dimanche, 14 mars 2010
Citoy-rien
Dans le charmant département axonais, on tient à mettre en avant le nom de son département et cela donne des rencontres Citoy'Aisne.
Dans le charmant département iniste, on tient aussi à mettre en avant le nom de son département et cela donne des classes Citoy'Ain.
Dans les deux cas, nous avons affaire à la fameuse apostrophe de coiffeur destinée à mettre en évidence des calembours totalement débiles. Mais que veulent dire de tels mots, surtout avec le terme citoyen (ou citoyenne) qui est trop galvaudé comme adjectif ? N'abuse-t-on pas un peu de l'esprit de clocher et l'escalier ? Les autres départements qui ne peuvent jouer sur le mot citoyen sont définitivement exclus. A eux de trouver un jeu de mots aussi stupide et de chercher un mot aussi porteur selon les pubeux que citoyen.
Imaginons la publicité future de la Meuse : char-meuse, dor-meuse, perfor-meuse, ar-meuse, etc. Cela peut-il avoir un sens ? C'est idiot de quelque sens qu'on le prenne. Mais cela n'effleure pas l'esprit des présidents de conseil général ou des inspecteurs académiques qui ont donné leur autorisation pour des inepties identiques.
17:59 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, orthographe, publicité
vendredi, 26 février 2010
Meuh !
Parlons de choses essentielles et substantielles en ces temps troubles et obscurs où l'on ne cesse de diffamer son prochain pour son passé de délinquant (de préférence si l'on est noir de peau) et de réclamer la preuve d'une identité nationale plus qu'hypothétique.
Une chose me fascine profondément depuis toujours : les affiches du salon de l'agriculture. Cela tient à mon goût pour la terre qui ne ment pas (comme le disait je ne sais plus qui) et à mes racines profondément enfouies dans la patrie de Maurice Barrès, telle la carotte ou la pomme de terre que l'on récolte après l'avoir arrachée.
L'affiche du salon de l'agriculture est un genre en soi dans la catégorie des montages photoshopés. D'abord, il faut une vache. Il serait inadmissible que le salon ne soit pas représenté seulement par une vache. Eleveurs de porcs, de chèvres, d'ânes, de chevaux, de moutons, de poulets, d'oies, de dindes, de canards, de pintades, passez votre chemin ! Seule la vache est suffisamment digne pour représenter le monde agricole. Depuis dix ans au moins, si ce n'est plus, le salon de l'agriculture nous donne une image de vache comme figure symbolique de l'agriculture. Moi, je veux bien... Une vache, c'est sympathique, mais enfin c'est un peu réducteur à la longue, parce qu'il n'y a pas que le lait, le fromage, le fourrage et la viande.
L'an passé, nous avions droit à une Holstein particulièrement horrible par son absence de cornes, sa traçabilité et son aspect fortement photoshopé (il faut dire que la Holstein n'est jamais à son avantage, même si on la laisse gambader dans les prés en toute liberté). Que voyons-nous cette année ? Le retour à la nature, avec un grand N, et aux valeurs avec un grand V ! Une Salers ! Une vache purement française, bien de chez nous (même si des médisants la trouve dans des pays estrangers). Là, c'est de la vraie vache, du bestiau à cornes que l'on aimerait bien manger. Regardez comme elle vous examine d'un oeil attendri, vous qui serez son consommateur. Elle vous aime déjà et s'imagine que vous l'apprécierez dans votre assiette.
Seulement, il y a quelques petits problèmes publicitaires. Que fait une tête de vache totalement détachée d'un corps au milieu de nulle part ? On croirait la Vache qui rit. Que veut dire cette colline arrondie artificiellement et qui correspond plus au dessin d'une mamelle humaine qu'à une éminence terrestre ? C'est bizarre, on a affaire au même vert que dans l'affiche de campagne de notre admirable président pour figurer le paysage dans lequel il voulait montrer qu'il figurait la France. Comment se fait-il que le vert des prés ressemble à du gazon anglais et que toute l'image soit saturée des diverses sortes de verts ? Et que vient faire ce slogan nouveau "Au plus près des terroirs" alors qu'il n'y avait jamais eu de slogan auparavant et que l'inscription semble calquée sur celle des lettres de Hollywood au dessus de Los Angelès ? Pourquoi le terroir maintenant ? Et surtout à la mode étatsunienne ?
Il y a là une forme de sens du terroir qui me laisse plus que dubitatif. On veut faire vert, authentique, proche des gens, proche des provinciaux et on fabrique de l'artifice complet.
11:25 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, publicité, agriculture, économie
jeudi, 04 février 2010
Как ухаживать русский
Le titre est en russe, mais je ne garantis pas son exactitude vu mon ignorance presque totale de la langue de Pouchkine (mis à part quelques mots courants et des notions grammaticales ou phonétiques assez générales). Il signifie Comment paraître russe. Il aurait pu aussi bien s'intituler Comment paraître grec, arabe, chinois, etc. C'est pas compliqué - comme on dit dans les émissions de vulgarisation. Il suffit de prendre quelques caractères en alphabet cyrillique et de les appliquer dans un énoncé rédigé en français. C'est ce qui se passe pour l'affiche du film Une exécution ordinaire.
Vous remarquerez qu'un seul caractère est inversé. Le n qui devient ici la voyelle i ou iže (иже). Elle provient du êta grec que l'on écrit H en capitale et η en bas de casse. Elle se prononçait ê long en grec ancien, puis elle est devenue i comme le iota. Elle a donné naissance à notre H latin, d'abord en capitale. On ne retrouve pas cette inversion dans la couverture du roman de Marc Dugain dont est tiré le film. Ce qui est fascinant dans cette affiche de film, c'est de retrouver tous les clichés au sujet de la Russie éternelle. L'étoile rouge. Le portrait de Staline qui domine les héros sur un mur grisâtre en brique. Le fond de paysage avec le Kremlin. Une police de caractère très stricte et sans empattement, de type Arial (on ne badine pas dans les régimes totalitaires). Et bien entendu, la fameuse lettre inversée parce que c'est la plus facile à utiliser pour faire russe (il y aurait bien eu aussi le b russe, mais il n'y a pas de b dans le titre). Si vous voulez faire grec, il faut vous rabattre plutôt sur le sigma ou l'epsilon, parce que l'on aura pas de n inversé (en fait de h ou de i).
On a affaire là à un truc de graphiste qui se retrouve fréquemment dans les affiches publicitaires, de films ou la bande dessinée. C'est une vieille astuce, lorsqu'Uderzo doit faire parler des Normands, il utilise des o barrés et des a avec rond en chef comme en danois, lorsqu'il fait parler ses Goths c'est en alphabet dit gothique, la Fraktür. On est alors dans l'exotisme déjà connu. Mais ce qui est particulier dans le cas des Russes ou des Soviétiques, c'est que l'on utilise presque systématique le n inversé. Comme si ce monde était l'inverse du nôtre. Un univers où tout serait vu comme dans un miroir par ce minuscule détail.
