mercredi, 09 août 2006

Libanité

En France, nous avons la chance de posséder un président de la République fin linguiste (ses innovations révolutionnaires en matière d'accords ou de terminaisons de mots sont reconnues par tous).Il dépoussière le lexique en ressortant des termes comme abracadabrantesque ou pschitt au goût du jour. Il n'y a pas un anglicisme qui lui échappe comme littéracité ou gouvernance. Le voici qui prend à son compte un néologisme venu de l'Orient compliqué (l'Orient est forcément compliqué) :

"La Syrie, à plusieurs reprises, a indiqué son accord sur la libanité des fermes de Chebaa mais elle n'a jamais accepté de le faire par écrit, sachant parfaitement que c'est une exigence naturelle, juridique pour que l'ONU puisse décider une modification de frontière", a souligné M. Chirac.

Cala dit, libanité est correctement formé, exactement comme francité ou hispanité ou germanité. Mais d'autres aubstantifs dérivent de l'adjectif : américanité, italianité, africanité, asianité... Le terme est présent plus de 600 fois dans Google, mais fort étrangement seulement dans les médias arabes d'expression française, parce que libanity en anglais n'a que 7 occurrences. Bizarre, bizarre. 

mercredi, 02 août 2006

Pepsi = caca

Je connaissais déjà pas mal de fausses explications étymologiques pour de prétendus acronymes comme snob, spa, golf, mais je crois que le régime des mollahs iraniens vient de rajouter une énorme couche dans la connerie universelle (il faut dire qu'ils sont déjà champions sans testotérone dans cette catégorie). Figurez-vous que le nom de la marque Pepsi (lien en anglais) voudrait dire “Pay each penny to save Israel” et qu'il faudrait donc boycotter la boisson gazeuse car elle servirait à financer les bombardements contre les petits musulmans. Les barbus n'ont pas pu inventer quelque chose de plus intelligent dans leur combat contre le Grand Satan américain et le Petit Satan hébreu. On retrouve là les figures classiques de la polémologie linguistique : se choisir d'abord un adversaire symbolique (ici Pepsi, cela aurait pu être n'importe quelle autre grande marque), ensuite on invente un complot – de préférence sioniste mais le complot marxiste, jésuite ou maçonnique marche tout aussi bien –, après quoi on sort la preuve suprême : l'étymplogie qui est la science de l'origine vraie et tout le monde des symboles devient transparent ! Et tout le monde de tomber à genoux devant la vérité vraie révélée... La fausse étymologie, c'est d'abord de l'idéologie, de la propagande, de l'endoctrinement, du bourrage de crâne, du décervelage, de la bêtise en barre ! C'est du Da Vinci Code appliqué à la lettre. Courage ! la barbarie est devant nous... On peut faire dire n'importe quoi à n'importe quel mot si on évoque son étymologie inventée pour la circonstance.

mardi, 01 août 2006

Debout dans mon présent

Debout dans mon présent
Le passé l'avenir sont mes fleurs de saison

J'aurais pu ne pas être
Ignorer cette histoire
Et le sort de l'amour
Aventure sans raison
J'aurais pu ne pas être
Et plus mort que les morts

Debout dans mon présent
Le passé l'avenir sont encore mes saisons.


Andrée Chedid

 

samedi, 29 juillet 2006

Un jour

Un jour, je m'asseoirai sur le trottoir, le trottoir de l'étrangère

Je n'étais pas un narcisse, bien que défendant mon image

Dans les miroirs. As-tu jamais été là, l'étranger ?
Cinq siècles passés et achevés, et notre rupture demeure, là, inaboutie
Et entre nous les lettres, toujours, et les guerres
N'ont pas modifié les jardins de ma Grenade.
Certain jour je passe par ses lunes
Et je frotte d'un citron mon désir. Enlace-moi que je renaisse
Des parfums d'un soleil, d'un fleuve sur tes épaules, de pieds
Qui égratignent le soir et il verse des larmes de lait à la nuit du poème
Je ne fus pas un passant dans les mots des chanteurs
J'étais leurs paroles
La réconciliation d'Athènes et de la Perse, un Orient étreignant un Occident
Dans le départ vers une même essence. Enlace-moi que je renaisse
D'épées damascènes dans les magasins. Il ne reste de moi
Que ma vieille armure, la selle sertie d'or de mon cheval. Il ne reste de moi
Qu'un manuscrit d'Averroès, le Collier du pigeon, et les traductions
J'étais assis sur le trottoir sur la place des paquerettes et je comptais les pigeons : un, deux, trente... et les jeunes filles qui
Subtilisaient l'ombre des arbrisseaux sur le marbre, et me laissaient
Les feuilles de l'âge, jaunies. L'automne est passé par moi et je n'y ai pris garde
Tout l'automne est passé, et l'Histoire est passée sur ce trottoir.
Et je n'y ai pris garde.

Mahmoud Darwich

vendredi, 28 juillet 2006

Il y a des jardins qui n'ont plus de pays

Il y a des jardins qui n'ont plus de pays
Et qui sont seuls avec l'eau
Des colombes les traversent bleues et sans nids

Mais la lune est un cristal de bonheur
Et l'enfant se souvient d'un grand désordre clair.

 

Georges Schéhadé

dimanche, 23 juillet 2006

Amour

le chemin la maison m'aiment
et m'aime dans la maison une jarre rouge
qui est aussi aimée de l'eau

et m'aiment le voisin
le champ l'aire de battage le feu

et m'aiment les bras qui s'activent
joyeux et placides
et m'aiment les éclats arrachés
au poitrail exténué de mon frère
qui se cachent dans les épis moissonnés
comme s'ils étaient des rubis plus rouges
que le rouge du sang

le dieu de l'amour est né en même temps que moi
que sera donc l'amour lorsque je serai mort ?


Adonis, Mémoire du vent, traduction d'André Velter et de l'auteur  

 

Poème cité en relation avec l'actualité.