mercredi, 28 mars 2007
Mal-inscription
Dans Libération, je trouve cette notion nouvelle :
A ce phénomène s'ajoute celui de la «mal-inscription», que pointe Benoît Verrier, un responsable du CAS : salariés en mobilité professionnelle, étudiants inscrits dans la commune des parents, personnes ayant déménagé, etc. «Dans la cité des Cosmonautes, à Saint-Denis, la "mal-inscription" représente 28 % des inscrits» , constatent deux chercheurs (2).
Le terme est intéressant d'abord sur le plan du langage : il s'inscrit dans la continuité de la malbouffe, de la mal-vie (inventée par Ben Jelloun), de la mal-langue (dont je ne suis pas l'auteur), de la mal-éducation, du mal-logement. Le préfixe mal- qui tend à se répandre est un symptôme de l'air du temps.
Je m'étais récemment insurgé chez Choubine à propos de la conclusion d'un article de Denise Bombardier. J'avais pointé ce phénomène et dit que derrière les chifrres de l'abstention, il y a des réalités diverses. Si vous déménagez après le 31 décembre, vous restez inscrit dans votre ancienne commune. On peut certes faire valoir le cas de force majeure, mais ce n'est valable que pour les fonctionnaires qui sont mutés : cela m'est arrivé au moment du traité de Maastricht. Si votre employeur est privé, vous pourrez toujours aller voir ailleurs. Dans le cas des travailleurs en mobilité professionnelle, les missions dans le bâtiment ou les contrats dans la restauration, pour les récoltes dans l'agro-alimentaire sont de durées très variables et surtout ne sont pas vraiment prévisibles avant le 31 décembre : un ouvrier qui se trouve sur le chantier d'une route ou d'un pont part six mois par exemple loin de sa famille, loge sur place, revient quand il peut, parce que les déplacements coûtent cher. Un chauffeur routier peut être bloqué loin de son domicile du fait de l'interdiction de circuler en fin de semaine. Cela touche avant tout des catégories pauvres de la population. Un étudiant peut se trouver à cinq cents kilomètres de la maison de ses parents, c'est le cas d'un de mes neveux. Un autre étudiant peut vivre à l'étranger, mais change souvent d'hébergement, ce qui est un cas fréquent en Grande-Bretagne à cause du prix des loyers. Pour établir une procuration, il faut encore se rendre à son domicile, connaître la procédure (qui a été simplifiée depuis), avoir une personne à qui confier son vote (et en fait il y a toujours eu une méfiance envers les votes non personnels). On ajoute à cela toutes les conséquences de la misère sociale : combien de personnes ne sont pas devenues des SDF au sens strict, mais sont hébergées par des amis, de la famille, dans un foyer, tout simplement parce qu'elles sont au châmage, en situation de divorce, en surendettement ?
J'avais dit alors que la domiciliation était un résidu du suffrage censitaire. Cela touche avant tout les catégories défavorisées de la population, mais on peut trouver encore plus défavorisé : les sans-domicile fixe ne peuvent tout simplement pas voter. Eux sont dans la non-inscription : radiés au fur et à mesure des listes électorales. Et même s'ils le voulaient, pourraient-ils se faire réinscrire avec une adresse fictive, une boîte aux lettres prêtée par une association, un centre d'hébergement ? Derrière la fiction du prétendu suffrage universel, il y a une réalité d'exclusion. Figurez-vous que lorsque la IIe République a institué ce suffrage universel (masculin en fait), tout le monde n'y avait pas droit. Dans les villages, les bûcherons, forgerons, gardiens de troupeaux, fromagers qui vivaient dans des écarts n'étaient tout simplement pas inscrits : leurs cahutes n'étaient pas considérées comme des maisons, elles n'avaient pas de numéro, pas de nom de rue, pas d'inscription sur le cadastre. Il faudra attendre la fin du Second Empire pour que ces gens soient considérés comme des citoyens à part entière. Les domestiques pendant un long moment de la IIIe République n'avaient pas le droit de vote : les chambres de bonne ou les remises n'étaient pas considérés comme des logements. Les ouvriers qui changeaient de meublé ou de foyer très souvent étaient aussi exclus, mais il ne leur était pas formellement interdit de voter à la différence des militaires (jusqu'à une date récente, on comptait la population militaire à part de la population civile). Ah si ! certains d'entre eux étaient astreints à avoir sur eux le passeport ouvrier qu'ils devaient présenter devant les autorités quand ils arrivaient dans une nouvelle localité, mais le passeport ouvrier interdisait de voter (une sorte de carte de séjour pour immigrés de l'intérieur)... Et on ne parle pas des camps-volants ou des ouvriers agricoles, cette réalité demeure. Le nomade est toujours l'intrus...
