce moment dans mon pays. Comment le saurais-je au juste mieux qu'eux, puisque je ne vois que ce qui se trouve dans les étranges lucarnes européennes et les gazettes ? Je leur répondais alors qu'ils disposaient d'une presse libre de toute pression politique, honnête envers ses lecteurs et indépendante des pouvoirs d'argent pour leur rapporter les faits tels qu'elle les constate. L'on me répliquait alors que ce n'était pas suffisant, que l'on ignorait la vérité puisque la presse persane est notoirement aux ordres du régime quand les journalistes ne sont pas arrêtés. Je me suis étonné : les journalistes français dépendraient-ils d'abord de la presse persane ? N'y aurait-il donc pas des envoyés extraordinaires ou des correspondants locaux ? Ne feraient-ils pas leur travail, quitte à être arrêtés pour espionnage, condamnés, puis renvoyés après maintes négociations chez le Grand Satan ? Si eux ne prenaient pas de risques pour informer le reste du monde, que ne risquerait donc pas un Persan qui tenterait de sortir des images de son pays ?

Bien plus surprenant, quelques publicistes français m'ont déclaré qu'ils étaient heureux d'assister enfin à une révolution en direct grâce à la messagerie de petits bleus Twitter. Ce service aurait permis de rassembler des foules de centaines de milliers de personnes aux quatre coins du pays et même faire se soulever les campagnes. Je me suis étonné, Twitter ne compte guère que dix mille abonnés en Perse, dont seulement un sur dix se révèle vraiment actif. Mais pas du tout ! me rétorquait-on, vous n'y connaissez rien, il y a trop longtemps que vous êtes sorti de Perse et vous n'avez plus de contact avec votre pays ! Tout est parti de Twitter afin de lancer les mots d'ordre et c'est extraordinaire de voir la première révolution deux point zéro. Il semble que les Français aiment beaucoup les révolutions, c'est l'un des peuples les plus révolutionnaires de la Terre, ils aiment et célèbrent leurs révolutions passées car ils en ont fait beaucoup afin de passer le temps et susciter la sympathie des autres peuples, ils aiment et soutiennent maintenant les révolutions des autres pour lesquelles ils trouvent des noms fort poétiques, bref, la révolution est une sorte de distraction comme une autre surtout quand elle se passe chez les autres. L'on m'a cité alors des exemples de messages écrits en anglais par des gens établis en Grande-Bretagne comme des preuves de la mobilisation par Twitter des foules populaires persanes qui ne parlent le plus souvent que le persan, l'arabe, l'azéri, le kurde. Comme je formulais de plus en plus de doutes sur la qualité de Persan des auteurs, on m'a accusé de ne pas être moi-même vraiment persan, car sinon j'aurais été capable de montrer moi aussi quelques minuscules billets ou des gravures figées et animées venues de Perse.

Dans un salon de la bonne société, chacun m'assiège et me demande des nouvelles de Perse que j'aurais reçues par le réseau des réseaux. J'explique alors que les communications ont été momentanément coupées, qu'elles sont souvent soumises au bureau de la censure. Ah ! ah ! s'exclame-t-on, nous en étions sûrs, c'est à cela que l'on reconnaît les dictatures, il serait grand temps que l'on vous libère. Chacun de s'enthousiasmer et de crier mort à la tyrannie, écrasons l'infâme et vive la liberté ! L'un de ces beaux esprits à la longue mèche noire et à la chemise blanche largement déboutonnée se propose de lever une brigade internationale de libérateurs à la seule condition d'avoir avec lui une équipe des étranges lucarnes pour le suivre lorsqu'il pose en treillis ou avec une veste reporter multipoche, et je me demande pourquoi il ne figure pas plus souvent dans les catalogues de vêtements. Un philosophe qui ne parle jamais qu'en citant un livre à la main, le directeur d'une station publique de boîtes parlantes, un marchand de réclames, une sous-vizirette aux robes de mauvais goût s'écrient en chœur : à bas toutes les censures ! jouissons sans entrave ! sous les pavés la plage ! L'ancien directeur d'une gazette du soir s'enthousiasme et déboutonne son costume trois-pîèces : nous sommes tous Persans ! Il est prêt à offrir son corps, pourvu que cela se passe à des milliers de lieues. Chacun d'affirmer sa solidarité la plus entière avec le peuple persan opprimé L'on m'assure alors que je dois m'estimer bien heureux de résider dans le berceau de la démocratie et le pays des droits de l'homme. Comme j'évoque la situation de quelques compatriotes dont le firman a été refusé par le vizir des dimmis et de la révolution nationale, qui seront renvoyés dans leur pays où ils risquent la mort, je sens un très grand froid de la part de mes interlocuteurs qui ne comprennent pas mon manque d'enthousiasme et de patriotisme, alors que je devrais agir en bon persan.

