dimanche, 16 mai 2010

Qu'est-ce qu'un huguenot ?

Je viens de parler des parpaillots. Venons-en aux huguenots. Le terme est problématique. Le texte suivant n'est pas de ma plume :

Sur l’origine du mot huguenot, il est plaisant de raconter que le roi de France, Hugues Capet, aimait à se déguiser en fantôme la nuit, pour faire peur aux habitants de Tours dans la rue. Comme les protestants n’avaient pas le droit d’organiser des services religieux, ils se réunissaient souvent la nuit. On les appelait les enfants du fantòme Hugues - les Huguenots. Hugenotte est en réalité un mot allemand - Eidgenosse, qui signifie le confédéré. Dès le début du XVIe siècle, de nombreux protestants français ont cherché refuge dans la région de Francfort-sur-le-Main, avant de gagner d'autres cités, telles qu'Aix-la-Chapelle, Cologne, Heidelberg, Nuremberg, Brême et Hambourg. D'importantes colonies françaises vivaient dans le Palatinat au début du XVIIe siècle. La révocation de l'Edit de Nantes provoquera un flux de réfugiés essentiellement vers la Hesse, une région alors fortement dépouillée par les guerres et les épidémies, ce qui valut aux Huguenots français toute  une série de privilèges: exonérations fiscales, absence de service mlitaire, octroi de terres, aides matérielles et financières. De plus, les Huguenots ont pu ériger leurs propres églises, célébrer les messes en français et maintenir dans les communes leurs propres administrations et juridictions.

Deutsche Welle.

Cela est fort amusant. Il s'avère que le royaume d'Hugues Capet ne s'étendait pas jusque Tours lorsqu'il régnait. C'est déjà une première difficulté de taille. Quant au roi qui se déguise la nuit, cela fait surtout penser à Haroun-Al-Rachid et aux Mille et Une Nuits.

Résumé du Robert historique :
Eitgenôz (haut allemand), Eidgenosse(n) (suisse alémanique). Dès 1315, confédéré, puis membre de la confédération helvétique, puis
partisans hostiles aux tentatives d'annexion du duc de Savoie.
Eyguenot (1520), confédéré genevois hostile au duc de Savoie, il a existé les formes « aguynos » (1519), « lidgnot » (1520), et dans le
sens de soldats « esguenots » (1483).

La forme « huguenot » viendrait de la Touraine — pour un ancien roi Hugon — ou d'un chef genevois nommé Hugues de Besançon. Le synonyme péjoratif de protestant calviniste est attesté en 1552. On se demande d'où sort ce chef ou ce roi ! Que vient-il faire ensuite en Touraine ? Je me le demande...

Que dit le TLF ?
Prononc. et Orth. : [ygno] init. asp., fém. [-]. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. A. 1. 1552 subst. masc. « calviniste » (Pasquier,
Recherches de la France, p. 1069 ds W. Richard, 1959, p. 49); 2. Av. 1570 adj. (Castelnau, Mémoires, éd. de 1659, t. 1, p. 155); 1572 à la
huguenotte « à la manière des huguenots » (Danjou et Cimber, Archives curieuses, VII, 255). B. 1660 subst. fém. « petite marmite de terre sans pied » (Oudin Fr.-Esp.). Empr. au genevois eyguenot « confédéré genevois adversaire du duc de Savoie » (1519 « confédéré(s) »; cf. m. h. all. eitgenôz « id. » (d'où en 1483 le fr. esguenotz « espèce de soldats » ds FEW t. 15, 2, p. 84a); dès 1315 comme terme officiel pour désigner les membres de la Confédération suisse (cf. Duden Étymol., s.v. Eid). Désignant d'abord les partisans du parti politique qui luttait contre les tentatives d'annexion du duc de Savoie, eyguenot devint par la suite (et ce jusqu'au xviiie s.), un terme de mépris sous lequel les
catholiques désignaient les Réformés (la majorité des confédérés étant aussi favorable à la Réforme) et se répandit alors dans les parlers de
la Suisse romande ainsi que dans les régions françaises limitrophes. La forme huguenot qui apparaît dès la 2e moitié du xvie s., semble être née en Touraine, où, comme en témoignent les historiens contemp., la population entendant parler des eyguenots sans en connaître le sens,
rattacha ce mot à un certain roi Hugon qui aurait joui d'une grande popularité auprès des Réformés de Tours (cf. W. Richard, 1959, pp.
46-48).

En gros, le mot existait avant même le début du protestantisme pour désigner tous les gens un peu sédicieux. Mais le fameux roi Hugon est bien introuvable, parce que Tours n'a jamais été l'un des grands berceaux du protestantisme, bien au contraire, et on ne voit pas d'où sort ce roi Hugon que l'histoire n'aurait jamais retenu. Est-ce une légende que l'on aurait forgé ensuite pour expliquer le nom de l'ennemi en lui prêtant un chef imaginaire et fantômatique ? Que de mythes sans fondement et dont on cherche encore le sens.

vendredi, 14 mai 2010

Qu'est-ce qu'un parpaillot ?

Je reprends quelques bricoles que j'ai écrites dans un forum consacré à la langue. La raison ? Un billet supprimé à la suite d'une fausse manoeuvre et puis un commentaire de Frédérique Imer-Loup qui reprend le mot « parpaillot » que seul(e) ou un(e) protestant(e) ose utiliser encore aujourd'hui par défi. Ben oui... les papolâtres, papomanes, papistes et adeptes du culte marial ou fatimesque ou soubirounien n'osent plus trop employer leurs anciennes insultes envers les tenants de la religion prétendument réformée. La question est : qui est le parpaillot et pourquoi ou comment ? Que veut dire ce mot que seuls les hérétiques de la Sainte Eglise apostolique catholique et romaine emploient encore (parce que le bon catholique n'osera plus insulter ainsi) ?  

Je constate que le Robert historique ne tient aucun compte des étymologies de Littré, qui sont pourtant fort amusantes à lire et qui lancent dans beaucoup de fausses pistes. Je recopie les épisodes.

Première époque :

«  On a tiré ce mot de parpaillot, qui a signifié papillon (provenç. parpaillo, ital. parpaglione, qui semble une corruption du latin papilio) ; d'autres l'ont tiré de parpillole, nom d'une petite monnaie, disant que les religionnaires du XVIe siècle l'ayant mise en usage furent appelés de là parpaillauds ou parpaillots ; d'autres font venir ce sobriquet d'un sieur Parpaille, natif d'Orange, et qui, propageant le protestantisme dans le Comtat, fut mis à mort en 1562. Dans Rabelais parpaillot doit signifier papillon ».

On a aussi « parpaillote » :
Espèce de chemise dont les protestants firent usage en Gascogne, dans une sortie, pendant le siége de Nérac.

[Bizarre... Furetière parlerait du siège de Clérac et Littré de Nérac. Lequel dit vrai ?]

Et « parpailloler ».
Nom vulgaire donné en Dauphiné, sous Charles VII et Louis XI, aux grands blancs de dix derniers tournois.

