mardi, 22 décembre 2009
Au sujet d'une image de voile intégral
Un des trucs formidables avec l'histoire de la burqa, c'est que l'on peut l'illustrer de toutes les manières que l'on veut. Comme il n'y a strictement aucune burqa en France ou même dans les pays du Maghreb, on commence à rétropédaler et à parler enfin de niqab (une pratique fort minoritaire et venue des pays du Golfe), voire de voile intégral afin de ne plus apparaître comme des crétins complets. Mais on ne sait comment l'illustrer, puisque l'on ne trouve guère d'exemples autour de soi. C'est ainsi que Libération publie une photo d'agence que je vous laisse découvrir. Que voit-on ?
Quatre personnes photographiées de dos afin que leur visage ne soit justement pas reconnu ! La légende nous dit : "Une femme portant le voile intégral, à Vénissieux, le 19 juin". Moi, je veux bien... mais enfin ! elle ressemble autant à une bonne soeur, à l'abbé Pierre, à un marin breton, à un ramoneur savoyard, à un maquisard corse, à Zorro, à un membre féminin du GIGN qu'à une islamiste, vue de dos. Je ne sais pas si elle porte le voile intégral, puisque l'on ne la voit justement pas de face et pour cause. Ces personnes auraient toutes refusé d'être photographié de face si on le leur avait demandé ou bien celle qui est supposée voilée intégralement aurait posé de manière ostentatoire et provocatrice. Le contraire de l'effet recherché.
Maintenant, examinons le décor. Un étroit passage entre deux immeubles de béton, des couleurs vinasse (sans doute pour le centre socio-culturel), avec en fond une tour d'immeuble social. Cela sent tout de suite la banlieue et ce pourrait être n'importe laquelle. C'est en fait le décor qui fait passer comme authentique le choix de la Belphégor de circonstance : puisque cela se passe en banlieue, il serait impossible de photographier les gens de face et de montrer un voile dit intégral autrement qu'en se plaçant derrière eux et sans leur demander leur autorisation comme cela se fait normalement pour les autres photographies de presse. Mais cela a été pris en banlieue, un endroit réputé pour être peu sécurisé et donc comme si cela avait été fait à la sauvette puisque l'endroit n'inspire guère la confiance.
Il y a la superposition de deux images différentes, celle du prétendu voile intégral dont on ne voit d'ailleurs strictement rien et celle de la banlieue avec tous ses clichés. Je me demande à quel jeu l'on joue lorsque l'on parle de burqa et que l'on montre en fait une autre réalité. Je ne comprends de toute manière pas de quoi l'on parle au juste au sujet de ces images.
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dimanche, 23 août 2009
Pourquoi donc un écureuil ?
Le nom même de la bestiole qui occupe les squirrelizers n'est pas déterminé avec précision. En français, cela pourrait correspondre en effet à une marmotte, mais on a préféré calquer l'anglais Columbian Ground Squirrel (l'écureuil de terre colombien) plutôt que de chercher son équivalent en français. On connaît déjà ces faux amis au sujet du chameau, du pingouin ou du renard roux.
Il y a pour cela d'autres raisons sous-jacentes : la marmotte est considérée comme l'animal qui hiberne par excellence. On dit dormir comme une marmotte, réagir comme une marmotte. La marmotte est passive dans l'imaginaire français (tout comme le loir que beaucoup n'ont jamais entendu mener une sarabande dans un grenier durant la nuit). La marmotte appartient plus à l'imaginaire américain qui guette son réveil pour attendre la nouvelle année. Rien de tel en France. Je ne parle même pas de la marmotte qui "met le chocolat dans le papier alu" ou "qui pousse", parce que cela peut devenir très vulgaire (en gros homophobe et scatologique).
En revanche, l'écureuil possède des qualités positives en français. Il est synonyme d'épargne et de prévoyance en France, puisqu'une célèbre banque l'a pris comme emblème et comme surnom. Il est synonyme d'espièglerie, de vivacité d'esprit et de débrouillardise en Belgique où il a donné son nom wallon à un célèbre groom-reporter que je ne présenterai pas (et qui est d'ailleurs affublé d'un compagnon animal du type écureuil roux européen). Les célèbres Tic et Tac de Walt Disney n'étaient déjà pas des écureuils, mais des tamias et ils ont été acclimatés en France comme tels parce que cela les valorisait et les rapprochait des lecteurs.
On a deux idées contraires, d'un côté la marmotte qui surgit de terre quand vient le soleil et qui reste là dressée sur ses deux pattes. De l'autre, l'écureuil qui apparaît à l'improviste n'importe quand, pour s'évanouir en vitesse l'instant d'après. Le calque lexical de l'anglais a permis d'éviter toutes les connotations négatives attribuées à un rongeur afin de prendre les connotations positives d'un autre rongeur.
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jeudi, 29 janvier 2009
Paroles lors de photographies
Prendre des photos à la campagne ou dans des petits bourgs est une entreprise à risques et à surprises dès que l'on touche un peu à l'habitat humain. Voici un florilège de réactions d'indigènes suscitées par la mise en pixels. Qui dit florilège dit choix. Cela ne préjuge pas des autres manières de réagir, celles-là sont plus ordinaires et sans faits marquantr.
L'attentive. Elle veut emprunter une petite rue descendante et puis elle attend que j'aie fini avant de s'engager, mais elle se ravise et me demande si la photo pourra être réussie vu qu'elle sera à contre-jour. Mais si je tenais à avoir la perspective vers la vallée en contrebas et les massifs après, j'explique que je peux toujours photoshoper si ce n'est pas assez clair.Admiration devant la technique informatique (le résultat ne sera pas formidable, mais j'aurai bien mes étages différents).
L'embarrassée. "Ne photographiez pas ! Tout est en désordre !" C'est une cour privée grande ouverte sur la rue, avec une foule d'objets hétéroclites exposés. Mais il y avait sans doute deux ou trois objets qui n'auraient pas dû se trouver là normalement et que je ne vois pas. Je dis que ce qui m'intéressait, c'était la splendide tête en bois peint de taureau qui trônait au milieu de cette dépendance d'un restaurant dont c'était justement l'enseigne. Mais on est en Alsace et il faut que tout soit absolument impeccable, à la suisse quand on est en représentation.
