samedi, 08 mai 2010
Ma discussion de blogueur avec Ivan Rioufol
Je me devais de terminer cette saison d'entretiens de blogueur en beauté et j'aurais bien voulu voir notre magnifique président. Après avoir rencontré tant de sommités de la pensée politique et philosophique — BHL, Alain Finkielkraut, Alexandre Adler, Éric Zemmour, Philippe Val, Christophe Barbier, Frédéric Lefebvre, Henri Guaino, Nadine Morano, entre autres —, il me fallait terminer en beauté. Mais qui alors consulter ? Je me suis dit que le mieux était de voir Ivan Rioufol qui exprime le mieux les valeurs de tolérance, de justice, de générosité, de bonté, de charité, de magnanimité, d'altruisme, de pondération, de sens de la mesure, le tout dans un univers de brutes dégénérées incapables de comprendre les droits de l'homme blanc.
LPCI : Monsieur Rioufol, je suis heureux de m'entretenir entre blogueurs...
IR : Je vous arrête tout de suite ! Vous avez osé condamner l'emploi de l'expression « politiquement correct » et déclaré que ceux qui l'utilisent sont des tartufes ! Vous m'avez insulté ! Je ne suis pas un conformiste asservi à son chef d'entreprise ! Je m'insurge en permanence contre des forces obscures qui me dépassent.
LPCI : Euh oui... Mais je ne vous ai pas traité de... et de... ou de...
IR : Plus un mot ! Votre ironie est d'origine totalitaire, elle est dangereuse pour notre civilisation, et vous exercez un pouvoir dictatorial sur ceux qui vous entendent ou vous lisent. Vous êtes enseignant ? Je n'ose imaginer quelle vulgate marxiste-léniniste, droit-de-l'hommiste, franc-maçonne et anti-occidentale vous délivrez à vos élèves qui doivent vous écouter sans pouvoir contester votre opinion suprême.
LPCI : J'ai pensé qu'il serait bon pour détendre l'atmosphère de manger une choucroute et c'est pourquoi j'ai apporté...
IR : Quoi donc ? Le plat de l'ennemi toujours honni qui ne veut pas sauver la Grèce, berceau de notre civilisation judéo-chrétienne ? Et cela en plus le jour saint de la capitulation ? Vous êtes décidément un mauvais patriote et moi je suis entré en résistance comme en 1940 d'autres Français courageux l'ont fait.
LPCI : Mais enfin... la choucroute est aussi française, puisque tous les Alsaciens-Mosellans n'ont pas trahi leur pays comme l'a dit notre vénéré président.
IR : Vous ne me ferez jamais croire qu'il a déclaré qu'il n'y avait aucun nazi convaincu parmi eux ! Ce n'est pas possible qu'il se livre à un tel acte de reconnaissance pour les « malgré-nous » après tout ce qu'il a dit contre les cérémonies commoratives et les formes de repentance.
LPCI : Acceptez un peu de cette choucroute. Vous savez, en Alsace-Moselle, les Français sont un peu des émigrés.
IR : Ah non ! Ce sont les alliés ingénus de l'obscurantisme qui s'expriment ainsi. Nous avons apporté les Lumières, la civilisation, le progrès, l'éducation dans un pays qui ne connaissait même pas l'imprimerie. Vous êtes décidément un adepte de la pensée unique, celle qui consiste à tout niveler par le bas comme dans les pays stalino-hitléro-écolo-islamistes.
LPCI : Je comprends très mal le rapport entre l'écologie et l'islam.
IR : C'est pourtant très simple ! Les écologistes se nomment les Verts et la couleur la plus symbolique de l'islam est justement... le vert. Les écologistes demandent à consommer moins de viande et les musulmans seulement de la viande halal. C'est pareil ! Ils veulent nous imposer un fascisme vert. C'est évident ! On voit bien ainsi que les deux mouvements sont liés depuis longtemps. C'est un complot mondial pour nous faire renoncer à nos valeurs par une forme de terrorisme intellectuel. Tout est lié.
LPCI : Je voulais vous interroger sur l'immigration et la nécessité de régulariser des...
IR : Je vous arrête tout de suite ! Des criminels !
LPCI : Mais enfin quelqu'un qui fait veut que sa famille vive en sécurité et en paix n'est pas un criminel, ni même un délinquant.
