lundi, 26 octobre 2009

Fioretti

Après l'histoire de la rate, voici le récit de mon premier cours de français. Je n'étais même pas encore stagiaire, on m'avait demandé de faire un remplacement de quelques heures. Je réfléchis à ce que je peux faire en si peu de temps et je me dis que la poésie peut s'intercaler n'importe où dans une progression que je ne connais pas. Je me trouvais dans un collège semi-rurbain qui recrutait aussi fortement dans des quartiers populaires et défavorisés. Entendre par là que l'on n'était pas loin d'un classement en ZEP qui venaient d'être crées, vu le nombre de boursiers, d'incidents, lss résultats du DNB ou les évaluations de sixième, mais cela avait été refusé par la direction qui ne voulait pas effrayer la petite bourgeoisie des villages péri-urbains où chacun protège sa petite villa choisie sur catalogue derrière sa haie de bambous ou de troènes. Une population très mélangée donc. "

Comme il s'agissait d'une classe de cinquième, je me suis dit que le Dormeur du val était une bonne occasion pour parler de prosodie ou de vocabulaire des sensations ensuite ou du sens historique. Et puis Rimbaud ne peut être totalement mauvais à connaître au moins une fois. Je commence donc à écrire le texte au tableau (je parle d'une époque où les photocopieuses n'existaient presque pas dans les établissements du secondaire et que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître). Tout le monde est très sage et attentif au début, malgré ma tension. De grands éclats de rire accueillent cependant le premier tercet.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Je ne comprends pas d'abord pourquoi. Puis on m'explique que les glaïeuls, c'est trop drôle. Je tente péniblement d'expliquer qu'il s'agit de fleurs poussant en bord de rivière ou d'étang et qu'il n'y a aucune connotation sexuelle dans le texte (mais là je mens éhontément). Mettre les pieds dans les glaïeuls, cela avait un autre sens pour certains de ces élèves qui étaient versés en argot (on ne parlait pas encore de verlan). Parce que c'était l'autre nom qu'ils donnaient aux glaouis. Et comme il s'agit d'une fleur à bulbe, comparable à l'orchidée qui fait pouffer de rire les érudits quand ils rappellent son étymologie, l'assimilation est facile avec un testicule. Cela ne mettra pas cependant en péril mon remplacement, on est tous revenus au cours normal des choses après cette parenthèse.

Je connaissais le sens qu'ils pouvaient donner à glaïeuls, je n'y avais pas songé une seule minute. Plus tard, quand j'ai raconté cette histoire à des collègues, on m'a affirmé que ce n'était pas possible, que j'affabulais, que ce sens n'existait pas, et je n'ai pas rencontré de telles réactions lorsque j'ai effectué quatre ou cinq fois ensuite une lecture ou une récitation du Dormeur du val, mais c'était ailleurs et dans un autre milieu. Pourtant, je n'avais pas rêvé !

lundi, 05 octobre 2009

Pour une réforme radicale de l'orthographe

Je republie ici ce que j'ai écrit dans fllf, parce qu'il me semble que cela peut intéresser un autre public.

"Faut-il réformer l'orthographe ?", vidéo avec André Chervel, historien et linguiste. Chervel est le grand spécialiste de l'histoire de l'enseignement de l'orthographe et de la grammaire. Il propose une réforme radicale et simple en trois points :
- suppression de toutes les doubles consonnes lorsque cela ne touche pas à la prononciation (par exemple, "bone" au lieur de "bonne", mais "baisser" reste inchangé) ;
- suppression de toutes les lettres grecques (y, ph, rh, th), sauf si le y note la semi-voyelle yod ("ritme", mais "payer") ;
- alignement de tous les pluriels de noms et d'adjectifs en -s, sauf pour les mots qui finissent déjà par un -x ou un -z au singulier (prix, riz).
La vidéo dure seize minutes, elle n'a pas d'URL propre, elle est sur la page d'accueil de Cap Canal.

Le premier point avait été abordé par les rectifications de 1990, mais seulement pour l'alignement des mots d'une même famille (imbécile et donc imbécilité et non plus imbécillité), mais il maintenait des consonnes doubles (charriot et non plus chariot). Je pense qu'il peut soulever des problèmes dans le cas d'homonymies et il est moins simple qu'il n'y paraît.
Le deuxième point est un fait que j'ai toujours défendu. Pourquoi contrairement à toutes les autres langues latines devrions-nous nous embarrasser encore des lettres grecques qui ne traduisent que la rranslittération en latin (et encore, pas toujours) ? Cela ne permet pas de mieux savoir le grec qui est écrit dans un autre alphabet, cela ne dit rien sur l'étymologie qui est souvent fausse contrairement à ce que dit son nom.
Le troisième point est le plus dérangeant parce qu'il s'attache au tabou des exceptions à la règle qui font partie de la mythologie scolaire. Je ne l'aurais pas osé personnellement, mais cela a l'avantage de créer un clivage clair entre ceux qui veulent conserver l'orthographe grammaticale telle qu'elle est même si elle est massacrée et ceux qui voient qu'elle n'est plus maîtrisée de manière égale, faute de temps pour l'enseignement du français.

Mais ce qui importe, c'est que dit Chervel : une réforme est urgente vu le niveau actuel des horaires de français qui est deux fois inférieur à celui du temps de Jules Ferry ou de de Gaulle, les réformes précédentes sont toutes oubliées ou presque, pour qu'une réforme réussisse elle doit être très simple et doit s'énoncer clairement afin de pouvoir être reprise.     

samedi, 03 octobre 2009

Archéologie du bac G


Je reçois un courrier affolé de Mariah-Samanthah, Umpiste de gauche, qui me demande de l'aide :

Très, très, très cher comte adoré et chéri,

Je me présente au bac STG pour la quatrième fois (oui, j'ai encore échoué, mais ce n'est pas de votre faute, ma mini-jupe ne devait pas être encore assez courte et mon décolleté assez ouvert pour l'examinateur) et j'ai absolument besoin de votre aide, parce que cette année le programme porte sur la transmission des valeurs citoyennes, éthiques et compatibles avec le développement durable, respect de la biodiversité et lutte contre la bulle financière à travers l'oeuvre de Michel Sardou ! Il paraît que les Lacs du Connemara sont une oeuvre obligatoire, par la volonté de notre président ô combien béni. Je ne comprends strictement rien à ce que cela veut dire. Je vous donne le premier texte à étudier, notre prof qui doit être un peu fou nous a dit qu'il fallait que cela évoque notre vécu, mais je ne comprends pas pourquoi, je passe un bac STG (j'ai commencé il y a quatre ans un bac STS, mais on me l'a supprimé au mauvais moment et j'ai dû me réorienter en STG dont je n'avais pas entendu parler), pas un bac G dont je n'ai jamais entendu parler ! Expliquez-moi ce que tout cela veut dire ! Comme vous le savez je suis toujours fortement engagée dans les sarkozystes de gauche du Haut-Cantal-Maritime et nous allons promener, à nous trois, bientôt, notre mascotte Alf (la même que dans l'émission télévisée, on croirait que c'est la vraie) dans les rues de la ville pour montrer que l'on peut être sarkozyste, de gauche, sympa et drôle !

Vous aviez quoi ?
Dix-sept ans, dix-neuf ans ?

Dans le commantaire, il faudra rappeler le poème de Rimbaud "On n'est pas sérieux à dix-sept ans", cela paraîtra tout de suite plus sérieux, car Rimbaud est le prototype du cancre génial et sans aucun bac.  

Vous me l'avez écrit mais je n'm'en souviens pas.
On hésite, on remet, on attend

Notez la gradation du second vers, on appelle cela une procrastination. C'est destiné à mettre en relief un fait en le répétant. Votre enseignant songe sans doute que cela doit vous interpeller au niveau de votre vécu.

Et la lettre se perd, mais vous savez tout ça.
Vous passiez un bac G,

Notez le jeu de mots entre la lettre comme caractère et la lettre comme écrit. On a un pseudo-énonciateur totalement fictif qui est en quelque sorte un futur employeur, lequel ne sait pas ce que veut dire la lettre du nom du bac en lisant la lettre de demande d'emploi. Dites alors que G ! est une des interjections préférées du Concombre masqué. Vous marquerez un point culturel.

Un bac à bon marché,
Dans un lycée poubelle,
L'ouverture habituelle
Des horizons bouchés.
Votre question était : "Faut-il désespérer ?"

Développez sur le développement durable, le tri sélectif qui repose sur un geste citoyen et la nécessité de recycler tous les déchets, y compris vous, afin de pouvoir sauver enfin la planète qui est en grave danger de mort imminente, d'autant plus que la grippe A  et le Sida risquent de s'attaquer bientôt à la couche d'ozone. Il faut sauver la planète avant les hommes !

Vous aviez un prénom mais je n'm'en souviens pas
J'aurais dû, j'aurais pu, certainement

On change d'énonciation ici, il ne s'agit plus d'un futur employeur, mais d'un enseignant. Bien entendu, vous devez dire qu'il était trop accaparé par ses tâches syndicales, associatives pour se rappeler le prénom des dix mille élèves qu'il peut croiser en dix ans. Dites que s'il avait travaillé plus pour gagner plus, il aurait pu se souvenir plus aisément des noms d'élèves qu'il ne voit que par hasard danz un couloir et qu'il n'a pas en cours ou pour peu de temps.     

Vous renvoyer dix lignes. Je n'l'ai pas fait voilà
J'étais je n'sais plus où,
Enfoncé jusqu'au cou
Dans ma vie personnelle,
Cette angoisse éternelle
Du déclin qui rend fou.

Remarquez ici qu'on ne sait plus qui est le locuteur, le professeur, l'employeur, le bachelier. Le texte est totalement confus, mais cela participe sans doute d'une volonté esthétique afin de dire que le sort de tous est identique. On ne sait jamais qui parle clairement ici, même s'il y a un vous et un je. Tout est dans le brouillage des références que l'on ne comprend plus.