Les sarcastiques. Ils me voient mitrailler des maisons typiques du vignoble tout autour de la fenêtre où ils se sont massés pour regarder ce qui se passe dans la rue. Entre voyeurs, on peut se comprendre. Ce sont des vieux assez vieux et ils me demandent de les prendre en photo. "Mais, je ne suis intéressé que par les maisons, les bâtisses anciennes, les vieilles pierres. - Oh ! mais alors, si vous voulez photographier des ruines croulantes, nous sommes là pour vous." J'ai décliné l'invitation, je le regrette car ils avaient de vraies trognes de films d'avant-guerre, mais ils m'ont indiqué les deux lavoirs que je voulais prendre.
Le soupe-au-lait. Une voiture me barre brusquement le chemin alors que je circule à pied après avoir fait un tour le long des anciens remparts d'une petite bourgade. Un homme en surgit, véhément, agressif et tout en masse graisseuse, le poing dressé. "Qu'est-ce que vous avez à photographier mon jardin ? C'est une propriété privée ! Ce jardin est à moi ! Pour qui le photographiez-vous ?" Je tente alors d'expliquer que je ne photographiais pas un jardin particulier, mais l'ensemble des jardins pris entre les murailles et que peut-être il y a ce jardin, mais je ne saurais dire lequel puisqu'ils sont bien une trentaine. Il me demande alors si je travaille pour un guide touristique et je dois l'assurer que c'est à titre purement personnel et amateur que j'ai pris les photos, qu'il n'y a pas de livre ou d'article de presse payante au bout de la chaîne, que c'est juste pour moi, quelques amis et des inconnus, sans aucun gain financier. Il semble alors rassuré et il me laisse repartir, mais cet échange m'a liquéfié et je ne me sens pas le courage de prendre un pignon intéressant à l'angle de la rue où il est apparu tout rouge.
L'absurde. Elle ouvre brusquement la fenêtre de son appartement d'un immeuble collectif et locatif et déclare avec violence : "Pourquoi photographiez-vous donc ma maison ?" J'explique que je prends tous les pans de bois de la rue et non celui-ci en particulier. Elle me répond : "N'importe quoi !" Je ne le lui fais pas dire.
La retorse. Elle me voit photographier un coq gaulois de monument aux morts. il est sur la place principale fort en évidence, noms alsaciens et lorrains mélangés. Sujet d'une grande banalité. Elle décide alors de me dire pourquoi il y a des coqs sur les clochers au lieu de croix. Comme si je l'ignorais. Mais elle me parle ensuite d'une plaque commémorative bien placée dans un recoin de la mairie, dans l'ombre d'une voûte et je découvre alors un crime de guerre à la veille de la Libération. Le contraste entre le fier coq des morts au champ d'honneur de 14 et puis cette plaque austère, sobre et dans une semi-obscurité évoquant une chapelle des morts et déportés de 44 est flagrante. Ce n'était pas le plus évident qu'il fallait voir.
L'intéressée. Elle sort de son café en tenue de service et me demande si j'appartiens à une agence immobilière ou si je suis un acheteur potentiel. Il n'y avait pas encore de panneau à vendre sur la façade de l'immeuble. L'échange est nettement plus courtois que dans les deux cas précédents et elle me dit qu'elle me laisse continuer. Depuis le café n'a pas été repris.
L'intéressé. Il sort tranquillement de son domicile qui lui sert d'atelier, c'est un artisan du bois. Il pense alors que je travaille pour un guide touristique, mais comme je lui dis que ces photos seront sur la Toile il est rassuré, cela fera quand même de la publicité pour le coin, d'autant que je lui demande pourquoi tant d'artisans du bois se sont regroupés dans ce village en particulier, éloigné de toutes les routes, et non dans un autre. Toutes les pubs sont bonnes à prendre, mais celle d'un guide touristique reconnu aurait été encore meilleure.
Les andywarholiens. Je vois un immeuble en réfection et il possède une façade à pans de bois très belle, avec encorbellement. Il y a des échaffaudages devant, mais tant pis. C'est l'heure de la reprise du travail. Un ouvrier me demande alors si je travaille pour l'Oignon et comme je ne peux leur assurer que la photo sera dans les pages du grand quotidien régional issu de la résistance, cela ne semble plus les intéresser, d'autant que la Toile c'est fort loin et qu'on ne peut la découper pour l'afficher au bureau ou dans la cuisine.
L'érudit. Je prends des photographies des anciennes caves voûtées qui longeaient un des canaux de ma ville, on pouvait les observer juste avant leur démolition complète lors d'une des innombrables rénovations du centre-ville. Elles n'étaient sans doute pas des plus remarquables, mais elles empêchaient surtout des parkings résidentiels souterrains.Il en vient à me confier qu'il avait fait partie des amis du vieux Champignac et puis qu'il n'avait pas du tout apprécié la présidence de mon ami Olivier, parce que cela devenait trop politique, mais il a réadhéré car le nouveau président est vraiment apolitique, lui. Puis il dégoise encore sur quelques personnes que je connais un peu directement ou indirectement. Je me marre en silence de ce soliloque...