Je n'ai pas trouvé ce dernier terme — tout comme le précédent — avec mon Greimas de moyen français, peut-être chez Nicot ? C'est antérieur à la Réforme. Y aurait-il eu le sens de vêtement blanc, bien auparavant ? La mention du terme chez Littré est honnête et doit être prise en compte — ses reconstitutions étymologiques sont seules suspectes —, je me dis que le Robert historique ne nous dit pas vraiment tout..

Deuxième époque

Le Robert historique doit se tromper sur le nom de la ville citée par Furetière, ou recopie une erreur de Furetière — je le prouve ensuite. Remarquons que Furetière s'appuie lui-même sur Ménage et Pasquier à propos de l'anecdote des chemises blanches et des papillons le même jour. Ce sont donc des citations de citations de citations... Et il faut noter encore que Furetière, dont le dictionnaire est paru en 1690, écrit près de trois-quarts de siècle après la première attestation du mot. Ce qui est fort étrange, c'est la mention de Pasquier car si le dernier volume des Recherches de la France, une somme encyclopédique, est paru en 1621 à la même date que le mot « parpailot», je me demande comment Pasquier pouvait bien savoir qu'il y avait eu des papillons blancs au siège de Nérac ! Pasquier était mort depuis six ans... Cette caution est on ne peut plus suspecte. Là encore, le Robert historique nous donne une information extrêmement douteuse. J'en viens à me demander si tout cet article est de la même farine...

« Parpaillot » apparaît en 1621. Que dit le TLF sur les premières mentions du mot ?
Étymol. et Hist.1. 1621 Parpaillaux plur. «calvinistes, protestants» (Mercure françois, t.7, p.614); 1630 parpaillot «id.» (A. D'aubigné, Aventure du baron de Foeneste, IV, 4, éd. E. Réaume et de Caussade, t.2, p.570). D'Aubigné, qui était calviniste, ne doit pas employer le terme comme une insulte, ou alors il le place dans la bouche d'un catholique.

1621. C'est le siège de la ville de Nérac, l'une des douze premières places de sûreté accordées aux réformés, ce depuis les « conférences de Nérac » entre Catherine de Médicis et le futur Henri IV, entretiens qui débouchèrent sur l'Édit de Nérac (18 février 1579). Nérac était la capitale de la seigneurie, puis duché d'Albret, elle fut l'un des foyers du protestantisme puisque Marguerite de Navarre, Jeanne d'Albret et Henri III de Navarre y établirent leur cour. L'Albret fut réuni, comme la Navarre, à la France après la mort d'Henri IV, mais Nérac se révolta en 1621 contre Louis XIII et fut démantelée. (Source : le Dictionnaire encyclopédique d'Histoire de Mourre, Bordas.) La mention des « parpaillots » par le Mercure françois devait être d'actualité. Je n'ai rien trouvé dans l'Histoire générale du protestantisme de Léonard aux PUF. En revanche, le Dictionnaire de la langue française du XVIe s. d'Huguet (Didier, 1961) fourmille de termes plus ou moins proches :

— parpaillon, parpaillot (papillon) attesté deux fois chez Rabelais ;

— Papillon, Papillard (diminutif de Pape, terme qui désigne les Papolâtres, Papimanes ou Papistes). Une citation d'Henri Estienne.
Je passe sur « parpaye » (paiement complet), « parpignolle » (sorte de moulinet), et je vois « combattre les papillons », s'occuper de bagatelles.

D'où deux remarques :
— Si l'origine est « papillon », ce que je serais tenté de croire, on peut se demander si la désignation n'a pas été réciproque entre les réformés et les catholiques.
— L'idée du « papillon » peut-être aussi celle d'un adversaire que l'on prend dans un filet, un adversaire faible, mais nuisible par exemple pour les cultures.

Il faudrait le texte du Mercure pour savoir comment le mot a été employé la première fois et quelle est la métaphore utilisée. Sans cela, nous pouvons toujours faire de l'étymologie sauvage. Enfin l'article du Robert historique me paraît bien léger...

Troisième épisode

Je n'ai pas débusqué le Mercure françois, mais j'ai pu dégotter le texte d'Aubigné où apparaît l'orthographe « parpaillot » (1630). C'est le baron de Fæneste qui le dit. Ce baron est une sorte de baron de Crac ou de Munchausen avant la lettre, la caricature du hobereau catholique et ligueur. On notera la parodie de gascon.

Le texte, IVe partie, ch. IV. :
Fæneste Je ne laissai pas de me rapproucher de lui en ces dus guerres, où nous fismes enrager les parpaillots. Là, pour nous benger de quelques affronts, poudez dire que nous arrachasmes vien des bignes ; et notez que les grands seigneurs, par émulation, en faisoient plus que les proubes goinfres.
Beaujeu. Voyez-vous comment les coustumes se changent ! Je me suis trouvé en vieilles bandes, où si nos chefs nous eussent commandez de tels ouvrages, nous nous serions mutinez, et eussions répondu : Allez chercher des gastadours !
Fæneste. Oh ! il y aboit vien des gloriux parmi nous qui firent de telles
responces ; mais on menaça de pendre, et l'exemple de nous otres gentilshommes leur fit quitter lur gloire.

Le terme est donc bien péjoratif dans la bouche d'un tranche-montagne. Le fait étrange est que d'Aubigné parle ensuite de Nérac sur un mode badin, dans le même chapitre, mais sans faire le rapport avec les guerres faites contre les protestants au début du règne de Louis XIII. Il raconte une scène qui tient surtout du fabliau, sans aucun lien avec ces soudards occupés à saccager les cultures. De papillons point. Or d'Aubigné est un témoin de premier ordre, un des acteurs de toutes les batailles, mais il ne pouvait être présent lors du siège de Nérac puisqu'il s'était réfugié à Genève à la suite de sa compromission dans la conspiration du duc de Luynes. On ne doit pas trop déduire à partir d'un silence ou d'une omission, mais si l'anecdote des chemises blanches et des papillons avait été colportée à l'époque, je ne doute pas que d'Aubigné s'en serait fait l'écho : il était au centre de la vie intellectuelle des réformés. Néanmoins, je trouve étrange l'association entre les massacres de « parpaillots », puis l'arrachage de plants de vigne : on est face à un texte paradoxal où les termes doivent être pris par antiphrase. Le baron de Fæneste se conduit en prédateur, je me demande dans quelle mesure les papillons et donc les « parpaillots » ne pouvaient pas être considérés comme des parasites des cultures. Je note aussi le fait que l'arrachage des ceps est considéré comme une basse besogne même si cela relève du vandalisme stupide par vengeance d'un vague affront, or c'est sur le même niveau que les combats contre les protestants. Et l'on en viendrait à une autre hypothèse : le « parpaillot » est une sorte d'adversaire — une espèce nuisible — qu'un vrai noble catholique ne devrait pas combattre parce que ce serait s'abaisser. Je sais que je me répète, que je pourrais sembler confirmer a posteriori ce que j'avais déjà supposé, mais cette citation me trouble, le contexte invite à faire d'autres rapprochements.