 

mercredi, 22 avril 2009

Le grand retour vers le passé mythique de l'école

J'ai entendu la productrice Simone Harari à la radio et j'ai été consterné ou effaré par le principe même de l'émission conçue comme une Star Ac pédago-service public :

Deux mille élèves de cinquième, issus de 12 académies, vont, pour la première fois, devoir épeler des mots, des plus faciles aux plus difficiles, sans erreur, sans omettre les accents ou les traits d'union.

L'orthographe, comme son nom l'indique, n'est pas de l'oral : c'est de l'écrit. Pour se faire une idée de la représentation graphique d'un mot, beaucoup de personnes incapables de l'épeler doivent d'abord passer par l'écriture, car elles ont mémorisé la forme de manière visuelle, comme un dessin, et elles ne sont pas dans une logique de transcription de l'oral (c'est le cas de pas mal de mes collègues de lettres). Un exercice d'ânonnage débilitant est présenté comme le nec plus ultra de la modernité la plus en phase avec les populations diverses alors que c'est une entreprise régressive, infantilisante, qui exclut de fait au moins la moitié des élèves dotés d'une bonne orthographe mais incapables de voir les mots sans support écrit (et inversement des personnes qui feront mal le lien entre l'oral et l'écrit). L'exercice d'une dictée comme celle des Dicos d'or était déjà suffisamment crétin du fait de complications qui n'existent pas dans la langue usuelle, mais là on atteint des sommets puisque l'on va récompenser la performance d'enfants qui sont avant tout des auditifs ou de ceux qui savent réciter une leçon sans la comprendre. Que des collègues se soient prêtés à ce genre de pitreries qui ne revalorisent pas du tout l'enseignement du français sous le couvert d'une fausse branchitude et d'une ouverture aux nouvelles cultures urbaines ne laisse pas de me rendre songeur... Il n'était déjà pas très glorieux de participer à l'entreprise sado-maso des Dicos d'or, mais s'il faut la ressusciter sous la forme de la téléréalité version slam, cela en dit long sur la baisse de niveau général.

samedi, 04 avril 2009

Le jour du treillis

Le bruit autour du Jour de la jupe m'a rappelé une histoire ancienne dont le point de départ est identique et le déroulement plus réel.

Cela se passe dans un collège moyen et semi-urbain d'une ville moyenne de province qui accueille un public mélangé, mais avec aussi des élèves issus de familles désocialisées ou délinquantes. Une de mes collègues était professeure principale d'une des classes poubelles de ce collège, les classes poubelles se repèrent aisément : elles n'ont pas d'option (ou alors une option découverte des métiers), il n'y a pas d'allemand. Mais toutes les classes sont indifférenciées pour l'administration et les filières n'existent plus.

Un jour, en inspectant les devoirs faits à la maison, elle aperçoit une arme dans le cartable d'un de ses élèves. Que faire ? Elle n'a pas le droit de quitter sa salle durant son heure de cours et de laisser ses élèves sans responsable. Si elle envoie un élève porter un mot à l'administration, le fautif saura immédiatement qu'on va venir s'occuper de lui. Leurs regards se sont croisés. Il sait qu'elle sait et elle sait qu'il sait. Or, il s'agit d'un élève impulsif et imprévisible qui posait déjà des problèmes de comportement. Elle ne peut connaître sa réaction si on touche à une de ses affaires. En outre, elle n'a pas le droit de prendre l'arme en question, puisqu'elle ne possède aucun pouvoir délégué de police et elle ne pourrait même pas fouiller une trousse dans le cas de jets de boulettes. Elle ne sait d'ailleurs même pas s'il s'agit d'un pistolet, d'un revolver, si c'est une arme à balles, à grenaille, à air comprimé ou factice.

Pendant une heure donc, elle va faire cours avec la peur au ventre. Sa seule idée est la préservation de ses élèves pendant ce temps. Puis elle se rend à l'administration pendant l'intercours afin d'avertir de la situation. Celle-ci se livre à une fouille en règle et en vain dans un autre cours. On retrouve après une longue traque le revolver à grenaille en question dans des fourrés. Bien entendu, le coupable s'en est débarrassé ou a chargé un complice de le faire. Mais c'est justement ce qui va être reproché.

Suit alors une assemblée générale extraordinaire demandée par les enseignants, où les Dalton (le surnom des membres de l'administration) s'emploient à charger cette enseignante qui n'avait pas su s'emparer de l'arme directement dans le sac, alors même qu'elle ne savait pas de quel type d'arme il s'agissait, qu'elle aurait été incapable de situer le cran de sûreté en manipulant pour la première fois une arme à feu et qu'il y avait un élève dont le comportement était le plus souvent absurde. Mais pour les Dalton, cela ne fait pas un pli : ils auraient su répondre virilement en empoignant le revolver et en repoussant l'élève grâce à leurs muscles fort développés. Nous sommes quelques professeurs hommes à protester en disant que le fait d'empoigner une arme est un acte grave et dangereux, que cela fait monter le rythme cardiaque et qu'on ne peut découvrir un tel objet dans la seconde même sauf si on a vu trop de films. On ne peut être tous sous-officiers de réserve et se prendre pour James Bond. Ce qui était reproché ici à l'enseignante, c'était aussi d'être une femme qui n'avait jamais eu de contact avec les armes et qui aurait eu trop d'appréhension envers les armes parce qu'elle était femme, donc n'ayant pas les capacités pour enseigner face à tout public. L'enseignante a bien mis en valeur cette forme de sexisme assez crétin, parce qu'on la renvoyait à son sexe sans voir qu'il s'agissait d'une affaire humaine avant tout.

Un autre reproche était le fait qu'elle avait empêché de prendre le coupable en flagrant délit. Parce que faute de preuve pour la détention de l'arme qui était passée par plusieurs personnes, il n'était plus question d'exclure même à titre conservatoire l'élève fautif. Il aurait fallu le prendre sur le fait et non sur la base d'un témoignage. Ensuite, il a passé tranquillement dans la classe supérieure et a terminé normalement sa scolarité tout en perturbant les autres cours, sans aucun ennui pour lui.        

Le soir de cette réunion, les pneus de la voiture de cette professeure ont été crevés alors qu'elle faisait deux cents kilomètres pour faire cours. Les deux coupables (fort gaulois comme le premier) ont été vite connus, ils s'en sont vantés en cours de récréation, mais aucun n'a été victime de sanctions : la voiture était garée hors de l'établissement, les Dalton ne pouvaient donc appuyer la plainte ou s'appuyer sur les dires de chacun. La fin est exemplaire : l'enseignante qui avait déjà demandé sa mutation l'a obtenue après une fin d'année où elle a subi des vexations multiples de l'administration pour des motifs futiles, les Dalton sont partis en retraite quelques années plus tard et ils ont été fort heureux que l'Oignon ne parle surtout pas des problèmes de sécurité dans leur collège à ce moment-là alors qu'ils tentaient de mettre en avant leurs filières d'élite. Au fond, c'était le but de l'accusation.

vendredi, 06 mars 2009

L'élève qui ne savait ni lire, ni écrire

Quand on commence à accuser un certain âge et que l'on reste dans la même région, on voit revenir dans les pages des journaux ou des pages Internet le devenir de ses anciens élèves, et c'est parfois fort triste. Je regarde le journal ou la Toile et puis je me réjouis d'un mariage, d'une naissance, d'une entreprise, mais je vois aussi d'autres choses déplaisantes :

Celui qui a avoué « ne savoir ni lire, ni écrire » a bien conscience de l'enjeu de cette audience qui se tenait hier.

Il se trouve que j'ai été l'enseignant de ce prévenu lorsqu'il était dans les petites classes du collège, je l'ai reconnu parce que l'Oignon donne les noms des personnes de manière indigne et sans vouloir respecter le droit des personnes à leur image. Je donnais un ou deux pour ses compositions afin de remarquer son effort, il était en fait en voie d'illettrisme dès la sixième et je savais ce qui l'attendait à la sortie. Je ne me souviens plus des conseils de classe à son sujet, mais je suppose qu'on a dit "sortie vers la vie active" et tout le monde était content de se débarrasser de ce fardeau par des vocables fort vagues. Seulement, c'est le troisième ou quatrième de mes anciens élèves que je retrouve à la page des faits-divers pour des histoires imbéciles de rivalités et des trafics minables de dope. Ce que j'aurais pu dire à la barre aurait été : c'était un bon gamin, fort soumis, pas perturbateur ou de mauvais esprit, plutôt serviable, il faisait tout pour qu'on ne remarque pas qu'il ne savait pas écrire ou lire et je le squizzais pour les lectures ou les récitations afin de ne pas l'accabler. Je pense avoir fait mon travail, mais je ne sais si mon travail était en fait le but et si je n'aurais pas dû lutter contre mes collègues ou mon supérieur qui estimaient qu'il n'y avait rien à tirer. De combien de lâchetés suis-je le coupable ? J'alertais, on me riait au nez, et je devais tout prendre à la dérision comme mes autres collègues qui déclarent ensuite "je l'avais bien prédit" !

dimanche, 15 février 2009

Caducité

De Valérie Pécresse :

A la question de savoir si ce projet de décret controversé, qui doit être retravaillé pendant deux mois par la médiatrice nommée lundi par la ministre, était "caduc", Mme Pécresse a répondu sur Radio J: "à partir du moment où il est remis sur le métier, il est remis sur le métier. Il n'est pas caduc car il n'existait pas".

Si le projet antérieur n'existait pas, il n'y a en effet aucune chance pour que le décret soit déclaré caduc puisqu'il n'y avait même pas de projet et que de toute manière on est en train de le réviser, donc il s'appliquera forcément à la rentrée prochaine même s'il n'y avait rien avant. J'ai énormément de difficultés à saisir l'argumentation et la logique de la ministre de l'Enseignement supérieur qui me semble avoir des vues tout à fait personnelles sur la recherche en matière de rhétorique. Je suis consterné par une telle sortie qui nous ramène au bon vieux temps de Claude Allègre par une agréable bouillie verbale qui dit tout et son contraire en une phrase.

