lundi, 14 juin 2010
Où j'écris un billet démagogique
Hénaurme suspense ! On attend le résultat du match*.
— La vuvuzela, 466 résultats réels.
— Le vuvuzela, 340 résultats réels.
On retrouve un problème classique des emprunts : le genre à donner. Le mot serait d'origine zouloue, mais s'il transite par l'anglais il ne possède plus alors de genre précis et en outre il n'y a aucun genre dans les langues bantoues dès le départ : on ne distingue que le défini et l'indéfini. Or les noms se terminant en -a ne sont plus ressentis automatiquement comme féminins en français. Il est vrai que le -a pouvait être masculin en latin : poeta, nauta, agricola. Cependant, je trouve une sorte d'indécision dont on a déjà parlé ici au sujet de la manga ou de la Nutella. Je pourrais ajouter le ou la chikungunya**. Il y a tendance à masculiniser des noms qui devraient être féminins parce que le -e final seul est ressenti parfois comme marque du féminin : Venezuela, Costa-Rica, Nigéria, Libéria, etc. Et puis on a une zone marginale où les deux genres se combattent.
Le mot est apparu dans Wikipedia (tiens ? on dit la Wikipedia) en juin 2009 — sans doute en prévision de la coupe du monde de football —, mais il a été fortement réactualisé ces derniers jours. Il va mettre cinq ans pour apparaître dans le Robert si l'emploi de cet instrument de torture est encore largement attesté, dix ans dans le Larousse, cent ans dans le dictionnaire de l'Académie française (qui n'est toujours pas arrivée à la lettre Z de sa dernière édition, mais qui estimera bon de laisser aux futurs académiciens ce mot trop nouveau). Et on en vient à un autre problème : quels dictionnaires faut-il aujourd'hui : ceux qui permettent de comprendre les journaux ou les livres classiques ? d'écrire sur l'actualité ou de bien écrire ? Les deux me semblent nécessaires, mais le fossé se creuse entre eux et ce sont les premiers qui créent l'usage à venir. Le but, c'est d'avoir le plus d'occurrences dans Google ou bien de voir sa version adoptée par Wikipedia. C'est ce qui fait autorité et non une recherche étymologique.
* Il est difficile d'échapper à ce bruit incessant et de ne pas voir sa mention dans les blogues ou Twitter ou les médias en ligne. J'ai voulu donc en savoir un peu plus, parce que cela me rappelle le bourdonnement que certains de mes élèves pratiquent, lèvres fermées, afin de saboter les cours.
** Mes observations sont signées dans ce fil (dito), avec parenthèses.
21:17 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : football, coupe du monde, mondial, langue française, linguistique
vendredi, 29 mai 2009
Papous sans tête
Sur les 746 langues régionales recensées en Indonésie (contre 147 aux Philippines et 113 en Malaisie), seules 442 sont actuellement "placées" sur la carte officielle des langues de la république d’Indonésie.
Et il est plus que temps de relever leurs caractéristiques : neuf langues en voie d'extinction ont été découvertes à Bornéo dans la Nouvelle-Guinée occidentale ou Papouasie-occidentale ou ex-Irian Jaya (la partie indonésienne* de l'île). Or, la Nouvelle-Guinée offre la plus grande concentration de langues du monde, avec plus de 860 recensées dans sa partie orientale et 250 au moins dans l'occidentale**. D'ici la fin du siècle, la plupart seront mortes, au rythme mondial d'une langue éteinte tous les dix jours.
* Parler de Papouasie est une erreur de traduction, car il existe un pays distinct, la Papouasie-Nouvelle-Guinée sur la même île.
** Ce qui est particulièrement amusant dans ce cas, c'est de voir la délimitation entre deux continents passer au milieu d'une même île du fait des découpages étatiques : l'Indonésie est entièrement en Asie, alors que la Papouasie-Nouvelle-Guinée se trouve en Océanie. Mais enfin, la limite entre l'Europe et l'Asie n'est pas plus claire dans les esprits et on peut douter de l'existence de l'Europe comme continent tout comme de celle de l'Océanie. Les limites sont avant tout politiques et affaire de circonstances, moins de géographie.
