vendredi, 13 mars 2009
André Breton, toujours réprouvé, toujours insoumis, toujours vivant
Du grand caviardage de la part des agrégés de lettres qui rédigent les communiqués linguistiques du CSA !
Enfin, si le clair de terre est construit sur le modèle de « clair de lune », il évoque « l’outre-ciel », néologisme créé par le poète Léopold Sédar Senghor, qui fut aussi l’un des pères fondateurs de la Francophonie moderne : « Cette lumière d’outre-ciel des nuits sur la terre douce au soir ».
Que je sache, il aurait fallu dire que ce terme d'astronomie est le titre du deuxième recueil d'André Breton qui a été justement l'une des sources principales d'inspiration de Senghor et qu'il a été réactivé par lui parce qu'il avait lu des textes de la Renaissance (Breton s'appuyait sur une langue fort ancienne et proprement littéraire). Et je comprends de moins en moins comment l'on peut ne plus nommer quand c'est l'occasion Breton, le grand contemporain révolté (ou plutôt si, je le comprends trop bien, tellement il reste actuel et dangereux) :
Les écrits s'en vont
Le satin des pages qu'on tourne dans les livres moule une femme si belle
Que lorsqu'on ne lit pas on contemple cette femme avec tristesse
Sans oser lui parler sans oser lui dire qu'elle est si belle
Que ce qu'on va savoir n'a pas de prix
Cette femme passe imperceptiblement dans un bruit de fleurs
Parfois elle se retourne dans les saisons imprimées
Et demande l'heure ou bien encore elle fait mine de regarder les bijoux bien en face
Comme les créatures réelles ne font pas
Et le monde se meurt une rupture se produit dans les anneaux d'air
Un accroc à l'endroit du coeur
Les journaux du matin apportent des chanteuses dont la voix a la couleur du sable sur des rivages tendres et dangereux
Et parfois ceux du soir livrent passage à de toutes jeunes filles qui mènent des bêtes enchaînées
Mais le plus beau c'est dans l'intervalle de certaines lettres
Où des mains plus blanches que la corne des étoiles à midi
Ravagent un nid d'hirondelles blanches
Pour qu'il pleuve toujours
Si bas si bas que les ailes ne s'en peuvent plus mêler
Des mains d'où l'on remonte à des bras si légers que la vapeur des près dans ses gracieux entrelacs au dessus des étangs est leur imparfait miroir
Des bras qui ne s'articulent à rien d'autre qu'au danger exceptionnel d'un corps fait pour l'amour
Dont le ventre appelle les soupirs détachés des buissons pleins de voiles
Et qui n'a de terrestre que l'immense vérité glacée des traîneaux de regards sur l'étendue toute blanche
De ce que je ne reverrai plus
A cause d'un bandeau merveilleux
Qui est le mien dans le colin-maillard des blessures.
Cet oubli de Breton me paraît une faute morale au moment de la semaine de la francophonie. Mais pourquoi ne doit-on plus citer Breton et son rôle dans l'émancipation des consciences ? Comment Breton peut-il ne pas être aussi consensuel et diplomatique que Senghor dont le néologisme n'est même pas dans la liste des dix mots ? Nier l'existence d'un poète en en citant un autre hors de propps, voilà qui augure une belle ère de turpidudes.
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lundi, 16 février 2009
Fables de la dictature (4)
Tout contre la cage du canari, le chat expliquait à un de ses amis en visite : "Sûr, j'aimerais bien le manger. Mais pour l'heure, je ne le tente pas, son chant est délicieux, qui adoucit souvent mon vieil ennui."
Leonardo Sciascia
05:10 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, politique, écriture
dimanche, 15 février 2009
Fables de la dictature (3)
Le renard doucement l'adulait, et le lion écoutait, de complaisance ravi. Alors le cerf, candidement : "Sire, Renard vous trompe : pas une seule de ses paroles qui soit vraie." Le lion, si inopportunément tiré de son ravissement, lui fit face : "Tu n'es qu'un sale traitre", dit-il. ''Tu ne crois donc pas que je suis magnifique, que je suis puissant et juste, terrible et bon ? Tu me prends donc pour un singe, qui ne sait distinguer l'admiration juste de l'admiration vide ? Renard est un bon sujet, et toi un conseiller mauvais". Et il ordonna qu'on mit sans délai le cerf en pièces.
