jeudi, 24 juin 2010
La fille Machin-Truc
Admirez l'élégance du titre suivant publié par un journal de référence qui ne se soucie plus de corriger les dépêches de l'AFP :
La fille Bettencourt dément être "à l'origine" des écoutes clandestines
La fille Bettencourt, c'est beau ! On croirait un rapport de police du XIXe s. Quand on écrivait "la fille" dans une affaire judiciaire, cela voulait dire que c'était une dame de petite vertu comme dans le roman des Goncourt la Fille Élisa. Une gourgandine, quoi ! Une fille de rien ! Cela jette une suspicion sur son action judiciaire légitime, alors que justement il y a un soupçon de gigolisme et de fraude fiscale chez la mère et de prévarication, de népotisme, de malversation chez un ministre. Je précise que Françoise Bettencourt a 57 ans et qu'elle est peut-être grand-mère.
On ne parle pas pour autant de la mère Bettencourt (88 ans aux prunes), laquelle a déjà fourgué un milliard d'euros à un individu peu scrupuleux, lequel avait déjà un peu abusé des faveurs d'un des plus grands poètes français en d'autres temps. Mais comme son légataire universel est discret dans les grands médias et fait en sorte de conserver la mémoire d'Aragon de manière assez honnête. On ne rappelle pas souvent ce triste épisode du monde des lettres. Mais il fut un temps où les deux gitons étaient en compétition pour conserver le souvenir du grand vieillard. L'un dut se rabattre sur une pauvre vieille, parce qu'il avait été évincé de la succession du poète national et il crut pouvoir faire le même coup que son compère... Sauf qu'il y avait une famille et que cela devint une affaire d'État.
Et depuis il s'agit d'éteindre l'incendie, parce que trop d'affaires anciennes peuvent sortir.
21:53 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, politique, littérature
dimanche, 13 juin 2010
Où en est la Belgique ?
Aujourd'hui, les Belges votent — enfin, disons que les Flamands et les Wallons votent — afin de trouver un hypothétique gouvernement qui mettra autant de temps à être formé qu'à gouverner. La Belgique est un pays très compliqué : les francophones se nomment communauté française, mais ils sont Flamands, Bruxellois ou Wallons, les Flamands ont comme langue officielle le néerlandais, mais ils parlent en fait le flamand occidental ou oriental, le brabançon ou le limbourgeois et la région flamande a comme capitale Bruxelles qui n'est pas en Flandre et qui est bilingue. Il y a encore une communauté germanophone, mais on ne va pas s'embêter avec ça, c'est déjà assez compliqué si l'on parle des communes à facilités, alors les cantons rédimés...
Pour comprendre un peu la Belgique, voici une vidéo dont le lien a été donné par lamkyre sur un forum. Êtes-vous prêts pour votre première leçon de néerlandais ? À la fin de ces explications, vous serez capables de faire comme TF1 qui ne sait plus où placer Flandre et Wallonie, ni dessiner leurs contours (mais en indiquant bien les Fourons ce qui n'est pas un mince détail quand on sait ce que cela a provoqué avant BHV).

07:49 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : belgique, langue française, politique, néerlandais
jeudi, 10 juin 2010
C'est de la bombe, bébé !
Je lis ce titre dans le blogue de la correspondante de Libé aux États-Unis : Sarah Palin, plus bombastique que jamais.
Je me dis d'abord qu'il y a une erreur : Sarah Palin ne s'est jamais fait remarquer par un style oratoire ou scriptural particulièrement travaillé. Ses propos sont même plutôt d'une grande indigence, d'une pauvreté lexicale et grammaticale qui rivalise avec la misère des idées réactionnaires qu'elle véhicule. Pour qu'il y ait emphase ou enflure des phrases, il faudrait déjà que le style se hisse d'abord à un niveau un peu correct. On est loin du compte... George W. Bush était un Cicéron à côté d'elle.
En lisant le billet, je m'aperçois que la blogueuse parle en fait de ses protubérances mammaires. Et certes, bombastique convient si l'on admet qu'un développement thoracique peut tenir lieu de discours. Mais je me demande si en fait la correspondante ne s'est pas laissé égarer par l'anglais qui emploie le sens propre et le sens figuré de bombastic (le mot est d'origine anglaise même s'il part d'un mot latin). On a bien l'idée d'une bourre de coton au départ et le terme reviendrait à son sens premier. Ou bien encore l'auteure se laisse aller à un jeu fréquent dans la blogosphère et la twittosphère qui aime parler des nipplegates et des nipplequakes : la métaphore lui a peut-être été soufflée par les discussions étatsuniennes.
En tout cas, en français, bombastique ne peut théoriquement se rapporter aux appendices lactifères de l'ex-Miss Alaska.
12:41 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, usa, langue française
dimanche, 06 juin 2010
Quignard outragé ! Quignard brisé ! Quignard martyrisé ! Oui, mais Quignard libéré !
À l'occasion de la fameuse et stupîde polémique au sujet de la place du troisième tome des Mémoires de guerre du général de Gaulle au programme de littérature des élèves de terminale L (10 % des baccalauréats, doit-on le rappeler), je découvre cette ineptie écrite par un journaliste du Fig :
Pour la petite histoire, Quignard, qui partage avec de Gaulle l'honneur d'être au programme, avait pris parti contre ce dernier le 13 mai 1958, affirmant qu'il s'agissait d'un coup d'État !
À l'époque Pascal Quignard, né le 23 avril 1948, devait se trouver en CM2 et il mangeait des pommes ou des chocos Rem dans la cour de récréation tandis que ses copains échangeaient des figures Panini du Stade de Reims ou de l'AS Sedan ! Il lisait sans doute Spirou, Tintin, le Journal de Mickey, ou que sais-je ? C'est un peu comme si on me demandait ce que je faisais en Mai 68 et si j'étais d'accord alors avec les propos de Daniel Cohn-Bendit, d'Alain Geismar ou Jacques Sauvageot que je connaissais moins bien que Blek le Roc ou Captain Swing ou Zembla. Quand on lit de tels arguments, on s'interroge à la fois sur la culture générale des journalistes de ce quotidien, leur sens des réalités et aussi à ce qui leur sert de fond idéologique parce que l'article est orienté. Il faut une sérieuse couche de mauvaise foi, d'inculture ou d'imbécillité (mais la réunion des trois peut être une explication) pour prétendre que Quignard a adopté des positions anti-gaullistes et ce dès 1958. Je considère personnellement Quignard comme l'un des plus grands écrivains français de son temps, je ne pense pas qu'on rehausse le prestige du général de Gaulle en rabaissant Quignard, en plus avec un argument aussi absurde que mensonger. Et qui plus est en énonçant des mensonges grossiers. Le niveau d'éducation baisse, on le voit au fil des articles du Figaro qui rejoindra bientôt Direct-Soir ou France-Soir.
21:33 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, littérature, politique
La police coupable
Dans l'Oignon :
CELA fait dix ans que la compagnie Alis, basée à Fère-en-Tardenois, utilise « la police coupable ». Rien à voir avec les uniformes ! Il s'agit d'une simple police de caractères, outil artistique à la « Poésie à 2 mi-mots » créée par Pierre Fourny, metteur en scène. Son travail a abouti à la conception d'un spectacle « La langue coupée en deux » en 2001, joué partout en France et même présenté à l'étranger. Mais du jour où la Compagnie décide d'en faire une marque déposée pour proposer des produits dérivés à la vente et ainsi renflouer les caisses, le bouclier s'est levé contre le jeu de mots !
Atteinte à l'ordre public…
Voir ici les documents officiels.
12:01 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, typographie, politique
mercredi, 02 juin 2010
L'impératif culturel
Il s'agit d'un nouveau style gouvernemental. Les principales manifestations du ministère de la Culture sont débaptisées et renommées depuis disons le début du deuxième mandat de Jacques Chirac. Or, je trouve que cela utilise surtout une tournure : l'impératif.
— La Fureur de lire était devenue Lire en fête. Et maintenant, c'est À vous de lire ! cette année (après avoir été supprimée l'an dernier et déplacée cette année à une période inopportune). Elle vient juste de se terminer sans aucune vraie politique de communication du ministère à ce sujet, tout s'est vraiment passé en catimini afin qu'aucun bibliothécaire ou documentaliste ou libraire ou enseignant ne sache que cela avait lieu. Comme si l'on avait eu honte d'avoir tué la Direction du livre et de la lecture dans ce ministère...
— La Semaine de la francophonie devient avec Dis-moi dix mots ! comme sous-titre qui sera amené à devenir le nom dans les écoles.
— La Fête de la musique créée dès 82 est devenue Faites de la musique !
— On a créé Rendez-vous dans les jardins ! (Belle initiative que j'approuve par ailleurs.)
— Et aussi Entrez dans la danse ! Autre création relativement récente. Notez tous les points d'exclamation...
Mais il y a une sorte de tropisme. Quelque chose qui ne va pas. Je sais que Philippe Muray s'est passablement moqué de l'Homo Festivus. Ou Finkielkraut de ce goût pour le divertissement obligatoire de l'ère Djâck. Cependant, il se manifeste bien plus ouvertement aujourd'hui avec ces différents changements de noms et ces créations. On est passés à l'ère du cynisme pleinement assumé.
C'est un peu étrange de retrouver partout le même impératif pour des fêtes qui devraient d'abord être des moments de liberté et de réjouissance. Il y a là un paradoxe : nous devrions nous sentir libres de venir ou non et on nous impose de lire, de jouer, de nous promener, de danser, de parler à notre guise, mais seulement dans le cadre qui a été défini par le pouvoir souverain.
Cette transformation des noms des manifestations culturelles est à mon avis une marque importante d'un régime décrié qui utilise ces occasions comme soupapes de sécurité. Amusez-vous dans ce que nous avons organisé ou sinon la police sera là pour réprimer vos apéros Facebook, vos manifestations et vos grèves. Comment conduire un peuple comme des moutons ? En s'adressant à lui comme à des moutons ! Nous sommes généreux et nous nous adressons à vous directement, ce que les régimes précédents n'ont pas fait. Il y a comme une atmosphère de Panem et Circenses qui ne me plaît guère. Et dans tout cela traîne l'impératif. Je n'aime pas trop.
15:35 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : culture, langue française, politique
dimanche, 30 mai 2010
L'orthographe est une vision du monde
michèle (sans majuscule) m'avait posé une question au sujet de compter et conter. Étymologiquement, c'est le même verbe. Il vient du verbe latin computo, as, are. Dans le sens de narrer, on part du fait d'énumérer les faits qui composent un récit. La structure des contes ou romans médiévaux permet d'expliquer le changement de sens entre calculer et relater : un récit était alors une succession d'épisodes qui se déroulent selon un processus codifié avec un début et une fin bien déterminés selon les lieux (la clairière comme lieu du combat physique, la salle du palais comme lieu de l'affrontement verbal, la fontaine comme lieu de la confidence amoureuse, la forêt comme lieu de la sauvagerie au sens étymologique), des enchaînements qui répondent toujours aux mêmes codes (le chemin comme lieu de l'entre-deux des aventures, la source comme passage vers l'autre monde). Le récit médiéval est à la fois très pauvre si on le compare à des formes modernes qui mélangent description et narration, monologue intérieur ou interventions d'auteur, mais aussi très riche quand on examine l'ensemble des possibilités d'un système fermé. En tout cas, il était construit sur le principe de l'énumération des combats, des attributs d'un personnage. Pour des raisons de facilité, je ne me limiterai dans mes citations qu'au TLFi qui me semble largement suffisant. Le sens de conter pour narrer apparaît d'abord en ancien provençal, comptar (XIe s.) Il passe en langue d'oïl vers 1125-1130. Mais c'est sous la forme conter.
Arrêtons-nous ici un instant. Le verbe latin était un proparoxyton accentué sur la première syllabe, ce qui entraîne la chute de la voyelle u de computar(e). Le p du verbe n'était déjà plus prononcé en ancien français, il avait subi une assimilation régressive du fait de sa présence après un m. Le m en revanche s'était assourdi lorsqu'il avait été ensuite en contact avec le t. À partir du XIIIe s. selon Bloch-Wartburg, la graphie compter apparaît. Elle se répand, mais on trouve encore conté (au sens de considérer) chez Calvin en 1562. Le sens de prendre en compte, de dénombrer devient la norme avec cette orthographe dans le dictionnaire de l'Académie en 1694. Il y a alors clairement séparation des sens par la graphie. Il s'agit de ce que l'on nomme une réfection étymologique. Le français en connaît d'innombrables, certaines n'ont pas duré comme sçavoir (XVIe-XVIIIe s.) formé faussement sur scire (savoir) alors que cela venait de sapere (goûter). D'autres sont tout aussi fausses et perdurent : dompter (latin domitare). Dans le cas de dompter, on peut remarquer que le p faussement étymologique est prononcé de manière erronée par beaucoup de personnes, alors que le p vraiment étymologique de compter ne l'est jamais.
