vendredi, 13 mars 2009
André Breton, toujours réprouvé, toujours insoumis, toujours vivant
Du grand caviardage de la part des agrégés de lettres qui rédigent les communiqués linguistiques du CSA !
Enfin, si le clair de terre est construit sur le modèle de « clair de lune », il évoque « l’outre-ciel », néologisme créé par le poète Léopold Sédar Senghor, qui fut aussi l’un des pères fondateurs de la Francophonie moderne : « Cette lumière d’outre-ciel des nuits sur la terre douce au soir ».
Que je sache, il aurait fallu dire que ce terme d'astronomie est le titre du deuxième recueil d'André Breton qui a été justement l'une des sources principales d'inspiration de Senghor et qu'il a été réactivé par lui parce qu'il avait lu des textes de la Renaissance (Breton s'appuyait sur une langue fort ancienne et proprement littéraire). Et je comprends de moins en moins comment l'on peut ne plus nommer quand c'est l'occasion Breton, le grand contemporain révolté (ou plutôt si, je le comprends trop bien, tellement il reste actuel et dangereux) :
Les écrits s'en vont
Le satin des pages qu'on tourne dans les livres moule une femme si belle
Que lorsqu'on ne lit pas on contemple cette femme avec tristesse
Sans oser lui parler sans oser lui dire qu'elle est si belle
Que ce qu'on va savoir n'a pas de prix
Cette femme passe imperceptiblement dans un bruit de fleurs
Parfois elle se retourne dans les saisons imprimées
Et demande l'heure ou bien encore elle fait mine de regarder les bijoux bien en face
Comme les créatures réelles ne font pas
Et le monde se meurt une rupture se produit dans les anneaux d'air
Un accroc à l'endroit du coeur
Les journaux du matin apportent des chanteuses dont la voix a la couleur du sable sur des rivages tendres et dangereux
Et parfois ceux du soir livrent passage à de toutes jeunes filles qui mènent des bêtes enchaînées
Mais le plus beau c'est dans l'intervalle de certaines lettres
Où des mains plus blanches que la corne des étoiles à midi
Ravagent un nid d'hirondelles blanches
Pour qu'il pleuve toujours
Si bas si bas que les ailes ne s'en peuvent plus mêler
Des mains d'où l'on remonte à des bras si légers que la vapeur des près dans ses gracieux entrelacs au dessus des étangs est leur imparfait miroir
Des bras qui ne s'articulent à rien d'autre qu'au danger exceptionnel d'un corps fait pour l'amour
Dont le ventre appelle les soupirs détachés des buissons pleins de voiles
Et qui n'a de terrestre que l'immense vérité glacée des traîneaux de regards sur l'étendue toute blanche
De ce que je ne reverrai plus
A cause d'un bandeau merveilleux
Qui est le mien dans le colin-maillard des blessures.
Cet oubli de Breton me paraît une faute morale au moment de la semaine de la francophonie. Mais pourquoi ne doit-on plus citer Breton et son rôle dans l'émancipation des consciences ? Comment Breton peut-il ne pas être aussi consensuel et diplomatique que Senghor dont le néologisme n'est même pas dans la liste des dix mots ? Nier l'existence d'un poète en en citant un autre hors de propps, voilà qui augure une belle ère de turpidudes.
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samedi, 13 décembre 2008
Ma vie sans moi (4)
Air de ronde pour lutins
Pour prendre un souvenir sur terre - ce fut dans le très vieux temps, -
Je pris gîte sur cette route et j'y guettais tous les passants.
Le premier siècle je fus bruyère, ajonc, genêt, églantier blanc,
Ce fut un siècle où je fus saule que vis celle que j'aime tant.
Dans ses regards bougeaient clarté pour cent fontaines de printemps
Et dans ses mains grâce plus frêle qu'en feuilles de trèfles d'étang.
C'était par pur soleil de Pâques ; j'étais moi-même tintillonnant !
Tintillonnez, siècles passés ! Depuis j'ai mal plus qu'un dément.
Armand Robin
16:20 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
mercredi, 10 décembre 2008
Ma vie sans moi (3)
Ô souvenir sautant de glaçons en glaçons,
Tels des corbeaux criards sur les champs de l'hiver !