Quatrième épisode

Le texte de Furetière.

PARPAILLOT. s. m. Nom injurieux qu'on a donné en quelques endroits de la France à ceux de la Religion pretenduë Reformée. On dit qu'au siege de Clerac ils firent une sortie couverts de chemises blanches en un temps où on voyoit beaucoup de papillons, que les Gascons appellent parpaillols, comme les Italiens farfalla ; & que de là ce nom leur est
demeuré. Pasquier. Voyez Menage. Borel dit que c'est à cause qu'ils couroient au danger sans crainte, & alloient chercher leur mort, comme font les papillons qui se vont brusler à la chandelle.

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L'erreur du nom de la ville de Clérac pour Nérac était donc bien présente chez Furetière et le rédacteur de l'article du Robert historique n'a pas vérifié. Peut-être même Furetière reprend-il lui aussi une erreur de graphie antérieure. La référence à Pasquier me paraît confuse de la part de Furetière : Pasquier a pu parler du nom gascon des papillons dans ses « Recherches » puisqu'il a fait une somme encyclopédique, mais sûrement pas du siège de Clérac le seul qui tienne
en 1621. On peut supposer que Furetière a repris une explication fausse du dictionnaire de Ménage et que celui-ci s'est appuyé sur je ne sais trop quel ouvrage de Borel. Recopiage sans vérification des sources...

L'erreur sur le nom de Clérac est peut-être le fait de l'un de ces deux derniers et Furetière n'aura pas corrigé, puis le Robert historique reprend l'article de Furetière mais ne précise pas qu'il s'appuie sans doute sur une source douteuse, et fait passer Ménage ou Borel pour ses propres sources. Prochain épisode : la recherche de l'article de Ménage afin de voir si lui aussi a commis cette erreur. On s'achemine peu à peu vers une légende rapportée de manière orale et confuse, car Furetière ne donne pas les premières attestations du mot contemporaines du siège de Clérac.


jeudi, 13 mai 2010

Ascension et assomption

Je ne relève dans Google que 18 mentions d'un jeudi de l'Assomption, mais je n'ai pas eu le courage de fouiller dans les 122 pages parlant du week-end de l'Assomption parce que la plupart sont exactes, même si quelques-uns situent l'Assomption juste après Pâques. Il faut dire que les vacances d'été font que le 15 août n'est plus ressenti comme un jour férié par tous et que donc certains peuvent parler du pont de l'Assomption s'ils travaillent durant le mois d'août. Il existe aussi des vacances différentes dans les différents pays de la francophonie et cela ne peut être pareil à Québec ou à Nouméa.

L'erreur est en fait surtout commise à l'oral ou dans les médias audio-visuels français. Cela arrive par exemple ici : "Le rectorat a décidé de faire travailler les élèves pour rattraper le pont de l'Assomption." On se réfère bien au jeudi de l'Ascension. C'est sur un site de flux d'information dans la région Languedoc-Roussillon. L'erreur est manifeste, elle ne sera jamais rectifiée puisque l'on est dans une logique de flux et non d'échanges, encore moins d'interactivité complète. Le langage de flux interdit de revenir en arrière pour rectifier le message précédent. Mais le message de flux peut être lu et l'erreur reprise donc.

Les distinctions entre l'Ascension du Christ (qui est monte de lui-même vers le Père, juste après sa mort à Pâques) et l'Assomption de la Vierge (qui est montée vers le Ciel par une vertu magique que je ne m'explique pas) est une sorte de casse-noix théologique. La Vierge (qui n'est pas vierge tout en étant vierge quoiqu'ayant enfanté) monte directement au Ciel par la volonté divine, sans que quiconque s'interpose pour dire qu'elle devrait mériter le purgatoire. Passons sur la niaiserie de cette fable théologique. L'ascension est plus dure à démontrer, Jésus resuscité monte lui par ses propres moyens vers la voûte céleste. Cela demande beaucoup de carburant.

Disons que Marie est de l'école Star Trek qui déclarait haut et fort dans des séries en combinaison de centre fitness : "Téléportation". Jésus était lui de l'école plus héroïc fantasy et il allait directo au père sans lui demander sa permission. Ce distinguo subtil et fort théologique permet de comprendre que l'ascension du Christ et l'assomption de Marie n'ont aucun rapport. Jésus est du genre de Conan le barbare, c'est un dur, c'est un sévère, un grave de grave, et il en veut, il en bave. Il va donc tout faire pour tout mériter et il ne veut pas que son père le rappelle pour lui dire qu'il a dit des bêtises. Marie, ce n'est pas pareil, elle a des qualités, mais ce n'est qu'une femme, donc on ne va pas la faire monter au Ciel de la même manière, parce que sinon dans quel monde vivrait-on ? Une femme qui est la mère de Dieu, c'est déjà beaucoup, mais s'il faut qu'elle devienne Dieu elle aussi comme son fils cela commencerait à nous fiche la pagaille dans notre bordel théologique ! Alors que l'on proclame le monothéisme tout en ayant trois dieux en un, plus une pour circonvenir les déesses païennes. Pas raisonnable.

vendredi, 26 février 2010

La Suisse apostate

Le Guide Suprême (ne négligeons surtout pas les capitales dans son cas) de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste a déclaré :

« C'est contre la Suisse mécréante et apostate qui détruit les maisons d'Allah et interdit les minarets que le jihad doit être proclamé par tous les moyens ».

Diable ! Que voilà une étrange situation... J'ignorais que la Suisse fût auparavant un Etat islamique. Parce que si elle doit être qualifié d'apostate, il aurait fallu qu'il y eût une religion d'Etat et alors musulmane et qu'elle y renonçât. Or la seule guerre vaguement religieuse que je trouve au sujet de la Suisse opposait les catholiques et les protestants ou les conservateurs et les libéraux. Comment peut-on alors parler d'apostasie en ce cas ? Certes, le référendum contre les minarets était des plus imbéciles, mais la Suisse n'a jamais été un pays qui avait fait de l'islam sa religion d'Etat et d'ailleurs il n'y a pas de religion d'Etat au sens où on l'entend ou alors il y a 26 formes de religions d'Etat selon chaque canton, parce que dans un canton comme Genève on applique des règles exactement similaires à celles de la France en matière de séparation et à Zürich des règles plus proches des pays germaniques. Ce qui avait été parfaitement crétin dans l'initiative de l'interdiction des minarets (et non des mosquées comme tente de le faire croire le Guide Suprême de la Grande Jamahiriya, etc.), c'est que ce sont les cantons les plus laïques et les plus pourvus de mosquées qui ont voté contre, et ceux avec une religion d'Etat (souvent protestante) qui ont voté pour. Mais dans aucun des cantons suisses la religion musulmane n'est reconnue comme religion d'Etat et il ne peut y avoir alors d'apostasie. Si je dis que le Guide Suprême débloque à fond depuis quelques décennies, je me livre à un crime digne du blasphème et si je dis qu'il est incapable de s'exprimer avec des mots ayant un sens un peu cohérent, je dois être une sorte de créature satanique. Et mis à part cela, on a reçu en France ce bouffon avec des honneurs et des égards totalement indus, sous prétexte qu'on allait lui vendre une ou deux centrales nucléaires qu'il n'a toujours pas achetées puisque son pays regorge encore de pétrole.

mercredi, 09 décembre 2009

Mauvaise copie de sciences-po

Voici deux lignes du discours de notre admirable président au sujet de l'identité nationale. Pas n'importe lesquelles. Les premières.