Mais je voudrais élargir mon propos à d'autres différenciations orthographiques. Le dessin et le dessein sont un seul et même mot à l'origine. Il s'agit du fait de (se) projeter. L'étymon est cette fois italien. On trouve desseing comme projet dès le XVe s. Mais c'est aussi le sens de la représentation graphique chez Tory en 1529. L'orthographe des(s)in(g) apparaît au XVIe s. et elle est combattue par Richelet qui écrit en 1680 : "Quelques modernes écrivent le mot de dessein [t. de peint.] sans e après les deux s, mais on ne les doit pas imiter en cela." Le g d'origine s'explique par le mot italien disegno. Comme il n'était pas prononcé (tout comme dans seing de signum), il est tombé au XVIIIe s. En tout cas, c'est seulement en 1798 dans le dictionnaire de l'Académie que le mot dessin devient autonome de dessein par la graphie. Cela illustre à mon avis fort bien le caractère totalement arbitraire et artificiel de l'orthographe (non que je défende l'idée d'écrire comme les admirateurs du fils des âges farouches...)
Il est encore d'autres formes d'orthographes artificielles alors que les mots ont une même origine. Prenons, le mot abîme. Ce mot appartient aux poncifs de l'école primaire : je constate que l'accent de cime est tombé dans l'abîme. Avec les rectifications orthographiques de 1990, il ne devrait plus être possible de réciter cette règle idiote. Cependant, on trouve des professeurs de lettres qui tiennent encore à écrire mise en abysme pour désigner le procédé de la Vache qui rit. Quand André Gide a repris cette expression pour désigner un procédé narratif, il a utilisé une forme héritée de l'héraldique qui est l'une des disciplines les plus conservatrices avec la vénerie. Certes, on trouve abysme dès 1170, certes Lamartine utilise encore la graphie abyme en 1820, mais le mot avait été déjà simplifié en abîme dès 1798 (ou même avant chez Richelet en 1680). Le y était là pour faire grec alors que l'origine de la terminaison n'est justement pas grecque et que le lien avec les abysses n'est plus clair du tout. On a affaire dans le cas de la mise en abysme à une fausse différenciation rétrospective pour des raisons de pure cuistrerie.
Il en va presque de même pour le verbe dessiller. C'est un terme venant de la fauconnerie, à l'origine desciller. Découdre les paupières d'un faucon. Puis c'est passé au sens figuré, faire prendre conscience de quelque chose à quelqu'un, lui ouvrir les yeux. C'est formé sur le nom cil, le verbe ciller. Il serait logique de rattacher ce mot à cette famille, mais pas du tout ! Toujours par pédantisme, pseudo-aristocratisme et conservatisme, il faut reprendre la forme archaïsante pour l'expression la plus courante ! Littré préférait l'orthographe avec c deciller, mais l'Académie a reculé en 1932, et si vous écrivez selon ce qui vous semble le plus logique, vous apparaîtrez comme un barbare ne comprenant pas les subtilités de la langue française ou de son histoire. Comment ? Vous ne connaissez rien de la chasse au faucon ? Mais que faisaient donc vos ancêtres ? Sans doute des paysans qui braconnaient les lapins de garenne au filet...
Venons-en à une troisième forme de différenciation orthographique. Le nom propre anglais court vient directement du français cour(t). Celui-ci vient lui même du bas-latin curtis. Le maintien du t en anglais montre que la consonne était encore prononcée en ancien français. L'emprunt anglais est attesté en 1894 lorsque commence à se répandre le tennis dans les couches aisées (la Belle Époque est riche en anglicismes idiots, inutiles et presque tous morts). Le mot anglais est prononcé à la française comme la plupart des anglicismes anciens. Il devient masculin sans doute parce que l'on a voulu d'emblée donner une spécification à ce mot, alors que l'on traduit The Royal Court, par la cour royale ! Ce court ou cette cour n'était pas une basse-cour. Il faut tenir compte de la dimension snob dans les différences orthographiques, comme on l'a vu avant.
Un autre exemple est le terme d'icône. Dans les années 90 et jusqu'au début des années 2000, de doctes informaticiens ou de savants ouvrages vous expliquaient qu'il ne fallait pas parler d'icône pour désigner une image ouvrant une application sur un bureau d'ordinateur, mais d'icone. Sans accent circonflexe. Pourquoi ? Parce que c'était traduit directement de l'étatsunien icon. Pis ! on devait dire un icone au masculin. Le raisonnement, particulièrement travaillé du chapeau, était qu'il ne fallait surtout pas confondre les deux sens du mot : celui de l'image religieuse (ou au sens figuré d'une personne emblématique) et le sens informatique. Comme si c'était possible... Celui qui utilisait le mot icône au féminin et avec accent était suspect de ne pas être compétent puisqu'il ne savait pas que cela venait de l'étatsunien et non du grec. L'écart de sens de dessein et dessin ou de compter et conter est suffisant pour qu'on fasse la différence, pour cour et court cela me semble avalisé par l'usage aussi et personne ne remet en cause ces graphies. Et j'en viens à l'essentiel : l'orthographe, cela sert parfois à discriminer des sens, mais aussi des gens.
12:00 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (47) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française; orthographe, politique
dimanche, 23 mai 2010
La planète du rire interdit
Parlons d'une bande dessinée fort méconnue : les Tristus et les Rigolus. Ils font partie de la vie de Pif-Gadget puisqu'ils apparaissent dès le numéro 13 en mai 1969 et que c'est l'époque des plus grosses ventes de cet hebdomadaire. Ils ne dureront que quatre ans. C'est, je pense, une bande dessinée exemplaire à beaucoup d'égards. Il faut souligner d'abord le talent de Cézard qui était un dessinateur inventif et au trait assuré. Je pense que sa série d'Arthur le fantôme aurait eu plus de succès s'il n'avait pas publié dans la presse communiste qui n'avait pas une vraie politique éditoriale d'albums (ou alors tardivement et fort mal).
Nous parlons d'un monde divisé en deux camps, d'un côté les Tristus en vert, de l'autre les Rigolus en rouge. Les Tristus veulent sans cesse envahir le pays des Rigolus qui eux sont très malins et observateurs, sans jamais se démonter le moins du monde. C'est très très caricatural. Cela doit bien vous rappeler quelque chose ? Yalta, le mur de Berlin, le rideau de fer, la guerre froide, les missiles de Cuba, la guerre de Corée ou du Vietnam, et tant d'autres joyeusetés. Les Rigolus qui gagnent toujours au pays du monde toujours heureux sont en rouge. Ce n'est qu'un symbole anodin me direz-vous. Bon... mais ils gagnent toujours en rigolant face aux hordes du capitalisme cynique qui veut déferler dans leur joyeux pays où tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes si l'on rigole. Nous avons là une lecture communiste très orientée : les forces du Mal (l'Otan représenté par les Tristus) veut envahir les démocraties populaires ou du pacte de Varsovie (qui sont les Rigolus).
Les Rigolus — en rouge — cherchaient à faire se marrer les Tristus pour qu’ils se transforment en Rigolus, et les Tristus — en vert — à faire pleurer les Rigolus pour qu’ils deviennent des Tristus. Lorsqu'il y avait métamorphose, on le comprenait au changement de couleur des personnages, le Tristus contaminé par l’hilarité virant au rouge, et le Rigolus frappé de morosité passant au vert. La plaisanterie tourne court, comme le dirait Kundera.
Mais ce n'est qu'une première lecture. Il y en a une autre : les noms en -us montrent une référence évidente à l'Antiquité et d'abord au grand succès de l'époque : Astérix ! Or que montre Astérix ? La résistance d'un village gaulois (jamais nommé) face à un envahisseur puissant. Et le tout se termine par une scène de banquet. On a pu dire qu'Astérix était une série gaulliste en exaltant le mythe de la résistance et en évoquant les clichés nationaux pour les railler. Je ne veux pas développer sur Astérix ici, parce que c'est un sujet très compliqué, tout comme Tintin. Mais enfin... nous avons là une réplique d'Astérix dans une autre manière. On retrouve cependant le même dessin rondouillard que celui d'Uderzo (un héritage en fait de Walt Disney chez les deux). On a le même manichéisme, même si le monde de cette planète par Cézard est moins riche que celui de Goscinny. C'est juste Astérix au pays des Soviets. Il s'agissait de se servir d'une recette à la mode pour faire des ventes, mais le dessin et l'humour de Cézard sauvent ce qui aurait pu être un désastre s'il avait suivi seulement la ligne.
La série n'a duré que quatre ans. On le comprend, parce qu'il n'y avait aucune possibilité de renouvellement dans les sujets. Il faut dire aussi que la politique d'ouverture du PCF de l'époque, juste après 1968, avait totalement échoué et que bon... les plaisanteries sur les lendemains meilleurs qui sourient tout le temps, cela avait un temps. Georges Marchais avait pris la tête du Parti ! Fini de rigoler. Cela n'empêchera pas les éditions du PCF de republier les Tristus et les Rigolus à la fin des années septante, puis octante dans des Pif-Parade, ou de faire cet unique album en 1986 chez Messidor. C'est, je pense, une série assez étrange et aux références brouillées parce que l'on a oublié les codes de l'époque.
Un épisode complet de la série est disponible ici.
Je pense aussi parler bientôt de Rahan, héros communiste préhistorique.
16:38 Publié dans Soulever la couverture | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bande dessinée, langue française, pcf, politique
vendredi, 21 mai 2010
Galerie de portraits de cyberdélinquants blogueurs
Voici le portrait d'un dangereux blogueur anonyme qui a osé publier les Provinciales sans même mentionner une identité fictive. Je trouve particulièrement inadmissible qu'on l'ait choisi pour illustrer un billet de banque alors qu'il se livrait à de purs actes de diffamation envers les RR. PP. JJ. et qu'il s'opposait au pouvoir en place.
En voici un autre, non moins dangereux : il s'est présenté sous le pseudonyme de maître Alcofribas Nasier afin de publier des blogues qui ont été fort heureusement brûlés en place publique par la volonté de la sainte Sorbonne. La preuve qu'il s'agissait d'un esprit pornographique, c'est que ses blogues ont créé des termes comme des propos rabelaisiens, un repas gargantuesque ou pantagruélique. Et ne parlons même pas des moutons de Panurge qui montrent combien il aimait insulter les contemporains qui ne pensaient pas comme lui.
Encore un cybercriminel : celui-ci aussi s'est présenté sous pseudonyme. Sa pièce le Tartuffe a été interdite deux fois, avec juste raison, puisqu'il s'attaquait aux RR. PP. JJ., ce qui semble une manie chez ces détraqués vivant dans un monde virtuel. Lui aussi a fini en effigie sur un billet de banque et je ne comprends pas du tout l'odieux laxisme de ces temps socialo-communistes. Pis, on l'a soupçonné d'être un peu incestueux ou bigame. Ne surtout pas le donner en exemple à notre vertueuse et valeureuse jeunesse. Ses attaques contre la religion chrétienne, par exemple dans Dom Juan, et jamais contre l'islam, témoignent du fait que tout le monde devait devenir musulman selon lui. On le voit d'ailleurs fort bien à la fin du Bourgeois gentilhomme. Aujourd'hui, il défendrait l'intégrisme islamique.
Et puis un autre enragé contre les RR. PP. JJ. qui n'osait pas signer de son vrai nom. C'est une manie chez tous ces délinquants. La meilleure preuve qu'il a passé sa vie en propos insultants, c'est qu'il a fait de la prison pour cela à la Bastille. Après quoi, il a pris la défense d'autres criminels sous les prétextes fallacieux du droit à la liberté d'opinion et de la tolérance des idées : Callas, le chevalier de La Barre. Et malheureusement, un régime maçonnico-marxiste nous l'a aussi imposé comme effigie d'un billet de banque. Comment avons-nous pu supporter que tant de gens infâmes deviennent des icônes ?
Un des plus fervents partisans du précédent est ce blogueur qui a osé s'arroger un titre de noblesse qu'il ne possédait pas. Non content de diffuser les oeuvres fanatiques de son modèle, il s'est livré au trafic d'armes afin d'aider des terroristes qui avaient oser proclamé une Déclaration des droits de l'homme en Amérique ! Quelle insolence ! Quelle impudence ! Quel outrage ! Et je frémis en songeant qu'un journal centriste publiant des avis aussi modérés que ceux de MM. Zemmour, Slama, Adler, Rioufol puisse se réclamer par sa devise d'un tel esprit. Rappelons que ce blogueur a été interdit à de multiples reprises et que même l'album de gangsta-rap Le Nozze di Figaro par le bad boy de Vienne, Mozart, a été alors écrit en secret afin d'échapper à une juste et sévère sanction. On voit ainsi que les plus grands cybercriminels s'entraident et il faut mettre fin à ce système qui encourage les pires excès comme la remise en cause des privilèges fondés sur la naissance et donc justifiés par la volonté divine.
Plus grave, voici une blogueuse anonyme qui sous couvert de parler de la cour d'Henri II évoquait en fait celle de Louis XIV et qui prétendait écrire en plus de la fiction alors que les portraits de personnages étaient parfois fort ressemblants. Cela ne permet pas de se prémunir contre les accusations d'insulte ou de diffamation ! Notre admirable président ne s'y est pas trompé, il a déclaré qu'il avait beaucoup souffert de se voir imposer la princesse de Clèves, ce blogue vulgaire qui parle de fidélité, de sincérité, d'honnêteté et d'authenticité. L'examen intérieur est une chose trop obscène pour être livrée ainsi sur la voie publique.