Au creux d'une ombre sans visage
Dont il n'est resté témoignage
Dans le regard d'aucun enfant,
Au creux d'une onde sans rivage
Issue d'un geste sans espoir
D'un passant sombre et chancelant,
Sec et mat tombe notre soir,
Ce soir que nous composâmes
D'un accord de faux paysages
Sur les bords de nos âmes.
Armand Robin
19:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, anarchisme, anarchie, poésie, poésies, poème
dimanche, 07 décembre 2008
Ma vie sans moi (2)
Le temps m'a rajeuni jusque dans mon enfance,
Je ne sais plus combien j'ai souffert, ni pourquoi,
Mais je sais aujourd'hui que je suis transparence
Et qu'à force d'oubli je reviens près de moi,
Combien je vais bénir l'objet de ma souffrance.
J'ai retrouvé l'étang et les bois taciturnes
Où toute ma jeunesse et ma franchise ont chu ;
Je craignais d'y heurter un moi-même inconnu,
Mais, où l'aube pensait redevenir commune,
Grâce à l'amour humain rien ne s'était perdu.
Lorsque je fus bien loin dans mon isolement,
N'ayant d'autre pays que le bruit du feuillage,
Au plus haut de tout mal je tremblais un instant
Et, passager fragile en mon sang de sauvage,
Un chant d'âpre douceur me brisa lentement :
"Mes coteaux, mes sentiers, nul ne peut m'écouter,
Chaque être que j'aimais a choisi son mensonge
Et je n'ai d'autre dieu que les plus beaux objets,
Vous seuls fêtez les pas qu'allongent ceux qui songent
Et répondez encor quand nos pas font pitié".
Armand Robin
16:11 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, anarchisme, anarchie, poésie, poésies, poème
samedi, 06 décembre 2008
Ma vie sans moi (1)
Cessez d'accepter un
monde où les riches et
les puissants aient droit
de disposer de l'art !
LETTRE A MON PERE
Mon père, je vois bien que je me suis trompé
En voulant devenir un poète, un lettré ;
Je n'ai réussi qu'à me fatiguer
Et qu'à tournicoter, tout brouillé.
Je suis allé plus loin qu'à nous il n'est permis ;
On m'accable de haine et de raillerie ;
Où je suis né j'aurais dû rester,
Tous ont eu raison de me châtier.
.......................................................................
Aujourd'hui si tu revenais tu me retrouverais
Comme cette faux que tu as laissée
Hier soir dans des herbes obscures et se souvient très frais
D'avoir sous tes doigts travaillé.
Armand Robin
16:04 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, anarchisme, anarchie, poésie, poésies, poème
vendredi, 24 octobre 2008
Arthur Rimbaud
MORTEL, ANGE et DEMON, poète et baladin,
Casseur de pierre et soldat de fortune,
RIMBAUD ! frère de ceux qui naissent pour l'exil,
Tu passas, recélant sous la face commune
Le visage d'un dieu honni des dieux voisins
Et voulus, dîneur las des festins inutiles,
Mordre sans les cueillir tous les fruits du jardin.
Sur tes cahiers d'enfant écrasés de ratures,
Partout enluminés d'énormes caricatures,
Dans l'étude moisie et sous le gaz blafard
Tu griffonnais, petit prodige narguant son art,
Des pamphlets prophétiques que tu signais: ARTHUR.
N'étais-tu que l'enfant maudit de Charleville ?
Des mères l'ont crié dans les rues : "Antechrist !"
Sans savoir quelle aurore illuminait tes yeux
Et sans faire baiser tes cheveux à leurs fils.
Tu fus le frère lointain des princes douloureux
Qui quelque soir, au fond d'une sombre Bavière,
Quand les étudiants chantent autour des pots de bière,
Laissent les eaux gardiennes se refermer sur eux,
Pour avoir compris l'âme des cygnes et des lys.
Un matin ce fut beau. Au pied d'un sapin rouge
Déroulant jusqu'à toi ses bras de palmes vertes,
Le voyageur qui va triste de bouge en bouge,
De palais en palais et dans les gares désertes
S'ennuie à regarder la pluie aux carreaux noirs,
Et ne le trouvant pas et repartant put voir
- Et trembla de le voir et de t'avoir surpris -
Au pied d'un sapin rouge un poète accroupi,
Qui riait aux éclats et qui brûlait son livre !...