Par référendum, le peuple suisse vient de se prononcer contre la construction de nouveaux minarets sur son territoire. Cette décision peut légitimement susciter bien des interrogations.

Il est déjà un peu inhabituel de commencer un discours politique intérieure par des considérations sur la politique intérieure d'un autre pays, d'ailleurs non membre de l'Union européenne et ayant gelé (2003) sa demande d'adhésion (1992) à l'Union européenne. Dans le cas où la Confédération aurait été candidate à l'Union, il aurait fallu poser la question aux citoyens suisses et le résultat aurait été sans appel : seuls les cantons romans et Bâle-Ville - qui ont voté contre l'interdiction des minarets - auraient accepté d'être intégrés dans l'Europe. La partie la plus européenne de la Suisse est justement celle qui ne craint pas les minarets et est aussi celle qui abrite le plus de musulmans, d'ailleurs originaires d'Europe centrale. Le débat suisse était faux.  

Il est encore plus inhabituel de voir poser les termes du prétendu débat sur l'identité nationale en ayant recours à la citation d'un vote qui s'est déroulé après que le prétendu débat français a été lancé. Comme si le vote suisse devait légitimer rétrospectivement des interrogations qui n'ont pas lieu d'être. Dans le style lourdingue qu'on lui connaît, Henri Guaino a voulu trouver une accroche afin de développer ensuite amplement son pensum qui sent fortement l'introduction pataude d'un étudiant de première année de Sciences-Po. Commencer par raccrocher le sujet à une question d'actualité afin d'élargir ensuite, même si cela n'a pas vraiment de rapport. L'important, c'est de dire que l'on a posé une question et montré qu'on lit les journaux.

Seulement, le nègre présidentiel se trahit par son inculture des autres civilisations, notamment européennes : il ne s'agissait pas d'un référendum à la mode gaulliste, mais d'une votation et plus précisément d'une initiative populaire fédérale. Le référendum est demandé en Suisse par l'Assemblée fédérale, l'initiative populaire est demandée par un nombre de citoyens et de cantons. Les deux termes sont différents en Suisse, mais pour la plume présidentielle, c'est comme en France et rien n'a changé depuis des siècles. On n'a pas encore vu la queue d'un référendum d'initiative partagée en France depuis la réforme de la constitution, malgré la votation au sujet de La Poste. Mais quand les fausses questions sont posées en Suisse, elles sont plus légitimes que les questions posées en France au sujet de l'avenir des services publics.

Je signale au passage qu'il a existé une initiative populaire fédérale de même type qui a interdit l'abattage de bétail de boucherie sans l'avoir assommé au préalable. Elle a été votée en 1893. Voyons voir. Qui cela pouvait-il bien viser au nom de la lutte contre la souffrance animale ? Il n'y avait pas encore beaucoup de musulmans en Suisse pour exiger de la viande hallal avec égorgement de l'animal conscient, la tête vers l'Est ? Mais, mais... ce devait être donc des juifs ? La loi de 1893 interdisait de fait la viande cachère et maintenant elle interdit aussi la production de viande hallal. Elle s'applique toujours et les viandes rituelles proviennent toujours en Suisse de l'étranger, la France ou l'Allemagne. Sans le dire explicitement, on demandait l'application d'une politique antisémite ou visant à éliminer les juifs les moins intégrés à la communauté suisse qui se définissait par son christianisme avant tout. Ce qui était exigé, c'était l'abandon même de formes religieuses privées, voire de la confession, et mieux de la conversion. Disons-le, il s'agissait d'une forme de persécution douce avec des prétextes humanitaires. Tout en Suisse est fort poli. Mais on sait si bien y respecter son identité nationale (ses vaches, ses montagnes, son chocolat, ses montres de luxe et son secret bancaire). Un exemple d'intégrité !   

J'en reviens à la fameuse tribune guainoïesque. Ce qui me frappe, c'est que l'on n'y parle que de religion, de croyance, de foi. Tout est défini par ce que l'on croit. Le droit à la non-croyance, au doute, au simple scepticisme, à l'indifférence ou à la diversité des attitudes en une personne n'est pas reconnu. Chacun est enfermé dans une bulle et surtout les opinions de libres-penseurs - agnosticisme, athéisme - sont totalement évacuées. Cela n'existe plus dans le délire tribaliste d'un Guaino qui répète à satiété "le peuple". Il faudrait sans cesse se situer en permanence comme la caricature de soi afin de refuser la caricature inexistante de l'autre. La question des minarets ou de la pseudo burqa est du même ordre : exagérer quelques comportements marginaux et leur importance afin de dresser les Français les uns contre les autres par leurs réactions.

Cela finira mal.

dimanche, 29 novembre 2009

Les trente deniers de la trahison des textes

Il ne s'agit que de l'une des nombreuses énormités du dernier Blake et Mortimer scénarisé par le sinistre Jean Van Hamme qui n'est plus à une idiotie près. Que voit-on dans ce dessin (voir l'image pour comprendre la suite) ? D'abord, l'emploi des capitales pour crier le nom de Judas alors que c'était inutile dans le fil du texte assez long de cette bulle. C'est le mauvais goût jacobsien habituel, mais cela aurait pu mieux passer si ce nom avait été celui d'un des ennemis des héros de la série et ici c'est pour désigner un personnage qui n'est jamais apparu avant. On peut se demander si Mortimer n'est pas un fervent chrétien de tendance évangélique tellement il crie ce nom. Ensuite, des erreurs de construction : il faut préférer l'Evangile selon Matthieu pour les protestants et selon saint Matthieu pour les catholiques, mais l'Evangile de Matthieu ce n'est pas sérieux. Les Actes des apôtres (sans capitale) sont certainement de Luc selon les chercheurs, mais ils ne sont pas attribués à cet apôtre dans les différentes éditions du Nouvel Evangile. On écrit donc simplement les Actes des apôtres, voire les Actes.

Ensuite, plus étonnant, c'est que Mortimer soit capable de citer exactement la cote des passages bibliques en question, comme dans une bibliographie. Cela peut faire partie du charme désuet de cette série, mais je ne crois pas que beaucoup de personnes  - hormis quelques prêtres et savants - sachent exactement les numéros des versets et chapitres de la Bible. Et ce n'est pas le genre de chose que l'on dit dans le feu d'une discussion. Mais connaissez-vous beaucoup de personnes qui soient capables de parler comme dans une bibliographie en disant Matthieu XXVII, 5 ? Moi, si je connaissais la référence exacte, je la dirais en parlant de Matthieu, chapitre XXVII, verset 5.  

