vendredi, 25 avril 2008

MSN-er

Si Apple n’aime pas que son vocable podcast soit utilisé à tort et à travers, pour Microsoft c’est le verbe MSN-er de la si gutturale langue hollandaise qui lui reste en travers de la gorge. MSN-er est en effet un verbe que l’on peut trouver dans le dictionnaire néerlandais Van Dale, et cela Redmond ne le supporte pas...

Il me semblait que l'infinitif des verbes en néerlandais avait toujours une désinence en -en, comme en allemand. Un suffixe en -er indique plutôt un nom d'agent ou de personne.  Cette terminaison est en réalité française comme celles de friender et de dé-friender.

dimanche, 16 mars 2008

Quinquangulaire vs Pentangulaire

Sur la France Inter, j'entends au journal parlé qu'il faut dire pentangulaire et non quinquangulaire.

Pourquoi ? Sans doute parce que le premier terme est moins bien représenté dans Google : 11 citations réelles contre 47 pour le deuxième (chiffres pris dans les pages francophones et avec élimination des doublons, car sinon on a des résultats de 20 contre 2 160). C'est donc la logique de la référence Google qui a joué.

Or, si pentagulaire et quinquagulaire sont des néologismes tout chauds, à peine sortis de chez les Ch'tis, l'un présente bien des défauts, d'abord un mélange d'élements grec (penta) et latin (angulaire). Ensuite, une absence de cohérence dans la série triangulaire, cela peut passer à la fois pour grec et latin mélangés, mais quadrangulaire cela ne ressemble pas du tout à une préfixation grecque qui serait tétrangulaire. Bon... il n'existe pas de diangulaires ou de biangulaires, quoi que cette particularité physique ne manquerait pas de m'intéresser.

Alors pourquoi penta ? Sans doute parce que ce terme grec est plus répandu que tétra : pentagone (le tétragone est un carré ou un rectangle ou un losange, donc un quadrilatère), pentamètre, pentathlon (on cherche le tétrathlon). Et on refuse le préfixe latin attendu dans la série et normal dans cette formation au motif que penta est plus employé sur la Toile pour ce mot, mais pour de mauvaises raisons comme l'attraction de sens et de forme ! 

Et pourquoi doit-on dire "il faut dire" alors que les deux termes viennent tout juste d'apparaître ? Google n'est pas un dictionnaire de référence ou une académie, juste un relevé des usages, parfois erronnés comme ici. Je me rangerai à pentagulaire quand on aura dit que la série est irrégulière et absurde.  

mercredi, 10 janvier 2007

Verba nova

Novus puer Romanus est Harrius, sic ut verba nova reperiat: mystax fruticosus; perspecilla rotunda; autocineta; ludus Caledonicus; caligae aqua impenetralibes. felicitatem verborum curiosam novorum proponit.

Ces lignes ont été publiées vendredi dans le très sérieux et conservateur Times de Londres. Il s'agit d'une critique ou plutôt d'un éloge d'Harry Potter et j'en ai extrait la partie qui fourmille de néologismes. On est moins coincés pour les novelletés langagières au pays de Lewis Carroll et d'Edward Lear que dans celui de Vaugelas et d'Abel Hermant, on y hurle moins contre le premier néologisme qualifié aussitôt de barbarisme puisque ce n'est pas dans LE dictionnaire, même si on aurait un peu trop tendance à tout accepter sans faire le tri. Il faut dire qu'une traduction en latin du premier volume avait été déjà faite par un professeur anglais, mais les Britanniques sont vraiment des gens étranges... Je n'apprécie guère les livres de J. K. Rowling avec leur morale blairo-thatcherienne, leurs relents racistes ou contre les classes inférieures, leur style d'une platitude infinie par rapport à d'autres livres pour enfants, mais enfin... ce genre d'article ne peut guère se trouver que dans la presse britannique. Petite précision : ceux qui auraient du mal à comprendre le latin peuvent cliquer en bas ou sur ce lien pour obtenir une autre version, mais cette fois en anglais. Et pour être en règle, j'indique que j'ai trouvé l'information sur le Portique de Robin Delisle, infatigable animateur de forums, de listes sur les langues anciennes. Cela dit, abracadabra et hocus pocus, ce n'est pas si ancien que ça et pas si latin...

lundi, 08 janvier 2007

To pluto : plutoniser

On connaît l'attachement des Étatsuniens au nom de l'astre Pluton (en anglais Pluto¹) : c'est dû au fait qu'il s'agissait de la seule planète solaire découverte par un de leurs concitoyens.