Pourquoi en viens-je à évoquer ces tristes cas de dérapages de la part de blogueurs publiant sous pseudonyme ou dans le plus total anonymat ? Il existe une dérive de la Toile et nous avons vu qu'un certain nombre de ces blogueurs écrivaient n'importe quoi en estimant bénéficier d'une impunité totale sous prétexte qu'ils font de la fiction, qu'ils ne publient pas sous leur vrai nom. Il y a des choses intolérables que l'on ne peut tolérer : décrire comme le fait le prétendu Voltaire des scènes de massacre, de torture, de viol, cela ne se fait pas. Il y a une décence à respecter. Suggérer que le bas peuple puisse avoir des idées, une dignité, du savoir, de l'esprit et de l'amour, comme le fait le prétendu Beaumarchais, c'est inadmissible. Pisser sur Notre-Dame de Paris comme le fait le personnage de Rabelais, c'est un blasphème absolu et on se demande pourquoi il ne s'en prend pas plutôt à une mosquée. Dire que 2 et 2 font 4, qu'il n'y a guère d'autres vérités démontrables comme le fait Molière, c'est vraiment prendre les gens pour des imbéciles face aux évidences théologiques ou se moquer de la foi du charbonnier. Voilà qui offense toutes les religions révélées. Quant à madame de La Fayette, son cas est éminemment grave : elle a plus bouleversé la scolarité de notre splendide président que Guy Môquet.
Il était temps de réagir face à tant d'individus malveillants qui menacent notre occident chrétien civilisé. Un sénateur UMP y a pensé. Il propose une loi J'approuve totalement cette proposition qui me semble aller dans le bon sens afin qu'Internet ne soit plus le monde de la jungle. J'espère même qu'elle sera adoptée afin d'en montrer le ridicule. Comment espère-t-il que les 31 millions et quelques de Skyblogs soient en règle avec la loi ? Juste les Skyblogs, hein ! pas même les MySpace ou les comptes Facebook ou Twitter visant à lever l'anonymat ou le pseudonymat des blogueurs.
20:31 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, web, internet, humour, langue française, littérature, politique, ump
samedi, 08 mai 2010
Ma discussion de blogueur avec Ivan Rioufol
Je me devais de terminer cette saison d'entretiens de blogueur en beauté et j'aurais bien voulu voir notre magnifique président. Après avoir rencontré tant de sommités de la pensée politique et philosophique — BHL, Alain Finkielkraut, Alexandre Adler, Éric Zemmour, Philippe Val, Christophe Barbier, Frédéric Lefebvre, Henri Guaino, Nadine Morano, entre autres —, il me fallait terminer en beauté. Mais qui alors consulter ? Je me suis dit que le mieux était de voir Ivan Rioufol qui exprime le mieux les valeurs de tolérance, de justice, de générosité, de bonté, de charité, de magnanimité, d'altruisme, de pondération, de sens de la mesure, le tout dans un univers de brutes dégénérées incapables de comprendre les droits de l'homme blanc.
LPCI : Monsieur Rioufol, je suis heureux de m'entretenir entre blogueurs...
IR : Je vous arrête tout de suite ! Vous avez osé condamner l'emploi de l'expression « politiquement correct » et déclaré que ceux qui l'utilisent sont des tartufes ! Vous m'avez insulté ! Je ne suis pas un conformiste asservi à son chef d'entreprise ! Je m'insurge en permanence contre des forces obscures qui me dépassent.
LPCI : Euh oui... Mais je ne vous ai pas traité de... et de... ou de...
IR : Plus un mot ! Votre ironie est d'origine totalitaire, elle est dangereuse pour notre civilisation, et vous exercez un pouvoir dictatorial sur ceux qui vous entendent ou vous lisent. Vous êtes enseignant ? Je n'ose imaginer quelle vulgate marxiste-léniniste, droit-de-l'hommiste, franc-maçonne et anti-occidentale vous délivrez à vos élèves qui doivent vous écouter sans pouvoir contester votre opinion suprême.
LPCI : J'ai pensé qu'il serait bon pour détendre l'atmosphère de manger une choucroute et c'est pourquoi j'ai apporté...
IR : Quoi donc ? Le plat de l'ennemi toujours honni qui ne veut pas sauver la Grèce, berceau de notre civilisation judéo-chrétienne ? Et cela en plus le jour saint de la capitulation ? Vous êtes décidément un mauvais patriote et moi je suis entré en résistance comme en 1940 d'autres Français courageux l'ont fait.
LPCI : Mais enfin... la choucroute est aussi française, puisque tous les Alsaciens-Mosellans n'ont pas trahi leur pays comme l'a dit notre vénéré président.
IR : Vous ne me ferez jamais croire qu'il a déclaré qu'il n'y avait aucun nazi convaincu parmi eux ! Ce n'est pas possible qu'il se livre à un tel acte de reconnaissance pour les « malgré-nous » après tout ce qu'il a dit contre les cérémonies commoratives et les formes de repentance.
LPCI : Acceptez un peu de cette choucroute. Vous savez, en Alsace-Moselle, les Français sont un peu des émigrés.
IR : Ah non ! Ce sont les alliés ingénus de l'obscurantisme qui s'expriment ainsi. Nous avons apporté les Lumières, la civilisation, le progrès, l'éducation dans un pays qui ne connaissait même pas l'imprimerie. Vous êtes décidément un adepte de la pensée unique, celle qui consiste à tout niveler par le bas comme dans les pays stalino-hitléro-écolo-islamistes.
LPCI : Je comprends très mal le rapport entre l'écologie et l'islam.
IR : C'est pourtant très simple ! Les écologistes se nomment les Verts et la couleur la plus symbolique de l'islam est justement... le vert. Les écologistes demandent à consommer moins de viande et les musulmans seulement de la viande halal. C'est pareil ! Ils veulent nous imposer un fascisme vert. C'est évident ! On voit bien ainsi que les deux mouvements sont liés depuis longtemps. C'est un complot mondial pour nous faire renoncer à nos valeurs par une forme de terrorisme intellectuel. Tout est lié.
LPCI : Je voulais vous interroger sur l'immigration et la nécessité de régulariser des...
IR : Je vous arrête tout de suite ! Des criminels !
LPCI : Mais enfin quelqu'un qui fait veut que sa famille vive en sécurité et en paix n'est pas un criminel, ni même un délinquant.
IR : C'est ce que vous dites ! Ces gens excisent tous leurs filles, égorgent des moutons dans des baignoires chaque semaine, font du ramdam à des heures indues, trafiquent de la drogue, volent des voitures, font porter des burqas y compris à leurs animaux femelles et tout cela n'est pas dénoncé au nom des complaisances du camp du Bien.
LPCI : Mais enfin... est-il normal que tant d'Africains croquent le marmot devant les préfectures ?
IR : Je suis ravi de voir que vous vous ralliez à mon avis ! Et il serait bon que notre excellent gouvernement après avoir lutté contre l'excision, le mariage forcé, la polygamie, le voile intégral ose s'attaquer à ce tabou que le politiquement correct interdit jusqu'à présent de dénoncer : l'anthropophagie ! Je souhaite que le gouvernement dépose au plus vite une loi condamnant fermement le cannibalisme et que des mesures très sévères soient prises contre les auteurs de tels faits. C'est vraiment un problème d'urgence nationale : il ne faut plus que les Noirs croquent le marmot devant les préfectures. Ce n'est absolument pas tolérable au XXIe s. et dans notre civilisation occidentale éloignée du politiquement correct.
LPCI : Mais ce n'est pas ce que j'ai voulu dire et...
IR : Vous n'y connaissez rien comme tous les adeptes des minorités visibles et vous êtes prêt à refuser de condamner qui est un tabou fondamental de nos valeurs judéo-chrétiennes — tabous que ces sociétés primitives ne connaissent pas du tout, comme le prouve l'ethnologie selon l'avis de mes amis Alexandre Adler et Alain Finkielkraut. Il nous faut bannir le cannibalisme de nos cités ! C'est une urgence nationale, parce que demain ces populations affamées ne mangeront plus seulement leurs enfants, mais aussi les nôtres et les droits-de-l'hommistes seront bien ravis d'être cuisinés entre deux piments et un peu de poivrons. Nous devons faire passer une loi en urgence afin d'adresser un signal fort contre les nouvelles formes de barbarie moderne ! Cela doit être une priorité gouvernementale et je demande que l'on établisse un fichier de tous les anthropophages potentiels. Je ne comprends pas pourquoi le parlement ne s'est jamais saisi de cette question d'une importance vitale, mais je sais bien à quoi nous ont conduits plus de deux cents ans de marxisme-lénisme nazifiant et droits-de-l'hommiste !
LPCI : Merci, monsieur Rioufol, mais nous ne partageons vraiment pas la même langue.
19:44 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (31) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, figaro, langue française, immigration, racisme
lundi, 03 mai 2010
Barbarella attaque le parti communiste !
Comment parler de Jean-Claude Forest ? Je ne sais. Je crois que c'est un des plus grands auteurs de bandes dessinées qui soient, l'un des plus inventifs tant pour le dessin que pour le langage. Il a été surmédiatisé quand il participait à des émissions comme Dim Dam Dom, Marie Mathématique ou Traits pour traits dans laquelle Gotlib le caricaturera. Il a eu trop de chance et pas assez.
Forest est au départ un dessinateur populaire qui fabrique du Charlot à la chaîne ou des bédés pour filles. Et puis il fait des choses un peu iconoclastes comme le Copyright qui est une sorte de reprise du Giff-Wiff, un animal mythique de la BD qui a donné un nom de revue historqique.
Il crée Barbarella en 62. C'est alors une héroïne totalement bardotesque : des seins proéminents, des fesses charnues, des lèvres pulpeuses, une longue chevelure blonde en cascade et un langage un peu cru ou réaliste. Elle sera incarnée, ironie du sort par Jane Fonda à l'écran. Mais Barbarella, c'est Bardot avant tout, comme Blueberry est Belmondo.
Il n'y avait pratiquement pas de filles dans les magasines de garçons quand Forest a créé son héroïne. Un peu dans Spirou, mais va-t-on s'amouracher de Seccotine ou de Mademoiselle Jeanne ? Je me le demande... Il fabrique donc sa bombe sexuelle qui le dépasse.
Forest tente plusieurs fois de revenir à des publications un peu régulières, avec des formes de séries. Cela échoue toujours, que ce soit à France-Soir, Pilote ou ailleurs. L'une de ces tentatives a eu lieu dans Pif-Gadget en 71 : il publie deux épisodes de vingt pages (c'était le format obligé de l'époque ou sinon c'était les histoires complètes de 8 ou 12 pages) et il ne peut terminer l'histoire dans l'hebdomadaire communiste. Le dernier épisode est refusé. Ce n'est pas vraiment pour les enfants, croit-on.
Que s'est-il passé ? En fait, Forest parle de choses inadmissibles : la mort des personnages de BD ou leur possible renaissance. Dans ce troisième album, il décrit une Barbarella vieille, flétrie, agonisante, tout comme le capitaine Némo qui accepte de mourir dans son Nautilus, mais elle parvient à sortir de sa prison à la fin et elle retrouve sa jeunesse totalement intacte : c'est ce message que les éditions du Parti communiste n'ont pas voulu enregistrer. L'abandon de la série dans l'organe de la BD stalinienne et georgesmarchaisque avait été motivé par "imagination excessive". On croit rêver... Il y aura deux autres éditions après de ce volume, mais je reprends la première qui est seulement de Forest (la troisième n'est pas garantie d'origine).
Pourquoi ai-je retenu ce livre plutôt qu'un autre du même auteur ? Parce que j'aime Stevenson, Jules Verne auxquels Forest rend hommage, et puis que cela me semble correspondre à une définition de l'imaginaire sans les impératifs d'une idéologie moribonde.
22:43 Publié dans Soulever la couverture | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bande dessinée, langue française, politique, pcf
vendredi, 30 avril 2010
Le jour de la marmotte
C'est un article de l'Huma d'hier qui a attiré mon attention sur la préparation de la présidentielle de 2012 auprès de l'électorat jeune (sous-titre : les pouvoirs public à ton écoute, la Grande Consultation de la nouvelle génération). Le Service d'information du gouvernement a décidé de relancer la méthode Balladur : grande consultation de la jeunesse, même si les réponses peuvent être données par des non-jeunes puisque l'on ne vérifie pas les identités. Et comme on est vraiment moderne, cela s'appelle la Grande Consult'. Le tout parrainé par Skyrock qui est le média jeune par excellence avec sa plateforme de blogues qui déchirent de la mort qui tue...
Je serais un peu moins sévère que l'Huma envers Skyrock qui a d'abord un public populaire et qui a toujours mis en avant son civisme : c'est l'une des plateformes les plus modérées et l'une de celles où il est très difficile de commettre des écarts à la loi (mais pas par rapport à l'orthographe ou à la grammaire, hélas !) L'engagement de Skyrock est une chose ancienne, notamment pour la prévention du Sida ou de la toxicomanie, ce n'est pas simplement du rap bling-bling et ce n'est pas la caricature que l'on en présente souvent.
