mardi, 26 février 2008

Le tabou de l'anglais

De l'excellent blogue de Jean Quatremer :

Valérie Pécresse, la ministre chargée de l’enseignement supérieur et de la recherche (photo:JQ), veut rendre obligatoire l’enseignement de l’anglais pour tous en France : « je veux rompre le tabou de l’anglais », a-t-elle expliqué, tout à l’heure, à Bruxelles. 

Est-ce que madame Pécresse a songé que 97 % des écoliers français étudient ou auront étudié l'anglais ? Les quelques élèves qui auront échappé à l'anglais en première langue vivante l'auront presque fatalement en seconde langue ! La part de l'allemand comme première langue s'est réduite comme peau de chagrin et ne survit plus que par des classes bi-langues la plupart du temps. Les 3 % de collégiens et de lycéens qui ne sauraient pas dix mots d'anglais pour ne l'avoir jamais étudié constituent-ils un enjeu aussi important ? Je me souviens d'une élève (assez brillante) qui avait totalement refusé de faire de l'anglais alors que le chef d'établissement la harcelait et qui avait opté pour un parcours assez original allemand-italien-latin-grec, elle n'est pas forcément défavorisée aujourd'hui par rapport à ceux qui ont fait de l'anglais parce qu'il faut faire de l'anglais obligatoirement. Est-ce qu'il n'est pas aussi nécessaire que d'autres langues vivantes et vernaculaires restent enseignées ? La plupart des élèves en situation d'échec scolaire grave n'auront eu en tout et pour tout que l'enseignement de l'anglais comme autre langue, alors qu'ils maîtrisent souvent à grand-peine le français - quand ils arrivent à peu près à formuler leurs idées de manière un peu cohérente et avec des mots dotés d'un sens, ce qui n'est pas donné à tous. La plupart des professions n'exigent aucune autre compétence de langue que la maîtrise de la langue du pays et on aura toujours besoin de manutentionnaires ou de balayeurs qui n'auront pas besoin de prendre leurs ordres en anglais. Prétendre "rompre le tabou", alors que l'on ne fait que conforter ce qui est depuis longtemps la pensée unique des décideurs économiques, c'est un peu se moquer du monde : il n'y a pas de tabou de l'anglais en France, quasiment tous les parents veulent que leur enfant fasse de l'anglais, il n'est même plus nécessaire d'inscrire l'anglais comme matière obligatoire dans les programmes, presque tous les parents se sont asservis volontairement. Rompre le tabou de l'arabe, cela aurait peut-être une autre portée et un sens plus fort, plus généreux. Mais le tabou de l'anglais ? Comme s'il n'y avait pas déjà des universités françaises qui donnent des cours en anglais, qui publient les travaux de recherche en anglais seulement ou qui exigent un stage obligatoirement dans un pays anglophone ! C'est une drôle d'inversion des situations. Où est le tabou quand cette langue est déjà hégémonique et qu'elle chasse les autres ? Ce qui est tabou, c'est de dire qu'il existe une idéologie et une propagande pour imposer l'anglais comme autre langue des pays non anglophones, voire comme la nouvelle langue du pays. La colonisation commence ainsi.

lundi, 25 février 2008

Lasérisé et scannérisé

Nadine Morano ne fait pas du tout partie des intellectuels de l'UMP, loin de là. Il ne faut pas lui demander d'inventer l'eau tiède. Mais ses propos deviennent de plus en plus sybillins (ce qui nous change de sa grossièreté habituelle) :

Nicolas Sarkozy "est victime d'un lynchage personnel", a estimé Nadine Morano, selon qui le chef de l'État a dit être "lasérisé et scannérisé".

Quand on lynche quelqu'un, c'est forcément personnel, chère Nadine. On n'amène en général le goudron, les plumes et la corde que pour des personnes bien précises et pas pour d'autres. Mais qu'est-ce que notre immense président a voulu dire par lasérisé et scannérisé ? Est-ce pire que tazerisé ou kärcherisé (néologismes apparus sous l'ère de notre glorieux président) ?

dimanche, 24 février 2008

Et alors ?

Je me demande pourquoi l'on ne reprend pas le alors présidentiel.

