samedi, 12 décembre 2009
Nos ancêtres les Gaulois
Dans le cadre du grand débat sur la prétendue identité nationale, notre magnifique président a déclaré :
Chrétien, juif ou musulman, homme de foi, quelle que soit sa foi, croyant, quelle que soit sa croyance, chacun doit savoir se garder de toute ostentation et de toute provocation.
Certes, je comprends son point de vue, mais enfin... si nos ancêtres à tous les Français sont les Gaulois ne devrions-nous pas d'abord respecter des valeurs païennes et d'abord les dieux des Gaulois ? Pourquoi ont-ils été oubliés dans cet inventaire de toutes les religions qui seraient selon lui le fondement de la France et même de la République (il me semble juste qu'il a oublié quelques personnes au passage, mais lesquelles ?) En quoi seraient-ils moins français ? Et est-ce que les confessions chrétiennes ne seraient pas un peu ostentatoires par rapport à ce qui serait notre civilisation originelle où nous adorions des déesses à poil ? Nous voyons dans l'image ci-contre comment deux braves Français - qui ne savaient pas encore qu'ils étaient déjà français - manifestent leurs valeurs identitaires dans la langue de l'occupant et envahisseur actuel.
23:13 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, histoire, langues, sarkozy, ump, bd
lundi, 30 novembre 2009
C'est du chinois !
Voici une liste que j'avais publiée sur Usenet il y a sept ans. Elle a été reprise sur un autre site, avec des compléments plus érudits et des illustrations pour ceux que cela intéresse.

Les mots chinois en français.
Je me suis d'abord appuyé sur la liste du Petit Robert 1, version électronique 2001, j'en ai extrait les formes citées. Puis j'ai vérifié un certain nombre de mots dans le « Dictionnaire des mots d'origine étrangère » et dans « L'aventure des mots français venus d'ailleurs » d'Henriette Walter, sans pousser plus loin dans les dictionnaires étymologiques. La liste ne peut être exhaustive, elle ne comprend pas notamment l'ensemble des produits alimentaires ou des
plats.
1. Les antonomases
Chantoung, shantung, 1909, nom d'une province.
Chine : 1855 porcelaine ; « plante » 1572 ; 1866 papier ; 1873 brocante. Voir aussi les dérivés du dernier sens : chiner, chineur. Pour mémoire : chinoiser, chinoiserie, casse-tête chinois, supplice chinois.
Kaolin, 1739 ; kao-lin 1712 ; chin. kaoling, proprt « colline élevée », n. du lieu où l'on extrayait le kaolin.
Pékinois, av. 1874 ; de Pékin, n. d'une ville de Chine. Les chiens de la famille impériale sont arrivés en Grande-Bretagne en 1860 en réalité. Détail amusant : les pékinois sont des épagneuls donc des chiens d'Espagne.
Poussah, 1852 ; poussa 1782 ; pussa 1670; chin. pu-sa « image de Bouddha assis les jambes croisées ».
Satin, XIVe s. ; esp. acetuni, cetuni, ar. zaituni « de la ville de Tsia-Toung (Zaitun) » en Chine.
Taoïsme, 1886 ; taossisme 1846 ; du chin. tao « raison, être suprême ».
Yoyo ou yo-yo, 1931; yo-yo nom déposé ; p.-ê. d'o. chin., par les Philippines.
On remarquera que le PR1 ignore : maoïsme, col mao, confucianisme, bouddah comme nom commun. Pour mémoire : pékinologue, sinologue, sinisant. Le mot argotique « pékin » ou « péquin » viendrait de l'espagnol « pequeño » et serait seulement influencé dans sa graphie par le nom de la ville. Le riz cantonais n'est pas connu du PR1, il est pourtant bien lexicalisé.
2. Mots chinois d'abord empruntés à une autre langue orientale.
Ketchup, 1873; calchup 1826; catsup 1821; mot angl. (catchup 1690; ketchup 1711), probablt du chin. kôetchiap ou malais kêchap.
Satin.
Thé, 1648; cia 1589; du chinois dial. t'e ou malais teh, par le néerl.; la forme thé vient du lat. mod. Des compléments sur ce mot : ici et là.
Zen, 1889; mot jap., du chin. chan, sanskr. dyana « méditation ».
Les mots suivant viennent d'autres langues et ne sont pas proprement d'origine chinoise. Ils n'ont d'intérêt que parce qu'ils se réfèrent plus ou moins à des réalités que l'on peut associer à la Chine.
- Tibétain : dalaï-lama, panchen-lama, lama, polo (par l'anglais), yak ou yack, zébu.
- Malais : bambou (par le portugais), béribéri, gong, jonque, kapok (par l'anglais), pagaie, rotin.
- Népalais : panda.
- Persan : badiane.
- Sanskrit : laque (hindi pour Walter), lilas. mandarin, mandarine, nénuphar, pagode (tamoul pour Walter), palanquin, poivre, riz, santal, sucre. Les intermédiaires sont souvent persans ou arabes.
Je ne fais pas référence aux mots vietnamiens pour ne pas introduire trop de confusion.
Il faut faire un sort particulier au mandarin et à la mandarine, ou à leurs dérivés :
- Mandarin : 1581; port. mandarim, altér. d'apr. mandar « mander, ordonner », du malais mantari « conseiller ». Pour Walter, c'est le conseiller d'État en sanskrit, mantrin.