IR : C'est ce que vous dites ! Ces gens excisent tous leurs filles, égorgent des moutons dans des baignoires chaque semaine, font du ramdam à des heures indues, trafiquent de la drogue, volent des voitures, font porter des burqas y compris à leurs animaux femelles et tout cela n'est pas dénoncé au nom des complaisances du camp du Bien.
LPCI : Mais enfin... est-il normal que tant d'Africains croquent le marmot devant les préfectures ?
IR : Je suis ravi de voir que vous vous ralliez à mon avis ! Et il serait bon que notre excellent gouvernement après avoir lutté contre l'excision, le mariage forcé, la polygamie, le voile intégral ose s'attaquer à ce tabou que le politiquement correct interdit jusqu'à présent de dénoncer : l'anthropophagie ! Je souhaite que le gouvernement dépose au plus vite une loi condamnant fermement le cannibalisme et que des mesures très sévères soient prises contre les auteurs de tels faits. C'est vraiment un problème d'urgence nationale : il ne faut plus que les Noirs croquent le marmot devant les préfectures. Ce n'est absolument pas tolérable au XXIe s. et dans notre civilisation occidentale éloignée du politiquement correct.
LPCI : Mais ce n'est pas ce que j'ai voulu dire et...
IR : Vous n'y connaissez rien comme tous les adeptes des minorités visibles et vous êtes prêt à refuser de condamner qui est un tabou fondamental de nos valeurs judéo-chrétiennes — tabous que ces sociétés primitives ne connaissent pas du tout, comme le prouve l'ethnologie selon l'avis de mes amis Alexandre Adler et Alain Finkielkraut. Il nous faut bannir le cannibalisme de nos cités ! C'est une urgence nationale, parce que demain ces populations affamées ne mangeront plus seulement leurs enfants, mais aussi les nôtres et les droits-de-l'hommistes seront bien ravis d'être cuisinés entre deux piments et un peu de poivrons. Nous devons faire passer une loi en urgence afin d'adresser un signal fort contre les nouvelles formes de barbarie moderne ! Cela doit être une priorité gouvernementale et je demande que l'on établisse un fichier de tous les anthropophages potentiels. Je ne comprends pas pourquoi le parlement ne s'est jamais saisi de cette question d'une importance vitale, mais je sais bien à quoi nous ont conduits plus de deux cents ans de marxisme-lénisme nazifiant et droits-de-l'hommiste !
LPCI : Merci, monsieur Rioufol, mais nous ne partageons vraiment pas la même langue.
19:44 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (31) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, figaro, langue française, immigration, racisme
samedi, 19 décembre 2009
Le juif, cet étranger
Je lis cette phrase dans Libération :
«Cet acte constitue une véritable déclaration de guerre, provenant d’éléments dont nous ne connaissons pas l’identité, mais je suppose qu’il s’agit de néo-nazis animés par la haine de l’étranger», a déclaré son président, Avner Shalev.
Tout pro-sioniste que je sois, cela ne laisse pas de m'interloquer. Des néo-nazis, on en connaît de diverses nationalités, il en existe même des Français, des Belges, des Suisses et peut-être des Québécois ou des Etatsuniens. Alors comment pourraient-ils être contre l'étranger en soi ? Ils se regroupent entre néo-nazis de différents pays lors de fêtes fort païennes et ils ne semblent pas craindre alors l'étranger qui parle le même langage qu'eux. Qui est donc l'étranger ? C'est le juif, bien entendu ! Le juif est toujours l'étranger absolu (sauf que maintenant c'est devenu le musulman forcément terroriste par essence). On utilise un vocabulaire vieux de septante ans pour décrire une réalité actuelle ! Les étrangers que l'on chasse de France ne sont plus juifs, c'était vrai en 40, mais aujourd'hui ce sont d'autres et cela on ne l'entend pas parce que l'on confond étranger et juif. Non, les juifs ne sont plus étrangers en France et c'est heureux, oui il y a des étrangers qui subissent le sort des juifs autrefois. Ne confondons pas les mots. Aucun juif n'est l'étranger absolu. D'ailleurs, cela n'a même pas de sens que se proclamer juif ou français. Je ne comprends pas du tout cette déclaration absurde.