Alors que l'on déploie des trésors infinis de techniques et d'artifices juridiques pour dresser des fichiers de délinquants de tous ordres, pour croiser les fichiers sociaux, bancaires, fiscaux, judiciaires, pour sécuriser les papiers d'identité, pour tracer le parcours des individus, on est incapable de donner à ces mêmes individus les droits les plus élémentaires en donnant une carte électorale utilisable en tout lieu, sans avoir à se référer à un domicile permanent et principal. Entre les grands principes républicains réaffirmés et puis la réalité de la société, il existe un abîme. C'est bien beau d'accuser les Français d'aller pêcher à la ligne (le nombre de pêcheurs est en baisse constante depuis dix ans) ou de profiter du soleil lorsqu'on ne leur pas complètement les moyens d'exercer leurs droits, tout simplement parce que l'on est encore dans la logique du XIXe s. où il fallait disposer d'un logement sûr et stable, logique de propriétaires, continuation du suffrage censitaire, refus du nomadisme et en fait de tout ce qui est extérieur à son lopin de terre. Notre démocratie est incomplète, c'est ce que l'on appelle une démocratie formelle : on peut en respecter les formes extérieures, mais concrètement elle reste encore à construire, et je crains fort qu'elle ne prenne pas vraiment la bonne direction puisque ces mauvais citoyens sont plus fichés pour leurs rapports avec la police que pour leurs rapports avec le bureau de vote.
11:55 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (36) | Envoyer cette note | Tags : langue française, politique, culture, histoire, ps, royal, ségolène
samedi, 17 mars 2007
La présidentielle vue de Champignac
Cela fait un petit moment que l'on sait que Ségolène avait été champignacienne puisqu'elle a résidé dans ma charmante et riante bourgade entre 1957 et 1960 alors que son père, le colonel Royal, était instructeur à l'école d'artillerie. Elle était alors à l'école maternelle et en début d'école primaire. Mais il a fallu du temps pour que les journalistes de l'Oignon se réveillent alors que ceux du Point nous disaient déjà l'an dernier qu'elle s'était présentée toute seule à six ans devant la porte d'un curé de Champignac pour faire sa première communion. L'esprit de clocher a fini par l'emporter malgré tout sur l'esprit de l'escalier.
14:40 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : ségolène, royal, ségolène royal, ps
jeudi, 08 mars 2007
Femme, je n'écris pas ton nom
Juste une petite devinette pour cette journée du 8 mars : à votre avis quel est le seul candidat de l'élection présidentielle à avoir inscrit dans son programme le fait de revenir par la loi sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions et donc d'interdire les noms féminins ou l'emploi du simple article féminin ?
00:05 | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : politique, féminisme, langue française, ségolène, ps, royal, femme
dimanche, 28 janvier 2007
Nou ké cassé ça
Allons donc ! Encore une histoire de mots au sujet de Ségolène :
Le député de la Guadeloupe et secrétaire national du PS aux DOM-TOM, Victorin Lurel, s'est déclaré dimanche "scandalisé par l'exploitation éhontée, par l'UMP, de la traduction inexacte d'une expression créole", utilisée la veille par Ségolène Royal.
Ben oui... L'UMP n'allait pas manquer un prétexte de se livrer à son serial bashing. Il faut noter que les rédactions ont reçu avant la version UMP par une dépêche Reuters et c'est ce qui sera demain dans les journaux au mot près, parce que dans la presse régionale surtout on se contente de quelques copier-coller et on n'a plus le temps aussi tard de corriger quoi que ce soit...
22:25 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : créole, UMP, sarkozy, royal, PS, Jeunes populaires, ségolène
samedi, 27 janvier 2007
Bravitude (le retour)
Alain Rey en podcast vidéo, petit extrait sur le blogue collectif de Marianne :
Ce qui est formidable, c'est que les Français se mettent à sauter en l'air et se demandent d'où ça vient, qu'est-ce que ça veut dire, alors que tout le monde a compris.
