mercredi, 17 décembre 2008

De l'origine de Noël

Je connaissais déjà l'étymologie plus que suspecte de Noël par un mot d'origine prétendument gauloise. J'avais vertement répondu à la personne qui répandait des fariboles, juste par anti-christianisme et anti-catholicisme primaires (je ne suis pas trop partisan des curés, mais si l'on veut lutter contre la superstition il y a d'autres méthodes que les étymologies fantaisistes). Je découvre aujourd'hui que Noël serait en fait un mot d'origine arabo-musulmane (on admire la précision linguistique) ! et le synonyme du prénom Naoual... Dans les deux cas, l'étymologie prétendument révélée est aussi bien au service d'une cause purement idéologique. Certes, on a le droit de se dire anti-chrétien comme dans le premier exemple, on a aussi le droit de se dire pour une conciliation des cultures religieuses (même si tous les membres supposés d'une culture religieuse n'appartiennent pas forcément à cette religion), mais enfin... pourquoi donc se servir de l'étymologie et surtout d'une étymologie fausse à dessein afin de servir sa cause ? Parce que l'étymologie du mot serait donc censé nous révéler son essence et sa nature ? On est en plein mythe. Les mots n'ont de vérité que par les sens attestés dans des discours reproduits, le reste est pure supputation. Quand on voit l'argument du recours à l'étymologie dans un discours ou un texte un peu politique, on peut se dire que l'orateur va raconter une fable ou trafiquer les travaux historiques. Cela ne rate presque jamais. C'est presque toujours faux, mais le mot d'étymologie fait penser à la vérité. Il y a un autre point encore : dans les deux cas précédents, on veut orienter le lecteur vers quelque chose qui aurait été inconnu, ignoré ou méprisé par les savants, que l'on cacherait au peuple. Et on va procéder à cette révélation. Or ce comportement absurde participe de la désinformation générale en prétendant justement que la vérité est ailleurs. Il valide une théorie du complot par des élites qui s'auto-reproduiraient. C'est idiot, mais comment le faire comprendre en langage idiot ?

dimanche, 07 décembre 2008

La chronique du Père Fouettard

Ma commune accumule les couenneries étatsuniennes les plus délirantes. Il y a dix ans, on ne voyait pas de concours de maisons illuminées pour la période des fêtes de fin d'année et puis petit à petit cela a gagné la France en partant de l'Alsace, comme les ineptes marchés de Noël n'ayant strictement rien de traditionnel*. Le pire, c'est que cela a été promu par le seul maire-conseiller général Verts du département !

Cités en Champagnacie organise un concours de maisons illuminées. Les trois meilleures réalisations seront récompensées par un prix "Cités en Champagnacie"

Comme ma ville s'est aperçu un peu à temps que son concours était en contradiction complète avec les fameux Grenelle de l'environnement, on a ajouté cette mention :

et un prix spécial "Economies d'énergie" sera décerné aux réalisations utilisant des lampes basse consommation ou à leds.

Mais le résultat est le même ! Il s'agit d'encourager aux dépenses d'énergie et les réalisations à basse consommation ne seront pas considérées comme les meilleures. D'ailleurs, l'idée même du concours est imbécile. Mais il fallait marquer une petite différence avec les concours précédents, puisque dans la même page d'accueil de la communauté de communes on trouve juste après une annonce pour le fameux Grenelle local de l'environnement (le nom Grenelle mis à toutes les sauces ne veut d'ailleurs plus rien dire).

Fort heureusement, la mode des Pères Noël suspendus aux fenêtres et aux cheminées est en voie de déclin. Non seulement, c'était laid, surtout sur un bâtiment ancien et pittoresque, mais en outre cela consommait du plastique de manière inutile. On avait l'impression de nains de jardin en l'air... Le total mauvais goût.

