jeudi, 04 février 2010

Как ухаживать русский

Le titre est en russe, mais je ne garantis pas son exactitude vu mon ignorance presque totale de la langue de Pouchkine (mis à part quelques mots courants et des notions grammaticales ou phonétiques assez générales). Il signifie Comment paraître russe. Il aurait pu aussi bien s'intituler Comment paraître grec, arabe, chinois, etc. C'est pas compliqué - comme on dit dans les émissions de vulgarisation. Il suffit de prendre quelques caractères en alphabet cyrillique et de les appliquer dans un énoncé rédigé en français. C'est ce qui se passe pour l'affiche du film Une exécution ordinaire.

une_execution_ordinaire.jpg Vous remarquerez qu'un seul caractère est inversé. Le n qui devient ici la voyelle i ou iže (иже). Elle provient du êta grec que l'on écrit H en capitale et η en bas de casse. Elle se prononçait ê long en grec ancien, puis elle est devenue i comme le iota. Elle a donné naissance à notre H latin, d'abord en capitale. On ne retrouve pas cette inversion dans la couverture du roman de Marc Dugain dont est tiré le film. Ce qui est fascinant dans cette affiche de film, c'est de retrouver tous les clichés au sujet de la Russie éternelle. L'étoile rouge. Le portrait de Staline qui domine les héros sur un mur grisâtre en brique. Le fond de paysage avec le Kremlin. Une police de caractère très stricte et sans empattement, de type Arial (on ne badine pas dans les régimes totalitaires). Et bien entendu, la fameuse lettre inversée parce que c'est la plus facile à utiliser pour faire russe (il y aurait bien eu aussi le b russe, mais il n'y a pas de b dans le titre). Si vous voulez faire grec, il faut vous rabattre plutôt sur le sigma ou l'epsilon, parce que l'on aura pas de n inversé (en fait de h ou de i).

On a affaire là à un truc de graphiste qui se retrouve fréquemment dans les affiches publicitaires, de films ou la bande dessinée. C'est une vieille astuce, lorsqu'Uderzo doit faire parler des Normands, il utilise des o barrés et des a avec rond en chef comme en danois, lorsqu'il fait parler ses Goths c'est en alphabet dit gothique, la Fraktür. On est alors dans l'exotisme déjà connu. Mais ce qui est particulier dans le cas des Russes ou des Soviétiques, c'est que l'on utilise presque systématique le n inversé. Comme si ce monde était l'inverse du nôtre. Un univers où tout serait vu comme dans un miroir par ce minuscule détail. 

mercredi, 11 juin 2008

Ubu II et l'alphabet cyrillique

On change apparemment de tsar et le nationalisme idiot ne diminue pas :

Le président russe Dmitri Medvedev a milité mercredi pour l'attribution à la Russie d'un nom de domaine internet en alphabet cyrillique afin de promouvoir la langue russe dans le monde.

Ce sera surtout plus facile à écrire sur des claviers cyrilliques, mais ce ne sera pas plus visible pour ceux qui disposent des divers claviers latins et qui ne sont pas passés à UTF-8.

Les noms de domaine en cyrillique, cela existait déjà, sauf pour le nom des extensions (comme .ru ou .su) dont l'attribution dépend directement de l'ICANN.

Selon des experts du secteur, Moscou souhaiterait se voir attribuer le suffixe .rf -- pour Fédération de Russie --, mais écrit en alphabet cyrillique.

Ce qui donnerai .рѳ. On fait surtout la promotion du cyrillique comme élément fédérateur d'une république où une large minorité non russe ne voulait plus employer cet alphabet et où on le lui a imposé par la loi. Le but est en fait de politique intérieure : décourager les locuteurs des langues minoritaires ou de la langue russe d'employer les caractères de l'étranger, puis les rendre moins visibles en Russie même s'ils continuent à employer des noms de domaine en alphabet latin.  

lundi, 28 janvier 2008

Pensez comme nous !

Mais qu'est-ce donc que ces Russes qui s'obstinent à vouloir lire et écrire en cyrillique alors que le monde doit devenir global en alphabet latin sous sa forme anglaise ?

Especially when you consider that iPod touch still doesn’t have a proper Russian localization (which is illegal here in Russia, by the way). And MacBook Air, as journalists were told at the press-conference, won’t have Russian letters on the keyboard - that’s illegal in Russia too.

Pensez différemment ! Mouais... 

mardi, 04 septembre 2007

Phrases interdites

Quand un maire russe légifère sur les mots à ne pas dire. Dire je ne sais pas équivaut à un bannissement. 

lundi, 03 septembre 2007

L'échelle

Maroussia : Danse, mère,

A tout casser !

C'est le grand jour

De l'isba !

 

Le faucon prend femme,

La femme, c'est moi.

 

La mère : Le sais-tu d'où il vient ?

 

Maroussia : Ses deux yeux, tout mon bien !

 

La mère : Le sais-tu d'où il sort ?

 

Maroussia : Un seul coeur, un seul corps !

 

La mère : Tes sens sont avides,

Ton coeur est aveugle.