Un empereur casqué de plumes et vêtu d'or
T'estimait. Ses sujets disaient "Rimbaud le Juste."
Tu vendais du café, du poivre et de l'ivoire
Et des fusils au nègre qui jouait les Augustes,
Et si quelqu'un venu de la mourante Europe
Te demandait : "Vous avez fait des vers, dans le temps ?"
Tu fronçais le sourcil et haussais les épaules
Et refaisais le compte de tes dents d'éléphant.
Puis tu vins mourir quelque jour à Marseille,
Avec ton or conquis caché dans ta ceinture
Et tu traînais la jambe sur le pavé cruel,
Meurtri du poids de l'or, meurtri par tes blessures,
RIMBAUD ! Ils t'ont dit mort en bon fils de l'Eglise
Car tu parlais d'Amour et de Terre promise.
André Salmon
Ce poème est particulièrement excécrable et mal écrit. Tous les clichetons rimbaldiens y passent dans une sorte de récapitulatif d'un itinéraire initiatique de demi-dieu mi-christique, mi-dyonisiaque, mi-je ne sais trop quoi. Je renonce à montrer toutes les erreurs historiques. C'est l'un des pires textes sur Rimbaud que je connaisse - et Dieu sait si Rimbaud a pu faire engendrer des âneries à ses commentateurs ou ses éditeurs. Mais il peut se comprendre par la date, 1905, et la querelle de succession, lorsque le Rocheux était encore la proie de tous les cathos les plus traditionnalistes avec l'aval de la famille et qu'il était revendiqué par une autre jeunesse nouvelle. Mais enfin... la revendication de Rimbaud était dite avec des mots imbéciles, des naïvetés de jugement et un style qui tenait plus de l'ancien monde. Comme on dit, cela fait date.
17:57 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
mercredi, 22 octobre 2008
La marchande d'images
C'est la vieille qui fume la pipe,
Elle est de Bruxelles en Brabant
Et vend l'Histoire du Juif Errant,
La légende tendre et terrible
Du Petit-Poucet qui semait des cailloux
Sur son chemin ainsi font les fous
Et les poètes qui vont semant des étoiles
Sans se douter qu'ils sont sur des vaisseaux sans voiles ;
Elle vend des chansons bleues et des romans noirs,
Elle a le Messager Boiteux de Strasbourg et l'Histoire
De la Dame du Lac et du beau Lancelot,
Elle vend du tumulte, du rire et des sanglots,
Des contes très pervers parfumés de morale
Et l'Histoire en couleurs du Petit Caporal.
Dans son vieux sac, il y a de petites choses qui brillent,
Elle porte, dit-on, des messages aux filles,
Mais je crois qu'on la calomnie.
Je l'ai vue souvent dans les champs,
Elle n'avait pas l'air méchant,
Sa jupe rouge dans l'herbe verte
Semblait flamber sur son échine
Et dans sa bouche entrouverte
Deux dents souillées de nicotine
Frémissaient comme ses narines.
Je crois qu'elle a toujours vécu
Et le Juif Errant la connaît
Et peut-être a-t-elle tenu
Sur les marches du palais
Le beau manteau d'or sur fond blanc
De Geneviève de Brabant.
Vieux poète en jupon ! viens donc, lorsqu'il fait soir
Dans mon coeur, m'enseigner tes plus belles histoires
Pour que mon âme épouse l'âme des amoureuses
Qu'emporte la fumée de ta pipe crasseuse.
André Salmon
19:40 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
lundi, 13 octobre 2008
Tout dort
L'arbre du soir, l'abat-jour de la lampe et la clef du repos. Tout tremble quand la porte s'ouvre sans éveiller de bruit. Le rayon blanc traverse la fenêtre et inonde la table. Une main avance à travers l'ombre, le rayon, le papier sur la table. C'est pour prendre la lampe, l'arbre au cercle étendu, l'astre chaud qui s'évade. Un soufle emporte tout, éteint la flamme et pousse le rayon. Il n'y a plus rien devant les yeux que la nuit noire et le mur qui soutient la maison.