 

* Entendu ce matin une publicité sur la France-Inter vantant le "marché de Noël traditionnel d'Autheuil dans le XVIe". Ce marché traditionnel doit avoir au plus deux ou trois ans de vie, puisque Autheuil ne se trouve ni en Alsace, ni en Allemagne, et que cette mode est en fait fort récente, qu'elle est même réapparue en Alsace seulement à la fin des années octante. Les traditions ont beau dos quand on parle de commerce.

dimanche, 16 novembre 2008

Verrine

Dans l'émission (très intéressante même pour les grands enfants) Maman, les petits bateaux, Noëlle Bréham évoque le mot verrine en parlant de son contenu, par lequel elle est fascinée. Or il y a vingt ans Henriette Walter dans le Français dans tous les sens déplorait que ce beau mot lorrain de verrine ne soit pas plus repris tellement il est utile et simple, c'est vrai qu'il était encore régional :

2. Région. (Franche-Comté, Lorraine). Pot à confiture en verre (d'apr. Tuaillon Région. 1978).

Du contenant au contenu, pourquoi pas ? La synecdoque est amusante. Mais il faut dire surtout que le nom de la verrine a été popularisé par les prétendus beaux livres destinés à des cadeaux de fêtes de fin d'année. Et je ne retrouve plus du tout les verrines de ma mère. De simples bocaux, de pots de verres fort humbles. Quoique contenant des confitures de mirabelle ou de rhubarbe ou de brimbelles bien plus suberbes, des fastes d'or et de rubis. Mais la verrine donnée à tout le monde dans le grand tourbillon commercial de Noël, c'est un trésor de mon enfance qui se trouve soudain jeté sur la voie publique ! Et j'aimerais maintenant que ce très joli et précieux mot lorrain redevienne seulement propre aux Lorrains. Je n'aime pas l'éblouissement factice de ces livres pour Noël, je préfère ceux que j'ai lu autrefois. Dire que c'était un terme de patois auparavant...

jeudi, 20 décembre 2007

Champignac's Earl and Cats

6e5f1cbdd046fdff32c9bf2b2da2d6e5.jpgImprimez ce ticket d'entrée pour mon concert de Noël en compagnie de chats de gouttières (nous interpréterons une variation de Duetto di buffo due gatti en version jazz-punk et quelques autres airs traditionnels revisités en R'n'B ou en hip-hop parlant de chats). Vous augmenterez votre pouvoir d'achat de manière fort simple, rapide et moderne (puisque le billet sur la Toile prêt à être imprimé par l'utilisateur est censé être un gain financier pour l'acheteur qui n'a plus besoin de payer les frais d'impression du billet que subit le pauvre vendeur). C'est mon cadeau de Noël... L'informatique nous rend plus libres et plus riches !

mercredi, 12 décembre 2007

Donner un sens

Je ne peux m'empêcher de trouver étrange le slogan du partenaire commercial de la Croix-Rouge pour ses cartes : "Donnez un sens à vos voeux". Quand on formule un voeu pour une personne, c'est qu'on attribue un sens au souhait. Or ici le slogan (et le nom de la raison sociale de cette marque associée) signifie que le voeu sans aucun don à une entreprise caritative ou de solidarité est vide de sens. En fait le mot sens est pris comme un synonyme de réalité ou d'acte ou de geste. Mettre ses intentions en actes, c'est normal. Donner du sens à ce qui est déjà porteur de sens, cela l'est moins. Sauf si l'on veut dénoncer les gestes automatiques, comme la corvée de cartes de voeux, vidée de sens. Mais le mot sens pris comme action réelle, concrète est une sorte de poncif qui est véhiculé par le monde de la charité-spectacle depuis longtemps. Entre le paradoxe et le cliché obligatoire, je ne parviens pas à me décider, je ne vois pas le sens.

