mercredi, 17 octobre 2007
De la politesse
Ce billet m'est inspiré par une note récente de Marie-Dominique Arrighi. Elle parlait de la courtoisie dans la vie courante. J'ai vécu récemment une expérience un peu surprenante.
Je fais un remplacement. L'enseignante me conduit vers sa salle et puis chaque fois qu'un paquet d'élèves entre dans la classe, elle dit "bonjour" tandis que tous les élèves qui passent devant elle disent "bonjour". Cela semble mécanique, elle enchaîne les "bonjours" à la suite, toutes les dix secondes. Je vois ensuite l'entrée d'un autre cours, c'est le même "bonjour" répété par l'enseignant de la salle en face. Et quand je me retrouve face à la classe où je suis censé faire cours à la place de...,, ben... je dis moi aussi "bonjour" à chacun des élèves qui se présente, sur le même ton machinal que l'enseignante en question, mais d'abord en réprimant mon fou rire parce que cela me semble un peu idiot d'adopter des réponses à la chaîne. Pourtant... ce n'est pas idiot : le collège est en ZEP urbaine et c'est une manière de montrer les règles de politesse ordinaire à des élèves qui n'en ont pas l'habitude dans leur vie courante. Je dis alors une dizaine de bonjours à la suite. Pour ma part, j'ai l'habitude de dire bonjour à tout le monde (y compris les agents de service qui sont souvent méprisés par certains enseignants) et c'est la première parole que j'adresse à une clase, mais la répétition du mot bonjour devant tout le monde au fur et à mesure du défilé des élèves qui entrent dans la salle m'avait laissé une drôle d'impression. Ce n'est pas mauvais pour ancrer une habitude, mais est-ce que cela fait une réflexion sur le sens de la politesse ? Cela me fait plus songer à du domestiquage qu'à de l'éducation, parce que je ne vois pas l'explication dans mes discussions avec les collègues. La politesse sans automatisme, ce serait vraiment la vraie courtoisie. Ou la politesse expliquée, ce serait de l'éducation.
22:12 Publié dans Les mots de la vie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : éducation, enseignement, profs, prof, école, langue française
dimanche, 02 septembre 2007
Vous êtes le maillon faible
Quand je lis des choses comme ça, les bras m'en tombent :
Le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, a déclaré que les épreuves du baccalauréat pourraient se dérouler dans des "universités, des gymnases, des centres d'examen" afin que le mois de juin soit travaillé en entier au collège.
Mais où a-t-on vu jamais que l'organisation du bac perturbait la fin d'année des collèges ? En lycée, je veux bien. Dès début mai en lycée professionnel, parce que l'organisation des épreuves est lourde dans ce cas. Mais où a-t-on vu des collèges réquisitionnés pour faire passer des épreuves du bac ? Ce qui obère le mois de juin dans les collèges, ce n'est pas le bac, ce sont les conseils de classe et surtout les dates de commissions d'appel (qui donneront raison aux parents du prodige dans 99 % des cas). Mais on travaille jusqu'au bout et on doit se farcir le brevet à surveiller ou corriger, et c'est en toute fin d'année. A force de répéter que le collège est le maillon faible de l'Education nationale, on lui fait endosser n'importe quoi...
23:23 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, enseignement, prof, profs, langue française, politique
mercredi, 18 juillet 2007
Le temps de soi
J'étais très jeune. Ce fut ma première et ma seule expérience de colonie de vacances comme moniteur, les autres fois - avant et après - j'ai préféré les centres aérés qui étaient vraiment plus libres. Comment commencer ? Ben.. déjà par l'appel, qui devait se faire non seulement en rangs fixes, chaque groupe étant aligné en dessous des moniteurs qui se trouvaient sur le talus en surplomb. J'avais une sale impression militaire dans ce type d'organisation, d'autant que les plus anciens avaient droit à une chambre unique à part et les plus nouveaux à une chambre double.
J'avais accepté d'entrer dans cette colonie parce que le comptable avait fait partie de mon stage de moniteur, mais j'aurais mieux fait de refuser. J'ai compris au bout de deux ou trois jours que la colonie reposait en fait sur trois ou quatre personnes cooptées, l'infirmière sans titre étant la femme du directeur, le comptable étant le cousin du directeur, le chef du groupe le plus âgé étant un collègue du même établissement que le directeur (un instit' soit dit au passage), et ainsi de suite.