- Mandarine : 1773; esp. (naranja) mandarina « (orange) des mandarins ». À propos surtout de l'orange et un peu de la mandarine dans différentes langues : voir ceci.
3. Mots chinois passés par une autre langue européenne.
Chow-chow, 1898; mot angl., du jargon anglo-chin.
Ketchup.
Kumquat, kum-quat 1891; du chin. cantonais, var. de kin kü « orange d'or », probablt par l'angl.
Longane, 1616; du chin. long-yen, de long « dragon » et yen « oeil », par le lat. bot. longanum et le port. longans
Pacfung, 1923; packfond 1836; angl. paaktong (1775); mot dial. chin.
Pongé ou pongée, 1918, -1883; angl. pongee, p.-ê. du chin. pun-ki, pun-gi « métier à tisser »
Sampan ou sampang, siampan 1702; ciampane 1540 (forme it.); mot chin.,
proprt « trois (san) bords (pan) »
Satin.
Souchong, 1842; du chin. siao-chun, par l'angl.
Thé.
Typhon, tiffon 1531; tifon 1571 (d'apr. it. tifone); chin. dial. t'ai-fung « grand vent », par le port. tufaô, ar. tufân; typhon en 1643, par confus. avec typhan (1504), du gr. tuphon « tourbillon ».
Le PR1 ne mentionne pas exactement « tchin-tchin » comme vraiment chinois : 1829; du pidgin-english de Canton tsing-tsing « salut ». Ni non plus « pidgin » : 1924 ; pudgin 1902 ; pidjin English 1875; mot angl. (1851), altér. du mot business prononcé par les Chinois. Sur « tchin-tchin » et sa forme anglaise, on peut compléter ici.
Le PR1 ne cite pas « cangue » comme chinois : cangue, 1686; port. canga, annamite gong. Walter : du chinois kang-kia, mettre au carcan (avec l'autre origine en deuxième position).
Le PR1 évoque en revanche les « triades » : angl. triad 1900 ; Triad Society 1821 ; du chin. San Ho Hui « société de la triple union [du ciel, de la terre et de l'homme] ». Mais non la guerre des Boxers. Il cite la Révolution culturelle, mais non les Cent mille fleurs, les Gardes rouges, le Petit Livre rouge, la Bande des quatre, qui sont pourtant des expressions passées en français et souvent avec un sens figuré.
4. Mots directement empruntés au chinois.
Dazibao, v. 1970; mot chin.
Ginseng, 1663 ; jin-seng 1844; du chin. jên-shên « plante-homme »
Kalanchoé, 1763 ; mot d'o. chin.
Kaoliang, av. 1948 ; mot chin., de kao « haut » et liang « grain », par l'angl. (1904)
Kung-fu, v. 1970 ; mot chin.
Li, 1603 ; mot chin.
Litchi, 1721 ; lichi 1665 ; lechia 1588 ; chin. li-chi. Selon Walter, l'intermédiaire est espagnol.
Mah-jong, 1926 ; mots chin.
Pinyin, v. 1970 ; mot chin. « épellation »
Taï chi, 1979 ; mot chin. Le PR1 ne cite pas d'autre forme...
Yang, 1753 iang; mot chin.
Yin, 1753 in ; mot chin.
Youyou, 1888; « canot chinois » 1820 ; du chin. dial. « canot à godille », du chin. yáo « godiller »
Yuan, 1949; mot chin. « rond »
Voici à présent d'autres mots qui avaient été extraits du Littré par Iulius (Julien-Elie) :
Ailante, d'« ai lan to ».
Colao de « ko lao » : le pavillon et l'ancien
Jonque du chinois « tchoue », bateau, vaisseau, prononcé à Canton chune suivant l'orthographe anglaise, c'est-à-dire en français « tchoun ».
Ajoutons encore que le nom français du Japon est passé par le chinois : en cantonais c'est jiat'pun et en mandarin c'est *jipenkwo qui a donné Cipango comme on peut le voir chez Marco Polo. Le nom du Japon est passé par l'intermédiaire du portugais.
19:04 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langues, langue française, langue chinoise
jeudi, 04 juin 2009
Pluriels gastronomiques
Sur le modèle de la règle des cuistres pseudo-italianisants qui écrivent un spaghetto, des spaghetti, un canellono, des canellloni, nous vous proposons une extension de cette règle à tous les plats, mets, breuvages d'origine étrangère qui se terminent par -o ou par -i afin de bien marquer leur exotisme et leur caractère étranger à la langue française : ils ne doivent jamais avoir de pluriel en -s.
Italo-japonais : un susho, des sushi.
Ttalo-russe : un zakousko, des zakouski, un pirojko, des pirojki.
Italo-grec : un rako, des raki.
Italo-écossais : un whisko, des whiski.
Italo-suisse : un roesto, des roesti.
Italo-belge : un waterzoo, des waterzoi.
Italo-indien : un poulet colombo, des poulets colombi.
Italo-espagnol : un chorizo, des chorizi.
Nous pouvons étendre la même règle aux noms qui se terminent en _a ou en -e, sur le modèle d'une pizza, des pizze.
Italo-espagnol : une paella, des paelle, une tortilla, des tortille.
Italo-maroco-tunisien : un tajina, des tajine.
Italo-grec : une feta, des fete.
Italo-belge : une caricola, des caricole.