10:53 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, publicité, langue française, russe, typographie
mercredi, 18 novembre 2009
La vengeance du fils du y trématé
Ce matin, j'ai découvert Supremÿa, ce produit dit anti-âge (sic) qui présente la particularité de posséder un y trématé, lequel s'ajoute à ma collection. Il est amusant de constater que le ÿ commence à devenir plus répandu dans le domaine du commerce que dans les noms de personnes ou de lieux. Cela dit, Sisley avait déjà commis le même type de nommage auparavant et j'en avais parlé. On peut supposer que le y trématé joue un peu la même fonction pour cette marque que pour l'accent circonflexe de Lancôme qui peut être décliné sur des noms de produits : une sorte de repère, d'identifiant graphique.
12:15 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : marketing, mode, consommation, langue française, orthographe, publicité, marques
lundi, 16 novembre 2009
Fiat Lux !
Je commence à être légèrement excédé par la campagne sur les ondes nationales au sujet des lampes usagées. Certes, je suis partisan du tri et du recyclage des déchets et je me suis inquiété auparavant du sort des ampoules basse consommation qui n'est pas sans poser de problèmes. Mais je suis consterné que l'on parle de lampes dans un sens classique pour le récipient qui contient le combustible, alors que le terme lampe désigne aujourd'hui dans le langage courant et en rapport avec l'habitat le support qui peut accueillir des recharges diverses comme des ampoules, des tubes et comme chez moi des torches. Or ce sont ces derniers objets qu'il convient de rapporter chez un distributeur au lieu de le jeter bêtement à la poubelle, non pas ce qui vous sert à envelopper ou à soutenir l'ampoule ou le tube (que ce soit le pot, la vasque, la toupie, le cube, et toutes ces choses que l'on désigne couramment comme lampes dans les magasins d'ameublement parce que l'on peut y placer une ampoule).
Il est parfaitement exact de parler de lampes au sujet de ces recharges. C'est le sens technique et ancien. En revanche, c'est un peu risqué, parce que l'on risque de ne pas être compris : la lampe, pour la plupart des personnes, n'a que le sens de l'objet qui s'illumine. C'est le lumignon de salon ou la suspension de salle-à-manger (en papier crépon et sous forme sphérique chez les babas cools, dans une citrouille pour les américonaïaques) ou l'encadrement du tube au dessus de l'évier de la salle de bain ou de la cuisine. Pas l'objet qui contient le combustible. La métonymie est passée par là et les marchands de lampes design sans aucune ampoule ont fait passer ce nouveau sens. Il faudrait rappeler d'abord le sens premier de lampe pour les plus mal comprenants qui ne savent pas lire les logogrammes ou ne savent pas les voir (et cela se recrute dans toutes les couches de la société), parce qu'ils ne voudront pas se déssaisir de la lampe en bois achetée à Emmaüs ou héritée de la tante Hermentrude, et il jetteront leurs ampoules basse consommation dans le bac commun puisque ce n'est pas vraiment une lampe selon eux. Que l'on commence à voir quelles sont les représentations des gens auxquels on parle, il y a énormément de non techniciens ou non érudits dans la population française, ce n'est d'ailleurs pas de leur faute. L'écologie doit être sociale, ou elle ne sera jamais !
22:23 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, écologie, langue française
samedi, 07 novembre 2009
Krys, ou la misogynie du second degré
Les publicités de Krys, l'opticien, s'affirment comme décalées. Avant, j'avais les oreilles décollées, avant, j'étais tatoué, avant, j'étais chauve, avant, avant, j'étais petit, j'étais maigre ou gros, etc. Tout cela peut sembler un peu anodin, mais quand je lis "Avant, j'étais blonde" et qu'une femme blonde tente de lire sans lunettes un livre intulé Logique signé par Kant, tout en ricanant de manière sotte, je me dis qu'il y a un gros problème. Le livre existe, même s'il est peu reconnu parmi les écrits majeurs de Kant.
Pourquoi le choix de Kant comme auteur d'une logique et non Aristote par exemple ? Eh bien ! sans doute par une lecture de Kador par les pubaux qui se sont dit que Kant faisait sérieux, puisque personne ou presque ne le lit et qu'il est synonyme d'écrits très compliqués à comprendre. Kant, cela fait tout de suite plus rigoureux que tout autre nom de philosophe (sauf Spinoza pour Philippe Val et Lévinas pour Alain Finkielkraut). On vend donc avec le nom de Kant sans chercher à savoir ce qu'il a dit.
Ensuite, on a affaire au phénomène de la blonde forcément idiote qui ricane bêtement lorsqu'elle ne porte pas de lunettes et puis qui peut enrichir son esprit une fois qu'elle les porte. Cela me pose des questions, parce que le mot blonde veut dire ici cruche, crétine, débile, abrutie. Ce n'est plus une simple caractéristique physique comme petit ou gros, mais bien une définition de ce que serait une femme totalement stupide (et non un homme, on ne parle jamais de la pensée de blonds).
Enfin, je ne comprends pas du tout comment de telles publicités discriminatoires ont pu être acceptées par le BVP et surtout celle-ci qui est d'une rare misogynie et qui véhicule des clichés d'un autre temps même si on prétend au second degré en reprenant de mauvaises blaques.
00:24 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, langue française, marques
vendredi, 06 novembre 2009
Le P'tit McDo à l'assaut du monde
Je suis depuis plus d'un an étonné par les campagnes publicitaires de McDonald's, je me disais que je devais écrire sur le sujet et puis j'ai reporté sans arrêt le billet. La firme considérée comme la principale responsable dans la malbouffe a entrepris de se recentrer et elle développe un argumentaire assez efficace pour prouver qu'elle achète des produits locaux, qu'elle vend de la verdure et des légumes, qu'elle baisse les graisses et les sucres et qu'elle entend fournir des menus équilibrés ou participer à l'éducation alimentaire. Tout cela est de bonne guerre et McDonald's qui jouait avant sur d'autres créneaux comme l'hygiène, la simplicité du service, la transparence des prix ou l'expression d'un mode de vie décontracté s'est reconverti dans une nouvelle rhétorique publicitaire, qui sans être vraiment bio ou écolo, joue sur les tendances présentes dans l'opinion publique.
Super Size Me avait dénoncé les méfaits d'une alimentation fondée seulement sur les produits McDonald's. Tout ce qui était Big et mis en avant est désormais proscrit dans les publicités de la marque ou juste noyé parmi d'autres publicités qui illustrent la nouvelle ligne. On a donc des P'tit Moutarde (sauce moutarde à l'ancienne, s'il vous plaît), P'tit Wrap, P'tit Tandoo (poulet tandoori), P'tit Chicken, P'tits plaisirs et j'en passe. Ce qui m'intéresse alors n'est pas simplement le fait de passer au small is beautiful. Il y a plusieurs effets simultanés dans l'emploi du mot P'tit.
D'abord, McDonald's est vue en France comme une entreprise étrangère et surtout étatsunienne, or il existe en France une très grande défiance et dans le même temps une fascination pour les EU. Les deux sentiments peuvent coexister chez les mêmes personnes. Les pires anti-étatsuniens pouvant être les plus américanisés de manière inconsciente. La marque a donc développé un terme plus français pour la France, alors qu'un Lil' l'aurait enfermée dans son identité étrangère. Cela va avec son opération de communication sur l'achat de produits locaux, elle flatte le sentiment national du pays où elle se localise.