mardi, 11 décembre 2007

Le poisson traditionnel

Dans mon supermarché de proximité, on m'informe par un grand panneau que le rayon "Poisson traditionnel" est ouvert. Pas le rayon "Poissonnerie", non... D'habitude, il se nomme "Produits de la mer". C'est le même magasin ! Pourquoi traditionnel ? D'abord pour indiquer que l'on ne vend pas simplement du maquereau sous vide en barquettes, de la sardine en boîte, des oeufs de lump en conserve, du saumon en tranches soigneusement calibrées pour faire juste le poids affiché sur toute la gamme, du filet de colin sans arrêtes, des poissons tout carrés et plats avec de la farine dessus dans des boîtes carrées, de la soupe de homard en briques qu'il n'y a plus qu'à réchauffer, des bâtons de surimi, de la crevette surgelée en sachets ! Donc on fait dans l'authentique, et celui-ci porte un nom : il est traditionnel ou de tradition. De quoi ravir tous les auditeurs ou lecteurs de Jean-Pierre Coffe pour lesquels même un carambar ou une fraise Tagada doivent être de tradition. Cela veut dire non encore transformé par l'industrie, alors que c'est passé dans de gigantesques entrepots frigorifiques...

Ensuite, il y a un autre aspect. Ce rayon poissonnerie existe tout au long de l'année. Mais il ne peut être traditionnel durant une autre période que celle-là ! Pourquoi ? Parce qu'il est de tradition de manger du poisson sous sa forme noble à Noël : donc du poisson frais, ayant encore des yeux avant que le poissonnier ne vous tranche cette tête et ne vous éviscère la bestiole sous vos yeux admiratifs (opération qui est nommé généralement nettoyer ou vider). On retrouve alors la tradition du geste artisanal, parce que le poisson traditionnel se découpe sous les yeux du client ébahi par la performance (comme le fromage de tradition, le pain de tradition, le steak haché de tradition, le BigMac de tradition...) et de surcroît avec un costume qui indique bien que l'on a affaire à un poissonnier traditionnel. Cela ferait mauvais effet de servir à ses invités un soir de réveillon du poisson qui ne serait pas traditionnel, puisque monsieur Picard ou monsieur Saupiquet c'est ce qu'on mange toute l'année !

Traditionnel a donc deux sens : pas vraiment industriel (quoique...) et lié aux coutumes d'une période de l'année.

lundi, 10 décembre 2007

La maison du Père Noël

Il existe une maison du Père Noël en Champignacie. Son adresse est en .fr. Il paraît même qu'on peut la visiter réellement et y être accueilli par des lutins. Mais elle doit redouter la concurrence d'une autre en .com, car celle-là se dit la vraie (en capitales) maison du Père Noël. Seulement, c'est loin, c'est au Québec. Il y fait un peu plus froid là-bas qu'en Champignacie et le paysage de neige doit plus ressembler à ce qui figure dans les belles images de notre enfance. Ah ! j'en trouve encore une autre avec des traits d'union, mais Gandi a interdit à Whois de livrer l'adresse physique de la société. Cela n'empêche nullement des pages berrichonnes sans nom de domaine lié au Père Noël de s'afficher aussi comme la maison du Père Noël. On trouve aussi un atelier du Père Noël, avec dedans sa maison, là encore. Mais le nom du domaine dit seulement vivenoel. On peut être perdu par toutes ces habitations diverses du Père Noël, mais ce qui est bien troublant, c'est cette manière de vouloir trouver un domicile au Père Noël et de réserver sa maison sous différents noms de domaine. On sait qu'il entre dans les maisons par la cheminée, donc on se demande ce qu'il fait durant le reste de l'année et il faut bien imaginer qu'il a aussi une vie pendant tout ce long temps où il estive, donc une maison un peu comme la nôtre. Parce que le Père Noël est un peu un miroir et sa maison est alors le reflet de celle que l'on a, ou voudrait avoir. L'idée de la maison était déjà présente dans les contes et les images de Noël : l'accueil du déshérité ou du vagabond ou de l'orphelin est constante, et cette idée reprend en fait celle de la crèche qui abrite des gens pourchassés par le pouvoir ou l'injustice. 

dimanche, 09 décembre 2007

Le magique Noël féerique

Féerie ou magie ? Lequel des deux clichés l'emportera durant ce temps de l'Avent ? J'ai cherché dans Google Actualités qui nous donne une indication sur le temps présent à partir de sites d'information, mais qui ne répertorie pas les sites publicitaires, touristiques, municipaux. Cela peut donner une tendance, si je reprends le même sondage chaque semaine. Je note quand même que le Québec est fort porté à la féerie ou au féerique (une occurrence sur trois dans les deux cas, mais il est aussi surreprésenté pour la magie et le magique). 