Toujours aussi vif et modéré.
19:38 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : langue française, ump, ps, politique, royal, ségolène, socialiste
mercredi, 17 janvier 2007
Devine où je suis
Je me pose énormément de questions en lisant de telles affirmations et surtout en voyant l'origine :
Le Monde a pu écouter l'intégralité de ces débats par l'intermédiaire d'un membre du bureau national qui a spontanément appelé et laissé son téléphone portable ouvert pendant toute la réunion.
Est-il normal qu'un journal place sur écoute un parti politique même si un élu est à l'origine de cette écoute ? Est-il normal que ce journal présente l'origine de ce genre d'informations comme une chose normale et ordinaire ? Est-il normal de légitimer ainsi des tas de pratiques qui atteignent directement les citoyens ordinaires aussi dans leur vie professionnelle ? (Combien de fois ai-je dû demander à mes élèves de ne pas me photographier, ai-je dû déplorer l'emploi des portables qui avaient enregistré un moment de mes cours où on m'avait mis en difficulté sciemment afin que je bégaie ou que je me fâche ? J'ai dû me battre contre une classe qui utilisait les sonneries pour interrompre les cours et une autre qui provoquait des disputes afin de les enregistrer.) Dire qu'il est normal de laisser son téléphone portable ouvert dans un lieu où on vous fait confiance, c'est aussi ouvrir la porte à toutes les dérives dans l'Éducation nationale. Les conséquences sur la vie ordinaire sont considérables, on avait déjà la surveillance de la part de la hiérarchie, mais si maintenant on doit avoir celle de ses pairs ou de ses subordonnés, et que tout le monde trouve normal d'ouvrir sans le dire son portable afin de faire savoir ce que l'on dit à quelqu'un, mais comment arriverons-nous encore à parler demain ? C'est une honte que le Monde a commis en légitimant ce qui est encore un fait marginal et malheusement pas encore sanctionné. Et on parlera après des plombiers du Canard enchaîné ou du Watergate, mais c'est du même niveau, celui des espions bêtes qui ne voient pas les conséquences de leurs actes. Je croyais que l'espionnite et le fliquage à la Plénel (grand spécialiste du genre) étaient finis, mais non cela continue ! Et on se demande surtout si les auteurs réfléchissent un peu sur les conséquences concrètes dans les établissements scolaires. On ne peut pas adopter une position plus anti-républicaine. Je suis révolté par la méthode.
20:15 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (60) | Envoyer cette note | Tags : ps, politique, ségolène, presse, média, médias, journalisme
Sarre cause
J'ai vraiment peur pour la campagne du PS et de Ségolène si l'on commence à inviter et surtout à écouter Georges Sarre (malheureusement, l'imbécillité de naissance n'a jamais figuré parmi les motifs d'exclusion et elle ne figure pas parmi les refus d'alliance dans les statuts du parti) :
Au nom du MRC, Georges Sarre y va de son conseil : "Le rassemblement pour Sarkozy est meilleur que ce qu'il pouvait craindre
Il y a une chose que je ne comprends toujours pas : comment Chevènement, qui est quelqu'un d'intelligent, d'éloquent, de vif et de cultivé, quelqu'un que j'estime bien, a-t-il pu conserver un tel personnage dans son équipage et l'envoie-t-il comme son représentant ? Parce que si on commence à recenser les bourdes de Sarre, on n'a pas fini... Et quand je pense qu'on lui a trouvé une petite circonscription de fin de carrière, je me dis que les pauvres électeurs n'ont pas fini de rire...
13:58 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : ps, parti socialiste, langue française, ségolène
Buzzitude
J'avais fait part, dimanche, de ma surprise et de mon irritation à propos du bruit autour du mot bravitude et de ses conséquences dans les moteurs de recherche ou sur mon blogue. Je ne parlerai pas ici du mot et de sa signification, mais de ses résultats. J'avais obtenu un nombre inégalé de visites, la plupart du temps uniques, je me retrouvais soudain au niveau des prétendus barons de la blogosphère et mon petit blogue caracolait en première position si on tapait le mot de la candidate dans Google. Ce qui me déplaisait et ce qui me déplaît toujours dans l'histoire, ce n'est pas le fait d'être encore plus lu (je suis très heureux d'avoir des lecteurs), c'est d'être lu pour de mauvaises raisons, c'est d'être pris dans une sorte de référencement outrancier que je n'ai pas voulu, c'est de voir la croyance aveugle en Google qui pouvait encore grossir la bulle par une sorte d'effet mécanique. J'essaye d'être bien référencé (j'utilise les étiquettes H&F qui fonctionnent sur Technorati et Yahoo! ou je décris mes pages, je m'inscris à des annuaires choisis et pas n'importe lesquels) afin d'avoir des sources de lecture différentes, mais je ne veux pas être prisonnier d'un résultat obtenu par hasard.