Pierre Reverdy
18:09 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
dimanche, 12 octobre 2008
Titre blanc
Maintenant c'est le temps présent
Plus gris que de coutume
Qui mastique la vitre
Et étouffe le bruit
Les quatre murs paisibles
Les gens qui sortent passent
Et n'osent presque pas tourner la tête
Dans la rue qui dort
Sur le vent qui danse
Les feuilles du salon sont libres
Sous les plis du tapis
Et le rideau gagne le jour
Par l'entre-bâillement de la fenêtre
Le jardin est-il plein de neige
Ou de pas étouffés
Quand il fait nuit
Pierre Reverdy
18:08 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
samedi, 11 octobre 2008
En attendant
Des lignes trop usées par les rigueurs du temps
La flaque d'eau sous la gouttière
Le reflet timide qui danse
Et la nuit qui descend
Aucun essor
Aucun effort
Pour détacher l'esprit de cette ritournelle
Il faut marcher tout droit sans condition
Vers la vie plus réelle
Plus bas se contenter des plus maigres rayons
Au passage émouvant d'une aile
Tout s'évapore et sèche
Et même l'illusion qui rendait l'aube moins amère
Les mains retiennent l'air
Le soleil broie la tête
On retrouve le meilleur temps
L'image à la poitrine et l'oeil sur le cadran
La vitre avec le feu
La vague sous le vent
Et l'heure étouffée dans sa gaine
Pierre Reverdy
17:30 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
vendredi, 10 octobre 2008
Souvenir de Jules Verne
Richmond ! Richmond ! le vent d'est portait à la mer
un ballon tout chargé d'audace et de science,
tenez bon au milieu des tempêtes de l'air,
Gédéon, Cyrus Smith, et toi, naïf Herbert !
La première fumée à travers les feuillages,
espérance ! La mer, au seuil noir des cavernes
se retire, jetant ses outils sur la plage,
marteau, fusil, sextant des naufrages modernes.
Ayrton grimpe par la chaîne jusqu'au hublot
pour épier dans le navire les rebelles
qui veillent, compulsant la carte des Bois,
les câbles geignent dans le noir. Ayrton ruisselle...
Du fond de cette rue éternelle où je vois
jour après jour le même espace froid,
ô Jules Verne, si jamais j'ai découvert
au delà des toits gris l'image de la mer,
c'est par le livre à l'odeur vieille, bien avant
les fatigues, l'ennui, le plaisir attristant,
et la haine envers moi-même, devant des flots
vrais mais indifférents, dans les étés trop beaux,
quand je cherchais languissamment la terre absente,
celle dont les colons inspectaient chaque pente,
ô rubans au chapeau de Pancroff dans le vent
du Pacifique sud, ô capitaine Grant !
Henri Thomas
18:15 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
jeudi, 09 octobre 2008
J'hésite
Casse-couille et Casse-pied
se promènent ; les villages
ont des coqs sur leurs fumiers ;
chaque bête dévisage
Casse-couille et Casse-pied.
"Regardez, dit Casse-couille,
le castel où je naquis,
à le voir, mon oeil se mouille,
c'est chez moi, c'est mon pays,
regardez", dit Casse-couille.
Casse-pied ne répond rien ;
mais il songe à ses parents,
gens de peu, mais gens de bien,
c'étaient de petits marchands,
Casse-pied ne répond rien.
Casse-couille a des vertus,
il marche en dressant la tête,
l'églantier, le houx têtu,
le chiendent même répètent :
Casse-couille a des vertus.
Casse-pied roule ses yeux
vers les choses délectables,
pain, fromage, cidre vieux,
lui font signe sur la table,
Casse-pied roule ses yeux.
Casse-couille et Casse-pied,
grandissant comme les mythes,
me dévorent tout entier,
ah, qui suis-je, dites vite,
Casse-couille, ou Casse-pied ?
Henri Thomas
18:49 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
mercredi, 08 octobre 2008
La note grave
Du talus qui monte oublieux
des pas de toute créature
on voit bouger au bas du ciel
les rideaux de la vie obscure
et les lampes couleur de miel,
beau comme une larme qui brille
est le ciel qui pend au-dessus
de ce monde tout frémissant
où des yeux derrière les grilles
sont comme des braises du couchant,
le galop des jours et des nuits
ouvre mon étroite fenêtre,
le temps qui passe est un ruisseau
et les âmes pleines de bruit
sont des moulins où je pénètre,
et le chagrin comme poussière
vole par les replis du jour
où l'image qui m'était due
lentement s'efface derrière
un lambeau de l'affreuse nue.