Puis, cela n'empêche pas McDonald's de mettre en avant son multiculturalisme en faisant suivre le mot P'tit de noms de plats étrangers abrégés à sa sauce. Il y a un signe pour ceux qui veulent de la francitude et un autre pour ceux qui veulent de l'exotisme et de l'étatsunien. On joue sur les deux tableaux à la fois.
Ensuite, le terme P'tit est de plus en plus utilisé dans la publicité, les noms de marques et les raisons sociales. McDonald's ne roule pas seul, c'est une tendance de fond générale. Pourquoi ? Il existe une connotation affectueuse à tout ce qui est petit. En français, cela peut vouloir dire sympathique, familier, gentil, agréable, sans manières affectées, bon marché, etc. Le titre de ce blogue joue justement sur cette valeur. Le Petit Nicolas de Goscinny et Sempé n'aurait jamais connu un tel succès s'il n'avait pas été justement petit. Mais on peut renforcer ce sens en l'abrégeant de manière populaire par la syncope et l'apostrophe, ce qui nous rapproche du langage enfantin Dire P'tit, c'est placer l'emphase sur un sentiment d'innocence propre à l'enfance. La consommation impulsive doit être déculpabilisée et ramenée à un niveau plus acceptable pour le public cible (les prospects des marquetingueux).
Enfin, le terme petit était totalement banni par les gens du marquetingue il y a à peine cinq ans. Parce que cela voulait dire vouloir faire un petit prix pour un produit et donc offrir des possibilités de marchandage. Il ne fallait pas parler d'un petit café quand on était commercial, cela tenait lieu de dogme. L'époque a changé depuis la crise économique, la prise de conscience vaguement écologiste, les révoltes d'agriculteurs, les nouvelles réglementations au sujet de la restauration. McDonald's, qui est une entreprise mondiale, sait s'adapter à des marchés locaux en parlant le langage des autres entreprises du même lieu et elle est l'un des meilleurs révélateurs de ce qui est la pensée dominante.
20:41 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, marques, écologie, alimentation, langue française
jeudi, 05 novembre 2009
L'art de ressembler à un Russe sans l'être
Cela a vachement plus l'air russe avec un n à l'envers qui signale alore une voyelle russe et non une consonne, vous ne trouvez pas ? C'est si facile de dire que le sujet est russe, il faut juste un signe exotique pour le signaler même si le reste du texte est totalement incohérent avec cette autre graphie. Et pourquoi a-t-on choisi cette lettre plutôt que les autres ? Parce qu'elle reste lisible dans notre alphabet latin avec sa valeur alors que le C aurait posé plus de probèmes. Faut faire russe, mais pas totalement et pas absolument.
00:28 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : orthographe, publicité, film, cinéma, langue
samedi, 24 octobre 2009
Rio 2016
Je découvre le logo pour les jeux olympiques de 2016 via le Petit Musée des marques.
Ce qui me frappe d'emblée, ce n'est pas le choix d'un point d'exclamation à la place d'un chiffre, ni la forme du pain de sucre plus proche d'un iMac que d'une montagne dans une baie, ni l'inversion des deux points colorés censés représenter les deux hémisphères, ni la forme coupée des anneaux afin de représenter deux parties du monde, mais le choix des couleurs.
D'habitude, les logos olympiques reprennent plus ou moins le motif et les couleurs du drapeau olympique qui symbolisent les cinq continents (selon la géographie européenne et non américaine).
On regarde les couleurs, bleu clair, vert, jaune, rouge, noir. Là, on a du bleu profond, du vert clair et profond, du blanc et surtout... de l'orange !
Cela ressemble furisusement à cela ;
Le drapeau brésilien lui-même ! Il a juste fallu décliner le vert en deux teintes différentes pour donner l'impression qu'il y avait quand même les cinq continents. Notez dans le drapeau brésilien l'étoile unique de l'hémisphère Nord, juste à la limite de l'équateur et puis la devise inspirée d'Auguste Comte : "Ordre et progrès'.
Notons que Londres avait déjà dérogé à la règle en se présentant comme ville avec une représentation de son périmètre , mais en conservant les anneaux tous en blanc. Dans le cas du Brésil, on a clairement un logo nationaliste, ce que n'avait même pas osé la Chine.

13:54 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, sport, graphisme, brésil
jeudi, 17 septembre 2009
Le discours GPS dans la pub
Une chose me casse particulièrement les oreilles sur les ondes nationales et publiques : les publicités qui adoptent un discours et une diction de GPS. Déjà, lorsque l'on écoute un GPS, c'est particulièrement ennuyeux et pénible puisque toutes les petites séquences sonores sont préenregistrées afin de correspondre à des situations standard selon un modèle autoroutier qui ne correspond pas vraiment au schéma routier secondaire ou à celui des rues villageoises. Le français de mon GPS laisse aussi à désirer puisqu'il me demande par exemple de continuer "zéro virgule cing kilomètres" comme c'est écrit sur les cartes.
Depuis peu donc, une mutuelle d'assurances présente un petit programme qui consiste à guider l'auditeur vers son siège, le tout à l'aide de verbes à l'impératif et d'indications de direction par une voix de robot. Auparavant, c'était un organisme gouvernemental qui voulait prévenir du danger du cancer colo-rectal et de la nécessité d'un dépistage, mais là on se rendait... aux toilettes. Sympathique au petit déjeuner On imagine deux créatifs d'agence de pub qui se demandent comment présenter une nouvelle annonce d'intérêt général sur une chaîne publique qui paye mal, ils ne vont pas se casser la tête en inventions.
Quel peut bien être l'intérêt de telles formes de discours ? D'abord, la publicité partage un trait stylistique avec les messages de GPS : elle est injonctive pour une large part. Mais les incitations peuvent sembler des agressions pour beaucoup et il convient de les noyer derrière des artifices, par exemple un complément qui fera passer l'ordre comme cool, sympa, agréable (le plus magnifique exemple est le "Think different" d'Apple qui dit exactement son contraire). La diction GPS sous son apparence synthétique avec des groupes de mots détachés, prononcés leeennteeemeeent et en gommant toute accentuation donne une sorte de garantie de neutralité : on ne vous dicte pas votre conduite, mais on vous montre quand même le bon chemin, la vraie voie à suivre. Ensuite, il y a l'idée que le GPS, c'est un objet ordinaire qui fait désormais partie du quotidien de chaque famille (et là, j'ai un gros doute...) C'est donc une voix familière, au même titre que la sonnerie de portable idiote que votre collègue oublie toujours d'éteindre et qui vous chante par exemple 'les Lacs du Connemara" à tue-tête. On le prend comme une mascotte, une sorte de démon familier et non pour ce qu'il est, un outil qui peut être asservissant. Nous sommes loin des publicités à la mode Terminator des années 80 qui reproduisaient des sortes d'images de guerre électronique avec viseur et coordonnées écrites dans l'écran, mais le but n'a pas changé.
16:15 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, radio, langue française
mardi, 08 septembre 2009
Le lycée Paul Eluard vu par l'UMP
Le site Créateurs de possibles, officine occulte de l'UMP (à peine visible avec son logo en pommier), est assez formidable dans les messages subliminaux. On découvre ainsi Virginie, jeune mère d'élève qui déplore chaque année l'état des classes de ses enfants (mais comment voulez-vous qu'ils étudient dans ces conditions) et qui déclare qu'il est désormais urgent de rénover les salles de classe du lycée Paul Eluard. Mais pourquoi le lycée Paul Eluard ?