Moi, je

J'ai peine à croire que de tels propos aient été tenus par l'actuel ministre de l'Education nationale :

D'ailleurs, on me dit "les universités ne voudront pas préparer les étudiants à cela"  ; vous savez, moi je recrute 14 000 personnes ; on va les trouver les gens pour passer nos concours. Et aujourd'hui, un professeur sur deux qui est recruté par moi, n'est déjà pas passé par des systèmes de formation des maîtres. Il a tout simplement une licence ou une maîtrise, et il se présente à nos concours et il les a. Donc moi je n'ai pas absolument besoin d'entrer dans des discussions sibyllines avec les préparateurs à mes concours. Je suis recruteur. Je définis les concours dont j'ai besoin. Je garantis la formation professionnelle des personnels que je recruterai. Après, chacun nous suit, ou pas.

Passons sur l'idiotie à propos d'un enseignant sur deux qui ne serait pas passé par le système de formation des maîtres - cela ne concerne guère que des agrégés pour lesquels ce n'est pas une contrainte, des lauréats du concours de la troisième voie (ni externe, ni interne) qui est en voie d'extinction depuis quelques années, des enseignants du privé sous contrat et puis des contractuels ou vacataires qui n'ont justement pas passé ou réussi les concours, mais que l'on recrute afin d'enseigner moins cher et plus souplement qu'un titulaire. En additionnant le tout, on doit bien obtenir quelque chose qui se rapproche un peu des 50 % , mais en comptant dedans des gens qui pour la plupart n'appartiennent pas à la fonction publique, soit parce qu'ils ont opté pour le privé sous contrat, soit parce qu'ils sont dans un régime précaire et qu'ils n'ont pas passé ces fameux concours !

Mais ce qui me laisse bien plus pantois est l'emploi constant du pronom personnel ou de de l'adjectif possessif à la première personne du singulier : que je sache, mon ministre n'est pas le propriétaire de son ministère et les enseignants ne sont pas ses gens de charge ou de domesticité ! Un enseignant n'est pas recruté par lui, mais en son nom ou plutôt parce qu'il est en charge d'une fonction parfaitement révovable par l'actuel monarque. Le ministre n'est que le dépositaire d'une charge, il ne peut parler de son domaine d'activité comme si c'était une entreprise qu'il aurait créée (et même un chef d'entreprise doit rendre des comptes à son conseil d'administration, ses associés ou à ses actionnaires).

Ce type de discours me paraît totalement délirant : on est dans le mélange des genres le plus complet, comme si le ministre se vivait en chef d'entreprise qui se vivrait lui-même comme un paysan propriétaire prêt à engager des ouvriers agricoles pour la récolte. Mais à quelle époque vivons-nous ? A celle de son maître qui abuse lui aussi de la première personne du singulier.

 

samedi, 31 janvier 2009

Points de détail

Dans cette dictée, je m'interroge sur les critères de notation qui évaluent les compétences d'élèves de CM2 de 1987 et 2007. Admettons qu'il y ait une erreur sur Le dans la première phrase du fait de l'absence de capitale, mais ce n'est plus compréhensible dans la dernière phrase avec le groupe le chien pris dans le milieu de la phrase. Je me dis alors que ce n'est pas l'orthographe qui a été sanctionnée, mais la graphie sans doute illisible.

Un autre point concerne les erreurs qui se cumulent et qui n'en font qu'une en réalité. Par exemple, un élève écrit non ou nont à la place de n'ont. Cela fait donc selon la méthode choisie deux erreurs pour les deux notions différentes alors qu'il n'y en a qu'une seule du fait du fonctionnement de la langue orale. L'absence d'identification de l'apostrophe qui passe de 90% à 83 % ne laisse pas de me troubler, mais c'est un signe discret qui n'est pas forcément très visible dans toutes les copies.

Je suis également fort intrigué par la graphie de Á dans Á ce moment. Qu'est-ce qui a été sanctionné ? L'absence de capitale après un point d'exclamation (lequel ne requiert pas automatiquement un nouveau début de phrase) ou d'accent pour 8 ou 9 % d'élèves ? Pourtant, c'est exactement la même proportion dans le groupe à la maison qui n'est pas en tête de phrase (96 à 91 % de réussite). Il y a là trois types d'erreurs différents et le fait que les capitales accentuées s'imposent aujourd'hui a pu augmenter le score d'échec pour le Á, car si l'on prend les autres débuts de phrases on a des taux d'échec similaires pour des mots plus complexes comme Pourquoi.

L'absence de ponctuation dans certaines copies pour la virgule ou le point simple sont aussi dérangeantes : il peut y avoir une simple inattention, mais cela conduit ensuite à une erreur sur la capitale présente ou non du mot suivant. Les erreurs entre points d'exclamation et d'interrogation sont fréquentes à ce niveau et relèvent d'une autre catégorie liée à la confusion des notions, elles sont plus importantes que celles sur la ponctuation ordinaire mais là encore on peut se demander si une erreur n'en entraîne pas une autre.

Je suis donc fort sceptique sur la méthode suivie, elle consiste en un découpage formel qui ignore les phénomènes d'accumulation pour les groupes (alors qu'il n'existe pas de cumulation à l'intérieur d'un seul mot même si trois ou quatre erreurs peuvent s'y trouver) et il n'y a aucune pondération par la prise en compte d'unités plus larges ou sur la différenciation des types d'erreurs plus fine que la simple mention de ponctuation.

Ce sont des points de détail, à la marge. Mais chacun de ces petits chiffres pèse dans l'ensemble du résultat et on ne peut se faire une photographie exacte à partir des chiffres bruts.

vendredi, 30 janvier 2009

Les touffes frisées

Discussion entre collègues au sujet d'un devoir commun. Le texte choisi est extrait de Clochette de Maupassant. Et puis un passage choque une de nos collègues qui ne veut pas entendre ses élèves ricaner, vu qu'ils ont l'esprit mal tourné comme c'est courant à leur âge. C'est dans cette phrase :

C'était une haute femme maigre, barbue, ou plutôt poilue, car elle avait de la barbe sur toute la figure, une barbe surprenante, inattendue, poussée par bouquets invraisemblables, par touffes frisées qui semblaient semées par un fou à travers ce grand visage de gendarme en jupes.

Ce qui faisait peur à la collègue, c'est l'expression touffes frisées. Elle veut supprimer cette mention du texte. Certes, certes... mais l'ensemble du portrait de la vieille couturière est grotesque, exagéré et surprenant. Il est aussi totalement sexualisé et la deuxième partie de l'histoire tourne justement autour d'un dépucelage raté. Mais le portrait tout entier suscite le rire et l'embarras. Alors pourquoi avoir peur de ces touffes frisées ? Parce que cela évoquerait une partie du corps ? Mais alors il faudrait éliminer aussi l'adjectif poilue ! Parce que lui aussi va déchaîner des réactions. Une autre collègue dit à part : "Cela ne m'étonne pas d'elle ! Elle a vraiment un problème avec ça..." Et puis comme elle passe toujours en coup de vent, sans jamais s'asseoir, très agitée et affairée, battant l'air à l'aide de ses multiples sacs Joseph Gibert en fin de vie, sa correction passe auprès de la direction puisque l'ensemble des collègues n'a pu lui dire en face et en même temps "non" avant qu'elle remette le sujet qu'elle avait repris à son compte.

Il est vrai que l'on a droit de temps à autre à des réactions face à des mots connotés. Ainsi, je suis certain que si je trouve le verbe fourrer, je  pourrai identifier les élèves qui ont une connaissance sommaire du lexique des films X. Je suis sûr que le verbe branler dans son sens classique et non argotique va susciter des pouffements lorsque j'étudie Molière ou Beaumarchais. Mais je demande alors à quoi l'on pense, on n'ose trop répondre, et je donne l'explication du mot dans ce contexte, avec des exemples d'autres emplois comme le branle-bas de combat ou le branle comme danse. Dois-je passer la scène où Thomas Diafoirus déclare "Père, baiserai-je ?" alors que le double sens a été voulu par Molière et que les spectateurs de l'époque en riaient ? On peut ne pas inciter à lire tel passage (je me vois mal expliquer à des élèves de douze ans la scène du viol commis par Renart sur Hermeline et démontrer qu'il la sodomise, ce qui était un acte diabolique à l'époque), mais enfin... il y a des passages qui n'ont nul besoin de cette forme de censure. Il peut être utile d'afrronter les rires scabreux, d'abord parce que cela permet de faire progresser l'élève dans sa vie personnelle et affective alors qu'il est encore en période de recherche, ensuite parce que cela montre la richesse de la langue et de ses registres.

Mais faire comme l'autruche, c'est une attitude non pédagogique. Je l'ai déjà exprimé ici lorsque j'ai évoqué les révisions grossières du Lagardetmichard au sujet deRabelais quand on proscrivait le mot connelet dans la bouche de Grandgousier. C'était bête. Cela l'est plus encore lorsque le mot en question n'est pas considéré comme obscène dans son contexte. De réécriture en réécriture, on peut en venir à bannir tous les mots qui pourraient susciter des désirs impurs, des mots grossiers et des pensées malsaines chez les jeunes acnéiques en quête de fausses provocations afin de s'affirmer. Devrait-on interdire l'adjectif ou le substantif bonne au sujet d'une femme sous prétexte que l'expression "elle est bonne" a un sens sexuel chez les adolescents qui regardent les DVD X de leurs parents en cachette ? Construit-on des adultes ainsi ?

dimanche, 04 janvier 2009

Le journal le plus photocopillé (comme il dit)

Je lis l'éditorial de fin du Monde de l'éducation (dans sa version magazine) :

Mais ces abonnés sont souvent des établissements scolaires… où Le Monde de l’éducation est le magazine français le plus «photocopillé» : environ 40 000 exemplaires vendus pour plus d’un million cent mille lecteurs!