Noël magique : 6.

Noël féerique : 4.

Magie de Noël : 79.

Féerie de Noël : 22. 

Ces chiffres bruts n'ont pour l'instant pas beaucoup de sens, je n'ai pas fait de distinction entre les sites d'information et des sites commerciaux hébergés sur Google Actualités*, je n'ai pas distingué entre des journaux très locaux et des journaux plus importants comme le Figaro. J'étofferai le billet dans les jours à venir.

* La question de l'acceptation de certaines sources d'actualités sur GoogleNews est cependant un sujet intéressant : il y a bien des sites qui ne devraient pas figurer dedans et qui n'y figureront plus dans deux mois.  

jeudi, 04 janvier 2007

Du choix des épithètes

Nous voici enfin sortis de la période de Noël et de sa débauche de mauvais goût (les décorations kitschissimes en plastique rouge et blanc et en suspension, les marchés de Noël aux baraques alignées comme sur un front de mer anglais, les concours de maisons illuminées, le massacre de forêts de sapin, la énième diffusion des chefs d'œuvre de Louis de Funès, de l'histoire de Sissi, de Heidi ou d'Angélique). 

Ce qui est intéressant au sujet de Noël d'un point de vue langagier, c'est la détermination. On parle de la magie de Noël, de la féerie de Noël, du merveilleux de Noël, et par extension des jouets, des fêtes, etc. Cela peut aussi se présenter sous la forme adjectivale : Noël magique (voir Magic Noël comme j'ai pu le lire dans un anglais de pacotille), Noël féerique (et on notera l'erreur fréquente féérique). Bon... on se plairait à imaginer un Noël ensorcelant, mais les sorcières c'est juste bon pour Halloween. Il est entendu que Noël, c'est pour les fées (fée Clochette, fée de Pinocchio, fée de Peau d'Âne ou de la Belle au bois dormant ou de la Belle et la Bête). Je n'ai rien contre Walt Disney, Jacques Demy, Vincente Minelli ou Jean Cocteau, au contraire, mais bon... cela fait un peu trop de fées à la fois.

J'ai remarqué néanmoins une légère évolution ds clichés, on parlait de Noël traditionnel, de Noël d'autrefois, et puis je vois de plus en plus des Noël de notre enfance. Noël, c'est déjà une période de régression vers un état enfantin, mais il y a quelque chose de nouveau : on ne vise plus commercialement les enfants, mais les parents ou ceux qui ne sont pas parents, des adultes, en faisant appel à leurs souvenirs d'un temps supposé idéal, une sorte d'âge d'or, une arcadie des années cinquante-soixante (vous savez quand Pierre Tchernia présentait l'ami public n°1, que Tino Rossi, Sacha Distel et Henri Salvador allaient chez les Carpentier ou Guy Lux dans des décors de carton-pâte, que Nounours souhaitait le bonsoir à Nicolas pas encore Sarkozy et Pimprenelle pas encore Ségolène, que Spirou, Pilote et Tintin publiaient des numéros énormes, tels qu'on en avait pour toute la semaine). C'est ce que je nomme le syndrome du pensionnat de Chavagnes ou la maladie de Casimir : on s'adresse à une clientèle de grands enfants qui ne demandent qu'une seule chose, revenir à une époque qui en fait n'a jamais existé, répéter des choses qui paraissent être des souvenirs collectifs un peu comme les Je me souviens de Perec, mais sans son génie et surtout sa motivation.