Le premier que je trouve et le seul qui fournisse des entrées dans Google se trouve à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis, académie de Créteil. Il n'y a pas deux lycées Paul Eluard en France ! Je suppose que le proviseur de ce lycée, qui comporte aussi des classes préparatoires et qui a des filières d'excellence, sera un tout petit peu ravi devant cette publicitié inattendue.
On essaye de rentrer dans la tête des communicants abrutis à coup de coke et de speed :
- Il faut taper contre la gauche pour les régionales qui sont à venir l'an prochain. Qu'est-ce qui est du ressort de la région ?
- Un lycée !
- Bravo ! La région est sous la coupe des socialo-communistes, il nous faut trouver le nom d'un communiste qui pourraitt être le nom du lycée à rénover de manière urgente parce que la gestion socialo-communiste a été catastrophique.
- Pourquoi communiste ?
- Pour dire que les socialistes et les communistes, c'est pareil. Et qu'en attaquant les socialistes en les taxant d'être communistes, on peut faire peur aux petites vieilles.
- Staline, Lénine, Trostky, Maurice Thorez, Georges Marchais, Che Guevara, Mao Tsé Toung, Fidel Castro,..
- Lycée Joseph Staline ou LEP Léon Trostky, cela fait un peu trop gros quand même. On se moquera de nous.
- On ne nous croira pas, même les communistes les plus orthodoxes rigoleront. Je vois d'ici la tête de Maxime Gremetz ou de Mélenchon en train de se gondoler.
- C'est vrai, il nous faut un nom qui fasse communiste sans l'être tout à fait explicitement.
- Gagarine ?
- Pouchkine ?
- Potemkine ?
- Anna Karénine ?
- Mazarine ?
- Margarine ?
- Végétaline ?
- Bonnemine ?
- Eltsine ?
- Poutine ?
- Je ne parle pas de noms russes, mais de noms bien français ! Des noms qui font penser aux bolcheviks, mais sans être tout à fait étrangers.
- Je verrais bien un lycée Jacques Duclos ou colonel Fabien ou Jeannette Veermersch.
- Vous le vieux, taisez-vous ! Vous nous égarez, personne ne sait à présent qui c'est. Il nous faut un nom qui fasse vraiment communiste.
- Picasso ?
- Il est étranger, et puis on a des collèges Picasso partout en France, pas seulement en Île-de-France où on doit battre les socialo-communistes .
- Je me souviens que mon prof de français en classe de BTS action-communication voulait nous faire étudier un poème particulièrement ridicule intitulé Liberté. Il était communiste je crois, car il lisait Télérama. Je ne me souviens plus du nom de l'auteur. Edouard ou Edgard, je crois.
- Voilà ! Nous avons notre nom communiste parfaitement identifiable comme tel, mais sans que nous ayons besoin de dire que c'est communiste. Le lycée Paul Edouard donc...
- Paul Eluard.
- Vous qui avez fait un Deug de lettres et raté votre hypokhâgne, ne venez pas m'ennuyer avec votre culture dépassée ! Le lycée Paul Edgard donc.
- Eluard.
- Si vous y tenez, ce sera donc Eluard.
- Il y a un lycée Eluard dans la banlieue rouge ?
- Je ne pense pas, s'ils ont des lycées en banlieue rouge, cela se saurait comme dit notre divin président ! Et puis même, s'il y en a un seul, qu'il tente de nous intenter un procès pour dénigrement ! On dira qu'on a pris le nom au hasard !
14:10 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, éducation langue française, enseignement, publicité
mercredi, 10 juin 2009
Mon pied vers l'Aisne
Les cellules communication des conseils généraux se distinguent en général par leur mauvais goût. Celui de l'Aisne s'était déjà illustré par une campagne pour vanter ce département comme territoire anglophone et anglomane avec des jeux de mots stupides et recherchés comme Rock'Aisne Roll ou Fish'Aisne Chips et Bed'Aisne Breakfast. Maintenant, on a affaire à la même opération, sauf que l'on remplace les terminaisons par la lettre N.
- Passez à l'heure méditerrané'N.
- Revivez l'époque mérovingie'N.
- La musique se déchai'N.
La sottise des slogans va de pair avec l'absence de réflexion sur la lecture de la lettre : il n'était pas besoin de redonder dans les deux derniers cas la lettre N par la voyelle e ou par le digramme ai. Mais il fallait conserver des lettres pour que le public imbécile puisse comprendre l'astuce qui consistait à donner l'épellation de la lettre.
Dans l'opération de 2009 par rapport à 2005, on fait comme avant, mais seulement à l'envers puisqu'on emploie cette fois systématiquement le "n abréviatif anglais qui avait été ôté au profit du nom du département. On sait se montrer inventif...
Ce qui tient lieu de slogan général ne vaut guère mieux :
L'attitude Ecocitoy'N, un choix abordable et durable !
Passons sur le mot attitude qui, pour une fois, n'est pas postposé, mais les arguments ne valent pas tripette :
* Moins loin et donc moins de carburant et de carbone.
Moins loin d'où ?
* Des opportunités chaque semaine.
Vous multipliez les occasions de venir dans l'N.
Je croyais qu'en français courant l'anglicisme opportunité se disait occasion.
Nous avons affaire à une opération de marquetingue à coloration écologiste pour être dans la couleur de l'époque (le tout sur fond de déploration culpabilisante et de crise économique) et puis d'anglomanie pour faire branchouille et citoyen du monde. Avec en prime des apostrophes de coiffeur.
13:49 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, marketing, langue française
dimanche, 31 mai 2009
Hybride consumériste : la pizza conçue comme un sandwich
Les déclinaisons du sandwich sont innombrables selon les origines : hamburger, hot-dog, panini, nem, kebab. Le sandwich est un produit universel qui peut être réinventé par tout un chacun à partir d'une idée de base extrêmement simple. Il existe un autre produit universel qui n'a plus rien à voir avec sa forme d'origine : la pizza. Et voilà que je découvre le résultat monstrueux de leur accouplement : le Piz'Wich ou pizza sous forme de sandwich.
Le monde de la restauration rapide est plein d'inventivité ? Pourquoi ? Parce que l'on ne peut pas vendre aux gens quelque chose qu'ils peuvent fabriquer eux-mêmes à moindre coût et selon leur goût sans leur proposer un mode de vie en plus du produit. Cela explique les croisements de formules, les injections de nouveaux aliments toujours plus exotiques, les noms forgés sur la base de présupposés et de préjugés.
Examinons à présent l'argumentaire des marqueticiens de la marquetique (ou les gars de la profession). C'est édifiant de nullité.
Piz'Wich offre les nombreux avantages d'un sandwich (pas d'assiette, pas de couverts). On peut déjà manger une pizza avec ses doigts si l'on est en bonne compagnie ou seul, mais il faut qu'elle soit petite, ce qui est le cas ici (175 grammes, soit le poids d'une mini-pîzza).