19:01 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : photo, histoire, politique, photographie, langue française
dimanche, 16 novembre 2008
Flickr fliqué à l'EN
Les filtres mis en place par des ouaibemasteures incompétents et sous-payés de l'Education nationale commencent à me gonfler sérieusement. Je faisais part l'an dernier du refus du serveur de mon établissement pour me connecter au Bondyblog. Cette année, autre établissement, autre censure. C'est carrément Flickr qui est censuré parce que ne répondant pas à une préoccupation pédagogique ou technique ! L'avis est le même que précédemment. Mais bon sang ! On trouve des choses intéressantes et diverses dans Flickr, comme ça. Avec aussi bien des photos des opposants du ministre de l'Education nationale que celles destinées à la propagande gouvernementale. Un élève peut trouver des photos libres de droit pour faire des panneaux ou de dossiers afin de participer par exemple à l'indispensable et inévitable devoir de mémoire (mes photos de monuments aux morts par exemple). On ne peut voir que là par exemple les photos de la Bibliothèque du Congrès étatsunien (Flickr a passé un contrat avec elle) et d'autres grandes institutions de ce pays qui a élu Obama dont les photos de l'élection sont justement sur... On n'y trouve pas beaucoup de photos cochonnes, des instituteurs, des professeurs se servent de Flickr pour mettre en partage avec des parents des photos d'activités, de sorties, de journées spéciales. Si ce n'est pas d'un intérêt pédagogique... Je me demande ce qui se passe dans la tête des censeurs au petit pied qui s'imaginent que tout un site serait nuisible alors qu'il passe des accords avec les gouvernements. Là, je vais en parler, mais comme je sais que le responsable informatique dans l'équipe éducative est un adjoint UMP d'une mairie aux manières fort musclées et d'une incompétence évidente, ce n'est pas gagné.
12:05 | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : politique, éducation, enseignement, profs, photographie
vendredi, 01 août 2008
Mythologie du livret A
Voici une étrange image que j'ai vue dans Libération.
Analysons. Nous avons affaire à une image issue d'une banque de photos prêtes à l'avance pour convenir à toutes sortes de sujets d'actualité ou de dossiers plus généraux. Elle n'a donc rien d'original, mais elle semble convenir à l'article qu'elle illustre.
On voit partout la mention Livret A qui est fort parlante à tous. Mais il y a un problème : le livret A se nomme Livret bleu au Crédit mutuel et était de couleur... bleue. Le rouge en question est celui des Caisses d'épargne dont on a bien pris soin de masquer le logo en forme d'écureuil en superposant les livrets de manière à éviter la raison sociale en bas (elle demeure cependant un peu lisible pour deux livrets aux extrémités). Le rouge est bien entendu un rappel de l'emblême de l'écureuil, bien parlant pour les Français ordinaires, puisque l'écureuil est considéré comme un animal qui accumule des provisions pour l'hiver (d'où l'idée fausse selon laquelle Tic et Tac de Walt Disney seraient des écureuils). Un livret rouge parle plus qu'un livret bleu. Cela rappelle des souvenirs d'argent de poche déposé chaque mois, de l'inspection des pièces d'identité par un oeil suspicieux et de gros mécanographes qui inscrivaient la nouvelle somme en faisant beaucoup de bruit.
Seulement, il y a un problème. Le livret A (et je crois le livret bleu) est entièrement dématérialisé ! Il n'existe plus que sous la forme de fichiers informatiques ! Bien mieux, le bilan des comptes n'est plus délivré automatiquement, il n'y a plus de récapitulatif du calcul des intérêts chaque mois. On est entré dans une ère de gestion plus rationnelle où chaque sou compte (mais d'abord ceux du banquier qui s'épargne de la main d'oeuvre humaine). Parce que faire et refaire les comptes et le calcul des intérêts, puis les retranscrire, cela prenait beaucoup de temps et ne permettait pas de gagner de l'argent sur d'autres produits plus rentables.
Nous avons donc ici une image qui renvoie à un passé depuis longtemps révolu, celui où l'on pouvait voir dans un objet précieux le produit de ses économies et où cet objet concrétisait une forme d'accomplissement personnel. Mais si cet objet - le livret sous sa forme physique - n'est plus, il parle encore à la mémoire de la plupart. On ne peut décemment pas représenter une liste informatique ou une carte de retrait pour figurer le changement des Livrets A ou bleus. Cela ne voudrait rien dire, on pourrait tout penser. On fait donc appel à une sorte de lieu commun à la fois très reconnaissable (la couleur rouge) et masqué (pas d'écureuil, pas de nom de banque).
17:18 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : photographie, langue française, économie, journalisme, presse, culture
jeudi, 17 avril 2008
Sémiologie du trou de chaussette
Voici notre deuxième réédition de billets anciens et méconnus qui constituent une contribution au Grenelle de l'environnement. Je l'ai fortement remanié dans un sens différent, plus sémiotique, politique et psychanalytique.
Vaut-il mieux une chaussette reprisée qu'une chaussette trouée ? On ne raccommode plus guère les chaussettes parce que ce serait une perte de temps, que les chaussettes sont devenues bon marché et qu'une reprise est vilaine sur une chaussette à motifs. En revanche, montrer un trou de chaussette peut servir à montrer son aspect décontracté, simple et proche de la vie de tout le monde. C'est un signe qui possède un message, surtout s'il est donné dans un cahier de Paris-Match : il veut dire alors, je suis très riche, je suis le roi du monde, mais je reste exactement comme vous et si je dépense des milliards inutilement, je ne gaspille rien, mais je suis d'abord efficace et je profite de la vie en me foutant du reste.
Il faut dire qu'avant J6M, le trou de chaussette n'avait pas de vraie réputation dans la littérature sociologique. Pourtant, il existait depuis longtemps dans les romans féminins (et jamais dans les romans écrits par des hommes ou destinés à eux seuls). Au moment fatidique, l'héroïne remarque que les chaussettes de celui qui lui apparaissait comme un hyper-héros (chirurgien-chef, chef d'entreprise, avocat d'entreprise, and so on) sont trouées : ainsi, le si magnifique et si viril héros au menton dur, à la chevelure impeccablement brushée et à la dentition parfaite possède aussi ses défauts. Il est humain comme moi... Je lui repriserai ses chaussettes et il m'aimera pour ça ! L'exhibition de la chaussette trouée était juste la face inverse : aimez-moi puisque j'ai des chaussettes trouées. Métaphore du désir sexuel, de l'échange de service. Inversion aussi des rapports de domination, un homme qui a un trou dans sa chaussette montre qu'il a d'abord besoin des autres et donc de l'autre, moi en l'occurrence. Oui ! il peut être le maître du monde, mais il n'est pas le maître de tout et il nous le dit, donc on peut le désirer et combler ses manques dans son ménage, puisque son épouse ne contrôle pas les chaussettes qu'il enfile, ô horreur !