Leonardo Sciascia
05:03 | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, politique, écriture
samedi, 14 février 2009
Fables de la dictature (2)
Le lion mangeait sans appêtit son abondant repas ; et le loup tournait autour de lui en glapissant de faim.
Une fois bien nettoyé le dernier os, le lion parut s'apercevoir de ce geignement frénétique. "J'espère bien que tu ne geins pas sur mon repas. Si je mange, c'est uniquement pour vous que je le fais. En effet, vous ne sauriez comment vivre sans moi." Alors le loup : "Nous mourrions à coup sûr, sans toi ; mais peut-être ne mourrions-nous pas de faim".
Leonardo Sciascia
06:14 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, politique, écriture
vendredi, 13 février 2009
Fables de la dictature (1)
Les singes préchèrent l'ordre nouveau, le règne de la paix. Et parmi les premiers enthousiastes on compta le tigre, le chat, le milan. Peu à peu, tous les autres animaux furent convertis. Ce fut alors une jubilation très douce, une fraternelle agape végétarienne.
Mais un jour la souris, qui plaisantait d'une façon fort civile avec le chat, se trouva renversée sous les griffes de son récent ami. Elle comprit que les choses reprenaient leur cours ancien. Avec un espoir vacillant, elle rappela au chat les principes du nouveau règne. "Oui", répondit le chat, "mais moi, je suis un fondateur du nouveau règne". Et il lui planta les dents dans le dos.
Leonardo Sciascia
Il y a bien vingt ans que je n'avais plus relu Sciascia, qui était pour moi autre chose qu'une simple référence littéraire. Mais, je ne sais pas, l'évolution bouffonne et autoritaire de l'Italie aujourd'hui - tout comme celle parallèle de mon pays - me le rend de nouveau d'actualité.
18:02 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, politique, écriture
mercredi, 31 décembre 2008
Message obamesque
Fable express en rimes enchaînées
Pour cette nuit de réveillon
L"on sort chacun les cotillons,
L'on pose de grandes guirlandes.
Landaises ou bien de Guérande,
Rendons grâce à toutes ces co-
Quilles. Qu'il est bon pour l'écot !
Comme cuisine sans nulle aide,
L'est de rôtir le palmipède.
Morale à l'américaine comme le homard :
Liesse, huîtres, cane !
19:04 Publié dans Oulipismes | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : poésie, poème, oulipo, humour
samedi, 13 décembre 2008
Ma vie sans moi (4)
Air de ronde pour lutins
Pour prendre un souvenir sur terre - ce fut dans le très vieux temps, -
Je pris gîte sur cette route et j'y guettais tous les passants.
Le premier siècle je fus bruyère, ajonc, genêt, églantier blanc,
Ce fut un siècle où je fus saule que vis celle que j'aime tant.
Dans ses regards bougeaient clarté pour cent fontaines de printemps
Et dans ses mains grâce plus frêle qu'en feuilles de trèfles d'étang.
C'était par pur soleil de Pâques ; j'étais moi-même tintillonnant !
Tintillonnez, siècles passés ! Depuis j'ai mal plus qu'un dément.
Armand Robin
16:20 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
mercredi, 10 décembre 2008
Ma vie sans moi (3)
Ô souvenir sautant de glaçons en glaçons,
Tels des corbeaux criards sur les champs de l'hiver !
Au creux d'une ombre sans visage
Dont il n'est resté témoignage
Dans le regard d'aucun enfant,
Au creux d'une onde sans rivage
Issue d'un geste sans espoir
D'un passant sombre et chancelant,
Sec et mat tombe notre soir,
Ce soir que nous composâmes
D'un accord de faux paysages
Sur les bords de nos âmes.
Armand Robin
19:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, anarchisme, anarchie, poésie, poésies, poème
dimanche, 07 décembre 2008
Ma vie sans moi (2)
Le temps m'a rajeuni jusque dans mon enfance,
Je ne sais plus combien j'ai souffert, ni pourquoi,
Mais je sais aujourd'hui que je suis transparence
Et qu'à force d'oubli je reviens près de moi,
Combien je vais bénir l'objet de ma souffrance.
J'ai retrouvé l'étang et les bois taciturnes
Où toute ma jeunesse et ma franchise ont chu ;
Je craignais d'y heurter un moi-même inconnu,
Mais, où l'aube pensait redevenir commune,
Grâce à l'amour humain rien ne s'était perdu.