Italo-russe : une solianka, des soliake, une vodka, des vodke.
Ces règles fort intéressantes et utiles prouveront de manière certaine que non seulement vous êtes gastronome et fin oourmet, mais en outre polyglotte accompli et fort ouvert aux autres cultures pourvu qu'elles puissent conserver leur aspect authentique et original. Ce pluriel fonctionnera comme un marqueur social qui vous permettra d'intégrer pleinement une classe cultivée et cosmopolite. En effet, il n'est rien de plus haïssable que la marque de pluriel en -s française, celle-ci n'existe dans aucune autre langue européenne comme on le sait, mais il est bien trop difficile d'apprendre toutes les marques de pluriel possibles alors autant simplifier les choses en inventant le nombre gastronomique sur un modèle simple qui ne devra rien au -s petit-bourgeois des monolingues.
19:54 Publié dans OuGraPo | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ougrapo, oulipo, langues, langue française, cuisine, gastronomie
vendredi, 29 mai 2009
Papous sans tête
Sur les 746 langues régionales recensées en Indonésie (contre 147 aux Philippines et 113 en Malaisie), seules 442 sont actuellement "placées" sur la carte officielle des langues de la république d’Indonésie.
Et il est plus que temps de relever leurs caractéristiques : neuf langues en voie d'extinction ont été découvertes à Bornéo dans la Nouvelle-Guinée occidentale ou Papouasie-occidentale ou ex-Irian Jaya (la partie indonésienne* de l'île). Or, la Nouvelle-Guinée offre la plus grande concentration de langues du monde, avec plus de 860 recensées dans sa partie orientale et 250 au moins dans l'occidentale**. D'ici la fin du siècle, la plupart seront mortes, au rythme mondial d'une langue éteinte tous les dix jours.
* Parler de Papouasie est une erreur de traduction, car il existe un pays distinct, la Papouasie-Nouvelle-Guinée sur la même île.
** Ce qui est particulièrement amusant dans ce cas, c'est de voir la délimitation entre deux continents passer au milieu d'une même île du fait des découpages étatiques : l'Indonésie est entièrement en Asie, alors que la Papouasie-Nouvelle-Guinée se trouve en Océanie. Mais enfin, la limite entre l'Europe et l'Asie n'est pas plus claire dans les esprits et on peut douter de l'existence de l'Europe comme continent tout comme de celle de l'Océanie. Les limites sont avant tout politiques et affaire de circonstances, moins de géographie.
18:23 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langues, linguistique, géographie
mercredi, 11 mars 2009
De la métaphore comme langage universel
Je ne suis pas du tout persuadé par ces arguments à propos d'un langage universel par images :
Dans cette recherche d'un langage universel, "nous allons rapidement nous heurter à l'abstraction", déclare Pascal Audant. "Et c'est en ce sens que la langue chinoise a une longueur d'avance, car tout y est métaphorique", poursuit le jeune homme d'affaires. Il explique que "la bonté" se dit et s'écrit en chinois : "la façon dont une mère agit avec son enfant". Voilà quelque chose de plus facile et de plus concret à animer que le concept de bonté même. Il concède qu'une animation montrant une mère avec son enfant n'évoquerait pas nécessairement la "bonté" dans le cerveau des Occidentaux – "mais cela éveillerait un sentiment semblable".
D'abord le mot façon est un mot lui aussi abstrait. Ensuite le geste (mot plus concret) affectueux d'une mère envers son enfant est différent d'une culture à une autre, il peut prêter à des malentendus puisqu'il n'existe aucune universalité du sens des gestes. Un même geste pour la même culture peut avoir plusieurs sens différents et opposés, comme en français pour un doigt levé ou des doigts en rond. On ne peut se départir du contexte, de la langue, de la culture et des relations personnelles. Enfin, il y a un saut qualitatif qui n'est pas vu puisque l'on s'imagine que l'écriture chinoise ne serait que métaphorique alors qu'elle use de bien d'autres figures de style (elle peut être métonymique notamment ou bien ne reposer que sur la phonétique) et que l'étymologie des sinogrammes s'inscrit dans une très longue histoire partagée. Croire que tout est à peu près analogique partout sous prétexte que l'on a tout réduit à l'état de métaphore est une erreur à mon avis. La représentation des mêmes idées pour les mêmes mots n'est déjà pas la même d'une personne à une autre malgré une culture commune. La métaphore est en fait l'échec de nos tentatives de communiquer tous la même chose et c'est peut-être tant mieux, car le monde serait triste si nous pensions tous la même chose en même temps ou une chose semblable qui n'est en fait pas du tout similaire malgré ces déclarations.
12:48 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langues, traduction
mercredi, 18 février 2009
Welche et Welsh
Je me suis demandé ce que voulait bien dire ce nom de langue :
Le phénomène de renaissance n'est pas limité aux langues lointaines et exotiques : le welch - qui a reconquis en trente ans le sud-ouest de l'Angleterre
J'ai d'abord cru que l'on parlait du welche ou welsche, mais en fait il semblerait qu'il s'agisse du Welsh, ou plus communément gallois en français. Il faut dire que l'article se base sur une étude publiée par l'Unesco uniquement en anglais... L'encadré explicatif qui accompagne l'article fourmille par ailleurs d'approximations tirées de la base non scientifique d'Ethnologue (site d'origine religieuse et fondé sur des témoignages individuels de personnes sans compétences linguistiques) comme cette citation de 26 langues en danger en France :
Quelques-unes - tel le ligurien, l'alémanique, le luxembourgeois et le francique (ces trois derniers idiomes étant jugés, à l'instar du flamand occidental, "vulnérables") -, sont transfrontalières. Citons encore le languedocien, le franc-comtois, le gascon, l'auvergnat, le limousin, le poitevin-saintongeais, le gallo, le normand, le lorrain, le provençal, piémontais ou alpin. Mais aussi le wallon et le rhénan.