Comme ici

Ou

Ou encore

Et puis

Et encore (je ne me lasserai jamais de prendre mes potes en faute même légère). 

Casse-toi, alors, pauvre con, cela peut se concevoir dans un échange verbal. Le alors joue alors un rôle interjectif et il marque une rupture dans le ton. On a aussi un lien causal, sous-entendu : c'est parce que tu t'es mal comporté que tu dois te casser.

Alors que la phrase casse-toi, pauvre con établit une équivalence entre le fait de se casser et le fait d'être un pauvre con. Plus de causalité. On est dans l'action brute, sans aucune origine. L'arbitraire absolu, alors que le sarkozysme a des sources.

Moi, qui ne suis pas du tout sarkozyste (loin de là), je me demande pourquoi on préfère la version sans interjection et je pense que c'est parce qu'elle permet une plus forte identification des allocutaires à ce discours : ce pauvre con est alors moi indépendamment de la situation d'énonciation et il n'est plus pris dans un échange verbal musclé. Cette forme de détextualisation est un trait du sarkozysme, je me demande s'il est pertinent d'employer les mêmes méthodes que celui-ci. 

Ce alors en dit plus que tout le reste.

Paroles du titre

jeudi, 14 février 2008

Toccade

Il y a de gros problèmes sémantiques à l'UMP. Panafieu traite Delanoë de tocard.

"C'est une insulte, tocard ?", a tenté ensuite de se justifier la candidate UMP dans une vidéo sur LCI.fr. "Honnêtement, tocard est plutôt sympa", dit-elle, filmée en toute décontraction à la table d'un café. 

Cela rappelle les explications emberlificotées de Devedjian qui s'imaginait que le salope qualifiant à Anne-Marie Comparini n'était pas injurieux, mais admiratif. Tocard n'est pas grossier, mais néanmoins les synonymes sont tous péjoratifs et les sens sont tous négatifs. Les mots ont un sens ! comme le croyait notre merveilleux président qui ne s'était pas interrogé sur le sens du mot monarchie.

mardi, 12 février 2008

Fais-moi mal, Nico !

Le métier de mon mari est un coup de poing.

Il y a surtout des baffes qui se perdent pour de tels propos... Comment peut-on être aussi bête pour dire une telle chose à la presse en sachant que ce sera reproduit tel quel et que cela intervient au plus mauvais moment pour l'actuelle majorité ?

La famille Addams ou Simpson est au pouvoir ! Décomplexée...

Ah ! cela change de Tante Yvonne, mais je vais bientôt trouver des qualités à cette défunte dame tellement la sottise du nouveau régime devient éclatante. 

Titre adapté de cette chanson, chantée par une chanteuse qui avait elle du ventre et des poumons, et qui était écrite par quelqu'un de plus inspiré que le sinistre sieur Guaino.  

Pauvre Hugo ! (bis)

J'aime les traditions multiséculaires :

C'est une première : depuis François Mitterrand, les présidents en exercice ne déposent pas plainte contre un organe de presse.

Oh ! François Mitterrand remonte certes à la plus haute Antiquité, comme aurait écrit Vialatte, mais il ne me semble pas qu'il existe beaucoup de successeurs entre Lui et puis le mirifique président. 

J'apprécie aussi le sel de cette déclaration de l'avocat commis au SMS :

Pour M. Herzog, "c'est aussi la première fois que l'on traite aussi mal un président en exercice"

Ah bon ?

vendredi, 08 février 2008

Question de ponctuation

Trop médiatisée, la vie privée de Sarkozy ?

quelle question ! :  60,68%
quelle question !? :  23,31%
quelle question ? :  16,01%
 
Sur le site permanent du Nouvel Obs. Il manque des variantes comme quelle question... qui aurait ma préférence...