Lorsque je fus bien loin dans mon isolement,
N'ayant d'autre pays que le bruit du feuillage,
Au plus haut de tout mal je tremblais un instant
Et, passager fragile en mon sang de sauvage,
Un chant d'âpre douceur me brisa lentement :
"Mes coteaux, mes sentiers, nul ne peut m'écouter,
Chaque être que j'aimais a choisi son mensonge
Et je n'ai d'autre dieu que les plus beaux objets,
Vous seuls fêtez les pas qu'allongent ceux qui songent
Et répondez encor quand nos pas font pitié".
Armand Robin
16:11 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, anarchisme, anarchie, poésie, poésies, poème
samedi, 06 décembre 2008
Ma vie sans moi (1)
Cessez d'accepter un
monde où les riches et
les puissants aient droit
de disposer de l'art !
LETTRE A MON PERE
Mon père, je vois bien que je me suis trompé
En voulant devenir un poète, un lettré ;
Je n'ai réussi qu'à me fatiguer
Et qu'à tournicoter, tout brouillé.
Je suis allé plus loin qu'à nous il n'est permis ;
On m'accable de haine et de raillerie ;
Où je suis né j'aurais dû rester,
Tous ont eu raison de me châtier.
.......................................................................
Aujourd'hui si tu revenais tu me retrouverais
Comme cette faux que tu as laissée
Hier soir dans des herbes obscures et se souvient très frais
D'avoir sous tes doigts travaillé.
Armand Robin
16:04 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, anarchisme, anarchie, poésie, poésies, poème
Ronsard politiquement incorrect
Chers collègues enseignants bedonnants, myopes, boiteux, voûtés, édentés et chauves, proches du 11e échelon ou de la hors-classe, vous aviez l'habitude de faire étudier ce poème de Ronsard aux fraîches adolescentes de troisième ou de seconde - tout juste guéries de leurs boutons d'acné - afin de les séduire et de susciter chez elles un début de réflexion épicurienne, eh bien ! sachez que ce ne sera plus possible du fait de thèmes fort dérangeants et indignes d'une éducation vraiment émancipatrice.
A Cassandre
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.
Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !
Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.
Voici en effet ce que dit la Halde à travers un rapport de l'université Paul-Verlaine (sic !) de Metz :
Nous n’avons pas eu la possibilité, faute de temps, d’étudier les textes des manuels. En effet, certains textes pourraient contenir des stéréotypes. Par exemple, en français, le poème de Ronsard « mignonne allons voir si la rose » est étudié par tous les élèves. Toutefois, ce texte véhicule une image somme toute très négative des seniors. Il serait intéressant de pouvoir mesurer combien de textes proposés aux élèves présentent ce type de stéréotypes, et chercher d’autres textes présentant uneimage plus positive des seniors pour contrebalancer ces stéréotypes.
Il est logique que pour intéresser les élèves au contenu des manuels ces derniers privilégient les illustrations mettant en scène des personnages les plus jeunes possible (compte tenu du contexte). Mais cela se fait au détriment de l’image des seniors.
Il convient en effet de ne pas étudier en classe ce Ronsard qui donne une si piètre image des séniors, comme en témoigne cet autre poème :
Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise aupres du feu, devidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :
Ronsard me celebroit du temps que i'estois belle.
Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Desja sous le labeur à demy sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,
Benissant vostre nom, de louange immortelle.
Je seray sous la terre et fantôme sans os
Par les ombres myrteux je prendray mon repos
Vous serez au fouyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez des aujourdhuy les roses de la vie.
Mais comment peut-on en effet proposer à la jeunesse le modèle d'une vieillesse aussi dégradée ? L'obscénité est là et non dans ce vieux thème :

J'ai choisi à dessein, Suzanne et les Vieillards, une peinture d'Artemisia Gentileschi, femme peintre du XVIIe s.
Mes informations viennent de ce site.
14:06 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (42) | Envoyer cette note | Tags : politique, littérature, peinture, poésie, poème, féminisme, mlf
vendredi, 24 octobre 2008
Arthur Rimbaud
MORTEL, ANGE et DEMON, poète et baladin,
Casseur de pierre et soldat de fortune,
RIMBAUD ! frère de ceux qui naissent pour l'exil,
Tu passas, recélant sous la face commune
Le visage d'un dieu honni des dieux voisins
Et voulus, dîneur las des festins inutiles,
Mordre sans les cueillir tous les fruits du jardin.