Mais ce qui me retient avant tout, c'est que Mortimer déclare que Judas s'est suicidé le jour même de la crucifixion. Or il faut consulter les textes.

Voici ce qu'on lit dans les Actes (traduction Louis Segond, on ne se corrige pas) :

Hommes frères, il fallait que s'accomplît ce que le Saint Esprit, dans l'Écriture, a annoncé d'avance, par la bouche de David, au sujet de Judas, qui a été le guide de ceux qui ont saisi Jésus.
Il était compté parmi nous, et il avait part au même ministère.
Cet homme, ayant acquis un champ avec le salaire du crime, est tombé, s'est rompu par le milieu du corps, et toutes ses entrailles se sont répandues.

Mais on ne trouve pas de trace de suicide au moment de la crucifixion dans Matthieu, Judas refuse l'argent qui lui avait été offert par les pharisiens lorsqu'il apprend la condamnation de Jésus, il le jette aux pieds des prêtres juifs qui ne savent qu'en faire et qui se déterminent à créer avec un cimetière pour les étrangers.

Judas jeta les pièces d'argent dans le temple, se retira, et alla se pendre.

La pendaison le jour de la crucifixion est une invention totale de Van Hamme à partir d'évangiles apocryphes comme celui de Pierre et de légendes médiévales. L'exégèse biblique de Mortimer me semble manquer quelque peu de fondements. Elle s'inscrit en fait dans une version antisémite largement popularisée dans laquelle Judas est le juif déicide par excellence, alors qu'il est dit qu'il a livré Jésus au sanhedrin, lequel l'a livré ensuite aux Romains afin qu'ils acceptent leur sentence (ce que nie Van Hamme dans une case précédente où il parle de livraison pure et simple aux Romains). Les textes bibliques se contredisent entre eux, mais enfin... on ne peut pas leur faire dire ce qu'ils n'ont jamais dit ! C'est une construction mythologique postérieure à partir de la contamination de deux récits différents. Mais de là à reproduire ses mauvais souvenirs de catéchisme mal appris...       

dimanche, 18 octobre 2009

Jonas

Je m'appelle Jonas Carex. J'ai cinquante ans. Je suis divorcé d'une femme intelligente, fille  de médecin, qui s'est remariée avec un médecin. Tout est bien. J'ai deux fils, un ingénieur et un chercheur en biologie. Ils sont heureux et beaux. Tout est encore mieux. Je ne les vois plus.
J'ai gagné assez bien ma vie dans le commerce des tableaux. N'en parlons plus. J'ai aimé, palpé. J'ai recherché tant de tableaux dans ma vie, et de gravures, de dessins, d'estampes et de sculptures - sans compter les pièces d'art nègre et polynésien, et les innombrables peintures sur bois que l'on m'a proposées pendant vingt-cinq ans - que j'en suis dégoûté à jamais. A l'heure qu'il est je puis passer devant la boutique d'un ancien confrère dans n'importe quelle ville de Suisse ou d'Europe, sans même tourner le regard vers les pièces qu'elle nous offre. Je ne vais plus aux vernissages ni aux expositions. Je jette sans les ouvrir les invitations et les catalogues des galeries, et au cours des années, j'ai débarrassé ma bibliothèque des livres d'art qu'elle contenait. Voilà qui est dit.

Jacques Chessex

samedi, 17 octobre 2009

Judas le transparent

Le temps pascal

Je ne sais pas comment le diable est entré en moi. Les rives du Rio verdoient. Aujourd'hui est née l'herbe fine. La preuve : un troupeau de moutons a dérivé dans la combe heureuse tandis que le ricanement habituel me secouait.
Les rives du Rio verdoient. L'air est doux, il y a des violettes sur les talus et des pervenches comme des regards d'ange autour de la faille des couleuvres. Un chat orange traverse le chemin. C'est bon signe : de gauche à droite. Le pays joue un grand rôle dans nos journées : l'air à neige, la rivière qui vire au torrent après les pluies, les faire-part mortuaires, les bûcheronnages de premier printemps, la laiterie, les permis de conduire retirés, les accouchements, la boucherie. Le passage de l'ombre et de la lumière sur les prairies. La chouette qui appelle derrière le cimetière. La pleine lune. La lune noire. Et les mois à deux lunes. Les suicides que l'on essaie de cacher. Les voitures pliées et les incendies. Les divorces. Les cancers. L'heure qui sonne. Qui peut se vanter de vivre ces saintetés comme un élu ? Le rire gagne.
Mauvais, le rire. Il monte en moi le matin. Il noircit l'air, il empoisonne le printemps comme l'odeur des charognes des suppliciés au bord des routes. Pourtant tout va pour le mieux.

Jacques Chessex

mercredi, 14 octobre 2009

Ma conversation de blogueur avec Guy Gilbert

Le Petit Champignacien ne reculant devant aucun sacrifice a décidé d'interroger le curé-loubard préféré des médias, le père Guy Gilbert pour lui poser des questions au sujet de la position de la Sainte Eglise apostolique, catholique et romaine.