18:23 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langues, linguistique, géographie
vendredi, 10 avril 2009
No Bran New World
Voici une expérience scientifique sidérante qui se situe entre le Truman Show et Bienvenue à Gattaca. Son sujet : l'observation de l'apparition du langage chez un enfant. Le nom même du logiciel de l'expérience d'un film tiré d'une nouvelle de Dick qui se révèle de plus en plus prophétique et le grand auteur réaliste américain du siècle passé (Minority Report, nous y sommes déjà par les dernières lois voulues par le gouvernement du divin président au sujet des délinquants de trois ans ou bien du délit de bande). Ce qui est encourageant, c'est le fait que la masse d'informations fournies par une seule journée sera tellement riche et complexe (pour la phonétique, la sémantique, la syntaxe, la morphologie, les rapports émotionnels) qu'elle deviendra inexploitable ou ce qui est décourageant, c'est que l'on fera des coupes ou des carottages de manière arbitraire. Et puis ceci : "Quelques semaines avant l'accouchement, en juillet 2005, le chercheur installe 11 caméras et 14 microphones, dissimulés dans les plafonds et les murs de toutes les pièces, sauf aux toilettes." Quand on connaît le rôle valorisant de la défécation dans l'apprentissage du langage par les petits enfants qui sont stimulés et rendus de plus en plus autonomes par leurs parents, on se rend compte que l'on perd alors le passage décisif du petit pot au pot adulte adapté avec un réducteur de lunette, du nettoyage par les adultes à l'autonettoyage, du lange à la maîtrise de son corps, et donc de l'apparition de l'enfant comme individu singulier qui ne doit plus demander aux autres que la satisfaction d'autres besoins. Je suis désolé si je choque, mais faire l'impasse sur ces moments essentiels de la vie d'un petit enfant (comme ceux où il peut se servir lui-même avec sa cuillère ou se tenir sur ses jambes ou se connaître dans le miroir) conduira à des erreurs dans les résultats, ce n'est pas le genre de chose à occulter sous prétexte de pudeur et c'est justement un passage décisif, puisque l'enfant peut être scolarisé après. Pourquoi d'ailleurs cette limite de trois ans et non celle de cinq où se situe le début de l'apprentissage de l'écrit qui est une rupture encore plus grave, nous rendant plus singuliers, uniques, fragiles et mortels ?
19:12 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : science, linguistique, pédiatrie, langage, enfants
dimanche, 01 juin 2008
Sujet d'étonnement
- Je m'étonne que personne n'ait encore parlé de... n'ait cité... n'ait fait référence à... n'ait fait le lien avec...
- Je m'étonne de ne pas lire un mot sur... une seule réaction à propos de...
- Je m'étonne qu'aucun commentaire...
- Mais pourquoi personne ne dit que...
Ce sont des entames ou des attaques fréquentes de commentaires dans les fils de discussion des blogues ou des forums. On les trouve dans les fils très très longs, de préférence avec plus de cent réponses. Cela s'adresse aux commentateurs précédents qui n'auraient pas vu un détail essentiel ou dirigé vers la seule information vraiment importante. Hélas ! bien souvent, le commentaire qui tance les commentateurs précédents n'apporte strictement rien de nouveau ou d'original, et parfois, pire ! reprend une information déjà donnée auparavant. Pourquoi alors commencer un commentaire en faisant ainsi un procès implicite des autres commentateurs ? Parce que c'est une formule toute faite !
Mais à quoi sert-elle, me direz-vous, docte, scient et sapiens comte ? D'abord, à se rassurer. Ensuite, à enclencher la prise de parole. Enfin, à susciter l'intérêt pour son propos dans une masse de discours où plus rien ne se dégage vraiment tellement le fil part dans toutes les directions ou bien se concentre sur un échange entre quelques groupes. A l'oral, on se racle la gorge, on toussote, on dit "écoutez". A l'écrit, ce type de communication phatique existe aussi dans les discussions de bistrot que sont les forums et les blogues, mais alors que l'on est dans une suite temporelle à l'oral, que la présence physique importe, les discussions électroniques se présentent sous un aspect asynchrone (j'exclus le clavardage ou chat et la vidéo-conférence) et tous les propos semblent sur le même plan et le même temps s'il n'y a pas d'indentation ou de notation des commentaires. Il s'agit donc de se distinguer, de sortir du groupe par un artifice rhétorique. Nous avons donc affaire à deux phénomènes, l'un psychologique (une ré-assurance, une demande d'autorité) et l'autre linguistique (établir la communication, commencer son discours).
