samedi, 29 mai 2010

Maghreb United, ou comment les signes s'effacent

maghreb.jpgL'affiche du concert Maghreb United est trop zarbi, mon frère ! Elle déchire de la mort qui tue. J'ai pas tout compris, mais je te résume la situation.

On prend d'abord une police bien carrée, mais avec empattement. Déjà, cela fait un peu ouf et jeu vidéo ou calculatrice électronique. Ensuite, on utilise des signes de H4cK3r2 pour bien se faire comprendre. Comme le E s'écrit 3 en signes hackers, on emploie un E inversé (qui existe dans l'API), mais on trouve aussi un E latin ou cyrillique normal après. Le N inversé de l'alphabet cyrillique (lu comme un i normalement, puisque c'est à l'origine la lettre êta en grec) sert à figurer un N latin. Le A qui pourrait rester un peu normal devient un delta grec qui se lit D. Cela brouille les pistes : hackers, graffeurs, nostalgiques de l'Union soviétique ou de l'Antiquité grecque.

Le tout est assorti d'une petite étoile dans le D et dans le A (sous la forme d'un D) qui peut être aussi bien musulmane que soviétique ou étatsunienne. Jeux de miroirs aussi, les deux E sont opposés. Le D et le A échangent leurs valeurs selon les langues et ils contiennent tous deux la même étoile puisque ce sont des signes qui possèdent un oeil. C'est hum... sursignifiant. Comme l'affichage de têtes. Et puis le slogan apparaît un peu comme une sorte de décalque de Benneton United pour United Colors of Benneton. En anglais quand United est après le nom, il indique une raison sociale et il est alors distinct du nom, il n'en fait pas partie vraiment (tout comme en français dans le Café de la Gare et de l'Opéra réunis). On est trop dans le brouillage de codes, de langues, d'époques et de mondes culturels différents pour qu'un message clair apparaisse. Cela porte un nom : la saturation. Et je pense qu'accumuler les signes de manière aléatoire équivaut à leur ôter toute valeur. Mais peut-être était-ce cela le message ? Dire qu'un signe ne veut rien dire ou peut dire autre chose. 

dimanche, 27 septembre 2009

Perros et Perec

Dans une lettre de 1965 à Jean Paulhan, Georges Perros (de son vrai nom Georges Poulot) démentait se cacher derrière le nom de Georges Perec qui venait d'obtenir le prix Renaudot pour les Choses. Il ne s'agissait que d'une plaisanterie entre amis, Perros était un inconnu complet qui ne livrait que des notes de lecture à la NRF ou à la Comédie Française et n'avait publié qu'un livre de poèmes et un d'aphorismes. Mais Perec était tout aussi inconnu l'année précédente, malgré quelques articles. Le romanesque était totalement éloigné à Perros alors qu'il plaisait à Perec qui avait des idées stendhaliennes, voire verniennes. Ce qui est profondément troublant, c'est que les deux sont morts d'un cancer du larynx à trois ans de distance et c'était le moment où je constituais ma culture littéraire, autant dire que les deux disparitions m'ont frappé.

Ce qui est un peu étrange au sujet de Perros, c'est qu'il passe pour breton aux yeux de beaucoup au point que Miossec le chante au nom de la bretonnitude dans la commune où il vivait une partie de l'année, lui rende hommage, alors qu'il n'avait que sa résidence secondaire en Bretagne. Mais c'est aussi le cas de Perec qui paraissait avoir un nom breton et non juif polonais. Ces idées préconçues sont un peu absurdes et je me demande si Perec ne pourrait pas devenir aussi un Breton même s'il n'a aucune attache avec la Bretagne ou été chanté par des bardes bretons.

jeudi, 21 mai 2009

Un Néandertal, des Néandertaux

Séquence kitsch, stupidité, vulgarité, minauderies, rires gras et pseudo-provocation sur fond de musique bruyante et commerciale en compagnie de Mme BHL Cela dit, le jeu de mots semble être un peu plus ancien que Philippe Katerine. Et elle donne de Néandertal une image digne de tous les poncifs qu'elle a pu aligner sur le Mexique ou son époux sur tous les pays dans lesquels il aurait enquêté comme la Géorgie, l'Afghanistan, les Etats-Unis...

samedi, 28 mars 2009

Le slam moléculaire

Je découvre ça :

Après un premier EP sorti il y a quelques années, l'auteur-compositeur-interprète livre son premier opus enregistré notamment à la Cartonnerie.

Un EP, c'est tout simplement l'équivalent d'un maxi-45 tours ou d'un 17 cm, faut parler djeune et didjéï pour se faire entendre alors que ce n'est pas le lectorat habituel de l'Oignon. Mais surtout un opus n'est pas un album de longue durée, c'est tout simplement un morceau de musique et dans les disques de musique classique l'on peut trouver parfois jusque dix ou vingt opus différents... Il s'agit d'un abus de langage par cuistrerie, comme dans le cas d'éponyme (avez-vous écouté le dernier opus éponyme de Mylène Fermela ? est du plus grand chic).