Il faut voir le niveau des réponses fermées aux sondages qui posent des questions qui n'en sont pas : l'homosexualité, on peut en parler ? Bien sûr. Vite fait. C'est chaud ! Des cours de remise à niveau pendant les vacances scolaires pour ceux qui veulent se réorienter en cours d'année, t'en penses quoi ? C'est top. C'est bof. Ça marcherait pas. Le "service civique", ça te dit quelque chose ? Bien sûr. Vite fait. Ah oui, c'est le service militaire. Le musée, t'y vas avec qui ? J'y vais pas. Avec le bahut. Avec mes parents. Avec mes potes. Tout seul, personne veut m'accompagner.
On teste certaines initiatives gouvernementales comme le fait de voir une oeuvre du patrimoine cinématographique (j'attends encore la mise en place de cette mesure qui n'est pas encore parvenue dans ma lointaine province), le permis à un euro ça te chauffe (non dit un euro par jour), les stages en entreprise (non rémunérés) ou encore des idées nouvelles comme la pré-majorité à 16 ans ou la défiscalisation des revenus étudiants. C'est une sorte de laboratoire fascinant des idées que l'UMP va mettre en avant, mais le tout dans un langage très décontracté qui rappelle fortement le style présidentiel actuel : tutoiement obligatoire, absence de négation complète, expressions vagues et confuses. Peu importe le sens, il faut créer du bruit et une adhésion à un ensemble de thèmes (sans aucun tabou) qui pourront ensuite se porter sur une personne pouvant les représenter.
On a un mélange un peu bizarre de questions sociétales et générales venant de Skyrock, de questions sur des points très précis de l'action gouvernementale (qui a entendu parler du volontariat international ?), de questions idiotes posées par l'internaute de base (t'utilises Internet pour travailler à la maison ?), de ballons d'essai de l'UMP pour la future élection, le tout dans un style très décontracté. L'UMP avait raté sa plateforme participative avec les Créateurs du possible et je ne sais plus où en sont les JUMP (les jeunes pops) tellement ils ont mis en place de formes de réseaux qui se sont tous fait hara-kiri, parce que l'on ne voulait voir qu'une seule tête. Là, c'est plus sérieux, c'est hors de l'appareil UMP qui est totalement éjecté de la stratégie présidentielle et cela me rappelle la campagne de Mitterrand en 1988, avec la génération Mitterrand de Séguéla lorsque le PS et SOS-Racisme marchaient main dans la main avec NRJ, la radio jeune de l'époque. C'est un peu étrange : on a l'impression de revoir le même film qu'avant comme dans le Jour de la marmotte.
10:14 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : skyrock, ump, sarkozy, politique, langue française
dimanche, 25 avril 2010
Eléments de langage : la vidéoprotection
Parmi les éléments de langage utilisés par l'UMP et ses alliés figure le terme vidéoprotection. Cette expression se retrouve dans le projet de loi LOPPSI qui est ainsi épinglé par la Commision nationale consultative des Droits de l'Homme.
"Le glissement sémantique entre vidéosurveillance et vidéoprotection trahit bien l’embarras du législateur pour justifier de la mise en place de systèmes particulièrement onéreux et dont l’efficacité ne fait pas l’unanimité".
Lorsque l'on examine la presse en ligne, on constate 2 180 références à la vidéosurveillance et seulement 164 références à la vidéoprotection. Bien plus, cette dernière expression ne commence à apparaître dans des articles de presse que lorsque le ministre de l'Intérieur a énoncé les mesures qu'il compte prendre en matière de sécurité publique fin mars. Parmi, les personnes qui parlent le plus de vidéoprotection, on trouve au premier plan Brice Hortefeux avec une vingtaine d'occurrences. Mais le terme était déjà dans les tuyaux depuis plus longtemps, il figure par exemple dans une note du 5 mars du comité interministériel de prévention de la délinquance. Il s'agit donc bien d'un terme politique venu d'en haut, de l'échelon gouvernemental, parfois repris sur le terrain, souvent répété par les porte-paroles UMP afin de bien enfoncer le clou de ce nouveau dogme.
Quelle différence entre vidéosurveillance et vidéoprotection ? La première apparaît comme intrusive, s'attaquant aux libertés individuelles et au respect de la vie privée lorsque cela se produit sur la voie publique. Voire à l'intimité des personnes. Les dérapages de la vidéosurveillance font qu'elle est l'objet d'une défiance ou d'un rejet. Les individus se sentent alors espionnés par un Etat plus ou moins totalitaire. Pour rassurer l'électorat, on change de logique et on insiste sur la protection qui vise à la fois les personnes et les biens. Il s'agit d'impliquer les personnes qui seront vidéosurveillées dans l'acceptation de cette protection encombrante, inefficace et ruineuse. Il existe un public déjà convaincu par l'utilité des caméras de surveillance dans ses boutiques, ses entreprises, ses habitations, mais cela ne suffit pas. Il faut obtenir l'adhésion d'un plus grand nombre de personnes susceptibles de changer d'opinion si la solution est présentée de manière positive, comme un avantage supplémentaire pour elles et non plus comme si elles étaient toutes par avance des délinquants en puissance qui doivent être dissuadés de mal se conduire.
L'apparente neutralité de l'expression vidéoprotection est une illusion. Il s'agit bien aussi de surveillance et de contrôle de la population, même si cela se fait le plus souvent a posteriori faute de moyens humains derrière les écrans de veille. Je rappelle que cela se produit alors que les effectifs de la police et de la gendarmerie sont appelés à être réduits, comme dans les autres ministères. Mais surtout ce qui importe n'est pas une meilleure rentabilité ou une sécurité renforcée ou d'entrer dans une nouvelle modernité, il s'agit d'un projet purement idéologique : obtenir la soumission volontaire des individus à leur servitude. En utilisant le mot protection, les personnes passent du statut de possibles délinquants à celui de possibles victimes : c'est pour vous protéger contre les autres (ensemble fort vague) tous méchants que l'on agit ainsi, pas pour vous accuser et vous devez nous remercier de prendre autant soin de vous. La coercition voulue est d'abord celle des esprits qui pourraient penser un peu différemment.
10:29 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (51) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, ump, sécurité, langue française
vendredi, 23 avril 2010
Qu'est-ce qu'être politiquement incorrect ?
L'affaire du drapeau national outragé me fait rire, tellement elle montre de tartufferies.
De quoi parle-t-on ? D'un prix décerné par la Fnac, propriété de monsieur Pinault-Printemps-Redoute, pour récompenser une oeuvre photographique dite politiquement incorrecte. Le politiquement incorrect se porte très bien aujourd'hui, c'est une valeur positive selon nos grands penseurs qui se disent iconoclastes.
Vilipender les bougnoules Arabo-musulmans qui ne veulent pas manger de porc, c'est bien ! C'est politiquement incorrect.
Accuser les youpins juifs (de préférence new-yorkais) de tous les complots possibles de la Terre, voire de la naissance de l'esclavage, c'est excellent. Cela s'oppose à la Pensée Unique.
Dire que la place des putes femmes est à la maison pour respecter la loi du Kinder-Kirsche-Küsche, c'est parfait ! Elles brisent sinon les pulsions naturelles de l'homme conçu comme le sommet de la création.
Se taper des prostituées mineures ou des wannabe actrices tout aussi mineures en les sodomisant, mais mon pauvre ! que venez-vous faire avec votre morale d'un autre âge ?
Faire payer aux pauvres les dettes des riches ? Mais quoi de plus normal puisqu'ils sont les plus nombreux et qu'on serait encore plus pauvres si les riches partaient ailleurs !
Tuer des sauvages Afghans, des Irakiens, des Ivoiriens afin de sécuriser leur zone de survie précaire, cela c'est vraiment de la pensée qui va contre les idées reçues.
Supprimer le plus grand nombre de feignants fonctionnaires afin de rendre le meilleur service à la population en exigeant plus de productivité, mais c'est s'attaquer aux tabous qui nous sclérosent depuis tant d'années.
Le port d'armes sans autorisation, je suis pour ! Cela fera des économies à la police et nous évitera de payer des impôts afin de financer les prisons où les salopards détenus ne sont d'ailleurs jamais en voie de réinsértion.
Consommer ou revendre de la cocaïne, mais c'est parfaitement normal et pourquoi venez-vous m'ennuyer avec des questions aussi bêtes ?
Et ainsi de suite...
Le politiquement incorrect a été l'excuse systématique des éditocrates et de certains pseudo-humoristes afin de faire avaler des idées puantes : je ne suis pas compris, je me suis attaqué au politiquement correct, je suis victime d'une forme de caballe, mes propos ont été déformés, je m'en prends aux vaches sacrées, je ne suis pas dans la ligne de ceux qui dominent l'opinion, et ainsi de suite. Toutes ces excuses vaseuses pour justifier des propos profondément réactionnaires, misogynes, phallocrates homophobes, racistes, anti-handicapés, anti-pauvres, anti-fonctionnaires, ploutocrates, on les a tous entendus avec à chaque fois la justification : je suis politiquement incorrect et donc je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas, je suis contre la Pensée Unique qui est encore pire que le pire des stalinismes. Bref, toutes les exactions sont possibles dès lors que vous déclarez que vous êtes politiquement incorrect et surtout grassement rétribué par un organe de presse pour l'affirmer.
Mais que l'on s'attaque au symbole national du drapeau tricolore, ce sont des cris d'orfraie. Comment peut-on récompenser une oeuvre politiquement incorrecte ? Ah bon ? Il existe donc encore vraiment un autre politiquement incorrect, celui qui consiste à conchier la bannière de notre si beau pays en guerre dans des pays qui ne lui ont pas fait de mal avant ? Ce n'est pas exactement le politiquement incorrect tant vanté par Christophe Barbier, Jean-Michel Aphatie, Bernard-Henri Lévy, Alain Duhamel, Alain-Gérard Slama, Franz-Olivier Giesbert, Eric Zemmour, et j'en passe et des pires...
Le politiquement incorrect consiste-t-il à se mettre au garde-à-vous, le petit doigt sur le ceinturon, et à clamer "Oui, Chef !" en voyant monter les couleurs ? C'est pourtant ce que nous ont vendu pendant des années des éditocrates et puis voilà que vient un politiquement incorrect qui ne peut que les choquer. Pourtant, il est aussi ancien que le patriotisme et il me semble que quelques poèmes d'Aragon (durant sa période surréaliste d'avant-guerre) pourraient tomber sous le coup d'une future loi, il y a aussi d'autres délinquants notoires comme les dénommés Arthur Rimbaud, Remi de Gourmont, Georges Darien, Benjamin Péret ou André Breton qui ont écrit des phrases conspuant l'armée française et le drapeau national. Mais on va nous dire qu'ils n'étaient pas politiquement incorrects, c'était juste des auteurs d'un délit (qui était déjà sanctionné par la loi, mais on va réinventer une loi pour dire que l'on agit). En revanche, on peut admettre qu'il y ait un politiquement incorrect fort acceptable par les autorités, du moment où l'éditocrate ne s'en prend jamais aux plus puissants et à leurs symboles, mais au contraire à tous les plus faibles.
Vous voulez être politiquement incorrect ? Vous pouvez l'être, mais à condition d'être d'abord politiquement correct envers le régime en place. Surtout s'il vénère l'armée, la gendarmerie, la police, et toutes ces choses...
21:47 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française
lundi, 05 avril 2010
Le diable et le bon dieu
Ceci est à mon avis une histoire exemplaire qui appartient je pense à la grande histoire de la bande dessinée. Pourquoi est-ce que je me saisis de cette série totalement inconnue de tous ? Parce que d'abord elle est la première à montrer la mort réelle d'un héros, pas la mort imaginaire qui est le cas de la plupart des histoires, mais bien la mort réelle à la suite d'une émeute. Cet épisode vient clore la série en 1972 et il faut dire qu'elle a été fort brève : quatre longues histoires seulement depuis 1969, plus quelques récits complets.
Ce qui est particulier, c'est que l'on part du récit le plus traditionnel (le dessinateur Antonio Parras est un vieux baroudeur de la presse populaire, il a officié pour les couvertures de Barbe-Rouge, de Tiger Joe ou Bob Morane). C'est un dessinateur très élégant, au style personnel, mais qui n'a jamais eu une série marquante : il a toujours été dans la marque des autres.
On crée donc dans Pilote le docteur Ian Mac Donald sur le modèle du docteur justicier. Et le docteur Justice apparaît juste après en 1970 (adepte du kung-fu fort à la mode en ce moment, faciès entre Alain Delon et Bernard Kouchner, prêt à se castagner contre tous les méchants mafieux et intégristes). Ian Mac Donald est d'abord défini comme un médecin volant, un médecin qui va porter secours au bout du monde de l'Australie à l'aide de son bel avion. Cela devait donner de belles scènes de l'Australie comme Sandy qui allait tout juste s'arrêter, parce que l'Australie n'était plus vendeuse. Bref, c'est la résurrection de Tanguy et Laverdure, de Buck Danny et Sonny en version de gauche humaniste, avec le docteur qui sauve tout le monde en plus. Une version du chevalier moderne.