L'important n'était pas d'éduquer les enfants ou de les distraire, mais de les fatiguer pour qu'ils nous foutent la paix. On pouvait préparer une sorte de spectacle ou d'exposition, cela n'aurait pas lieu. En revanche, emmener les enfants dans une balade de dix kilomètres à travers la montagne sans aucune explication sur les plantes, les cours d'eau, les pierres, c'était possible. Il s'agissait de les crever un maximum pour qu'ils fichent la paix. Et on pouvait alors se regrouper autour de minuit à leur fameux cinquième repas fait de delikatessen, à la suite duquel les abrutis qui étaient proches du directeur s'amusaient à braquer des lances à incendie vers les chambres des nouveaux, vers une ou deux heures du matin. Ou bien ils avaient déplacé le lit et le matelas un peu plus haut sur la colline, comme si c'était drôle de voir quelqu'un refaire son lit alors qu'il manque déjà de sommeil et qu'il doit se lever à six heures, faute de quoi on va lui renverser son lit. Il fallait pourrir tout le temps libre.
Lors d'une de mes rares escapades permises, je me suis rendu à Sainte-Marie-aux-Mines à vélo. J'y ai trouvé un volume de Madame Bovary que je n'avais pas lu encore et je l'ai lu alors patiemment durant la petite heure de liberté qui m"était accordée de temps à autres. Mais ce livre a été détruit par la lance d'incendie, maniée par de futurs instituteurs qui ne voulaient pas laisser une minute de liberté à leurs collègues ou aux enfants. La bêtise des gens qui veulent prendre le temps des autres sans aucun retour me fait toujours aussi peur.
18:23 Publié dans Les mots de la vie | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : autobiographie, journal intime, écriture, enseignement, éducation, prof
Pueblo Ingles
A Valdevilla, parler une autre langue que l’anglais est interdit, sous peine d’expulsion.
La même méthode d'immersion serait intéressante à essayer en Grande-Bretagne avec une autre langue.
16:35 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langues, anglais, langue anglaise, enseignement, éducation, prof, profs
lundi, 25 juin 2007
Les hommes oranges
Je lis dans Libé ceci :
En CM2, celle de ma fille avait décidé de faire une fête orange. Les parents devaient être habillés en orange et apporter des plats oranges.
Ce passage est aussi un prétexte pour vous inviter à lire ce billet de Veuve Tarquine (je souscris à son indignation et j'en ai assez de voir l'école comme un lieu festif, lisse, convivial où aucune famille n'aurait aucun problème pour confectionner un petit gâteau ou pour régler les frais d'une saloperie sucrée, c'était ma minute Philippe Muray-Alain Finkielkraut-Chevènement réunis, en plus le côté thématique est d'une ânerie pas possible, à croire que l'école a été rachetée par Endemol).
Orange est un adjectif qui a tendance à devenir de plus en plus variable. Je l'ai déjà exprimé plusieurs fois avant, je pense l'avoir fait dans la blogosphère chez Choubine ou ici, mais c'est une idée que j'ai défendue bien avant déjà et que je partage avec Luc Bentz. Néanmoins chaque occurrence qui montre la variabilité de plus en plus fréquente du nom mérite d'être soulignée. Disclémeur : ceci n'est pas un article d'un membre du MoDem ou d'un salarié de France Télécom...
Titre inspiré de Jonasz.
13:12 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : langue française, orthographe, éducation, enseignement, profs, prof
mardi, 27 février 2007
L'Éducation nationale : combien de divisions ?
Comme j'ai demandé successivement à plusieurs chefs d'établissement (je change souvent de bahut) comment les élèves étaient rangés dans la cour, s'ils étaient rangées par classes ou par numéros de salle, il me fut répondu systématiquement qu'ils étaient rangés par divisions, et puis bon... je n'ai pas insisté parce que j'avais compris (je parle aussi le langage de mes élèves ou de leurs parents), et je me suis souvenu du temps où l'on annonçait l'ouverture ou la fermeture d'une nouvelle division en conseil pédagogique, d'administration ou devant les parents. Dans la vraie vie, avec les élèves ou les parents, l'enseignant parle toujourz d'une classe, dans la vie avec l'administration supérieure ou leurs administrés les chefs d'établissements parlent toujours d'une division puisque c'est le seul terme admis par les rectorats coupés de la vie et par les logiciels d'emplois du temps.
22:05 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : éducation, enseignement, prof, profs, école, langue française, politique