Mais ce faisant, 1) on use d'une formule stéréotypée qui risque d'être dénoncée comme tel (par exemple ici) ; 2) on s'expose à la possibilité de railleries ou de réactions vexées. Ce n'est pas de la plus grande habilité oratoire, toutefois le mode de communication simili-oral par l'écrit électronique est en cours d'élaboration, car cette forme est encore neuve. Elle a déjà ses figures imposées comme les pourriards (smileys), le rappel à la loi de Godwin ou au principe de Peters, les abréviations codifiées... C'est ce dont on parle le plus pour évoquer le langage en train de se créer, et cependant cela peut s'exercer aussi bien dans une syntaxe plus complexe que kikoo lol. Ce type de formule se distingue fortement de l'aspect communautariste des "heureux de vous relire Machin", mais on est dans le même système de dynamique de groupe où quelqu'un cherche à s'intégrer dans un ensemble perçu comme fermé, quitte à paraître le rejeter.La singularité est en fait au service d'une adhésion à la pluralité, de manière paradoxale.
12:00 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : blog, web, internet, rhétorique, langue française, linguistique, communication
samedi, 01 mars 2008
Les mots de Nicolas Sarkozy
Les bonnes feuilles du livre de Jean Véronis et de Jean-Yves Calvet, les Mots de Nicolas Sarkozy, à paraître le 6 mars, sont publiées en feuilleton dans Bakchich aujourd'hui, demain et après-demain. Les lecteurs de leurs blogues connaissent déjà une partie du contenu qui a été élaboré aussi en ligne.
10:15 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, langue française, linguistique, ump, politique
mercredi, 23 janvier 2008
Requiem
L'eyak, un dialecte parmi la vingtaine utilisée par les Indiens d'Alaska, s'est éteint avec son dernier locuteur, une femme de 89 ans, a rapporté mercredi la presse de l'Etat de l'extrême nord-ouest des Etats-Unis.
On peut écrire trente dépêches ou billets sur le même sujet par an durant le siècle qui est devant nous. Ah ! les Amérindiens d'Alaska ne sont pas des Inuits et l'eyak n'a pas de rapport avec l'inuktitut.
23:34 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langues, linguistique
jeudi, 18 octobre 2007
Le rat parle-t-il verlan ?
En linguistique, l’étude espagnole montrant que les rats ne font pas toujours le distinguo entre du japonais parlé à l’envers et du néerlandais parlé à l’envers (Journal of Experimental Psychology, vol. 31, n° 1, janvier 2005, pp. 95 à 100).
Cela me plonge dans des abîmes de perplexité sur les motivations et les hypothèses de départ de ces chercheurs. Sans compter le fait qu'on ne sait pas si les rats font bien la différence entre les deux langues à l'endroit...
23:00 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : humour, langues, japonais, néerlandais, linguistique
vendredi, 17 août 2007
Elvis, Elvis, n. m., 3e déclinaison parisyllabique
I tenere me, suaviter
Ama intime
Me beasti dulciter
Et nunc amo te
Tenere me adama
Vero somnio
Amo te, o lux mea: Fiat unio.
C'est Love Me Tender en latin. Why not ? Mais là où je tique, c'est lorsque l'on m'annonce ceci :
Les Finlandais, selon ce linguiste et latiniste patenté, prononcent plus facilement le latin que l'anglais.
Avec l'accent finlandais et la prononciation finlandaise du latin sans doute, puisque les différentes prononciations du latin sont toutes reconstituées ou influencées par les parlers locaux ! Parce que moi, j'ai déjà du mal à comprendre le latin prononcé par un Anglais (et je ne parle même pas d'un Ecossais ou d'un Irlandais)... Et je crois qu'un Italien aura encore plus de mal avec ce genre de latin...