Ce qui était fascinant dans les photos de J6M à NYC dans Paris-Match, c'était la transposition d'un rêve entre Disneyland et la collection Harlequin avec une histoire brassant des milliards d'euros, comme dans un scénario de Van Damme. Mais le trou dans la chaussette faisait que cela pouvait sembler vrai... On ne va pas dire que c'est posé et voulu, puisqu'il a un trou dans sa chaussette, quand même !
Néanmoins, qu'est-ce qu'une chaussette trouée ? On peut en distinguer trois sortes : aux doigts de pied, à la plante, au talon. Le trou aux doigts de pied, généralement le gros orteil, est invisible lorsque l'on est chaussé. Il faudra apprendre à couper ses ongles plus souvent. C'est pourquoi il est si répandu, surtout chez les hommes en fait. Ceux à la plante et au talon sont assez pénibles car la peau est en contact avec la chaussure et il y a un risque de talure. En outre, un trou au talon peut s'élargir démesurément et se voir. D'ailleurs, c'est un signe d'usure complète. On ne peut donc les montrer sous peine de ridicule pour crime de pauvreté, alors qu'un trou au doigt de pied sera vu de manière plus positive et signe de richesse : il faut qu'on lui soigne ses ongles des doigts de pied (métaphore encore une fois du sexe masculin) ou qu'on lui raccommode sa chaussette, parce que sinon il aura froid, il n'a pas le temps de s'occuper de lui-même, le pauvre homme et il se néglige donc (mais pas comme les sales pauvres toujours oisifs qui ont des trous de chaussettes au talon). Les vrais hommes bien virils ne s'attachent pas à de si bas détails, montrer une chaussette sans trous c'est juste une affaire de femmes ou d'homosexuels, et c'est pour cela que les femmes existent : pour repriser les chaussettes des hommes virils qui prouvent leur virilité en faisant des trous dans les chaussettes.
06:00 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : mode, humour, images, photographie, sociologie
dimanche, 02 mars 2008
Victime des paparazzis !
Mon excellent classement dans Wikio et Technorati me crée bien des ennuis : maintenant, la presse pipole cherche à me faire figurer dans ses pages et je ne peux plus échapper aux photographes de presse à l'instar d'un vulgaire Loïc Le Meur !
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samedi, 01 mars 2008
L'an zéro de la photographie
Pourquoi FlickR demande-t-il, lorsque l'on veut afficher une date différente, d'indiquer une date comprise entre 1825 et nos jours ? Le plus ancien cliché de Nicéphore Nièpce n'a été réalisé qu'en 1827, mais certains termes de sa correspondance suggèrent qu'il avait réussi à fixer une image auparavant, dès 1824, sans que l'on ait de traces. Alors, dans le doute, on fixe une date mythique à mi-chemin. Pourtant, il existe des expériences antérieures et on considère en fait que le daguerréotype tel qu'il se développera n'est apparu qu'en 1839. Et puis... la photographie numérique n'était pas encore apparue à ce moment-là... Mais un cliché numérique de 2008 pris à partir d'un cliché argentique de 1908 est-il de 1908 ? Une numérisation de ce cliché de 1908 est-elle encore de 1908 ?
19:41 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : flickr, web, internet, image, photographie, photo, photos
dimanche, 27 janvier 2008
La photographie et la mort
La photo d'un homme sur son lit de mort, en train d'agoniser malgré ses drains - fût-il un dictateur sanguinaire et corrompu -, ce n'est jamais une bonne action. Encore plus lorsque cela introduit le portfolio rétrospectif du journal de référence. Il y a des choses qui ne se font pas et qui ne se montrent pas. Je n'ai pas aimé les photos de la fin de Franco, des Ceaucescu, de Mussolini, et pourtant je détestais ces bonshommes. C'est peut-être une contre-image par rapport à toutes les vignettes officielles de morts honorés de manière officielle comme celle de Lénine ou de Staline tous deux embaumés dès leur vivant et avec des visages sereins comme ceux de statues, mais j'en reviens à l'essentiel : ce n'est pas bien de saisir photographiquement quelqu'un qui est en train de mourir et qui ne peut plus réagir, même si c'est le dernier des bandits. Et cela ne fait pas une contre-image de celles du régime officiel de l'époque passée. C'est obscène et c'est tout.
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samedi, 08 décembre 2007
Sémiologie des lunettes
En voyant cette photo de Carl Gustav Jung, je me suis interrogé sur la signification de la présence et de la place des lunettes dans ce portrait.
On va me dire que le photographe a voulu éviter le reflet lumineux sur les verres. Cela pourrait être une raison pratique, en effet, mais il existe aussi des portraits du même personnage avec ou sans lunettes au même âge.
Il existe plusieurs attitudes pour la manipulation des lunettes qui ne sont pas simplement un outil afin de mieux voir, mais aussi un signe de ce que nous voulons sembler être aux yeux des autres.
Ainsi, les lunettes fortement abaissées sur les ailes du nez montreront certes de l'attention, mais aussi un côté vieux savant un peu perdu et ne sachant plus trop bien s'il est myope ou presbyte face à l'objet qu'il considère. Et puis cela a un aspect condescendant envers l'autre qui devient un objet de curiosité. Si ce sont des lunettes de soleil, cela donnera à l'autre l'impression qu'il viole en quelque sorte l'intimité de la personne qui s'abritait des regards. Geste de star un peu dédaigneuse, par exemple.
Les lunettes en sautoir au bout d'une chaîne peuvent donner l'impression d'une forme de sophistication exagérée, mais elles étaient fort utiles à quelqu'un comme Bernard Pivot pour s'en saisir au moment où il voulait lire le passage d'un livre. La chaîne participait à une sorte de mise en scène de la lecture, puisque l'on était au spectacle. Ce n'est pas vraiment destiné à l'image fixe. Elles participaient à un rituel, lequel peut exister chez bien d'autres qui sortent des lunettes invisibles jusque-là de leur étui, le tout dans un silence complet qui facilite le passage à la scène suivante de la comédie.