Serais-je donc un terroriste si je ne les félicitais pas de leurs choix judicieux à notre place ? Le directeur barbichu d'une autre gazette rompt le silence en déclarant que ce n'est pas grave, il suffira aux Persans s'ils sont en danger de le contacter par le biais de son compte Twitter dont il donne l'adresse et tout s'arrangera comme dans le meilleur des mondes possibles. Cela permettra alors de lancer une grande mobilisation et ainsi l'on démontrera l'utilité des outils deux point zéro. Je sors très vite et je tombe dans le couloir sur deux autres philosophes, père et fils, le premier recouvert déjà d'un casque de cheveux et ressemblant à la grande chanteuse locale Mireille Mathieu, ils m'assaillent de questions dont ils donnent la réponse aussitôt et me demandent si je suis prêt à mourir pour la Përse et donc pour la liberté et pourquoi je ne suis pas encore mort, aurais-je quelque chose à me reprocher ? Je balutie quelques mots pour dire que je suis retenu ailleurs et je me retrouve dans l'escalier face à un hippopotame que l'ascenseur avait refusé de monter à cause du poids : Alexandre Adler ! Comme il occupe toute la largeur de l'escalier, je ne peux que l'écouter et si je n'avais pas reflué vers l'ascenseur il était prêt à me convaincre que j'étais un espion soviétique et maoïste. Il me lance alors qu'il saura bien me retrouver sur Twitter et dira aux autres Persans que je ne suis pas un vrai patriote. Que de gens bienveillants pour notre pays, que de lumières voulant le guider et quelle admirable logique pour réclamer plus de liberté pour la Toile iranienne quand en France établir on songe à établir les mêmes usages qu'en Perse pour la Toile. Vraiment, nous sommes tous frères et il est si bon que le monde soit uni dans une compréhension universelle.

A Paris, le 6 de la lune de Chalval

mardi, 01 décembre 2009

Et le mot de l'année est... buzz, comme les années précédentes !

Ce qui est plaisant avec les locuteurs anglo-saxons, c'est qu'ils fabriquent autant de mots de l'année qu'ils ont de comités, d'associations, de sociétés qui veulent se singulariser en fabriquant de faux palmarès selon leur envie promotionnelle (le palmarès est une habitude très anglo-saxonne qui nous a valu en France des choses innommables comme le Top50 ou le Hit-Parade ou des stations de radio FM pour jeunes et moins jeunes qu'il aurait mieux valu bannir avant de libéraliser les ondes). Ainsi, le New Oxford American Dictionary avait élu unfriend comme mot de l'année. Unfriend est un terme employé dans Facebook et cela semble donc tout de suite plus branché. Mais quand on passe à un concurrent comme le Global Language Monitor, cela devient Twitter. Là, attention ! c'est du sérieux, on ne vote pas, on se réfère à un algorithme qui détermine quel est le mot le plus populaire, de manière totalement neutre et prétendument scientifique, alors que Twitter draine un public scripteur dix ou vingt fois moins nombreux que Facebook. Les deux sites sont concurrents et il est obligatoire que les différentes associations pour le mot anglais le plus populaire soient aussi en concurrence. Elles choisissaient sans doute auparavant dans la presse papier en regardant vaguement ce que l'on achetait le plus et maintenant elles regardent ce dont on parle sur la Toile. Et on assiste au combat de néo-titans à pied d'argile : Facebook contre Twitter pour le titre du mot de l'année ! Il faut compter encore avec les mots de l'année des différents dictionnaires anglais qui se sont déroulés auparavant et qui font alors l'objet d'annonces publicitaires, exactement comme pour des Miss Pomme de terre issue de Picardie élues par un comité local. C'est fort ridicule, mais les Britanniques et les Etatsuniens ne comprennent pas encore que toute cette publicité grossière les dessert à la longue et que plus ils en useront, moins on croira leurs classements, même en faisant semblant de croire à des algorithmes sacrés et surtout secrets. La première question est celle de la légitimité et de la pertinence de tels classements qui bouffent de la place dans les informations prétenduments nouvelles. C'est du bruit avant tout, qui se nourrit de ce qui est censé faire le plus de bruit.

