vendredi, 23 janvier 2009

Du père de famille comme modèle de l'homme politique

L'annonce faite par Roger Karoutchi a un intérêt : révéler un procédé rhétorique fort fréquent en politique au sujet des hommes politiques. J'avais déjà une sorte d'indulgence pour Karoutchi qui est un des très rares sarkozystes cultivés, mais il joue fort serré à présent.

Interrogé fin août sur ce qui distingue sa candidature de celle de Roger Karoutchi, Valérie Pécresse avait mis en avant sa connaissance de sa circonscription des Yvelines avant d’ajouter: «Et je suis aussi une mère de famille avec trois jeunes enfants». Scandalisé par une déclaration à ses yeux manifestement homophobe, Karoutchi avait protesté, sans jamais dire clairement ce qui le scandalisait…

La présentation gay-friendly de cet épisode ne peut étonner de la part de Libé. Mais le propos n'était pas explicitement homophobe, tout en laissant supposer bien des choses pour qui sait lire. Il s'agissait juste d'un outage sauvage et dissimulé, comme auparavant pour Aillagon ou Donnedieu de Vabres.

On a vu précédemment un docteur candidat à sa reconduction à la tête de l'une des plus grandes villes du sud de la France poser sur ses affiches avec sa jeune épouse et déclarer dans ses professions de foi qu'il était heureux d'être père de famille et grand-père. Cela a été interprêté alors comme des attaques visant ses deux principaux rivaux, l'un issu du même parti que lui, l'autre qui lui a succédé.

On a vu dans mon département un ancien député et actuel maire déclarer face à son adversaire de droite qu'il était heureux lui d'avoir connu les joies de la paternité. Il n'en a pas moins perdu cette élection. Que l'autre député soit susceptible d'avoir des penchants, c'est de notoriété publique dans la région, d'autant que ce député a été particulièrement allumé lorsqu'il a fait voter une loi contre les célibataires. Mais enfin ! on connaît quelques homosexuel-le-s qui ont des enfants, que ce soit par insémination, par procréation naturelle.

Ce qui est troublant ici, bien plus que les sous-entendus très téléphonés sur les moeurs présupposées, c'est le lien entre paternité ou maternité et puis hétérosexualité ou normalité. Comme si le fait de ne pas avoir d'enfants interdisait de prendre parti dans la vie de la cité et conférait moins d'autorité ou comme si le simple fait de ne pas avoir d'enfants valait comme brevet d'homosexualité. Et il s'agit d'une fort étrange régression qui nous ramène au vote familial de Vichy ou bien à l'organisation tribale, puisque le ou la célibataire sans enfant possèderait moins de qualités et aurait moins d'aptitude à diriger ou à connaître la vraie vie. Quand je vois le résultat chez des familles fort nombreuses du type Groseille ou Le Quesnoy, j'ai des doutes sur ce mode de classification : la compétence se prouve ailleurs qu'en faisant la liste des courses ou des tâches à faire de la famille.

Quand on y réfléchit, les propos de Pécresse, ou de ce maire d'une grande ville méridionale, ou de ce maire d'une petite ville de mon département, ces propos donc attaquent aussi des personnes hétérosexuelles qui ne seraient pas assez fertiles selon eux et jettent la suspicion de l'homosexualité comme une tare chez tous ceux qui ne correspondraient pas à leur modèle social même s'ils ne sont pas homosexuels ou même si des homosexuels peuvent avoir eu aussi des enfants. C'est une sorte de discours profondément pervers.

dimanche, 01 juin 2008

Sujet d'étonnement

- Je m'étonne que personne n'ait encore parlé de... n'ait cité... n'ait fait référence à... n'ait fait le lien avec...

- Je m'étonne de ne pas lire un mot sur... une seule réaction à propos de...

- Je m'étonne qu'aucun commentaire...

- Mais pourquoi personne ne dit que...

Ce sont des entames ou des attaques fréquentes de commentaires dans les fils de discussion des blogues ou des forums. On les trouve dans les fils très très longs, de préférence avec plus de cent réponses. Cela s'adresse aux commentateurs précédents qui n'auraient pas vu un détail essentiel ou dirigé vers la seule information vraiment importante. Hélas ! bien souvent, le commentaire qui tance les commentateurs précédents n'apporte strictement rien de nouveau ou d'original, et parfois, pire ! reprend une information déjà donnée auparavant. Pourquoi alors commencer un commentaire en faisant ainsi un procès implicite des autres commentateurs ? Parce que c'est une formule toute faite !