J'aime aussi :

Barcella confirme sa suprématie dans l'art de manier la langue française, qu'il transforme en science tant les mots et les lettres se muent en produits chimiques qu'il mélange pour former une potion magique entrainant immanquablement l'auditeur dans un autre monde.

Des lettres qui sont slamées ? Cela me semble difficile, sauf dans ce cas et celui-ci. Parce que normalement, on ne chante, scande, récite, rappe, slame pas des lettres, mais des sons ou des phonèmes (consonnes et voyelles) ! Les lettres, c'est fait pour écrire ou pour lire avec ses yeux (voire ses doigts dans le cas du braille). A quoi donc a-t-il servi que Saussure se décarcasse pour dire que le couple signifiant-signifié, représenté par le graphème et le phonème, était les deux faces d'une même feuille ? Passons sur les métaphores idiotes, convenues et pourtant absurdes dans le contexte comme la potion magique.

Il y a décidément une alchimie du verbiage envers laquelle je resterai toujours fort sceptique.

jeudi, 22 janvier 2009

Dans les gentils champs de coton, les gentils Nègres chantent gentiment...

Le trophée de la phrase débile et ridicule du mois, si ce n'est de l'année, est attribué à l'unanimité du jury (moi, ma pomme, mézigue et bibi) à Jean-Claude Dassier, patron de l'information à Tihefouane et père du célèbre Enchanteur des médias fort umpesque et sarkozyste :

"En rappelant que ce chant a pris naissance dans la misère et dans les difficultés des noirs notamment dans les champs [sic] coton, chacun sait pour en avoir cueilli que ce n'est pas facile à faire, je ne vois pas en quoi trouver une connotation raciste"

déclarait donc le journaliste en chef de l'UMP-TF1.

Personnellement, je n'ai jamais récolté de coton. Des pommes de terre, du foin, des pommes, des cerises, des mirabelles, des brimbelles, des groseilles, des champignons, du blé, du seigle, de l'orge, de la luzerne, des asperges, de la doucette, des pissenlits, et une foule de plantes diverses. Mais du coton, jamais. Il n'en pousse guère dans les froides contrées d'Alsace ou de Lorraine. Je crois aussi ne jamais avoir récolté de bananes ou de cannes à sucre ou de noix de coco. Donc, non, je ne sais pas combien cela doit être dur, je me l'imagine seulement, je ne suis pas sûr non plus que beaucoup de jeunes Français aujourd'hui aient cueilli ne serait-ce qu'une tomate ou une laitue ou aient grimpé à un arbre afin de prendre une olive ou une noix sur un arbre. Je sais juste que ramasser les brimbelles ou cueillir le raisin sont des tâches qui usent les reins et les jambes, mais je ne vois pas comment avoir l'expérience des champs de coton dans des régions neigeuses et j'ai un peu de mal alors à me mettre à la place des anciens esclaves noirs, je fais donc effort d'imagination pour comprendre que ce n'est pas aisé. Quant à dire de ce fait que le fond n'était pas raciste, il faut une sérieuse dose de préjugés en ne voyant pas que les gospels sont le produit d'une histoire passée aussi par les églises et retravaillés au fur et à mesure du temps, des courants musicaux ou idéologiques, qu'il n'y a pas une âme noire inchangée depuis des siècles qui apparaîtrait d'un coup et que l'homme noir a pu connaître l'histoire lui aussi, contrairement à ce que dit le discours de Dakar dont on peut lire là une relecture encore plus caricaturale que les autres.

dimanche, 26 octobre 2008

AB Production comme entreprise de recyclage du socialisme

Poursuivons notre grande opération de révision de textes littéraires fondamentaux pour Jean-Steevyn et Mariah-Samanthah dans le cadre de l'opération Ecole ouverte ! Au programme, une chanson engagée et militante d'Hélène qui illustre à merveille le socialisme en vigueur durant les années 80 !

Hélène
Je m'appelle Hélène
Je suis une fille
Comme les autres
Hélène
Si mes nuits sont pleines
De rêves, de poèmes
Je n'ai rien d'autre

Compare ces paroles avec celles-ci :

Tandis que moi qui ne suis rien
Qu'une petite fille de Français moyens
Quand je travaille oui je me sens bien
Et la fortune viendra de mes mains

Quelles différences constates-tu ?

Je voudrais trouver l'amour
Simplement trouver l'amour

Que penses-tu du rôle poétique de la répétition dans les textes d'Hélène ? En quoi est-il suggestif et particulier de son art comme tu pourras le voir par un autre de ses titres immortels ?