Seulement, il y a un problème : Vidal ne croit pas du tout à son héros irréprochable et après qu'il l'a mis au centre d'une intrigue électorale eh bien ! il découvre que son camp progressiste développe une forme de totalitarisme par la vidéosurveillance et le contrôle policier (cela nous rappelle des choses un peu actuelles). Bref, le héros meurt pour de bon et ne ressuscite jamais contrairement aux autres histoires où il survit miraculeusement. La dernière case donne juste une contre-plongée sur le héros définitivement mort face à la foule qui est horrifiée devant ce qu'elle a permis par son choix dans les urnes. Il liquide donc son personnage parce qu'il n'a plus rien à faire dans le nouveau monde de la bande dessinée, mais d'une certaine manière cette histoire me semble parler plus d'aujourd'hui.
23:05 Publié dans Soulever la couverture | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bande dessinée, littérature, politique
samedi, 03 avril 2010
KKK
Voici un nouvel album mythique. J'adore les westerns, on l'a compris. Il y a tout ce que j'aime : la lutte du bien et du mal, la revanche du plus faible, la récompense de l'effort, la sanction de la loi souveraine et l'arrivée de la cavalerie au dernier moment. Le western est un genre cinématographique et bédéiste profondément moral. Plus que la SF, plus que le polar ou le roman de chevalerie, il traduit des valeurs humaines universelles. Le western est le genre le plus éducatif possible. Je vais tenter de le prouver.
Pourquoi ai-je choisi cette couverture et non une autre ? Parce que c'est ainsi que j'ai découvert Jerry Spring et que je l'ai aimé. L'histoire était parue en 1966 dans Spirou et elle n'a été publiée en album qu'en 1975 en album, mais en grand format et en noir et blanc pour faire de luxe. C'est sous cette forme que je l'ai lue et j'ai été estomaqué par le récit qui se concluait par une fin pas claire, puisque le mal existait ailleurs malgré l'action des héros.
Que voit-on dans cette couverture ? Des personnages du Ku-Klux-Klan brandissant leur torche ou leur main ou leur croix. Tout cela serait-il innommable ? Oui ! Il a fallu neuf ans aux éditions Dupuis afin d'éditer cet album et en plus de manière clandestine, hors collection, en noir et blanc pour faire luxe. Pourtant, Jijé n'était pas un auteur particulièrement anti-chrétien, au contraire. Pourquoi a-t-on retenu pendant presque dix ans un tel album dans une maison aussi catholique que Dupuis ? Alors que l'on avait affaire à un auteur vedette de la maison ? Il faut voir d'abord le fait que Jijé reprend les plus patriotiques Tanguy et Laverdure chez le concurrent Dargaud à la même date (justement en 66), mais sans doute aussi parce que l'éditeur redoute des critiques au sujet d'un récit plaçant la question du racisme en avant.
Il y a un problème avec cet album qui était d'abord hors-collection et de luxe, qui a été ensuite réengistré avec un numéro de série régulier. En 1975, on pouvait estimer qu'il était pubiable en noir et blanc à cause de l'apparition du nouveau western à la Sergio Leone, en 1987, on le réédite dans une série normale parce qu'on a estimé que le sujet n'était plus difficile et pour cela, on a agrandi et recolorisé une case qui n'est pas la couverture voulue par l'auteur. Je ne sais quoi penser des manières de Dupuis, mais franchement elles ne me plaisent pas. Ce qui n'était pas admissible en 1966 le devient vingt ans plus tard ! Pourquoi ? Parce que quelques films majeurs sont passés et que l'on a une remise en question fondamentale du genre du western qui est né justement avec Naissance d'une nation célébrant le Ku-Klux-Klan ? Pourquoi la remise en cause des origines du genre du western était-elle si dérangeante et en quoi ? Pourquoi a-t-on pu publier ensuite cet album qui ne respectait pas vraiment les valeurs chrétiennes de la maison d'édition ? Que signifie le titre qui n'est pas celui d'origine (Jerry Spring contre K.K.K.) ? Pourquoi réécrire l'histoire et ne pas avouer la sienne ? Bien des questions...
22:30 Publié dans Soulever la couverture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bande dessinée, politique, langue française
Harold Wilberforce Clifton
Je poursuis ma série au sujet de Macherot. Il a livré trois histoires mettant en scène le colonel Harold Wilberforce Cliifton, ancien agent du MI5 à la retraite et s'occupant de sa collection de timbres postaux. C'est par ailleurs un ancien chef scout et il vient dans cette histoire au secours d'un autre scout de sa meute, Osbert Horsepower, alias Moineau attentif, qui est un ingénieur atomiste. Nous sommes alors dans la plus pure tradition britannique : Clifton fume la pipe bien entendu, boit du thé à cinq heures, joue au golf, appartient à un club, porte une longue moustache et une casquette (de préférence à carreaux ou à couleurs étranges ou ridicules), est revêtu d'un trench passe-muraille quand il part sous la pluie qui arrive souvent, ne se sépare jamais de son parapluie, circule en Aston-Martin (décapotable quand il ne pleut pas) et a une gouvernante un peu envahissante comme dans les histoires de Sherlock Holmes. Rien d'étonnant : nous sommes en Grande-Bretagne. C'est le gentleman anglais parfait.
On est donc dans le domaine de la pure dérision : tous les clichés au sujet de l'Angleterre sont présents. Qui saurait être plus anglais que Clifton ? Mais ce serait oublier bien entendu le capitaine Francis Blake ! Même fière moustache blonde, même trench, même casquette (un peu plus militaire quand même). Et on peut saluer l'allure virile du capitaine alors que Clifton n'en mène pas large.
Face à lui, que trouve-t-on ? Les forces du mal ! Le mal absolu et personnifié. Une ombre gigantesque et non un personnage. Un individu avec un monocle, un loden couleur Forêt noire, une jambe unique, un fume-cigarette (signe complet du mal le plus épouvantable), un chapeau tyrolien et qui plus est à plumes ! la canne, et nous le verrons dans les cases de l'histoire : le crâne rasé à la Von Stroheim ! Parlant en plus avec l'accent allemand. Il est présent par une ombre distendue et donc encore plus épouvantable. Bref, le pire du pire. Macherot se moque des conventions d'apparence britanniques qui avaient lieu dans son journal, il ne croit pas un seul instant aux histoires héroïques de résistance d'Hergé, de Jacobs et à leurs références à un chic anglais qui leur fait accepter des histoires stupides et sportives sous prétexte que leur auteur serait d'origine britannique. L'anglomanie du journal de Tintin dans les années cinquante était insupportable et elle était là pour faire passer le passé de ses collaborateurs (ce dernier mot n'est pas choisi par hasard). Il s'agit d'une critique radicale des gens à la base de ce journal et cela on ne pouvait le manquer. C'était évident que Macherot se moquait des gens importants dans ce journal et il n'avait plus sa place dedans.
15:24 Publié dans Soulever la couverture | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, langue française, politique
jeudi, 01 avril 2010
Ma pomme devant le juge
Ce n'est vraiment pas du tout le genre de chose que j'aimerais exhiber, mais je suis l'objet d'une enquête judiciaire sur commission rogatoire. Cela fait peur et je le comprends. Un brigadier-chef (donc non OPJ et sans autorité pour mon blogue) me demande de dire si je suis l'auteur d'un commentaire publié à telle date et telle heure dans tel forum de tel magazine en ligne. Je lui réponds que je n'en sais rien puisque je ne connais ni le titre, ni le contenu. Il me réponds poliment en me donnant toute les références nécessaires. Je suis toujours très poli avec la police, parce que je ne sais jamais comment elle va se comporter.
Je découvre alors que je suis assigné en justice par un directeur de journal qui a grenouillé pendant des années à l'extrême droite et qui ne veut pas que l'on fasse le rapprochement avec les articles un tantinet racistes et anti-socialistes qu'il commande dans le journal régional qu'il dirige. Cela se produit treize mois après les faits et dites-moi où est la loi dans ce cas ? J'aime la loi, je la respecte et j'ai répondu à toutes les questions du brigadier-chef, mais il y a une chose que je n'aime pas : être soupçonné pour un délit imaginaire. J'ai énoncé clairement les connivences d'extrême droite du rédacteur en chef de ce journal et j'ai dit que certains des articles étaient d'extrême droite par leur contenu, ce serait diffamatoire ? Il me semble que l'on aurait pu réfléchir avant...
19:03 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (38) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, ump, fn, occident, politique, justice, droit
mercredi, 31 mars 2010
Toi aussi corrige la page perso de ton préz
En effet, depuis un siècle déjà, le pavillon néerlandais aux couleurs rouge, blanc, bleu disposées à l'horizontal flottent sur toutes les mers.
Le drapeau tricolore ne prend sa forme définitive que le 15 février 1794 (27 pluviôse an II) lorsque la convention nationale décrète que le pavillon national « sera formée des trois couleurs nationales, disposées en bandes verticalement, de manière que le bleu soit attaché à la gaule du pavillon, le blanc au milieu et le rouge flottant dans les airs ».
Je ne parle même pas des multiples erreurs de typographie, d'abréviations, des lettres non accentuées, mais il me semble que le nouveau site de la présidence de la Rébublique française manque un peu de correction et qu'il manifeste mal du génie de la syntaxe française. Comme symbole de notre si beau pays, cela la fiche un peu mal. Je savais déjà que notre admirable président était passablement brouillé avec la grammaire, mais je ne pensais pas qu'il contaminait tout le personnel de l'Élysée.
12:20 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, langue française, nicolas sarkozy
samedi, 27 mars 2010
De la bien-pensance
Nous avions déjà eu au début des années nonante la dénonciation d'un prétendu politiquement correct. Je dis prétendu, parce que les exemples sont souvent imaginaires ou ne reposent que sur des généralisations abusives. Etaient politiquement corrects tous ceux qui ne pensaient et ne parlaient pas comme les énonciateurs de cette formule codifiée comme un exorcisme au point de devenir un cliché.
Puis est venue la mode d'insulter tous les contradicteurs en les traitant de bobos, alors même que c'est un concept publicitaire et commercial étatsunien à la base. Si quelqu'un défend les droits de l'homme ou des idées démocratiques, c'est forcément un mangeur de sushis qui roule en Vélib, qui possède le dernier iTruc de Apple et qui achète des produits bio dans le commerce équitable. C'est un peu comme si l'on faisait des métrosexuels les porteurs d'une idéologie particulière, même s'il ne sont que les vecteurs d'une forme de marquetingue.
Maintenant, dans le bruit général, il est devenu très à la mode de dénoncer la bien-pensance que l'on va écrire avec un trait d'union. Cela me semble bizarre. J'associais auparavant la bien pensance à des idées conservatrices (souvent catholiques, mais pas exclusivement), voire réactionnaires : c'est une expression que les milieux anarchistes et gauchistes employaient pour dénoncer les cagots, les bigots et les magots qui ont beaucoup d'oeillères. Ceux qui n'aiment pas les autres quels qu'ils soient : les homos, les étrangers, les jeunes, les pauvres, les vieux, les handicapés, les drogués, les fous. Mais pas du tout ! maintenant, la bien pensance, c'est le fait de dénoncer une injustice, une absurdité, une violence, un danger selon la novlangue des réacs.
Examinons un peu dans Google Actualités quels sont les sujets visés lorsque l'on emploie le nouveau poncif de bien pensance qui s'attaquerait à de véritables héros : Zemmour, Guillon, Frèche (hélas !), Gérard Longuet (ex d'Occident, mouvement ultra-violent), Robert Ménard qui défend la peine de mort, Eric Besson qui défend ses expulsions de familles disloquées, Dorothée et ses animes totalement stupides, Georges Soros et ses boursicotages invraisemblables, Thierry Ardisson et ses pugilats organisés puis remontés, Claude Allègre et ses bourdes statistiques titanesques. Ce sont tous des victimes de la vie, de pauvres êtres martyrisés par la bien pensance.
Je vous livre le plus croustillant dans un éditorial de la Tribune : "Attaqué de toutes parts par le déluge malsain de la bien-pensance". La bien pensance est malsaine, cela devient de plus en plus paradoxal. Dire que l'on est favorable au mal en général est devenu une sorte de norme dans les éditoriaux qui défendent la liberté d'expression pour soi et les siens, mais non pour les autres. Ce n'est pas anodin, il s'agit de la diffusion d'un élément de langage du Front haineux qui a su contaminer la presse généraliste ou les partis démocratiques ; les milieux nationalistes et réactionnaires ont réussi à retourner le sens d'une expression qui les stigmatisait, puis à faire en sorte qu'elle soit reprise en choeur par des personnes qui n'appartiennent pas à la réacosphère ou la fachosphère. Et je suis désolé de voir Jean-François Kahn se comporter en perroquet avec des mots hyperboliques (mais ce dernier point est une habitude chez lui). Il m'avait habitué à mieux en matière d'examen des mots.