Henri Thomas
18:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
mardi, 07 octobre 2008
Ciel pur
Cet octobre, l'air tranquille
est le portique des rêves,
il me semble que j'achève
un ouvrage malhabile,
couronné de malheur pâle
je suis beau comme une rose,
la dernière, l'hivernale,
au seuil des métamorphoses.
Sous la loque des saisons
bat le coeur invulnérable
de la chaste déraison,
si j'ai peur je suis coupable,
chaque jour le ciel efface
le dessin de mes secrets,
je suis jouet de l'espace
plein de monstres inquiets.
Henri Thomas
19:07 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
mardi, 30 septembre 2008
Merceries
Merceries, ô néant des percales à chimères
des bobines de fil
dont dénudées
l'enfant fera pour son chariot des roues
des tresses et des galons
qui sur la robe de la morte
serviront
de chemins tortueux aux fourmis
aveugles à la beauté charnelle
sous le soleil de midi.
Jean Follain
18:18 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
lundi, 29 septembre 2008
Les jardins
S'épuiser à chercher le secret de la mort
fait fuir le temps entre les plates-bandes
des jardins qui frémissent
dans leurs fruits rouges
et dans leurs fleurs.
L'on sent notre corps qui se ruine
et pourtant sans trop de douleurs.
L'on se penche pour ramasser
quelque monnaie qui n'a plus cours
cependant que s'entendent au loin
des cris de fierté ou d'amour.
Le bruit fin des râteaux
s'accorde aux paysages
traversés par les soupirs
des arracheuses d'herbes folles.
Jean Follain
17:41 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
samedi, 27 septembre 2008
Aux choses lentes
Blasons, prenons le temps de bien vous déchiffrer
prenons le temps de tout compter
et de lire l'écriture fine
que modela la belle inconnue
un jour qu'elle était pâle et nue.
Dans un monde touffu se mêlent
les frissons de la maladie
les armes de la médisance
le visage du laboureur
l'éclat de l'amour inconnu
et les yeux bleus du travailleur
celui au front couvert de signes
s'appuyant au bras de sa fille
portant le poids de sa beauté
traquée à l'abri du corset
femme au regard rejoignant
la douceur d'une feuille qui tremble.
Jean Follain
17:34 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
vendredi, 26 septembre 2008
La mémoire
Le narrateur poursuit dans la grande cuisine
où son récit s'allonge
le vent court et la nuit
vont réduire en ses ombres
le gâteau démembré
Heures inoubliables au pays de mémoire
confitures écarlates que mangeaient les enfants
et tout près des tombeaux
dans le cimetière aux herbes hautes
Ô souvenirs en nous vivants
pendant que se fait l'irrigation du sang
en des corps radieux
sous les corsages de misère.
Jean Follain
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samedi, 06 septembre 2008
Chuchottements
Cendrillon ! Cendrillon ! la chambre est toute noire ;
Laisse glisser ton dé du bout de ton doigt las,
Tu n'y vois plus, son fil chemine de mémoire,
Pique-moi ton aiguille au bord du canevas.
Roule tes échevaux, et, repoussant ta chaise,
Viens te mettre à genoux pour te chauffer les mains
Devant les champs de l'âtre, où, dolente, la braise
Berce d'ardents pays murmurants et lointains.
Vois, les esprits du feu font et défont leurs villes
Et leurs châteaux plaintifs derrière les chenets.
Regarde, les yeux lents et le coeur immobile,
Se quereller les pieds de flammes de follets.
L'âtre - écoute - bruit de choses erronnées
- Dehors le brouillard sourd étouffe les maisons -
C'est l'heure. Ecoute, Cendrillon, écoute environnée
D'ombres, écoute au loin divaguer les tisons.
Marie Noël
17:29 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poèmes, poésies
vendredi, 05 septembre 2008
Ronde
Mon père me veut marier,
Sauvons-nous, sauvons-nous par les bois et la plaine,
Mon père me veut marier,
Petit oiseau te lairas-tu* lier ?
L'affaire est sûre : il a du bien.