Je m'appelle Sarah,
On dit que je suis bien trop sage,
Mais je n'aime pas
Les autres garçons de mon âge.
Ça va sans doute vous faire sourire,
Je n'ai pas grand chose à leur dire,
Ça me fait drôle de vous écrire,
Ça me fait drôle de vous écrire.

Compare ce couplet avec les paroles de cet autre air impérissable. Penses-tu qu'Hélène a introduit une révolution musicale et poétique ? Pourquoi ?

Chaque soir, je veux chanter
Pourtant je ne suis pas vraiment loin de toi
Tu n'es pas tout à fait abandonnée
Et tu sais bien que je n'aime que toi

Un p'tit peu de joie dans le cœur

Compare le passage suivant avec celui de l'extraordinaire poète Claude François qui suit :

Et même
Si j'ai ma photo
Dans tous les journaux
Chaque semaine
Personne
Ne m'attend le soir
Quand je rentre tard

Mal aimé
Je suis le mal aimé
Les gens me connaissent
Tel que je veux me montrer
Mais ont-ils cherché à savoir
D'où me viennent mes joies ?
Et pourquoi ce désespoir
Caché au fond de moi ?

Penses-tu qu'Hélène aurait pu avoir un destin aussi tragique que Claude François ?

Compare ce couplet avec les paroles de cet autre air impérissable. Penses-tu qu'Hélène a introduit une révolution musicale et poétique ? Pourquoi ?

Et même
Quand à la télé
Vous me regardez
Sourire et chanter
Personne
Ne m'attend le soir
Quand je rentre tard

Serais-tu prêt à consoler Hélène, toi aussi, comme sur un Skyblog en lui disant tous les mots d'amour qu'il faut ? Que penses-tu de son importance culturelle dans l'évolution de la chanson engagée sous l'époque socialiste ? En quoi Hélène annonce-t-elle les temps révolutionnaires que nous connaissons par l'avènement du bling-bling égocentrique et narcissique, de la compassion universelle et du mélange de tout et n'importe quoi ? Comment sous Hélène s'annonçait le régime en vigueur, explique !

mercredi, 01 octobre 2008

Bob Dylan est mort !

John Lee Hooker est mort et bien mort depuis 2001 à un âge avancé, mais que je sache Robert Zimmermann (né en 41) est toujours bien vivant, fort actif, et son époque est aussi celle de Jean-Louis Murat (né en 52) :

Un écrivain doit connaître Homère, un cinéaste, Griffith, et nous, le Moyen Âge ! Peut-être que je n’aime pas mon époque. Bob Dylan et John Lee Hooker n’appréciaient pas la leur non plus. Nous ne sommes pas obligés d’être mariés avec notre temps.

Ce n'est pas la première crise d'hallucination et de mégalomanie de la part du troubadour auvergnat qui n'hésite jamais à se saisir d'un grand nom afin de parler de lui et de lui seul. Que l'on se souvienne de ça ! J'admets que les nouvelles arrivent lentement dans ces montagnes reculées, mais il en est certaines qui sont précipitées.

mercredi, 03 septembre 2008

L'anglais selon Tellier

La méthode du chanteur français (!) de la dernière Eurovision pour écrire des textes en anglais : "A chaque chanson, je choisis la langue qui met le mieux en valeur ma musique, or le plus souvent, mes mélodies sont sublimées par l'anglais. J'écris comme ça me vient. En cas de doute, je vérifie dans Google que la tournure de phrase existe, sinon, je trouve des solutions." Vérifier une construction de phrase d'une autre langue dans Google ! On connaissait déjà le travers qui consistait à considérer Google comme un dictionnaire ou un manuel de morphologie, mais de là à en faire une sorte de guide syntaxique... Bien sûr que cette construction aura presque toutes les chances d'exister dans Google, surtout lorsque l'on songe à l'invraisemblable palette de broken English venus des cinq continents et aux délires des traducteurs automatiques ! Statistiquement, il y a plus de chance de tomber sur une phrase agrammaticale ou non-sémantique en anglais dans Google que sur une phrase d'anglais correct ou courant. S'il chantait en latin, il aurait moins de chance de tomber sur la formule exacte (la joie des écoliers d'autrefois était de trouver l'expression toute traduite dans le Gaffiot, moment fort rare). Quant aux solutions ? Bredouiller : "Pour être bien certain d'être incompréhensible, Sébastien a une méthode infaillible : "Je fais exprès de bafouiller." On ne voit plus alors les erreurs de construction. Mais alors pourquoi vérifier dans Google si la forme existe bien en anglais ? Il n'empêche que c'est une drôle de manière de sublimer la musique. Le kobaïen serait aussi valable.

vendredi, 18 juillet 2008

Mythologie de la boulangère

Nous sommes en été, les sujets sont donc plus légers tout comme les robes. Comment maintenir une audience en chute libre quand on manque d'inspiration ? En adoptant exactement la même stratégie que les magazines dits sérieux comme l'Express ou le Nouvel Obs : du cul à la une ! Mais comme je ne peux vous entretenir du sondage Pipotron sur le sexe en vacances ou les Français et le sexe, j'ai décidé de vous livrer quelques commentaires sur un grand mythe français : la boulangère !