Pluto is finally getting some respect - not from astronomers, but from wordsmiths. "Plutoed" was chosen 2006's Word of the Year by the American Dialect Society at its annual meeting Friday.

To "pluto" is "to demote or devalue someone or something," much like what happened to the former planet last year when the General Assembly of the International Astronomical Union decided Pluto didn't meet its definition of a planet.

Le néologisme to pluto a été élu mot de l'année. To pluto, c'est reléguer à un rang inférieur quelque chose ou quelqu'un, cela en référence avec la décision de sortir Pluton de la liste des planètes officielles. Une recherche rapide en anglais montre que le néologisme plutoed (mais aussi ses variantes plutonised, plutonized...) est bien employé outre Atlantique. L'affaire avait suscité des drames jusque dans les cours d'école.

¹ Le nom du chien de Mickey a bien été créé pour rendre hommage à la découverte récente. 

mercredi, 06 septembre 2006

Poditeur

Dans Libération, Jean-Pierre Elkabbach évoque les poditeurs d'Europe 1. Le néologisme semble avoir déjà bien pris place sur la Toile. Dans Google, 242 poditeur, 789 poditeurs, mais 39 poditeuses, 35 poditrices. C'est un peu confus pour le féminin. Le poditeur semble aussi bien rattaché à la station du marchand d'armes. Signalons la variante podauditeur (895), podauditeurs (103) : le premier chiffre s'explique par le fait que c'est le nom d'un blogue. Je vois un inconvénient à poditeur : on peut penser à celui qui édite ou publie un podcast (éditeur donc) et non à celui qui écoute ou visionne un podcast (auditeur). Il n'empêche : la francisation hexagonale en diffusion pour baladeur ne permet pas de dérivés, or comme le support appelle de nouveaux noms il aurait été un peu plus malin d'y songer.  

vendredi, 11 août 2006

Les informations pipeau

Le Monde fait dans la francisation incomplète et imparfaite :

Ces photos ne traduisent pas une "peopolisation" des politiques mais plutôt un changement de style et de génération.

Pipolisation, je veux bien puisque le terme devient de plus en plus admis sous une forme francisée (Closer se présente d'ailleurs sur sa couverture comme le magazine des pipoles), mais je ne connais pas de peopol en anglais. Est-ce que c'est le l voyelle anglais qui dérangeait pour écrire peoplization, lequel n'aurait pas été compris ? Et on fait quoi de l'orthographe anglaise de la première syllabe ?

mercredi, 09 août 2006

Libanité

En France, nous avons la chance de posséder un président de la République fin linguiste (ses innovations révolutionnaires en matière d'accords ou de terminaisons de mots sont reconnues par tous).Il dépoussière le lexique en ressortant des termes comme abracadabrantesque ou pschitt au goût du jour. Il n'y a pas un anglicisme qui lui échappe comme littéracité ou gouvernance. Le voici qui prend à son compte un néologisme venu de l'Orient compliqué (l'Orient est forcément compliqué) :

"La Syrie, à plusieurs reprises, a indiqué son accord sur la libanité des fermes de Chebaa mais elle n'a jamais accepté de le faire par écrit, sachant parfaitement que c'est une exigence naturelle, juridique pour que l'ONU puisse décider une modification de frontière", a souligné M. Chirac.

Cala dit, libanité est correctement formé, exactement comme francité ou hispanité ou germanité. Mais d'autres aubstantifs dérivent de l'adjectif : américanité, italianité, africanité, asianité... Le terme est présent plus de 600 fois dans Google, mais fort étrangement seulement dans les médias arabes d'expression française, parce que libanity en anglais n'a que 7 occurrences. Bizarre, bizarre. 

jeudi, 03 août 2006

Stiquer

Stiquer, verbe tr. dir. et intr., date d'apparition après 2003. Néologisme à partir de l'acronyme STIC (système de traitement des infractions constatées) ou fichier recensant à la fois les auteurs d'infractions enregistrées par les services de police,  les  plaignants et les témoins, sans aucune mention des suites judiciaires; STIC, service créé par Nicolas Sarkozy dans le but de servir la démocratie. Être stiqué, figurer dans ces fichiers, même en l'absence de mention dans un casier judiciaire ou de condamnation. On recense 25 millions de stiqués en France, je suis l'un d'eux. 