J'ai enseigné dans une quarantaine d'établissements de niveaux fort différents et je n'ai jamais vu une seule page du Monde de l'éducation photocopiée, que ce soit par les enseignants ou les élèves ou les membres de l'administration. Mieux ! Le Monde de l'éducation est l'un des journaux les moins lus par les enseignants lorsqu'ils se rendent au CDI (je regarde pour ma part la NRP, les Cahiers pédagogiques, Virgule ou La Hulotte, les Cahiers de l'Unesco, Alternatives économiques, mais le Monde de l'éducation cela ne me viendrait même pas à l'idée, car j'ai l'information ailleurs, soit par voie administrative, soit syndicale, soit tout autre). Il n'est d'ailleurs pratiquement jamais emprunté par les élèves, sauf en lycée pour des dossiers spécifiques et en général anciens, en général pour des cours de SES (et encore... ce n'est pas crédible, puisque les thèmes ne sont pas ceux du programme). Le chiffre d'un million cent mille lecteurs est un pur fantasme calculé on ne sait trop comment ! Car un(e) documentaliste d'établissement scolaire ne peut pas établir un chiffre des revues ou des livres feuilletés sur place et non empruntés ou des ouvrages qui auraient été photocopiés. L'argument selon lequel le Monde de l'éducation était très lu et copié est totalement faux quand on est dans la réalité des établissements scolaires : il est en fait très peu consulté, sujet à railleries de la part de l'administration ou de l'inspection, très peu reproduit à la différence d'autres supports. Un million cent mille lecteurs, cela n'existe que dans la tête de ceux qui dirigent ce journal : il faudrait cumuler toutes les personnes ayant un peu ouvert ce journal ou regardé la couverture durant un an pour aboutir à un tel chiffre (et alors bien des journaux français pourraient dire qu'ils ont plus de cent millions de lecteurs puisqu'ils ont vu la manchette). Pendant plus de trente ans, le Monde de l'éducation a fait croire qu'il bénéficiait d'un lectorat exceptionnel afin de bénéficier de pubs juteuses et maintenant il découvre que ce lectorat n'existait pas du tout ! Alors il feint d'accuser le photocopillage qui n'existe pas du tout pour son titre. Les annonceurs avaient dû finir par avoir un peu la puce à l'oreille avec ces chiffres exagérés et ils ont dû dire que la plaisanterie avait assez duré.

mercredi, 26 novembre 2008

Carpette anglaise 2008 : Pécresse élue !

Je suis déçu. Mon candidat n'avait même pas été sélectionné pour ce prix que je ne rate pas (tout comme les IgNobels ou le Prix du maire de Champignac).

Au premier tour de scrutin, par onze voix contre deux, le prix de la Carpette anglaise 2008 a été décerné, à Mme Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche pour avoir déclaré que le français était une langue en déclin et qu'il fallait briser le tabou de l'anglais dans les institutions européennes, ainsi que dans les universités françaises, en rendant obligatoire l'enseignement intensif de cette langue au détriment de toutes les autres (ce qui est notamment contraire au traité de l'Elysée de 1963).

Je suis en revanche satisfait de voir la sélection de Xavier Darcos.

La Carpette anglaise.

samedi, 22 novembre 2008

Les belles leçons de la Meuse

lameuse.jpgEh bien ! on ne peut pas dire que ce soit fameux, puisqu'en quatre lignes le secrétaire de rédaction a été capable de commettre pour ce chapeau au moins trois erreurs de français dont une de syntaxe et deux de logique !

(La sixième secondaire en Belgique est en fait la classe de terminale, mais elle est appelée classe de rhétorique alors que ce nom ancien devrait correspondre à la classe de première française tout comme la terminale était nommée classe de philosophie. Rien n'est simple en Belgique, en France non plus.)

dimanche, 16 novembre 2008

Flickr fliqué à l'EN

Les filtres mis en place par des ouaibemasteures incompétents et sous-payés de l'Education nationale commencent à me gonfler sérieusement. Je faisais part l'an dernier du refus du serveur de mon établissement pour me connecter au Bondyblog. Cette année, autre établissement, autre censure. C'est carrément Flickr qui est censuré parce que ne répondant pas à une préoccupation pédagogique ou technique ! L'avis est le même que précédemment. Mais bon sang ! On trouve des choses intéressantes et diverses dans Flickr, comme ça. Avec aussi bien des photos des opposants du ministre de l'Education nationale que celles destinées à la propagande gouvernementale. Un élève peut trouver des photos libres de droit pour faire des panneaux ou de dossiers afin de participer par exemple à l'indispensable et inévitable devoir de mémoire (mes photos de monuments aux morts par exemple). On ne peut voir que là par exemple les photos de la Bibliothèque du Congrès étatsunien (Flickr a passé un contrat avec elle) et d'autres grandes institutions de ce pays qui a élu Obama dont les photos de l'élection sont justement sur... On n'y trouve pas beaucoup de photos cochonnes, des instituteurs, des professeurs se servent de Flickr pour mettre en partage avec des parents des photos d'activités, de sorties, de journées spéciales. Si ce n'est pas d'un intérêt pédagogique... Je me demande ce qui se passe dans la tête des censeurs au petit pied qui s'imaginent que tout un site serait nuisible alors qu'il passe des accords avec les gouvernements. Là, je vais en parler, mais comme je sais que le responsable informatique dans l'équipe éducative est un adjoint UMP d'une mairie aux manières fort musclées et d'une incompétence évidente, ce n'est pas gagné.

mercredi, 12 novembre 2008

Comment devenir un ministre professionnel

C'est bizarre :

A la sortie de la troisième, les collégiens auront donc désormais le choix entre le baccalauréat professionnel en trois ans et le CAP en deux, un diplôme en général plus adapté aux métiers de l'artisanat.

Moi, ce que j'ai compris, c'est qu'un grand nombre de CAP (hyperspécialisés comme facteur d'orgue ou luthier) en trois ans étaient encore maintenus en plus des BEP-CAP en deux ans dans des filières bien précises (les épreuves sont communes le plus souvent, mais avec des barêmes différents), et que l'élève qui se lançait dans un bac pro passait toujours le BEP avant, tel qu'il était, afin d'éviter qu'il sorte sans aucun diplôme (une minorité d'élèves continuent après un BEP vers un bac technique ou professionnel). Un inspecteur pédagogique m'avait certifié que le BEP continuait à exister et à être un diplôme qualifiant. Mais il faut croire que l'on se perd un peu dans cette jungle des diplômes professionnels qui n'ont pas l'aura de ceux plus universitaires.

Bon... dit comme cela, on peut trouver la situation plus rationnelle, sauf qu'elle le devient de moins en moins avec les bac pro en quatre ans, les bac pro en trois ans, les CAP qui ne passent pas de BEP, les BEP qui passent des CAP, les CAP en deux ans et ceux en trois ans. Si on voulait mettre de l'ordre dans le système, c'est fort réussi. Je félicite mon ministre qui est un anarchiste inavoué.

jeudi, 06 novembre 2008

La morphologie grammaticale selon la Halde

Dans ses recommandations aux éditeurs [de manuels scolaires], la Halde "rappelle que les fonctions et les métiers doivent être féminisés".

Eh bien ! je peux dire que ce n'est pas gagné quand on voit les parti-pris de la haute et basse administration scolaire qui veut toujours faire croire à une forme de barbarie ou de décadence, voire à une forme de mépris envers les femmes parce qu'on les traiterait indépendamment de leur fonction... On me considérait comme un Martien quand j'écrivais professeure, auteure, proviseure il y a dix ans et que j'invoquais la loi française (ce n'est pas le gouvernement socialisse qui va me dire comment je dois dire ce que je cause naturellement et clairement) et l'exemple québécois (ouais, mais les Québécois, c'est des oufs et ils ne savent pas bien parler français, on le sait quand on écoute parler Céline Dion). Cela s'est un peu amélioré depuis, mais la résistance des plus conservateurs est restée aussi ferme et coriace, y compris contre l'article féminin devant un nom épicène (du type la maire, la ministre, la juge). Ils sont juste un peu moins nombreux, mais ceux qui restent campent sur leurs positions. Faire passer l'idée de la variabilité dès le plus jeune âge est une bonne chose, mais si les parents ne sont pas eux-mêmes impliqués dans ce changement et s'ils ne reçoivent qu'une information partielle et partiale contre toute évolution de la langue, le risque est grand de voir ce voeu se transformer en "opération de propagande stalinienne et politiquement correcte d'un autre siècle" pour les médias dominants. Pourtant, ce serait une respiration pour la langue et une chance de renouveau par une plus grande plasticité, mais cet argument purement langagier ne sera jamais celui qui sera retenu tellement on se place sur un terrain politique au plus haut degré.

mardi, 28 octobre 2008

De la liberté de l'enseignement, et en particulier de l'histoire

Je ne suis pas sûr de la compétence des députés et sénateurs pour décider de ce qui doit faire ou non partie de l'enseignement :

"Est-ce qu'il ne faudrait pas qu'une bonne fois pour toutes ce que nous considérons comme devant être enseigné aux élèves soit prescrit par la représentation nationale? Nous n'aurions pas ces questions", a affirmé le ministre [Xavier Darcos].