Il n'y a pas de terrorisme de la bien-pensance, parce que l'on y trouve tout et son contraire. Il n'y a d'ailleurs pas de bien-pensance du tout. C'est un concept dans lequel on place ce que l'on veut selon son milieu, son éducation, son public, ses intentions. Les bien-pensants, ce sont toujours les autres que l'on veut dénoncer, mais cela n'a aucun sens en soi. Cela pourrait être le point de vue par exemple de Jean-François Kahn lui-même, et son parler-vrai se retournerait contre lui. Il est peu étonnant que la nouvelle stigmatisation de la bien-pensance soit née sur des sites anti-islamistes et d'abord anti-musulmans, xénophobes, voire vraiment racistes (je ne les mélange pas tous). Dénoncer la bien-pensance a été depuis deux ou trois ans l'oeuvre de réactionnaires qui ont un problème avec les populations venues d'ailleurs. C'est devenu ensuite un tic de langage à force d'employer le terme pour désigner une pensée que l'on estime ennemie. Le beau mot tolérance n'est jamais énoncé. Il faut aller à l'affrontement, au combat, à la guerre, en accumulant les clichés sur tous les autres qui ne sont pas comme nous. Et je dis : non. Parce que je suis bien et mal pensant. Contradictoire et demandant d'abord la contradiction.
11:10 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (81) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française
samedi, 20 mars 2010
[Sardouïsme et sarkozysme] Défense de l'éthique de Bernard Tapie
Je reçois une lettre de ma chère umpiste de gauche, Mariah-Samanthah, que vous connaissez bien puisque je lui explique comment réussir à sa quatrième session du bac de français STG.
Mon cher comte, je suis horrifiée ! Notre ignoble prof écolo-socialiste barbu nous a encore donné un texte à expliquer dans le cadre de Sarkozysme et sardouïsme. Il s'agit d'une chanson parlant d'un grand entrepreneur de la France qui se modernise nous a-t-il déclaré, mais il n'a pas voulu nous préciser qui. Je ne sais quoi dire parce que je ne vois pas de qui il s'agit et je ne vois pas du tout de quoi on parle. Quel est donc ce régime dictatorial dont on nous parle ?
Ils ont pris mes stylos
Mon bureau mes papiers
Retrouvé dans mon dos
Mes factures impayées
Voyons. Il s'agit d'une référence à un autre chanteur qui fut célèbre aussi et qui poursuit depuis une carrière d'acteur sur les planches et devant le parquet. Depuis, il a été réhabilité par notre nouveau régime et on applaudit l'ancien dissident, rescapé des camps de la mort.
Ils ont pris ma bagnole
Mon appart ma télé
Ils m'ont dit tes casseroles
T'en as pour des années
Noter l'emploi du "ils" en tête de vers : cela donne l'impression d'un pouvoir totalitaire totalement impersonnel. Apprécier le fait que les casseroles n'aient plus duré longtemps depuis l'élection de notre magnifique président et qu'au contraire l'ex-Trésor public soit obligé de verser des indemnités à quelqu'un qui ne payait pas ses factures.
Ils sont v'nus un matin
En imper Columbo
Les huissiers les notaires
L'Urssaf et les impôts
Relever l'image de l'imper du lieutenant Columbo, forcément minable et tombant en lambeaux, tout comme sa Peugeot hors d'âge. Relever le fait que c'est assez contradictoire : on n'a jamais vu de notaires ou d'huissiers dépenaillés, mais cela donne l'impression qu'il s'agit d'opérations de basse police.
J'les ai vus satisfaits
Du devoir accompli
Les médias le Palais
Et puis tout c'qui s'en suit
Mais mon amour
Ils l'auront pas
Mon dernier rêve
Sera pour toi
Il faut noter la prémonition de la grande chanson républicaine du citoyen Florent Pagny, autre exilé digne de Hugo, de Karl Marx et de Jules Vallès. Mais aussi la citation d'un poète moins inspiré que Michel Sardou, Didier Barbelivien et Bernard Tapie : j'ai nommé Chateaubriand qui a abusé de cette formule à la deuxième personne du pluriel dans sa correspondance amoureuse (un tout petit esprit profondément vulgaire, ce Chateaubriand et qui ne s'adressait qu'à des femmes profondément stupides, puisque l'empereur dans sa magnanimité les exilait en province).
Ils ont pris mes chansons
Mon piano mon chéquier
Ils ont mis dans l'camion
Mes tâux tableaux signés
Ils ont pris mes costards
Mes adresses mes empreintes
Mes cassettes mes polars
Les autres ont porté plainte
Noter qu'ici notre grand chanteur engagé s'indigne au sujet du sort des plus démunis qui se retrouvent à la rue, en cellule, en centre de rétention, en charter.
lis m'ont mis dans la vue
Mes comptes de société
Ils m'ont dit garde-à-vue
Et puis à ta santé
Pour l'instant, grâce au bouclier fiscal et aux nouvelles lois sécuritaires, cette situation datant 1997 en plein régime socialo-communisto-écologiste ne risque plus de se reproduire. Le nombre de gardes à vue de célébrités a notablement baissé et il n'existe plus aucune délinquance financière à présent. En revanche, on trouve énormément de jeunes qui stationnent illégalement dans les halls d'immeubles.
Ils ont pris mon bateau
Ils ont lu mon courrier
Ils m'ont pris en photo
Ils m'ont tout fait signer
Ils ont pris en caution
Toutes les choses de ma vie
Et mis dans un carton
Mon micro mes tapis
L'anaphore "ils" renvoie au pouvoir totalitaire qui existait à ce moment-là, en 1997, sous la gauche plurielle ; les fonctionnaires et chargés de fonction publique étaient pires que les gardes du Goulag ou d'Auschwitz. Heureusement, une nouvelle ère de liberté pour les entrepreneurs est venue en 2007 avec l'élection du mirifique président qui a réussi à sortir Bernard Tapie du Birkenau fiscal et du Bergen-Belsen financier dans lesquels il se trouvait. Comment ne pas s'apitoyer sur le sort d'un homme qui a perdu son yacht sous le prétexte qu'il rachetait des entreprises à un franc symbolique avant de les revendre à la hauteur de milliard après avoir licencié les neuf dixièmes de son personnel ? Son sort est vraiment triste et mérite plus de compassion que celui des émigrés clandestins, des SDF, des vieillards au revenu minimum, des locataires expulsés le 15 mars, des intérimaires et précaires qui ne peuvent donner une heure de rendez-vous à un médecin parce qu'ils ignorent leurs horaires de la semaine suivante, des paysans vivant avec moins que le SMIC et sous la merci du Crédit agricole, des jeunes gens de treize ans sommés de se déshabiller totalement en garde à vue et de subir un toucher rectal, de ceux contrôlés dix fois par jour au faciès non européen. Oui ! il faut compatir au sort de ce malheureux entrepreneur parce qu'il exprime profondément ce qu'est une certaine France. Une France dont l'autre ne veut plus.
12:37 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, chanson, humour, langue française
dimanche, 14 mars 2010
De l'être humain comme réservoir
L'être humain est un réservoir, le saviez-vous ? C'est d'abord un réservoir de voix au second tour s'il a voté pour un autre parti, ou bien au premier tour s'il est un abstensionniste. Mais s'il ne vote pas régulièrement, eh bien ! on le siphonnera comme tout réservoir. Je ne sais pas si c'est une chose digne. Une voix est une voix, mais on peut penser à la prendre aussi pour ce qu'elle n'est pas. Comment dire ? Je suis embarrassé face à certaines figures de langage et je ne sais si je dois les condamner absolument, parce que je les ai employées moi aussi.
23:50 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, politique
vendredi, 12 mars 2010
Un air pas très catholique
Qu'est-ce qu'appartenir au corps traditionnel français ou au contraire avoir une tronche pas très catholique ? Le Petit Champignacien ne recule devant rien en vous aidant à reconnaître les méchants des gentils ! Combien de signes manifestes de traitrise pourrez-vous reconnaître dans ce dessin ? Pour quelles raisons ? Ce grand concours inédit sera récompensé par la distribution de chocolats Léonidas virtuels.
Si vous participez à ce concours, vous aiderez à construire votre identité nationale française, même si vous vous trompez, parce que vous pourrez toujours recommencer l'exercice grâce à votre carte d'identité nationale (sauf si vous êtes né à l'étranger ou de parents étrangers) ! Soyons sûrs de pouvoir identifier l'ennemi à coup sûr.
23:17 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (39) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, bd, langue française, politique
jeudi, 11 mars 2010
Le cor traditionnel français
Comment sauriez-vous être moins français que lui ? Je l'ai trouvé dans les bois de la Meuse au hasard d'une battue, du côté de Revigny-sur-Ornain (patrie d'André Maginot, père de la fameuse ligne qui porte son nom, et résidence secondaire de Gérard Longuet, ancien spécialiste en barre à mine pour gauchistes et Arabes). Il est même dix fois plus français que vous, vu son nombre de bois. Le cor traditionnel français se porte fort bien dans les dessins d'humour drôle, le théâtre de boulevard, les émissions de téléréalité de Tihèfouane ou chez les pseudo-chanteurs de Naïve qui pestent contre la Toile qui les vole et qui répand des rumeurs totalement ignobles sur leur absence de talent.

22:22 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, humour
mercredi, 10 mars 2010
Fondation du prix littéraire Avant-Hier
J'ai décidé de fonder mon propre prix littéraire. Quand j'ai appris qu'Edouard Balladur avait obtenu le prix Aujourd'hui, je me suis dit qu'il était temps de remettre un peu les pendules à l'heure. Le prix Aujourd'hui récompense "un ouvrage politique ou historique portant sur la période contemporaine (ouvrage à caractère général, mémoires, étude, biographie, essai) écrit par un auteur français ou étranger, mais publié en français et en France". L'ouvrage de monsieur Balladur porte sur la cohabitation, c'est-à-dire une période vieille déjà de quinze ans et sur laquelle seule la justice aurait encore quelque chose à dire, notamment au sujet de certains financements de campagne électorales et de rétro-commissions auprès d'Etats peu scrupuleux.
J'ai donc voulu créer le prix Avant-Hier pour récompenser un ouvrage de nature politique, historique, littéraire que l'on remarquerait par son caractère inutile, stupide, insipide, et le fait qu'il est avant tout destiné à préserver la vanité de son auteur ou ses mises en cause judiciaires. Autant dire que l'on récompense d'abord une auto-justification totalement creuse de ses malversations. Il doit se signaler par son absence de rapport avec les sujets de préoccupation de ses lecteurs rapportée au bruit médiatique. Je donne comme premiers nominés :
- Edouard Balladur, pour le Pouvoir ne se partage pas ;
- Bernard-Henri Lévy, pour De la guerre en philosophie ;
- Michel Onfray, pour Freud et la France ;
- Eric Zemmour, Mélancolie française.
La liste n'est pas limitative, on peut en ajouter si l'on veut faire partie du jury. La composition du jury du prix Avant-Hier récompensant des oeuvres totalement inactuelles et sans aucune idée progressiste est ouverte. Je ne choisis personne à l'avance et se propose qui veut (mais je me réserve d'écarter les imbéciles quand il le faudra). Il faut que l'ouvrage soit d'abord contemporain, idiot, mal écrit, portant sur l'époque contemporaine récente : ce seront les critères retenus. Le prix Avant-Hier est avant tout destiné à récompenser des lectures rétrospectives et révisionnistes d'événements que l'on aurait mal compris selon les auteurs, parce que tout le monde sait que l'électeur et le lecteur lisent mal. Les délibérations se tiendront le 1er avril comme il se doit.
18:05 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, politique
[Sardouïsme et sarkozysme] Oenologie, pornographie et musicologie
Voici une nouvelle demande de Mariah-Samanthah, jeune militante UMP de gauche qui prépare son bac STG pour la quatrième fois.
Cher comte, mon horrible prof barbu et chevelu doit certainement être un sadique membre de RESF pour nous poser de tels sujets, il nous a demandé de lire et commenter ce splendide poème de Michel Sardou afin de de le lier au débat sur l'identité nationale et je n'ai strictement rien à dire une fois de plus puisque je n'écoute que des chansons en anglais sur NRJ ou Fun et que je suis totalement ignorante de ce qui a pu faire la vie de nos lointains ancêtres les Gaulois qui vivaient dans des châteaux forts et portaient de longues perruques bouclées sous des chapeaux haut-de-forme. Pouvez-vous me dire quelles sont les références présentes dans ce texte préhistorique ?
Y en a qui disent que les Français
Vivent d'amour et de vin frais
Et que toutes les filles d'ici
Habitent au Casino d'Paris
Il faut voir d'abord qu'il s'agit d'un texte profondément antiraciste, il s'attaque au seul vrai racisme qui existe sur Terre : le racisme anti-Français comme l'a rappelé notre bienveillant président qui a eu un jour une illumination de son esprit en entendant une voix venue d'on ne sait où. Le texte dénonce donc les préjugés contre les Français et nous présente d'emblée deux personnages typiques du racisme des étrangers à notre égard : le fêtard alcoolique et la fille facile aux jambes vite écartées. Michel Sardou s'insurge contre ce cliché qui fait de nous des réprouvés totalement impies dans tous les pays du monde.