Mais à quoi sert-elle, me direz-vous, docte, scient et sapiens comte ? D'abord, à se rassurer. Ensuite, à enclencher la prise de parole. Enfin, à susciter l'intérêt pour son propos dans une masse de discours où plus rien ne se dégage vraiment tellement le fil part dans toutes les directions ou bien se concentre sur un échange entre quelques groupes. A l'oral, on se racle la gorge, on toussote, on dit "écoutez". A l'écrit, ce type de communication phatique existe aussi dans les discussions de bistrot que sont les forums et les blogues, mais alors que l'on est dans une suite temporelle à l'oral, que la présence physique importe, les discussions électroniques se présentent sous un aspect asynchrone (j'exclus le clavardage ou chat et la vidéo-conférence) et tous les propos semblent sur le même plan et le même temps s'il n'y a pas d'indentation ou de notation des commentaires. Il s'agit donc de se distinguer, de sortir du groupe par un artifice rhétorique. Nous avons donc affaire à deux phénomènes, l'un psychologique (une ré-assurance, une demande d'autorité) et l'autre linguistique (établir la communication, commencer son discours).  

Mais ce faisant, 1) on use d'une formule stéréotypée qui risque d'être dénoncée comme tel (par exemple ici) ;  2) on s'expose à la possibilité de railleries ou de réactions vexées. Ce n'est pas de la plus grande habilité oratoire, toutefois le mode de communication simili-oral par l'écrit électronique est en cours d'élaboration, car cette forme est encore neuve. Elle a déjà ses figures imposées comme les pourriards (smileys), le rappel à la loi de Godwin ou au principe de Peters, les abréviations codifiées... C'est ce dont on parle le plus pour évoquer le langage en train de se créer, et cependant cela peut s'exercer aussi bien dans une syntaxe plus complexe que kikoo lol. Ce type de formule se distingue fortement de l'aspect communautariste des "heureux de vous relire Machin", mais on est dans le même système de dynamique de groupe où quelqu'un cherche à s'intégrer dans un ensemble perçu comme fermé, quitte à paraître le rejeter.La singularité est en fait au service d'une adhésion à la pluralité, de manière paradoxale.

mardi, 27 mai 2008

La France qui se lève tôt ne casse pas les Abribus

Jouons à analyser le magistral discours du mirifique président. Ce matin, sur les ondes d'une station étrangère, il s'exprimait ainsi :

J'avais envie de parler à la France qui se lève tôt, qui travaille, qui ne manifeste pas, qui ne casse pas les abribus. 

Stylistiquement, c'est une belle gradation, avec une anaphore convenable de qui, et on sent des trémolos gaulliens chez celui qui confond Radio-Londres et RTL. Pas d'erreur de syntaxe ou de lexique, ce qui est fort remarquable de sa part. Mais quand même quelque chose qui dérange...

Nous avons d'abord deux termes positifs (se lever tôt, travailler), puis deux termes péjoratifs (manifester, casser) à la forme négative. Le début, c'est la reprise des slogans de campagne, rien que de très convenu. La suite est un peu plus dérangeante. L'admirable président s'adresse à la France qui ne manifeste pas. Pourquoi pas ? C'est la reprise de l'idée pompidolienne en diable de la majorité silencieuse. Mais c'est déjà un dévoiement : la France qui manifeste, c'est aussi celle qui travaille et qui manifeste pour ses conditions de travail ou pour obtenir par exemple une meilleure réussite des élèves, des programmes scolaires un peu moins orientés idéologiquement, des parcours scolaires un peu plus diversifiés et moins pauvres. Il y a un présupposé dans ce discours : les Français qui manifestent ne sont pas les Français qui travaillent. Un peu court comme raisonnement. Mais de quoi réactiver quelques préjugés contre les fonctionnaires ou les lycéens.