Nous avons eu au contraire beaucoup trop d'ingérences à des fins politiques circonstancielles ou communautaristes ou communicativo-émotionnelles depuis près de vingt ans. L'exigence grotesque de la lecture de la lettre de Guy Môquet répondait à cette forme de suprématie du politique et du pathétique sur le pédagogique, et on risque de se voir imposer de nouveau l'enseignement sur les aspects positifs de la colonisation comme cela avait été déjà désiré par des députés de droite extrême.L'instrumentalisation de l'histoire par le pouvoir en place est justement ce qui pose des questions . Le retour à une histoire officielle, dûment exigée par les pouvoirs en place, serait une régression, car on enfreindrait alors la loi - et non plus ses obligations professionnelles - si l'on ne s'y soumettait pas et si l'on exerçait son esprit critique ou tentait de délivrer autre chose qu'un catéchisme obligatoire, niant des évidences et contraignant à des mensonges d'Etat. La déclaration de mon ministre ne me surprend guère. Il réagit par une provocation, en bon adepte du magnifique président, et en feignant de trouver une solution admirable, alors qu'elle méprise les chercheurs et les enseignants qui agissent dans un cadre parfaitement républicain et humain. Voici un texte avec lequel je me sens vraiment en accord. Il n'est nul besoin de ces manoeuvres de diversion après les OPA ratées sur des moments mémoriels pour que l'histoire scolaire continue sa mission, qui est d'abord d'enseigner des repères et des modes de raisonnement, pas des slogans ou des confiteor.

mercredi, 22 octobre 2008

Semestrialiser

L'agrégé de lettres classiques François Bayrou s'exprime ainsi pour parler de la réforme à venir de son successeur (et ancien conseiller), l'agrégé de lettres classiques, Xavier Darcos :

Transformer en modules et semestrialiser la classe de seconde au lieu d'avoir une construction du savoir dans le long terme, couper le savoir en tranches et le faire selon la logique du zapping, c'est une catastrophe.

Semestrialiser ? Diable... Pourtant, le semestre existe déjà à l'université afin de favoriser les passerelles, dans des formations supérieures pour permettre les stages, dans certaines formations moins élevées comme des CAP, et même parfois... au collège comme pour des itinéraires de découverte afin de regrouper des heures. Le problème n'est pas l'organisation par semestres (pas plus idiote qu'autre chose étant donné ce qu'est la brièveté d'un troisième trimestre au lycée entraînant une quasi absence de notes), mais la possibilité qu'une matière optionnelle hors du tronc commun puisse être abandonnée en cours d'année ou au cours du cycle suivant. Ce qui risque de se traduire par un joyeux bordel - et je reste poli -, lorsque l'on connaît la vitesse de réaction et le courage de l'administration de l'Education nationale : des classes en sous-effectif ou en sureffectif, des classes sans enseignant et des enseignants sans classe, des salles inadaptées et d'autres vides selon les possibilités d'emploi du temps, des affectations arbitraires afin d'alimenter les flux d'élèves et beaucoup de rancoeurs.

L'agrégé de lettres classiques aurait pu employer comme complément de transformer le mot semestre, plus courant dans la langue. Mais il voulait montrer le caractère monstrueux de la réforme en cours de discussion. Rien de mieux qu'un néologisme. Ce qui permet de glisser sur le fait que les modules existaient déjà depuis bien avant que François Bayrou ne soit ministre et que ceux de français et de mathématiques disparaîtront du fait de la réduction des horaires d'élèves. Semestrialiser, cela vous a un air terrible qui indique un processus artificiel du fait de son suffixe.

mardi, 21 octobre 2008

L'antiracisme et le féminisme sous l'ère mitterrandienne

Nous continuons notre série de cours afin d'aider Jean-Steevyn et Mariah-Samanthah à obtenir leur bac STG et nous leur proposons de travailler sur ce superbe poème humaniste dû à quelqu'un qui ne peut être que socialiste du fait de son enfance pauvre et malheureuse : Jean-Luc Lahaye ! Il ne fait aucun doute que Jean-Luc Lahaye était profondément empreint de la pensée mitterrandienne et qu'il avait compris les nouveaux enjeux du monde actuel dans la lignée de SOS-Racisme en remplaçant la question de l'économie ou du social par celle de l'identité et du divertissement comme nouvel horizon. Jean-Luc Lahaye, sympathique balladin à la vie pleine d'accidents, se penche sur un douloureux problème de société : celui des adolescentes d'origine musulmane et il le fait avec une sympathie fort pressante qui est fort sympathique.

Djemila des Lilas, frêle gazelle des ruelles
Met du bleu sur ses yeux
De la fièvre sur ses lèvres

Pourquoi une capitale aux Lilas ? A quoi cela peut-il bien correspondre ? Qu'est-ce que ce nom t'évoque ? Cherche ensuite ce nom sur une carte du métro et du RER. Que constates-tu ?

A ton avis, quelle femme politique habite aux Lilas ? Christine Lagarde, Rachida Dati, Carla Bruni, Rama Yade, Arlette Laguiller, Christine Boutin, Nathalie Kosciusko-Morizet, Christine Albanel, Fadela Amara, Cécilia Sarkozy, Anne Sinclair, Laurence Ferrari, Arlette Chabot, Lorie ? Pourquoi ?

Quel continent est connoté par l'emploi du mot gazelle ? Connais-tu un autre sens de ce nom dans un contexte plus guerrier ? Lequel ? Vois-tu un rapport de sens entre toutes ces acceptions ?


Et loin de Khomeiny elle imite Adjani

Recherche au CDI une photo de chacun de ces deux personnages historiques, colle-les sur ta feuille et dis celui que tu trouves le plus sympathique, avenant ou agréable, puis justifie. Sur quelle figure de style est construite cette phrase ?

Djemila a quinze ans
L'âge soie, l'âge faon
Dans un short en satin
Qu'elle porte le matin
Elle va faire son jogging

A ton avis, à quel public est destiné cette chanson ? Relève les indices qui te permettent de le dire. Aimais-tu toi aussi faire des joggings alors que tu avais quinze ans et apprécies-tu de le faire sous la direction de ton prof de sport ? Crois-tu que la soie et le satin soient les meilleures matières pour suer efficacement afn de conserver son corps de quinze ans ? Quelle idée est alors suggérée par ces noms de tissus ? Penses-tu que si Djemila avait eu douze ou treize ans la chanson aurait pu être enregistrée ou diffusée sur les ondes ? Pourquoi ce choix de quinze ans ? Explique ce que cela peut avoir comme conséquences.

Sous un walkman qui swingue
L'Algérie, le croissant
Loin d'ici, pas le temps pas le temps

Trouve dans ce passage des mots que tu n'emploierais pas, aujourd'hui en 2008. Explique pourquoi.

Sa mini d'chez Tati
La dévoile sensuelle
Ces regards qui la frôlent
Ça l'égare, ça l'affole

Est-ce que tu irais aussi chercher tes tissus aussi chez Tati ? Pourquoi ? Justifie et dis alors si tu es toi aussi maghrébine comme Djemila. A ton avis, pourquoi l'auteur a-t-il choisi le nom de cette chaîne de magasin ? Que cherche-t-il à suggérer au sujet des femmes d'origine maghrébine ?

Le Coran, en c'moment
Elle l'aimerait tolérant
Elle l'aimerait moins austère
Moins collant moins colère moins amer

Explique les jeux de mots ou d'assonances dans ce passage et montre l'opposition des mots. Vois-tu un rapport entre les idées de ce passage et celles qui sont véhiculées aujourd'hui au sujet des immigrés clandestins ?


Et loin de Khomeiny elle imite Adjani
Djemila, Djemila, Djemila, Djemila, Djemila
Djemila, Djemila, Djemila
Djemila, Djemila, Djemila, Djemila, Djemila
Djemila, Djemila, Djemila

Montre la profondeur poétique de cette répétition.

Djemila ne lit pas
Elle échappe à ses frères
Elle s'en moque, y a le rock
Qu'est plus fou
Bien plus fou elle s'en fout

Quelle évasion est permise à Djemila par le poète ? Qu'est-ce qu'elle ne veut surtout pas connaître ? Penses-tu toi aussi qu'il est mauvais de lire et que tout le malheur vient de là ? Crois-tu que la seule libération puisse venir de la musique écoutée à s'assourdir ?

samedi, 18 octobre 2008

La continuité dans le changement apparent

Nous continuons cette série de cours sur le contenu politique des chansons des années octante qui permettent de décrypter (comme on dit dans les médias qui parlent des médias) les intentions et les engagements des artistes majeurs de cette période fort obscure et troublée. Notre thème principal, cette année, est le mitterrandisme : qu'est-il, d'où vient-il, comment s'exprime-t-il ? Pour cela, nous avons convoqué les artistes principaux de cette époque afin de permettre à Mariah-Samanthah et à Jean-Steevyn d'obtenir leur bac STG à la quatrième tentative. Au programme, nous avons inscrit Daniel Balavoine, dit le Saint ou le Pur, depuis son tragique décès lors du rituel Paris-Dakar qui permettait fort heureusement d'abréger les souffrances de pauvres Africains en les écrasant sur la route plutôt que de les laisser mourir de faim ou du fait de la guerre, Daniel Balavoine agissait dans des conditions qui ne devaient strictement rien à l'argent et on ne peut pas le suspecter d'avoir prêté son nom à de mauvaises opérations télévisuelles sous un couvert humanitaire. Nous donnons un texte très inspiré par l'actualité la plus directe et puis avec des prédictions.

Au revoir au revoir
Au revoir au revoir
S'en aller de la ville
Sans autre envie
Qu'un peu de réconfort
Tranquille

Compare ce texte avec celui des adieux de Valéry Giscard d'Estaing en 81. Quelles différences observes-tu ? Lequel te semble le plus mis en scène ? Pourquoi ? Penses-tu que la reconversion de Valéry Giscard d'Estaing s'est faite a) chez Bricorama b) avec la constitution européenne c) chez Castorama d) à Vulcania e) chez Mr. Bricolage f) à l'Académie française g) chez E. Leclerc Bricolage h) au Conseil constitutionnel ? Justifie ton choix.

Emporté par le style
D'une chanson sans effort
Où la vie est cachée par des mots inutiles

En quoi est-ce une allusion aux 35 heures qui figuraient dans les 101 propositions de François Mitterrand et qui n'ont pas été réalisées en entier, contrairement à ce que ressasse Attali ? Penses-tu que tu devrais travailler plus de 35 heures, que tu ne devrais pas avoir de RTT, que tu devrais accepter des heures supplémentaires payées moins bien que les heures ordinaires, qu'il y a des privilégiés qui ont des horaires réduits de leur seul fait, et enfin que penses-tu du slogan du PS de 1981 "Changer la vie" (d'un sinistre rimbaldisme). Crois-tu qu'il soit encore applicable aujourd'hui ? Et si oui dis quels sont tes demandes en matière de salaire, d'horaires, de rapports hiérarchiques et de demandes d'objectifs. Est-ce que tu serais prêt à mourir pour ton entreprise ?