Tout ça est faux, mais quand on voit le marronnier qui s'avance ce n'est pas plus triste : les soldes seront extrordinaires, monstres (et non monstrueux), fantastiques, imbattables. Ce n'est plus de la détermination, c'est de la qualification, on n'aura pas alors les transformations du type : la monstruosité des soldes. Et la seule motivation du choix des adjectifs alors reposera sur leur terminaison en -e caduc qui permet d'éviter le choix entre un adjectif masculin et un féminin, puisque le mot solde est ambigu. Mais pourquoi ne parle-t-on pas de soldes magiques, féeriques, je me le demande... Peut-être à cause de l'indigestion précédente ? Ah ! et pourquoi n'y a-t-il pas de Noël extraordinaire, fantastique, monstre, etc. ? Parce qu'il faut se réserver un stock d'adjectifs pour la suite. Chaque marronnier a son contingent d'adjectifs obligatoires et il ne faut surtout pas en dérober au marronnier suivant. Tout est bien rangé et l'ordre du langage règne sur le calendrier comme à Varsovie.

dimanche, 31 décembre 2006

Fariboles et étrennes

La tradition des étrennes remonterait au VIIIe siècle avant Jésus-Christ. Le nom proviendrait de celui de la déesse Strenia. Des rameaux verts provenant d'un bois qui lui était consacré auraient été offerts au roi Tatius.

Si quelqu'un peut me trouver le moindre texte latin du VIIIe s. ou même un peu postérieur évoquant une quelconque déesLa tradition des étrennes remonterait au VIIIe siècle se romaine du nom de Stren(i)a, je veux bien manger mon chapeau. Voilà ce que recopie l'Oignon à partir d'une foule de sites consacrés à des sujetss mytho-folklo-ethnologiques, on peut inventer autant de déesses et de dieux antiques que l'on veut pour afirmer l'existence d'une coutume et cela sans sortir le moindre document épigraphique ou philologique. Le texte qui est consacré à cette prétendue déesse dans Wikipedia est d'ailleurs soumis à vérification parce que l'affirmation semble assez absurde et manque de preuves. Et quand on voit les références à un roi Tatius Sabinus, elles ne valent pas mieux : cela renvoie aux mêmes sites ésotériques, sans aucun texte antique à se mettre sous les yeux. Les prétendus spécialistes des traditions ne sont jamais en manque d'invention, ils fabriquent toute une mythologie dont les Anciens n'ont jamais entendu parler...

lundi, 25 décembre 2006

Devinette de circonstance

Je suis un adjectif masculin qui prend exceptionnellement la forme du féminin (à la différence de tous les autres mots de même terminaison) en se dénasalisant devant cinq noms seulement selon une tradition récente, mais dans l'usage devant un seul nom à cause des chants rituels. Qui suis-je ?

Marronniers de Noël

Comment renouveler un marronnier tel que les fêtes de fin d'année ?  On ne peut sans cesse parler des achats de dernière minute, des premiers vacanciers sur les pistes de ski ou des naufragés de la route pris dans la neige, le brouillard, un embouteillage. Une fois que l'on a épuisé le choix et les recettes de la dinde, des marrons, des escargots, des huîtres, de la bûche, du chocolat, ou que l'on a disserté sur l'origine du sapin, des santons, des étrennes, du père Noël, que l'on a fait de longues compilations sur ce qu'il faut retenir de l'actualité dans l'année, que l'on a livré son bétisier, que l'on a établi la liste des morts célèbres, il ne reste plus grand-chose. Rien ne vaut alors mieux qu'une bonne polémique pour relancer la machine à ne rien dire. 

C'est ce que je découvre dans Libé aujourd'hui, mais le sujet de la déchristianisation de Noël a un goût de vieux plat réchauffé à la dernière minute et tout droit sorti d'un congélateur. Que le politiquement correct s'invite lors des fêtes, ce n'est pas nouveau, cela fait quelques années que l'on en parle et la seule nouveauté vient du bannissement de symboles païens comme l'arbre, le houx, le gui. Cela s'est déjà exercé dans le langage quand au lieu de souhaiter un joyeux Noël on a commencé à souhaiter de joyeuses fêtes. Cette manière de dire est venue d'outre-Atlantique (du pays qui a inventé pourtant le père Noël en déformant le bon vieux saint Nicolas) et elle a plus ou moins pris racine ici. Je me suis amusé à compter les enseignes qui affichaient soit un Joyeux Noël, soit de Joyeuses fêtes (avec les variantes harrypotteresques en magique, la féerie de), cela débouchait sur un score nul. 