Noue-lui, fillette,

Un fil à la ceinture.

Ma parole est d'or,

Mon vieux coeur voit clair.

Coeur tiens-toi coi,

Pelote, dévide-toi.

 

Marina Tsvetaïeva 

dimanche, 02 septembre 2007

Accordailles

Fin de terre,

Fin de ciel,

Fin de village.

Tombé le chêne, le village fleurit.

A veuve soucieuse,

Fillette rieuse

Quand elle va à la fontaine

Les cloches sonnent, les gars se battent

Ses joues sont rouges, sa bouche est rouge

A faire frémir la Trinité.

 

- Laissez-moi aller, ma mère,

Aller avec mes amies

Filer le lin tendre,

Dépenser un peu ma belle santé,

Dégourdir un peu mon sang endormi

Travailler un peu

Et sauter beaucoup.

- Va, va, fillette ! 

La jeunesse n'a qu'un temps

 

Oh les tresses

Les épaisses plus lisses que leurs rubans

Longue la mienne,

Longue la tienne,

Et la sienne : de trois aunes !

 

Marina Tsvetaïeva 

 

   

lundi, 27 août 2007

Rusglish

Les écrivains russes utilisent largement ce «newspeak» jusque dans les titres de leurs romans, comme «Casual» de Oksana Robski ou «Doukhless» -- combinant doukh («esprit» en russe) et less («sans» en anglais) -- de Sergueï Minaev.

 Ce n'est pas original et il fallait s'en douter.

mercredi, 11 juillet 2007

Ma vie d'enfant

Près de la fenêtre, dans une petite pièce obscure, mon père, tout de blanc vêtu et extraordinairement long, est couché sur le sol. Les doigts de ses pieds nus, animés d'un mouvement bizarre, s'écartent l'un de l'autre spasmodisquement tandis que les phalanges caressantes de ses mains posées avec résignation sur sa poitrine restent obstinément contractées. Le regard joyeux de ses yeux clairs s'est éteint, le visage si bon d'ordinaire apparaît morne et la saillie de ses dents entre les machoires distendues emplit mon coeur d'un vague effroi.

Maxime Gorki 

jeudi, 28 juin 2007

La légende de Novgorod

Un faux Cendrars révélé par des détails comme :

Intriguée par la police de caractères dans laquelle est écrit le titre sur la première page, la chercheuse reconnaît une police de caractères cyrilliques pour ordinateurs, dite Izhitsa. Créée en 1988, elle était dans les années 1990 la seule police de caractères informatique à large diffusion capable de transcrire les caractères russes disparus après 1917. Vérifiant cette hypothèse à l'aide d'un ordinateur, Oxana Khlopina reproduit à l'identique la page du titre retrouvé en Bulgarie. Mais il ne peut s'agir d'une simple coïncidence s'agissant d'une version légèrement retouchée, agrandie dans sa hauteur et réduite dans sa largeur. Si bien que la date d'impression ne peut pas être 1907, comme l'analyse linguistique l'avait déjà démontré. Elle est même postérieure à 1988.

 

 

lundi, 11 juin 2007

Sur la mort de T. S. Eliot (3)

Ôte, Apollon, ta couronne,

pose-la aux pieds d'Eliot :

dans ce monde fait de corps,

borne d'immortalité.

 

La forêt se rappellera

la lyre et le bruit des pas.

Ne restera en mémoire

que ce qui niera la mort.

 

Se souviendront monts et vallées,

Et même Eole et les nuées.

Se souviendra et l'herbe grasse,

comme voulait le vieil Horace.

 

T. S., des chèvres n'aie pas peur !

La moisson n'est pas un malheur.

Si le granit ne le peut pas

la dent-de-lion se souviendra !

 

C'est ainsi que l'amour passe,

À jamais la nuit l'efface.

Les cris, les mots s'interrompent,

il vit toujours, bien qu'il s'estompe.

 

Tu nous as quittés. Mais nous autres

appelons royaume des ombres

ce pays qui nous est caché.

Notre jalousie a parlé.

 

Se souviendront monts et prairies.

Se souviendra tout ce qui vit.

Le monde, ce corps n'est pas vide !

Il se rappelle mains et lèvres.

 

Joseph Brodsky

vendredi, 08 juin 2007

Sur la mort de T. S. Eliot (2)

Mages où êtes-vous qui lisez les visages?

Venez, venez tenir cette auréole.

Deux figures de deuil prient les yeux au sol

et chantent. Si semblables leurs thrènes !

Deux vierges, mais sont-elles des vierges ?

C'est la douleur, non le désir qui dit le sexe.

L'une, profil perdu, est pareille à

Adam. Mais sa coiffure est d'Ève.

 

Penchant leurs faces somnolantes

l'Amérique où il vint au monde, et

et l'Angleterre où il mourut, dolentes

se tiennent des deux côtés de sa tombe.

Les nuages au ciel vont comme des navires.

 

Mais chaque tombe est le bout de la terre...

