vendredi, 09 mai 2008
Impro-verbes (20)
C'est une suite un peu décousue et sans cohérence autour de Mai-68 et de sa célébration obligatoire. Cela part un peu dans tous les sens et cela tire à tout-va, car je me suis laissé porté par les mots, les sons ou les slogans.
Qui trop écoute André Glucksmann
Deviendra tôt un être monomane.
Tel se prend pour Cohn-Bendit,
Puis se connaît comme maudit.
Comme le dit Dany le rouge,
Il ne faut plus que ça bouge.
Benni Levy, comme béni-oui-oui.
L'ange de Jambet nous fait
Une belle enjambée comme méfait.
Alain Geismar, bonjour les dégâts,
Deux Geismar, y en a marre.
Qui a lu Serge July se dit
Aujourd'hui qu'est-ce que je lis ?
Alain Sauvageot, sauvageon mais pas trop.
Mai 68 : la police vous parle tous les soirs à 20 heures ;
Mai 2008 : la police vous parle sur LCI à toute heure.
La cote du Raymond Aron
Permet des comptes ronds.
Sous les pavés des faux révolutionnaires
La place des futurs best-sellers.
Un petit pavé dans la gueule
Et on se sent moins seul.
Chez BHL, c'est comme au BHV,
Tout est à acheter et est achevé.
Ne cours plus camarade, ta retraite à taux plein est derrière toi !
18:09 Publié dans Oulipismes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : oulipo, proverbes, parodies, mai-68, soixante-huit
mercredi, 23 avril 2008
Mai-68 en BD : les as du marquetingue sont à l'oeuvre
En ce moment la maison Dargaud fait une opération de promotion de ses albums humoristiques en parallèle avec la publication exceptionnelle d'un numéro de Pilote consacré à Mai-68. On voit un beau sticker rouge "Liquidons l'héritage de Mai-68" sur les couvertures. Aimable plaisanterie pseudo-antisarkozyste, d'autant plus savoureuse lorsque l'on sait que Dargaud appartient au groupe Média Participations (ex-groupe Ampère), fort lié aux milieux catholiques les plus intégristes... Seulement, quand j'ai vu les albums choisis, je me suis dit qu'à trois exceptions près, aucun ne contenait de planches parues cette année. Pire : certains dessinateurs n'avaient même pas encore collaboré au journal Pilote.
On trouve donc :
- un Philémon de Fred, présent depuis 1965 et ayant bien publié le Naufragé du A en 68, sans doute l'histoire la plus en prise avec l'actualité malgré son aspect merveilleux ;
- un Grand Duduche de Cabu, présent depuis 1962 et ayant créé sa série en 1963 souvent avec l'aide de Goscinny dans la Potachologie, mais les albums chez Dargaud sont assez polis par rapport à la suite ;
- une Rubrique à Brac de Gotlib, présent depuis 1965 et ayant bien créé cette série en 68 tout en dessinant encore quelques Dingodossiers.
Cela se gâte ensuite :
- Bretécher n'apparaît dans le journal qu'en 1969 avec Cellulite et l'album Salade de saison reprend des planches publiées de 72 à 74;
- Mandryka écrivait certes des scénarios sous le pseudonyme de Kalkus depuis 65, mais le nom de Mandryka n'apparaît qu'en 69, et le Concombre masqué n'intervient dans Pilote qu'en 1971 (il était auparavant dans Vaillant, puis Pif-Gadget) et les Clopinettes en collaboration avec Gotlib sont datées de 70 à 74 ;
- F'Murr(r) publie pour la première fois ses Contes à rebours en 71, mais le Génie des Alpages commence en 72 ;
- Lauzier ne présente ses Tranches de vie qu'en 74 seulement, lorsque le journal devient mensuel.
Et on pourrait continuer...
Bref, la plupart des titres sont choisis parce qu'ils appartiennent au fond Dargaud, qu'ils ont été conçus un peu aux alentours de 68 (date absolue), et parce qu'il faut essayer de se glisser dans les gigantesques murs de livres, d'albums illustrés, de témoignages, d'interviews, de numéros spéciaux, de DVD qui s'affichent dans les bibliothèques, les magasins multimédias et les maisons de la presse. On utilise le sticker comme si c'était "Vu en Mai-68", sur le modèle des affiches de boutiques de mode (Vu dans Elle) ou de libraires (Vu à Apostrophes) ou de mercantis (Vu à la télévision). Maintenant, Mai-68 est un argument commercial, même si c'est faux. Guy Debord doit bien ricaner dans sa tombe...
Il y aurait eu la possibilité de vendre du Pilote 68. Seulement, les auteurs qui étaient sans doute le plus en phase avec cet esprit ne sont pas publiés chez Dargaud, c'est Reiser par exemple qui publie dans Pilote de 66 à 72. Mais zut... tous ses titres ne sont pas chez Dargaud, ils ont été d'abord aux éditions du Square, tout comme ceux de Gébé autre représentant de Mai. Et quand on voit le seul album de Reiser publié par Dargaud (prépublié en 67-68), l'Histoire de France en 80 gags, on se dit que cette maison a eu bien raison de ne jamais le rééditer ensuite, tellement cela tombe à plat, est mollasson, convenu, proche de Gaston Bonheur. Un album sans aucun intérêt, même graphique. Mais qui montre qu'en ce temps-là Pilote était un journal somme toute assez conventionnel, traditionnel par ses plaisanteries bon enfant et de bon goût sur une supposée culture commune. Et on ne va pas rééditer les albums de Tracassin qui faisaient les beaux jours de 68 ! C'était hautement subversif... Je doute que l'on en vendrait des milliers d'exemplaires à présent, mais c'était la série que Georges Dargaud défendait à tout prix. Ah tiens ! c'est d'ailleurs celle qui n'a pas survécu à 68, sauf dans quelques numéros spéciaux, il n'était plus possible de maintenir un humour aussi daté et digne du patronage.
12:21 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : bd, bande dessinée, mai-68, humour