Piz'Wich est un vrai produit "Service". Quel produit ne serait pas l'objet d'un service ? Faut-il donc que l'on ait tant en tête l'idée d'un objet alimentaire conçu comme un gadget pour que l'on se croit obligé de dire que non, pas du tout.
Piz'Wich est un produit sans risque. Du début de l'opération (ouverture du sachet) à la livraison au client (remise de l'étui), Piz'Wich n'est jamais au contact des mains...Derrière, on a une idéologie hyper-hygiéniste destinée à évacuer le fait que c'est un objet industriel dont les composants ne sont pas très clairs et pas très sains (quand je lis le descriptif des ingrédients, c'est à hurler) .
Et le meilleur est pour la fin :
Pas de déchets : 1 produit acheté = 1 produit vendu. Ce produit est vendu ici de manière commerçante pour les commerçants qui pourront délivrer des balivernes, il y a au moins un déchet. Le fameux étui ou sachet protecteur qui est justement au coeur de la campagne marquetingue. Mais on peut dire tout et son contraire dans les mêmes pages.
Maintenant, imaginons les nouveaux produits service innovants : la tortilla sandwich, la flammekueche sandwich, la quiche lorraine sandwich, la tourte au maroilles sandwich et autant de produits gastronomiques locaux et si pittoresques qui ne demandent qu'à être réinventés afin d'être funs, djeuns et urbains actifs..
12:38 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : consommation, alimentation, publicité, marketing, pub
mardi, 14 avril 2009
Pour une publicité variée et équilibrée
Coca-Cola contre-attaque ! L'Empire est de retour ! La célèbre firme de détergents a été heureusement bannie des établissements scolaires, un programme d'information de propagande a été conçu avec des recommandations slogans élaborés par des communicants fort malins avec des textes totalement idiots et débilitants comme "consommez au moins cinq fruits et légumes par jour". Voici donc le nouveau produit de la célèbre entreprise de déboucheurs de toilettes : Minute Maid.
Comme on peut le constater sur ces photos ici et là, la mention obligatoire d'un des cinq slogans pour une bonne hygiène de vie et une bonne alimentation a été détourné et est devenu le slogan même de la marque sous la forme "1/5e des fruits et légumes recommandés par jour". Et nulle part ailleurs de mention du slogan officiel, sauf la signature générique de la campagne "Il est important d'avoir une alimentation variée et équilibrée et d'avoir un mode de vie sain" (amen !) Le tout écrit bien entendu dans le sens de la hauteur en petits caractères illisibles pour le passant pressé. Cette tactique publicitaire en rappelle d'autres : il s'agit exactement du même procédé que celui utilisé par des firmes qui adoptent des slogans en anglais et qui rendent quasiment invisibles les traductions en français ou qui en donnent une traduction fantaisiste quand elles ne se moquent pas de la loi Toubon.
Ce qui est particulièrement comique dans l'affaire, c'est que ce nouveau produit dit énergisant (donc tentant de réagir aux campagnes des boissons de type Red Bull et autres cochonneries) est particulièrement sucré même s'il n'a pas de sucres ajoutés et que le rappel obligatoire aurait dû être "évitez de manger trop sucré ou trop salé". Mais en intégrant la communication le catéchisme du ministère de la Santé directement dans son propre slogan, en récupérant la campagne gouvernementale, CoCa-Cola se refait une santé : un produit présenté comme sain (le beurre), remplaçant les boissons énergétiques en vogue chez les ados (l'argent du beurre) et n'ayant pas besoin de mentionner la formule gouvernementale puisque le produit serait conforme aux recommandations (les fesses de la crémière).
Dans un domaine voisin et ami, la stratégie marquetingue de McDonald's est similaire avec le développement des menus "P'tit" pour désigner des produits différents des hamburgers ou milke-shakes et un peu plus verts ou apparemment plus traditionnels comme des salades, il faut à tout prix se faire pardonner les accusations de malbouffe et devenir éthiquement irréprochable. Mais cela ne va pas jusqu'à détourner les injonctions légales en les prenant comme si l'on avait le seul produit susceptible de répondre exactement aux nouvelles instructions en matière de publicité.
Comme toujours, les demandes d'inscriptions de textes d'origine officielle sont détournées, déformées, récupérées. Est-ce que cela vaut vraiment la peine d'exiger qu'il y ait des instructions à destination des consommateurs ? Oui, si elles contiennent des informations essentielles, mais dans le cas de slogans... C'sst de la provoc' ? Et alors ? .
19:37 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pub, publicité, coca, alimentation, consommation
samedi, 21 mars 2009
Vers la surimisation de la nourriture
Via Bakchich, ce chapeau de LSA le magazine de la grande distribution :
Dominé par le jambon cuit, le marché de la charcuterie continue de croître. Cependant, dans un contexte où les marques de distributeurs ne cessent de renforcer leurs positions, les marques nationales et les entreprises régionales sont à la recherche de nouveaux leviers de croissance : bien-être, bio et halal sont des axes privilégiés.
Du jambon halal, et pourquoi pas cachère tant qu'on y est ? Cela ressemble aux steaks de soja des végétariens. Est-ce que l'on peut qualifier des éléments de poulet ou de dinde recomposés à la manière des surimis comme étant du jambon puisque cette pièce de viande est prise en un seul morceau dans un pied du porc avant d'être débitée. Comment peut-on refaire un jambon ou pied de cochon sans utiliser du cochon ? Cela voudrait dire que les tranches vendues sous cellophane et en barquette sont pensées comme des aliments essentiels, alors que le morceau de jambon qui pendouille pour sa fumaison ou qui est trempé pour sa salaison n'existerait plus dans la réalité des consommateurs. On assiste à quelque chose qui est depuis longtemps présent dans l'air : le lait est tiré d'usines qui fabriquent de la poudre, les poissons naissent tous carrés, panés, et surtout sans arêtes, les mammifères sont invertébrés à preuves les hamburgers, les fromages doivent avoir une croûte plastique, métallique que l'on peut détacher délicatement de ses mains d'un seul coup parce qu'ils ont été toujours été conçus comme ça ! Et les surimis sont plus agréables à regarder que des crustacés et des poissons avec leurs gros yeux vitreux.
Quand on aura finalement établi comme seules normes le poisson pâné, le steak de soja, le hamburger, le surimi, le jambon halal, le fromage hollandais, il sera temps de penser à l'étape suivante : la plaquette ou la pastille alimentaire contenant d'ailleurs les cinq légumes et fruits recommandés par jour.
18:05 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : nourriture, cuisine, gastronomie, langue française, consommation, publicité
vendredi, 13 mars 2009
Du nuage de mots à la carte d'achat et surtout à l'idéologie du temps
Je ne me rends pas souvent chez monsieur E.Leclerc (je préfère choisir mes magasins même parmi ceux qui affirment faire du dure discompte), sauf lorsque j'accompagne ma vieille mère quand je le peux. Mais sa publicité pour sa nouvelle carte m'a tapé dans l'oeil et ce pour des raisons bien différentes de celles des consommateurs lambda.
D'abord, les grands panneaux publicitaires m'ont surpris, je me suis dit : "Tiens, des nuages de mots en petites polices et grandes ! On se croirait devant la couverture d'un numéro spécial de Télérama ou des Inrockuptibles, ou bien chez Jean Véronis ou une des pages d'accueil de monsieur Hautetfort".