La boulangère, parmi toutes les commerçantes, occupe une place de choix dans l'imaginaire collectif des Français. Elle est au centre de tous les fantasmes, contrairement à la poissonnière ou la bouchère et on se demande pourquoi. D'abord, elle appartient au quotidien : on se rend à sa  boulangerie chaque jour, mais à sa poissonnerie une fois par semaine. Ensuite, une boulangerie est le lieu où se rendent très jeunes des enfants pour faire des courses familiales ou s'acheter des friandises à la sortie de l'école. Cela imprègne plus la mémoire que les rares visites à une boucherie. Puis, une boulangerie, ce n'est pas seulement le quotidien avec la baguette, mais aussi l'exceptionnel, le luxe, le plaisir avec une pâtisserie que l'on met longtemps à choisir. Enfin, la boulangère, c'est normalement la femme du boulanger et elle sort tous ses appâts pour séduire le client, mais on ne voit jamais le boulanger qui dort puisqu'il a travaillé toute la nuit ! C'est donc la femme tentatrice et luxurieuse, presque libre du fait que son mari est toujours absent. Une vraie Lilith. 

Pourquoi ce mythe est-il profondément français ? D'abord à cause de la place du pain dans cette civilisation complexe. Dans d'autres pays, la boulangère sera remplacée par une serveuse de café ou de restaurant ou de pâtisserie, mais la boulangère elle reste toujours identique d'un bourg à l'autre, d'un quartier à l'autre et on la retrouve de loin en loin comme un personnage familier. Le Français va toujours chercher son pain ou ses croissants chaque matin afin qu'ils soient bien chauds (en revanche le Britannique attend le passage du laitier qui ne fait rêver que les femmes au foyer). C'est ce que l'on nomme un archétype.

On connaît la chanson enfantine de la boulangère qui figure sur bien des sites éducatifs :

La boulangère a des écus
Qui ne lui coûtent guère
La boulangère a des écus
Qui ne lui coûtent guère
Elle en a, je les ai vus
J'ai vu la boulangère aux écus
J'ai vu la boulangère

La musique est de Mondonville, auteur remarqué en son temps. Air innocent et charmant semble-t-il. Que ne connaît-on la version complète de la chanson ? Je ne recopie pas les paroles de Pierre Gallet, auteur du XVIIIe s., car elles feraient rougir plus d'une personne. On notera cependant les métaphores bien explicites du pain à enfourner, de la pâte à pétrir. Ce n'est pas le genre de texte à faire réciter par de charmantes petites têtes blondes. 

Plus près de nous, Georges Chelon file aussi la métaphore où l'on dévore la personne des yeux comme l'on dévore des friandises ou du pain ou de l'analogie entre le corps et le croissant. 

Des croissants chauds
Chaque matin de nos vacances
Chez grand-maman, au bord de l'eau
C'était là toute mon enfance
Mon oncle se levait très tôt
Courait à la boulangerie
J'ai cru comprendre à demi-mots
Que la boulangère est jolie

Que fait l'oncle avec la boulangère ? On ne sait. Mais toujours est-il que son désir est suggéré par celui plus tardif du neveu. 

Beaucoup plus trivial, Jacques Fabri nous ramène à la tradition du jeu de mots grivois sur le nom des miches (Pierre Louki s'est compromis dans cette pochade) :

La boulangère
Elle exagère
A les miches tout près du pain
La boulangère
Elle sait y faire
Pour poser ses miches dans vos mains
Il est inscrit sur une affiche
Interdit de toucher au pain
Mais si vous touchez à ses miches
Jamais la boulangère n'se plaint
Mangez du pain
Vous vivrez bien

Encore une fois, nous avons l'image de la bonne pâte ou de l'action de pétrir. L'énonciateur voudrait être à la place du boulanger.

Nous allons faire maintenant dans la haute poésie élégiaque en citant Apollinaire, poète d'un grand raffinement (quand il le voulait) :

Boulangère jadis qui respiriez l'amour

La suite peut être lue en ligne par les personnes qui certifient être majeures. La boulangère est là juste comme une figure de la femme sans rapport avec les métaphores liées au pain.