jeudi, 07 février 2008

Le gaullisme au petit réchaud

L'orthographe n'a jamais été un des soucis premiers de l'UMP champignacienne, malgré les prétentions de son maire, et cela se vérifie de manière simple (sans parler de l'usage délirant des capitales dans les autres billets). Quand j'ai appris le nom de la suppléante pour la cantonale, je me suis dit aussitôt : illettrisme en vue ! Bingo ! Résumons : les blogues de l'opposition comme de la majorité champignaciennes sont catastrophiques pour des raisons différentes, souvent techniques ou liées à des gadgets imbéciles, ici c'est l'orthographe la plus élémentaire qui fait défaut dans les titres. Le slogan "J'aime le 3ème canton" est même faux d'un point de vue orthotypographique. Et bien entendu ces fervents partisans du grand pontife qui vaticine, promulgue et édicte au Conseil supérieur de la langue française écrivent ou plutôt copient : "Enter your email and Slide.com will notify you when this user posts new pics". Ah ! comme c'est beau la défense de la langue française à géométrie variable et le gaullisme à la petite semaine fait sur son petit réchaud dans son petit rabicoin.

mardi, 05 février 2008

Buzz : nouveau mot judiciaire ?

Il y aurait une sorte de rupture lexicale dans la décision de l'affaire Ryanair :

La vraie innovation est ailleurs: le mot ”buzz” est entré dans la langue officielle judiciaire.

Mais euh... cela existe depuis un an au moins, dans des affaires plus sérieuses traitées plus légèrement vu les implications multiples et justement la possibilité de buzz. Je pense aussi que l'on peut remonter plus loin dans le temps avec d'autres arrêts :

Que les sites où elles sont diffusées, sites de blogs (sic) ou de buzz, présentant des informations mises en page par les internautes ou leurs organisateurs, sont des sites sur la publicité, qui collectent et présentent des publicités provenant du mode entier... 

Cela dit, les chroniques de Pascale Robert-Diard sont toujours de haut niveau, documentées, charpentées, argumentées. Mais sur ce coup, elle s'est un peu trop avancée et elle aurait dû le prévoir : on trouve toujours un précédent dans le lexique, sauf lorsqu'on n'en trouve plus.  C'est un domaine pire que la jurisprudence...

Chemin de Damas

De Bernard Kouchner (professions : médecin du monde, sauveur de la planète, star des émissions télévisées, bon client de coiffeurs et traître) :

Il ne faut pas jouer le jeu que les miens ont joué en allant à Damas.

Parce que ce chemin de Damas, il le connaît déjà et il le regrette ? On notera le fait qu'il parle des miens pour évoquer son nouveau parti, il est entendu qu'il n'est plus de gauche - s'il l'a jamais été...

 

samedi, 02 février 2008

La famille impériale communique

Lu comme ça, je comprends qu'ils avaient déjà plusieurs familles chacun :

Madame Carla Bruni Tedeschi et Monsieur Nicolas Sarkozy annoncent qu'ils se sont mariés ce matin en présence de leurs familles dans la plus stricte intimité.

Les familles successives de notre bienheureux et glorieux président s'additionnent en effet pour la plus grande joie des magazines pipoles qui peuvent donner un peu plus de sens politique à leurs couv qu'avec Paris Hilton ou Britney Ze Pire.

On a enfin trouvé un prédécesseur républicain à notre merveilleux et mirifique président en la personne de Gaston Doumergue ! Il n'y a qu'un petit problème : Gastounet était un homosexuel notoire qui s'est marié par amitié sur le tard et peu avant de mourir... Oui, cela a existé au plus haut niveau de l'Etat. Il est difficile de se revendiquer de lui quand on veut se montrer übersexuel.

mardi, 29 janvier 2008

La démocratie, hélas !

J'apprécie le sens de la démocratie de ce maire (qui se définit de droite et d'ouverture) :

C'est vrai, mais c'est la démocratie ! Maintenant, je ne crois pas qu'une seconde liste soit dans l'intérêt dans la commune de Fère-Champenoise.

Une seconde liste qui témoignerait de l'existence d'une opposition ne serait pas vraiment utile dans un conseil municipal, mais malheureusement c'est la démocratie et il ne faudrait faire qu'une seule liste à approuver sans restriction.

