jeudi, 29 juin 2006

À toute banane

Guillaume demande d'employer aussi l'expression à toute banane dans un billet. Quelqu'un l'avait donnée comme synonyme de à toute allure, à toute vibure, à toute biture, à tout berzingue. Je ne l'avais jamais rencontrée avant. Mais pourquoi Guillaume l'emploie-t-il à propos de homards dans un aquarium ? Je me suis dit qu'il avait pensé inconsciemment à A Perfect Day for Bananafish.

Rasé avec une biscotte

Voilà que Guillaume donne lui aussi dans les chaînes à la noix. Je n'aime pas trop ces séries de billets conviviaux, mais au moins il ne s'agit pas d'une liste ou d'un questionnaire : je lui pardonne. Il demande d'utiliser l'expression rasé avec une biscotte dans un billet. Je découvre avec stupeur qu'elle ne se trouve que dans un seul blogue jusqu'à présent ! Et lequel ! Une seule occurrence sur la Toile... Je farfouille dans mes usuels. Rien chez San-A, chez Colin, chez Rey-Chantreau, Cellard-Rey, Merle. Ouf ! elle figure bien dans l'index du Bouquet de Duneton ! Mais hélas... l'index a été revu et corrigé avec les pieds : on ne lit rien dans l'entrée avec le mot clé et la page donnés. Cela m'arrive souvent lorsque je consulte cet ouvrage : la locution référencée se trouve à une autre page, dans une autre entrée ou bien comme ici nulle part ! Pourtant, je connais cette expression aussi bien que coiffé avec un pétard ou faire du potage en toute saison.

Pour la dater, ce n'est pas évident, mais comme la biscotte (1807), telle qu'on la connaît, a commencé à se répandre seulement avec les pains industriels on peut se dire que c'est de la seconde moitié du XXe s. On peut même se dire que la forme des premiers rasoirs électriques a été comparée à une biscotte (pour moi, ils tiennent plus de l'ovni), cette analogie aurait été impossible avec des rasoirs mécaniques, des lames. Cela nous amène vers les années 50-60. Cela a peut-être été renforcé par les publicités sur la double lame ou la forme à deux cercles de la partie tranchante.

Un truc amusant, c'est qu'elle a donné naissance à un néologisme sauvage : la triscotte. Ce n'est pas illogique en apparence puisque la biscotte est la francisation de l'italien biscotto, cuit deux fois, doublet donc de biscuit. Mais dans ce cas, le nom déposé Triscotte®™© est fondé sur les trois cornes de la biscotte en question en jouant avec l'analogie entre le bicorne (deux cornes) et le tricorne (trois cornes), donc avec une mauvaise interprétation du radical -cotte pris comme synonyme de coiffe, de cône.

Je reviens à rasé avec une biscotte. L'expression se comprend aisément : mal rasé, avec des pousses de poils qui restent, mais aussi avec des rougeurs. Il y a en fait un transfert de métaphore : la peau des joues est comparée aussi à une biscotte rugueuse, la biscotte n'est pas simplement un mauvais rasoir.

lundi, 12 juin 2006

Bulletin d'archéologie, numéro trois

Je reprends une note ancienne datant de 2002. Elle porte sur l'un des sujets linguistiques les plus disputés de l'Usenet francophone, lequel a donné matière à des éthylomologies surdansà fr.lettres.langue.francaise .

Une pièce d'archive inestimable est exhumée des profondeurs googlesques. La première attestation de « Au temps pour moi » :

— Au temps pour moi.  Oui, bien sur :  DEUX equations a 2 inconnues.
Groupes de discussion :soc.culture.french
Date :1994-06-17 00:53:10 PST

La première attestation connue de « autant pour moi » est plus ancienne :
— autant pour moi ;-) je suppose que 4 est typo (ou alors Alain connais des choses inconnues de moi)
Groupes de discussion :soc.culture.french
Date :1992-01-15 08:52:13 PST

On peut remarquer qu'avant le 9 février 1995 « autant » dominait de 13 à 11 sur « au temps ». À quoi tiennent les statistiques sans stratographie...

Et voici la toute première dispute sur l'expression, dans un forum peu littéraire ou même culturel :

A : L'orthographe correcte est "au temps". Le dictionnaire est une reference bien plus fiable que les personnes (et c'est bien malheureux, ca m'a coute une faute a la derniere dictee de Pivot).

B : Je vais reconcilier tout le monde car les deux orthographes sont autorisees. Voici ce que l'on peut lire dans le Robert en 9 volumes: P712, vol. 1: "autant pour moi": locution familiaire. Je reconnais que je me suis
trompe (plus ou moins confondu avec "au temps pour moi"). P218, vol. 9: "Au temps pour moi": Se dit quand on admet son erreur et la necessite de reprendre et reconsiderer les choses. (citation de JP Sartre).
Références :
Groupes de discussion :fr.comp.sys.amiga
Date :1994-10-10 01:31:38 PST

J'ai laissé tels quels ces précieux débris de papyrus dont on remarquera le caractère inaccentué à ces époques ancestrales. Cette fixette sur la bonne graphie et la bonne explication de l'expression m'a toujours fasciné, chacun y va de son anecdote militaire ou musicale certifiée conforme alors que cela ne possède aucune valeur.