Y'en a qui pensent que le champagne
Sort des gargouilles de Notre-Dame
Et qu'entre deux Alka-Seltzer
On s'ballade la culotte en l'air
A les entendre on croirait bien
Qu'on est pinté tous les matins
Les deux champs lexicaux du vin et de la sexualité sont prolongés afin de bien montrer que ce sont des idées reçues et qu'il n'y a que de sales étrangers (sûrement d'origine auvergnate) pour affirmer de telles calomnies sur le glorieux peuple français. Les clichés, c'est entendu, seuls les autres qui ne sont pas du pays peuvent les forger.
Mais voilà j'habite en France
Et la France c'est pas du tout c'qu'on dit
Si les Français se plaignent parfois
C'est pas d'la gueule de bois
C'est en France qu'il y a Paris
Mais la France c'est aussi un pays
Où y a quand même pas cinquante millions d'abrutis
On, c'est bien entendu l'Autre. Celui qui ne pense pas comme vous, qui vient d'ailleurs, qui a d'autres habitudes de vivre. Ce que dit On, c'est con. C'est normal, il vient d'ailleurs, il est étranger et donc naturellement con ; il ne peut donc pas comprendre nos rituels festifs qui feraient la joie d'anthropologues.Michel Sardou dénonce les clichés des riches étrangers (et non des étrangers pauvres) qui vienn ent dépenser leur argent en France afin de picoler un maximum et de se taper des filles venues d'autres pays plus exotiques. Mais, ce faisant, il place en avant le cliché comme image représentative de la France. Il se situe dans un contexte précis, celui de la chanson à boire qui est lié à la chanson de soldat. Est-ce qu'on lui a demandé de défendre l'image de la Patrie ? En tout cas, il se met les membres du public dans la poche en disant qu'ils ne sont pas des "abrutis". Qui oserait se qualifier comme tel sans provocation ?
Yen a qui pensent que notre musique
Balance comme une bière de Munich
Que toutes nos danseuses ont la classe
Mais swinguent à côté d'leurs godasses
Nous avons ici affaire à un passage très péjoratif. Il est à remarquer que la musique française serait aussi lourde que de la bière bavaroise et que cela ressemble à la citation indirecte d'un critique qui n'avait pas apprécié les chansons de Michel Sardou, lequel n'a jamais eu la grâce de Couperin, de Rameau ou de Debussy, de Ravel.
Y'en a qui disent qu'il y a sûrement
Deux trois cafés par habitant
Que nos rythmiques sont des fanfares
Nos succès des chansons à boire
A les entendre on croirait bien
Qu'en France il n'y a pas d'musiciens
Nous entrons dans le vif du sujet : le texte est en fait une autojustification de chansons idiotes à boire, mais en dénonçant ceux qui parlent justement de chansons à boire. Le grand compositeur Michel Sardou en fin harmoniste rappelle ce qui le définit : les évocations émues de l'armée avec grosse caisse et clairon, son identité nationale française martelée dans les refrains, l'absence de tout sens musical qui pourrait évoquer un peu des musiciens français anciens, le goût pour les atmosphères de fin de banquet. Nous ne sommes plus dans le second degré, mais dans le degré d'alcool fort. L'identité nationale selon Michel Sardou, c'est de dire que les autres disent des sottises et de commettre les sottises qui seraient dénoncées prétendument.
Y en a qui pensent et c'est certain
Que les Français se défendent bien
Toutes les femmes sont là pour le dire
On les fait mourir de plaisir
A les entendre on croirait bien
Qu'y a qu'les Français qui font ça bien
A présent, c'est un retournement. On revient au thème de la sexualité, l'autre trame du texte après l'aspect alcoolique. Bien entendu, ceux qui ont des préjugés, ce sont des étrangers. Bien entendu, les femmes étrangères ne viennent en France que pour la bagatelle. En mettant en avant le cliché, Michel Sardou ne dit pas qu'il est faux, au contraire, il laisse entendre que ce serait vrai. Et ainsi il entraîne la connivence de son public de beaufs qui va applaudir et s'autoféliciter.
C'est pourquoi j'habite en France
Et la France c'est beaucoup mieux que c'qu'on dit
Si elles rêvent d'habiter chez moi
C'est qu'il y a de quoi
On termine par une apologie totalement grotesque de son propre pays et un éloge de son phallus que le public masculin peut prendre pour le sien. Mais grâce à Michel Sardou, Nicolas sarkozy, Brice Hortefeux et Eric Besson, nous pouvons être fiers d'être Français ! Ce n'est sûrement pas pour fuir des mariages forcés, des excisions, des guerres civiles, une famine, le port du voile, les invitations à la prière, les coups par de grands frères pour une cigarette fumée ou du rouge à lèvres. L'image de la femme n'en sort pas grandie, celle de l'homme non plus.
16:53 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, chanson, langue française
lundi, 08 mars 2010
Mon matériel électoral
J'ai reçu le matériel électoral pour les régionales et j'ai envie de commenter son esthétique ou sa typographie ou ses choix, comme je l'avais fait auparavant pour les municipales ou les cantonales.
Côté PS, PCF et PRG : d'abord du mauve ségolénien dans les slogans et les mots clés, mais aussi du vert gazon anglais et tout le monde pose sur fond de champs de betteraves ou de luzerne. ll y aurait la volonté de récupérer l'électorat écolo ou CPNT que cela ne m'étonnerait pas. Ce qui est marrant, c'est la répétition du slogan "Une équipe mobilisée pour.." à chaque nomination de département. Les photos sont celles de groupes, parce que l'on joue collectif. Et puis on a droit à des nuages de mots pour chaque département, cela fait très Ouaibe 2.0. Dans les photos, on a toujours au moins une personne, généralement une femme avec une tenue un peu rouge afin de rappeler quand même que l'on reste un peu de gauche.
Passons au parti majoritaire, l'UMP et ses annexes Nouveau Centre et CPNT. C'est très simple. On fait tout en bleu ! Les photos de tous les candidats sont sur fond bleu, le texte est écrit en bleu. Mais on ne met en avant que les têtes de listes départementales, les autres candidats de la liste n'existent pas. Comme d'habitude dans la droite autoritaire, on abuse des capitales pour citer tous les élus régionaux qui soutiennent cette liste, l'argument d'autorité fonctionne là. La seule touche un peu personnalisée est une formule de politesse et la signature du candidat tête de liste dans une police qui imite l'écriture à la main. Je note que pour l'UMP, il faut encore s'adresser à des femmes en leur donnant parfois du Mademoiselle... C'est le parti du siècle précédent...
Je regarde Europe écologie et j'ai un nuancier complet des verts possibles dans une palette graphique ! Ce qui est formidable ici, c'est le poids des cautions nationales, on a droit à un mot signé par Cohn-Bendit, Joly et Bové, tous ensemble ! Plus quelques autres personnalités en marge. Les textes manuscrits ne semblent pas provenir de polices d'écriture au contraire de l'exemple précédent. C'est très aéré par rapport au tract UMP qui donne un pavé massif.
L'Alliance écologiste indépendante a peu de choses à me dire. Une première page avec des mots en avant en vert et une deuxième page presque tout en vert ! Le tout dans un graphisme peu lisible. Mais je remarque un slogan écrit en orange pour dire que l'on est "au delà de la droite et de la gauche" (histoire de torpiller le MoDem au passage).
Il est entendu que dans le tract du MoDem l'orange doit dominer, on a réussi alors à le donner jusque dans la chevelure de la candidate et pas seulement pour les mots importants. Je précise que ce tract qui affiche le soutien de François Bayrou (agrégé de lettres classiques, ex ministre de l'Education nationale) et qui présente une de mes collègues de lettres en tête du département est le seul à afficher une erreur d'orthographe pour le nom de la région écrit sans trait d'union... Je trouve que l'orange est fort peu lisible et ne retient pas plus l'attention que le vert dans un tract.
Quand on commence à examiner les sectes, cela commence à craindre. Le texte de LO est un peu mieux composé que les années précédentes, mais toujours aussi massif : trois gros chapitres, mais fort heureusement des retraits de paragraphe et un surlignement des titres, de la couleur. Une seule photo, celle de la tête de liste régionale. Si j'avais eu envie de médire de LO une fois de plus, c'est raté : il y a une vraie évolution dans la présentation, même si le texte reste toujours un peu copieux par rapport aux autres et que l'on n'utilise jamais le gras, les indentations, les puces dans ce mouvement. C'est très austère. Mais un peu moins qu'auparavant.
La liste NPA-Parti de gauche-Alternatifs est fort bizarre. Elle affiche une double étoile verte et rouge. Mais je cherche en vain ce qui correspond au vert dedans. Tous les mots essentiels, les titres, les phrases importantes sont en rouge. C'est du texte compact comme chez LO, mais sans aucune volonté de vouloir un peu aérer. On ne trouve que les figures de Besancenot, de Mélenchon et de la tête de liste dans des sortes de lucarnes télévisuelles. C'est la seule liste à écrire avec la forme mixte, "les citoyen-ne-s d'origine étrangère sont montré-e-s du doigt".
Je termine par le Front haineux. Là, c'est simple. La photo du candidat, celle du Pénible, le mot du Pénible et du bleu partout sous toutes les formes possibles de la palette, dans les cadres, les caractères. Comme si le bleu était la seule couleur de l'ordre et de notre pays (cela nous rappelle les choix esthétiques d'un autre parti). Le texte est très aéré, parce qu'il se résume en des yaka. Là, on s'adresse aux Françaises et aux Français, pas à Monsieur ou Madame, et on ne cherchera pas à donner des formes mixtes comme au NPA et au Parti de gauche.
22:45 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française, typographie
dimanche, 07 mars 2010
Devenir soi-même ? Non, merci, déjà donné
Il y a quelques petites choses qui me dérangent dans l'administration qui m'emploie.
Par exemple, le fait de voir cette affiche dans le lycée où je me trouve sur la porte d'entrée des bâtiments et non pas seulement sur le panneau d'orientation comme il se devrait. Il faut dire que ce lycée public est dirigé par un officier de carrière, ce qui est une situation totalement absurde et qui aboutit à un délire pseudo-patriotique sur tous les murs de couloirs de ce lycée.
Mais revenons à l'affiche. Que nous dit-on "Devenez vous-même". Mais n'est-on pas soi-même au départ, à la naissance ? Comment pourrait-on le devenir plus ? Serait-on moins soi-même au fur et à mesure de son éducation et de son avancée en âge et pourrait-on le devenir soudainement ensuite en intégrant l'armée ? On se croirait dans une émission de téléréalité où il faut faire semblant d'être authentique afin de rester dans le jeu, dans un reportage exotique ou sociologique où les gens sincères, dans une vie qui n'est pas la vie, mais où tout le monde imite la vie de la télévision et d'une fiction absurde.
Il y a là un problème ontologique que je ne peux résoudre. Je suis moi-même depuis ma naissance et je le serai jusqu'à mon décès. Avec une foule de contradictions et de marches en arrière, mais je suis une personne malgré tout. Comment pourrais-je devenir plus moi-même alors que je le suis déjà par mon histoire et ma réflexion ? Je veux bien admettre que d'autres m'apportent encore des choses que j'ignore, mais pourquoi devrais-je les mettre au bout d'un fusil afin de comprendre qu'il est inutile de porter une arme ? Devenir soi-même, c'est aussi cela : devenir anti-militariste.
Cette propagande profondément stupide s'adresse à des jeunes qui sont en situation de rupture ou d'échec scolaire et qui n'ont aucun autre débouché que celui de cette dernière chance : l'Armée qui va les révéler à eux-mêmes puisque tout le monde les a méconnus auparavant. Malheureusement, quand ils reviennent à la vie de tous les jours, ils apprennent que ce qu'ils ont appris ne vaut strictement rien. Et ils ne sont donc plus rien. C'est une propagande dangereuse qui risque de causer des morts à long terme.
Comment une institution comme l'Armée pourrait-elle révéler la véritable nature d'un être en montrant qu'il ne s'était jamais dépassé auparavant ? C'est là un insondable mystère. Je vais être plus grossier : comment le fait d'assassiner les autres que l'on ne connaît pas et que l'on n'a jamais vus permet-il de révéler notre nature profonde ? Parce que le métier du militaire, ce n'est pas de seulement de protéger les siens, mais aussi d'agresser autrui pour de vils motifs. Être soi-même dans de telles conditions, cela me semble très difficile. Et vouloir devenir soi-même en acceptant de commettre le pire, ne suppose qu'une seule réponse : Non.
15:39 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (26) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française, éducation, enseignement, armée, défense nationale
samedi, 06 mars 2010
Mon entretien de blogueur avec Jacques Chirac
Le Petit Champignacien est fier d'avoir pu rencontrer le seul, l'unique pape de la choucroute : Jacques Chirac, ancien locataire de l'Elysée, actuel locataire de la famille Harriri et futur locataire de la Santé. Comme on le sait, la choucroute tient une place importante dans ces interviouves de blogueur, puisqu'il n'y a aucun rapport entre les propos. Je me devais donc de rencontrer le meilleur connaisseur en choucroute qui soit après Gilles Pudlowski et quelques autres.
LPCI : Monsieur le président, merci de me recevoir juste au lendemain du Salon de l'agriculture qui a dû bien vous fatiguer.
