dimanche, 25 janvier 2009
La mouvance contestataire
"Il s'agissait d'une manifestation non déclarée de la mouvance contestataire. Ils n'avaient pas le droit de se rassembler. Les policiers ont appelé à la dispersion mais les manifestants n'ont pas obéi" nous explique le service de presse de la préfecture.
La mouvance contestataire, c'est du nouveau. Je connaissais des mouvances diverses que ce soit à droite, à gauche ou au centre et ailleurs, et elles sont parfois ou souvent dans la contestation, mais que l'on invente une mouvance contestaire par nature et en général, voilà qui me laisse un peu pantois. Est-ce que cette fort vague mouvance contestataire remplacerait l'ultra-gauche anarcho-autonome comme nouvel ennemi intérieur ? Le régime actuel est-il en panne d'invention pour désigner ses prétendus terroristes ? Comment certaines manifestations peuvent-elles être classées comme de la mouvance contestaire et d'autres non ? Y a-t-il un cerveau en état de fonctionnement à la préfecture de police ou au ministère de l'Intérieur ?
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dimanche, 23 novembre 2008
Garde à vue
Une garde à vue pour actes de terrorisme dure quatre jours pleins :
Après une centaine d'heures de garde à vue vécue la semaine passée dans le cadre de l'enquête sur les sabotages à la SNCF, Mathieu B. est plutôt en forme.
24 fois 4, cela fait 96 heures. Mais le délai de signification de la garde à vue intervient après l'interpellation et il peut s'écouler un long délai avant qui n'est pas compé dans la garde à vue. De même, le délai après la signification de mise en liberté ou de défèrement devant un juge peut rallonger ce temps. C'est donc autre chose que la simple garde à vue qui est désigné : l'emprisonnement. Mais on a un langage policé, civilisé, juridique pour parler de ce qui est la privation de liberté. Et donc la centaine d'heures n'est pas une imprécision ou une approximation de langage.
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samedi, 15 novembre 2008
Les preuves solidifiées
Comme c'est dit en termes prudents :
La "cellule invisible", ainsi que se serait désigné le groupe, avait le projet "d'actions plus violentes contre des personnes", a avancé le procureur, tout en reconnaissant qu'il ne disposait pas, là, "d'éléments solidifiés, pour l'instant".
Pour l'instant, aucun élément à charge n'est vraiment solide dans cette affaire.
Le comité invisible est le pseudonyme collectif d'un ouvrage d'inspiration post-situationniste publié au grand jour dans une maison ayant pignon sur rue, disponible sur la Toile, mais il n'y a pas eu de revendications au nom de ce pseudo-groupe et rien ne prouve qu'un livre vendu en librairie et soumis au dépôt légal soit le nom d'une pseudo-organisation terroriste Cellule invisible, d'autant qu'on ne sait pas si dans ce livre se trouvent des appels aux actions reprochées (c'est vague, très vague). Rien ne prouve non plus que les personnes arrêtées ont pu écrire ce livre, même si l'un est désigné plus précisément comme la tête pensante de ce mouvement terroriste du fait de son parcours universitaire. Mais a-t-on aussi songé au fait que :
a) Le terme de cellule invisible est un pléonasme ironique et situationniste d'invention policière. Dans le langage révolutionnaire, une cellule doit forcément rester invisible ! C'est bien pour cela qu'elles ont été créées afin d'échapper à la police, contrairement aux sections du PS qui est un parti réformiste. La structure d'une cellule peut même être pyramidale, sans lieu de réunion fixe et avec usage de pseudonymes comme dans certaines structures de l'extrême gauche, mais non de l'ultra-gauche qui fonctionne en réseau.
b) L'expression cellule invisible se réfère aussi au langage d'Excel de Microsoft. Amusant, non ? On comprendra alors l'insistance sur les dix ordinateurs saisis. Comme si on pouvait les faire parler, de même qu'on pourrait faire parler des suspects. Mais dans un tel cas, on ne laisse pas des preuves de sa culpabilité sur son propre ordinateur ! (Cela pourra être d'ailleurs une preuve à charge, car on pourra s'être méfié de la mémoire de son micro et on aura préféré écrire un texte insurrectionnel ailleurs sur un ordinateur qu'on ne retrouvera pas...)
Revenons à nos "éléments solidifiés", on a trouvé des choses bizarres chez ces autonomes. Le problème, c'est qu'il est difficile de les faire parler : la soudure des fers à béton qui nécessite une soudure à l'arc par exemple, cela ne peut s'effectuer avec le matériel qui a été saisi, ce qui a été trouvé est plus propre à l'électronique... Le matériel d'escalade semble peu pratique sur une voie TGV, mais plus adapté pour une falaise ou dans un arbre (et j'imagine que tous les adeptes d'acrosports peuvent devenir suspects). Les barres de fer ne permettent guère de servir de perches vers des caténaires (d'autant que c'est très lourd, surtout en hauteur), mais cela peut être utile pour desceller des pierres dans un champ. Comment arriver à rendre solide ce qui n'est pas encore solidifié ?
Dans le bric-à-brac de preuves, je ne vois rien de solide et c'est pourquoi on parle de preuves non solidifiées. Des présomptions fumeuses fondées sur des rapprochements biscornus, des mélanges d'éléments tangibles et d'autres livresques, des confusions techniques élémentaires pour qui possède un métier. Il faudra bien des arguties afin de rapprocher tous ces éléments de preuves non solidifiées afin d'en faire une démonstration technique. Mais une fois que l'on a désigné un coupable, tout doit être mis en oeuvre afin de ne pas ridiculiser encore plus la police et la justice. Même si les preuves ne sont toujours pas plus solides, il faudra les solidifier par le verbe.