Sauvons-nous, sauvons-nous bouchons-nous les oreilles
L'affaire est sûre : il a du bien...
C'est un mari : courons, le meilleur ne vaut rien !
Quand il vaudrait son pesant d'or,
Qu'il est lourd, qu'il est lourd et que je suis légère !
Quand il vaudrait son pesant d'or,
Il aura beau courir, il ne m'aura pas encor !
Malgré ses louis, ses écus,
Ses sacs de blé, ses sacs de noix, ses sacs de laine,
Malgré ses louis, ses écus,
Il ne m'aura jamais, ni moins, ni pour plus.
Qu'il achète s'il a de quoi,
Les bois, la mer, le ciel, les plaines, les montagnes,
Qu'il achète s'il a de quoi,
Le monde entier plutôt qu'un seul cheveu de moi !
Marie Noël
* Ancienne forme future du verbe laisser, parfaitement régulière en ancien français.
La suite du poème n'est plus dans le même ton, ni avec le même but.
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jeudi, 04 septembre 2008
Prière du poète
Mon Dieu qui donnes l'eau tous les jours à la source ;
Et la source coule, et la source fuit ;
Des espaces au vent pour qu'il prenne sa course,
Et le vent galope à travers la nuit ;
Donne de quoi rêver à moi dont l'esprit erre
Du songe de l'aube au songe du soir
Et qui sans fin écoute en moi parler la terre
Avec le ciel rose, avec le ciel noir.
Donne de quoi chanter à moi pauvre poète
Pour les gens pressés qui vont, viennent, vont
Et qui n'ont pas le temps d'entendre dans leur tête
Les airs que la vie et la mort y font.
L'herbe qui croit, le son inquiet de la route,
L'oiseau, le vent m'apprennent mon métier,
Mais en vain je les suis, en vain je les écoute,
Je ne le sais pas encore tout entier.
Marie Noël
19:01 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, poésies, poèmes
mercredi, 03 septembre 2008
Marie Noël martyrisée, stigmatisée, assassinée
J'ai connu cet établissement où les noms de bâtiments portent ceux de personnes célèbres. Ils ont été choisis en fonction de la destination du lieu :
En ce qui concerne les travaux au sein de l'établissement scolaire, la phase II vient de débuter avec la réfection des façades et notamment celle du bâtiment Marie-Noëlle.
La poétesse Marie Noël n'est pas des plus connues, mais elle est parfois étudiée dans les petites classes. Son nom donne la fonction du bâtiment : les lettres. Rien à voir donc avec des Marie-Chantal et des Marie-Sophie. Elle n'aurait pas dû être si discrète et si simple.
Quand il est entré dans mon logis clos,
J'ourlais un drap lourd près de la fenêtre,
L’hiver dans les doigts, l’ombre sur le dos…
Sais-je depuis quand j’étais là sans être ?
Et je cousais, je cousais, je cousais…
- Mon cœur, qu’est-ce que tu faisais ?
Il m’a demandé des outils à nous.
Mes pieds ont couru, si vifs, dans la salle,
Qu’ils semblaient, - si gais, si légers, si doux, -
Deux petits oiseaux caressant la dalle
De-ci, de-là, j’allais, j’allais, j’allais…
- Mon cœur, qu’est-ce que tu voulais ?
Il m’a demandé du beurre, du pain,
- Ma main en l’ouvrant caressait la huche -
Du cidre nouveau, j’allais et ma main
Caressait les bols, la table, la cruche.
Deux fois, dix fois, vingt fois je les touchais…
- Mon cœur, qu’est-ce que tu cherchais ?
Il m’a fait sur tout trente-six pourquoi.
J’ai parlé de tout, des poules, des chèvres,
Du froid, du chaud, des gens, et ma voix
En sortant de moi caressait mes lèvres…
Et je causais, je causais, je causais…
- Mon cœur, qu’est-ce que tu disais ?
Quand il est parti, pour finir l’ourlet
Que j’avais laissé, je me suis assise…
L’aiguille chantait, l’aiguille volait,
Mes doigts caressaient notre toile bise…
Et je cousais, je cousais, je cousais…
- Mon cœur, qu’est-ce que tu faisais ?
Marie Noël, Chanson
13:07 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, littérature, poésie, poésies
dimanche, 10 août 2008
Rien qu'une autre année
Rien qu'une autre année.
