mercredi, 11 mars 2009

De la métaphore comme langage universel

Je ne suis pas du tout persuadé par ces arguments à propos d'un langage universel par images :

Dans cette recherche d'un langage universel, "nous allons rapidement nous heurter à l'abstraction", déclare Pascal Audant. "Et c'est en ce sens que la langue chinoise a une longueur d'avance, car tout y est métaphorique", poursuit le jeune homme d'affaires. Il explique que "la bonté" se dit et s'écrit en chinois : "la façon dont une mère agit avec son enfant". Voilà quelque chose de plus facile et de plus concret à animer que le concept de bonté même. Il concède qu'une animation montrant une mère avec son enfant n'évoquerait pas nécessairement la "bonté" dans le cerveau des Occidentaux – "mais cela éveillerait un sentiment semblable".

D'abord le mot façon est un mot lui aussi abstrait. Ensuite le geste (mot plus concret) affectueux d'une mère envers son enfant est différent d'une culture à une autre, il peut prêter à des malentendus puisqu'il n'existe aucune universalité du sens des gestes. Un même geste pour la même culture peut avoir plusieurs sens différents et opposés, comme en français pour un doigt levé ou des doigts en rond. On ne peut se départir du contexte, de la langue, de la culture et des relations personnelles. Enfin, il y a un saut qualitatif qui n'est pas vu puisque l'on s'imagine que l'écriture chinoise ne serait que métaphorique alors qu'elle use de bien d'autres figures de style (elle peut être métonymique notamment ou bien ne reposer que sur la phonétique) et que l'étymologie des sinogrammes s'inscrit dans une très longue histoire partagée. Croire que tout est à peu près analogique partout sous prétexte que l'on a tout réduit à l'état de métaphore est une erreur à mon avis. La représentation des mêmes idées pour les mêmes mots n'est déjà pas la même d'une personne à une autre malgré une culture commune. La métaphore est en fait l'échec de nos tentatives de communiquer tous la même chose et c'est peut-être tant mieux, car le monde serait triste si nous pensions tous la même chose en même temps ou une chose semblable qui n'est en fait pas du tout similaire malgré ces déclarations.

lundi, 03 mars 2008

De la translittération du russe

Cela n'a pas manqué. On assiste à une joyeuse cacophonie au cours des mêmes journaux radiophoniques de la France Inter où l'on parle à la fois de Dimitri Miedvedev et de Dmitri Medvedev dans le même bulletin (je note que le ié est tout récent et presque du jour). Il faudrait se régler sur un usage au moins, mais c'est un peu plus compliqué que pour Eltsine ou IEltsine qui n'avait comme difficulté que son nom.

lundi, 10 décembre 2007

Pour le meilleur et pour le mal

Les mauvaises traductions automatiques (je triche, cela vient de La Presse canadienne, une agence absolument catastrophique par rapport à tout ce qui se trouve au Québec) :

Durant son allocution, elle a remercié sa "belle Cydney" qui lui reste fidèle pour le bon et pour le pire.

Good and worst existe en anglais, mais ce n'est pas aussi équilibré qu'en français où l'on a deux superlatifs irréguliers de même niveau : le meilleur et le pire. On ne dira jamais assez que le français est une langue bien plus logique et plus ordonnée.    

samedi, 10 février 2007

Trucs en vrac

Décidément, la manie de faire intervenir des chiffres au milieu de mots se répand. J'avais signalé le film S1mØne où on a un jeu sur les deux unités de base en informatique. Il y a encore la plateforme de blogues C0wb0yz pour les djeuns, l'opérateur N9uf Télécom, et maintenant il faut compter avec T4XI. Ben oui... Le nanar cinématographique de Besson arrive à son quatrième épisode. Et puis cela fait plus branché...

Dans Libé, une série de quatre articles sur la traduction automatique des langues. Rien de très neuf.

Dans le Monde2 (non en ligne), un article sur une double page au sujet de l'enseignement de l'arabe. Il pose la question pertinente : l'État doit-il se défausser sur les entreprises privées, les associations religieuses pour répondre à la demande d'enseignement de l'arabe ? On rappelle quelques faits : le serveur de l'académie de Versailles reçoit plus de visiteurs pour l'arabe que pour l'anglais, les cours dans l'enseignement supérieur sont pleins à craquer, et il n'y a pratiquement aucune création de postes d'enseignants dans le secondaire ou d'ouvertures de classes, pire : il semble qu'il y ait une réticence de la part de l'administration envers cette langue. Ce qui pousse les élèves vers les mosquées... 65 000 enfants passent ainsi par les cours de langue des imams alors qu'ils pourraient avoir accès à l'arabe dans l'Éducation nationale si certains cadres n'avaient de solides préjugés...

