samedi, 21 novembre 2009

Le français vu de Tunisie

Lacuizin, croiçanterie, Exalope… Les exemples de détournement linguistiques abondent dans les rues de Tunisie. Sans doute un acte de résistance contre une langue envahissante. Des internautes repèrent ces morceaux de bravoure et publient des photos témoins sur le net.

abibas.jpgCela dit, Adidas n'a été français que sous Bernard Tapie et encore. Play Station ne me semble pas particulièrement français, tout comme un dessin de Mickey. Mais enfin... si des Tunisiens veulent croire qu'ils résistent alors qu'ils vivent sous un régime dictatorial des plus féroces, pratiquant la fraude massive lors des élections face à de faux candiidats d'une opposition factice, organisant la corruption de tous les fonctionnaires, interdisant toute liberté d'expression dans les journaux ou sur la Toile, déléguant trois ou quatre policiers par touriste suspect (et surtout si celui-ci a des attaches un peu arabes). La Tunisie, mais c'est la RDA avant 89, le commerce en plus !

Qu'est-ce que ces groupes ? Des soupapes de sûreté afin de pouvoir quand même s'exprimer dans l'une des pires tyrannies africaines et arabes (nos amis Khadafi et El-Assad sont malgré tout un cran au dessus en matière de dictature, mais ce n'est pas une raison) ! Et puis aussi de faire beaucoup de commerce en avançant une cause dite patriotique alors que l'on se livre au pillage de noms de marques et à de la contrefaçon. Parce qu'il existe une bonne raison de conserver la dictature benaliste : elle offre énormément de revenus à ceux qui adhèrent à son idéologie nationaliste et qui se contrefichent des droits de l'homme. Tout cela fonctionne sur des mythes : celui de la libération de la femme, de la lutte contre l'islamisme radical (auparavant contre le sionisme et donc les juifs), et maintenant contre le français confondu avec l'Occident tout entier ! Le régime totalitaire ne peut se maintenir qu'avec des ennemis fantasmatiques, même si ceux-ci le soutiennent dans les faits. Bien entendu, le despote restera toujours en place après ces basses manoeuvres.

samedi, 11 octobre 2008

Renaissance de la perluette

C'est une nouvelle manie : après le détournement des arrobes (lues bêtement at ou arobase par les anglomanes), des signes registered, copyright, euro à la place des lettres a, r, c, e, on voit apparaître dans des logos des esperluettes.

Il y a, par exemple, cette émission de télévision sur la décoration et le bricolage, qui se nomme D&Co, jouant à la fois sur l'initiale de l'animatrice Valérie Damidot et le caractère d'équipe de l'émission. Co est là pour dire compagnie. Sauf que... c'est une abréviation anglaise, en français c'est Cie (avec petites lettres supérieures). On lit anglais, on pense français.

Ou encore Coiff &Co qui peut se lire comme "coiff(ure) (à prix) éco(nomiques)". Passons sur la manie des coiffeurs à employer la troncation sauvage dans leurs raisons sociales ou dans le nom de leurs prestations. Mais ce qui est remarquable ici, c'est que le nom développé de la marque, sans l'abréviation est bien "Coiff and Co" comme le prouve le site de la maison qui filialise. Les jeux de mots idiots entrent souvent dans les noms de salons de coiffure ou de toilettage canin. Le passant ordinaire lira "coiff éco" puisqu'il s'agit d'une enseigne à bas prix (une formule low cost ou discount si vous voulez), sans songer à d'autres services.

Que dire ? La perluette est devenue tendance depuis qu'Orange-France Télécom l'a utilisée dans son logo. On se trouve aussi dans le courant des détournements de signes pour leur attribuer une valeur symbolique : l'arrobe, par exemple, connote le caractère informatique d'une entreprise, d'un film. C'est assez ancien, mais cela devient un peu plus systématique depuis que la moitié de la population possède ou utilise un ordinateur, alors que les claviers de machine à écrire étaient inconnus de la majeure partie des gens. Certes, il y avait bien des gauchisses et anarchisses pour détourner les signes du dollar et de la livre afin de dénoncer l'argent-roi, mais ces signes étaient connus de tous puisqu'ils figuraient sur des billets et largement reproduit. Alors que l'ampersand était marginale en français : on la voyait plus souvent figurer dans des raisons sociales britanniques ou américaines, même si elle appartenait depuis les origines aux divers claviers francophones. Je devais l'expliquer à mes élèves quand je l'employais. Le Monde ne s'y est pas trompé : il a utilisé aussi le signe & pour les titres de certaines de ses rubriques ou pour ses produits commerciaux. La ligature mérovingienne est de plus en plus connue et surtout reconnue. Mais encore... on la voit surtout par son aspect anglais et c'est pourquoi il faut la faire suivre du Co anglais. Cela connote alors une sorte de modernité, de simplicité, d'efficacité.

lundi, 04 février 2008

La Gruyère est québécoise

Voiià de quoi alimenter l'indignation de Ponte Facto : le Grubec est un fromage québécois qui est qualifié de suisse au Canada !