23:58 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, racisme
mercredi, 09 décembre 2009
Mauvaise copie de sciences-po
Voici deux lignes du discours de notre admirable président au sujet de l'identité nationale. Pas n'importe lesquelles. Les premières.
Par référendum, le peuple suisse vient de se prononcer contre la construction de nouveaux minarets sur son territoire. Cette décision peut légitimement susciter bien des interrogations.
Il est déjà un peu inhabituel de commencer un discours politique intérieure par des considérations sur la politique intérieure d'un autre pays, d'ailleurs non membre de l'Union européenne et ayant gelé (2003) sa demande d'adhésion (1992) à l'Union européenne. Dans le cas où la Confédération aurait été candidate à l'Union, il aurait fallu poser la question aux citoyens suisses et le résultat aurait été sans appel : seuls les cantons romans et Bâle-Ville - qui ont voté contre l'interdiction des minarets - auraient accepté d'être intégrés dans l'Europe. La partie la plus européenne de la Suisse est justement celle qui ne craint pas les minarets et est aussi celle qui abrite le plus de musulmans, d'ailleurs originaires d'Europe centrale. Le débat suisse était faux.
Il est encore plus inhabituel de voir poser les termes du prétendu débat sur l'identité nationale en ayant recours à la citation d'un vote qui s'est déroulé après que le prétendu débat français a été lancé. Comme si le vote suisse devait légitimer rétrospectivement des interrogations qui n'ont pas lieu d'être. Dans le style lourdingue qu'on lui connaît, Henri Guaino a voulu trouver une accroche afin de développer ensuite amplement son pensum qui sent fortement l'introduction pataude d'un étudiant de première année de Sciences-Po. Commencer par raccrocher le sujet à une question d'actualité afin d'élargir ensuite, même si cela n'a pas vraiment de rapport. L'important, c'est de dire que l'on a posé une question et montré qu'on lit les journaux.
Seulement, le nègre présidentiel se trahit par son inculture des autres civilisations, notamment européennes : il ne s'agissait pas d'un référendum à la mode gaulliste, mais d'une votation et plus précisément d'une initiative populaire fédérale. Le référendum est demandé en Suisse par l'Assemblée fédérale, l'initiative populaire est demandée par un nombre de citoyens et de cantons. Les deux termes sont différents en Suisse, mais pour la plume présidentielle, c'est comme en France et rien n'a changé depuis des siècles. On n'a pas encore vu la queue d'un référendum d'initiative partagée en France depuis la réforme de la constitution, malgré la votation au sujet de La Poste. Mais quand les fausses questions sont posées en Suisse, elles sont plus légitimes que les questions posées en France au sujet de l'avenir des services publics.
Je signale au passage qu'il a existé une initiative populaire fédérale de même type qui a interdit l'abattage de bétail de boucherie sans l'avoir assommé au préalable. Elle a été votée en 1893. Voyons voir. Qui cela pouvait-il bien viser au nom de la lutte contre la souffrance animale ? Il n'y avait pas encore beaucoup de musulmans en Suisse pour exiger de la viande hallal avec égorgement de l'animal conscient, la tête vers l'Est ? Mais, mais... ce devait être donc des juifs ? La loi de 1893 interdisait de fait la viande cachère et maintenant elle interdit aussi la production de viande hallal. Elle s'applique toujours et les viandes rituelles proviennent toujours en Suisse de l'étranger, la France ou l'Allemagne. Sans le dire explicitement, on demandait l'application d'une politique antisémite ou visant à éliminer les juifs les moins intégrés à la communauté suisse qui se définissait par son christianisme avant tout. Ce qui était exigé, c'était l'abandon même de formes religieuses privées, voire de la confession, et mieux de la conversion. Disons-le, il s'agissait d'une forme de persécution douce avec des prétextes humanitaires. Tout en Suisse est fort poli. Mais on sait si bien y respecter son identité nationale (ses vaches, ses montagnes, son chocolat, ses montres de luxe et son secret bancaire). Un exemple d'intégrité !