1) Mes statistiques montrent que ce blogue est revenu à un niveau plus ordinaire de fréquentation, même si les chiffres restent dans la tranche supérieure de ce qui existait avant. La tendance est très nette depuis samedi. Je constate aussi une lente décrue de la mention du mot clé ou des mots associés. La courbe horaire tend également à rejoindre celles qui précédaient, même si les amplitudes sont faussées du fait du bruit.
2) L'arrêt du bruit dans les commentaires a eu comme résultat une descente du billet chez Google. 5e à présent pour les pages France, 8e en pages francophones, 9e en pages internationales. La descente est similaire chez Yahoo! où je suis monté à la 13e place au plus fort et où je suis descendu à la 23e, la décrue devrait continuer. Les sites qui sont à présent devant moi le sont pour de bonnes raisons : ils avaient déjà une plus forte audience, ils sont plus liés, ils sont plus souvent actualisés, ils utilisent des outils plus pertinents et surtout efficaces de référencement que le couteau suisse que m'accorde monsieur Hautetfort. Le bruit dans le commentaire avait comme résultat de faire réapparaître le mot clé dans la colonne des derniers commentaires publiés, de réactiver la page spécifique des commentaires du billet, et donc de conserver ce blogue en tête de Google alors que ce n'était pas le plus influent.
3) Ce que je disais au sujet du site anti-Ségolène qui avait utilisé le mot clé de bravitude s'est vérifié : il descend à la 23e place dans Google France en une nuit alors qu'il était en première position hier. Il est maintenant 34e dans Google Web. Il va aller encore plus bas. Cela ne sert strictement à rien d'utiliser les mots les plus recherchés sur le Ouaibe parce qu'il y aura toujours des gens plus futés que vous pour s'inscrire dans les bons outils de référencement et utiliser des étiquettes diversifiées. On obtient un petit effet pendant un jour ou deux en surfant sur le buzz et puis on disparaît. Et quand on sait que la majorité des internautes ne dépassent pas la première page de résultats, ne pensent aux options avancées et cliquent sur le premier résultat de cette page, ce n'est pas la peine de se dépenser en mots très recherchés.
4) Un résultat corollaire a été le changement de mon PageRank dans Google qui était de 5 pour le blogue et de 4 pour le site. C'est passé à 6 et 5. 6 est le niveau maximum des blogues qui ne sont pas dans une plateforme de journal national, la très grande majorité des blogues de ma plateforme n'arrive pas à plus de 4. L'augmentation du PageRank du blogue vient essentiellement du bruit engendré sur le blogue qui s'est retrouvé en premier pour un mot clé très recherché lors de la GoogleDance du 14 janvier (mais je vois que Fuligineuse sur la même plateforme est aussi passée à 6) et de la citation ou de la recherche des raffarinades pour le site, plus le fait que le blogue s'est retrouvé en première ligne. Je ne suis pas sûr que le pageRank soit un instrument pertinent de mesure, je pense même que ce n'en est pas un, mais il est observé par quelques personnes qui le fétichisent.
12:47 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, web, internet, google, bravitude, ségolène, ps
dimanche, 14 janvier 2007
Nipponnerie
Tiens, on dirait que MAM emploie les mots à contresens et en dépit du bon sens, des constructions grammaticales*. Ou alors le journaliste a mal compris (de toute façon la phrase est une bouillie syntaxique et logique). En tout cas, elle vient de se faire des amis au Japon...
Mme Royal aura beau maquillé en blanc, japonisant les vieilles idéologies, elles seront toujours aussi périmées.
* Cela se nomme un solécisme et il s'ajoute au mal-à-proprisme.