On en arrive au groupe Java dont la chanson Ce s'ra tout ? utilise l'ensemble des métaphores pâtissières et boulangères possibles :

Bonjour, qu'est-ce qu'il voudra le p'tit monsieur?
Euh bonjour j'voudrais une baguette s'il vous plait
Il l'a veut comment sa baguette, bien moulée?
Euh oui en fait, c'est que justement j'voulais vous dire
Pardon? Pardon vous avez dit quoi monsieur? 

Nous avons droit à : la forêt noire, les miches, crudité ou jambon-beurre, chouquette, bâtard, cake, et à bien d'autres calembours qui dérivent fort loin de la simple gaudriole. Mais si la base de l'histoire reste la même (une boulangère que l'on désire), la fin est différente puisque la boulangère ne veut pas se vendre :

Nan mais attends nan mais il va s'la fermer sa gueule la p'tite boulette!)
M'en fous moi d'ton boulanger moi
Thon rassis va
(Ouais bah moi j'vais t'la couper en tranches ta dragée)
Mais reste beignet dans tes chaussons moisis, boudin va
(Nan mais t'a appris ta poésie dans les Carambars)
Ouais c'est ça ouais, dans les Carambars
(Daniel, Daniel! Daniel, ramène ta fraise)
Ouais c'est ça ramène ton mari ouais
(Daniel!)
Ce s'ra tout
(Daniel!) 

Eh oui ! le drame est là : la boulangère est la femme du boulanger. Elle doit subir déjà tous les assauts de personnages sortis du Bachelor, alors elle sait répondre.

mardi, 15 avril 2008

Scandale à l'Eurovision

Un candidat au prix de la carpette anglaise est déjà tout désigné. La ministre de la Culture a été interpellée :

"Pour la première fois" depuis 1956, "la France sera représentée par un chanteur, Sébastien Tellier, qui interprétera une chanson en anglais", explique-t-il [le député UMP François-Michel Gossot] dans un communiqué.

Jusqu'à présent, la France était en effet le seul pays (avec le Royaume-Uni, Malte, l'Irlande) à ne pas avoir renoncé à sa langue nationale, ne serait-ce qu'une fois (même s'il y eut un joli mélange anglo-français avec Joëlle Ursull). Cela va faire un joli scandale pour les associations et les mouvements souverainistes. D'autres diront que le scandale, c'est que la France figure le plus souvent au bas du classement depuis Marie Myriam. Certes... mais l'Eurovision est une compétition où chaque pays tente de ne surtout pas remporter le prix, afin de ne pas avoir à accueillir la compétition suivante. Le vrai scandale, c'est l'existence de l'Eurovision qui est d'abord un monument du kitsch, avec à chaque fois un monstre particulier, des groupes pseudo-folkloriques mélangés à des tribus modernes, des paillettes et des girls en petite tenue comme au bon vieux temps des guyluxeries. Ce n'est en tout cas pas demain que l'on pourra y entendre du kobaïen.

mardi, 25 mars 2008

Les cinquièmes Beatles reloaded

Et un nouveau cinquième Beatle (Neil Aspinall) qui disparaît, un de plus ! Mais combien étaient-ils en fait les cinquièmes Beatles ? On finirait par former un régiment entier avec eux...

Surnommé parfois "le cinquième Beatle", il était devenu le road manager (responsable du matériel) du groupe dès le début de la carrière des "Fab Four"..

lundi, 03 mars 2008

Tecktofrik

Mais ils [TF1-Entreprise, filiale de TF1] ont oublié un petit (et riche) pays dans leur business plan: la Suisse. L’Institut fédéral de la propriété intellectuelle (IFPI) a effectivement accordé les droits de ce terme [la tecktonik] sur territoire helvétique à deux jeunes Romands,

Oui ! Les meilleurs bizness-models ont aussi leurs failles... On dépose le nom fort juteux et toutes ses variantes phonétiques ou graphiques dans l'ensemble de l'Union européenne, puis on s'aperçoit que la Suisse n'appartient pas à l'Europe tout en étant juste au milieu de celle-ci !

mardi, 29 janvier 2008

Battle

Alexia Laroche-Joubert : "Préparez-vous aux battles".