J'en reviens à la fameuse tribune guainoïesque. Ce qui me frappe, c'est que l'on n'y parle que de religion, de croyance, de foi. Tout est défini par ce que l'on croit. Le droit à la non-croyance, au doute, au simple scepticisme, à l'indifférence ou à la diversité des attitudes en une personne n'est pas reconnu. Chacun est enfermé dans une bulle et surtout les opinions de libres-penseurs - agnosticisme, athéisme - sont totalement évacuées. Cela n'existe plus dans le délire tribaliste d'un Guaino qui répète à satiété "le peuple". Il faudrait sans cesse se situer en permanence comme la caricature de soi afin de refuser la caricature inexistante de l'autre. La question des minarets ou de la pseudo burqa est du même ordre : exagérer quelques comportements marginaux et leur importance afin de dresser les Français les uns contre les autres par leurs réactions.
Cela finira mal.
16:25 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (33) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, guaino, suisse, immigration, islam; juif, antisémitisme, racisme, religion, politique
samedi, 26 septembre 2009
L'affaire Peyo
En lisant le quatrième et dernier volume de l'intégrale Johan et Pirlouit par Peyo, je lis ce qui suit et qui ne laisse pas de m'interroger.
On sait que lorsque les personnages de bande dessinée disent des gros mots, ceux-ci sont en général traduits par des signes ésotériques ou bien on invente comme Hergé des insultes avec des mots rares. Voici ce qu'aurait proposé Yvan Delporte à Peyo lors de la confection du Pays maudit, le douzième volume de la série, prépublié dans Spirou en 61, publié en album en 64.
D'habitude, les auteurs se servaient de caractères vaguement chinois, agrémentés de profils de marteaux, de bombes et de cochons. J'ai dit à Peyo "tu sais, il y a de formidables caractères yiddish qui pourraient faire l'affaire".
Le problème vient de ce que le personnage de Monulf énonce le nom de Belzébuth dans l'alphabet hébreu, puisque le yiddish utilise cet alphabet (je ne sais pas si les lettres ont été écrites dans le bon ordre). Ce personnage de méchant est un esclavagiste qui manie le fouet pour faire travailler les Schtroumpfs. Mais il présente aussi des traits typiques des caricatures antisémites. Petit, nez crochu, lippu, cheveux noirs et frisés, fine moustache, avide au gain. Tout le profil de l'oriental. Cela fait un peu beaucoup.
Pour sa défense, Peyo a avancé le fait que le nom de Monulf était celui d'un évêque de Liège. C'est le saint fondateur de la ville de Liège et il est l'éponyme d'une église. Difficile de trouver moins juif, mais il y a de quoi s'interroger au sujet d'un humour propre à la Belgique et fait de rivalités locales (Peyo n'est pas Liégeois, mais Bruxellois).
Pour l'édition en album, Peyo a supprimé les caractères hébreux et a adopté une forme plus classique de jurons en BD comme je le montre dans l'image en lien (il y a une autre case qui pourrait être aussi en cause).
Douze ans plus tard, Goscinny prend la défense de Peyo dans un entretien lorsque des personnes lui ont dit que c'était son portrait :
De bonnes âmes sont venues me dire que je devais me reconnaître dans Monulf. Ridicule ! La meilleure preuve, c'est que je ne sais pas me servir d'un fouet - si c'était le cas, j'en userais pour tous les auteurs en retard à Pilote. En plus, je connaissais trop bien Peyo pour savoir qu'il ne serait jamais permis une telle bassesse. Combien de fois n'ai-je pas entendu dire combien il était tatillon sur la question du bon goût dans l'humour.
Certes. Mais si Goscinny était juif, petit de taille, crépu, avec un nez très juif selon les critères raciaux des nazis, en fait... il ne deviendra rédacteur en chef de Pilote qu'en 1963 (il n'était pas aux manettes avant même s'il était à l'origine du projet), soit bien après la prépublication du récit. On ne peut assimiler l'exploiteur Monulf à Goscinny qui n'a jamais eu de rapports de travail avec Peyo et qui n'avait pas à exiger de planches de sa part. Avec sa courtoisie habituelle et son sens de l'humour, il dédouane son confrère de tout soupçon, mais ce n'est pas vraiment clair : Goscinny sert ici de caution juive par excellence pour un dérapage manifeste.