dimanche, 15 novembre 2009

Comment le ministricule champignacien est connecté aux twitteristes

Voici ce que je lis dans l'Oignon au sujet de notre sous-ministre champignacien et de sa stratégie réticulaire :

Par ailleurs, le jeune élu « twitte » régulièrement. Autrement dit, il partage des informations sur Twitter, avec une communauté plus restreinte que sur Facebook.

C'est vrai que 744 followers à la place de 2 358 amis (dont Nicolas Sarkozy pour lequel on sait qu'il ne maintient pas personnellement son profil FaceBook), c'est un peu moins. Mais il faut voir ce que contiennent ces fameuses informations qui sont lisibles par bien plus de personnes que celles sur FaceBook où il faut s'enregistrer d'abord (Twitter est lisible depuis le Ouaibe sans aucune inscription et les informations peuvent être rediffusées ailleurs par les RT) :

Je suis au loto du telethon a champignac. Il y a 850 personnes ! C est génial.

Super déplacement baie du mont St. Michel. Faut il changer la loi littoral pour permettre le developpement agricole ?

Je suis dans le TGV avec le sénateur braye en direction du mt St. Michel pour regarder l application de la loi littoral !

Je viens d' assister aux cérémonies du 11 novembre. C était simple mais émouvant.

Ce 9 novembre...: J'ai passé ces journées folles à vouloir prendre un train ou un avion pour vivre ce moment

En lisant la presse ce matin comment ne pas être ému par le souvenir de la chute du mur de Berlin.

J assiste a l émission le grand rendez vous d' europe 1 avec Bruno le maire. Ce type est vraiment brillant.

Je viens de finir "lettre d' une inconnue" de Stefan zweig. C est sublime.

Je viens de terminer revu et corrige avec Paul Amar sur la 5. Cette émission permet vraiment de développer ses idées.

Benoist Apparu invité de « Revu et Corrigé » ce samedi 7 novembre à partir de 19h: Paul Amar présente en direct.

En quoi consistent le plus souvent les fameuses informations du ministricule ?
a) Il déclare où il est et c'est parfois au cours d'une réunion. Ce qui montre son degré de politesse, puisqu'il tapote sur son Blackberry ou son iPhone devant ses interlocuteurs. Cela explique son orthographe déplorable.
a bis) Il dit dans quelles émissions il est apparu ou va apparaître.
b) Il pose des questions générales et vagues en évitant de donner son opinion personnelle.
c) Il use de qualificatifs flatteurs à tout propos : super, émouvant, brillant, sublime. Mais on n'en sait jamais plus. On croirait lire une midinette qui s'extasie sur tout et qui ne voit jamais le moindre problème.
d) Non visible ici, le message Twitter comme lettre de diffusion pour voir le billet de son blogue qui renvoie en fait à une page officielle, une vidéo à voir ailleurs encore, et ainsi de suite. Ou comment mieux faire circuler l'information en multipliant les relais et surtout les visites d'autres pages pour faire croire que l'on crée un intérêt autour de soi. Comme si le lien principal ne pouvait être donné tout de suite... Politique de bruit sur la Toile. Absence totale de simplicité et d'économie de liens.

Mais le meilleur est pour la suite. Il répond ainsi à quatre interlocuteurs :

@B... il est meilleur que je ne pensais mais pas au top ! (5 h 17 heure du Pacifique, 6 novembre)

@x... il est meilleur que je ne pensais mais pas au top ! (5 h 17)

@J... il est meilleur que je ne pensais mais pas au top ! (5 h 16)

@T... il est meilleur que je ne pensais mais pas au top ! (5 h 16)