LPCI : Bonjour mon père.
GG : Putain de bordel de merde ! Ne commence pas comme ça, Ducon, tu dois me dire Guy comme tous mes potos ! On est tous frères, on est tous égaux devant Jésus-Christ ! Merde-chiotte, quoi ! Evoé !
LPCI : Que pensez-vous...
GG : Tu vas pas me vouvoyer durant toute cette interview chiante comme la mort ? Qu'est-ce que c'est que ce truc d'un autre âge ! Y faut évoluer avec son temps ! Figure-toi mon pote que je tutoie Dieu, c'est révolutionnaire non ?
LPCI : Je ne sais pas, j'ai eu une éducation religieuse protestante et j'avoue que cela se pratique depuis quelques siè...
GG : Mais foutre de merde ! Je suis partisan du dialogue œcuménique, interconfessionnel, intergénérationnel, international et interplanétaire depuis des lustres ! Je me fais chier à le dire depuis des années, donc tu vas pas m'emmerder en me disant que les protestants tutoient Dieu depuis plus longtemps que moi. L'important, c'est que l'on avance dans la même direction, quoi ! et on passe le balai de chiottes ! Hosannah !
LPCI : Je voudrais d'abord que l'on commence par évoquer la réception de la dignité de chanoine du Latran par notre admirable président. Qu'en pensez-vous ?
GG : Tu continues à me tutoyer, hein Dugland ? Tu me cherches vraiment ? Tu vas voir ta tête si tu continues... Putain ! Alleluiah ! Je trouve cela très courageux de la part de quelqu'un qui n'a jamais ouvert la Bible auparavant et qui a dû sécher toutes les séances de catéchisme vu la façon dont il se comporte. Il faut avoir des couilles pour déclarer, je cite : "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance."  Là, c'est vraiment du texte couillu ! Putain de chiotte ! Que faut-il de plus ? C'est vrai qu'un instituteur ne pourra jamais avoir la grandeur d'âme qui est la mienne ! Putain ! Evoé !
LPCI ; Et que pensez-vous de la présence de Jean-Marie Bigard lors de cette cérémonie ?
GG : Tu continues à me vouvoyer comme le premier con que je rencontre, cela va mal finir. Bigard, c'était normal, putain ! c'est un  croyant, donc il a toute sa place dans la seule église authentique, véritable, réelle et il a parfaitement le droit de rencontrer Notre Très Saint Père, Benoît XVI, béni soit son nom prédestiné et putain de chiottes ! Il n'a jamais dit un seul texte qui offenserait notre Sainte Eglise et il se prosterne ou prie trente fois par jour, putain ! plus qu'un islamiste pratiquant et fondamentaliste ! Cela mérite d'être remarqué, putain ! Emmanuel ! 
LPCI : Justement, parlons de Benoît XVI et de certaines canonisations comme celle de José-Maria Balaguer, le fondateur de l'Opus Dei.
GG : Putain d'enculé, tu me cherches vraiment ! Mais la modernité, c'est ça ! Faut pas avoir des complexes comme des salopards de parpaillots frustrés et puceaux qui sont enculés par le politiquement correct, bordel ! L'Opus Dei est au service de Dieu, putain ! que son nom très saint soit loué, Alleluiah, Emmanuel et putain de bordel de foutre ! E
t pas de ses membres même si cela ressemble à la Mafia ! Cela ne se discute même pas et il faut être archaïque pour le faire... 
LPCI : Eloignons-nous de ces sujets compliqués? Quelle est votre stratégie Internet personnelle ?
GG : On va pouvoir me trouver sur FaceBook, Twitter, Dailymotion, Copains d'avant, iTunes, je vais faire des prêches en ligne et des invitations à la prière comme les imams et les rabbins branchés, putain de je ne sais quoi ! Amen !
LPCI : Un sermon en 140 signes, cela peut être difficile sur Twitter.
GG : Rien n'est impossible à qui croit en Notre Seigneur, bordel de merde ! Y faut s'adresser au peuple comme il parle, putain de con ! Quitte à l'abaisser.
LPCI : Allez-vous ouvrir un blogue et où ?
GG : Toi, je vais te défoncer la tête puisque tu continues à me donner du vous. Le blog, c'est sûr que je vais l'ouvrir comme beaucoup de mes potos curés, c'est un truc que je kiffe trop, putain ! J'y raconterai ma life et je compte avoir beaucoup d'occasions de lol. 
LPCI ; J'y pense maintenant, vous ne m'avez pas encore présenté la choucroute qui doit être présente dans toute rencontre avec un blogueur. 
GG : La choucroute, mais je vais te la mettre dans la tronche, mon pote ! Bordel ! Tu n'as pas arrêté de me vénère avec tes questions en portnawak ! Attends un peu...
LPCI : Je me sauve alors !
GG : Tu n'es pas sauvé puisque tu ne crois pas dans le bon Dieu dans la bonne Eglise' ! Putain ! Salopard d'hérétique, de schismatique, de païen, d'agnostique et d'athée ! Merde ! Evoé ! Mais tu restes mon frère en Christ malgré tout ! Bordel ! Hosannah !


(Note personnelle ; j'ai rencontré réellement Guy Gilbert quand j'étais en classe terminale et j'ai trouvé un peu étrange que l'on fasse des prêches religieux dans un lycée public et sous le prétexte de philosophie, mais comme cela se passait en Alsace c'était très particulier.)

mercredi, 02 septembre 2009

Du danger de la lecture

Quand on réintègre des intégristes lefebvristes dans la Sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, cela donne ce genre de courrier :

 

Abbé Régis de Cacqueray, Supérieur du District de France

Suresnes, le 25 août 2009

« De nos jours plus que jamais, la force principale des mauvais, c'est la lâcheté et la faiblesse des bons, et tout le nerf du règne de Satan réside dans la mollesse des chrétiens. »

Saint Pie X s'adressant à l'évêque d'Orléans après la béatification de Jeanne d'Arc, le 13 décembre 1908.



Le Bulletin officiel n°15 du 9 avril 2009 de l'Education Nationale a fait connaître la liste des œuvres obligatoires inscrites au programme de langues et cultures de l'Antiquité de la classe terminale des séries générales et technologiques. Pour le latin, l'œuvre unique est « L'art d'aimer » d'Ovide. Cette oeuvre se trouvera encore au programme de l'année 2011.

« L'art d'aimer » est une œuvre érotique du poète Ovide uniquement consacrée à exposer aux hommes d'abord, aux femmes ensuite, touts les conseils pour séduire. L'amour est ravalé à un exposé complaisant des moyens les plus dégradés et les plus cyniques pour parvenir à sa fin. L'auteur promeut la multiplication des partenaires et réduit la femme à l'état de proie.

Voilà la littérature sur laquelle les élèves de terminale des deux années à venir devraient se plonger pendant des mois !

Nous protestons et nous invitons tous les Catholiques et tous les hommes à qui il reste un sens moral à protester contre ce programme totalitaire qui constitue une véritable incitation publique à l'immoralité et à la débauche.

Nous vous recommandons de faire entendre votre protestation [1] auprès :

- du Ministre de l'Education Nationale

110, rue de Grenelle
75007 Paris

- du médiateur de l'Education nationale

Bernard Thomas,
61-65 rue Dutot
75732 Paris Cedex 15
mediateur@education.gouv.fr

Nous invitons tout spécialement tous les parents, les professeurs et les Directeurs d'établissement scolaire à se mobiliser et à faire connaître leur opposition à un tel programme.

Abbé Régis de Cacqueray ,
Supérieur du District de France.
Suresnes, le 25 août 2009

vendredi, 05 juin 2009

L'oeil était dans le bouillon...

A quoi vous fait songer cette image tirée d'une récente couverture de Charlie-Hebdo ?

sarkojetevois-original.jpg








A cela ?

blake.jpg












Mais Blake est trop ésotérique et il nous renvoie au mystère de l'origine de notre regard sur le monde que nous créons et par lequel nous sommes créés ou détruits d'un regard. Son dieu est dans un oeil qui semble ne pas avoir de face et qui peut être dans un corps plus infini.


A ceci ?

oeildieu.jpg












L'oeil de Dieu - qui avait été repris parmi les symboles francs-maçons après toute l'imagerie chrétienne, puisque les premiers francs-maçons devaient affirmer leur foi. D'où cela vient-il ? Pas de ces vers célèbres :

Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C’est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn.

Mais d'une idée bien plus ancienne :

Au maître chantre. Psaume de David. Eternel, tu m'as sondé et tu m'as connu.
Que je sois assis ou debout, tu en as connaissance ; Tu découvres de loin ma pensée,
Tu me vois marcher et me reposer Et tu as une parfaite connaissance de toutes mes voies.
Car la parole n'est pas sur ma langue, Que voici, Eternel, tu connais déjà tout.
Devant, derrière, tu m'enserres, Et tu mets ta main sur moi...
Science trop merveilleuse pour moi ! Et si élevée que je ne puis y atteindre.
Où irais-je loin de ton Esprit Et où fuirais-je loin de ta face ?