Il reste que les deux éléments différents, le portrait physique et moral de Monulf digne des représentations antisémites d'avant-guerre* et puis la superposition des caractères hébreux pour appeler à plus de gain et en outre avec la mention du nom du diable, c'était très lourd et cela ne visait pas une personne précise, mais tout un groupe ethniquement défini. On n'est pas très loin de la blaque de bistrot d'Hortefeux sur les Auvergnats qui ne sont pas des Arabes.
* Le Journal de Spirou a aussi accueilli quelques cases clairement antisémites durant la guerre sous le pinceau de Jijé dans la série titre. Jijé qui était un admirable dessinateur était aussi un catholique fervent de la plus grande tradition et avec des présupposés pas forcément corrects.
12:29 | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, bande dessinée, politique, racisme, antisémitisme
samedi, 29 novembre 2008
Putain de ta race !
Parmi les innombrables idioties de cette semaine, on trouve la polémique stupide et stérile autour de la fausse question des races humaines posée par le prétendu penseur non-politiquement correct, Eric Zemmour. Polémique relancée habilement par Vendredi et Marianne qui n'hésitent pas à tripatouiller dans les fosses d'aisance. Mais laissons la parole à notre penseur prétendument incorrect :
Aujourd’hui, on nie l’existence des races en se fondant sur des travaux scientifiques qui attestent que les êtres humains ont en commun 99% de leur ADN, mais qui redécouvrent des «types biologiques» ressemblant furieusement aux races d’antan.
Le seul problème, c'est que la population hominidée ayant 1 % de différence pour son code génétique avec l'espèce humaine, c'est... les chimpanzés ou les bonobos ! On voit ce que cela implique lorsque l'on parle de race blanche ou noire. En fait, il y a des variations au sein du grand répertoire du code génétique de l'espèce humaine, cela se produit toutes les 300 séquences et c'est pourquoi je suis différent de mon frère ou de ma soeur quoique issu des mêmes parents. Je ne suis pas mes parents, je ne suis pas comme mes cousins, je n'ai pas la même couleur de cheveux ou d'yeux qu'eux, je ne souffrirai pas forcément des mêmes maladies qu'eux et j'aurai un destin individuel. C'est ce que l'on nomme un phénotype ou un type. J'aurais pu avoir des cheveux plus blonds et des yeux vraiment bleus si la variante avait aussi bien joué que pour mon frère, ou j'aurais pu hériter de la peau plus noire d'un ancêtre inconnu.
Mais cela n'a rien à voir avec l'ensemble du code génétique de l'espèce humaine, car ces traits sont partagés sur tous les continents du fait de l'interfécondité des êtres humains. Il y a dans le discours racialiste et faussement scientifique de Zemmour deux erreurs : l'une prenant le sens du mot race tantôt dans son sens commun et non scientifique (celui des races d'animaux pour désigner en fait des variétés comme les chats persans ou birmans) afin de faire croire qu'il existe un caractère propre à une race comme aux animaux domestiqués et surtout sélectionnés par l'homme, l'autre en confondant les variantes du patrimoine commun des hommes avec les modifications du code génétique entre les espèces et les races (comme catégories scientifiques). C'est une double imposture à laquelle nous assistons. Je ne sais que dire devant de tels sophismes et de telles torsions des faits scientifiques ou des mots tels qu'ils ont été vraiment définis. L'imposture me paraît évidente. Sa déconstruction beaucoup plus difficile. Jouer sur les mots ne sert pourtant à rien.
22:15 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : politique, racisme, journalisme, presse
mardi, 21 octobre 2008
L'antiracisme et le féminisme sous l'ère mitterrandienne
Nous continuons notre série de cours afin d'aider Jean-Steevyn et Mariah-Samanthah à obtenir leur bac STG et nous leur proposons de travailler sur ce superbe poème humaniste dû à quelqu'un qui ne peut être que socialiste du fait de son enfance pauvre et malheureuse : Jean-Luc Lahaye ! Il ne fait aucun doute que Jean-Luc Lahaye était profondément empreint de la pensée mitterrandienne et qu'il avait compris les nouveaux enjeux du monde actuel dans la lignée de SOS-Racisme en remplaçant la question de l'économie ou du social par celle de l'identité et du divertissement comme nouvel horizon. Jean-Luc Lahaye, sympathique balladin à la vie pleine d'accidents, se penche sur un douloureux problème de société : celui des adolescentes d'origine musulmane et il le fait avec une sympathie fort pressante qui est fort sympathique.