Champignac, année zéro

Le maire de Champignac sait être à la pointe de la modernité (et des erreurs d'orthographe). Son dernier billet dans la partie actualité de son site de campagne date du 00/00/0000 à 17 heures ! Pourquoi 17 heures ? me suis-je demandé. En tout cas, notre fervent et pieux président de l'association des amitiés France-Vatican sait montrer qu'il veut vivre à l'époque du Christ.

samedi, 19 janvier 2008

Tant de mal

Votre vie sera dure. Ce n'est pas moi qui vous bernerai par des paroles trompeuses. Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal.

Lorsque certains font croire aux Français qu'il serait possible de distribuer du pouvoir d'achat tout de suite, sans travail et sans réformes, je reconnais la démagogie qui a fait tant de mal à notre pays depuis trois décennies.

Est-ce qu'il n'y aurait pas un vague air de ressemblance entre ces deux discours ?   

mercredi, 09 janvier 2008

Vers un manuel de rhétorique sarkozyenne

Tiens, cela devient à la mode le démontage des figures de style sarkozyennes en forme de catalogue, dans la suite des analyses de Jean Véronis (je ne cite qu'un des derniers billets, mais il y en avait d'autres lors de la campagne). On le voit aujourd'hui ici et . Votre bon comte s'y était essayé autrefois par-ci, par-là. Il avait été suivi par Judith Bernard dont le texte au titre aussi barthien ne peut malheureusement plus être lu que par le cache de Google (il vaut la peine d'être archivé). Il faut dire que le bonhomme maltraite tellement sa langue et use de ficelles si grossières que c'est assez aisé à décrypter.

mardi, 08 janvier 2008

La radio sous-titrée

Au nombre des innombrables idioties prononcées par notre grand monarque électif, il faut compter celle-ci :

"Je pense qu'une chaîne publique, France Monde, qui garderait l'identité de chacun des participants, ne peut que parler français", a dit le président. "Avec l'argent du contribuable je ne suis pas disposé à diffuser une chaîne qui ne parle pas français", a-t-il déclaré.

Oui, c'est très beau, mais quand on lit la suite cela devient édifiant :

Nicolas Sarkozy a expliqué qu'"on peut parfaitement avoir un sous-titrage par région : espagnol, arabe, anglais, pour porter une vision française".

Pour rappel, Radio France International est une radio ! Comment fait-on pour sous-titrer une radio ? On fait une superposition des voix comme c'est souvent pratiqué comme en Allemagne ou bien on demande aux Africains, Asiatiques, Sud-Américains d'acheter un ordinateur et de s'abonner à l'ADSL afin de lire des sous-titres dans leur langue ? En outre, cela pose une question sur la présence de langues pas si rares en Afrique ou en Asie que RFI avec la BBC et Radio-Pékin était la seule à relayer. Et le swahili, c'est du poulet ?

J'ai signé

... contre une future loi scélérate qui instaurerait des peines pour des crimes virtuels. Les arguments de Robert Badinter m'ont surtout convaincu.

lundi, 07 janvier 2008

Les frais et gestes du président de la République

Ce jour est décidément faste, après le businessman Laporte qui veut voir des îles de vive voix et The Guard la meilleure porte-parole des Ricains, voici la folle de service (Nadine Morano pour bien la nommer, Sylvie Noachovitch étant dans les choux) qui parle des "frais et gestes du président de la République". C'est un concours interne de la majorité pour être cité dans le Canard ?

Mûr pour la noix d'honneur ou le mur du çon

Je voulais voir les Antilles, de vive voix.

Bernard Laporte, casinotier, agent publicitaire et ministre. 

Orthodoxie

Je tombe à terre en lisant cette phrase dans un éditorial d'un célèbre journal de référence :

Deuxième erreur : tiraillés entre ses conseillers keynésiens et d'autres plus orthodoxes, M. Sarkozy a toujours refusé de choisir...