Sur tes cahiers d'enfant écrasés de ratures,
Partout enluminés d'énormes caricatures,
Dans l'étude moisie et sous le gaz blafard
Tu griffonnais, petit prodige narguant son art,
Des pamphlets prophétiques que tu signais: ARTHUR.
N'étais-tu que l'enfant maudit de Charleville ?
Des mères l'ont crié dans les rues : "Antechrist !"
Sans savoir quelle aurore illuminait tes yeux
Et sans faire baiser tes cheveux à leurs fils.
Tu fus le frère lointain des princes douloureux
Qui quelque soir, au fond d'une sombre Bavière,
Quand les étudiants chantent autour des pots de bière,
Laissent les eaux gardiennes se refermer sur eux,
Pour avoir compris l'âme des cygnes et des lys.
Un matin ce fut beau. Au pied d'un sapin rouge
Déroulant jusqu'à toi ses bras de palmes vertes,
Le voyageur qui va triste de bouge en bouge,
De palais en palais et dans les gares désertes
S'ennuie à regarder la pluie aux carreaux noirs,
Et ne le trouvant pas et repartant put voir
- Et trembla de le voir et de t'avoir surpris -
Au pied d'un sapin rouge un poète accroupi,
Qui riait aux éclats et qui brûlait son livre !...
Un empereur casqué de plumes et vêtu d'or
T'estimait. Ses sujets disaient "Rimbaud le Juste."
Tu vendais du café, du poivre et de l'ivoire
Et des fusils au nègre qui jouait les Augustes,
Et si quelqu'un venu de la mourante Europe
Te demandait : "Vous avez fait des vers, dans le temps ?"
Tu fronçais le sourcil et haussais les épaules
Et refaisais le compte de tes dents d'éléphant.
Puis tu vins mourir quelque jour à Marseille,
Avec ton or conquis caché dans ta ceinture
Et tu traînais la jambe sur le pavé cruel,
Meurtri du poids de l'or, meurtri par tes blessures,
RIMBAUD ! Ils t'ont dit mort en bon fils de l'Eglise
Car tu parlais d'Amour et de Terre promise.
André Salmon
Ce poème est particulièrement excécrable et mal écrit. Tous les clichetons rimbaldiens y passent dans une sorte de récapitulatif d'un itinéraire initiatique de demi-dieu mi-christique, mi-dyonisiaque, mi-je ne sais trop quoi. Je renonce à montrer toutes les erreurs historiques. C'est l'un des pires textes sur Rimbaud que je connaisse - et Dieu sait si Rimbaud a pu faire engendrer des âneries à ses commentateurs ou ses éditeurs. Mais il peut se comprendre par la date, 1905, et la querelle de succession, lorsque le Rocheux était encore la proie de tous les cathos les plus traditionnalistes avec l'aval de la famille et qu'il était revendiqué par une autre jeunesse nouvelle. Mais enfin... la revendication de Rimbaud était dite avec des mots imbéciles, des naïvetés de jugement et un style qui tenait plus de l'ancien monde. Comme on dit, cela fait date.
17:57 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
mercredi, 22 octobre 2008
La marchande d'images
C'est la vieille qui fume la pipe,
Elle est de Bruxelles en Brabant
Et vend l'Histoire du Juif Errant,
La légende tendre et terrible
Du Petit-Poucet qui semait des cailloux
Sur son chemin ainsi font les fous
Et les poètes qui vont semant des étoiles
Sans se douter qu'ils sont sur des vaisseaux sans voiles ;
Elle vend des chansons bleues et des romans noirs,
Elle a le Messager Boiteux de Strasbourg et l'Histoire
De la Dame du Lac et du beau Lancelot,
Elle vend du tumulte, du rire et des sanglots,
Des contes très pervers parfumés de morale
Et l'Histoire en couleurs du Petit Caporal.
Dans son vieux sac, il y a de petites choses qui brillent,
Elle porte, dit-on, des messages aux filles,
Mais je crois qu'on la calomnie.
Je l'ai vue souvent dans les champs,
Elle n'avait pas l'air méchant,
Sa jupe rouge dans l'herbe verte
Semblait flamber sur son échine
Et dans sa bouche entrouverte
Deux dents souillées de nicotine
Frémissaient comme ses narines.