Quand je lis ça, je suis bien content de ne plus avoir de télévision. A quoi cela sert-il de farcir son français de mots anglais qui ont déjà leur correspondant exact en français ? Parce que cela ne désigne même pas une réalité nouvelle, à la différence de produits techniques récents ou de concepts différents. C'est en outre un anglais pauvre, avec un vocabulaire basique, compréhensible par un élève de sixième puisque le mot est issu du français bataille. On a affaire à l'emprunt snob qui est choisi pour sa connotation prétendument plus moderne, plus dans l'air du temps, plus jeune. Mais cela me fait songer aux anglicismes de Gilberte dans la Recherche : quelques mots d'anglais simpliste dans une phrase afin de se croire à la page et fort chic. La StarAc ou l'entreprise de décervelage. Alors que c'est simplement la reprise du radio-crochet. Un truc de vieux... Mais avec un peu d'anglais basique saupoudré dans les discours, cela devient furieusement trendy.

samedi, 19 janvier 2008

The Osbournes

Parmi les célébrités du rock, il en est quelques-unes particulièrement frappadingues. La famille Osbourne - qui est par ailleurs le sujet d'une émission de téléréalité dans la grande île voisine - se distingue nettement : le quart-monde british avec du fric, le tout sur fond de bière (tiède bien entendu) et d'amplis distordus ou de guitares saturées. On est à cent lieues de Buckingham et de Beckingham, le mauvais goût est assuré avec cran dans un décor empli de bibelots d'un kitsch certain. Les Osbourne, c'est la famille Groseille ou les Simpson des Godons ! Mais quand Kelly, la fille du chanteur Ozzy, décide de se faire faire un tatouage en français parce que le français fait plus chic, cela craint à donf comme dirait Fadela Amara : "Je vous aime la maman".  Ce qui est censé traduire "I Love You Mama", le titre par lequel Elvis a commencé sa carrière. Le tatouage a un peu plus d'un an, la nouvelle n'est donc pas de toute dernière fraîcheur, mais enfin... quand on commet des erreurs dans une autre langue, le mieux serait quand même d'éviter de se les faire imprimer dans la peau. Bon... mais c'est les Osbourne...

jeudi, 10 janvier 2008

Soundpainting

Dans la feuille de propagande de mon conseil général (que je lis afin de la rentabiliser avant de la porter à la déchetterie), je découvre le soundpainting qui est décrit comme de la musique improvisée dirigée. Un moment je crois à un canular vu la contradiction totale entre les idées. Un petit tour dans Wikipedia me montre qu'en effet les concepteurs du concept n'ont pas craint un oxymore redoutable. La définition de Wikipedia est d'ailleurs assez effarante car elle affirme que ce nouvel art ne demande aucune expérience de l'improvisation. Il y aurait donc de l'improvisation que ne serait pas improvisée parce que déjà expérimentée ?

jeudi, 20 décembre 2007

Champignac's Earl and Cats

6e5f1cbdd046fdff32c9bf2b2da2d6e5.jpgImprimez ce ticket d'entrée pour mon concert de Noël en compagnie de chats de gouttières (nous interpréterons une variation de Duetto di buffo due gatti en version jazz-punk et quelques autres airs traditionnels revisités en R'n'B ou en hip-hop parlant de chats). Vous augmenterez votre pouvoir d'achat de manière fort simple, rapide et moderne (puisque le billet sur la Toile prêt à être imprimé par l'utilisateur est censé être un gain financier pour l'acheteur qui n'a plus besoin de payer les frais d'impression du billet que subit le pauvre vendeur). C'est mon cadeau de Noël... L'informatique nous rend plus libres et plus riches !

lundi, 03 décembre 2007

Johnny, c'est fini !

Enfin la nouvelle est tombée ! Il l'a dit ! C'est dit avec une syntaxe plus qu'approximative qui doit autant aux leçons de grammaire de Jean-Claude Van Damme (cet illustre Belge) qu'à celles de Nicolas Sarkozy (cet illustre Français), mais au moins le contenu y est :

J'ai trop le respect du public pour ne pas être trop âgé pour monter sur scène.

Ouf ! Bon débarras... Le Pepsi-Cola, cela finit par user un peu le cerveau. On avait fini par craindre qu'il continue à saccager le patrimoine du rock et du blues plus longtemps encore que Maurice Chevalier n'avait démoli de manière consciencieuse la chanson française, et on espère que ces adieux-ci seront les bons. Ma grande question est : comment un type aussi intelligent que Godard a-t-il pu filmer un tel imbécile ?  

samedi, 15 septembre 2007

Facilement marketable

Petit florilège d'une émission de décervelage pour ados :

Pas de chichis, press start pour mon intro, pas de blèmes, on en place une pour mes accros, faut que ça donne, il faut que ça le fasse.*

Celui-là, alors là, il m’a… whoua !

Vous êtes une belle brochette de staïles.

En chant, il a un truc extrêmement wise.

Vous n’avez pas le level pour être à Popstars.

La grande force de cette version, c’est qu’elle est extrêmement cash, c’est la réalité des maisons de disques.

Est-ce qu’il est facilement marketable ?

Un grand moment de journalisme critique ! Et je n'ai pas diffusé le pire... Cela m'a mis les poils...

* Cela ressemble surtout à une imitation. 

