vendredi, 10 octobre 2008

Médecine de cheval

Chic ! encore un article sur la guerre dans l'Oignon, le journal le plus cléricalo-militariste de France et d'outre-mer. On en a tous les jours avec les différentes commémorations dans le moindre village sinistré, mais il faut en rajouter aussi avec les livres qui témoignent du devoir de mémoire obligatoire. Bien entendu, il signé du va-t-en-guerre Hervé Chabaud qui énonce une fois de plus une ânerie péremptoire en recopiant mal ses notes, sans aucune distance et en ne cherchant pas à se documenter plus avant :

En 1915, la trousse de soins ne permet pas des miracles. On nettoie les blessures à la teinture d'iode, on ne peut pas faire de transfusions parce que le matériel n'est pas aseptisé. D'ailleurs, on ignore les groupes sanguins et les rhésus.

Si le facteur rhésus n'a été découvert qu'en 1940, c'est parce que l'on s'est aperçu d'incompatibilités pour les groupes sanguins à la suite de transfusions humaines et comme par hasard cela a été découvert en période de guerre. Il avait bien fallu expérimenter sur des êtres humains auparavant pour voir que la connaissance des groupes sanguins ne suffisait pas. Mais l'existence des groupes sanguins avait été elle découverte en 1900 ! Et les transfusions sanguines remontent à la plus haute Antiquité comme l'écrirait Vialatte. Le principal problème à l'époque était la conservation du sang humain et surtout celui d'empêcher sa coagulation. Ce qui sera rendu possible en 1916, justement parce qu'il fallait résoudre de manière urgente le problème du transport et de l'entrepôt des poches. Il ne pouvait donc pas y avoir de banques du sang à l'époque et les transfusions immédiates sans aucun protocole étaient risquées, mais on pratiquait bien des transfusions dans les hôpitaux de l'arrière. Simplement, cela demandait un matériel lourd, des précautions, une série de protocoles. Or c'est justement durant la Première Guerre mondiale que la transfusion sanguine prend une échelle industrielle, puisque c'est la première guerre industrielle conçue comme une entreprise de mort à grande échelle (bon... la guerre de Sécession n'était pas mal aussi dans son genre avec ses tranchées, ses mitrailleuses, ses bombardements massifs, mais c'était juste un prélude au massacre de masse). Or, donc, disais-je, les médecins bien informés (ceux qui lisent par exemple The Lancet) connaissaient parfaitement à l'époque les groupes sanguins, savaient les reconnaître, pouvaient faire des transfusions presque sans autre risque que le facteur rhésus qui ne sera découvert que bien plus tard. Ce n'était pas le cas sur le terrain au milieu des combats ou pour un simple médecin qui ne se tenait pas informé. Cette période constitue une avancée considérable pour la médecine qui se retrouve avec des foules de cas de mutilés à traiter (quelle chance pour la science que la guerre).

samedi, 16 août 2008

Caudalie

A Champignac, nous avons un hôtel-restaurant (parmi d'autres) situé dans un cadre prestigieux et qui affiche un nom en apparence énigmatique. Il a donc cru bon de faire figurer à côté des menus et des prestations une définition du mot. C'était sans compter l'esprit facétieux du pharmacien de la place voisine (plus boutiquier qu'apothicaire) qui a cru bon d'afficher dans sa vitrine des produits para-médicaux portant exactement le même nom, car c'est une marque déposée pour une pratique fort obsecure nommée vinothérapie. Or cette vitrine était occupée auparavant par des publicités pour d'autres produits de médecines parallèles aussi fumeux et ésotériques et elle se trouve à moins de cinquante mètres de l'enseigne de bon goût. Je ne sais quelle est la part du hasard dans cette histoire, mais c'est une partie du charme des petites villes de province.

dimanche, 20 avril 2008

Le jus de citron

Mais comment ! Tu as le rhume ? Je vais te le soigner. Et de deux pas vers le frigo pour trouver un demi-citron, de deux pas vers le lit afin de me placer le demi-citron en face du nez, c'était mon père. Il m'ouvrait le nez alors que je criais "non" et que j'agitais mes jambes dans tous les sens. Le jus de citron comme remède universel à toutes les maladies. On n'en voulait pas ? Mais ce n'était pas important, il fallait l'administrer quand même parce qu'on ne pouvait pas savoir, vu notre jeune âge, si c'était vraiment nocif, et puis de toute manière, cela était plus efficace que les médicaments si chers (sauf que l'on se relevait bien vite afin de ne plus avoir de jus de citron dans le nez et qu'on faisait semblant de ne plus être malades alors qu'on l'était tout autant, mais bon... cela passera avec le redoux). Remèdes imbéciles au même titre que les ventouses, les sangsues et les cataplasmes ! On se rétablissait comme on pouvait, et ce n'était pas le jus de citron qui avait agi.

mardi, 15 janvier 2008

Les porteurs de chandelles

Il vaut mieux lire la conclusion :

Cependant, l'étude comporte des limites. Comme le font remarquer, dans un commentaire accompagnant l'article, trois autres chercheurs américains, elle n'a porté que sur un petit nombre de variations génétiques.

Plutôt que le titre :

Christophe Colomb a bien importé la syphilis d'Amérique.  

La divergence entre le texte et la titraille n'est pas une chose neuve en journalisme. Ces tâches ne sont pas confiées normalement aux mêmes personnes. Cependant, on voit ici une divergence complète entre non pas le contenu et le titre, mais entre le sens nuancé de la conclusion et celui sans appel du titre. La preuve définitive est apporté, nous annonce-t-on ! Et in fine, on nous dit que non. La science se nourrit d'hypothèses et d'erreurs, mais pas d'affirmations péremptoires qui trouveraient une fin en elles-mêmes. Mais le lecteur aura été appâté par ce vieux serpent de mer, cette rumeur (non ! la rumeur, les faux bruits, c'est réservé aux blogues). On ne sait pas grand-chose de plus après-coup, mais le titre aura frappé. Pas de conditionnel, la preuve était bien apportée, comme pour la grossesse ou le mariage de Carla Bruni ! Souvenons-nous du mythe du steward homosexuel ou bisexuel canadien qui aurait apporté le Sida dans le monde occidental et dont personne n'a retrouvé la trace ou n'a pu prouver son implication. Pourtant, cette histoire a servi pendant des lustres. Ici, c'est Christophe Colomb dans la position du steward canadien. Et on fait comme si on tenait enfin la chandelle !

vendredi, 12 janvier 2007

Bilinguisme et sénilité

Ce n'est pas la première fois que je lis une étude de la sorte, en fait c'est la même étude qu'il y a deux ans, publiée dans une autre revue.

La pratique du bilinguisme permet de retarder la sénilité, selon une étude d'un institut canadien de recherche dont les résultats ont été dévoilés jeudi.