Le francique est repris par le luxembourgeois et le rhénan (deux variétés de francique que l'on nomme francique luxembourgeois et francique rhénan, mais on ne cite pas le francique mosellan comme tel) et je laisse chercher toutes les variétés d'occitan qui sont citées après la mention de l'occitan qui ne serait pas l'une d'entre elles.
21:38 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, langues, francophonie, francophones
jeudi, 22 janvier 2009
10 suggestions de trolls historiques à votre convenance
- Affirmer le 21 janvier que l'on ne mangera que de la tête de veau ce jour, spécialement.
- Ecrire le 24 décembre au soir que Jésus est né quatre ou cinq ans avant lui-même et que ce n'est pas forcément en cette saison.
- Contester l'existence des siècles médiévaux ou la réalité des textes séparant la chute de Rome et l'avènement d'Otton Ier, empereur germanique.
- Nier le fait que les rois d'Angleterre aient eu le pouvoir de guérir les écrouelles en les touchant comme les rois de France.
- Déclarer que Néron n'avait pas que du mauvais comme dirigeant et qu'il était plutôt bon poète.
- Certifier que la langue officielle des Etats-Unis a failli devenir l'allemand.
- Enoncer que l'homme africain est sans histoire et sans mémoire.
- Citer Voltaire au sujet du Québec lorsqu'il parlait de "quelques misérables arpents de neige".
- Refuser le titre d'inventeur de l'informatique avant que le nom de Blaise Pascal ne vienne dans la discussion.
- Trouver des racines celtiques et françaises à Halloween.
Voilà de quoi remplir votre blogue d'une foule de commentaires avisés et vous serez agréablement surpris par les réponses pertinentes.
00:31 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, humour, langue française, langues
jeudi, 15 janvier 2009
Mini-vrac
Un collectionneur d'aptonymes ; le couvreur Letondu, les hôteliers Clochard, les pompes funèbres Leveuf, la menuiserie Laplanche, le portraitiste Guillotin...
If You Seek Me Amy, la dernière chanson de Britney Ze Pire fait scandale.
RFI supprime 200 postes sur 1 000 et 6 langues (allemand, albanais, turc, serbo-cioate, polonais, laotien) sur 19.
16:29 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, oulipo, langues, dialecte, patois, radio, argot
jeudi, 31 juillet 2008
Portrait forcé
Il y a parfois comme des saints :
«C’est là que tout a commencé, lors d’un rassemblement de sourds, raconte-t-il. J’ai vu un jeune homme qui se proposait en mimant l’anneau que l’on passe au doigt, et d’un seul coup, tout m’est revenu : ces cérémonies où les témoins donnent un coup de coude aux mariés pour qu’ils opinent de la tête au moment du consentement, ces rites muets. Je me suis demandé s’il en avait été ainsi pour mes parents sourds, là-bas, à Pont-de-Buis, mon village. Et j’ai repensé à ma petite mère qui, quand mon père est mort, a assisté à une messe à laquelle elle n’a rien compris. J’en réalisais d’un coup toute la violence intérieure. Je n’en ai pas dormi de la nuit. Je me suis dit : ‘‘Plus jamais ça !’’ Le lendemain, je suis allé voir mon évêque.»
Et puis comme des sectes à réprimer :
Chez les sourds, un combat sans fin oppose les orthodoxes de la langue des signes - un dictionnaire alphabet gestuel plus ou moins universel capable de faire communiquer les 50 millions de sourds que compte la Terre - et ses détracteurs qui estiment que ce langage spécifique maintient les sourds dans une identité qui les marginalise. A la langue des signes, ceux-ci préfèrent l’apprentissage d’un langage oral imparfait, accompagné de gestes. En 1880, le congrès de Milan, rassemblé pour trancher la question, avait donné la primauté à cette «langue signée» sur «la langue des signes».
Lesdits orthodoxes ont pratiquement toujours été bannis, jusque récemment (la LSF n'a été acceptée dans l'Education nationale qu'en 2005). La langue des signes n'est pas un alphabet même si elle comprend des signes alphabétiques, elle n'est pas universelle, elle est particulière à chaque pays ou chaque langue, il en existe plus de cent et il y en a même au Canada ou aux Etats-Unis pour les Indiens, elles sont différentes des langues des signes en anglais ou français américains. Le système de l'abbé de l'Epée a été combattu violemment et on a interdit son enseignement aux sourds-muets pendant des décennies, jusqu'à traquer les moindres manifestations de cet autre langage et à attacher les mains des élèves afin qu'ils s'expriment seulement par la bouche. Quand on regarde ce qui s'écrit au sujet du congrès de Milan, on peut lire :
Ces débats clos, le groupe des entendants avait décidé à l’unanimité, à l’exception de la délégation étasunienne, composée des enfants de Gallaudet, de rejeter la langue des signes et d’appliquer la méthode orale pure dans l’éducation des jeunes sourds. Au désarroi du groupe des sourds qui avait opté pour l’inverse. La langue des signes est considérée comme gestes de singes, incapables de représenter les subtilités et l’abstrait. Cette décision ferme toute possibilité à un retour vers l’âge d’or de la culture sourde initié par Berthier et les grands intellectuels sourds. Il pose la technique de l’oralisme, basé sur l’éducation de la parole et la lecture labiale comme la seule sérieuse pour les sourds.