 

dimanche, 02 septembre 2007

Orphelin

Mondieumondieumondieu ! Il va falloir que je révise mon lexique maintenant que j'apprends que le Johnny franco-belgo-helvéto-monégasco-sarkozyste (et peut-être bientôt québécois, luxembourgeois ou gabonais) était orphelin... Sortez les mouchoirs, car il va se trouver à la rue comme il l'avait déjà chanté ! Il doit y en avoir des orphelins dans le monde, vu le nombre d'adultes qui perdent leurs parents sans se dire orphelins. Mais le Johnny a-t-il jamais été un adulte ?

vendredi, 17 août 2007

Elvis, Elvis, n. m., 3e déclinaison parisyllabique

I tenere me, suaviter
Ama intime
Me beasti dulciter
Et nunc amo te
Tenere me adama
Vero somnio
Amo te, o lux mea: Fiat unio.

C'est Love Me Tender en latin. Why not ? Mais là où je tique, c'est lorsque l'on m'annonce ceci :

Les Finlandais, selon ce linguiste et latiniste patenté, prononcent plus facilement le latin que l'anglais.

Avec l'accent finlandais et la prononciation finlandaise du latin sans doute, puisque les différentes prononciations du latin sont toutes reconstituées ou influencées par les parlers locaux ! Parce que moi, j'ai déjà du mal à comprendre le latin prononcé par un Anglais (et je ne parle même pas d'un Ecossais ou d'un Irlandais)... Et je crois qu'un Italien aura encore plus de mal avec ce genre de latin... 

 

lundi, 21 mai 2007

Le jardin aux betteraves (2)

MILTON : Écoutez, Camoens, vous n'allez pas vous mettre à feindre la bêtise, par surcroît. Je ne vous parle pas d'architecture. Vous le savez fort bien. Vous avez eu bien avant moi l'expérience des Casinos. Eux non plus ne ressemblaient à rien. Mais jamais, Camoens, jamais, vous m'entendez ? Jamais ! Au cours de ma carrière, j'en ai vu des casinos, j'en ai vu, même au bord de la mer, et même au bord de mers beaucoup plus petites que celle-ci. Et les Maisons de la Culture, ce n'est pas seulement que j'en ai vu – je les ai toutes vues, ou presque. De toutes les formes. Tenez, à Spinche, c'est une espèce de gros aspirateur, on y entre par un long tuyau plein de poussière. À la Maison de la Culture de Croûton-Vieille-Ville, tout se passe sur les paliers d'un interminable escalier en spirale ; la spirale, au sommet, fait place à une échelle, puis à une corde à nœuds, pour ceux qui veulent vraiment monter jusqu'à la jouissance du parnorama complet ; parce que la Maison culturelle de Croûton-la-Vieille, symboliquement sans doute, est bâtie tout en hauteur, et quand on l'aperçoit de loin à travers la vitre du car, c'est à s'y méprendre une poire à lavement en béton armé posée verticalement sur l'horizon. J'ai fait aussi mes quarante-cinq kilomètres à pied d'Arnim, où on jouait la dernière pièce de Marivaux. Mais jamais, Camoens, vous m"entendez, jamais je n'ai vu ce que nous voyons ce soir. 

 

Roland Dubillard

dimanche, 20 mai 2007

Le jardin aux betteraves (1)

Le décor, rouge, ressemble à l'intérieur d'un étui de violon. À droite, une cloison qui ne va pas jusqu'au plafond. Adossé à cette cloison, un piano droit.

Quelque part, un buste de Beethoven, un grand fauteuil, une contrebasse. Des tabourets, une table, etc. On entre dans la pièce par une porte à tambour.

Camoens, qui vient d'installer le matériel d'un quatuor à cordes, visite la salle. Il regarde le buste de Beethoven. 

Tonnerre intermittent.

Mais l'ennui surtout pour Camoens est de ne savoir que faire de son violoncelle. Mettez un violoncelle debout, il tombe.

Comme il vient de tonner fortement, Camoens se précipite au chevet de son violoncelle étendu et, avant de le remettre debout, se donne ce conseil :

CAMOENS : Pas par les cordes, surtout, pas par les cordes !

Il le relève avec précaution.

Camoens a une poche spéciale à son pantalon, dont il tire enfin un archet. Il en tire aussi un parapluie, qu'il accroche à la cloison. Des portraits de femmes romantiques ornent cette cloison, rouge comme tout ici est rouge, excepté le monumental fauteuil qui occupe la place souveraine quelque part.

La curiosité de Camoens le pousse à certaines investigations, derrière le piano par exemple, qui s'adosse à une paroi incomplète : on pourrait, en montant sur le clavier, jeter un coup d'œil derrière cette cloison.

Camoens y renonce. Son premier projet était de jouer du violoncelle. Il lui reste fidèle.

Les chevalets étaient déjà installés (par lui). Il va s'asseoir devant sa partition, y cherche une note, la trouve et la joue.