Djemila des Lilas, frêle gazelle des ruelles
Met du bleu sur ses yeux
De la fièvre sur ses lèvres
Pourquoi une capitale aux Lilas ? A quoi cela peut-il bien correspondre ? Qu'est-ce que ce nom t'évoque ? Cherche ensuite ce nom sur une carte du métro et du RER. Que constates-tu ?
A ton avis, quelle femme politique habite aux Lilas ? Christine Lagarde, Rachida Dati, Carla Bruni, Rama Yade, Arlette Laguiller, Christine Boutin, Nathalie Kosciusko-Morizet, Christine Albanel, Fadela Amara, Cécilia Sarkozy, Anne Sinclair, Laurence Ferrari, Arlette Chabot, Lorie ? Pourquoi ?
Quel continent est connoté par l'emploi du mot gazelle ? Connais-tu un autre sens de ce nom dans un contexte plus guerrier ? Lequel ? Vois-tu un rapport de sens entre toutes ces acceptions ?
Et loin de Khomeiny elle imite Adjani
Recherche au CDI une photo de chacun de ces deux personnages historiques, colle-les sur ta feuille et dis celui que tu trouves le plus sympathique, avenant ou agréable, puis justifie. Sur quelle figure de style est construite cette phrase ?
Djemila a quinze ans
L'âge soie, l'âge faon
Dans un short en satin
Qu'elle porte le matin
Elle va faire son jogging
A ton avis, à quel public est destiné cette chanson ? Relève les indices qui te permettent de le dire. Aimais-tu toi aussi faire des joggings alors que tu avais quinze ans et apprécies-tu de le faire sous la direction de ton prof de sport ? Crois-tu que la soie et le satin soient les meilleures matières pour suer efficacement afn de conserver son corps de quinze ans ? Quelle idée est alors suggérée par ces noms de tissus ? Penses-tu que si Djemila avait eu douze ou treize ans la chanson aurait pu être enregistrée ou diffusée sur les ondes ? Pourquoi ce choix de quinze ans ? Explique ce que cela peut avoir comme conséquences.
Sous un walkman qui swingue
L'Algérie, le croissant
Loin d'ici, pas le temps pas le temps
Trouve dans ce passage des mots que tu n'emploierais pas, aujourd'hui en 2008. Explique pourquoi.
Sa mini d'chez Tati
La dévoile sensuelle
Ces regards qui la frôlent
Ça l'égare, ça l'affole
Est-ce que tu irais aussi chercher tes tissus aussi chez Tati ? Pourquoi ? Justifie et dis alors si tu es toi aussi maghrébine comme Djemila. A ton avis, pourquoi l'auteur a-t-il choisi le nom de cette chaîne de magasin ? Que cherche-t-il à suggérer au sujet des femmes d'origine maghrébine ?
Le Coran, en c'moment
Elle l'aimerait tolérant
Elle l'aimerait moins austère
Moins collant moins colère moins amer
Explique les jeux de mots ou d'assonances dans ce passage et montre l'opposition des mots. Vois-tu un rapport entre les idées de ce passage et celles qui sont véhiculées aujourd'hui au sujet des immigrés clandestins ?
Et loin de Khomeiny elle imite Adjani
Djemila, Djemila, Djemila, Djemila, Djemila
Djemila, Djemila, Djemila
Djemila, Djemila, Djemila, Djemila, Djemila
Djemila, Djemila, Djemila
Montre la profondeur poétique de cette répétition.
Djemila ne lit pas
Elle échappe à ses frères
Elle s'en moque, y a le rock
Qu'est plus fou
Bien plus fou elle s'en fout
Quelle évasion est permise à Djemila par le poète ? Qu'est-ce qu'elle ne veut surtout pas connaître ? Penses-tu toi aussi qu'il est mauvais de lire et que tout le malheur vient de là ? Crois-tu que la seule libération puisse venir de la musique écoutée à s'assourdir ?
22:35 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson humour, littérature, enseignement, éducation, profs, politique, racisme
mardi, 25 mars 2008
La place de l'étoile
Plus rien ne peut m'étonner de la part de la communauté flamande de Belgique :
La commune flamande de Liedekerke a adopté un nouveau règlement qui autorise les responsables des « plaines de jeux » (jardins d’enfants) à refuser l’admission des enfants ne parlant ou ne comprenant pas le néerlandais.