Il est plaisant de voir un journal qui se dit laïque reprendre des symboles profondément religieux, même dans la franc-maçonnerie traditionnelle. Peut-être est-ce l'oeil de Hugo exprimant alors la conscience de l'homme criminel plus que le regard d'une puissance supérieure sur son sujet comme dans l'imagerie chrétienne, mais si la forme de l'oeil détaché de tout corps n'appartient plus trop à la culture contemporaine à forte conscience idéologique, elle continue à vivre de manière informelle dans la publicité qui multiplie les détails agrandis sur des parties du corps et la connotation ancienne n'a pas totalement disparu.

Et nous nous trouvons dans cette polysémie : celui qui voit est le juge suprême qui sait tout de l'accusé ou qui est le martyr (étymologiquement le témoin). Il y a là une ambivalence que je ne lèverai pas. L'autre point à relever est le renversement de l'instance d'autorité, car celui qui veut voir tout à travers des caméras, des portiques de sécurité, des logiciels espions, des veilles internet, des contrôles d'identité, des écoutes, des petites délations est désigné comme celui qui peut être jugé. Situation abominable lorsque l'on se veut l'oeil d'un autre et que l'on a abandonné sa propre conscience à celle de l'Un.

mercredi, 22 avril 2009

La capuche, voilà l'ennemi !

Hervé Chabaud le réclame haut et fort, et pour une fois je ne peux qu'approuver ses propos vigoureux :

Si les magistrats sont circonspects face à cette initiative sécuritaire cautionnée par Nicolas Sarkozy, les policiers et les gendarmes réclament des moyens et estiment que des encagoulés ou des encapuchonnés qui s’en prennent à un individu doivent être jugés responsables de leurs actes collectivement.

Il est plus que temps de bannir de nos villes des bandes de voyous encapuchonnés ! En voici un exemple fort exemplaire :

cape01.JPGQu'est-ce que l'on attend pour embastiller ces salopards anarcho-autonomes de moines franciscains qui osent défiler avec des capuches dans nos rues en bande organisée et de manière consciente ? Il serait temps de mettre fin à un tel déréglément et une telle violence, parce que non... les capuches, cela ne peut être très catholique. Vivement le retour de la sainte Inquisition, je vous assure et débarrassons-nous des hérétiques...

dimanche, 12 avril 2009

Chemin de croix et d'absurdité

Quand je lis des âneries comme celle-ci, je me demande si cela vaut vraiment la peine de baptiser encore des gens qui disent d'autres imbécilités du même type :

« Le Christ est d'ordinaire représenté par le prêtre, aujourd'hui nous avons l'honneur de le symboliser. Attention, ce n'est pas une démarche personnelle, ça s'inscrit dans une démarche d'église. Ce qui est important, c'est que la croix marche et que tout le peuple suit derrière ».

Le Christ a toujours été repris de manière symbolique par les chemins de croix qui datent de plusieurs siècles et qui remontent presque à la plus haute Antiquité ! Le port de la croix lors d'un parcours pascal n'a jamais été le privilège d'un prêtre, bien au contraire ! Il y a confusion complète avec le rite de la communion où le prêtre agit comme le Christ et donc fait comme s'il était lui-même Dieu (ce qui me paraît toujours téméraire). Mais le port de la croix par des laïcs sur un chemin n'est pas nouveau, n'a rien d'original, n'a pas été le privilège des prêtres et n'est pas symbolique d'un nouvel état de l'Eglise. Cela ne témoigne que d'une chose : l'inculture crasse des nouveaux convertis qui nient l'histoire ancienne où on avait déjà besoin de laIcs faute de prêtres en nombre suffisant pour porter à eux tous la fameuse croix.

courbet.jpg

dimanche, 07 décembre 2008

Bible in Slang

Les Anglais sont tous fous par définition et c'est même une condition pour devenir britannique - dans leur langage cela se traduit par original -, mais enfin si l'on publiait de telles versions de la Bible en français, je me dis que l'on entendrait des cris d'orfraie de la part du haut épiscopat ou au moins des associations traditionnalistes :

Ainsi la fin du Notre père ("For thine is the kingdom, the power and the glory" – car c’est à toi qu’appartiennent, le règne la puissance et la gloire…) devient "You’re the Boss, God, and will be for ever, innit?" (T’es le chef, Dieu, et ça sera pour toujours, d’accord ? »)

Mais en Grande-Bretagne, Dieu et le commerce vont main dans la main pour le meilleur des mondes. La Bible reste une excellente source de profit entre Harry Potter, Barbara Cartland et Agatha Christie, il ne faut surtout pas la négliger à l'approche des fêtes de fin d'année alors autant la revendre avec une autre sauce. Tandis qu'en France ce genre de transposition serait réservé aux blasphémateurs plus ou moins libres penseurs et rationalistes, avec menaces de procès à la clé.

dimanche, 14 septembre 2008

Etat de siège

Toujours de l'incomparable monseigneur Lefebvre de l'UMP, cette autre sortie au sujet du tourisme papal :

L’UMP rappelle toutefois à François BAYROU que si le Pape Benoît XVI, à l’instar de ses prédécesseurs, est certes le chef de la première religion de France il est également chef d’un Etat, le Vatican.

On ne sait donc toujours pas que le Vatican n'a jamais été un Etat, mais un lieu : la colline (ou plutôt l'ancienne colline) du Vatican. Le nom de l'Etat est celui du Saint-Siège, observateur et non membre de l'ONU. Comme la France est en fait la République française (laquelle existait encore à Londres durant une époque trouble). Il pourrait parfaitement être ailleurs qu'au Vatican et il l'a été parfois au long de l'histoire. Il existe un protocole diplomatique et il a été bafoué dès l'arrivée du pape pour ce qui n'est pas une visite d'Etat ou une visite diplomatique. Et c'est là que se trouve le problème, comme le dit le bon catholique Bayrou.

Suprématie du pape

Trouvé via le Charançon libéré cette saillie de l'inestimable porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre :

L'image donnée par François HOLLANDE, Jean-Luc MELENCHON et Julien DRAY à l'égard du Pape, chef spirituel des Chrétiens, est celle de l'intolérance et du dénigrement ; c'est une véritable insulte à tous les Chrétiens de France.