JC : Pensez-vous ! Je n'y suis resté que moins de trois heures, je deviens vieux, vous savez. Et puis il fallait que je fasse une petite sieste parce que cette nuit avait lieu une compétition de sumo en direct au Japon . Vous connaissez le sumo ? C'est un sport fascinant, vraiment fascinant... Toute ma vie, j'ai rêvé de devenir sumotori, c'est pour cela que je me suis entraîné à manger le plus possible. Mais rien à faire. Vous savez, les frais de bouche de la mairie de Paris, c'était dans l'objectif de réaliser enfin ce pour quoi j'étais vraiment fait.
LPCI : Cela le léger désordre de votre salon. (Traînent quelques dizaines de canettes de Corona et des boîtes de bretzel.)
JC : Ce n'est qu'un léger détail, je suppose que vous n'allez pas le relever, puisque nous sommes là pour parler de choses plus importantes comme la survie de la planète ou du monde agricole ou des civilisations premières.
LPCI : J'ai demandé un entretien pour parler d'Internet, des blogues, de Twitter.
JC : Et si nous passions tout de suite à table ? C'est que j'ai une petite faim, moi. J'ai justement demandé de préparer une choucroute. Vous savez, la choucroute, il faut la manger matin, midi et soir.
LPCI : Cela tombe bien, la coutume dans les entretiens de blogueurs, c'est de s'entretenir autour d'une choucroute afin de détendre l'atmosphère. Vous me rappelez l'accueil chaleureux d'Alexandre Adler.
JC : Ah ah ah ! Figurez-vous que j'ai conseillé à Alexandre Adler de se reconvertir dans une carrière de sumotori où il aurait plus brillé que dans ses analyses géostratégiques. Il a refusé, le con ! alors que je lui apportais une promotion inespérée, et maintenant il est quoi ? Expert en complots à inventer chaque semaine. Alors qu'il pourrait être un dieu vivant au Japon !
LPCI : Que pensez-vous des usages d'Internet, monsieur le président ?
JC : Je suis fasciné par ces rituels étranges de tribus exotiques que l'on croirait à peine civilisées et qui ont pourtant des codes fort élaborés. Savez-vous que chez les Arumbayas (qui sont des Indiens jivaros, mais c'est une autre question), la discussion ne peut commencer que si l'on a l'estomac plein et qu'il est interdit de s'adresser la parole avant ?
LPCI : Monsieur le président, pensez-vous qu'Internet représente aujourd'hui un danger pour la sécurité comme le laissent entendre les lois DADVSI, Hadopi, LOPSI ?
JC : Mais c'est abracadabrantesque ! J'ai créé un engouement autour d'Internet en créant le mot mulot qui s'est depuis diffusé à une échelle planétaire. Je ne peux pas être à la source d'un mal, j'ai toujours recherché la sérénité et la pureté d'âme. Par exemple, si j'ai repris les essais nucléaires, c'était afin de les supprimer définitivement. Je montrais ma fidélité à mes idéaux de jeunesse lorsque je faisais signer l'appel des Cent et que j'étais prêt à adhérer au PCF (notez quand même que deux ans après j'avais équilibré les choses en passant dans le camp pour l'Algérie française). Internet ne peut être mauvais en soi, il nous faut avoir un regard ethnologique sur ce qui se passe, croyez-en ma vieille expérience. Cela ne se juge pas aux lois que l'on fait tous les six mois chaque fois qu'il y a un fait-divers, il faut le recul du sage, de l'ancien, et envisager la question en siècles, en millénaires. C'est la longue durée qui permet de juger les incohérences d'un homme, pas une prise de position suivie d'une autre contraire juste après.
LPCI : Quelle est votre action sur Internet ? Tenez-vous personnellement un blogue ? Comment ?
JC : Ah ah ah ! Si je tiens un blogue, mais mon jeune ami, sachez que je n'en tiens pas un, mais une trentaine ou une cinquantaine.
LPCI : Mais comment ?
JC : Oh ! C'est très simple, quand j'étais Premier ministre, maire de Paris ou président de la République, d'autres écrivaient des discours pour moi. Cela s'appelle des nègres, comme on dit vulgairement et j'en ai usé quelques-uns avant de vouloir introduire au Panthéon un grand écrivain qui usait lui aussi des nègres, Alexandre Dumas. C'était ma manière personnelle de rendre hommage à tous mes collaborateurs. Certains ont bien fini comme Alain Juppé, d'autres sont tombés très bas comme Christine Albanel qui finit à Versailles à la place d'Aillagon qui se trouve je ne sais où. Mais maintenant, je n'ai plus besoin de faire appel à eux, on écrit pour moi à ma place sans me le demander et sans me le dire. Je suis devenu comme un dieu.
LPCI : Mais c'est de l'usurpation d'identité ! Un pseudo Lionel Jospin a réussi à abuser récemment Yves Jégo qui lui a répondu sérieusement sur Twitter.
JC : Ah ah ah ! Cela m'en touche une sans faire bouger l'autre. Il faut laisser les autres faire votre travail pour que vous puissiez être jugé à votre juste compétence. Jégo a eu tort de répondre personnellement et je ne comprends pas que l'on perde du temps à réfléchir sur qui est qui. Tenez, pendant douze ans, j'ai fait semblant d'être président de la République (puisque j'avais vocation à être sumotori, vu mon goût pour toutes les Delikatessen) et personne ne me le reproche. Maintenant, on a un président qui veut faire président sans y parvenir et presque tout le monde est contre lui, sauf une espèce de chevelu mal rasé et fort hargneux.
LPCI : Frédéric Lefebvre.
JC : Exactement ! Ah ah ah ! Il me rappelle Sumo le bichon maltais que j'avais adopté et qui me mordait toujours dans les jambes. C'est bizarre... D'habitude, je m'entends bien avec les chiens, je comprends leur psychologie, mais j'ai eu des difficultés avec Sumo et Frédéric Lefebvre. C'est quand même étrange le comportement des chiens, je ne sais pas du tout comment je pourrais apprivoiser un Lefebvre, et pour la première fois cela me fait peur d'être face à un chien.
LPCI : Il y a trois comptes Twitter au nom de Jacques Chirac qui répondent en direct, mais un seul est authentique. Est-ce que cela ne brouille pas votre message ?
JC : Mais quel message ? J'en ai eu tellement au long de ma carrière débutée sous la présidence du Général que je ne m'y retrouve plus du tout. Et au fond, si l'un de ces comptes Twitter dit le contraire de ce que j'ai dit il y a une semaine, mais ce que je dis maintenant, je ne vois pas du tout où le problème, puisqu'il y a ma signature. Mais si je dois le désavouer, je le ferai quand il le faudra. Je serai ferme et intransigeant sur les principes.
LPCI : Vous n'écrivez donc pas personnellement sur Internet ?
JC : Pourquoi écrirais-je moi-même ? Jésus, Socrate, Confucius, Botul n'ont pas laissé de textes qu'on puisse leur attribuer et mon destin est sans doute de devenir une sorte de sage auquel on prête toutes les figures que l'on veut. Cela me permet de devenir une figure charismatique au lieu de terminer comme un sumotori défait. Si vous aviez vu l'accueil que les paysans rouergats et cantalous m'ont fait au salon... Ah ! cela fait plaisir de voir que la spiritualité française s'incarne dans les produits du terroir...
LPCI : Monsieur le président, je vous remercie de votre accueil chaleureux et de votre choucroute.
JC : Mais tout le plaisir était pour moi, et vous savez qu'un président parle toujours le dernier.
10:48 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, internet, twitter, blog, ump, humour
vendredi, 05 mars 2010
Sardouïsme et sarkozysme : la démonologie de l'école
Je reçois une nouvelle lettre de Mariah-Samanthah, jeune sarkozyste de gauche.
Très cher comte, je me demande si mes trois échecs précédents au bac STG ne sont pas dus au fait que je me trouvais soumise à l'idéologie des profs barbus et chevelus de l'école publique où j'étudie. J'ai compris cela en voyant ce texte lumineux du poète Michel Sardou dans le cadre de la thématique Sardouïsme et sarkozysme. Est-ce que ce serait une bonne hypothèse de lecture pour commenter ce texte admirable qui nous dit d'être d'abord nous-mêmes, sans aucun tabou ou complexe.
J'ai eu l'instituteur qui, dans les rois de France,
N'a vu que des tyrans aux règnes désastreux
Et celui qui faisait du vieil Anatole France
Un suppôt de Satan parce qu'il était sans dieu.
Précisons d'abord le contexte : cette chanson a été écrite et chantée en 1984. La date a un sens : la prise de position de notre chanteur engagé intervient en pleine querelle sur l'enseignement scolaire. Une manifestation avait alors rassemblé un million de personnes emmenées par cars de province afin de défendre l'enseignement privé rebaptisé comme libre (il faut noter qu'en général, l'enseignement dit libre est l'enseignement public dans les autres pays que la France). Deux caricatures s'affrontent, ce qui permettra de renvoyer les personnages dos à dos, alors que l'on sait qu'il était fortement prescrit dans les instructions ministérielles de toujours dire le plus grand mal de tout monarque et de ne donner à lire que des auteurs dont l'athéisme aurait été certifié par l'inspection générale.
J'ai fait les deux écoles et j'ai tout oublié,
La nuit des carmagnoles, la fin des Assemblées,
Les dieux de l'Acropole et les saints baptisés.
J'étais des deux écoles et ça n'a rien changé.
La leçon est fort simple : le poète déclare qu'il n'a rien appris et il mélange toutes les idées dans un grand galimatias totalement absurde. Mais l'essentiel est préservé : s'il demeure sans aucune culture, il peut rester ou devenir lui-même, totalement naturel et sincère. Ce faisant, le barde se montre fort rousseauïste : seule compte la transparence et la vérité que l'on proclame. D'une certaine manière, Michel Sardou se montre un héritier de Jean-Jacques Rousseau et d'abord un disciple d'un des inspirateurs de la Révolution française. Il faut juste être aussi authentique que le saucisson pur porc, les programmes scolaires n'apprennent rien qu'on ne sache déjà.
Dans le Lot-et-Garonne,
On bouffait du curé.
On priait la Madone,
Le dimanche en Vendée.
Des cailloux de Provence
Aux châteaux d'Aquitaine,
On chantait la Durance,
On pleurait la Lorraine.
Dans ce passage en forme de name-dropping géographique se cachent deux erreurs historiques fort mineures que le public ne peut apercevoir immédiatement : la Vendée du sud n'était pas chouanne et la Vendée historique n'est pas le département de la Vendée ; la Lorraine n'était plus pleurée dans l'école intemporelle à la mode de la IIIe République que veut mettre en valeur Michel Sardou.
Dans le Rhône et l'Essonne,
On chassait les abbés.
On plantait en Argonne
Des croix de Saint-André.
Des sommets du Jura
Aux jardins de Touraine,
On pleurait la Savoie,
On chantait la Lorraine.
Nous trouvons encore quelques erreurs historiques fort mineures parmi cette liste de clichés. Le département de l'Essonne n'a été créé qu'en 1968. La Savoie a été rattachée à la France en 1860 et a été occupée par l'Italie, sans annexion, entre 1940 et 1944. Mais ce ne sont que des broutilles, il s'agit de mélanger les époques en un tout intemporel : les croix de Saint-André de l'Argonne se réfèrent aux cimetières militaires qui contiennent aussi des stèles musulmanes à croissant ou israélites avec étoile de David ou des plaques sans aucun signe religieux. Ces dernières ne comptent pas du tout. Le tout est de se laisser emporter par le lyrisme de pacotille selon lequel tout se vaut.
Je veux que mes enfants s'instruisent à mon école
S'ils ressemblent à quelqu'un, autant que ce soit moi.
Après ils s'en iront adorer leurs idoles
Et vivre leur destin où bon leur semblera.
Il est entendu que l'école ne peut qu'enfermer dans une idéologie et non libérer. Pour le chanoine du Latran : "Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance." Pour Michel Sardou, c'est la figure du père qui montre la radicalité de ce sacrifice et il refuse à d'autres le droit de permettre l'émancipation des enfants par l'apprentissage d'une culture plus vaste. Il est entendu que tout savoir nouveau ne peut qu'asservir et que toute idée de tolérance et de neutralité ne peut être qu'une forme d'idéologie de type théologique.
Cette sacrée République qui dit oui, qui dit non,
Fille aînée de l'Eglise et de la Convention,
Elle serait bien heureuse que ses maîtres la laissent
Libre de faire l'amour et d'aller à la messe.
Nous terminons dans un grand n'importe quoi habituel aux couplets finals de Michel Sardou qui mélange tout et son contraire ou ce qui n'a aucun rapport, exactement comme dans les discours improvisés de notre admirable président. On mélange la politique, la religion, l'érotisme et cela n'a aucun sens. Ou plutôt si, cela en a un : la République est pour lui aussi religieuse, voire sainte, et il faut défendre l'école des curés au nom de l'identité nationale. Nous sommes en pleine confusion de toutes les valeurs laïques. C'est en cela que le sardouïsme et le sarkozysme se rejoignent.
18:13 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, école, enseignement, langue française, politique, chanson, laïcité