Il y a une autre incidence sur le langage. J'avais déjà vu le débat en France quand l'anthropologue Martyne Perrot avec son livre Ethnologie de Noël assurait que Noël viendrait du celtique noio (nouveau) et hel (soleil). Ce celtique ancien n'appartient qu'à elle : nouveau n'est attesté que sous la forme noulios en gaulois, et on a seulement en gaulois les formes sonno, sunnu (apparentées plus précisément au germanique Sonn, sun), suli (dans le nom de la Minerve gaulois Suleviae), mais l'approximante h n'est propre qu'au celtique insulaire (même si on la retrouve dans le grec helios) : gallois haul, cornique heuul, breton heol. Le thème indoeuropéen est *swel/*sauel. Nous n'avons aucune preuve épigraphique que les Gallo-Romains auraient dit hel, hoel, ou quoi que ce soit dans ce genre. Le problème, c'est que non seulement on invente un gaulois à sa mesure, mais que l'on fait passer l'étymologie la plus courante et la plus admise de Noël comme accessoire et fausse. Il y a pourtant une filiation entre le latin natalis, l'ancien français nael et l'ancien provençal nadal, ce qui est corroboré par le nom dans les autres langues romanes comme Navidad en castillan, Natale en italien, Natal en portugais, alors que le noio hel sort de nulle part. La question étymologique n'est pas si innocente que cela : pour beaucoup de personnes totalement naïves ou assez malhonnêtes l'étymologie vaut comme une preuve de la véracité d'un dire, d'une opinion, comme s'il y avait une sorte de substance intemporelle des mots et que tout le langage transmettait par on ne sait quel miracle les mêmes idées depuis des siècles. L'étymologie est une science, mais c'est aussi une science instrumentalisée au service d'un discours qui n'a parfois rien de scientifique. On peut croire que Noël se rapporte d'abord à la fête du soleil qui renaît et au solstice, mais il n'est pas utile d'inventer du gaulois sans aucune attestation afin de faire croire que le mot par son origine et donc sa nature contiendrait la vérité suprême. Cela relève de la pensée magique et non de la raison. Pourquoi est-ce que j'en parle ? Parce que cinq ans après la France, le débat revient au Québec comme on peut le voir et et encore .

Je recopie ce que j'écrivais en 2000 :

Jetons un oeil sur le mot Noël. Il vient du latin ecclésiastique et non classique « natalis dies ». Si ce terme est cité tant par Dauzat, Picoche, Rey que Wartburg, c'est parce qu'il existe une attestation écrite au moins. Mais je pense qu'il vaut mieux partir non pas du génitif, mais de l'accusatif singulier « natalem » donné comme nom au jour : l'étymon n'est pas toujours la forme exacte et la règle veut que l'on prenne presque toujours l'accusatif comme base. Le /m/ n'était plus prononcé depuis l'époque archaïque. Donc /natale/. Le mot est un proparoxyton, accentué sur l'antépénultième syllabe. Au IIIe s., le /e/ final s'affaiblit en /e/ muet. Avant la fin du IVe s., le /t/ se change en /d/ (d'où les différences avec les autres langues romanes). Ce phonème évoluera vers une disparition en passant par des étapes que je ne peux transcrire, mais où figure un son comparable au th anglais, la disparition sera totale au XIe s, le procédé est identique à vita-vie. Ces modifications entraînent avant la fin du VIe s. une altération de/a/ post-tonique comme dans les infinitifs en -are devenus en -er. Donc /na?él/. À ce stade, nous avons une attestation de 1120 (Voyage de saint Brandan) sous la forme « nael ». Il faut encore attendre le XIVe s. pour que /naél/ devienne /naèl/ devant consonne. Mais oh ! où est le /o/ ? Très simple. Il s'agit d'une dissimilation du premier /a/, c'est-à-dire d'un allongement de ce /a/ qui passe par une étape /aa/ puis /ao/. Ce fait est possible par l'effort fourni pour produire une consonne aspirée de moins en moins perçue, le /t/ qui s'est effacé tardivement, puis par le déplacement du point d'articulation du second /a/ situé nettement plus en arrière comme /o/. La forme « Noël » est attestée seulement en 1175 (Chrétien de Troyes). 