14:30 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : ump, jeunes pops, jeunes populaires, politique, sarkozy, ségolène, ps
Panurgitude
Samedi dernier, j'ai publié à 13 heures un court billet qui renvoyait à l'une des premières dépêches d'agence sur le voyage de Ségolène en Chine. Il n'y avait pratiquement rien dans ce billet, juste une remarque amusée en quatre mots et puis un titre avec le mot qui fait du bruit. J'ai été parmi les dix premiers blogueurs à en parler, il faudra attendre le soir et surtout le lendemain pour voir les barons de la blogosphère s'en emparer. Puis j'ai vu mes statistiques s'envoler. Je figure parmi les dix blogues les plus fréquentés de H&F-Spirit selon deux sondages Médiamétrie, mais si ce qui s'est passé lundi avait duré, j'aurais enfoncé la Boîte à images de monsieur KA et je commençais à figurer parmi les barons du Ouaibe.
Samedi : 546 visites, 1 883 pages vues. C'est une audience dans la moyenne habituelle, mais j'aurais dû me méfier : mon audience chute du vendredi soir au dimanche soir et c'était un peu trop élevé pour un samedi. La vidéo était en ligne dès l'après-midi, les journaux ouvriront des pages de discussion le lendemain, mais je vais constater des choses étonnantes.
Dimanche : 823 visites, 2 105 pages. Alors là, je me dis que quelque chose ne va pas. J'étais tombé à 300 visites pendant les fêtes, il y avait eu un petit regain à la rentrée, mais je n'avais jamais eu autant de lecteurs. Ensuite, le ratio visites-pages n'est pas normal, il est d'habitude de 1 à 4 ou 5. Ce sont des visites de gens qui viennent là par hasard et qui ne prennent pas la peine d'ouvrir d'autres billets. Je regarde les mots clés et on arrive à 14 % de requêtes avec bravitude, Ségolène, je vois que je suis dans les dix premiers résultats de Google avec bravitude, juste après Loïc Le Meur qui en avait parlé le samedi soir. Pas trop de quoi s'inquiéter, le soufflé retombera, il y a maintenant une centaine de blogues à en parler. C'est d'ailleurs le dimanche soir que l'on peut situer la réponse des blogues de gauche puisque l'essentiel de l'espace a été occupé avant par la droite, avec des propos insultants et une misogynie à peine masquée.
Lundi : 2 623 visites, 5 963 pages. Enfer et putréfaction ! Il y a eu 41 % de demandes sur Ségolène ou bravitude. Je suis deuxième sur Google cette fois, mais seulement treizième chez Yahoo! et bien derrière Laurent Gloaguen ou Le Meur. Comme quoi, Yahoo! est un peu plus fiable. Je constate qu'eBay a acheté le mot clé, que des noms de domaine en bravitude existent. Ah ! un tag (étiquette) bravitude apparaît chez H&F, mais sans grand succès. Je précise qu'une telle audience, c'est incroyable : un blogue fréquenté, médiatique, à plusieurs, sur des sujets de société, comme le BigBlangBlog de Daniel Schneidermann a de tels chiffres.
Mardi : 1 629 visites, 4 221 pages. On est à 51 % de requêtes sur bravitude. Je suis passé premier sur Google, toujours quinzième chez Yahoo! et on voit peu à peu disparaître les blogues qui en avait parlé en premier, il doit y avoir à peu près 300 blogues à en parler. C'est aussi le début du grand Wikipedia Show avec l'ajout du mot, puis le vote et le retrait. Je vais voir apparaître ensuite des demandes qui associent bravitude ou Ségolène à Wikipedia, mais ce sera toujours marginal de l'ordre de quelque pour cent.
Mercredi : 1 573 et 4 992. J'ai normalement deux jours de forte audience : le lundi car des gens rattrapent leurs lectures au travail et puis j'ai accumulé des billets pendant la fin de semaine, le mercredi à cause des perles du Canard enchaîné. Le nombre de pages vues montre qu'il ne s'agit plus de visites superficielles. On est à 65 % de requêtes, cela ne changera plus guère. Je vois que les discussions sont terminées chez les barons de la blogosphère alors que cela continue ici.
Jeudi : 1 194 et 3 024. On revient à des proportions plus raisonnables. Il y a toujours des neuneus qui viennent ici pour entretenir une polémique artificielle sur un sujet sans importance avec des arguments à l'emporte-pièce et une vision terriblement simpliste du langage. J'ai normalement un pic d'audience le soir en avant-Prime Time, mes lecteurs viennent entre 17 et 20 heures surtout (la proportion est de 1 à 2 ou 3 par rapport aux heures de la journée), or ici la courbe est étrangement lisse tout au long de la journée.