On peut se demander alors si le terme d'orthodoxie est le mieux choisi pour décrire un courant qui a été combattu jusqu'à une époque proche par toutes les autorités et si en fait cela convient pour décrire la position des partisans de la langue des signes face à ceux de l'oralisme pur sans aucun élément signé (avec imposition de la lecture des lèvres, donc, mais en oubliant les muets). La présentation des faits est biaisée : on communique comment avec un sourd-muet complet ?
Cet article de Libération n'a attiré aucun commentaire en ce jour.
22:42 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : langues, surdité, sourds-muets, lsf, éducation, enseignement
dimanche, 20 juillet 2008
Pas de noir au café
Ce genre d'explication après-coup me semble passablement tarabiscotée et peu crédible :
Le blog Beijing boyce, spécialisé dans la nuit pékinoise, a une autre explication. Il pourrait s'agir d'une confusion linguistique... En chinois le terme "black" peut s'écrire de deux manières différentes : 黑人 (heiren) ou 黑帮 (heibang). Dans un cas il s'agit d'un adjectif racial. Dans l'autre cas il s'agit de désigner de mauvais éléments, comme les éléments d'un gang, mais sans connotation raciale...
Il semblerait que les Noirs ont été associés aux Mongols pour cette interdiction. Ou alors... il faut qu'en Chine le terme mongol ait le même double sens qu'en français (trisomique ou habitant de la Mongolie, ce qui fait bien rire mes élèves avant que je ne me fâche). Nous n'avons pas encore fini de lire, durant ce mois, des choses ahurissantes au sujet de la plus grande prison du monde. On n'a pas fini d'avaler des couleuvres grosses comme des boas de la part d'un des régimes les plus cyniques qui soient.
Bien sûr, il existe un double sens en français aussi pour le mot noir. L'adjectif peut désigner une personne ivre, mais le substantif se rapporte lui juste à la couleur de la personne. Cependant, si l'on interdisait des Noirs dans les cafés, cela ne pourrait avoir qu'un seul sens, racial.
12:30 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : politique, chine, langues
mercredi, 16 juillet 2008
Euskarisation de l'enseignement en Espagne
L'espagnol devient une seconde langue en Espagne :
Aujourd’hui, les familles peuvent choisir entre trois "modèles" d’enseignement : le A –espagnol uniquement, le B –bilingue et le D – langue basque. La réforme propose un modèle unique, l’enseignement en basque, dès l’entrée en maternelle et dès l’année scolaire 2009-2010.
L'euskarisation de l'enseignement avait déjà commencé lorsque le gouvernement basque avait imposé aux enseignants des systèmes A et B, il y a déjà quelques années, la connaissance du basque pour continuer à enseigner dans cette province. Les enseignants devaient suivre une formation payée, puis passer un examen vérifiant leurs aptitudes en basque. Cela contribuera à faire fuir un bon nombre d'enseignants hispanophones qui ne peuvent satisfaire aux exigences. Cela se nomme une épuration ethnique, mais en douceur comme en Flandre.
15:52 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : basque, espagnol, espagne, langues, politique, éducation, enseignement
mardi, 08 juillet 2008
Actualités régionales
J'apprends qu'il n'existe qu'un seul dictionnaire américain, le Merriam-Webster. "Subprime entre dans le dictionnaire américain". Heureusement, on n'a pas écrit "dans le dictionnaire" de manière absolue, comme c'est trop souvent le cas. Ce qui est amusant, c'est de voir l'angle choisi par les médias pour traiter le marronnier des mises à jour de dictionnaires : chez TF1, on donne dans l'actualité des journaux télévisés via les subprimes, et puis on enrobe le tout avec quelques mots exotiques comme soju ou prosecco afin de donner une touche de légéreté et de mettre un peu l'eau à la bouche. Mais le choix de ZDNet est totalement différent : malware, webinar, fanboy ou netroots. Le public n'est pas le même, il n'a pas les mêmes attentes, le même arrière-fond culturel et les mêmes compétences de lecture. L'un ne comprendra pas de quoi parle l'autre lorsqu'il évoque un malware alors que subprime lui parlera puisqu'on lui en a déjà parlé dans ses médias à lui. Et cela deviendra donc un mot admis, puisqu'il est dans le fameux dictionnaire (peu importe alors qu'il soit américain), il est inutile de proposer une traduction en français la vérité vient des Etats-Unis et d'eux seuls. Il est un fait étrange, c'est que l'actualité des dictionnaires anglo-saxons soit aussi bien relayée en francophonie, on aimerait que l'attention soit aussi vive pour les dictionnaires italiens, espagnols, allemands, néerlandais (pour ne parler que des plus proches voisins). Pourquoi parle-t-on aussi peu souvent dans les dépêches d'agences francophones des nouvelles entrées dans les dictionnaires portugais ou polonais ou grecs ou turcs ? Je me le demande...