"Il" en question est le président lui-même et quinze minutes plus tôt le ministricule déclarait sur Twitter qu'il assistait à son discours sur l'outre-mer. Il fallait qu'il dise qu'il était là, mais il répond à des twitteristes qui voyaient le même événement à la télévision, sans doute sur LCP ou Public Sénat. Comme il n'a strictement rien compris à Twitter, il envoie quatre fois le même message alors que l'arrobe n'indique pas du tout un message privé, mais un message public avec un destinataire plus précis. Tous auraient pu malgré tout lire le même message s'il avait été précédé d'une arrobe pour l'un d'eux. Mais c'est compulsif : Benoist est un garçon sage qui croit bon de répondre chaque fois à chacun même si tous entendent la réponse et comme il est un peu limité (pas seulement par la taille du message), il emploie pour tous le même argument même s'ils ont exprimé des idées très différentes ou aucune idée.  

Notons la forme : toujours un compliment, puis une petite réserve comme concession à son interlocuteur qui a dû déclarer : "Mais il est toujours aussi nul à chier avec ses discours à la noix écrits par Guaino ?" L'impertinence n'est pas de mise et le seul anticonformisme est de dire "top" pour un ministricule. Le vide du discours rejoint le vide du cerveau.  

Il livre par ailleurs cette information capitale à 5 h 24 (toujours heure du Pacifique pour Twitter) :

Super ! Le President vient d' annoncer que Marie Luce penchard secrétaire d' état a l outre mer devient ministre.

Information très importante qui se trouvait déjà dans les dépêches d'agence en ligne, si je me souviens bien. Pour le reste, on ne sait rien du fameux discours présidentiel sur l'outre-mer, pas plus que ce qu'en pense le sous-ministre (d'ailleurs pense-t-il ?) En gros, c'est de la com avec de gros souliers.


samedi, 07 novembre 2009

Lire Twitter

Comment entrer dans un compte Twitter alors que la personne que vous voulez suivre est en accès privé ? Je me suis posé la question, puisque je protège mes données. 

Repérez d'abord les personnes qu'elle suit, c'est aisément accessible par Google même si le profil est protégé, vous avez aussitôt accès au dernier Tweet publié en cliquant sur la liste des Following. Bien sûr, vous ne pouvez suivre les discussions en entier, mais vous savez ce qui a été dit dans les dernières minutes. Autant dire que c'est frustrant, sans aucun compte personnel.

Une autre bonne source serait de servir des listes Twitter, mais justement elles ne reprennent pas les messages des comptes en accès protégé à la différence des profils qui peuvent les afficher. C'est un peu bizarre cette différence de traitement. La seule liste, celle d'Irène, qui m'inscrit comme twitterien ne reprend pas du tout mes messages diffamatoires envers des élus de la République. Heureusement pour elle ! Je me pose des questions sur la responsabilité de la personne qui accepte des flux qu'elle ne contrôle pas.

On peut aussi compter sur les RT (ou re-tweets), mais c'est aléatoire et tout dépend de qui l'on suit. Il est possible de savoir ce qui est écrit par quelqu'un en privé alors, mais cela nécessite une énergie énorme pour un résultat ridicule. On peut aussi lire des textes ou des images, des vidéos publiés dans un format plus large, sans la barrière du compte Twtter, lorsque l'utilisateur a voulu se servir d'une autre plateforme tout en faisant un lien, mais il faut savoir quand il les a écrits. C'est beaucoup de temps gaspillé. 

J'en viens à l'essentiel. Twitter protège des données et ne les protège pas. Un compte protégé ne l'est pas absolument, tout peut être accessible en temps réel si l'on trouve la bonne porte d'entrée ou si le message a été repris, puisque c'est la règle de base de ce réseau. Il est donc totalement faux de croire que ce soit totalement privé lorsque l'on protège ses données, cela ne prémunit que contre les pourrielleurs. Le système est poreux à la base et c'est ce qui fait son efficacité.

Ce qui est le gros problème, c'est l'articulation entre privé et public. Un compte privé comme le mien n'est pas totalement privé puisque tout peut se retrouver ailleurs, tout peut s'échapper de mon compte, il n'y a que la confiance pour les personnes que j'accepte qui permette la tenue de ce compte. J'ai déjà vu des blogoguerres chez Embruns à partir de messages Twitter où public et privé étaient mélangés et c'est bien le problème de Twitter, non des blogues ou des forums Usenet. Il y a une réflexion à commencer.