Au revoir au revoir
Au revoir au revoir
Pouvoir laver le ciel
Tout effacer
Ne rien recommencer

Explique comment il s'agit d'une allusion explicite au fait que l'auteur du Coup d'Etat permanent n'a jamais assumé ses déclarations au sujet d'une constitution indigne et ne s'est jamais expliqué à ce sujet, même après son départ.

Ou peut-être
Essayer de trouver
Pour s'éloigner de l'enfer
Un bateau rose et vert qu'on enterre dans la mer

Pourquoi le thème écologiste devient-il un élément fondateur d'une sorte de nouvelle union de la gauche qui ne doit pas survivre à François Mitterrand ?

Au revoir au revoir
Au revoir au revoir
Faire la part des choses
Se dire que l'on ose
Tout remettre en cause
Et partir
Au revoir au revoir
Au revoir au revoir

Retrouve ici une phrase que Bernard Tapie (grand patron de gauche s'il en est) aurait pu prononcer. Recopie-la et dis pourquoi tu lui la attribues.

 

lundi, 06 octobre 2008

1990 entre dans l'enseignement français

Je suis plongé dans la lecture des nouveaux programmes pour la classe de sixième applicables dès la rentrée 2009 (comment ? il y a une réforme des programmes de collège sans aucune concertation, ni consultation ? oui, c'est possible, mais pas ensemble...) Dans le fond, peu de gros changements pour les textes et les périodes ou les thèmes, mais un retour très net à la grammaire comme enseignement distinct et spécifique comme c'est déjà le cas en primaire. Je verrai les catégories grammaticales retenues plus tard, cela demande une comparaison un peu fine pour voir l'orientation (mais je crois que la terminologie ne va pas beaucoup bouger vu ce que j'ai écrit dans mes deux billets De Grammatica au sujet de l'école élémentaire). Je note la lourde insistance sur l'éducation à l'image et à l'histoire de l'art - le nouveau dada présidentiel. Comme si ce n'était pas le cas auparavant ! Et puis au détour d'un paragraphe, je lis ceci :

NB : Pour l’enseignement de la langue française, le professeur tient compte des rectifications de l’orthographe proposées par le Rapport du Conseil supérieur de la langue française, approuvées par l’Académie française (Journal officiel de la République française du 6 décembre 1990). Pour l’évaluation, il tient également compte des tolérances grammaticales et orthographiques de l’arrêté du 28 décembre 1976 (Journal officiel de la République française du 9 février 1977).

Ah ben tiens ! Voilà vraiment du neuf. Il était plus que temps. C'est la première fois que je lis textuellement dans un programme de l'Education nationale française qu'il faut appliquer cette instruction ministérielle datant de trente ans (et après tout d'assez bon sens). Les Belges, les Suisses et les Québécois ont aussi accepté avant nous les tolérances orthographiques, mais quand j'en parlais il y a dix ans on me disait qu'il n'y avait aucune consigne à ce sujet ou qu'on ne savait pas de quoi je parlais ou que j'avais une lubie, et que de toute manière le jury est souverain même dans son arbitraire. Il paraît qu'un certain conseiller de François Bayrou, un agrégé des lettres et deux fois docteur, aurait violemment combattu ces rectifications entre 93 et 97 afin de les proscrire de l'enseignement selon certains dires, et maintenant un ministre ancien conseiller de François Bayrou, agrégé des lettres et deux fois docteur, demande de les appliquer. Que s'est-il donc produit pendant tout ce temps pour produire un tel retournement ?

Et on peut se demander si le renversement brutal de politique orthographique du Petit Robert, qui reprend maintenant un grand nombre des rectifications après les avoir combattues lui aussi à la différence de certains de ses concurrents, n'est pas dû à ce changement dans les programmes scolaires, lorsque l'on sait que le Robert est le dictionnaire de référence des enseignants de lettres qui le prescrivent.

samedi, 04 octobre 2008

La dimension rimbaldienne du mitterrandisme

Nous poursuivons notre programme de révision des grands textes poétiques de l'ère mitterrandienne afin d'aider Mariah-Samanthah et Jean-Steevyn à obtenir enfin leur baccalauréat. Aujourd'hui, nous abordons un texte qui nous présente le mitterrandisme d'avant la prise de pouvoir, il est dû au Rimbaud du rock français : Jean-Pätrick Capdevielle, aux paroles toujours inspirées et intelligibles.

Moi je traîne dans le désert depuis plus de vingt-huit jours et
Déjà quelques mirages me disent de faire demi-tour
La fée des neiges me suit tapant sur son tambour.

Explique comment le poète fait allusion ici à la période d'absence au pouvoir de la gauche entre 1958 et 1981, sachant que la chanson date de 1979. Par quelle image se traduit l'opposition du mitterrandisme au pouvoir en place ?


Les fantômes du syndicat, les marchands de certitudes
Se sont glissés jusqu'à ma dune, reprochant mon attitude,
C'est pas très populaire le goût d'la solitude.

Montre que l'auteur fait allusion ici à l'ascension de la roche de Solutré le jour de la Pentecôte et à sa transformation en course d'influence pour faire partie de la cour du futur président.

refrain:
Quand t'es dans le désert, depuis trop longtemps,
Tu t'demandes à qui ça sert
Toutes les règles un peu truquées du jeu qu'on veut t'faire jouer,
Les yeux bandés.

En quoi est-ce un résumé du programme commun que le futur président se refusera à appliquer et qui était devenu caduc ?

Tous les rapaces du pouvoir menés par un gros clown sinistre
Plongent vers moi sur la musique d'un piètre accordéoniste
J'crois pas qu'ils viennent me parler des joies d'la vie d'artiste.

Recherche deux photographies de Valéry Giscard d'Estaing (ancien président de la République) et de Raymond Barre (ancien Premier ministre de l'époque), deux hommes politiques du siècle dernier qui sont depuis longtemps décédés. Par quel aspect de leur personnalité le poète les a-t-il caractérisés ?

De l'autre côté voilà Caïn toujours aussi lunatique
Son œil est rempli de sable et sa bouche pleine de verdicts
Il trône dans un cimetière de veilles pelles mécaniques.

Cherche dans la Bible qui était Caïn et dis ensuite quel rôle est alors attribué au mitterrandisme dans l'histoire. Pourquoi s'agit-il d'une allusion explicite au rôle de Michel Rocard qui venait d'adhérer au PS avec une partie du PSU ?Dis quel jugement est posé sur lui.


Les gens disent que les poètes finissent tous trafiquants d'armes
On est cinquante millions de poètes,
C'est ça qui doit faire notre charme
Sur la lune de Saturne mon perroquet sonne l'alarme
C'est drôle mais tout l'monde s'en fout !

Pourquoi le poète se montre-t-il ici visionnaire ? Cherche aux mots Angolagate, frégates de Taïwan et Françafrique. Comment les mots d'ordre du marxisme (changer le monde) et du rimbaldisme (changer la vie) sont-ils finalement rejetés ?

Vendredi tombant nulle part, y'a Robinson solitaire
Qui m'a dit : "J'trouve plus mon île, vous n'auriez pas vu la mer ?"
Va falloir que j'lui parle du thermo-nucléaire".

Ce passage est aussi une anticipation digne d'Elisabeth Teissier, la sociologue qui guidait les décisions du futur président. Cherche aux mots Rainbow Warrior et Génération écologie ce qui peut se rapporter à des événements futurs.

 

Hier un homme est venu vers moi d'une démarche un peu traînante
Il m'a dit : "T'as t'nu combien d'jours ?" J'ai répondu : "Bientôt trente"
J'me souviens qu'il espérait tenir jusqu'à quarante.
Quand j'ai d'mandé son message il m'a dit d'un air tranquille
"les politiciens finiront tous un jour au fond d'un asile"
j'ai compris que j'pourrais bientôt regagner la ville.

Ecriture : penses-tu comme l'auteur que la quête du pouvoir rend obligatoirement fou ? Pourquoi à ton avis ?

 

vendredi, 26 septembre 2008

La noix d'honneur

... à Luc Ferry pour ce propos :

Si on laisse nos enfants créer et être spontanés, cela donne les fautes de grammaire et d’orthographe.

Une chose est certaine : les parents du jeune Luc ont laissé son esprit vagabonder et il commet depuis des fautes contre l'esprit qu'il ne peut plus corriger.

samedi, 06 septembre 2008

Mythologies tontonnesques

Nous continuons notre série de cours sur "Mitterrandisme et romantisme" destinés à Mariah-Samanthah et Jean-Steevyn en nous intéressant à un immense poète lyrique dont l'oeuvre dégouline d'humanisme, de compassion, de bienveillance, de gentillesse, de sollicitude, de tolérance, de charité et de bonté (je dois avoir oublié quelques noms de qualités dans le lot) : Enrico Macias ! Il est totalement impossible de dire du mal d'Enrico Macias (cette pensée ne m'a même pas effleuré l'esprit), c'est un homme parfaitement bon et désintéressé par nature et on ne peut pas se moquer de quelqu'un qui poursuit tant de nobles causes depuis ses débuts. Enrico est au dessus de tous les soupçons et son oeuvre resplendit dans le ciel de manière édifiante.

Ouvre-moi la porte toi qui as la clef
De la grande école du monde
Ce n'est pas facile de te faire entrer
Mais je vais quand même essayer.

Analyse la situation d'énonciation : combien y-a-t-il de locuteurs et quelles paroles échangent-ils chacun ? A quelle personne s'adresse le narrateur ? En quoi cette situation te renvoie-t-elle à ta situation de candidat bachelier STG pour la quatrième fois ? 

Tu devras d'abord choisir un bon métier
Et le faire avec passion
Vivre avec les gens, apprendre à les aimer
Sans te faire trop d'illusions

Analyse le sens de l'équilbre et de la juste proportion des choses dans ce passage. Penses-tu que c'est un avenir peu raisonnable ?