Les lunettes sur le front, comme une sorte d'ornement, cela existe surtout pour les vedettes de cinéma qui remontent leurs RayBan afin de donner une image d'elles au public. Je me cache, mais pour vous je me dévoile un peu en vous offrant mes yeux. Cependant, je trouve dans le Fig-Mag la photographie qui orne la chronique théâtrale de Philippe Tesson et lui aussi a des lunettes relevées sur le front alors qu'il pourrait se faire photographier avec ou sans. Qu'est-ce que cela signifie ? D'une part, qu'il doit fournir des efforts auparavant afin que lesdites lunettes tiennent bien sur le front. Ce n'est pas si évident que cela pour tout le monde, surtout si on baisse la tête. D'autre part, qu'il veut nous dire quelque chose : capacité à voir de près et de loin, esprit dégagé des préjugés (suggérés par les lunettes qui seraient des oeillères dans certains cas) ou esprit susceptible d'adapter ses idées à ce qui l'entoure (mais toujours grâce aux lunettes comme instrument de connaissance). Le signe des lunettes ne manifeste pas seulement l'intellectualisme ou de la culture, comme le voudrait la croyance populaire, mais une forme de mobilité de l'être. C'est un peu plus subtil que les éternelles écharpes rouges de Christophe Barbier voulant dénoter son amour du théâtre.
C'est ce que nous trouvons dans ce portrait. Le savant est souligné par la présence des lunettes, la pose penchée du buste tendu vers son objet d'observation, le cadrage de trois quarts, et en même temps nous avons le regard nu, à découvert pour marquer une forme d'humanité, de compréhension ou d'empathie par les yeux grand ouverts. L'aspect paradoxal des lunettes qui isolent et qui rapprochent est mis en évidence.
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samedi, 15 septembre 2007
La fille de Jean Paulhan et d'Adrienne Monnier
Voici le jeu de fin de semaine. C'est une sorte de portrait en abîme que je propose. L'auteur décrit l'artiste.
Visage ovin, plissé bonne-femme ; trop de soleil toute une vie, sans doute. De l'énergie, de l'autorité. Directe, originale, fichue comme l'as de pique pour être à l'aise, avec des baskets rouges et un anorak bleu roi, mais un collier, parce qu'elle est de sortie. "Moi, dit-elle, péremptoire, avec son petit accent tudesque (cinquante ans qu'elle a quitté Berlin !), je suis la fille de Jean Paulhan et d'Adrienne Monnier."
Une étudiante en sociologie, tombée par hasard dans ce milieu lettré, avec ses appareils photos. "Sans eux, je n'aurais jamais existé. Je ne savais pas ce qu'était un écrivain.
- Et maintenant ?
- Maintenant, oui, je sais. Mais j'ai mes têtes. Si je les sens pas, il n'y a rien à faire..."
Il est facile de deviner l'artiste. Beaucoup moins de trouver l'écrivain qui eut son heure de gloire, notamment chez Pétillon, dans un des épisodes de l'inspecteur Palmer, qui faisait dire à un dramaturge en proie à d'atroces souffrances abdominales que X l'avait assassiné.

17:40 Publié dans Les arts et les gens | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, photographie, photos, photographies
dimanche, 26 août 2007
Bourrelé de complexes
Jean-Claude nous écrit.
Mon cher comte, je suis de retour de villégiature, je reviens de l'emplacement de camping-car que j'occupe depuis trente ans à Palavas-les-Flots. L'an dernier, j'avais eu beaucoup de plaisir à enfiler les tongs UMP et à tracer le sigle sur le sable vite recouvert par la mer, mais je dois avouer que cette année j'ai du mal à rentrer dans les préservatifs qu'offre la caravane des Jeunes Pops. Il y a une évolution que je ne comprends pas. Et puis voilà, les affaires nous reprennent. Je voulais publier un article sur les vacances de notre président bien aimé dans le Bulletin des amis de l'UMP du Haut-Cantal. Cela aurait fait un bon pendant avec les miennes. Et puis j'ai découvert que l'hebdomadaire socialo-communiste l'Express mettait en doute la vérité d'une photographie du président, photographie que je comptais reproduire afin de montrer un homme au coeur de l'action. Comment rendre compte de la manipulation honteuse opérée par l'anarcho-trotskyste Christophe Barbier (je ne vois pas comment je pourrais faire confiance à quelqu'un qui porte en permanence une écharpe rouge !) sans lui donner raison en employant ses mots ? Je ne peux décemment pas parler de bourrelets du président, pas plus que de protubérance ou de poignées d'amour (ce dernier terme m'est d'ailleurs insupportable, car Monique me taquine souvent à ce sujet quand je lui parle de manière badine et sans méchanceté de sa cellulite).
Mon cher Jean-Claude, la meilleure défense n'est pas la dénégation qui serait l'acceptation des arguments de l'adversaire. Il faut faire comme si c'était la seule vraie photographie possible et surtout ne pas vous livrer à la moindre allusion à cette polémique sur les retouches faites par PhotoShop. Vous évitez donc toute explication et si jamais quelqu'un évoque les mots bourrelet, poignée d'amour ou protubérance, vous pouvez l'accuser soit de dénigrement envers les Français moyens comme vous, soit de malveillance liée à l'aspect physique d'une personne et peut-être à son origine ethnique, voire de manipulation puisque la photographie a été faite selon Paris-Match afin de corriger ce qui était juste une exagération pour des raisons techniques. La règle, c'est : on n'en parle pas et on fait comme si c'était vrai ; si on en parle, on crie à l'indignation devant les mots employés, parce que poignée d'amour c'est une accusation grave et indigne d'un Etat républicain, elle peut disqualifier l'adversaire visant au dessus de la ceinture. On ne doit pas admettre la mise en cause permanente de nos moyens de propag d'inform de communication par une bande de casseurs qui se réclament des chefs révolutionnaires bolcheviks Giroud et Servan-Schreiber.
17:50 Publié dans Courrier des lecteurs | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, sarkozy, ps, royal, ségolène royal, photographie
dimanche, 10 juin 2007
Le français revu
Trouvé par le biais de MediaTIC ce blogue, Parlez-vous français?, qui prend des expressions figées afin de les illustrer par des photographies ou des montages.