Ce n'est pas l'erreur de grammaire qui me fait bondir, mais le fait de définir des penseurs libéraux, voire ultra-libéraux comme orthodoxes et donc gardiens du dogme sacré en matière d'économie. Comme si toute idée un peu sociale même de manière peu folichonne (parce que le keyneysianisme et le colbertisme de Guaino ne vont pas loin) était devenue hérétique par nature. Dire qu'une idéologie, en l'occurrence l'idéologie libérale, est orthodoxe, c'est biaiser les termes du débat et falsifier la conclusion du lecteur. Il n'y a pas d'égalité entre les deux tendances. C'est par ce genre de petits coups de canif dans la réalité des mots que cette idéologie, ce dogme, cette doxa se présente comme le seul remède inévitable, miraculeux et merveilleux ! En se nommant comme orthodoxie et en évitant de se présenter pour ce qu'elle est réellement. Accepter l'idée du mot orthodoxie, c'est commencer à croire que les autres avis sont totalement faux et sans aucune valeur. Ce genre de tripatouillage sémantique est habituel des penseurs libéraux... Et on l'accepte, cela paraît normal...  

samedi, 22 décembre 2007

Jésuitisme

Il faut toujours se méfier des jésuites ou de leurs élèves... Le Monde publie un entretien avec Paul Valadier et entre deux phrases sur le rôle nécessaire (selon lui) du sentiment religieux dans la construction culturelle d'un pays, il glisse des piques. Par exemple, dans cette phrase :

Respecter la mémoire, c'est respecter la pluralité de ses traditions culturelles : l'Europe, c'est aussi bien Jérusalem ou Athènes que Rome.

Il s'agit de métonymies pour désigner le lieu de naissance d'une pensée, mais Jérusalem ce n'est pas en Europe s'exclamera-t-on ! Oui, mais c'est un des lieux où la conscience européenne a pu naître, par exemple à travers les croisades qui ont levé des armées européennes. Lorsqu'un magnifique président déclare que la Turquie n'est pas européenne mais en Asie du fait de la géographie, alors que toute son histoire depuis les cités grecques et l'empire romain, tradition maintenue durant l'empire ottoman, plaide pour le contraire, on se dit que si Jérusalem est en Europe ou une partie de l'idée européenne, Constantinople doit l'être aussi par conséquent, même si elle est devenue majoritairement musulmane depuis.

On me dira que Valadier ne parle que par images, et qu'il convient de ne pas sur-interprêter un propos usant d'expressions figurées. Mais voyons que vient faire le divorce plus facile dans cette énumération médicale ?

Ce sont soit les tenants d'une idéologie libertaire permissive, qui approuvent toute forme de soi-disant "progrès" - procréation médicalement assistée, divorce toujours plus facile, clonage, utérus artificiel.

Comme un cheveu dans la soupe ou comme un coup de pied en douce à celui qui prône le divorce devant un notaire et non plus un juge. Nous voyons dans ce texte, par petites touches, une critique catholique du tout nouveau chanoine honoraire qui est ainsi qualifié indirectement de libertaire alors qu'il venait tout juste d'exalter le rôle de la Sainte Eglise apostolique, catholique et romaine dans un texte délirant (un de plus) d'Henri Guaino ! Il me semble que l'OPA sur les cathos par le nouveau pouvoir ne fonctionne pas très bien, mis à part chez les adeptes de la ministre du Logement, et les contradictions d'intérêt apparaîtront plus vite qu'on ne pense.

lundi, 10 décembre 2007

Du discours présidentiel

Jean-Claude nous écrit : 

Quand je demande de multiples manières un discours du président de la République, est-il normal que l'on me sorte un texte de Jacques Chirac ? J'ai eu beaucoup d'admiration pour l'oeuvre fantastique, le sens de la gratuité et surtout l'absence totale de profit personnel de Jacques Chirac, mais je trouve inadmissible que Google me ramène cet homme du passé parmi les deux premiers résultats et que je ne trouve ensuite le président Sarkozy que dans des articles le diffamant de manière horrible ! Comment faire, mon cher comte, pour optimiser le président Sarkozy et ses si beaux discours comme celui de Dakar ?