Vendredi : 1 176 et 3 427. Le vendredi, c'est le jour du jeu artistique et littéraire, je l'ai placé là pour remplir un peu le vide de la fin de semaine, mais en fait il ne suscite guère de réponses et ce sera surtout le samedi. C'est le bruit qui continue, on est à quelque chose comme 500 ou 600 blogues à parler de bravitude. Pourtant, des blogues avec un meilleur référencement que le mien comme celui de Jean Véronis ou des correcteurs du Monde.fr. en parlent. Quand on tente de dire que bravitude existait déjà dans l'univers de Tomb Raider, on n'est pas entendu parce que le bruit surnage et que l'on veut à tout prix faire valoir ses préjugés.
Samedi : 855 et 2 343. Je constate aussi ce dimanche matin que je suis repassé en deuxième position sur Google Web avec bravitude, mais je suis toujours premier pour les pages France. Il y a à présent plus de 800 blogues qui en parlent, Yahoo! dans sa chronique sur le buzz classe bravitude en deuxième position des requêtes de la semaine.
Je n'ai connu qu'une seule fois une telle hausse de l'audience, c'était en janvier dernier lorsque Garfieldd, le proviseur blogueur et homosexuel, avait été révoqué par l'Éducation nationale et que j'avais un peu pris part à l'affaire en dénonçant les dérapages verbaux de Libération. Mais il y a une grosse différence : je m'étais lié à d'autres blogues, j'avais écrit trois textes qui démontaient un peu les manipulations langagières, je répondais beaucoup sur les blogues des autres, il y avait une communauté unie autour d'une cause. En outre, je crois que la plupart de ces lecteurs sont restés ou bien reviennent de temps à autre. Là, rien de tel.
On a eu affaire à une semaine de campagne anti-Ségolène avec des tas de bruits répandus et aussitôt désamorcés au rythme de deux par journée. D'une certaine manière, il y a eu ici un dégât collatéral parce que des gens sont venus d'abord pour casser du socialo en utilisant un mot clé assez simple, oui exactement comme des petits casseurs de banlieue qui vont casser du bourge et qui les repèrent à leur tenue. Cela coïncide étrangement avec la résistible ascension d'Arturo Zy. D'un autre côté, je suis toujours étonné par la naïveté des gens qui ne font confiance qu'à Google et qui ne dépassent pas la première page de résultats, qui cliquent seulement sur le premier site de la première page. Il y a là un aspect irrationnel qui me dépasse.
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mercredi, 10 janvier 2007
Verba nova
Novus puer Romanus est Harrius, sic ut verba nova reperiat: mystax fruticosus; perspecilla rotunda; autocineta; ludus Caledonicus; caligae aqua impenetralibes. felicitatem verborum curiosam novorum proponit.
Ces lignes ont été publiées vendredi dans le très sérieux et conservateur Times de Londres. Il s'agit d'une critique ou plutôt d'un éloge d'Harry Potter et j'en ai extrait la partie qui fourmille de néologismes. On est moins coincés pour les novelletés langagières au pays de Lewis Carroll et d'Edward Lear que dans celui de Vaugelas et d'Abel Hermant, on y hurle moins contre le premier néologisme qualifié aussitôt de barbarisme puisque ce n'est pas dans LE dictionnaire, même si on aurait un peu trop tendance à tout accepter sans faire le tri. Il faut dire qu'une traduction en latin du premier volume avait été déjà faite par un professeur anglais, mais les Britanniques sont vraiment des gens étranges... Je n'apprécie guère les livres de J. K. Rowling avec leur morale blairo-thatcherienne, leurs relents racistes ou contre les classes inférieures, leur style d'une platitude infinie par rapport à d'autres livres pour enfants, mais enfin... ce genre d'article ne peut guère se trouver que dans la presse britannique. Petite précision : ceux qui auraient du mal à comprendre le latin peuvent cliquer en bas ou sur ce lien pour obtenir une autre version, mais cette fois en anglais. Et pour être en règle, j'indique que j'ai trouvé l'information sur le Portique de Robin Delisle, infatigable animateur de forums, de listes sur les langues anciennes. Cela dit, abracadabra et hocus pocus, ce n'est pas si ancien que ça et pas si latin...