17:10 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, blog, internet, web, photo, photos, photographie
vendredi, 01 juin 2007
Un faiseur de clefs
« Ce jour-là, il y avait une poule sous un arbre. »
Telle est l'information que véhicule cette photographie de X. Une information qui en vaut une autre, me semble-t-il : tremblement de terre en Iran, enlèvement d'un milliardaire à Turin ou couronnement d'un empereur en Afrique centrale. Or il suffit de formuler ces affirmations pour se faire taxer de cynisme, de paradoxe ou de débilité mentale. En vérité, il y a dans le regard de certains hommes une qualité de naïveté qui équivaut à l'anarchisme le plus provocant. Le soir du 14 juillet 1789, Louis XVI notait dans son journal qu'il n'y avait rien justement à noter ce jour-là. Peut-être la poule n'était-elle pas venue sous l'arbre ? Dès lors, que restait-il à dire ?
De tels hommes sont des scandales vivants. On les préfère morts. C'est pourquoi Louis XVI a été guillotiné. À tout autre occupation, il préférait l'usage des clefs. Tout un programme. C'est que la photographie n'existait pas encore. Sinon, il aurait fait des photos, et il aurait été l'ancêtre de X. Lequel est lui aussi une manière de faiseur de clefs.
Je ne donne pas de renseignements sur l'auteur-photographe de cet extrait, mis à part que c'était lui qui avait dîné avec Lartigue un soir et l'avait rappelé quelques jours plus tard pour l'interroger au sujet de sa photo présidentielle et de son silence.
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samedi, 26 mai 2007
La théorie du pot de confiture
Je ne propose cette fois que des extraits décousus, j'ai ôté du texte toutes les phrases qui se rapportaient directement à la situation. Je respecte un saut de ligne à chaque fois que je taille dans le texte, mais j'ai fait d'autres coupes au milieu des phrases.
Août – Paris
Nous sommes en train de bavarder avec Agnès Gouvion Saint-Cyr quand le téléphone sonne. Quelques instants plus tard, Florettte revient l'air perplexe : on lui a dit que X voulait me parler.
Nous pensons à une blague, mais j'y vais.
Un peu décontenancé, je lui réponds que c'est impossible, que je ne sais pas faire ce genre de choses, et que mes photos n'ont rien à voir avec le genre.
Justement, affirme-t-il, c'est ce qu'il veut. Il propose que nous en parlions demain soir, à six heures.
Demain soir, à six heures, Florette a un rendez-vous important chez le médecin. Que je vienne dès que je le peux, dit X, il m'attendra.
Et moi, je lui redis que ce type de photo n'est pas du tout mon style. Et il me redit que c'est précisément pourquoi il souhaite que je la fasse...
Rendez-vous est pris dans trois jours.
Pendant que nous discutons, Florette est littéralement assaillie par les chiens de X. Soudain, une illumination : elle tient le panier des sandwiches du pique-nique.
De retour chez nous, un ami, Éric Brissaud s'enthousiasme : il aimerait tellement assister à cette photo... C'est entendu, il sera mon “assistant”... moi qui n'en ai jamais pris.
À l'heure dite, j'arrive, certain, bien sûr, que mon “assistant”, qui doit nous rejoindre dans un instant, se sera muni de des appareils. Il arrive... les mains vides. Nous venons faire la photo de X... sans appareils !
Août
Coup de téléphone mi-amusé, mi--intrigué de Y qui s'étonne que, déjeunant chez lui la veille de cette photo, je n'en ai pas parlé.
En parler pour dire quoi, surtout avant de l'avoir faite ? C'est une photo parmi mes photos.
Août
Un journaliste du Monde venu m'interviewer me demande : “Quel effet cela fait-il de photographier X ?” Je lui réponds que quand je photographie un pot de confiture, j'essaye de bien faire le pot de confiture.
Il est facile de deviner qui est X et l'auteur-artiste. Mais qui est donc Y ? Un indice : c'est un photographe et un écrivain.

J'ai préféré illustrer par une photographie de Florette plutôt que par celle de l'Ex. Ce blogue manque d'illustrations de belles femmes et puis Lartigue, c'est d'abord cette légèreté, à la fois insouciante et inquiète, à la recherche d'une idée toujours neuve et un peu trop oubliée aujourd'hui : le bonheur.
16:15 Publié dans Les arts et les gens | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, peinture, photographie, art, arts
mardi, 17 avril 2007
Le Figaro, grand journal humoristique
Le lien est diffusé sur d'autres blogues, dont celui de François Mitterrand. Je donne la légende de cette photo qui hésite entre l'art sulpicien, la peinture pompier du Second Empire, le réalisme socialiste version Ceaucescu ou Kim-il-Sung, les illustrations de couverture des romans de Ron J. Hubbard :
Nicolas Sarkozy dans les pas du Général (C'est le titre.)
Le candidat de l'UMP s'est rendu à Colombey-les-deux-Eglises pour un pélerinage sur la tombe du général de Gaulle. (C'est le chapô.)
"Un hommage sobre". Délaissant la foule de journalistes attachée à ses pas, Nicolas Sarkozy s'est recueilli seul, ou presque, sur la tombe du général de Gaulle. Avec ce commentaire : "Pour moi, il incarnait la passion de la France. Ses valeurs n'ont pas pris une ride".
Et c'est là que cela devient hautement comique, parce que le premier texte était :
“Sobre". Délaissant la horde de journalistes attaché à ses pas, Nicolas Sarkozy s'est recueilli seul, ou presque, sur la tombe et devant le mémorial du Général de Gaulle. Pour le candidat,"de Gaulle incarnait la passion de la France, la passion au service de l'intérêt général, de l'oubli de soi". Des valeurs qui "n'ont pas pris une ride".