Protéger la vie de l'arbre et du ruisseau
Te faire des amis parmi les animaux
Vivre dans l'espoir et chanter quand il pleut
Alors tu seras heureux.

Aimerais-tu toi aussi être le copain de l'arbre, du ruisseau et de l'animal et les protéger ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui serait méchant à ton avis ? 

Tu seras soldat non pas pour faire la guerre
Du moins j'ose l'espérer
Quand tu t'en iras, je suis sûr que ta mère
Se cachera pour pleurer

Imagine-toi en soldat qui part pour le Liban, la Côte-d'Ivoire, le Rwanda, le Congo ou l'Afghanistan sous le mandat de l'ONU. Penses-tu vraiment que tu ne feras jamais la guerre et que tu ne la connaîtras pas ? Explique comment tu peux te sortir de cette situation.

Tu découvriras qu'il y a sur la terre
Deux hommes sur trois qui sont dans la misère
Libre de partir, tu verras mon petit
Que rien ne vaut ton pays.

Explique pourquoi les valeurs de ton pays sont supérieures à celles des pays où les hommes vivent dans la misère.

A tous les instants il te faudra choisir
Entre le bien et le mal
Tu auras souvent l'occasion de souffrir
Et d'oublier c'est normal

Aimes-tu plutôt ce qui fait mal que ce qui fait du bien ? Justifie ton opinion. Préfères-tu l'eau bouillante ou l'eau glacée ? Le plat trop salé ou le plat trop sucré ? Dis ce qui te motives alors.

Alors c'est l'amour que tu rencontreras
Ce sont des beaux jours tu sais que ces jours-là
Et puis un enfant qui te fera vieillir
Tendrement viendra te dire.

Analyse le raisonnement circulaire du poète et dis pourquoi tout est dans tout.

jeudi, 04 septembre 2008

Antilogies de l'époque mitterrandienne

Nous reprenons notre série de cours de lettres destinés à aider Mariah-Samanthah et Jean-Steevyn - les enfants de Monique et Jean-Claude - afin d'obtenir leur bac STG qu'ils tenteront vaillamment pour la quatrième fois en juin prochain, tout en continuant de militer chez les Jeunes Pops. Le groupement de texte s'articule une fois de plus autour de la poésie engagée, et cette fois le thème n'est plus L'héritage de Mai-68, mais Mitterrandisme et romantisme. Tout un programme, pas si commun. Nous commençons par un poème exemplaire de ces années si humanistes dû à deux auteurs totalement dévoués à la défense des plus démunis, fort talentueux comme le prouve leur compte en banque, et dont l'honnêteté ne saurait jamais être attaquée (puisqu'ils sont les amis de notre divin président) : j'ai nommé Bernard Tapie et Didier Barbelivien.

Réussir sa vie

C'est de parler à Dieu
Comme à ses voisins
Dire que ça ira mieux
Même quand tout va bien

Imagine ce que tu dirais à Dieu si tu le rencontrais dans la rue en train d'aller chercher sa baguette de pain. Dans quel registre de langue t'adresserais-tu à lui ? Lui taperais tu sur l'épaule et l'inviterais-tu à boire un pot ou à fumer du chichon ? Penses-tu qu'il faut dire tu à Dieu ou vous ? Faut-il l'aider à traverser la rue sur le passage clouté étant donné son grand âge ? Est-ce qu'un de ces choix te condamne à l'Enfer ?Est-ce que tu crois à l'Enfer ? Pourquoi ?


C'est de voir le soleil
Au milieu des nuages
Et devant un avion
Rêver de voyages

Si un ami te prête son jet privé pour te rendre sur son yacht privé, est-ce que tu aurais envie de voyages toi aussi, comme tout un chacun ? Justifie ta réponse.


Réussir sa vie
C'est croire en l'instant
Où tout est magie
Où tu es géant

As-tu rêvé d'être Superman ou d'avoir la lampe d'Aladin quand tu étais petit ? Raconte les histoires que tu te faisais.

Réussir sa vie
C'est traverser un océan
Sans savoir pourquoi ni pour qui
A l'aventure, tout simplement

Explique la métaphore de l'océan. A quels grands explorateurs et découvreurs de la Course du Rhum se réfère le barde Bernard Tapie ? Penses-tu que Jacques Cartier ou Champlain étaient des losers puisqu'ils ne partaient pas à l'aventure tout simplement ?

C'est d'être un président
Ou bien n'importe qui
Ou bien prendre le temps
D'aider un ami

Commente ce passage en justifiant le fait que lorsque l'on est président, on se doit d'abord d'aider surtout ses amis. Prends tes exemples dans l'actualité récente.

C'est de gagner en bourse
Comme on jouait aux billes
Et de finir sa course
Le soir en famille

Aimais-tu jouer aux billes et gagner alors ? Que pensais-tu des perdants ? Imagine leur vie en famille le soir, raconte en dix lignes.

Réussir sa vie
C'est vivre au présent
Mais d'avoir envie
De vivre cent ans
Réussir sa vie
Soit poète, soit paysan
Moitié méchant, moitié gentil
A l'aventure, évidemment

Analyse les antithèses dans cette strophe. Explique pourquoi tout est dans tout et réciproquement. Par quel mot magique la synthèse s'opère-t-elle ? Comment justifie-t-il le fait d'agir n'importe comment ou hors de la loi ?

Réussis ta vie
Sois poète ou sois paysan
Moitié méchant, moitié gentil
A l'aventure, évidemment
Réussis ta vie…
Réussis ta vie…

Explique pourquoi le barde a pu passer de la généralité de l'infinitif à un impératif à la deuxième personne. Pourquoi le poète insiste-t-il tant sur l'antithèse qui serait présente chez son lecteur ? Penses-tu qu'il est plus d'un côté ou de l'autre ? (Attention ! ton avis doit être nuancé et équilibré entre les points de vue).

samedi, 28 juin 2008

Pacifisme et surréalisme dans la poésie de Mai-68

 Le jour du 14-Juillet, notre divin, mirifique et magnifique président nous permettra de redécouvrir (enfin !) l'oeuvre de l'un des poètes les plus engagés et des plus enragés de Mai-68 : Christophe ! C'est dire la nature révolutionnaire du régime actuel et combien la rupture est désormais définitive dans le domaine de l'art. Redécouvrons donc ce "poète maudit" comme il se qualifiait dans les Paradis perdus

Je suis le tout petit gars perdu dans la ville
Je crie : "Love, love, love, love, love, love"
Seul entre ces tours d'acier je me sens fragile
Je crie : "Love, love, love, love, love, love"

 Montre que le poète exprime son angoisse face à la jungle urbaine. Comment cela traduit-il une contestation des projets immobiliers des années gaullo-pompidoliennes ? Quelle valeur le poète oppose-t-il à la froideur du monde moderne ?Connais-tu ce mot d'anglais ?


Mes mains se cachent dans mes poches
J'ai froid, j'ai peur, la fin est proche.

 Retrouve dans ce poème une citation cachée de Ma bohème de Rimbaud. Quelle différence observes-tu entre les deux oeuvres ? Pourquoi celle de Rimbaud est-elle moins expressive et suggestive ?


Du haut du building un oiseau tombe dans le vide
Il crie : "Love, love, love, love, love, love"
Ici dans la rue il court le bruit d'un suicide
On crie : "Love, love, love, love, love, love"

 Que représente l'oiseau ? En quoi cette image est-elle profondément originale et subversive ? Reconnais-tu là une allusion au Roi et l'Oiseau de Paul Grimaud et Jacques Prévert que tu as vu durant ton programme de terminale littéraire ? Laquelle ? Quel est le mot important ?

 
Je sens le ciel qui se décroche
Déjà le soleil se rapproche.

 Comment est traduite l'idée de l'écrasement ? Rapproche ces vers de ceux de Baudelaire dans Harmonie du soir. Lesquels te semblent les plus beaux ? Et si ce sont ceux de Christophe, pourquoi ?

Au fond d'un couloir une femme nue me regarde
Elle crie : "Love, love, love, love, love, love"
Un flash au néon éclaire un homme qui se farde
Il crie : "Love, love, love, love, love, love"

 Explique que ces vers sont inséparables du concept de la révolution des moeurs de cette époque. Observe la redondance du vers 3 et dis pourquoi l'auteur l'a choisie.  

Magritte se meurt pendu sur le mur d'en face
Criant : "Love, love, love, love, love, love"
Je joue de l'harmonica assis sur la place
Je crie : "Love, love, love, love, love, love"

 Comment le poète peut-il à la fois jouer de l'harmonica et crier ? Explique que cette contradiction n'est qu'apparente. Que penses-tu de ce programme ? Crois-tu que ce soit encore un bon slogan aujourd'hui et surtout pour un 14-Juillet ?

Ecriture : invente un texte où tu pourras faire dire toi aussi "Love" à tous les gens que tu veux. 

jeudi, 26 juin 2008

La poésie métaphysique de Mai-68

La préparation de l'oral du bac de français est une épreuve au long cours, nous donnons donc une nouvelle explication de commentaire de texte expliqué. Une oeuvre impérissable de Gilles Dreu qui pose des problèmes métaphysiques (on réservera ce texte très complexe aux sections littéraires qui auront beaucoup d'heures de philosophie en terminale). Comme quoi la pensée de Mai-68 n'est pas finie :

Pourquoi Bon Dieu
Pourquoi t'es-tu donné tant de mal pour faire tout ça


Montre la force de l'anaphore dans ces vers. Crois-tu que sa révolte contre le Créateur témoigne d'une forme d'athéisme ?

Pourquoi Bon Dieu
Fais-tu se battre les chiens contre les chats
Pourquoi Bon Dieu
Cette araignée que mon pied va écraser
Pourquoi Bon Dieu
Cette gazelle que le lion va dévorer


Recherche l'influence profondément hugolienne de ces vers. Comment l'auteur parvient-il à renouveler le thème ? Aimes-tu les animaux ? Pourquoi ?