Je crois qu'elle a toujours vécu
Et le Juif Errant la connaît
Et peut-être a-t-elle tenu
Sur les marches du palais
Le beau manteau d'or sur fond blanc
De Geneviève de Brabant.
Vieux poète en jupon ! viens donc, lorsqu'il fait soir
Dans mon coeur, m'enseigner tes plus belles histoires
Pour que mon âme épouse l'âme des amoureuses
Qu'emporte la fumée de ta pipe crasseuse.
André Salmon
19:40 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
lundi, 13 octobre 2008
Tout dort
L'arbre du soir, l'abat-jour de la lampe et la clef du repos. Tout tremble quand la porte s'ouvre sans éveiller de bruit. Le rayon blanc traverse la fenêtre et inonde la table. Une main avance à travers l'ombre, le rayon, le papier sur la table. C'est pour prendre la lampe, l'arbre au cercle étendu, l'astre chaud qui s'évade. Un soufle emporte tout, éteint la flamme et pousse le rayon. Il n'y a plus rien devant les yeux que la nuit noire et le mur qui soutient la maison.
Pierre Reverdy
18:09 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
dimanche, 12 octobre 2008
Titre blanc
Maintenant c'est le temps présent
Plus gris que de coutume
Qui mastique la vitre
Et étouffe le bruit
Les quatre murs paisibles
Les gens qui sortent passent
Et n'osent presque pas tourner la tête
Dans la rue qui dort
Sur le vent qui danse
Les feuilles du salon sont libres
Sous les plis du tapis
Et le rideau gagne le jour
Par l'entre-bâillement de la fenêtre
Le jardin est-il plein de neige
Ou de pas étouffés
Quand il fait nuit
Pierre Reverdy
18:08 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
samedi, 11 octobre 2008
En attendant
Des lignes trop usées par les rigueurs du temps
La flaque d'eau sous la gouttière
Le reflet timide qui danse
Et la nuit qui descend
Aucun essor
Aucun effort
Pour détacher l'esprit de cette ritournelle
Il faut marcher tout droit sans condition
Vers la vie plus réelle
Plus bas se contenter des plus maigres rayons
Au passage émouvant d'une aile
Tout s'évapore et sèche
Et même l'illusion qui rendait l'aube moins amère
Les mains retiennent l'air
Le soleil broie la tête
On retrouve le meilleur temps
L'image à la poitrine et l'oeil sur le cadran
La vitre avec le feu
La vague sous le vent
Et l'heure étouffée dans sa gaine
Pierre Reverdy
17:30 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
vendredi, 10 octobre 2008
Souvenir de Jules Verne
Richmond ! Richmond ! le vent d'est portait à la mer
un ballon tout chargé d'audace et de science,
tenez bon au milieu des tempêtes de l'air,
Gédéon, Cyrus Smith, et toi, naïf Herbert !
La première fumée à travers les feuillages,
espérance ! La mer, au seuil noir des cavernes
se retire, jetant ses outils sur la plage,
marteau, fusil, sextant des naufrages modernes.
Ayrton grimpe par la chaîne jusqu'au hublot
pour épier dans le navire les rebelles
qui veillent, compulsant la carte des Bois,
les câbles geignent dans le noir. Ayrton ruisselle...
Du fond de cette rue éternelle où je vois
jour après jour le même espace froid,
ô Jules Verne, si jamais j'ai découvert
au delà des toits gris l'image de la mer,
c'est par le livre à l'odeur vieille, bien avant
les fatigues, l'ennui, le plaisir attristant,
et la haine envers moi-même, devant des flots
vrais mais indifférents, dans les étés trop beaux,
quand je cherchais languissamment la terre absente,
celle dont les colons inspectaient chaque pente,
ô rubans au chapeau de Pancroff dans le vent
du Pacifique sud, ô capitaine Grant !
Henri Thomas
18:15 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
jeudi, 09 octobre 2008
J'hésite
Casse-couille et Casse-pied
se promènent ; les villages
ont des coqs sur leurs fumiers ;
chaque bête dévisage
Casse-couille et Casse-pied.
"Regardez, dit Casse-couille,
le castel où je naquis,
à le voir, mon oeil se mouille,
c'est chez moi, c'est mon pays,
regardez", dit Casse-couille.