Vous voyez déjà les mots qui manquent : l'intérêt général, ce n'est pas crédible de la part de ce candidat, l'oubli de soi c'est totalement invraisemblable venant de lui. Le journaliste a dû sentir qu'il en faisait un peu trop en évoquant la horde de journalistes soudainement abandonnés, alors que lui journaliste de la Pravda du Figaro était admis à suivre le Grand Homme devant la tombe du Général, devant le mémorial, à La Boisserie. Cela ne fait pas très sérieux de présenter les journalistes embedded comme une horde et pourquoi pas comme des paparazzis tant qu'on y est ? Heureusement qu'il y ou presque afin d'éviter totalement l'absurdité qui consisterait à nier la présence du journaliste. Remarquons au passage que l'on ne mentionne pas la présence probable de quelque chose comme 300 policiers et gardes du corps pour éviter tout affrontement avec un troupeau de bovins qui iraient pâturer dans les vertes prairies de cette charmante région.
On va encore plus loin dans la réécriture : sobre, cela ne pouvait pas du tout s'appliquer à la photo, parce que je ne sais pas si vous voyez, non seulement elle a été posée, mais on a aussi bien réglé l'angle de prise de vue pour que le Grand Homme ne soit pas écrasé par la croix de Lorraine (il est pris en légère contre-plongée), pour que les deux bras de la croix soient reconnaissables et que le nom de de Gaulle apparaisse clairement. Cela demande un bon temps d'installation, de préparation, de réglage. Ensuite, on a tout bousillé au PhotoShop pour faire apparaître ces rayons irisés qui descendent du ciel, comme la manifestation de l'esprit de de Gaulle venu de l'au-delà... Il manque juste quelques angelots à trompette dans le ciel. Si on ose me dire que cette photo est sobre, je crains le pire en cas de photos surchargées d'effets. Ce sera donc l'hommage sobre.
Quant au titre, Sarkozy dans les pas du Général... On se croirait en train de parcourir la série des Caroline (dont l'auteur Pierre Probst vient juste de mourir), vous savez la petite fille blonde en salopette rouge : Sarkozy cite Jaurès, Sarkozy au mont Saint-Michel, Sarkozy et le viaduc de Millau, Sarkozy visite la banlieue, Sarkozy fait de la philosophie.
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vendredi, 19 janvier 2007
Image et piction (4)
30 « À ce moment, j'ai eu cette pensée devant mes yeux. »
« Et comment cela ? »
« J'avais cette piction. »
La piction était-elle la pensée ? Non. Si je décris à quelqu'un la piction, il ne lui viendrait pas la pensée.
31 L'idée de la feuille n'est pas une image de la feuille. Même pas une image qui contiendrait seulement ce qui est commun à toutes les feuilles. Le sens d'un mot n'est pas une image. Nous avons tendance à regarder les mots comme s'ils étaient des noms propres. Et ensuite nous confondons le porteur du nom avec le sens du nom.
32 L'ombre est une sorte de piction. Mais il est absolument essentiel qu'une piction que nous présentons comme l'ombre de quelque chose ne soit pas ce que j'appellerai une piction par ressemblance. Je ne veux pas dire par là que c'est une piction semblable à ce qu'elle représente. Mais seulement qu'elle est correcte quand on y reconnaît une similarité. On pourrait dire une copie. Grosse modo, on peut dire que les copies sont des pictions qu'on peut prendre pour ce qu'elles représentent.
Jacques Roubaud
20:31 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, écriture, image, photographie, photos, photographies, oulipo
jeudi, 18 janvier 2007
Image et piction (3)
17 Imaginons une histoire composée de pictions. Il ne nous est pas nécessaire de traduire ces pictions en représentations réalistes si nous voulons les comprendre. De la même manière, nous n'avons pas besoin de traduire des photographies en peintures colorées. Et pourtant, des hommes et des plantes noirs et blancs dans la réalité nous sembleraient invraisemblablement étranges et effrayants. Faut-il dire que quelque chose est une piction uniquement dans un jeu de pictions ?
19 Si on regarde une photographie avec des gens, des maisons et des arbres, on ne ressent pas le manque d'une troisième dimension. Et pourtant il ne serait pas facile de décrire une photographie comme une collection de taches sur une surface plane.
20 Nous voyons la photographie ou la peinture sur notre mur comme si l'objet lui-même (l'homme, le paysage, etc.) Mais cela aurait pu se passer de manière différente. On pourrait par exemple imaginer une tribu différente qui n'aurait pas ce type de relation avec les pictions, où les gens seraient repoussés par les photographies, et considéreraient que les visages sans couleur ou même les visages à échelle réduite sont des choses inhumaines.
Jacques Roubaud
19:20 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : art, arts, peinture, photographie, photos, photographies, peintures
samedi, 13 janvier 2007
La nuit des petits opinels
Plus ridicule, insignifiant et grotesque, il sera difficile de trouver (quoi que...) Ce n'est même plus Clochemerle à l'UMP de Reims, c'est Microcosmos revu par Courteline ou Offenbach. D'habitude, les personnes portent plainte parce qu'on a pris leur photo sans leur accord, et cela rapporte des tas de pépettes à tous ceux qui entament des procès contre Voiçà et compagnie. On a même vu des vedettes lancer des procès pour que leurs photos ou leurs vidéos en tenue dénudée soient retirées de la Toile, jamais pour qu'elles y figurent.
GILLES BORCK, bouillant adjoint au maire de Tinqueux, est en colère et nous le fait savoir. « Nous venons de nous connecter sur le site de monsieur Francis Falala (1), député de la 1re circonscription Reims Tinqueux (2), et découvert que sur une photo illustrant les manifestations officielles du 11 Novembre au cours de laquelle une gerbe a été déposée au monument aux morts, l'image de M.Christian Lefèvre, 1er adjoint au maire de Tinqueux, a été opacifiée pour qu'il ne soit pas reconnu. [.] Nous dénonçons de telles pratiques de propagande où le caractère officiel de cette manifestation commémorative ne doit pas être détourné par un candidat dissident de son parti à l'élection législative. M. Falala galvaude nos manifestations et ses élus à travers de telles pratiques. Il déclare pourtant être au service de tous. »
Passons sur le galimatias, les illogismes et l'amphigouri de l'élu sarkozyste, qui visiblement n'a jamais su écrire la moindre ligne et a dû subir des enseignants un peu trop marxistes. Il est vrai que les photographies de propagande ont souvent supprimé des personnages, la comparaison n'est pas exagérée, elle est juste mal présentée. Mais ce serait une première si une action en justice était entamée afin qu'une photo soit publiée telle quelle sur la Toile, sans aucune retouche.