Mon cher Jean-Claude, Google est très bête, mais il possède aussi une capacité d'oubli, on peut donc espérer que dans un mois ou un semestre, ces malheureux textes chiraquiens seront vite oubliés si on ne les remet pas à jour. Le mieux serait qu'ils ne soient plus mis en archives, il semble que les ouaibemestres du site de l'Elysée se soient un peu plantés et aient permis un meilleur affichage sur Google des textes anciens de Jacques Chirac que de ceux de Henri Guaino Nicolas Sarkozy. La meilleure solution serait de déposer une plainte judiciaire contre le site de l'Elysée ou contre Google qui continuent à mettre plus en évidence une personne n'ayant jamais existé et qui sera de toute façon en prison. Vous pourriez aussi demander de licencier la bande de nullité qui gère le site de l'Elysée et qui a fait remplacer le site du président par celui du candidat sans songer aux conséquences sur le référencement. Au royaume de l'absurde, tout est possible, comme on dit à l'UMP. Je vous en prie, déposez plainte ! Je suis persuadé qu'un juge d'instruction non gauchiste vous suivra si vous lui exposez clairement vos griefs.    

vendredi, 07 décembre 2007

De Guy Môquet à Ingrid Betancourt

J'entends la traduction de ce texte.

"Ma petite maman chérie, je veux te dire avant tout que je t'aime de tout mon coeur.

Cela me rappelle quelque chose, mais quoi

Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,
Je vais mourir !

On peut dresser la liste des comparaisons, avec des termes qui se retrouvent dans l'une et l'autre lettre, par exemple l'évocation de la force nécessaire. Comme si les deux appels avaient un palimpseste ou comme si un rédacteur un peu plagiaire était passé par là afin de montrer encore plus la ressemblance entre les destins. J'ai mauvais esprit, je pense mal...

dimanche, 02 décembre 2007

Champignac Air Force 1

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J'ai revendu la Zorglumobile sur eBay (mais en fait, elle est partie chez Emmaüs), et j'ai investi dans un moyen de déplacement plus moderne, plus simple et plus pratique afin de pouvoir me situer au même niveau de cinéma hollywoodien que notre admirable président. Il faut vivre avec son temps ! Cela dit, les pistes d'atterrissage sont un peu trop limitées quand je vais faire mes courses à Carrouf, ce n'est pas normal et il faudrait y remédier très vite... Comment ? Je deviens fou ? Qu'est-ce qui vous fait dire ça ?

Comment se planter avec Google

L'UNI, ce repaire de crânes rasés sans cerveau, sait utiliser Google pour repérer des mots clés, mais elle ne prend même pas la peine de se renseigner sérieusement comme en témoigne un de ses blogues prétendument régional :

Selon l'Union du 30 Novembre [sic, on aime les anglicismes dans ce mouvement nationaliste], le lycée Clémenceau [sic] à Chalons en Champagne [sic] a subit [sic, l'orthographe et la grammaire ne sont pas le fort de l'extrême droite] un blocage hier.

L'article en question avait été publié en effet par erreur sous la rubrique de cette ville ce jour-là sur la Toile, mais hum... le lycée Clemenceau est l'établissement chic d'une autre ville de la région, bien plus importante. Cela en dit long sur l'implantation locale du groupuscule qui est plus expert en maniement de barres à mines qu'en analyse de textes.

Ah ! Pour le plaisir, une photo d'un ancien de ce pseudo syndicat.

samedi, 01 décembre 2007

La tour de garde de Champignac

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Par ces temps de sarkozysme aigu, je pense qu'il ne serait pas sain de laisser à un seul personnage le privilège ou le monopole de la mégalomanie, de l'omnipuissance et d'une éternité de l'instant. Je vous invite donc tous à me vénérer (et surtout à me faire des offrandes sacrées sous la forme de sirop de pissenlit, de tarte aux quetsches ou de choucroute au riesling) afin que nous vivions dans une société enfin polythéiste qui respecte toutes les convictions diverses de chacun et qui ne se consacre plus au culte monothéiste du seul veau d'or.

vendredi, 30 novembre 2007

C'est mon seul espoir de sortir du brouillard

Pour la journée sans Sarkozy, je vous propose à la réflexion cette phrase parfaitement puante de notre irréprochable président.

Il [Jacques Chirac] est présumé innocent, comme n'importe quel justiciable. je n'ai donc pas de commentaire à faire sur ce sujet, si ce n'est que je trouve dommage que la justice vienne si tard...