Puis j'ai regardé mieux. Le tout est en typo sans empattement, comme dans le fameux ouaibe point deux zéro. C'est en couleur orange dominante avec juste un peu de bleu clair pour contrebalancer, comme dans le ouaibe point deux zéro.
Bizarre... Il me semblait qu'avant la couleur complémentaire du bleu foncé était le rouge foncé chez monsieur E.Leclerc. Tout aurait donc été adouci et on aurait aussi adopté des polices sans empattement depuis lors ? Et que dire des mots d'ordre présents sur la carte ou les pancartes ? Prix bas ? On est d'accord même si on ne sait pas que cela veut dire des salaires bas, des horaires très flexibles, des contrats précaires. Développement durable ? On eet d'accord même si on ne sait pas que cela veut dire plus d'impôts injustes. Culture ? On est d'accord même si on ne sait pas ce que cela veut dire vente des meilleurs vendeurs. Santé ? On est d'accord même si on ne sait pas que monsieur E.Leclerc se bat afin de récupérer le marché juteux de la pharmacie après avoir phagocyté celui de la parapharmacie et qu'il attend beaucoup de l'automédication ou de la hausse des taux de déremboursement de consultations médicales. Equilibre alimentaire ? Encore un slogan gouvernemental qui est repris tel quel et qui ne trouve guère de traduction concrète vu les offres de promotion dans les rayons, offres d'ailleurs largement subventionnées par des producteurs que l'on étrangle financièrement en les forçant de vendre à perte sous peine de n'être plus référencés.
Tout cela est bel et bon, on vit dans le meilleur dss mondes ouaibe point deux zéro. Mais ce qui me stupéfie le plus est de voir le mot "culture" écrit en trois ou quatre tailles de caractères différents et avec la même graphie, comme si les pubeux n'avaient jamais compris ce que veut dire un nuage de mots. Ils sont encore dans l'idée qu'il faut répéter, répéter et encore répéter exactement la même imbécillité pour qu'elle devienne vraie, et c'est encore l'idée du vieux monde qui tente de copier maladroitement le nouveau monde avec les mots d'ordre du pouvoir actuel qui tente d'habiller à une sauce nouvelle des décisions fort anciennes et désagréables. Les impostures communicationnelles de monsieur E.Leclerc seraient risibles si des gens ne les prenaient pas comme la vérité sans se souvenir de la campagne publicitaire de la veille. Un monde de valeurs fausses pour inciter à acheter encore et toujours dans un endroit qui serait prétendument soucieux du bien-être des autres. Et puis un grand virage pseudo-écolo après la campagne ratée pseudo-soixante-huitarde et gauchiste.
23:54 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : consommation, marketing, écologie, publicité, pub, langue française
lundi, 23 février 2009
Euh...
La ville d'Eu souhaite changer de nom :
Reste le changement de nom. En ajoutant un petit quelque chose. Par exemple, les autres villes partenaires du festival de mots croisés d'Aÿ-en-Champagne ou Is-sur-Tille n’ont, elles, pas de problème de référencement, grâce à leurs noms composés.
Sauf que le nom d'Aÿ-en-Champagne n'existe pas officiellement, pas plus que le nom d'Aÿ-Champagne et que ce ne sont que des conventions sauvages de la part de la municipalité ou d'associations diverses. Rien n'a été demandé au conseil d'Etat au sujet d'un changement de nom, ou même au sujet du fameux tréma qui ne paraît toujours pas tout à fait légal. Mais enfin... on peut faire sa publicité comme on le veut et sans se soucier de la réalité.
15:31 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, langue française, mots croisés
vendredi, 20 février 2009
Vive et mort aux vaches !
Moi, ce que j'aime surtout dans le Salon de l'agriculture, c'est à chaque fois les affiches dans des couleurs horribles - mais qui semblent si bien transmettre le goût de la nature par leur vert pisseux ou baveux et de la terre molle par leur brun-ocre en forme de bouse -, et puis surtout les magnifiques portraits de vaches à chaque fois différents par leurs taupes-modèles dans des robes de couleurs variées. Et puis des taches comme celles que l'on récolte dans les prés. Si on cherche des modèles d'affiches à ne pas faire ou imaginer, c'est là qu'on les trouve !
Cela fait tant d'années que le Salon exhibe sa vache comme la vedette, à chaque fois différente et toujours pareille - comme diraient Mallarmé et Valéry réunis en conclave avec Queneau. C'est toujours du plus mauvais goût esthétique et c'est voulu : il faut faire paysan !
On n'y déroge pas cette année avec une vache du genre rotweiller ou pitbull qui semble vous fixer d'un oeil suspicieux tandis que l'autre paraît lourd de menaces par la noirceur qui l'intoure, si vous ne venez pas à la manifestation. En prime, c'est une Holstein, la race à détester par excellence... J'admire surtout ses oreilles qui portent son identification par un numéro de série comme si cela devait nous faire croire que cette vache serait vraiment humaine, puisqu'elle aurait en quelque sorte sa carte d'identité par sa traçabilité !
J'aime beaucoup les vaches, mais celle-ci ne me rassure pas du tout tellement elle me fait songer à un policier responsable de la sécurité du divin président qui n'aura plus à devoir dire : "Casse-toi, pauvre con !" si on l'insulte en refusant de lui serrer la main. Il faudrait peut-être que les organisations agricoles songent à d'autres animaux moins consensuels que la brave vache de la ferme de notre enfance, par exemple le poulet.
20:17 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : agriculture, langue française, politique, sarkozy, publicité
mercredi, 18 février 2009
Confit de cerise
Il m'arrive de cliquer sur les publicités que monsieur Hautetfort affiche parfois au dessus de mon magnifique blogue. Je sais que ce n'est pas bien et que je devrais me défier de cette propagande capitaliste, mais c'est quand même plus rigolo qu'un slogan des derniers militants de Lutte ouvrière. Je tombe donc sur ça :
Sachant qu’ils devraient attendre sept ans avant les premières récoltes, ils [la famille Kozlowski qui est en fait une marque et une société, la Kozloswski Farms au pluriel, en Californie] ont eu l’idée originale de planter des baies entre les arbres (framboises, mûres, myrtilles et cerises).
Diable... Je ne pensais pas que des cerises pouvaient pousser entre les arbres et que les cerisiers étaient des arbustes ou des ronces à croissance rapide, parce que les cerises sont des petits fruits. Là, ce n'est plus une erreur du traducteur automatique : il y a un humain derrière qui n'a rien compris au produit qu'il est censé vendre.
18:02 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : publicité, langue française, botanique, jardin
dimanche, 04 janvier 2009
Sarkoland

23:16 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, publicité, pub, bling bling, sarkozy
vendredi, 02 janvier 2009
Dakar argentin
La géographie est complètement tourneboulée, puisque voici encore une fois le Dakar argentin. On parlait déjà du Paris-Dakar par ellipse, voire du Dakar, mais on découvre un rallye qui ne partait déjà plus de Paris depuis longtemps et qui n'arrive même plus à Dakar ! On commence à avoir un peu l'habitude, mais alors pourquoi continuer à parler de Paris-Dakar ou de Dakar ? Est-ce que cela voudrait dire que le nom Dakar est synonyme de raid d'imbéciles friqués et bardés de logos publicitaires qui s'achètent une bonne conscience en écrasant des indigènes et en bousillant des routes de fortune au nom de la civilisation qu'ils apportent ? Est-ce parce que le nom Dakar ou Paris-Dakar est déposé comme un nom de marque, comme pour une lessive ou un soda ?