Casse-pied ne répond rien ;
mais il songe à ses parents,
gens de peu, mais gens de bien,
c'étaient de petits marchands,
Casse-pied ne répond rien.
Casse-couille a des vertus,
il marche en dressant la tête,
l'églantier, le houx têtu,
le chiendent même répètent :
Casse-couille a des vertus.
Casse-pied roule ses yeux
vers les choses délectables,
pain, fromage, cidre vieux,
lui font signe sur la table,
Casse-pied roule ses yeux.
Casse-couille et Casse-pied,
grandissant comme les mythes,
me dévorent tout entier,
ah, qui suis-je, dites vite,
Casse-couille, ou Casse-pied ?
Henri Thomas
18:49 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
mercredi, 08 octobre 2008
La note grave
Du talus qui monte oublieux
des pas de toute créature
on voit bouger au bas du ciel
les rideaux de la vie obscure
et les lampes couleur de miel,
beau comme une larme qui brille
est le ciel qui pend au-dessus
de ce monde tout frémissant
où des yeux derrière les grilles
sont comme des braises du couchant,
le galop des jours et des nuits
ouvre mon étroite fenêtre,
le temps qui passe est un ruisseau
et les âmes pleines de bruit
sont des moulins où je pénètre,
et le chagrin comme poussière
vole par les replis du jour
où l'image qui m'était due
lentement s'efface derrière
un lambeau de l'affreuse nue.
Henri Thomas
18:05 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
mardi, 07 octobre 2008
Ciel pur
Cet octobre, l'air tranquille
est le portique des rêves,
il me semble que j'achève
un ouvrage malhabile,
couronné de malheur pâle
je suis beau comme une rose,
la dernière, l'hivernale,
au seuil des métamorphoses.
Sous la loque des saisons
bat le coeur invulnérable
de la chaste déraison,
si j'ai peur je suis coupable,
chaque jour le ciel efface
le dessin de mes secrets,
je suis jouet de l'espace
plein de monstres inquiets.
Henri Thomas
19:07 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
mardi, 30 septembre 2008
Merceries
Merceries, ô néant des percales à chimères
des bobines de fil
dont dénudées
l'enfant fera pour son chariot des roues
des tresses et des galons
qui sur la robe de la morte
serviront
de chemins tortueux aux fourmis
aveugles à la beauté charnelle
sous le soleil de midi.
Jean Follain
18:18 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
lundi, 29 septembre 2008
Les jardins
S'épuiser à chercher le secret de la mort
fait fuir le temps entre les plates-bandes
des jardins qui frémissent
dans leurs fruits rouges
et dans leurs fleurs.
L'on sent notre corps qui se ruine
et pourtant sans trop de douleurs.
L'on se penche pour ramasser
quelque monnaie qui n'a plus cours
cependant que s'entendent au loin
des cris de fierté ou d'amour.
Le bruit fin des râteaux
s'accorde aux paysages
traversés par les soupirs
des arracheuses d'herbes folles.
Jean Follain
17:41 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
samedi, 27 septembre 2008
Aux choses lentes
Blasons, prenons le temps de bien vous déchiffrer
prenons le temps de tout compter
et de lire l'écriture fine
que modela la belle inconnue
un jour qu'elle était pâle et nue.
Dans un monde touffu se mêlent
les frissons de la maladie
les armes de la médisance
le visage du laboureur
l'éclat de l'amour inconnu
et les yeux bleus du travailleur
celui au front couvert de signes
s'appuyant au bras de sa fille
portant le poids de sa beauté
traquée à l'abri du corset
femme au regard rejoignant
la douceur d'une feuille qui tremble.
Jean Follain
17:34 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
vendredi, 26 septembre 2008
La mémoire
Le narrateur poursuit dans la grande cuisine
où son récit s'allonge
le vent court et la nuit
vont réduire en ses ombres
le gâteau démembré
Heures inoubliables au pays de mémoire
confitures écarlates que mangeaient les enfants
et tout près des tombeaux
dans le cimetière aux herbes hautes
Ô souvenirs en nous vivants
pendant que se fait l'irrigation du sang
en des corps radieux
sous les corsages de misère.
Jean Follain
16:15 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, poésie, poésies, poème, poèmes
vendredi, 05 septembre 2008
Ronde
Mon père me veut marier,
Sauvons-nous, sauvons-nous par les bois et la plaine,
Mon père me veut marier,
Petit oiseau te lairas-tu* lier ?