Sans parler des constructions faites à partir de mots-valises comme Fredondaine (créé à partir des mots «fredonner» et «bedondaine»), Grubec («gruyère» et «Québec») et Buchevrette («bûche», d’après la forme cylindrique du fromage et «chevrette»).

On ne connaît pas dans la Belle Province le système français et européen des AOC, de même que dans l'ensemble des pays de culture anglo-saxonne, mais là on atteint la plus grande confusion. Notons quand même que le gruyère québécois est plutôt un gruyère (du moins avec son apparence de gruyère sans trou) et non un emmental comme cela arrive souvent en France dans le langage oral ou de la presse. Il existe des gruyères français en Alsace, Franche-Comté et Lorraine, mais ils sont de confection différente du gruyère suisse, ils ne se nomment pas simplement gruyère et ils ne se définissent pas comme fromages suisses. Il manque une culture et une histoire fromagères au Québec parce qu'il n'y a jamais eu de rivalités de recettes de terroirs ou de vallées minuscules. On y est aux débuts de l'invention des nouveaux noms qui sont en fait souvent des noms de marques et non d'appellations.

dimanche, 18 novembre 2007

Couleur privée

Les temps sont durs pour le magenta. L'opérateur Deutsche Telekom, dont le logo comprend un "T" de cette teinte, a en effet choisi de déposer cette couleur à titre de marque (CTM 002534774). Selon l'entreprise, le magenta est partie intégrante de son logo, ce qui interdit à quiconque de l'utiliser sans son autorisation, et cela même sur un ordinateur.

Selon Courrier international qui reprend La Reppublica. L'image qui suit est donc illégale.

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mardi, 05 décembre 2006

Emballimentation

Fans de mode, Pascal Monfort et Alexandra Jean célèbrent, eux, «l'emballimentation».

Jusqu'à présent ce terme était un hapax réservé à une revue sur le junkfoodisme. C'est le deuxième mot-valise formé à partir d'aliment avec alicament.  

mardi, 10 octobre 2006

Petits Grands

medium_ravioli.2.jpgLes gars du marquetinge sont des gens formidables ! Ils se sont aperçus chez Bledina qu'ils ne pourraient plus étendre à l'infini la gamme des produits pour bébés, donc ils ont décidé d'étendre leur action sur la tranche d'âge supérieure : les 18-36 mois. Comment faire passer l'idée ? D'abord, en rappelant la tradition de Bledina qui est construite autour du mot petit. Tout est petit chez Bledina : petits pots, petits plats pour les tout-petits, en petites calories, en petite quantité, et surtout à un très gros prix... On fabrique donc un nom de gamme en forme d'oxymore Petits Grands. Les petits enfants qui deviennent des grands. C'est très parlant, coco ! Tout le monde comprendra. Comprendra surtout que ce qui est petit est mignon et ne coûte pas cher alors.
 
Les gars du marquetinge ont oublié que le produit, prétendument approuvé par des nutrionnistes n'est pas plus petit que les raviolis pour adultes vendus par MM. Panzani et Buitoni : il contient pratiquement autant de graisse et il coûte cinq fois plus cher.

Ensuite, on peut se demander pourquoi avoir choisi des raviolis comme premier exemple d'alimentation variée... Un enfant de trois ans aura bien des occasions ensuite de manger des raviolis et ce n'est pas ce que je nommerais un plat équilibré. On notera le nom du produit construit avec un faux possessif qui place le mangeur en futur consommateur et la capitale de majesté : Mes Ravioli. On aurait pu aussi bien commencer avec Ma Choucroute, Mon Bortsch, Mon Goulasch, Mon Cassoulet, Ma Poutine, Mon Fish'n'Chips, Mon Kebab.

Il faut encore une couleur d'authenticité, et quand on a un plat italien c'est très simple : il faut à tout prix du rouge car cela fait penser à la sauce tomate et le rouge est vendeur en magasin. Mais ce n'est pas encore assez italien. Donc on n'accorde pas les raviolis. Et puis on rajoute une touche de vert pour le nom de la marque. On met le nom du produit dans un cercle blanc. C'est vraiment italien alors... On est vraiment trop forts en conception marquetinge.  

jeudi, 10 août 2006

Mouliné(e)

medium_liebig.jpgComme le temps commence à fraîchir, je me rends dans mon supermarché au rayon des soupes préparées. Et là j'ai un nouveau sujet d'interrogation.  MM. Liebig et Maggi proposent différents types de “Mouliné de légumes” tandis que MM. Knorr et Royco présentent des formes variées de “Moulinée de légumes”. Je comprends qu'il y a une ellipse pour soupe moulinée ou passée au moulin. Mais une purée ou une bouillie est aussi moulinée. Le mouliné me fait songer à une analogie avec le velouté pour ce qui est en fait un banal potage lié et onctueux, velouté étant le terme noble. En tout cas, il est amusant de voir que les marchands tentent de créer de nouveaux noms communs qui ont un statut fort ambigu puisque la différence de genre correspond en fait à une différence de noms de marques. Les termes ne sont pas dans le domaine public.