15:40 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, ps, jeunes pops, jeunes populaires, photographie, photo
vendredi, 03 novembre 2006
Le motif dans le tapis
Je me suis pris récemment d'intérêt pour Flickr. Je n'y ai encore publié aucune image en ligne, mais je commence à y écrire. Auparavant, je prenais ce service comme une grosse banque d'images venues de particuliers et je ne percevais que son aspect documentaire. J'avais recommandé le lieu pour mettre en commun des photographies sans avoir à passer par l'hébergement sur un site Web traditionnel pour des personnes qui n'ont pas de page personnelle et de serveur FTP. Mais l'intérêt de Flickr me semble aller bien au-delà de ce stockage. Bien sûr, il ne me suffit pas d'avoir créé un compte afin de commenter : il faudrait aussi que je publie pour voir les interactions. Néanmoins, je crois que cela bouleverse les habitudes de lecture d'image, d'organisation des documents et des rapports de réseaux sociaux à peu près autant qu'Usenet en un temps, puis les blogues, les wikis.
Pour faire simple, Flickr (ou les sites comparables) sont fondés sur une architecture similaire à celle des blogues évolués, avec des flux RSS, des catégories ou albums, des étiquettes (tags), des communautés ou groupes, des favoris (comme pour une blogoliste). On peut trouver un schéma de ce fonctionnement dans ce billet. Billet fort intéressant car il renvoie à un entretien qui précise les enjeux de ce nouveau système de la circulation des informations. En gros, Flickr c'est une plateforme de blogues qui ont d'abord comme support l'image personnelle, laquelle remplace le billet écrit. Mais c'est beaucoup plus que cela.
On a beaucoup parlé au moment de la première grande vague de démocratisation d'Internet de retour de l'écrit et on a alors caricaturé les théories de McLuhan en disant qu'il s'était trompé en prédisant la mort du texte au profit de l'audiovisuel (j'adore la scène où Woody Allen fait apparaître par magie McLuhan pour répondre à un individu qui le cite à contresens). Bien entendu, les forums, les listes de diffusion et maintenant les blogues ont montré que les individus avaient besoin de communiquer par écrit et plus simplement par téléphone interposé dans un système de relations totalement fermés. Mais on a négligé le fait que la nature du message ne se confond pas avec le canal et encore moins avec le code. Disons que les limitations techniques imposaient l'écrit (notamment sur Usenet) et que des usages multiples de nouveaux réseaux sociaux sont en train d'apparaître d'une manière infiniment plus complexe, tous ces usages pouvant exister dans le même temps. Flickr, ce n'est pas le retour à l'image après le texte, mais une possibilité de prendre l'image comme point de départ.
Quand j'ai ouvert mon blogue, on m'a tout de suite reproché de ne pas pouvoir afficher d'images (j'étais chez un hébergeur archaïque que j'ai quitté depuis). Mais il y a une chose qui me dérange dans un très grand nombre de blogues : c'est l'image illustrative ou la décorative. Je veux bien que l'on égaye sa page, mais je ne vois pas du tout l'intérêt de montrer son aptitude au second degré en multipliant les petites vignettes en clin d'œil au fil d'un texte filandreux. Une photo, un dessin peuvent se suffire à eux-mêmes et on peut se contenter de les présenter pour ce qu'ils sont. Flickr remet l'image au centre et c'est un changement complet par rapport à l'écriture qui peut avoir lieu dans les blogues. Le billet n'est plus du texte plus ou moins illustré, mais l'image nue ou à peine habillée. Cela oblige le lecteur à regarder l'image pour ce qu'elle est, et plus du tout pour son rapport au texte étranger.
L'autre transformation du lecteur (parce que l'on fabrique, construit, modèle son lecteur comme le disait Eco), c'est sa capacité d'intervention : elle se fait à plusieurs niveaux. Il peut signaler l'image ailleurs, sans se l'approprier, mais en la mettant dans une nouvelle communauté. Cela me fait penser aux scènes qui se déroulaient dans ma bibliothèque municipale où deux vieux messieurs très bien mis se faisaient leur revue de presse chaque matin en allant de Minute à Lutte ouvrière et en se montrant du coude des articles, ou en apostrophant les habitués, puis en leur donnant les journaux qu'ils avaient confisqués et que chacun attendait... Le second niveau s'effectue au niveau du commentaire comme dans un blogue ou un forum Usenet, ce qui est maintenant banal. Mais le troisième niveau est nettement plus intéressant car il permet d'annoter l'image en isolant un élément, exactement comme lorsque vous regardez l'album photo de la cousine Gertrude qui montre les premiers pas de sa fille Germaine ou la pousse de ses glaïeuls au fil des mois et que vous pointez du doigt un truc anodin afin d'établir ou de maintenir le contact. Et là on a une lecture qui signale un détail, qui agit sur l'image, qui écrit dans l'image, qui agit sur l'auteur. Le commentateur n'est plus passif, il peut transformer la vision des choses (un peu comme lorsqu'un de mes amis lors d'une séance diapositives a demandé à une collègue quelle était la couleur exacte de son maillot de bain dans l'eau des Seychelles et qu'elle a rougi). Cela induit des rapports beaucoup plus complexes entre celui qui publie-photographie-écrit et celui qui est là pour regarder-lire-répondre.
Je n'ai pas abordé l'aspect politique de la chose parce que je manque encore d'exemples, mais je suis persuadé que nous allons vers le décryptage d'images, de sons, de bandes vidéos, avec des interactions de plus en plus marquées. Trois films visionnaires que je recommande : Blow Up, Rear Window, THX 1038. Pas de jeu artistique cette semaine.11:14 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : blog, web, internet, flickr, art, photo, photographie