 

samedi, 23 décembre 2006

Joyeuse Noëlle

Cette année, du fait de la parité dans les mandats publics et de la féminisation des noms de métiers, les cadeaux de Noël seront distribués par la Mère Noëlle dans son chariot tiré par des rennesses. L'année prochaine, le Père Noël reprendra ses droits en vertu de la règle de l'alternance dite Arrêté chabada-chabada. La sainte Nicolette l'a déjà précédée en compagnie de la Mère Fouettarde avec laquelle elle s'est pacsée. Elles seront suivies par les reines magesses, Melchiorine, Gasparde et Balthazara. Cette initiative citoyenne qui témoigne d'une nouvelle ambition démocratique conforme à un esprit de service public et de libéralisme. Les naines qui confectionnent les colis de la Mère Noëlle ne doivent plus être appelées que « personnes à verticalité différente » comme chacun s'en doutait. On ne parlera pas à leur propos d'emplois-vieux ou
d'emplois-vieillardes, mais d'animatrices socio-culturo-éducatives et de rippeuses. Précisons que la Mère Noëlle, comme le Père Noël, sont actuellement en contrat de réinsertion et qu'elle et il comptent sur vous pour tenir les objectifs de force de vente qui leur ont été fixés depuis le rachat de leur start-up Web -2°C, à la suite d'un first-tuesday désastreux auprès des business-angels. (Réédition)

dimanche, 17 décembre 2006

Portnawak de Noël

Le quatuor d'imbéciles notoires qui rédige le prétendu blogue de culture générale de Hautetfort fait encore une fois très fort dans le décervelage et le recopiage de portnawak. Cette fois on prétend que le sapin de Noël aurait été d'abord une pyramide égyptienne surmontée d'un disque lunaire ! Quand on lit ça, on se dit que l'on a affaire à une plaisanterie tellement cela semble énorme, mais les auteurs semblent très sérieux. Lorsqu'on lit ensuite que Martin Luther aurait remplacé la pyramide par un sapin, on est pris d'un doute parce que le premier sapin de Noël est apparu en Alsace en 1521, à Sélestat plus précisément. Et il n'y avait pas encore de luthérianisme en 1521 car ce n'est qu'à cette date qu'il a été mis au ban de l'Empire par la diète de Worms. Luther avait résidé auparavant en Alsace à Seltz, il y a même écrit des pièces paillardes en dialecte, mais il n'existait aucun luthérien en Alsace à l'époque. Ce n'est que par la suite que ce symbole a été mis en avant par les protestants, mais ils ne savaient même pas à quoi ressemblait une pyramide et comment l'auraient-ils su ?

mercredi, 06 décembre 2006

Impro-verbes (7)

— Il est toujours trop tard pour le Père Fouettard.

— Les enfants trop méchants vont dans la trappe de Hans Trapp.

— Pas de pitié avec Zwarte Piet. 

— Inutile de crier Pouce face à Kranpus.

— Qui est sans cœur est comme Housecker. 

— Ruprecht, Knechtruprecht, jamais recht. 

 

 

dimanche, 26 novembre 2006

Kitschissimo

Montgolfière gonflable, père Noël sur son traîneau lumineux et son renne, père Noël dans une bulle gonflable dans laquelle la neige virevolte, guirlandes électriques... patinoire sur laquelle évoluent des petits personnages,  crèche animée... mère Noël... petit village... train du père Noël... grand sapin synthétique décoré de guirlandes multicolores et de chevaux d'un carrousel musical... nappe et coussin du chien aux couleurs rouge et vert du houx...

Voilà un magnifique exemple du plus parfait mauvais goût !