16:30 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : latin, rock, langues, linguistique, musique
vendredi, 12 janvier 2007
Bilinguisme et sénilité
Ce n'est pas la première fois que je lis une étude de la sorte, en fait c'est la même étude qu'il y a deux ans, publiée dans une autre revue.
La pratique du bilinguisme permet de retarder la sénilité, selon une étude d'un institut canadien de recherche dont les résultats ont été dévoilés jeudi.
16:36 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langues, langue française, linguistique, médecine, vieillesse
mardi, 12 décembre 2006
Queen's English
Good Lord ! L'accent de la Queen ne serait plus si différent de celui de Coronation Street ou de The Archers. Indeed, n'est-ce point choquant ? Les bonnes vieilles traditions se perdent.
19:00 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue anglaise, linguistique, phonétique
jeudi, 09 novembre 2006
Kathoey
Je veux bien que le thaï soit une langue avec des noms et des adjectifs invariables, donc sans genre, je veux bien que l'on parle d'une personne transgenre, mais là on pousse un peu le bouchon au sujet de la double nature sexuelle des kathoey, d'autant que la répétition il (ou elle) est ensuite abandonnée, puis cède la place au pronom transgenre illes.
12:40 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langues, languages, linguistique, linguistic, thai, langue française
samedi, 14 octobre 2006
La cafetière et la cuisinière
Comment se font les dictionnaires :
18:10 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, linguistique, francophonie
vendredi, 15 septembre 2006
Hiéroglyphes américains
Certains de ces signes gravés représentent des épis de blé, des ananas ou des insectes et, si l'on prouve qu'il s'agit bien de hiéroglyphes, leur fonction est vraisemblablement d'exprimer des idées.
Le problème, c'est que les hiéroglyphes proprement dits ne traduisent pas forcément des idées et un pictogramme ou un idéogramme n'est pas forcément un hiéroglyphe.
20:56 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langues, languages, linguistique, linguistic, alphabet, hiéroglyphe, hieroglyph
mercredi, 23 août 2006
Discrimination linguistique
Au sujet du quechua et de l'aymara : « le nouveau président péruvien, Alan García, a signé ce mois d'août une loi faisant de la discrimination linguistique un crime. » Ce genre de loi me semble inédit, j'ai surtout vu des lois allant dans le sens inverse et quelques lois sur l'acceptation plus ou moins officielle ou la coexistence de plusieurs langues dans un même pays, mais jamais de loi réprimant la discrimination linguistique. J'ai juste vu quelques affaires judiciaires belges ou québécoises qui n'allaient pas jusqu'au stade du législateur. J'ai comme l'impression que l'on devrait un peu regarder du côté de l'Amérique latine, il y a tout un nouveau monde en train de se créer.
15:52 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : linguistique, langues, langue, langues minoritaires, amérique, amérique du sud, inca
jeudi, 10 août 2006
Humain, pas assez humain
Malgré tout le respect que je dois à Umberto Eco, je trouve que son raisonnement possède un vice de raisonnement par une ellipse trop rapide et simpliste :
On a estimé que mankind (humanité) était sexiste, du fait de son préfixe man, et qu'il excluait de l'humanité les femmes, et on a décidé de le remplacer par humanity, par ignorance de l'étymologie, puisque ce nom aussi vient de homo et non de mulier.
22:28 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : langues, languages, linguistique, linguistic, etymology, étymologie, sexualité
mardi, 08 août 2006
L'ICANN déconne
C'est le président de l'ICANN qui s'exprime et on peut avoir des craintes sérieuses sur son attention aux autres écritures ou autres cultures !
Ainsi en Chine, l’alphabet utilisé est du chinois simplifié mais à Taiwan, c’est un chinois plus traditionnel. En Corée ils utilisent deux alphabets, le premier développé par un roi il y a un demi siècle et le second est chinois.
Tant de sottises en si peu de phrases. Sur les hangûl, sur les hanja, et on pourra aller voir ensuite les systèmes chinois.