Il y a tout d'abord la précaution oratoire quasi obligatoire dans le cas des hommes politiques présumés innocents, c'est juste un poncif comme on va le voir par la suite. Notons que de telles précautions oratoires n'étaient pas utilisées pour les deux jeunes gens morts dans un transformateur à Clichy-sous-Bois, car ils étaient accusés le soir même de cambriolage par le ministre de l'Intérieur de l'époque, lequel ne s'est toujours pas excusé et n'a exprimé aucun regret. Cependant, le poncif sert à dissimuler ce qui est en fait in cauda venenum.

On peut donner deux sens au mot justice. Soit la justice qui vient dire le droit et alors on comprend mal comment le le glorieux président actuel peut s'abriter exactement sous le même statut que l'ancien pour échapper aux accusations à propos de son appartement de l'île de la Jatte (ne serait-ce que cela). Il sait fort bien qu'il n'est plus un justiciable comme les autres durant son mandat. Soit la justice qui vient punir les coupables et indemniser les victimes, dans ce cas ce commentaire est lourd de présomptions plus si innocentes. Mais surtout... c'est le genre de phrase que l'on ne prononce que pour de grands criminels : Papon, Pinochet, Milosevicz, Eichmann, Barbie, Bousquet, Emile Louis, l'adjudant Chanal (je fais dans le très lourd). Or il ne s'agit pas de crimes, encore moins de crimes de guerre ou de génocide, mais de faits de délinquance ; corruption, emplois fictifs, détournement de fonds, complicité d'abus de biens sociaux. Le régime actuel ne me semble guère meilleur à cet égard.

On peut regretter ce passage si tardif de la justice, mais qui a siégé pendant cinq ans dans un gouvernement au côté d'un homme aujourd'hui mis en examen ? Qui a fait partie de la majorité ayant refusé de faire comparaître le chef de l'Etat devant les juges d'instruction ou devant la haute-cour de justice comme le demandait la pétition lancée par Arnaud Montebourg ? Que Chirac ait été un peu escroc, c'est ce que tout le monde se disait, mais de là à le charger ainsi sans parler de son propre rôle, il faut un sacré culot. Quand je déclarais que je voulais voir Chirac en prison, je ne voulais pas que ce soit sous le règne de traitres comme ça. On a affaire à un double langage qui évite de parler de sa propre responsabilité.

Paroles du titre 

 

Pieds Nickelés au service de la journée sans Sarkozy

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Le 22 je publiais ici une couverture des Pieds Nickelés revue et corrigée. J'étais alors le premier blogueur à le faire. Le buzz n'a pas pris tout de suite,  il a fallu l'intervention d'Irène pour cela le 25. Alors les choses ne se sont pas emballées, mais les blogues qui ont communiqué l'adresse étaient quand même au nombre d'une dizaine durant le week-end et maintenant ils dépassent la vingtaine, on en trouve certains qui peuvent faire du bruit dans la blogosphère politique ou communicationnelle.

Je vous donne donc à présent mes couvertures les mieux notées, outre celle-ci. J'en ai fait une cinquantaine en tout.

Travaillent pour Lagardère.

Bénéficient du paquet fiscal.

Saccagent un MacDonald.

Adhèrent au MEDEF.

Sont prêts au dialogue.

Délivrent les infirmières bulgares.

Sur la trace d'Ivan Colonna (sic). 

Coupables de la mort de Lady Di.

Réforment les retraites.

Coachent Paris Hilton.

Modernisent la fonction publique.

Cherchent Ingrid Betancourt.

Gouvernent la France.

Sont pour un euro fort. 

Règlent le problème des retraites.

Candidats à Pop-Stars.

Militent pour la taxe Tobin.

D'autres qui ont figuré parmi les mieux notées ont disparu de ce classement comme celle sur le Grenelle de l'environnement. Voilà donc ma contribution à la journée avec Sarkozy.

Une curieuse conception

Il existe un principe fort simple pour reconnaître un cliché, c'est la colocation ou l'association systématique de deux mots, comme grand professeur (de préférence en médecine ou en droit et à Paris) et petit prof (de préférence en ZEP, en milieu rural ou dans l'enseignement professionnel). On a ce phénomène dans l'allocution présidentielle (allocution et non interviouve, les journalistes étant des plantes décoratives).