20:18 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : dictionnaire, langues, langue anglaise, langue française, informatique, médias, média
mardi, 01 juillet 2008
Comme les Anglais en vacances
Les touristes britanniques détestent les langues étrangères lorsqu'ils voyagent à l'étranger :
Pis encore, les Britanniques seraient bien dans l'incapacité de demander de l'aide en cas de problèmes médicaux avec seulement 48% capables de prononcer le mot "ambulance" dans une langue étrangère.
Je serais bien embarrassé aussi pour prononcer ambulance dans des langues non romanes.
Le problème de ce genre d'études, c'est que cela porte sur des chiffres qui ne veulent rien dire dans l'absolu et qui proviennent de questions mal posées.
25 millions de Britanniques (54%) ne sont pas intéressés par l'apprentissage de la langue du pays qu'ils visitent. Cette même proportion se dit également incapable de comprendre la moindre phrase basique du pays visité.
Cela signifie que l'on a fait une projection sur l'ensemble de la population britannique adulte à partir d'un échantillon dit représentatif, sans demander à cet échantillon s'il avait déjà séjourné à l'étranger, depuis combien de temps, s'il le faisait régulièrement ou s'il avait vraiment la possibilité financière de partir en vacances.
C'est ainsi que l'on arrive à ce genre de chiffres délirants :
81% refusent de prendre avec eux un guide de conversation et 33% avouent même qu'ils comptent sur les capacités "bilingues" des habitants des pays hôtes.
Ben oui... si la moitié des Britanniques ne partent jamais en vacances (à peu près comme les Français) et encore moins à l'étranger (on serait plutôt dans ce cas dans une proportion de trois quarts), à quoi leur servirait un guide pour un pays où ils n'iront jamais ?
Ces remarques sur les méthodes bizarres des sondages bidons de sociétés commerciales à des fins publicitaires ne veulent pas dire que l'enseignement des langues étrangères n'est pas sinistré au Royaume-Uni.
18:58 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : anglais, langues, tourisme, publicité, sondage
lundi, 16 juin 2008
L'Académie française joue au Conseil constitutionnel
Quand j'ai lu ça :
L'Académie française demande le retrait d'un texte, adopté par l'Assemblée nationale, qui inscrit la reconnaissance des langues régionales dans la Constitution, et porte, selon les académiciens, "atteinte à l'identité nationale".
Je me suis dit que l'Académie qui s'est passablement couvert de ridicule ces dernières années (il n'y a guère que l'affaire Robbe-Grillet qui soit amusante dans la suite des accidents académique) aurait mieux fait de ne rien dire du tout, parce qu'elle achève de se discréditer. C'est un des corps consultatifs de l'Etat, elle est placée sous la protection du président, soit. Mais en quoi serait-elle compétente en matière législative ou plus encore constitutionnelle ? Comment une institution fondée sur la cooptotation serait-elle plus légitime que la représentation nationale ou le peuple souverain ? Il n'existe qu'un seul organe pour dire si ce texte est constitutionnel : la conseil constitutionnel où siège justement un ancien président de la République, académicien français, accordéoniste et fort talentueux romancier pornographique. Que l'Académie exprime ses réticences, sa réprobation, sa différence, je le comprends, c'est normal. Cela aurait pu se faire par un simple avis, comme à l'habitude. Qu'elle demande aux deux seules chambres élues et compétentes en matière constitutionnelle de légiférer en fonction d'une idée de l'identité nationale dont elle serait la seule dépositaire, cela me dépasse ! Cette noble assemblée n'a pas à donner d'ordres aux vrais pouvoirs élus. Comme il s'agit de toute manière d'une sorte de sommation rédigée de manière grotesque, il ne fait guère de doute que les députés et les sénateurs se feront un plaisir de ne pas aller dans le sens du Quai Conti, parce qu'ils sont soucieux de leur indépendance dans certains cas. Le résultat sera donc nul. En outre, cette petite mesurette va un peu plus cristalliser la défiance des indépendantistes de tout poil et de toute langue qui avaient accueilli la chose avec défiance. Ou bien, sentant que le projet de réforme de la constitution avait fort peu de chances d'aboutir en l'état, les académiciens se sont-ils senti pousser des ailes au point de se prendre pour une institution politique ? Mais il n'y a donc pas un seul homme politique dans ce cénacle pour dire que cette motion une sombre imbécillité juridiquement sans valeur ? Ah si ! il y a un ancien président...
14:45 Publié dans Francophonie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langue française, langues, francophonie, politique, droit
samedi, 24 mai 2008
Lettre compte triple
Extrait de la Jangada de Jules Verne :
Manoel obéit.
"Ne voyez-vous donc rien dans l'assemblage de certaines lettres qui soit bizarre ? demanda le magistrat.
- Je ne vois rien, répondit Manoel, après avoir, pour la centième fois peut-être, parcouru les lignes du document.
- Eh bien, bornez-vous à étudier le dernier paragraphe. Là, vous le comprenez, doit être le résumé de la notice tout entière. - Vous n'y voyez rien d'anormal ?
- Rien.
- Il y a, cependant, un détail qui prouve de la façon la plus absolue que le document est soumis à la loi d'un nombre.
- Et c'est ?... demanda Manoel.
- C'est, ou plutôt ce sont trois h que nous voyons juxtaposés à deux places différentes !"