20:11 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : linguistique, informatique, traduction, chine, corée, transcription, écriture
Mille milliards de mots
La nouvelle est importante, mais elle n'est guère diffusée en français pour l'instant : Google s'apprête à rendre publique sa base de données lexicales. Elle comprend plus de mille milliards de mots — mais il n'est pas précisé dans quelles langues et dans quels systèmes d'écriture. On ne sait pas non plus si cela comprend les variantes orthographiques (formes anciennes ou dialectales ou argotiques, erreurs de frappe), ni si les noms propres sont inclus dans cette base (Google ne connaît paa les différences de casse), ni s'il n'y a pas des mots artificiels ou obtenus par encodage. En tout cas, on apprend que seulement un milliard de mots sont employés plus de 200 fois. Cette base sera éditée en 6 DVD de texte uniquement. Les applications sont multiples : traitement automatisé des langues naturelles, traduction ou reconnaissance vocale ou optique, constitution d'un corpus pour des enquêtes scientifiques, commerce (eh oui ! il est important d'acheter des noms de domaines ou des mots clés qui auraient pu échapper, ou bien de cerner les présupposés de ses clients). Un autre aspect important, c'est la politique de Google : le moteur a été fortement critiqué ces derniers temps (soumission à la dictature chinoise et censure, non respsct des droits littéraires et des législations internationales avec GooglePrint, non respect des droits de propriété des agences de presse ou des journaux, très forts soupçons de tricheries dans les chiffres de ses bases de données), Google tente donc de se racheter une virginité et de retrouver un peu de sens à son slogan Don't be evil.
11:12 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : linguistique, informatique, google, traduction, TALN, dictionnaire, lexique
samedi, 05 août 2006
Légitimation du style SMS
Quand PC Impact fait de la linguistique, c'est de manière primaire et simpliste :
Plusieurs choses restent à préciser : non seulement il est temps de se rendre compte qu'un langage est un organisme vivant qui évolue et se modifie selon une vieille règle de linguistique, du moindre effort (qui vise à une simplification perpétuelle de la langue, à tous niveaux). Ainsi, les modifications que drainent les SMS pourraient n'être qu'une évolution, parmi d'autres. Ensuite, il faut bien se rendre compte que les changements de supports d'écriture ont toujours participé aux mutations du langage.
Cette loi du relâchement par paresse (surtout) articulatoire est toujours compensée ensuite par d'autres lois de redondance ou de discrimination afin d'obtenir une clarté des énoncés. Il n'y a pas un seul phénomène qui guide l'évolution de la langue. La paresse langagière n'est pas le seul mode d'évolution des langues, mais une étape parmi d'autres, aussitôt combattue quand elle tourne à la confusion.
13:27 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : phonétique, philologie, linguistique, sms, texto
mardi, 20 juin 2006
Met à lepse
Notre héros, Herr Doktor Dumeuszeug, continuait à réfléchir sur la portée discursive et diégétique de la métalepse, mais nous allons le laisser quelques instants, le temps d'un chapitre ou deux, car pendant ce temps, son grand rival, le professeur en Sorbonne Népomucène Barthenette élaborait dans le secret de sa bibliothèque une théorie qui allait bouleverser la conception du roman.
16:44 Publié dans Le nouveau Fontanier | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : rhétorique, oulipo, littérature, jeux de langage, style, grammaire, linguistique
samedi, 17 juin 2006
Québécois : mauvais français
Je ne veux pas donner l'impression de m'acharner après deux articles précédents, mais le glossaire des nouveaux médias publié par Libé dans son supplément Écrans est d'une particulière indigence et pire d'une forme de sottise au service du charabia, de l'anglolâtrie et de la pubomanie. Non seulement les définitions sont le plus souvent techniquement fausses ou mal écrites, les registres et les emplois sont mal situés, les domaines sont mélangés sans aucune possibilité de faire des liens, mais en outre on a bel et bien une orientation idéologique très claire.