 

Joseph Brodsky

 

jeudi, 07 juin 2007

Sur la mort de T. S. Eliot

Il est mort au début de l'année, en janvier.

Sous les lampes dehors le gel faisait le guet.

La nature n'eut pas le temps de lui montrer

de son corps de ballet la pompe souveraine.

Les vitres sous la neige devenaient plus petites.

Sous les lampes guettait le héraut des gelées

Les flaques se figeaient en glace aux carrefours.

Sur sa porte il riva la chaîne des ans morts.

 

Les muses ne sont pas menacées de ruine,

de jour elles sont riches. Encore qu'orpheline,

la poésie est le lieu consacré où voisinent

les recommencements de la fuite des jours.

Nageant dans la prunelle ou courant dans les veines,

elle a pour seule amie la nymphe éolienne,

tel Narcisse amoureux. Mais elle est moins lointaine

dans le calendrier des rimes de nos jours.

 

Sans grimaces de haine ou intentions mauvaises

dans le Grand Catalogue et toutes ses richesses,

la mort ne choisit pas du verbe les promesses,

elle fixe toujours son choix sur le chanteur.

Des champs et des guérets elle ne sait que faire,

et ni de la splendeur vibrante de la mer.

Sa générosité se satisfait d'une aire

étroite et limitée, où entasser les cœurs.

 

Joseph Brodsky 

 

vendredi, 11 mai 2007

La pierre (4)

Les feuilles au souffle confus,

Le vent noir les fait frissonner

Et l'hirondelle frémissante

Trace un cercle dans le ciel sombre.

 

La ténèbre qui s'épaissit

Discute en mon cœur doucement

(Mon tendre cœur agonisant)

Avec le rayon qui s'éteint.

 

Sur la forêt qu'enveloppe le soir

Paraît une lune de cuivre,

Mais pourquoi si peu de musique

Et tellement de silence ?

 

Ossip Mandelstam 

 

jeudi, 10 mai 2007

La pierre (3)

Je n'ai pas su, dans le brouillard, saisir

Ton image douloureuse et fragile.

« Seigneur ! » ai-je dit par erreur,

Sans vouloir prononcer ce mot.

 

Le nom divin, comme un oiseau immense,

S'est échappé de ma poitrine.

Devant moi les volutes d'un brouillard épais,

Et derrière moi une cage vide.

 

 Ossip Mandelstam 

mercredi, 09 mai 2007

La pierre (2)

La démarche des chevaux est si lente

Et la flamme des lanternes si pauvre !

Où me conduit-on, je me le demande,

Ces inconnus, probablement, le savent.

 

Je m'abandonne à leur sollicitude,

Le froid me gagne, et aussi le sommeil ;

Dans un tournant un cahot m'a jeté 

Le rayon d'une étoile en plein front.

 

De la tête en feu le balancement

La glace tendre de doigts inconnus,

Et les sombres sapins, leurs silhouettes

De mon regard encore inaperçues.

 

Ossip Mandelstam 

 

mardi, 08 mai 2007

La pierre (1)

Une tristesse inexprimable

A ouvert deux yeux immenses.

Le vase de fleurs s'éveillant

Nous éclabousse de cristal.

 

Toute la chambre est imprégnée

De langueur — délicieux remède !

Penser qu'un si petit royaume

A englouti tant de sommeil.

 

Il n'y a qu'un peu de vin rouge

Et qu'un peu de soleil de mai —

La blancheur des doigts les plus fins

Émiette le mince biscuit.

 

Ossip Mandelstam 

samedi, 24 mars 2007

Le verbe

Les tombeaux, les momies et les os se taisent, —

Seule la parole a reçu la vie :

Du fond de l'antique ténèbre, dans le cimetière universel,

Seules parlent les Écritures.

 

Et toute notre possession est là !

Sachez donc le préserver

Selon vos forces, aux jours de haine et de souffrance,

Notre don immortel, le verbe.

 

Ivan Bounine 

dimanche, 28 janvier 2007

Le russe est la première langue

Ce qui est formidable avec certains classements, c'est de voir parfois les attendus. On peut se dire premier sur le segment des CSP+, des ménagères de moins de 50 ans, chez les 10-15 ans, chez les éleveurs de chèvres du Larzac, etc. Généralement, les campagnes de publicité mettent en avant le fait que la société Truc est première et la précision sur les raisons de cette place intervient en petits caractères (chez les Auvergnates rousses, caissières de supermarché, de 20-25 ans, selon une étude Sofpipométrie). Pour Expolangues qui se tient actuellement, on a fait encore plus fort en jouant sur le sens de premier. Chaque année, une langue enseignée en France est invitée, c'est le tour du russe. J'apprends ainsi : « le Russe [sic] la première langue de communication dans l'espace » ! Tel que... Il y aurait plus de satellites de communication russes, les télévisions et radios par satellites seraient occupées par des canaux  d'abord en russe, les téléphones satellitaires, les radioguidages passeraient presque tous par la langue russe ? Que nenni. Le russe a simplement été la première langue à avoir été parlée dans l'espace ! La première dans le temps et non par son importance.