Ajout : en y réfléchissant, je me demande s'il n'y a pas eu une surmotivation par le stick ou bâton de colle. Stiquer, ce serait alors fixer quelque chose qu'on ne peut ôter.

mardi, 01 août 2006

Maïscédoine

medium_maiscedoine1.jpgEn allant faire mes courses ce matin, j'ai découvert ça : la maïscédoine. C'est une macédoine de légumes (haricots verts, carottes, navets, petits pois, flageolets) à laquelle on a ajouté du maïs. Un examen de Google me montre que le mot-valise n'est pas très répandu : une soixantaine d'occurrences, principalement dans les magasins en ligne. Néanmoins, on peut le trouver aussi sur un site culinaire, dans les menus de quelques restaurants ou cantines. Il fallait bien que ce genre de produit et de nom arrive un jour : cela fait bien trente ans que les Français ouvrent des boîtes de maïs pour en ajouter le contenu à des salades, donc autant leur offrir le tout en un. J'ai d'ailleurs vu passer toutes les variétés de salades composées avec du maïs : céleri, carottes, concombres, betteraves, soja. Il devient difficile d'échapper au maïs dans les cantines scolaires. Mais, mis à part le changement culturel dans les habitudes alimentaires, cela n'a pas grand sens : une macédoine – terme datant du XVIIIe s. – est forcément un assemblage hétéroclite de légumes (dont la liste n'est pas limitative) ou de fruits ou de grains, comme la jardinière, la salade russe ou l'olla podrida. Il n'y a pas une liste fixe des ingrédients.

samedi, 24 juin 2006

Ludicament

On connaissait déjà le mot-valise alicament (aliment et médicament) qui était apparu vers 1997 et qui est entré dans le Petit Robert en 2003. Voici qu'arrive le ludicament, patronné par Nintendo. La formation est évidente : ludique et médicament. Il s'agit d'une suite de petits jeux pour exercer son esprit : calcul mental, mémorisation de chiffres ou de mots. Cet entraînement cérébral est commenté par un docteur virtuel d'où l'aspect para-pharmaceutique du terme. Une petite recherche Google me montre que s'il y a 90 occurrences du mot (dont un nom de domaine), aucune n'était jusqu'à présent en français. La racine lud- (jeu) est assez prolifique depuis une cinquantaine d'années : ludiciel, ludothèque, ludothérapie... En revanche, la fausse coupe de médicament (la racine IE est med/mod) est nouvelle puisque l'on a un suffixe d'adjectif relatif (-ic) et un suffixe de substantif désignant une action ou un agent (-ment).

samedi, 17 juin 2006

Québécois : mauvais français

Je ne veux pas donner l'impression de m'acharner après deux articles précédents, mais le glossaire des nouveaux médias publié par Libé dans son supplément Écrans est d'une particulière indigence et pire d'une forme de sottise au service du charabia, de l'anglolâtrie et de la pubomanie. Non seulement les définitions sont le plus souvent techniquement fausses ou mal écrites, les registres et les emplois sont mal situés, les domaines sont mélangés sans aucune possibilité de faire des liens, mais en outre on a bel et bien une orientation idéologique très claire.

J'en veux comme exemple du mot qui monte (toujours cette manie stupide des hit-parades !) : M.pub, la publicité pour les mobiles, portables, GSM, cellulaires. C'est le mot qui monte chez les pubeux, mais pas ailleurs. Le mot qui descend, je recopie tout : « Courriel. E-mail en bon français mais, sérieusement, qui d'autre que les Québécois utilise vraiment ce mot ? Pour mémoire, on peut dire aussi courrier ou message électronique, mais c'est trop long. » Eh bien non ! a) le mot courriel commence vraiment à prendre en France (dans les dictionnaires, sur les sites administratifs) même s'il est minoritaire encore, il est soutenu par le pourriel b) il y a une forme de racisme implicite (seuls les Québécois disent...) avec comme sous-entendu les Québécois ne doivent pas donner de leçons de français (ce racisme est particulièrement illustré par Maurice Druon et Thierry Ardisson, mais aussi par un bon nombre de geeks ou guiques français dès qu'ils voient une francisation) c) on peut faire le tri parmi les propositions québécoises car il en est certaines de mal fichues et l'OQLF est parfois en roue libre, mais celle-là est bien reprise et en plus elle n'est même pas d'origine québécoise, c'est un Français qui l'a forgée avant l'Internet grand public et un Québécois qui l'a ensuite diffusée dans son pays, mais en reléguant le terme dans la catégorie des mots que seuls les Québécois emploieraient et qui seraient donc à éviter, on tombe dans les pires préjugés des temps anciens comme lorsque l'on accusait des gens de parler bas-breton ou d'allemander ! Je n'aime pas du tout cette idée qui ferait du Québec et du Canada des provinces marginales, périphériques, sans importance, où il ne pourrait pas naître de bon français ayant vocation à s'exporter. Je n'aime d'ailleurs pas plus l'idée selon laquelle le français du Québec serait plus pur, savoureux et classique, avec une parfaitement conservation de la langue du XVIIe s. La langue est contradictoire et historique, elle se construit par des contacts divers, pas par la marginalisation de gens qui parlent aussi français et qui peuvent dire leur mot sur le français. Sur ce blogue, l'auteur utilise des formes dites québécoises parce qu'il estime que les Québécois ont raison pour certains mots et il ne refuse pas d'emblée un mot parce qu'il serait québécois ou comme ici réduit aux Québécois pour l'amoindrir.