13:10 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : latin, anglais, langue française, harry potter, ségolène, néologisme, bravitude
lundi, 08 janvier 2007
Du pouvoir des mots clés
Je tiens à remercier Ségolène. Hier, je n'ai strictement rien écrit et figurez-vous que le nombre de visites a doublé par rapport à la moyenne habituelle ! Comment puis-je avoir accompli cet exploit ? En écrivant une note de trois mots et un lien, trois fois rien. J'ai constaté qu'environ 14 % des visiteurs de ce mois étaient venus en tapant dans un moteur de recherche soit bravitude, soit bravitude et Ségolène, soit néologisme. Et cela s'est passé durant la seule journée de dimanche. Il y a des raisons à ça : 1) j'ai été un des tout premiers blogueurs à en parler samedi et fatalement le Petit Champignacien arrivait dans les premières occurrences des moteurs de recherche ; 2) le titre était constitué du mot clé, sans même un article devant, ce qui augmentait son référencement. Ensuite, pourquoi dimanche et non samedi ? Parce qu'il y a eu une sorte d'emballement dans la blogosphère et les forums, on est passé à 147 billets sur Blogsearch, 231 sur Technorati. Quand on regarde le fond, ce n'est pas brillant : le néologisme est d'abord un prétexte pour écrire des notes ou des commentaires anti-Ségolène, avec des arguments insultants, en inventant des injures qui finissent en -itude. Le mot est monté en épingle, mais le propos est ailleurs.
Cela dit, la bravitude a cristallisé toute l'attention, alors qu'il y a eu d'autres innovations lexicales de Ségolène en Chine et elles sont plus intéressantes : elle parle des droits humains et des droits individuels. Par droits humains, elle n'entend pas seulement les droits de l'homme (ce qui se traduit par human rights en anglais), mais les avancées sociales, environnementales. Cela permet d'éluder l'expression qui fâche les dirigeants chinois, les droits de l'homme et du citoyen, tout en y faisant allusion. Mais les droits individuels, qu'est-ce sinon les droits de la personne que l'on aura complété de quelques autres ? Dans les deux cas, on a affaire à des constructions adjectivales qui répondent aux constructions traditionnelles, mais qui n'ont pas tout à fait le même sens : le contenu de ces droits dépend du discours qui les explique et les développe. Or ces déplacements sémantiques me paraissent plus représentatifs de la démarche de Ségolène.
11:05 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ps, ségolène, politique, langue française, lexique
samedi, 06 janvier 2007
Complément circonstanciel de tenue
Je ne sais pas très bien, mais je crois que nous assistons à la naissance d'une nouvelle catégorie grammaticale : le complément circonstanciel de tenue qui précise l'énonciation. Un exemple récent :
Elle [Ségolène] s'est refusée à voir dans le passage sur ces lieux de François Mitterrand en février 1981, avant son élection à la présidence de la République, un heureux présage. »Je ne sais pas si l'histoire se répète mais c'est un beau symbole, le symbole du temps, de l'effort sur la longue distance», a-t-elle affirmé, vêtue d'un long manteau blanc en nylon et coiffée d'un châle assorti.
Quel rapport entre le fait d'affirmer telle chose et puis la couleur ou la matière de la tenue ? Je me le demande... On l'a suffisamment remarqué déjà dans la blogosphère (que ce soit chez Birenbaum, Schneidermann, Véronis, Hertogue ou Barbier), mais les mentions du tailleur, de la jupe ou ici du manteau blanc de Ségolène, cela vient toujours par incidence et comme si c'était le détail essentiel. Mais là... je me demande si en fait il n'y avait pas une association inconsciente entre le fait de tenir tels propos et puis le fait d'être habillée tout de blanc, comme si le manteau blanc n'était pas le centre de la parole et le registre de ce discours, comme si en fait on connotait immédiatement les mots par le costume. Mais pourquoi bon Dieu se focalise-t-on sur les tenues blanches de Ségolène et surtout pourquoi les introduit-on systématiquement après une phrase qu'elle a prononcée ? J'imagine une prochaine dépêche d'agence :
Paris (AFP). Je suis heureuse de faire la connaissance des canards de l'Élysée et que le président Jacques Chirac me les ait présentés chacun par leur prénom afin que je puisse m'occuper sérieusement d'eux, je m'engage sérieusement à leur permettre de mieux vivre ensemble et avec nous dans un avenir participatif que nous allons construire tous ensemble, a reconnu la candidate chaussée de bottes blanches pour l'occasion.