La Belgique atteint les sommets de la honte et du déshonneur en acceptant des mesures aussi racistes et vexatoires pour de prétendues questions de sécurité. Le tout dans la plus mauvaise foi possible; Alors que ce pays a trois langues nationales. Le mot apartheid n'est pas déplacé. Il y en a d'autres qui me viendraient si je me lâchais...
Au mois de juin 1942, un officier allemand s'avance vers un jeune homme et lui dit : "Pardon, monsieur, où se trouve la place de l'Étoile ?" Le jeune homme désigne le côté gauche de sa poitrine. (Patrick Modiano, la Place de l'Etoile.)
22:14 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : flandre, belgique, racisme, politique, europe
dimanche, 16 décembre 2007
Problème
Je me suis laissé entraîné dans une dispute chez Laurent Gloaguen. J'ai reproché à un intervenant le fait de parler de problème de l'immigration.
Poser l'immigration comme un problème est à mon avis une manière de répondre par avance à ce qui est d'abord un fait. On utilise le présupposé lié au mot problème comme celui d'une difficulté, d'un danger, d'une agression possible.
Or il n'existe pas de problème de l'immigration. Cela peut se faire dans les crânes creux de ceux qui s'imaginent un tiers monde déferlant par des pirogues ou des cargos poubelles jusque sur nos côtes (après avoir payé lourdement les passeurs de clandestins). Il n'existe en fait que des problèmes de politiques nationales. Il y a des pays où il ne fait pas bon vivre (famine, guerre civile, dictature, banditisme généralisé). Il y a aussi des pays où la vie peut être meilleure. Et notre grandissime président a déclaré qu'il était prêt à accueillir tous les opprimés de la Terre et même à leur accorder la nationalité française (si, si, cela a été le cas pour les infirmières bulgares). On doit donc accueillir selon lui toute la misère du monde. Ce qu'il ne fait pas, cela va de soi.
Mais dire que l'immigration est un problème, cela me semble donner de celle-ci une idée au préalable. On ne parle pas de problème sans intention. Si je parle du problème du cumul des indemnités ministérielle et présidentielle du magnifique président, ou du problème de sa participation à une société d'avocat, ou de son augmentation de plus de 200 %, ou de son implication comme ministre dans un achat d'immeuble, on voit bien que j'ai une idée derrière la tête.
La rhétorique d'extrême droite a toujours consisté à poser l'immigration comme un problème parce qu'elle prétendait apporter des solutions. Il faut sortir de la logique qui consiste à penser qu'elle pose de bonnes questions ! Parce que les réponses sont déjà dedans...
17:04 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (51) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, ump, sarkozy, udf, modem, racisme
lundi, 12 novembre 2007
De la volonté
Il y a vraiment des choses que je ne parviens pas à comprendre dans le sarkozysme :
"L'intégration c'est une double volonté, la volonté d'accueillir et la volonté de respecter la culture du pays d'accueil", a insisté le chef de l'Etat.
Je ne vois pas du tout où se trouve la culture du pays d'origine dans ce discours. Je ne comprends pas cette double volonté qui est une redondance plus que maladroite puisque l'autre est nié dans sa spéficité. Intégrer l'autre en lui demandant de renier d'abord ce qui le fait autre, c'est un discours très singulier. Comment peut-on demander deux choses équivalentes et venues des mêmes personnes pour manifester une forme d'intégration et en prétendant que les deux parties seraient sur le même plan alors que l'on demande à un partenaire d'abandonner sa culture sans savoir ce qu'il aura en retour ? Parler de double volonté est pire qu'un mensonge. Il n'y a de volonté que d'un côté, et ce n'est pas celui de l'émigré.
16:00 | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, sarkozy, ps, royal, immigration, racisme
jeudi, 25 octobre 2007
Les jeunes (censuré)
Le langage du Front national est une infâmie et une ignominie à peine imaginable. Voici un peu comment une élue de ce parti s'exprime sur son blogue* en rapportant des propos attribués à une tierce personne (suprême perversion si ce courrier n'est pas authentique, mais totalement inventé comme celui des journaux féminins que l'on trouve chez le coiffeur) :
j'étais garée à proximité, et je n'en revenais pas : des "jeunes" (censuré) s'amusaient à lancer des ballons contre des voitures
Alors que j'étais garée, la vitre ouverte, j'ai entendu d'autres "jeunes" (censuré) passer devant des conductrices, et les insulter.