mercredi, 14 juin 2006

Marronnier de la branchitude

Ça y est ! Après le marronnier sur les sujets de philosophie au baccalauréat (je me demande d'ailleurs si je ne devrais pas consacrer un billet à ce genre d'articles ou de reportages tellement c'est caricatural), voici qu'arrive l'autre qrand marronnier de la fin juin : les mots entrant dans les nouvelles éditions des dictionnaires. Par dictionnaires, il faut entendre les deux dictionnaires familiaux standard : le Petit Larousse et le Petit Robert. Hachette, Flammarion, connais pas ! Cela fait à chaque fois un article déjà tout prêt puisque la liste des nouveautés se trouve dans le dossier de presse. Et à chaque fois, je me demande quels sont les mots qui sont sortis pour faire de la place. Je rêve d'une sorte de Larousse ou de Robert du type L'Obsolète, mais où les mots seraient classés selon leur année de décès et qui prendrait vraiment tous les mots défunts depuis les origines. Un autre aspect déplaisant de ce rituel consacré à la consécration, c'est l'idée que le mot existe, devient légitime, vraiment officiel pour beaucoup s'il est vraiment enregistré dans un de ces deux seuls ouvrages de référence, comme s'il n'y avait pas d'autres sources d'autorité, comme si l'usage ne comptait pas, comme si les autres ouvrages ne comptaient pas, comme si l'esprit critique ne comptait pas. Le dernier aspect et le plus déplaisant, c'est cette sorte de course aux mots nouveaux, dans l'air du temps, qui collent à l'actualité et qui sortent parfois très vite. Ce travers hérité de l'imitation commerciale des dictionnaires anglo-saxons fait que ces deux dictionnaires perdent de leur crédibilité à force d'accueillir tout et n'importe quoi.

Pierre Assouline a eu l'exemplaire ou le dossier de presse avant les autres, et il s'y colle. Le volume doit paraître demain jeudi. Cela donne :

Parmi les 60 000 mots qu'elle contient, les nouveaux concernent surtout l'informatique (blog, cybermonde, URL, USB) et la médecine (addict, insulinodépendant, toxicodépendance). Sans oublier les mots déjà anciens mais qui prenant un sens nouveau (intégrationniste, souverainiste). Le souci d'exhaustivité a amené les éditeurs à nous offrir en prime les recommandations officielles de la Délégation générale à la langue française, histoire de vérifier que ce sont bien celles qu'on ne respecte pas justement : bloc-notes pour blog, mentor pour coach et message multimédia pour MMS.

Aucune remarque sur le registre de langue d'addict, cela passe comme une lettre à la poste, et en outre addict ne concerne pas simplement la médecine, c'est du jargon branché pour toutes sortes de choses : la télé, le foot, la sarkomania. Une petite pique justifiée contre la DGLF, mais n'y a-t-il pas quelque chose sur les québécois (cyber)carnet ou blogue (comme on l'écrit en ces lieux aussi) ? Mentor pour coach est nettement insuffisant, les recommandations proposent bien d'autres équivalents. Ceux-ci sont beaucoup plus usuels et moins littéraires, moins pompeux, mais quand on veut dénigrer à peu de frais on use de raccourcis trompeurs. MMS, comme SMS, est une marque déposée et pas un nom commun, cela doit être précisé dans une parenthèse. Je me demande d'ailleurs si la différence est bien faite entre le minimessage (SMS, Texto ou une autre marque) et le message multimédia, si même ce scripteur est capable de la faire. Bref, c'est une critique très légère, juste démago comme il faut. Ah ? Et que dit-on pour podcast et videocast, au fait ? Il serait un peu temps de se remuer à la fin !