17:43 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française, droit, justice, police
vendredi, 26 octobre 2007
Dans les plaines du far-west
Je sens qu'il y a un maire qui a envie d'être dessaisi de ses pouvoirs et de se retrouver derrière les barreaux ou avec une forte amende.
Le maire de Couvrot, Jean Pankow, en a assez des vols commis dans sa commune. Pour enrayer cette criminalité, il envisage de créer, avec la Société de chasse locale, « une sorte de milice locale qui effectuera des rondes nocturnes ». « Des cartouches chargées, non pas de plombs mais de gros sel, seraient éventuellement utilisées », déclare-t-il.
Ce serait illégal pour plusieurs motifs, l'absence de convention avec la gendarmerie par exemple, ce qui interdit de fait toute ronde après 23 heures et avant six heures du matin, l'absence d'agrément comme policiers adjoints ou gardes champêtres des chasseurs membres de la société de chasse, l'emploi d'armes pouvant blesser dans des lieux non prévus pour la chasse et en dehors des périodes de chasse, plus l'interdiction totale des groupes armés et organisés comme milices (les journées de février 34 ont laissé quelques traces dans le droit). Même avec un simple gourdin ou une bombe lacrymogène, ce serait encore illégal. Il y en a qui se croient Wyatt Earp !
13:10 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : politique, police
dimanche, 23 septembre 2007
Boîte de six
Moi, je veux bien de cette hypothèse :
Ce langage imagé reflète les origines diverses des habitants de ces quartiers avec des emprunts au portugais, à l'arabe ou aux langues africaines, mais aussi la culture de la "génération fast food", commente Cédric Nagau. Ainsi, le fourgon de police n'est plus appelé "panier à salade" mais "boîte de six", en allusion à la boîte de beignets de poulet d'une enseigne de restauration rapide.
Mais enfin pourquoi des McChicken Nuggets en Magic Nuggets plutôt que des boîtes de six oeufs, six préservatifs, six canettes, six verres, six épices, six crayons, etc. ? La boîte de six n'est pas réservée que je sache à une entreprise de malbouffe et pour un seul aliment ! C'est une unité qui est fort répandue dans le commerce pour bien des produits, comme la boîte de dix ou de douze ou de quinze, etc. Ce qui est plus intéressant, c'est le lien entre le mot poulet au sens argotique et puis son rapport avec les nuggets ou beignets de poulets. On prend une métaphore ancienne, et puis on la détourne en la liant à un produit nouveau présent dans les habitudes de consommation du milieu donné. On crypte donc par association d'idées et en jouant sur une connivence culturelle. Mais la métaphore ancienne demeure quand même, cachée.
16:55 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langue française, argot, francophonie, verlan, police
mardi, 04 septembre 2007
Les keufs n'aiment pas les rebeus
On connaissait déjà les ennuis du Petit Robert avec le CRAN au sujet de la définition du mot colonialisme. C'était pour cette association nouvelle une manière de se faire de la pub à peu de frais. Maintenant, ce sont les keufs qui s'insurgent contre cette citation de Jean-Claude Izzo (auteur de polars crypto-communistes et marseillais) dans la nouvelle mouture du Petit Robert. Elle sert à illustrer le sens de rebeu, mot entré dans le dictionnaire.
"T'es un pauvre petit rebeu qu'un connard de flic fait chier, c'est ça !"
Verdict du syndicat Alliance (classé à droite) : outrage à la police ! Le secrétaire général s'est déclaré "choqué qu'un tel ouvrage, à but éducatif, se permette de jeter le discrédit et le déshonneur [sur les schmitts]". Et bien mieux... il a saisi le ministère de l'Intérieur pour que la définition (sic) soit rectifiée le plus rapidement possible. On ne rigole pas à la maison Royco... D'ici à ce que l'on voie Alain Rey, menottes aux poignets, la tête couverte par une veste, en direction du quai des Orfèvres... D'ailleurs, cela ne m'étonne pas de lui : il a vraiment une sale tête de délinquant avec ses cheveux longs et sa moustache mal taillée. Et avec notre grand président, la lexicographie sera désormais l'affaire de la PJ, qu'on se le dise !
La nouvelle est une exclusivité pour quelques heures seulement. Elle provient d'une dépêche AFP non encore ligne que Marie-Dominique Arrighi m'a gentiment communiqué. Le Champignacien est à la pointe de l'actu !
14:50 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : langue française, argot, francophonie, verlan, police
samedi, 09 septembre 2006
Bitumeur
La Champignacie est en proie au crime et à la délinquance, l'insécurité règne dans la ruralité m'apprend l'Oignon et on se demande ce que fait le président de l'UMP : une bande de bitumeurs (qui plus est anglais, circonstance aggravante) rôde afin de commettre ses forfaits. Je m'interroge : bitumeur, cela ne me semble pas tout à fait habituel. Le DHLF ne le connaît pas, le Petit Robert me donne un goudronneur, le TLFi un asphalteur et un asphalteur-bitumeur, Google 164 bitumeur, 786 goudronneur et 985 asphalteur. Et comme cela fait au moins trois jours que l'Oignon parle de la bande des bitumeurs anglais à raison de deux ou trois articles par jour, j'ose prédire un grand succès régional pour ce mot rare.
14:31 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : médias, média, presse, journalisme, insécurité, sécurité, police