Il a exclu toute "privatisation" des universités, estimant que les grèves d'étudiants et de lycéens contre la loi Pécresse relevaient d'une "curieuse conception". "Nous voulons les meilleures universités pour la France", a-t-il fait valoir.

Le président überpuissant n'en est pas à son premier coup. Ainsi sur la Corse :

Mais c’est une curieuse conception du service public qui empêche une compagnie de proposer, sans subventions, une offre de vols à prix réduits.

Et si on remontait dans le temps, on en trouverait bien d'autres sur des sujets différents, car je crois l'avoir entendu fréquemment la prononcer. Certes, il n'est pas le seul à se servir de cette formule toute faite. On la trouve aussi dans la bouche de responsables de gauche, syndicalistes ou politiques. C'est un euphémisme, mais il n'est pas habituel à droite. Le formule a une particularité : elle appartient plus au registre des forces protestataires qu'à celui de l'Etat qui affirme son autorité. Il y a plusieurs aspects dans la formule :

- On feint l'étonnement, plus ou moins indigné, alors que l'on est dans le rapport de force et dans l'affrontement de visions différentes de la même situation. Cela revient à peu près à dire que l'autre n'a strictement rien compris ou qu'il cherche à nous rouler. 

- On retourne le problème : ceux qui sont contre le projet luttent en fait contre leurs intérêts et ce qu'ils prétendent défendre. Il faut que ça cesse immédiatement et que la vérité apparaisse, mais on ne dit pas ces mots.

- On se pose comme garant du bon sens populaire ; l'autre est forcément fou, idéologue, extrémiste ou bien imbécile. La curieuse conception ne peut s'opposer qu'à une conception commune, acceptée par tous ceux qui peuvent entendre et présupposée dans le discours. En fait, le discours prouve sa propre vérité par son assertion donnée sur le mode prétendument scandalisé (voir ce que je disais, comme Jean Véronis, sur le parallèle entre Georges Marchais et Sarkozy).

C'était ma première contribution à la journée sans Sarkozy où je parlerai de Sarkozy, justement... 

lundi, 26 novembre 2007

Le vieil Alsacien

Rions avec Jean-Marie Cavada.

Je regarde avec beaucoup de sympathie notamment en effet l'initiative de Jean-Marie Bockel qui est par ailleurs un vieil Alsacien comme moi.

Vieil Alsacien est un argument politique pour indiquer une proximité de pensée, un courant philosophique ? C'est nouveau... Et en quoi le fait d'être issu d'une famille de notables alsaciens (père notaire et adjoint d'un maire MRP, oncle archiprêtre et compagnon de la Libération) fait-il de quelqu'un plus un Alsacien que les autres ? D'une vieille famille alsacienne, soit. Et encore... si on ne remonte pas trop dans le temps, parce que les racines pourraient se trouver ailleurs.

Le problème, c'est que Jean-Marie Cavada n'est pas un vieil Alsacien ou d'une vieille famille alsacienne : né à Mirecourt dans les Vosges où il a fait toute sa scolarité, études poursuivies ensuite à Nancy donc en Lorraine encore ! Il n'a séjourné en Alsace que durant cinq ans, d'abord pour son service militaire, puis aux informations régionales de Strasbourg. Moi qui suis d'une famille vosgienne et qui ai longtemps vécu en Alsace, je me dis parfois un peu Alsacien sur les bords, mais je ne me définirais pas comme un vieil Alsacien ou un vieux Vosgien. On peut avoir de l'amour pour ces régions, mais de là à se donner des brevets d'ancienneté et à en faire une base pour un programme politique... 

Le propos intervient comme un cheveu dans la soupe. C'est normal : le style de la phase appartient à cette langue spéciale qu'est le jeanmariecavada. Elle consiste à ouvrir toutes sortes de remarques en marge du propos essentiel, sans aucun rapport avec le sujet principal, sans se préoccuper le moins du monde de leur cohérence et de leur adéquation à la réalité. On ne sait jamais comment le propos finira, tant il y a de circonlocutions baroques et d'effets de brume... Quand, dans la suite de cette phrase coupée, Cavada précise qu'il se considère comme de gauche, cela a à peu près autant de véracité que pour le vieil Alsacien. De gauche ? Depuis quand ?