C'est beau comme tout ! Elle écrit "(censuré)" parce qu'il y avait dans le texte original (si celui-ci existe vraiment) des choses notant la couleur de peau, l'origine géographique ou ethnique. On peut tout imaginer à partir de ça : c'était peut-être simplement Arabes, Maghrébins, Noirs, Africains, mais peut-être aussi bougnoules, melons, pieds de figuier, crouilles, négros, bamboulas, blanches neiges, bananias, et on en passe. Mais en écrivant "(censuré)", on fait croire qu'il serait interdit de nommer sans risquer une accusation de racisme. Or il s'agit bel et bien d'un texte qui met en cause l'origine supposée de ces jeunes (dont la famille peut être française depuis plus longtemps que celle de la candidate FN d'origine allemande), mais sans la citer précisément, et il n'y aurait donc alors aucun racisme dans le texte. Sauf que le mot prétendu "(censuré)" peut être plus ou moins blessant, que chacun peut y poser ce qu'il entend, qu'il n'y a aucun propos raciste écrit mais que l'appel à compléter par soi-même le texte par le mot absent est une manière très basse d'agir, tout en accusant prétendument et par sous-entendu les autorités judiciaires de ne pas autoriser les mots ordinaires comme Arabe ou Noir ou Juif, alors que ce n'est pas du tout le cas. Ce qui importe, pour le législateur comme pour le juge, c'est le contexte et l'intention. Et en inventant les censurés, on fait appel à tous les fantasmes possibles.
* Aucun lien jamais avec le FN !
22:32 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, royal, parti socialiste, racisme, antiracisme, langue française
mercredi, 04 octobre 2006
Pour Redeker
Blogonautes pose une question plus que pertinente : quels sont les hommes politiques tenant un blogue qui expriment un soutien à Redeker ? On cherche en vain, car à part Corinne Lepage qui s'est fendue d'un billet, il n'y a pas foule. Le très courageux et impertinent André Santini préfère parler par exemple de la fatwa anti-tabac, ce qui montre la hauteur de ses vues. Et quand on cherche sur Technorati, on trouve d'abord des blogues racistes, anti-arabes et anti-musulmans, très peu les blogues de la libre pensée ou simplement humanistes. C'est vrai aussi qu'une condamnation explicite sur Internet des appels au meurtre sur le blogue d'un homme politique, ce serait une condamnation pour cet homme politique. On peut s'engager un peu vaguement dans une déclaration devant des micros et démentir ensuite, mais si on écrit sur son propre blogue, cela devient nettement plus grave et plus mondial. Irrévocable. Et puis il y a d'autres préoccupations plus importante comme le sacrifice de l'agneau Djâck sur l'autel de la paix socialiste ou la dialectique de la traversée du bac de sable par Lionel. Je ne rejoins pas les propos de Redeker qui m'a toujours paru excessif et caricatural (je l'ai déjà dit), mais j'estime que si on ne parle pas de lui on va vite l'oublier, que sa situation deviendra encore plus intenable, qu'on ne va plus voir que les fachos pour l'évoquer alors qu'il n'a rien à voir avec eux.
18:29 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : blog, politique, ump, udf, ps, sarkozy, racisme
mardi, 05 septembre 2006
Retour de la colonisation
Le Conseil représentatif des associations noires de France demande aux éditions Le Robert de retirer les Petit Robert 2007 de la vente à cause de la définition du mot colonisation jugée trop positive. Récemment, le MRAP avait fait retirer une version du Nouveau Littré qui reprenait des définitions du XIXe s. sans l'indication de leur date de rédaction sur le même plan que les définitions modernes. Le même MRAP avait fait fermer pendant plusieurs mois le dictionnaire des synonymes de l'université de Caen parce qu'il ne comprenait pas le fonctionnement d'un tel ouvrage informatique. Les dictionnaires sous la menace des groupes de pression ?
14:59 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note | Tags : langue française, francophonie, racisme, politique, lexique