La polémique linguistique québécoise du mois, c'est le vocabulaire difficile dans la presse. Chaque mois, les Québécois se trouvent un nouveau sujet de dispute sur le langage. Parfois, c'est le langage ordurier, ou les anglicismes, ou les enseignes, ou le québécois standard, ou les rectifications orthographiques. Cette fois, il s'agit du lexique qui serait considéré par certains comme trop éloigné du langage courant, comme trop intellectuel et abstrait. Cela ilustre à mon avis plusieurs traits de la société québécoise : un fort ressentiment envers les élites françaises, une tendance à la dévalorisation de soi ou à la méfiance envers ceux qui pourraient juger, une imprégnation plus populaire qu'ailleurs ce qui conduit à l'anti-intellectualisme.

Dans le Figaro magazine, on s'enthousiasme pour l'engouement chinois envers la langue française. Je crois qu'il faut relativiser énormément cette idée : les chiffres du français en Chine sont totalement dérisoires par rapport à ceux de l'anglais, ils approchent même le 0 %, et tout cela fait partie du même bourrage de crâne que celui qui tendrait à nous faire croire que le chinois serait la langue la plus demandée par les petits Français (et dans le même temps que l'on s'empresse d'ouvrir des classes de chinois, on refuse celles d'arabe).

 

 

mercredi, 20 septembre 2006

Nano-vrac

Cinédom, cybercaméra, coffret long format, imagisme. La CGTN a encore frappé.

Des dictées dans l'enseignement supérieur, c'est possible.

Moby Dick devient un cachalot. Horreur et consternation ! Je conserverai la traduction de Giono.

vendredi, 11 août 2006

Les informations pipeau

Le Monde fait dans la francisation incomplète et imparfaite :

Ces photos ne traduisent pas une "peopolisation" des politiques mais plutôt un changement de style et de génération.

Pipolisation, je veux bien puisque le terme devient de plus en plus admis sous une forme francisée (Closer se présente d'ailleurs sur sa couverture comme le magazine des pipoles), mais je ne connais pas de peopol en anglais. Est-ce que c'est le l voyelle anglais qui dérangeait pour écrire peoplization, lequel n'aurait pas été compris ? Et on fait quoi de l'orthographe anglaise de la première syllabe ?

mercredi, 09 août 2006

Parrains italiens

La traduction de l'anglicisme sponsor est normalement commanditaire au Québec et parrain en France, mais à votre avis pourquoi le Monde a-t-il évité de traduire le terme anglais dans cet article sur l'Italie ?

L'immigré doit démontrer qu'il dispose de l'argent pour rester en Italie. Or cet argent finit aujourd'hui dans les poches des organisations criminelles pour le voyage. Un sponsor et une somme d'argent sont les deux conditions pour entrer.

mardi, 08 août 2006

L'ICANN déconne

C'est le président de l'ICANN qui s'exprime et on peut avoir des craintes sérieuses sur son attention aux autres écritures ou autres cultures !

Ainsi en Chine, l’alphabet utilisé est du chinois simplifié mais à Taiwan, c’est un chinois plus traditionnel. En Corée ils utilisent deux alphabets, le premier développé par un roi il y a un demi siècle et le second est chinois.

Tant de sottises en si peu de phrases. Sur les hangûl, sur les hanja, et on pourra aller voir ensuite les systèmes chinois.

Mille milliards de mots

La nouvelle est importante, mais elle n'est guère diffusée en français pour l'instant : Google s'apprête à rendre publique sa base de données lexicales. Elle comprend plus de mille milliards de mots — mais il n'est pas précisé dans quelles langues et dans quels systèmes d'écriture. On ne sait pas non plus si cela comprend les variantes orthographiques (formes anciennes  ou dialectales ou argotiques, erreurs de frappe), ni si les noms propres sont inclus dans cette base (Google ne connaît paa les différences de casse), ni s'il n'y a pas des mots artificiels ou obtenus par encodage. En tout cas, on apprend que seulement un milliard de mots sont employés plus de 200 fois. Cette base sera éditée en 6 DVD de texte uniquement. Les applications sont multiples : traitement automatisé des langues naturelles, traduction ou reconnaissance vocale ou optique, constitution d'un corpus pour des enquêtes scientifiques, commerce (eh oui ! il est important d'acheter des noms de domaines ou des mots clés qui auraient pu échapper, ou bien de cerner les présupposés de ses clients). Un autre aspect important, c'est la politique de Google : le moteur a été fortement critiqué ces derniers temps (soumission à la dictature chinoise et censure, non respsct des droits littéraires et des législations internationales avec GooglePrint, non respect des droits de propriété des agences de presse ou des journaux, très forts soupçons de tricheries dans les chiffres de ses bases de données), Google tente donc de se racheter une virginité et de retrouver un peu de sens à son slogan Don't be evil.