Et tous ces gens si différents
Les uns à la peau noire les autres blancs
Qui ne se comprennent pas
Et qui ne s'aiment pas


Penses-tu que l'on pense différemment selon sa couleur de peau même si on a vécu les mêmes choses dans le même pays ? Explique.

Les uns petits les autres grands
Les gentils les méchants
Explique-moi ce problème si tu veux que
Moi je t'aime, tu veux que je t'aime


Trouve d'autres catégories de gens qui se croient différents comme les gros et les maigres, les roux et les bruns, les femmes et les hommes. Penses-tu que le monde se divise ainsi et que tout doit être manichéen (cherche ce mot avec ton professeur de philosophie) ?

Pourquoi Bon Dieu
T'es-tu donné tant de mal pour faire tout ça
Pourquoi Bon Dieu
Tu dois avoir tes raisons mais dis-les moi


Montre que le poète exprime son désespoir et compare ce passage avec les extraits du Diable et du Bon Dieu de Sartre que tu as pu lire en classe. Quel philosophe te semble le plus convaincant ?

Pourquoi Bon Dieu
J'étais pourtant bien tranquille dans le néant
Pourquoi Bon Dieu
Ne suis-je qu'un petit nain toi un géant


Dis quels passages des Pensées de Pascal cela te rappelle.

Le Paradis c'est bien joli
Mais je ne gagne jamais à la loterie
Et cette fois-ci je perds
Je suis bon pour l'enfer


Rapproche le parcours du poète de celui de Don Juan à la fin des Fleurs du Mal. Quelles différences remarques-tu dans le ton ?

Je ne voulais pas de billet
C'est toi qui m'a forcé
Explique-moi ce problème
Si tu veux que moi je t'aime
Tu veux que je t'aime


Le poème s'adressait-il seulement à Dieu ? Analyse ce qui pourrait donner lieu à une autre lecture.

Pourquoi Bon Dieu
T'es-tu donné tant de mal pour faire tout ça
Pourquoi Bon Dieu
T'es-tu donné tant de mal rien que pour moi
Pourquoi Bon Dieu
Pourquoi Bon Dieu
Pourquoi Bon Dieu

Es-tu sensible à la répétition finale ? Qu'apporte-t-elle comme sens supplémentaire ? Accepterais-tu de sortir avec quelqu'un qui te dirait de telles paroles ?

mardi, 24 juin 2008

L'influence britannique sur la poésie révolutionnaire de Mai-68

 Puisque nous avons évoqué la poétesse Marie, il semble logique de poursuivre en parlant de la troupe de joyeux trouvères et balladins d'Il était une fois. Leur romantisme échevelé prenait ses sources dans la littérature gothique de la vieille Angleterre, si féconde en personnages originaux et en écrivains maudits.Ils montrent que le mouvement d'insurrection mondial de ce temps à des racines du côté de Liverpool.

Des cheveux fous,
Des jeans en cuir,
Des dents de loup,

 Relève les mots qui expriment la révolte et classe-les dans un tableau : révolte, rien du tout. Explique ensuite pourquoi tu crois que tel mot connote la révolte.   

Je le vois comme si c'était demain
Ce soir hier ou plus loin.

 Comment cette gradation est-elle construite ? Réécris-la à l'envers, que constates-tu ? 

Les yeux trop clairs,
Des yeux d'enfant,
Sentant la mer,
Goûtant le vent,
Je l'espère comme si c'était demain,
Ce soir et je me souviens

 Compare cet extrait avec Mon légionnaire d'Edith Piaf. Quelles différences observes-tu ?


{Refrain:}
C'était l'année dernière
Il venait d'Angleterre
Il jouait tous les soirs
Au Superstar,

 Comment l'Angleterre est-elle devenue le pays qui a diffusé la pensée subversive de Mai-68 ? Cite un courant philosophique de cette époque et de ce pays.

C'était l'année dernière
Je m'étais laissée faire
Il était musicien
Il chantait bien

 Serais-tu d'accord avec l'héroïne de ce drame ? Compare son histoire à celle de madame Bovary ou de la Tosca. Quelles différences remarques-tu ?

Sa guitare
Me jouait l'amour
Tous les soirs
Ses chansons
Sont dans mon coeur
Pour de bon

 Penses-tu que la guitare est une métaphore ? Pourquoi ? Explique comment.


Tu lui ressembles,
Tes yeux d'enfant,
Tu vois je tremble
Tout comme avant
Même si tu n'es pas musicien,
J'aurai oublié demain

 
 Analyse la cohérence de ce texte et montre qu'il ne présente aucune contradiction interne, notamment dans ces derniers vers.   

lundi, 23 juin 2008

Ecologie et néo-platonisme dans la poésie de Mai-68

Continuons les révisions du bac de français, mais cette fois pour l'oral et non plus pour le commentaire composé. Le texte s'inscrit une fois de plus dans le programme des chansons engagées de l'après-mai-68. Nous avons choisi pour Mariah-Samanthah un poème de l'année 71 qui illustre les préoccupations écologiques de la jeunesse révoltée de ces temps si lointains : Soleil par Marie. Ce fut l'hymne de Monaco pour l'Eurovision !

Soleil, toi qui viens de loin
Toi qui connais bien
Le secret des fleurs
Soleil, dis-moi si l'amour
Fera son jardin dans mon cœur

Oberve l'apostrophe : pourquoi et comment le Soleil est-il personnalisé ? Quelles sont les qualités qui lui sont associées ? Crois-tu qu'elles correspondent à la nature du Soleil ?  Penses-tu que le Soleil est bon pour la santé ?Quelle marque d'autobronzant utilises-tu ? Et comme huile solaire ? Fais-tu des séances d'UV ? Justifie ton point de vue.


Refrain:
Toi qui fais renaître les jours
Toi qui fais du printemps l'éternel retour
Toi qui fais renaître les jours
Fais naître mon cœur à l'amour

Analyse ici l'exposé néo-platonicien et montre comment il y a ici une influence de Marsile Ficin à travers une relecture des odes de Ronsard sur le thème de la renaissance perpétuelle. Juge le style : comment l'auteur parvient-il à rendre humble et modeste un sujet philosophique fort complexe ? Penses-tu que le beau temps succède toujours à la pluie et le printemps à l'hiver ? Justifie ton opinion.    


Soleil je ferme les yeux
Et je vois du bleu
Danser sur la mer
Soleil tant qu'on n'est pas deux
On vit dans un jardin d'hiver

Quelle idée est exprimée par le bleu qui "danse sur la mer" ? Penses-tu qu'une autre couleur serait possible ? Dans les deux derniers vers, qu'est-ce qui reprend le mythe platonicien de l'hermaphrodite et comment cette idée rejoint-elle celles développées par la Pléiade ?   

Moi je veux ma place
Au soleil
Rien ne me remplace
Le soleil
Oh j'ai besoin qu'on me donne
Du soleil
Délivrez-moi mille tonnes
De soleil

Penses-tu toi aussi qu'il est bon de valoriser l'énergie solaire, de préserver la couche d'ozone et de sauver la planète ? Songe aussi que ton examinateur (surtout s'il est barbu et chevelu) a une chance sur deux d'avoir voté pour les Verts et qu'il attend de toi que tu lui cites d'abord le programme de Nicolas Hulot que tu as sans doute entendu sur téhèfun. Comment comprends-tu l'ambivalence du troisième vers quand tu le compare au premier ? Ce projet de vie est-il tout à fait altruiste ? 

dimanche, 22 juin 2008

La poésie tragique après mai-68

Nous allons te parler d'un des très grands poètes de l'après-Mai-68 : Dave ! Tu te dis tout de suite que nous parlerons de son rapport intime avec l'oeuvre de Proust avec son Du côté de chez Swann, mais pas du tout ! Nous avons préféré explorer la veine shakespearienne et tragique du personnage fort littéraire.

Elle se croyait toute seule près de l'eau
Quand soudain je l'ai vue se pencher un peu trop.
Devinant qu'elle voulait noyer son chagrin
Je n'ai pu m'empêcher de lui crier de loin :


Compare cette scène à celle d'Hamlet que tu as lu en classe, quelles différences observes-tu ? Penses-tu qu'Hamlet aurait pu sauver Ophélie ? Pourquoi ? A quel personnage de la mythologie antique pourrais-tu comparer Ophélie "se pench[ant] un peu trop" ? Justifie.

Ophélie, Ophélie, moi je t'aime.
Ophélie, Ophélie, pense à moi.
Dire adieu à la vie serait une folie
Dis bonjour à l'amour
Sèche tes larmes, sèche tes larmes.


Quel effet procurent les répétitions ? Penses-tu qu'Hamlet pouvait parler à Ophélie encore vivante ? Représente, avec ta copine, la scène dans le bassin à grenouilles du prof de biologie.

Elle a essuyé les larmes de ses joues
Et soudain sur la Terre, il n'y avait que nous.
Que m'importe son prénom puisque aujourd'hui
C'est toujours Ophélie qui fait chanter ma vie.


Explique la contradiction du prénom répété et pourtant nié. Comment les larmes rappellent-elles le suicide par noyade de l'héroïne anglaise ? Dis pourquoi ces vers sont construits sur un rythme vraiment rimbaldien.

Ophélie, Ophélie, moi je t'aime.
Ophélie, Ophélie, pense à moi.
Dire adieu à la vie serait une folie
Dis bonjour à l'amour
Sèche tes larmes, sèche tes larmes.

Ophélie, Ophélie, moi je t'aime.
Ophélie, Ophélie, pense à moi.
Dire adieu à la vie serait une folie
Ophélie, Ophélie, moi je t'aime.


Souligne par des couleurs identiques les mots qui se répètent. Quelle sensation est à l'oeuvre dans la répétition des mêmes mots ? Pourquoi ce procédé est-il d'une grande modernité ? En quoi est-ce pathétique ? Crois-tu que les arguments du locuteur sont convaincants, pourquoi ?

Ecriture : tu rédiges la lettre d'adieu d'Ophélie à Hamlet afin de plaider la cause du suicide et tu fais part de ses réactions à sa lecture.