Ce que disait le juge Jarriquez était vrai et de nature à attirer l'attention. D'une part, les deux cent quatrième, deux cent cinquième et deux cent sixième lettres de l'alinéa, de l'autre, les deux cent cinquante-huitième, deux cent cinquante-neuvième et deux cent soixantième lettres étaient des h placés consécutivement. De là, cette particularité qui n'avait pas d'abord frappé le magistrat.
"Et cela prouve ?... demanda Manoel, sans deviner quelle déduction il devait tirer de cet assemblage.
- Cela prouve tout simplement, jeune homme, que le document repose sur la loi d'un nombre ! Cela démontre a priori que chaque lettre est modifiée par la vertu des chiffres de ce nombre et suivant la place qu'ils occupent !
- Et pourquoi donc ?
- Parce que dans aucune langue il n'y a de mots qui comportent le triplement de la même lettre !"
Le problème, c'est que pour parvenir à la solution exacte, les personnages se sont servis d'un raisonnement faux. Il existe bien des langues avec des lettres triplées. Par exemple, en français ce sont lss participes passés féminins de créer, recréer ou de gréer, agréer, maugréer si l'on ne tient pas compte de l'accent comme dans cet exercice. L'allemand comporte des triplements du s (un des motifs de dispute à propos de sa réforme de l'orthographe), mais pas dans son ancienne orthographe car on écrivait der Schließstand (le pas de tir) et on peut avoir aujourd'hui une consonne triple der Schliessstand puisque le eszet était perçu nettement comme la ligature du s court et du s long. Et je ne sais s'il n'existe pas d'autres langues avec de tels exemples.
15:27 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : langues, langue française, stéganopraphie, encodage, alphabet
lundi, 19 mai 2008
Une question de charme
Le presbytère n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat.
Das Pfarrhaus hat nichts von seinem Charme verloren, und der Garten von seinem Glanz.
The parish has nothing of its charm, and the garden of his lustre.
21:08 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : langues, jeu, humour
mercredi, 14 mai 2008
Le Cinquième Empire
Demain, le Portugal entre dans une nouvelle ère linguistique et surtout politique si le parlement adopte la réforme de l'orthographe panlusitanienne. Il sera le premier pays de l'Ancien monde à accepter officiellement toutes les normes du Nouveau monde :
Les changements rendraient l'orthographe plus proche de la façon dont les mots sont prononcés en supprimant les consonnes silencieuses, comme le font les Brésiliens. Ainsi "optimo" (génial) deviendrait "otimo" et "accao" (action) deviendrait "acao".
L'alphabet comporterait 26 lettres grâce à l'ajout du k, du w et du y, pour accueillir des mots comme "kilometro" et "kwanza", la monnaie angolaise.
Seuls 2.000 des quelque 110.000 mots que comprend le vocabulaire portugais sont concernés et les modifications doivent être adoptées par les sept pays. Mais les trois-quart des changements devront être faits par le Portugal.
C'est un bouleversement complet. Il existe toujours des normes distinctes entre l'Espagne et les pays latino-américains, malgré certaines convergences. Il y a toujours plusieurs anglais, même si l'anglo-américain contamine l'anglais britannique et les autres. Le poids du québécois est ridiculement mineur face au français hexagonal, mais le français est la seule langue occidentale et coloniale à avoir plus de locuteurs sur son territoire d'origine que toutes les autres (si l'on ne compte pas l'allemand, le néerlandais, le danois, le norvégien et quelques autres). Le portugais se prépare à la mondialisation en permettant d'écrire ses variantes africaines et surtout en se réglant sur le pays où le portugais est le plus pratiqué : le Brésil. Le but ? Devenir une des langues de l'ONU et surtout commencer à peser dans les instances internationales en affichant une unité linguistique (ce que n'ont pas l'OIF ou le Commonwealth) sur plusieurs continents. La CPLP va devenir une puissance montante grâce à la démographie et à la croissance du Brésil. C'est dopé au Nouveau Monde que le Portugal va de nouveau rentrer dans l'Europe et cela ne manquera pas de faire du bruit, parce que la réforme est aussi et avant tout politique, économique et symbolique, plus que linguistique.
19:19 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : langues, portugais, brésilien, langue portugaise, politique, europe, langue brésilienne
mardi, 13 mai 2008
Ganak ouhm
L'information n'est pas de la dernière fraîcheur, mais elle m'avait échappé à la lecture de Libé. J'ai été un peu surpris en voyant la pub pour la nouvelle 308. Une boîte de vitesse chromée sur fond noir. Deux slogans : "GANAK OUHM", puis plus bas "Essayez-la, vous comprendrez". Présentation sobre, chic, de bon goût. Je me suis interrogé. Cela vend bien une voiture. Mais pourquoi ganak ouhm et qu'est-ce que cela veut dire ? En quelle langue est-ce ? Y a-t-il un calembour qui m'échapperait ? Serait-on revenu à l'époque des chimpanzés du lessivier Omo qui les faisait parler avec des "maouss costo" ? Je fais donc ce que le publicitaire attendait de moi : je gougle pour avoir la réponse ! Et je tombe sur cet article qui explique que l'accroche (galayouf, falafurt, bloblor, ertovidz'ie) est volontairement incompréhensible en quelque langue que ce soit (mais il semble que bloblor soit un poisson en malais indonésien).