On frappe, au plafond semble-t-il, quatre coups égaux.

Camoens regarde en l'air, regarde sa montre, regarde encore en l'air, n'y croit pas — et se remet à jouer sa note. Puis une deuxième. Puis une troisième : ça va, on croirait presque une mélodie, mais :

On frappe quatre nouveaux coups.

 

Roland Dubillard         

 

samedi, 12 mai 2007

Eurovision comme

Eurovision comme cette fort lisse image,
Ou comme cestuy-là qui cria sa chanson,
Et puis est retourné, plein d'usage et pognon,
Vivre entre ses parents la geste de ses gages !

Quand reverrai-je, hélas, de ma petite image
Venir le souvenir, et en quelle saison
Reverrai-je mes séances à la télévision,
Qui m'est une prébende, et beaucoup d'avantages ?

 

Pour la suite, je la laisse à la libre inspiration de tous. 

 

Impro-verbes (14)

— Qui perd l'eurovision épargne des millions.

— Malte dix points, pas mal de tintouin.

— Malta ten points, fin de ce round. 

— My télé is kitsch.

— Sans Marie Myriam on ne marie les âmes.

— Singing en anglais is easy for étrangler zi étrangers.

— Tel chante en yaourt, tel hante les yourtes.

— À mauvais globish, victoire au finish.  

vendredi, 27 avril 2007

Rostro quoi ?

Plus fort que Liszt ou Dvorak, on trouve Rostropovitch : le chef d'orchestre et le musicien dont le nom était le plus sujet à métathèses ou à syncopes. On trouve 792 Mistlav, 40 Mitslav (par attraction de slave), 80 Mstilav, 19 Mislav 4 Mitslaw, 1 Mstilaw, 30 Mstislaw et je n'ai pas épuisé toutes les combinaisons. Je précise que je n'ai gouglé qu'avec le nom de Rostro. Bien entendu, cela se retrouve à l'oral, la prononciation la plus fréquente de Mstislav étant Mistlav ou Mislav...

samedi, 07 avril 2007

Yaourt : ten points

Ironiquement, Verka Serduchka a également déclenché la colère des nationalistes russes, notamment pour son refrain "I Want You to Sing Russia Goodbye". Le chanteur s'est défendu en affirmant qu'il chantait en réalité "I want you to see lasha tumbai", une expression mongole désignant du beurre baratté.

 

Comment savoir la vérité lorsque tous les chanteurs de l'Eurovision ou presque s'expriment en yaourt, c'est-à-dire ce mauvais anglais au vocabulaire minimaliste, à la syntaxe réduite et à la prononciation plus qu'approximative ? 

Rap de droite

C'est adressé à ceux qui disent : "Je suis un méchant gangster, je mets les femmes à poil, j'exhibe mes richesses et mes armes, je suis un rebelle." Non, tu n'es pas un rebelle, tu es l'assistant de campagne de Sarkozy, le chef de cabinet de Jean-Marie Le Pen, l'eau du moulin du cliché.

Signé IAM, toujours aussi drôle, juste et inventif. 

mardi, 27 février 2007

Les portes de la Belgique bientôt vont se fermer

Gasp ! le Monde avec l'AFP fait très fort !

Le chanteur, né d'une mère française et d'un père belge avec lequel il a eu très peu de contacts, avait formulé sa demande de naturalisation en novembre 2005 pour des "raisons sentimentales", la Belgique étant son pays de naissance.

Tout le monde sait pourtant que le Jauni est né dans la rue

vendredi, 12 janvier 2007

Gardarem lou Marly-Gomont !

Kamini provoque des actes de vandalisme dans sa commune d'enfance :

Une popularité qui serait donc à double tranchant pour Marly-Gomont. « C'est ce à quoi j'ai pensé en premier », commente Odile Gourlin, à propos des vols éventuels de panneaux suite à cette notoriété soudaine du village.
Depuis le mois de septembre, de nombreux fans venus de toute de la France ou même de l'étranger, ou simplement des curieux, se font en effet photographier devant les panneaux.


mardi, 24 octobre 2006

Slamification

Il y a quand même un vrai problème dans le terme slam. Pour Cali, ce n'est qu'une performance physique de chanteur et pas un genre de poésie :


Si on m'arrêtait pas, j'arriverais sur scène et je plongerais directement sur les gens ; le slam, on plonge, on est porté, moi j'appelle ça ma "slamification". 


Je veux bien qu'il y ait un stage-diving qui se nomme en argot anglais slam depuis l'époque punk, mais quand même on ne devrait pas employer ce mot en français pour cette pitrerie. Je me demande d'ailleurs si cette ambiguïté n'est pas volontairement entretenue par certains musiciens ou certains critiques musicaux...