J'en veux comme exemple du mot qui monte (toujours cette manie stupide des hit-parades !) : M.pub, la publicité pour les mobiles, portables, GSM, cellulaires. C'est le mot qui monte chez les pubeux, mais pas ailleurs. Le mot qui descend, je recopie tout : « Courriel. E-mail en bon français mais, sérieusement, qui d'autre que les Québécois utilise vraiment ce mot ? Pour mémoire, on peut dire aussi courrier ou message électronique, mais c'est trop long. » Eh bien non ! a) le mot courriel commence vraiment à prendre en France (dans les dictionnaires, sur les sites administratifs) même s'il est minoritaire encore, il est soutenu par le pourriel b) il y a une forme de racisme implicite (seuls les Québécois disent...) avec comme sous-entendu les Québécois ne doivent pas donner de leçons de français (ce racisme est particulièrement illustré par Maurice Druon et Thierry Ardisson, mais aussi par un bon nombre de geeks ou guiques français dès qu'ils voient une francisation) c) on peut faire le tri parmi les propositions québécoises car il en est certaines de mal fichues et l'OQLF est parfois en roue libre, mais celle-là est bien reprise et en plus elle n'est même pas d'origine québécoise, c'est un Français qui l'a forgée avant l'Internet grand public et un Québécois qui l'a ensuite diffusée dans son pays, mais en reléguant le terme dans la catégorie des mots que seuls les Québécois emploieraient et qui seraient donc à éviter, on tombe dans les pires préjugés des temps anciens comme lorsque l'on accusait des gens de parler bas-breton ou d'allemander ! Je n'aime pas du tout cette idée qui ferait du Québec et du Canada des provinces marginales, périphériques, sans importance, où il ne pourrait pas naître de bon français ayant vocation à s'exporter. Je n'aime d'ailleurs pas plus l'idée selon laquelle le français du Québec serait plus pur, savoureux et classique, avec une parfaitement conservation de la langue du XVIIe s. La langue est contradictoire et historique, elle se construit par des contacts divers, pas par la marginalisation de gens qui parlent aussi français et qui peuvent dire leur mot sur le français. Sur ce blogue, l'auteur utilise des formes dites québécoises parce qu'il estime que les Québécois ont raison pour certains mots et il ne refuse pas d'emblée un mot parce qu'il serait québécois ou comme ici réduit aux Québécois pour l'amoindrir.
11:21 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : langue française, linguistique, lexique, informatique, néologisme, dictionnaires
mercredi, 14 juin 2006
Marronnier de la branchitude
Ça y est ! Après le marronnier sur les sujets de philosophie au baccalauréat (je me demande d'ailleurs si je ne devrais pas consacrer un billet à ce genre d'articles ou de reportages tellement c'est caricatural), voici qu'arrive l'autre qrand marronnier de la fin juin : les mots entrant dans les nouvelles éditions des dictionnaires. Par dictionnaires, il faut entendre les deux dictionnaires familiaux standard : le Petit Larousse et le Petit Robert. Hachette, Flammarion, connais pas ! Cela fait à chaque fois un article déjà tout prêt puisque la liste des nouveautés se trouve dans le dossier de presse. Et à chaque fois, je me demande quels sont les mots qui sont sortis pour faire de la place. Je rêve d'une sorte de Larousse ou de Robert du type L'Obsolète, mais où les mots seraient classés selon leur année de décès et qui prendrait vraiment tous les mots défunts depuis les origines. Un autre aspect déplaisant de ce rituel consacré à la consécration, c'est l'idée que le mot existe, devient légitime, vraiment officiel pour beaucoup s'il est vraiment enregistré dans un de ces deux seuls ouvrages de référence, comme s'il n'y avait pas d'autres sources d'autorité, comme si l'usage ne comptait pas, comme si les autres ouvrages ne comptaient pas, comme si l'esprit critique ne comptait pas. Le dernier aspect et le plus déplaisant, c'est cette sorte de course aux mots nouveaux, dans l'air du temps, qui collent à l'actualité et qui sortent parfois très vite. Ce travers hérité de l'imitation commerciale des dictionnaires anglo-saxons fait que ces deux dictionnaires perdent de leur crédibilité à force d'accueillir tout et n'importe quoi.
Pierre Assouline a eu l'exemplaire ou le dossier de presse avant les autres, et il s'y colle. Le volume doit paraître demain jeudi. Cela donne :
Parmi les 60 000 mots qu'elle contient, les nouveaux concernent surtout l'informatique (blog, cybermonde, URL, USB) et la médecine (addict, insulinodépendant, toxicodépendance). Sans oublier les mots déjà anciens mais qui prenant un sens nouveau (intégrationniste, souverainiste). Le souci d'exhaustivité a amené les éditeurs à nous offrir en prime les recommandations officielles de la Délégation générale à la langue française, histoire de vérifier que ce sont bien celles qu'on ne respecte pas justement : bloc-notes pour blog, mentor pour coach et message multimédia pour MMS.