Ensuite, ce thème est biaisé, orienté, détourné par le fait de casser les Abribus (marque déposée) de JCDecaux ! Bien sûr, on peut supposer qu'il existe des abris de bus vandalisés en temps ordinaire, sans manifestations, mais mis à la suite des manifestations, il y a une contamination du troisième terme par le dernier. Ce que l'on retient, c'est que les manifestants cassent les (fort chers) abris de bus de JCDecaux. Même si cela n'a pas été du tout le cas lors des manifestations de fonctionnaires ou de lycéens ces dernières semaines et si le vandalisme ne peut leur être imputé.

Cette figure de style porte un nom : l'amalgame. L'extraordinaire président ne dit pas explicitement que les manifestants contre les dernières réformes étaient des délinquants (puisque casser du mobilier urbain est un délit), mais il le laisse entendre, parce que si on travaille on ne va pas casser les Abribus (marque déposée) de JCDecaux. Et si on ne travaille pas, on manifeste et donc... L'amalgame procède toujours par réduction à un autre fait, ici par la juxtaposition du manifestant (dont l'admirable président ne dit pas la cause) au casseur.  Ce faisant, il oublie une France qui se lève aussi tôt et qui manifeste souvent, celle des militants de la FNSEA qui a incendié un tribunal en Bretagne, saccagé un ministère à Paris, dévasté quelques préfectures, gendarmeries, mairies...  Mais cette France-là écoute justement la radio de la Résistance, celle du Luxembourg. La France qu! casse les Abribus (marque déposée) ! voilà l'ennemi.

On est sommés de ne pas appartenir à cette France-là comme si on y appartenait forcément en cas de contestation. Il s'agit alors de la carte forcée, un des tours favoris des adeptes du bonneteau. Comment ne pas être d'accord ? Comment ne pas se sentir impliqué (puisque tout Français un peu honnête se lève tôt sauf s'il est en horaires décalés) ? Comment justifier une manifestation ou une grève puisque cela entraîne des frais à JCDecaux du fait des Abribus (marque déposée) cassés par les Français qui ne travaillent pas ? Et peu importe qu'il n'y ait pas eu d'Abribus (marque déposée) saccagés durant ces derniers mois durant des manifestations.                 

 

mercredi, 26 mars 2008

La forme et le fond

« Mais franchement, si la seule chose que l’on a à me reprocher, c’est le style, cela veut donc dire que sur le fond il n’y a rien à me reprocher ? »

Une méconnaissance certaine de la langue française par exemple, notamment de l'emploi du subjonctif lequel permet quelques nuances de sens. Utiliser ici l'indicatif veut dire que le style est bien mis en cause alors que cette idée aurait pu être renvoyée aux limbes du potentiel. Nous avons surtout affaire à un raisonnement particulièrement spécieux fondé sur la fausse distinction entre la forme et le fond (une tarte à la crème des enseignants de lettres ou de philosophie ou de droit). C'est un très bel exemple de syllogisme ou de sophisme :

1. Prémisse majeure : on me reproche mon style.

2. Prémisse mineure : le style n'est pas le fond.

3. Ergo : on ne me reproche pas le fond. Je continue donc à foncer droit dans le mur, le pied sur l'accélérateur. 

Mais si justement le fond était aussi récusé en prenant prétexte du style ?

Je vois plusieurs enseignements dans cette courte phrase. La question rhétorique et la prise à parti de l'interlocuteur (le style Georges Marchais du divin président comme cela a été souvent dit ici et chez Jean Véronis), l'abus des déverbaux comme c'est, il y a (typiques de la langue familière et marquant la proximité), le faux raisonnement appuyé par une conjonction donc qui est moins conclusive que phatique (pour établir le contact donc) dans cette position, et puis surtout l'aspect assertif de la déclaration, pas un seul subjonctif, pas un conditionnel, pas l'ombre d'un doute, tout à l'indicatif et au présent. Or c'est bien ce type d'assertions sans preuve ou à l'aide de raisonnements tordus qui est aussi en question. Parce que l'on peut ne pas être d'accord avec la réponse incluse dans la question. Et sur la manière de poser ces questions... Le style fait ici office de nouveau fumigène : c'est la nouvelle stratégie de communication de l'Elysée, la contradiction ne porterait que sur le style, donc serait vain et futile. Or beaucoup de blogueurs ou de journalistes politiques de l'opposition se sont égarés sur les questions de genre et ont permis de mettre en avant cette thèse selon laquelle seul le style serait discutable. On voit là la possibilité de retourner les arguments de son adversaire en les prenant à sa charge.   