mercredi, 02 août 2006

Pepsi = caca

Je connaissais déjà pas mal de fausses explications étymologiques pour de prétendus acronymes comme snob, spa, golf, mais je crois que le régime des mollahs iraniens vient de rajouter une énorme couche dans la connerie universelle (il faut dire qu'ils sont déjà champions sans testotérone dans cette catégorie). Figurez-vous que le nom de la marque Pepsi (lien en anglais) voudrait dire “Pay each penny to save Israel” et qu'il faudrait donc boycotter la boisson gazeuse car elle servirait à financer les bombardements contre les petits musulmans. Les barbus n'ont pas pu inventer quelque chose de plus intelligent dans leur combat contre le Grand Satan américain et le Petit Satan hébreu. On retrouve là les figures classiques de la polémologie linguistique : se choisir d'abord un adversaire symbolique (ici Pepsi, cela aurait pu être n'importe quelle autre grande marque), ensuite on invente un complot – de préférence sioniste mais le complot marxiste, jésuite ou maçonnique marche tout aussi bien –, après quoi on sort la preuve suprême : l'étymplogie qui est la science de l'origine vraie et tout le monde des symboles devient transparent ! Et tout le monde de tomber à genoux devant la vérité vraie révélée... La fausse étymologie, c'est d'abord de l'idéologie, de la propagande, de l'endoctrinement, du bourrage de crâne, du décervelage, de la bêtise en barre ! C'est du Da Vinci Code appliqué à la lettre. Courage ! la barbarie est devant nous... On peut faire dire n'importe quoi à n'importe quel mot si on évoque son étymologie inventée pour la circonstance.

mercredi, 26 juillet 2006

Comptes de films

medium_4_30.jpgAvec l'habitude de ne plus traduire les titres de films et de garder leur titre en angl, pardon en langue internationale, le diable peut bien se nicher dans des détails. Le titre est 4:30, ce qui se lit quatre heures trente (ce n'est pas la durée du film, heureusement, mais un moment du film). Et puis le chroniqueur qui rapporte un propos du cinéaste écrit : «Dans 4h30*, dit-il, il n'y a pas d'hommes, pas de femmes, juste de l'être humain.» Mais alors, mais alors, pourquoi le distributeur a-t-il conservé le séparateur d'unités américain et n'a pas pris le symbole international de l'unité ? C'est une nouvelle manie pour faire vraiment international, on l'avait déjà vu avec M:I:III. Il me semble qu'il y a encore deux ou trois autres titres du même acabit. En tout cas, c'est amusant de voir un titre de film avec plusieurs versions écrites comme qui devient parfois 8 1/2 faute de caractères spéciaux, voire Huit et demi alors que chacun sait qu'un titre commençant un chiffre se place dans une liste avant un titre commençant par une lettre. Heureusement, on a évité le sous-titrage en anglais comme pour 10 de Kiarostami qui est vendu sous le titre Ten et personne ne l'a écrit 8,5 ou pire 8.5.

* Libé se trompe dans la typo : il faut un espace avant et après le symbole.

medium_huitetdemi.gifmedium_ten.gifmedium_mission-impossible-3.jpg

dimanche, 25 juin 2006

Au royaume de Tartuffe

Je lis sur un blougue de communiqueur communiquant communiticateur communicatiquant que le terme disclaimer serait 'achtement à la mode sur les blougues. En effet. Technorati m'en ramène 3 468 pour trois mois en français. Mais comment traduire cela ? Le GDT me donne un avis de non-responsabilité. Or je pense que c'est un équivalent faux, trop long et avec un sens trop étroit. 1) Le disclaimer est bien un avertissement, mais on est souvent habitués à lire ces mises en garde avant le texte alors que sur les blougues le disclaimer intervient souvent seulement à la fin (un blogueur écrit un texte de deux cents lignes pour vanter la corrida, puis il annonce ensuite qu'il n'a pas d'ascendance ibérique ou de parents bouchers ce qui le dégagerait de tout parti-pris). 2) Il y a pourtant bien une responsabilité, celle des propos tenus, mais l'avertissement vise à dire que l'on ne peut rattacher l'auteur à un parti, une organisation ou une quelconque confrérie informelle parce que la situation serait plus compliquée. Par exemple, l'auteur prend la défense de la consommation de viande de chien et déclare qu'il est par ailleurs membre de la SPA et ami de végétaliens purs et durs. 3) Le disclaimer est le plus souvent une figure de style assez hypocrite et grotesque (parce que mal utilisée par les communicants) ; je viens d'écrire que je suis pour les OGM et ce n'est pas parce que je suis actionnaire de Monsanto que j'écris ça. Cela porte un nom : tartuferie.