22:47 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : langue française, ps, ségolène, politique
Bravitude
Ségolène raffarine en Chine.
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samedi, 16 décembre 2006
Déclinaison des slogans politiques
J'avais écrit il y a une semaine une petite typologie des slogans électoraux. Les événements de cette semaine permettent une remise à jour. Je n'ai pas grand-chose à rajouter aux propos de Jean Véronis sur le dernier slogan ségolénien, il a bien mis en valeur les deux aspects essentiels :
a) L'antithèse avec la rupture tranquille de Sarkozy.
b) L'emploi un peu turbulent et faussement incorrect de l'adverbe fort qui fait croire à du parler djeunz alors que cela s'inscrit dans des structures verbales anciennes. Cette forme fait parler et elle agit donc.
Je ne peux qu'ajouter des précisions.
a) Ce n'est pas un slogan de la candidate, mais du Parti socialiste. Cependant, elle a demandé d'ajouter fort à la fin, exactement comme Sarkozy a ajouté tranquille. L'effet est cependant très différent dans les deux cas, l'ajout de tranquille a été négatif car il soulignait trop les contradictions et les prises de position préalables de Sarkozy (on ne peut rassurer après avoir inquiété).
b) Ce slogan est une des parties d'une campagne qui sera en kit. Il y aura plusieurs slogans modulables selon les moments, les lieux, les publics. On est alors plus dans la tactique que dans la stratégie, mais il faut se dire que ce ne sera pas une campagne monolithique. D'un point de vue com', c'est très intéressant car cela amplifie ce qui est déjà présent dans de nombreuses campagnes commerciales et ce qui était déjà sous-jacent dans les campagnes précédentes de Mitterrand et Chirac.
c) Il s'agit en fait de la reprise du slogan du PS entre la rupture de l'union de la gauche et la candidature de Mitterrand : Changer la vie. Le mot d'ordre rimbaldien avait été déjà repris par Breton pour qui l'exigence de Rimbaud et celle de Marx (transformer le monde) ne faisaient qu'un. Le Rimbe n'était pas trop la tasse de thé de Tonton qui préférait Lamartine ou Mallarmé, mais enfin... il se pliait aux figures imposées de son époque.
d) La candidate aurait pu demander que l'on ajoute vraiment, réellement, dans la vie, dans les faits. Cependant, cela aurait souligné un peu trop la filiation ancienne, surtout avec le mot vie. Mais de manière implicite le mot est contenu.
Un autre candidat emploie le mot force. D'autres l'avaient fait avant : Chevènement et Le Pen. Il s'agit de Bayrou qui a lancé son slogan : la France de toutes nos forces. Je trouve que son entrée en campagne est un modèle de tradition : il place d'abord ce slogan au milieu de son discours de candidature le 2 décembre dans son Béarn. La phrase ne se remarque pas trop et elle est noyée dans la continuité du texte. Il développe et explique ensuite lors de son premier métingue ce qu'il a voulu dire. Il montre alors l'amphibologie. Il reste encore à décliner le slogan en détaillant son contenu. C'est une stratégie archi-rodée, mais il n'y a rien à redire sur la forme et on est loin du bricolage creux de 2002 avec la relève.
a) Le slogan inclut le destinataire par la mention de la France et l'emploi du possessif nos.
b) Le slogan est polysémique puisque le mot force peut s'entendre à la fois comme le cœur, l'énergie, la volonté, l'amour que l'on apporte à son pays et puis comme l'union des forces de droite, de gauche et du centre. Cela correspond exactement au discours du candidat qui se veut rassembleur. On est encore dans la déclinaison de la Force tranquille, mais avec la modification notable en pluriel. Je trouve cela très malin.
Est-ce que ce slogan marchera ? Je pense que oui. Il n'y a pas de décalage avec le propos ou le locuteur, pas d'impasse sémantique, c'est déclinable, on peut développer, cela s'inscrit dans la tradition des slogans déjà vus avec une différence qui est signifiante. Néanmoins, c'est un peu étrange de voir tant de candidats parler de force. Comme si le candidat Sarkozy avait imposé ce thème qu'il tente maintenant de faire disparaître.
12:26 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, ump, politique, udf, ps, bayrou, ségolène