 

jeudi, 30 novembre 2006

Note

Note : une note sert à expliquer un mot¹, une expression, donner une référence de citation² ou fournir une explication secondaire comme une parenthèse³.

¹ Mot : un mot est une unité¹ lexicale² minimale³ que l'on nomme aussi lexème.

¹ Unité : ce qui compose un ensemble unique, pomme de terre est un mot, mais pomme d'arrosoir forme trois mots. 

² Lexical(e) : qui concerne le lexique ou vocabulaire.  

³ Minimal(e) : que l'on peut plus décomposer, un morphème n'est pas une unité lexicale minimale car on ne peut pas lemmatiser une désinence verbale, casuelle, de genre ou de nombre.

 

² Citation : fait de citer quelqu'un¹, de rapporter ses propos ou de le donner en exemple.

¹ Un exemple de roman par citations est Pnine de Nabokov¹ où un universitaire analyse un poème par des notes.

¹ Nabokov (Vladimir) : célèbre écrivain russe² d'expression anglaise, né en 1899 et mort en 1977. Il aimait les papillons, les échecs et le whisky.

¹ Ne pas confondre cet auteur avec Evgueni Nabokov, gardien de but de l'équipe de hockey¹ de San José.

¹ Hockey : sport qui se pratique en patins sur glace où l'on pousse un palet en suivant des règles incompréhensibles pour tout francophone qui n'est pas Québécois¹.

¹ Québécois : amateur de hockey, de base-ball et de football pas pour les gonzesses (voir soccer) . 

 

³ Parenthèse : signe diacritique qui isole une remarque adventice, secondaire et effaçable. Un exemple d'auteur qui abuse des parenthèses  est Claude Simon¹.

¹ Claude Simon : obscur écrivain français (1913-2005) que pour d'obscures raisons le prix Nobel a couronné et qui a empêché Hervé Bazin, Henri Troyat, Maurice Druon, Bernard Clavel d'être enseignés dans les universités américaines. 

 


lundi, 26 juin 2006

666 !

On écrit le sizain

Ou alors le sixain

Pour ces six vers à mettre

En strophe. L'hexamètre

N'est pas le terme exact

Pour le mètre compact.

 

Je pense que j'ai commencé une petite série autour du 6, série que j'avais déjà un peu entamée au sujet des hémistiches et des rimes batelées. L'hexasyllabe semble déjà programmé, enfin... il me paraît évident de continuer ainsi. Mais il me semble évident que la sextine est l'horizon de ces exercices. J'en suis encore loin.

samedi, 24 juin 2006

Solution de continuité

La rime continue

Dans tout vers continue,

Elle n'a pas de tenue,

Elle paraît toute nue,

Parce qu'elle est très ténue

Et toujours maintenue. 

 

(Poème en forme de simili-sextine.)

mercredi, 21 juin 2006

Qu'on sonne

Les terminaisons phonétiques

Des vers de ce poème antique

Sont en rimes consonantiques

Et en aucun cas vocaliques.

mardi, 20 juin 2006

Met à lepse

Notre héros, Herr Doktor Dumeuszeug, continuait à réfléchir sur la portée discursive et diégétique de la métalepse, mais nous allons le laisser quelques instants, le temps d'un chapitre ou deux, car pendant ce temps, son grand rival, le professeur en Sorbonne Népomucène Barthenette élaborait dans le secret de sa bibliothèque une théorie qui allait bouleverser la conception du roman.  

jeudi, 15 juin 2006

Di et plus

Avec deux vers, on fait un distique

Et cela ne souffre pas de critique.

 

Notre distique n'est pas un diptyque,

Son volet doit être perçu comme unique.

 

Dans le distique, on trouve l'hémistiche

Avec une autre forme phonétiche.

mercredi, 14 juin 2006

Contrerime

Si l'on veut bien écrire une contrerime,

On doit prendre à l'envers

Le schéma et la longueur des strophes qu'on mime,

Faire d'un désaccord des vers.

lundi, 12 juin 2006

Part en tas

Parataxe, pas de la syntaxe hiérarchisée, juste des termes juxtaposés, mais aussi coordonnés, comme une bousculade au portillon ; plus du tout de liens grammaticaux ? asyndète, forme ultime de la parataxe, surtout... avec des points de suspension... une dentelle... comme disait Céline...