Mes amis, les survivants d'entre eux me suffisent
Pour que je vive encore une année
Il me suffit d'une année
Pour que j'aime vingt femmes
Et trente villes.
Une année suffit pour que l'idée se pare
Des plus beaux atours du lis
Pour qu'une terre inconnue hante quelque fille
Avec laquelle je partirai vers quelque mer
Où elle me livrera sur ses genoux
La clé de tous les champs
Il me suffit d'une année
Pour que je vive toute ma vie
D'une seule traite
En un seul baiser
En un seul coup de feu
Qui abolira mes questions
Et l'énigme de la confusion des temps
Mes amis, ne mourez pas comme vous avez pris l'habitude de mourir
Je vous en conjure, ne mourez pas
Accordez-moi une année
Rien qu'une autre année.
Mahmoud Darwich
19:43 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, poésies, poèmes, palestine, israël
jeudi, 24 juillet 2008
Izoard s'efface
Jacques Izoard est décédé. Il y a quelques poèmes de lui dans mes archives pour ceux qui veulent le connaître ou le relire. Ici, là, là, là. En attendant d'autres.
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dimanche, 24 février 2008
Pauvre Baudelaire (bis) !
Sans oublier le parking qui se trouve derrière la mairie. Il sera dénommé « place Charles-Baudelaire », « en hommage au célèbre poète dont les parents sont nés dans la commune ».
Euh... Tout dépend de ce que l'on appelle parents. Seul le père de Charles est né à La Neuville-au-Pont. Père qu'il a à peine connu, puisqu'il est mort quand le poète avait six ans. Sa mère, Caroline Dufaÿs ou Du Faÿs, est née à Londres en 1793, comme il se devait pour une famille d'émigrés. Baudelaire avait repris son nom pour ses premières publications en signant Baudelaire-Dufaÿs et ce choix indiquait une attitude esthétique et politique.
Finir comme un nom de parking, ce n'est sûrement pas l'hommage que Baudelaire aurait souhaité, mais cela vaut encore mieux qu'un nom de galerie commerciale.

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samedi, 19 janvier 2008
Pauvre Hugo !
Dans une des plus belles séquences de ce documentaire, elle récite un poème qu'elle adorait et qu'elle attribue, sans doute à tort, à Victor Hugo.
Cela commence ainsi : "Un brave ogre des bois, natif de Moscovie, était fort amoureux d'une fée." La chute, prononcée avec toute l'ironie nécessaire, est admirable : "Vous qui cherchez à plaire, ne mangez pas l'enfant dont vous aimez la mère !"
Mais le poème est bien de Hugo ! Je l'ai fait lire, je l'ai expliqué et je l'ai donné en récitation. J'ai même fait écouter en classe sa version chantée par Julos. Il figure dans des manuels et il plaît énormément aux enfants.
12:06 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poésies, poème, poèmes, hugo, julos beaucarne
lundi, 07 janvier 2008
Papa pique et maman coud (6)
Papa boit et maman boite ;
Elle est toujours aux abois !
Parce que quoi il en soit :
Pourquoi se rend-il en boîte ?
19:27 Publié dans Oulipismes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : oulipo, poésie, poésies, poème, poèmes, écriture, humour
dimanche, 06 janvier 2008
Papa pique et maman coud (5)
Papa choit et maman choie ;
Il tombe parce qu'il boit,
Elle le prend sous ton toit
Pareille à ma Mère l'Oye.
16:12 Publié dans Oulipismes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : oulipo, poésie, poésies, poème, poèmes, écriture, humour
samedi, 05 janvier 2008
Papa pique et maman coud (4)
Papa tond et maman tonne ;
Il élève des moutons,
Elle file un mauvais coton,
Car des boutons, ils lui donnent.
16:26 Publié dans Oulipismes | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : oulipo, poésie, poésies, poème, poèmes, écriture, humour
vendredi, 04 janvier 2008
Papa pique et maman coud (3)
Papa pare, maman part ;
Il brode de la dentelle,
Elle dit : "On se sépare".
Il ne s'occupait pas d'elle.
16:58 Publié dans Oulipismes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : oulipo, poésie, poésies, poème, poèmes, écriture, humour