L'affaire est sûre : il a du bien.
Sauvons-nous, sauvons-nous bouchons-nous les oreilles
L'affaire est sûre : il a du bien...
C'est un mari : courons, le meilleur ne vaut rien !
Quand il vaudrait son pesant d'or,
Qu'il est lourd, qu'il est lourd et que je suis légère !
Quand il vaudrait son pesant d'or,
Il aura beau courir, il ne m'aura pas encor !
Malgré ses louis, ses écus,
Ses sacs de blé, ses sacs de noix, ses sacs de laine,
Malgré ses louis, ses écus,
Il ne m'aura jamais, ni moins, ni pour plus.
Qu'il achète s'il a de quoi,
Les bois, la mer, le ciel, les plaines, les montagnes,
Qu'il achète s'il a de quoi,
Le monde entier plutôt qu'un seul cheveu de moi !
Marie Noël
* Ancienne forme future du verbe laisser, parfaitement régulière en ancien français.
La suite du poème n'est plus dans le même ton, ni avec le même but.
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jeudi, 04 septembre 2008
Prière du poète
Mon Dieu qui donnes l'eau tous les jours à la source ;
Et la source coule, et la source fuit ;
Des espaces au vent pour qu'il prenne sa course,
Et le vent galope à travers la nuit ;
Donne de quoi rêver à moi dont l'esprit erre
Du songe de l'aube au songe du soir
Et qui sans fin écoute en moi parler la terre
Avec le ciel rose, avec le ciel noir.
Donne de quoi chanter à moi pauvre poète
Pour les gens pressés qui vont, viennent, vont
Et qui n'ont pas le temps d'entendre dans leur tête
Les airs que la vie et la mort y font.
L'herbe qui croit, le son inquiet de la route,
L'oiseau, le vent m'apprennent mon métier,
Mais en vain je les suis, en vain je les écoute,
Je ne le sais pas encore tout entier.
Marie Noël
19:01 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, poésies, poèmes
lundi, 25 août 2008
Semelles de vent et semelles à clous
Au sujet de la maison des Ailleurs :
Mme Rimbaud y a habité six années avec ses quatre enfants, jusqu'en 1875. C'est l'époque où Arthur Rimbaud fréquente le collège voisin. Il a entre 15 et 21 ans. Le poète étant particulièrement précoce, c'est exactement la période de sa création poétique. Pénétrer dans cette maison aujourd'hui, c'est donc l'occasion de palper toute cette émanation intellectuelle.
Heureusement que l'on mentionne que la sinistre mère Cuif y a séjourné six ans, parce que pour l'un de ses enfants cela a été nettement plus bref et moins régulier.
19 août 1870, première fugue à Paris, puis séjour de quinze jours à Douai durant le mois de septembre.
7 octobre 1870, deuxième fugue vers la Belgique. Le voyageur aux semelles de vent est ramené au début du mois suivant par la police. Il ne fréquente plus le collège qui est de toute manière fermé à cause de la guerre. Il n'y remettra plus les pieds, tout en conservant des liens avec son maître Izambard.
21 février 1871 au 10 mars 1871, troisième fugue à Paris ! (La plus mystérieuse de toutes et la plus suspecte d'interprétations bizarroïdes.)
Septembre 1871, établissement à Paris d'abord chez les Verlaine.
Décembre 1873 : séjour de trois semaines à Charleville avant un retour à Londres.
Janvier 1875 : séjour à Charleville, puis départ pour l'Allemagne.
Octobre-décembre 1875 : dernier séjour à Charleville.
(Je passe sur les séjours à Roche ou Bouillon entretemps.)
Si l'on compte large, Rimbaud a vécu moins de trois ans dans cette maison et il en est surtout parti très souvent.
Et est-ce que l'on ne pourrait pas aussi savoir où Rimbaud s'est inspiré en Belgique ou en Angleterre ou horreur ! à Paris ?
17:41 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, rimbaud
dimanche, 10 août 2008
Rien qu'une autre année
Rien qu'une autre année.
Mes amis, les survivants d'entre eux me suffisent
Pour que je vive encore une année
Il me suffit d'une année
Pour que j'aime vingt femmes
Et trente villes.