Voilà qui va faire plaisir aux représentants des différentes églises protestantes, orthodoxes, arménienne, géorgienne, syriaque, copte présentes en France... Que je sache, le problème - au delà des différences de rites, de sacrements, de livre ou de point de vue doctrinal -, c'est que toutes ces églises refusent la suprématie du pape et de Rome sur leurs affaires et qu'elles ne le considèrent pas comme leur chef spirituel. Faire des catholiques les seuls chrétiens, c'est exactement la position de l'Eglise pour laquelle les autres sont des schismatiques ou des hérétiques (cela agit aussi à l'envers, rassurez-vous). Ce point de vue est soit bêtement doctrinaire et au service de la seule Eglise apostolique, catholique et romaine au détriment des autres, soit témoigne d'une ignorance crasse en matière de religion. Dans les deux cas, on peut dire que le principe de laïcité est totalement bafoué au nom d'une prétendue laïcité positive. Il m'est déjà arrivé en cours de devoir expliquer qu'un orthodoxe ou un protestant est aussi chrétien qu'un catholique, mais le poids de l'ignorance et des préjugés peuvent s'expliquer chez un élève encore en formation ; en revanche, sous la plume d'un député, cela devient de la bêtise à l'état brut. On a fait des guerres de religion pour moins que ça. Quand on songe que le député chevelu veut que tous ses communiqués soient diffusés par l'AFP par souci de neutralité, cela donne une idée de ce qu'il entend par là : la propagande d'un camp et d'un seul. Lefebvre ne se rend même pas compte qu'il insulte ainsi les chrétiens non catholiques - lesquels sont aussi nombreux sur la planète que les catholiques et qui sont quand même un peu présents aussi en France. Si cela venait du pape, ce serait normal, c'est la position officielle de l'Eglise ; mais, venant d'un député du peuple, cela fait vraiment désordre et indique bien que toutes les églises ne sont pas également traitées dans la laïcité dite positive.

 

dimanche, 07 septembre 2008

Pope Star

Monseigneur Vingt-Trois :

Les rassemblements que le pape va présider à Paris et à Lourdes ne seront pas des meetings, mais des rassemblements de prière.

J'ai du mal à faire une différence exacte entre les deux. Peut-on m'aider à y voir plus clair ? Quelle différence avec un télévangéliste ou un leader politique ? (Inutile de me dire que je suis de toute manière maudit et excommunié pour la Sainte Eglise catholique, apostolique et romaine, et qu'un hérétique ne peut jamais comprendre les voies du Seigneur.)

lundi, 15 octobre 2007

La doctrine des piqûres

L'abbé Werhlé complétait son enseignement par des leçons de choses sur l'Enfer, Epicure - ses voluptés, ses plaisirs charnels - était son adversaire principal. Cette haine d'Epicure n'a aucune importance, direz-vous. Je ne  suis pas de votre avis. J'ai retrouvé mon cahier. J'ai pu ainsi découvrir que je ne faisais pas très attention au sens des paroles qu'on me donnait à entendre. Pendant trois ans, quand l'abbé Werhlé dictait : "la doctrine d'Epicure", j'écrivais "la doctrine des piqûres". Comment ai-je pu faire cette erreur, moi qui vivais dans la peur d'être piqué par une guêpe ou un serpent ? C'est peut-être le pluriel qui me rassurait. J'avais peur d'une piqûre. Celle qui allait m'arriver inexorablement. Je n'avais pas peur des piqûres en général.

Pierre Dumayet

 

J'ai recopié le nom propre fidèlement, mais il me semble que sa graphie est fausse : il doit s'agir d'un abbé Wehrlé. Ce nom courant en Alsace est un diminutif de Werner, avec un allongement de la syllabe initiale.

vendredi, 25 mai 2007

Sur une mauvaise pentecôte

J'avais déjà parlé de la calembredaine du jeudi de la Pentecôte qui permet de constater le manque de catéchèse en France. Mais il existe aussi le lundi de l'Ascension que j'ai déjà évoqué au sujet de l'Oignon : 8 100 sur Google France (soyons juste, le premier résultat dit justement que cela n'existe pas), 4 170 en restreignant aux seules pages françaises. 1 page belge seulement. 2 pages suis suisses à peine. 0 page québécoise : bravo ! Mais on a encore 3 lundi de l'Assomption, dont 2 français. Que faire ? B16 propose de réévangéliser tout ce monde-là, mais j'y songe...  peut-être la confusion vient-elle du fait que la Pentecôte était fériée et chômée seulement en France – autrefois, lorsque les gens abusaient des ponts et des RTT et il était temps de mettre fin à ces abus.

jeudi, 17 mai 2007

Jeudi de la pentecôte

Petit gouglage suite à un commentaire idiot lu sur un autre blogue. 

Jeudi de pentecôte : 11 100.

Jeudi de la pentecôte : 1 180.

Pentecost Thurday : 53.

Thursday of Pentecost : 1. 

Les Anglo-saxons sont moins bêtes que les Français ou plus croyants ou plus attentifs aux fêtes et cérémonies. On a aussi un jeudi de l'assomption : 5. Mais attention ! une citation est humoristique, elle provient du Trombone illustré. Mais je me pose des questions sur le niveau des correcteurs de l'Express.

samedi, 17 mars 2007

Le pêcheur et son filet

Dans un quotidien du soir, je lis ce passage à propos d'un couple de catholiques pratiquants d'obédience strictement sarkozyste :

Leur positionnement politique, ils le résument par une phrase de l'Evangile : "Quand tu donnes un poisson à quelqu'un, tu l'aides pour la journée. Quand tu lui apprends à pêcher, tu l'aides pour la vie."

Ben, voilà du nouveau... Je ne savais pas que Jésus-Christ et ses apôtres étaient d'origine chinoise. Ils feraient mieux de lire la Bible, nos papelards, parce que si Jésus apprend aux pêcheurs l'endroit où jeter leur filet, il ne leur apprend nullement à pêcher mais à avoir foi en sa parole et son action. La morale de cette parabole évangélique, tout comme celle de la multiplication des pains et des poissons, est exactement opposée à l'idée que nos sarkolâtres veulent délivrer : la vraie ressource est dans le Christ qui pourvoit aux besoins des hommes et non dans l'absence d'assistance. Ce proverbe chinois (que l'on attribue parfois au Grand Timonier alors qu'il s'est contenté de le citer) est en fait une déformation d'une phrase du Huainanzi comme le signale ce blogue

mercredi, 14 mars 2007

L'esplanade des moqueries

Si l'on veut un jour arriver à une paix véritable, il faut que les catholiques aient libre accès à l'esplanade des Mosquées et que les protestants puissent aller prier au mur des Lamentations.

C'est un très grand diplomate qui s'est exprimé ainsi au sujet de l'Irlande du Nord. Je ne veux pas développer au sujet de la métaphore, puisque le mur des Lamentations et l'esplanade des Mosquées sont un seul lieu, mais ce n'est pas avec ce genre de référence très complexe que l'on peut résoudre un problème différent, et surtout en mélangeant tout et n'importe quoi.    

mardi, 12 septembre 2006

Baptistère et baptistaire

Le logiciel de correction orthographique du Monde a bogué :

En revanche, il [Benoît XVI] se recueille dans l'église saint Oswald (1857) devant le baptistaire où il a été aspergé d'eau bénite le jour même de sa naissance.

Le baptistaire est un registre ou un extrait d'acte de baptême. Le baptistère est l'édifice qui abrite les fonts baptismaux. 

samedi, 02 septembre 2006

Fable express 17

Rassemblés en concile, les cardinaux

Décidaient de ne plus laisser de chance

Aux hérétiques, aux musulmans, aux

Juifs et aux orthodoxes, sale engeance.

Moralité :

Latran versait des papes rances