vendredi, 13 juillet 2007

En miroir

Voici le dernier jeu littéraire et artistique de la saison, car je sens que les participations seront moindres et puis elles avaient faibli en dernier. MiniPhasme et lamkyre semblent en vacances.

A cette expérience du bronze gris, vert ou or, dans le cadre noir et blanc des dessins, un homme de 1930 a voulu montrer son travail, même quand il leur échappe, aux hommes de 1950. Et sans doute que ceux-ci, avec leurs préventions, leurs exigences incompréhensibles, d'autres même leur désir arrêté de hair ou de ricaner, d'autres encore leur simple surprise et leur respectable égarement, sans doute vont-ils s'arrêter devant cette série d'images où le blanc et le noir, mieux que toutes les couleurs du jour, font la couleur d'une chambre, de laquelle nous ne connaissons qu'un bord de rideau, les rayures des volets, le côté d'un matelas ; et pourtant voilà que tous le sceptique, le partisan, l'étonné, cette femme qui tient son petit sur les bras, ce soldat qui n'est pas très sûr de bien manier encore les armes, cet homme d'âge, ce rieur, tous nous sommes dans cette chambre avec X, et, chut ! nous retenons notre souffle, nos voix, nos pas. Dans cette chambre, une femme regarde un homme dormir. Les variations d'un thème repris, cent fois par le peintre, ici limitées à quelques dessins, convergent vers une image où la femme, celle du premier plan, regarde une autre femme, comme elle accroupie, et comme si elle se voyait en miroir. 

L'auteur est un de mes écrivains préférés, mais je ne l'ai jamais cité ici que par incidence. Le peintre a déjà été mentionné pour une autre suite de dessins et de peintures. Les deux sont des monstres du siècle dernier.    

     

vendredi, 11 mai 2007

Mouettes partout

J'avais arrêté mes jeux littéraires et artistiques du vendredi depuis presque un mois pour de multiples raisons : réponses incomplètes (surtout au sujet des auteurs, mais j'en reprendrai un alors) ou peu de réponses, vacances scolaires, élections présidentielles. Il fallait une pause. Voici le nouveau texte.

 

Il me serait trop facile de vous rappeler la pointe sèche de X qui décorait les chambres de jeunes filles à mobilier de ripolin blanc : une dame cambrée contre son ombrelle comme les héroïnes de Maupassant l'étaient contre un bastingage (mouette sur le chapeau, mouettes sur les vagues, mouettes partout), la cape Aiglon en drap noir à haut col liseré d'argent et le boléro d'astrakan froid, ses frisures de caniche fidèle, où j'enfouissais mon nez pour sentir l'humidité parfumée que ma mère rapportait de ses courses du matin.

 

C'est très bref, mais je crois que le peintre et graveur est assez reconnaissable quand on connaît l'époque ou que l'on a vu des volumes illustrés de ce temps. Il fait vraiment son époque et on le trouve dans une quantité invraisemblable de livres bon marché. Pourtant il a été pratiquement oublié. L'écrivain parle ici de son enfance. Dois-je dire l'écrivain ? Je ne sais... Il avait tellement d'activités que je ne saurais les citer toutes et en fait ce serait de trop gros indices. C'est un de mes auteurs préférés, un de mes enchanteurs, à la fois connu, méconnu, mal connu et décrié.  

vendredi, 30 mars 2007

Une royauté jamais contestée ni menacée

Beaucoup de gens disent X ; mais beaucoup disent la patrie de Y, et cette manière de dire exprime encore plus exactement toutes les choses qui font la magie du lieu : une grande ville, une grande destinée personnelle, une école fameuse, des tableaux ultra-célèbres. Tout cela s'impose, et l'imagination s'anime un peu plus que d'habitude quand, au milieu de la Place verte, on aperçoit la statue de Y et plus loin la vieille basilique où sont conservés les triptyques qui, humainement parlant, l'ont consacrée. La statue n'est pas son chef d'œuvre ; mais c'est lui, chez lui. Sous la figure d'un homme qui ne fut qu'un peintre, avec les seuls attributs du peintre, en toute vérité elle personnifie l'unique royauté Z qui n'ait été contestée ni menacée, et qui certainement ne le sera jamais.

Le texte est d'un peintre. Toutefois, pour le grand public, ce peintre est d'abord connu comme l'auteur d'un roman. Quelques-uns savent aussi qu'il a produit des critiques d'art qui ont été rééditées souvent. Je précise encore que cet auteur n'est pas sans lien avec le bloguemestre. Quant au peintre dont il parle, il faut d'abord trouver sa ville.

jeudi, 18 janvier 2007

Image et piction (3)

17  Imaginons une histoire composée de pictions. Il ne nous est pas nécessaire de traduire ces pictions en représentations réalistes si nous voulons les comprendre. De la même manière, nous n'avons pas besoin de traduire des photographies en peintures colorées. Et pourtant, des hommes et des plantes noirs et blancs dans la réalité nous sembleraient invraisemblablement étranges et effrayants. Faut-il dire que quelque chose est une piction uniquement dans un jeu de pictions ? 

19  Si on regarde une photographie avec des gens, des maisons et des arbres, on ne ressent pas le manque d'une troisième dimension. Et pourtant il ne serait pas facile de décrire une photographie comme une collection de taches sur une surface plane.

20  Nous voyons la photographie ou la peinture sur notre mur comme si l'objet lui-même (l'homme, le paysage, etc.) Mais cela aurait pu se passer de manière différente. On pourrait par exemple imaginer une tribu différente qui n'aurait pas ce type de relation avec les pictions, où les gens seraient repoussés par les photographies, et considéreraient que les visages sans couleur ou même les visages à échelle réduite sont des choses inhumaines.

 

Jacques Roubaud