11:10 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, publicité, pub, marketing, commerce, télévision
lundi, 22 décembre 2008
Les adieux du ténor
On ne va pas pleurer sur ce faux départ à la Luis Mariano ou Tino Rossi ou Johnny ou Loïc Le Meur :
Je suis fréquemment dénigré, attaqué personnellement, et malgré tous mes efforts pour expliquer, écouter, tenir compte des avis, je sens que beaucoup de ces attaques n'ont pas pour objectif de progresser, mais de blesser.
Dire que Wikio est d'abord une entreprise commerciale et que ses classements sont plus que suspects, c'est faire preuve d'acharnement contre une personne alors que le principe même d'un classement a été visé, ainsi que la méthode fort étrange et secrète... Si Wikio pouvait s'arrêter, je ne me réjouirais pas, parce que je sais que la même sottise de classement peut renaître ailleurs et autrement, et puis Wikio continuera après ce coup de bluff, il y a trop d'argent dans la partie - surtout après avoir vendu un faux classement de blogs dits féminins pour Elle, grâce à son épouse.
22:15 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : kelblog, chappaz, leftblog, politique, pub, marketing, publicité
dimanche, 21 décembre 2008
Pas de champignac pour les mineurs
On connaissait déjà les avertissements pour les sites interdits aux mineurs du fait des images ou des textes pornographiques présents dessus, mais j'ignorais qu'il pouvait y avoir des avertissements aussi stupides que stériles comme celui-ci :
Pour visiter le site de notre maison, vous devez être en âge d’acheter et de consommer de l’alcool selon la législation de votre pays de résidence.
S’il n’existe pas de législation sur ce sujet, vous devez être âgé de 18 ans au moins.
Certes, la vente d'alcool est à présent totalement interdite aux mineurs en France alors qu'il existait un flou législatif auparavant selon l'âge ou le type d'alcool, mais enfin... les élèves qui préparent des BEP, des bac professionnels, des bac techniques agricoles avec mention viticulture ne sont pas encore majeurs et peuvent vouloir se renseigner aussi sur le produit qu'ils vendront. De même, les élèves qui suivent certaines formations commerciales ou hôtelières (la mention oenologie toutefois n'intervient que si l'on est majeur au début de la formation) ont un peu intérêt à connaître le produit qu'ils vanteront. Ils sont en contact avec les boissons de tous types et on ne peut pas faire comme si elles n'existaient pas.
En réalité, le négociant en champignac se protège contre une possible incitation des mineurs à la consommation d'alcool puisque son site est avant tout publicitaire, mais enfin... pour avoir un peu travaillé dans le vignoble, j'ai vu bien des exposés et des panneaux réalisés par des mineurs au sujet des fameuses maisons de champignac ; ils avaient aussi visité les caves, les pressoirs, et y avaient été bien accueillis. Mais sur la Toile, on prend des mesures de précaution qui ne valent pas dans la réalité. Si je demande un jour prochain un dossier historique sur ce qui fait l'objet de fierté de ma province, devrais-je dire à mes élèves de passer outre cet avertissement sans aucune valeur ? Serai-je en tort alors que c'est en relation directe avec l'économie locale et les perspectives d'emploi ?
12:12 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vin, oenologie, marketing, pub, publicité, internet, web
jeudi, 11 décembre 2008
Y'a bon ! (le retour)
J'en avais parlé il y a deux ans : la société Nutrimaine avait passé un accord afin de ne plus utiliser le slogan Y'a bon, suite aux plaintes déposées par des associations. Elle est revenue sur ce protocole, aussi le Mrap l'assigne en justice. Mais là où cela se complique c'est pour la plainte déposée par Nutrimaine contre l'éditeur du disque Le beau temps des colonies. Celui-ci utilisait l'image du tirailleur sénégalais. Nutrimaine a été déboutée en première instance, mais compte faire appel. On résume : il y a une plainte contre le slogan et une autre contre une image proche de celle de la marque, mais non contre un détournement d'une image appartenant à la marque. Pourtant le logo actuel de Banania est fortement stylisé, réduit à une tête schématique - après être passé à une image d'enfant - et le dessin ne reprend plus le tirailleur de l'époque coloniale. C'est au nom de son histoire que Nutrimaine a porté plainte contre Milan Music.
Ci-dessous une affiche de 1920. On peut noter que les couleurs montrent à la fois le chocolat pour la peau, le lait pour le sarouel blanc, le logo de la marque pour la veste et le plumet du fez.

18:54 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : langue française, politique, pub, publicité, nom de marque, colonialisme, justice
samedi, 29 novembre 2008
Neige de culture
Je le découvre par la France Inter, on ne dit plus neige artificielle, mais neige de culture !
Où est la culture dans l'artifice et l'artefact ? Je me demande.
C'est beau comme les verres à neige tombante des magasins vendant des produits pittoresques du pays (vous savez, les tours Eiffel que vous renversez pour voir les flocons tomber une fois que vous les avez mises à l'endroit).
22:25 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : langue française, publicité, marketing, pub
dimanche, 23 novembre 2008
La théorie du kouglof
Des kouglofs de grand-mère, on n'en trouve guère dans l'Intérieur, mais pourtant :
Comme le kouglof de mamie, l'impact sur les groupes humains obéit à certaines recettes ; ce pro des ressources humaines à Reims livre les siennes dans un ouvrage.
J'aimerais bien savoir où l'on peut trouver en France des kouglofs de grand-mère qui ne serait pas alsacienne ou lorraine. Cela ne fait pas partie de la culture française commune et cela n'a aucun sens, cela ne rappelle aucun souvenir pour 95 % des Français. C'est une idiotie de pseudo-communicant qui ne s'est pas aperçu qu'il n'utilisait que ses propres références ou qu'il faisait appel aux kouglofs industriels vendus en supermarché.
Mais on peut poursuivre dans les âneries :
» Un livre sur le charisme personnel. Qui s'adresse à « tous ceux qui ont un rôle de leader à tenir, pas seulement des chefs d'entreprise : une mère de famille à sa façon est aussi dans ce cas ! »
Un charisme non personnel me semble plus qu'impossible dans le sens d'autorité. Tout charisme est forcément personnel. C'est un pléonasme. Ce bonimenteur (et menteur peu bonisseur) emploie des mots qu'il ne comprend même pas !
13:12 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : marketing, publicité, pub, langue française, journalisme, presse
samedi, 22 novembre 2008
Des messages cachés
C'est un peu étrange, mais sur Flickr apparaissent des infobulles fugitives durant l'affichage de la page d'accueil ou de la dernière activité (parfois longue à charger du fait du nombre de photos) qui indiquent "Liberté d'expression". Cela reste deux trois secondes et puis on ne retrouve plus le même message ailleurs. Je me demande si Flickr a choisi de militer contre les multiples lois qui se font en faveur d'un état de plus en plus policier ou bien si c'est une autopublicité de manière allusive. Mais ce genre de messages qui passe quasiment inaperçus la plupart du temps me pose un problème.