Une année suffit pour que l'idée se pare
Des plus beaux atours du lis
Pour qu'une terre inconnue hante quelque fille
Avec laquelle je partirai vers quelque mer
Où elle me livrera sur ses genoux
La clé de tous les champs
Il me suffit d'une année
Pour que je vive toute ma vie
D'une seule traite
En un seul baiser
En un seul coup de feu
Qui abolira mes questions
Et l'énigme de la confusion des temps
Mes amis, ne mourez pas comme vous avez pris l'habitude de mourir
Je vous en conjure, ne mourez pas
Accordez-moi une année
Rien qu'une autre année.
Mahmoud Darwich
19:43 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, poésies, poèmes, palestine, israël
jeudi, 24 juillet 2008
Izoard s'efface
Jacques Izoard est décédé. Il y a quelques poèmes de lui dans mes archives pour ceux qui veulent le connaître ou le relire. Ici, là, là, là. En attendant d'autres.
17:45 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, poésies, poèmes, belgique
samedi, 31 mai 2008
Petit-déjeuner de têtes
Dans les bonnes feuilles de son autobiographie, Georges Charpak déclare :
Adolescent, pendant la fièvre politique de 1936, j'allais dans les usines en grève réciter des poèmes de Prévert et des choeurs parlés, ou participer à des chorales.
Les choeurs parlés, les chorales, je veux bien, c'était dans l'air du temps. Mais il y a un gros problème pour les poèmes de Prévert. Je me suis d'abord demandé s'il radotait, et puis j'ai réfléchi aux circonstances. Certes, on associe Prévert au Front Populaire, puisque le groupe Octobre a participé à l'agit-prop autour de cet événement, mais les poèmes proprement dits de Prévert (et non ses choeurs parlés, repris dans les mêmes recueils) n'ont été diffusés avant-guerre que dans des revues très élitistes, très luxueuses, très chères, très rares comme Bifur ou Commerce. On ne les trouve pas dans l'Huma ou dans Paris-Soir, loin de là. Cela ne pouvait pas être connu par des militants ordinaires aux moyens fort réduits, à peine peut-être de quelques amateurs aisés ou de quelques étudiants avant-gardistes qui se rendaient dans des librairies de prêt parisiennes. Il y a un paradoxe Prévert à cette époque : d'une part, un auteur de dialogue populaire et grand public au cinéma, politique et au contact des foules au théâtre, et puis d'autre part un auteur qui choisit les revues les moins accessibles au prolétaire pour ses poèmes. Parce que même si une revue comme Bifur était incontestablement de gauche, elle ne s'adressait pas à n'importe qui du fait de son choix de papier, de ses illustrations, de son impression, de son tirage, de ses lieux de vente. On peut se dire que Charpak réinvente juin 36, comme d'autres réinventent aujourd'hui mai 68, et qu'il confond les choeurs parlés avec les poèmes, puisque Prévert a commis les deux genres. Néanmoins, une autre hypothèse est possible : la copie manuscrite comme mode de diffusion. On copiait tout à la main en ce temps-là, c'était resté encore vivant durant mon enfance, les adolescentes le faisaient encore récemment dans leurs jolis petits carnets personnels très colorés et imagés qui ont été remplacés par les Skyblogs. Le samizdat, ce n'est pas une institution des ex-pays de l'Est. Et si un texte plaisait, il était reproduit par quelqu'un qui faisait circuler son texte manuscrit de proche en proche. Il se peut même que certains textes se soient retrouvés ensuite dans des feuilles syndicales dactylographiées. C'est un mode de diffusion souterrain, non officiel, mais qui a existé pendant des siècles avec les copies privées ou bien la littérature de colportage. Après-guerre, tout devient différent pour Prévert dont les livres sont à présent accessible pour le grand public, mais la collation incomplète de la première édition de Paroles à Reims montre que les textes poétiques avaient débordé le seul cercle des amateurs de littérature et qu'ils devaient être largement présents sous diverses formes non autorisées par l'auteur. Bien sûr, à l'époque de la Toile et du copier-coller, tout cela peut sembler facile, mais la diffusion virale ne date pas d'hier, pas plus que la copie intégrale comme forme d'expression. Le succès après-guerre de Prévert comme auteur de livres tient sans doute (pour une part) à cette forme de diffusion à la fois confidentielle et publique, jouant sur deux tableaux à la fois (je m'abstiens de considérations sur le style de Prévert comme poète proprement dit, car je dirais des gros mots...)
17:02 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, édition