Aucune remarque sur le registre de langue d'addict, cela passe comme une lettre à la poste, et en outre addict ne concerne pas simplement la médecine, c'est du jargon branché pour toutes sortes de choses : la télé, le foot, la sarkomania. Une petite pique justifiée contre la DGLF, mais n'y a-t-il pas quelque chose sur les québécois (cyber)carnet ou blogue (comme on l'écrit en ces lieux aussi) ? Mentor pour coach est nettement insuffisant, les recommandations proposent bien d'autres équivalents. Ceux-ci sont beaucoup plus usuels et moins littéraires, moins pompeux, mais quand on veut dénigrer à peu de frais on use de raccourcis trompeurs. MMS, comme SMS, est une marque déposée et pas un nom commun, cela doit être précisé dans une parenthèse. Je me demande d'ailleurs si la différence est bien faite entre le minimessage (SMS, Texto ou une autre marque) et le message multimédia, si même ce scripteur est capable de la faire. Bref, c'est une critique très légère, juste démago comme il faut. Ah ? Et que dit-on pour podcast et videocast, au fait ? Il serait un peu temps de se remuer à la fin !
11:59 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : langue française, linguistique, lexique, dictionnaire, néologisme, anglicisme
lundi, 12 juin 2006
Bulletin d'archéologie, numéro trois
Je reprends une note ancienne datant de 2002. Elle porte sur l'un des sujets linguistiques les plus disputés de l'Usenet francophone, lequel a donné matière à des éthylomologies surdansà fr.lettres.langue.francaise .
Une pièce d'archive inestimable est exhumée des profondeurs googlesques. La première attestation de « Au temps pour moi » :
— Au temps pour moi. Oui, bien sur : DEUX equations a 2 inconnues.
Groupes de discussion :soc.culture.french
Date :1994-06-17 00:53:10 PST
La première attestation connue de « autant pour moi » est plus ancienne :
— autant pour moi ;-) je suppose que 4 est typo (ou alors Alain connais des choses inconnues de moi)
Groupes de discussion :soc.culture.french
Date :1992-01-15 08:52:13 PST
On peut remarquer qu'avant le 9 février 1995 « autant » dominait de 13 à 11 sur « au temps ». À quoi tiennent les statistiques sans stratographie...
Et voici la toute première dispute sur l'expression, dans un forum peu littéraire ou même culturel :
A : L'orthographe correcte est "au temps". Le dictionnaire est une reference bien plus fiable que les personnes (et c'est bien malheureux, ca m'a coute une faute a la derniere dictee de Pivot).
B : Je vais reconcilier tout le monde car les deux orthographes sont autorisees. Voici ce que l'on peut lire dans le Robert en 9 volumes: P712, vol. 1: "autant pour moi": locution familiaire. Je reconnais que je me suis
trompe (plus ou moins confondu avec "au temps pour moi"). P218, vol. 9: "Au temps pour moi": Se dit quand on admet son erreur et la necessite de reprendre et reconsiderer les choses. (citation de JP Sartre).
Références :
Groupes de discussion :fr.comp.sys.amiga
Date :1994-10-10 01:31:38 PST
J'ai laissé tels quels ces précieux débris de papyrus dont on remarquera le caractère inaccentué à ces époques ancestrales. Cette fixette sur la bonne graphie et la bonne explication de l'expression m'a toujours fasciné, chacun y va de son anecdote militaire ou musicale certifiée conforme alors que cela ne possède aucune valeur.
18:29 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : linguistique, usenet, locution, expression lexicale, orthographe, étymologie
Part en tas
Parataxe, pas de la syntaxe hiérarchisée, juste des termes juxtaposés, mais aussi coordonnés, comme une bousculade au portillon ; plus du tout de liens grammaticaux ? asyndète, forme ultime de la parataxe, surtout... avec des points de suspension... une dentelle... comme disait Céline...
16:18 Publié dans Le nouveau Fontanier | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rhétorique, oulipo, jeux de langage, style, grammaire, linguistique


