dimanche, 14 octobre 2007
Ajol
Les gars du Val-d'Ajol
Préfèrent passer pour des andouilles ;
Si jamais ils cajolent,
Ils ne convolent pour finir nouilles.
L'andouille est une spécialité du coin.
19:57 Publié dans Quatrains lorrains | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poésies, poèmes, poème, perse, écriture
jeudi, 21 juin 2007
La chouette aveugle (4)
La nuit venue, je quittais mon réchaud à opium pour regarder par la lucarne : un arbre noir se profilait sur les volets clos de la boucherie. Des ombres obscures s'entremêlaient. Je sentis que tout était vide et provisoire. Le ciel, noir comme la poix, ressemblait à un vieux tchâdôr percé d'innombrables étoiles brillantes. Le chant du muezzin s'éleva. Appel incongru qui faisait songer au cri d'une femme en travail -- peut-être la garce était-elle en train d'accoucher. La plainte d'un chien s'y mêlait. Je pensai : s'il est vrai que chacun ait son étoile au ciel, la mienne doit être lointaine, obscure, insignifiante. Peut-être même n'ai-je pas d'étoile.
Sadegh Hedayat
Le traducteur explique le sens du mot tchador qui n'était guère connu en France en 1952, mais il ne nous dit pas que l'image du tissu ressemblant au ciel et percé d'étoiles est une image hugolienne, venue du Mendiant, avec une inversion des termes. Et que l'image de l'étoile perdue est sans doute d'origine nervalienne. Il se mêle dans ce texte des voix différentes, je songe à Poe et Baudelaire pour certains mots comme l'arbre noir, mais le paragraphe suivant donne une scène à la Omar Khayam avec un chant d'ivrognes qui viendra hanter le narrateur au moins quatre ou cinq fois, un peu comme une sorte de Nevermore dans The Raven.
20:10 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poésies, poèmes, poème, perse, iran
mercredi, 20 juin 2007
La chouette aveugle (3)
Mon travail terminé, j'examinai mes vêtements, ils étaient maculés de terre et déchirés, le sang coagulé s'y collait en caillots noirâtres. Deux hannetons voletaient autour de moi, des vers minuscules grouillaient, collés à mon corps. Je voulus alors effacer les taches de sang qui couvraient mes habits, mais plus j'humectais ma manche de salive, plus je frottais, plus le sang s'étalait et s'épaississait. Il se répandait sur moi, et j'en sentais le froid visqueux sur toute la surface de mon corps. Le soleil était à son déclin. Une pluie fine tombait. Machinalement, je suivis la trace qu'avaient laissée les roues du corbillard ; lorsqu'il fit noir, je m'égarai. Sans but, sans penser à rien, inconscient, je cheminais avec lenteur, dans l'obscurité opaque. Je ne savais où aller. Je l'avais perdue ; j'avais vu ses grands yeux au milieu du sang caillé, et je marchais au sein d'une nuit ténébreuse, d'une nuit profonde qui submergeait toute ma vie ; ils s'étaient éteints pour toujours, ces deux yeux qui l'avaient éclairée. Il m'était indifférent d'aboutir quelque part ou de ne jamais arriver.
Il régnait un silence absolu. Je sentis que tous les êtres m'avaient abandonné ; je me réfugiai auprès des objets inanimés. Un lien s'était établi entre moi et le rythme de la nature, entre moi et l'obscurité profonde qui était descendue dans mon âme. Un tel silence qui est comme une langue inintelligible aux humains. La volupté m'étourdissait. Je fus pris de nausées, mes jambes fléchirent. En proie à une fatigue infinie, j'allai m'asseoir sur une tombe, dans le cimetière au bord de la route. J'enfouis ma tête dans mes mains, m'interrogeant, plein de perplexité, sur moi-même.