16:26 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : flickr, publicité, web, internet
jeudi, 06 novembre 2008
La revanche du y trématé
Voici un nouveau produit qui va compléter ma collection de ÿ trématés. C'est le troisième ou quatrième produit commercial que je découvre avec ce glyphe. Les patronymes et les toponymes sont un peu plus nombreux. Mais pourquoi un ÿ trématé ? Tout simplement parce que cette gamme de soins pour le visage et le corps est à base de champignac ! Le ÿ évoque donc bien la flute de champignac surmontée de deux petites bulles et puis renvoie aussi à la ville d'Aÿ qui donnait autrefois son nom au champignac : on disait jusqu'au début du XIXe s. du vin d'Aÿ ou un aÿ. L'autre motivation tient peut-être au fait que ce y trématé est aussi employé par la marque Sÿsleya, ou Sunleÿa de Sisley, qui est "l'antiride de toutes les rides" - un autre produit de beauté donc. Il y a donc une légère imitation du nom alors que ce produit se situe dans le même créneau commercial. Hum...
Un autre fait à noter, c'est l'utilisation de la forme d'un blogue et non d'un site : cela permet un meilleur référencement dans les moteurs si les pages sont régulièrement actualisées, mais il n'y a que quelques brefs rédactionnels au cours du mois de septembre. Le produit est tout nouveau et je crois qu'il ne doit guère dépasser la vente régionale. Ces blogues à caractère publicitaire sont un peu gênants quand ils ne s'affichent pas explicitement comme tels, mais en général ils sont choisis par de petites entreprises et cela indique les capacités de conception d'un site.
Pour rappel :
15:16 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : publicité, marketing, consommation, beauté, mode, langue française, typographie
dimanche, 12 octobre 2008
Le babacoolisme redevient commercial
En ce moment, la mode des coeurs dans des phrases revient. J'ai remarqué, cet été, de plus en plus de t-shirts I love NY ,alors que je croyais que cela avait totalement disparu avec les derniers hippies revenus de Katmandou. De la même manière, j'ai noté la publicité de la Caisse d'épargne qui reprenait ce vieux slogan très nunuche et seventies avec son I love LA (pour Livret A et évoquant aussi les initiales de Los Angelès), un nouveau magazine grand public n'ayant rien à voir avec le vieux I Love English bien connu dans les collèges. Et j'en passe. Toujours avec l'inévitable coeur rouge à la place du verbe. Et puis il y a une publicité de Sony-Ericson avec comme slogan, cette fois en français, "J'aime écouter la perfection". Seulement, ce qui se trouve à la place du coeur, c'est le logo de la marque. Original... Et ce logo reprend en fait le symbole du Tao ! On reconnaît parfaitement la boucle et le point, même si une partie seulement du dessin a été repris. Ce dessin représente l'union des forces contraires, le Yin et le Yang, afin de montrer qu'il faut parvenir à la paix, la plénitude et l'harmonie universelle dans son âme (amen !) La mignonne bouboule est en outre assortie de jolies couleurs verte et bleue afin de faire penser un peu au sort de la planète (à sauver de toute manière) ou bien à une sorte de communion mondiale (grâce à la musique qui parle directement au coeur). On pouvait penser échapper aux tics linguistiques anglomanes, mais c'est juste un décalque francophone ; on pouvait penser échapper à la niaiserie des coeurs rougeoyants, mais on nous refourgue la même imagerie à la sauce orientale : on pouvait penser échapper au tropisme de la grande cité, mais on nous refile la planète toute entière sur les bras. Et le pire, c'est que ce symbole du Tao reconfiguré a été repris à droite et à gauche, jusqu'à susciter des procès pour plagiat. Alors qu'il traîne un peu partout, plus ou moins bidouillé. Remplacer un signe assez tarte et convenu par un autre qui ne l'est pas moins, il fallait l'oser.
13:30 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : marketing, publicité, pub
samedi, 11 octobre 2008
Mythologie du Petit Prince
Je suis plus que mitigé à propos de la place et du statut de Saint-Exupéry dans la littérature française ou surtout dans une forme de mythologie nationale. Je ne trouve pas toujours de bon goût certains de ses accents de droite extrême - quand bien même il s'est engagé ensuite au service de la France libre lorsque l'épreuve fut venue -, et il y a dans le fond du Petit Prince, ce chef d'oeuvre d'innocence enfantine, des propos qui me déplaisent fortement. Mais il est interdit de dire le moindre mal de l'auteur de ce livre à recommander pour tout enfant ou du prétendu héros de l'Aéropostale. On ne peut critiquer la prose boursouflée et grotesquement métaphorique de quelqu'un qui est tombé pour la France. On ne peut attenter à la pureté de ses intentions dans un ouvrage à thèse caricatural destiné au jeune public. On ne peut mettre en évidence les contradictions d'un homme dont la figure a longtemps figuré sur des billets de banque.
Or, donc, le groupe Réunica utilise l'image du Petit Prince pour sa nouvelle campagne de promotion de services payants. Cela donne des affiches ou des pages qui sont décalquées des pages de ce livre que presque tous les petits Français ont lu (sauf ceux qui m'avaient comme maître). Par exemple, "Dis, Réunica, choisir la médecine douce sans payer le prix fort, c'est possible ?" On notera l'imitation du naïf style dialogué alors. Et on aurait envie de voir un mouton dans le paysage désertique. Mais surtout... on a affaire à des dessins qui sont une version modernisée de ceux de Saint-Exupéry.
Cela n'a pas pu se faire sans l'accord de la famille, laquelle a autorisé Sfar à produire sa propre version en bande dessinée (un livre catastrophique à mon avis, même s'il bénéficie de la bienveillance de Télérama et la sainte onction de Gallimard, Sfar dessine trop, trop vite et trop près). Ainsi, nous sommes donc en pleine nouvelle promotion du Petit Prince sur de multiples supports. Pourquoi pas ? Cela a pu se faire pour bien des personnages. On le voit aussi en dessin animé. Et où s'arrêtera-t-on dans le commerce ? Il devient urgent de rentabiliser la marque Petit Prince tant que les droits d'auteur peuvent encore rentrer.
Pourtant, le treizième chapitre du livre commence ainsi : "La quatrième planète était celle du businessman. Cet homme était si occupé qu'il ne leva même pas la tête à l'arrivée du petit prince." Saint-Exupéry ne savait pas que ses descendants se serviraient de son image pour devenir eux aussi des businessmen. Et surtout de l'image rassurante du Petit Prince auquel on peut toujours faire confiance puisqu'il poserait les questions candides que tout enfant serait en droit de formuler, ou que tout adulte crédule ne pourrait poser car il vient de revoir le Petit Prince de son enfance dans des opérations marquetingues. Le Petit Prince, c'est l'innocence et l'idée de gratuité, et on ne saurait les mettre en doute même si tout le graphisme ou le propos n'est pas dans le livre qu'il convient d'exploiter jusque la fin.
17:01 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : publicité, bd, bande dessinée, marketing, littérature, écriture