Sadegh Hedayat
19:23 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poésies, poèmes, poème, perse, iran
lundi, 18 juin 2007
La chouette aveugle (2)
C'en était fait pour moi du repos ! D'ailleurs comment connaître le repos ? J'avais pris l'habitude de sortir chaque jour, au coucher du soleil. Je ne sais pourquoi, je m'obstinais à vouloir trouver le ruisseau, le cyprès, la touffe de capucines. J'avais pris l'habitude de cette promenade comme j'avais prise celle de l'opium. Une force surnaturelle semblait m'y contraindre. Tant que je cheminais, je ne pensais qu'à Elle, à la première vision que j'avais eue d'Elle, et je cherchais le treizième jour après le Norouz. Si j'avais trouvé, si j'avais pu m'asseoir au pied de ce cyprès, sûrement j'aurais goûté le calme. Hélas ! Rien que des buissons et du sable brûlant, des carcasses de chevaux crevés, un chien flairant les ordures !
L'avais-je réellement rencontrée ? Jamais ! À peine l'avais-je furtivement entrevue, à travers un trou, une misérable lucarne de mon alcôve. J'étais pareil à un chien affairé reniflant des immondices, et qui, du plus loin qu'il voit quelqu'un apporter des déchets, prend peur, court se cacher, puis revient choisir, parmi les rogatons frais, les morceaux qui lui plaisent. J'étais comme ce chien. Mais on avait aveuglé la lucarne et Elle était pour moi comme un bouquet de fleurs fraîches abandonnées sur des ordures.
Sadegh Hedayat
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dimanche, 17 juin 2007
La chouette aveugle (1)
Il est des plaies qui, pareilles à la lèpre, rongent l'âme, lentement dans la solitude. Ce sont là des maux dont on ne peut s'ouvrir à personne. Tout le monde les range au niveau des accidents extraordinaires et si jamais quelqu'un les décrit par la parole ou par la plume, les gens, respectueux des conceptions couramment admises, qu'ils partagent d'ailleurs eux-mêmes, s'efforcent d'accueillir son récit avec un sourire ironique. Parce que l'homme n'a pas encore trouvé de remède à ce fléau. Les seules médecines efficaces sont l'oubli que dispense le vin et la somnolence artificielle procurée par la drogue ou par les stupéfiants. Les effets n'en sont, hélas, que passagers : loin de se calmer définitivement, la souffrance ne tarde pas à s'exaspérer de nouveau.
Pénétrera-t-on un jour le mystère de ces accidents métaphysiques, de ces reflets de l'ombre de l'âme, perceptibles seulement dans l'hébétude qui sépare le sommeil de l'état de veille ?
Sadegh Hedayat
19:03 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poésies, poèmes, poème, perse, iran
jeudi, 25 janvier 2007
Des avantages du silence (2)
Un marchand avait perdu une somme considérable. Il recommanda à son fils de n'en rien dire à personne.
« Je vous obéirai, dit le fils, mais expliquez-moi, je vous prie, pourquoi je dois me taire.
— C'est, répondit le père, pour n'avoir pas à supporter à la fois deux maux, la perte que nous avons faite, et la joie qu'en auraient nos ennemis. »
N'allez jamais communiquer à un ennemi votre misère, car sa fausse compassion ne sert qu'à celer sa joie, et est presque toujours une insulte pire que le mal lui-même.
Saâdi
18:21 Publié dans Limericks champignaciens | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : poésie, poésies, poème, poèmes, littérature, écriture, perse
mercredi, 24 janvier 2007
Des avantages du silence (1)
Je dis un jour à un de mes amis qui me reprochait de ne pas parler :
« Ce qui me fait louer et pratiquer le silence dans les conversations ordinaires, c'est que j'ai remarqué qu'elle étaient toujours mêlées de bien et de mal, et que nos ennemis ne s'attachent qu'à observer le mal.
— Croyez-vous, me répondit mon ami, qu'ils ne soient pas assez punis de ne pas apercevoir le bien ? »
La vertu même prend les couleurs du vice aux yeux d'un ennemi. On n'aperçoit en Saâdi que des roses, il n'y voit, lui, que des épines. Il ne passe jamais devant la piété sans l'insulter. Il en est blessé comme des chauves-souris le sont de la lumière éclatante du soleil.
Saâdi
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