Je connaissais déjà les recherches faites pour obtenir des noms de marques ou de produits qui ne signifient rien dans aucune langue et surtout qui ne ressemblent pas à un autre nom déjà déposé ou un nom qui serait malséant dans une autre langue. Maintenant, on a apparemment l'accroche vide de sens avec une sorte de langage que l'on connoterait comme venu d'une tribu primitive ou d'extra-terrestre. C'est donc un vide sémantique que l'on peut remplir par nos associations d'idées, nos sentiments, nos émotions, et cela permet d'éviter de dire que c'est formidable, unique, révolutionnaire, tout en le suggérant au destinataire. C'est lui qui complètera le message selon sa perception. Il aura ainsi le sentiment de participer à l'élaboration du contenu. Surtout s'il a fait, comme moi, l'effort de chercher l'origine du message. C'est très Web 2.0. On peut supposer alors que de manière virale, ces expressions seront au centre des discussions (comme ici).
Ensuite, si cet énoncé emploie la fonction poétique du langage, il n'est pas moins référentiel. C'est bien l'objet qui est désigné, comme le souligne la deuxième partie du texte (très minimaliste) : "Essayez-la, vous comprendrez". Bien sûr, la publicité use souvent de la fonction incitative (ou conative) du langage afin de faire agir le destinataire. C'est d'ailleurs un procédé fort lassant, du fait de sa répétition et de son caractère stéréotypé (achetez, économisez, soyez malin, sauvez la planète). Mais ici, on a également un énoncé métalinguistique qui dit ce que le langage veut dire ou comment il le dit. Cet énoncé n'explique rien en fait, pour comprendre il faut se mettre dedans. Dans quoi au juste ? Dans la voiture, désignée par le pronom la. Au fond, c'est le seul sujet. Il n'y a aucune mention des qualités de l'objet, de ses performances, de son caractère écologiquement correct, de son souci de protéger les personnes ou de son succès auprès des filles - rien de technique, rien d'idéologique, rien sur une plus-value pour son image personnelle. C'est l'objet nu, le slogan zéro, et à chacun de mettre les mots qu'il veut. C'est particulièrement gonflé, mais c'est rendu possible par l'inflation des superlatifs ou des messages lourdement connotés des produits voisins.
11:23 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : publicité, marketing, langues, langue française
samedi, 10 mai 2008
De la lettre et de l'esprit
Il l’a tuée, il s’est suicidé – tout ça pour une histoire d’alphabet. En froid avec son mari, Emine s’était réfugiée chez son père à Ankara. (...) Le portable d’Emine n’acceptait pas les caractères turcs. Les “ı” sans point se sont transformés en “i” avec point, changeant radicalement le sens de son texto. (...)
Voilà une fois de plus une illustration des dangers du SMS ! Espérons que le saint Père ne commettra pas une telle erreur, surtout en latin, pour ses SMS spirituels qui n'auront pas tous les diacritques nécessaires pour chaque langue ! Même si la communication en latin sans SMS peut s'avérer parfois confuse :
Le 26 juin, la distribution en salle de presse du Vatican d'un «motu proprio» (décret) en latin, par lequel Benoît XVI modifiait les règles d'élection de son successeur, avait provoqué la confusion avant que le service de presse ne diffuse rapidement la traduction italienne et les explications adéquates.
16:53 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : turc, latin, alphabet, langues
vendredi, 25 avril 2008
MSN-er
Si Apple n’aime pas que son vocable podcast soit utilisé à tort et à travers, pour Microsoft c’est le verbe MSN-er de la si gutturale langue hollandaise qui lui reste en travers de la gorge. MSN-er est en effet un verbe que l’on peut trouver dans le dictionnaire néerlandais Van Dale, et cela Redmond ne le supporte pas...
Il me semblait que l'infinitif des verbes en néerlandais avait toujours une désinence en -en, comme en allemand. Un suffixe en -er indique plutôt un nom d'agent ou de personne. Cette terminaison est en réalité française comme celles de friender et de dé-friender.
19:08 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : néerlandais, néologisme, langues, microsoft, facebook
lundi, 24 mars 2008
Güey
C'est étonnant un tréma en espagnol, d'autant plus que cette langue ne connaît pas le u français ou le ü allemand et n'emploie pas de trémas ou d'umlauts. Mais les origines du mot semblent bien controversées aussi (le texte sent son anglais par l'emplol de versatile pour divers) et cela ne semble pas s'arranger. Comment un tel mot aussi étranger à l'espagnol a-t-il pu être intégré ?
16:39 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : espagnol, langue française, langues
lundi, 17 mars 2008
En Pologne, c'est-à-dire nulle part
Si quelqu'un comprend le polonais, j'aimerais bien qu'il me traduise les billets de ce blogue qui me place dans sa blogoliste (merci à lui au passage et bonne chance). Parce que le polonais et moi, cela fait deux, à part quelques rudiments très réduits (je pourrais comprendre en très gros et très vague des textes néerlandais ou danois, mais vraiment de manière grossière et vague, alors pour le polonais, même mes premiers rudiments de tchèque sont insuffisants...) Je constate simplement que le sujet du jour est consacré au bling-bling et traduit un texte français à propos de la blingocratie. Oui, on en a parlé à la suite du Mouton de Nouvelle-Calédonie après avoir vu le lien chez Jean Véronis. La circulation des mots est une affaire compliquée, maintenant même les Polonais (plombiers ou non) sauront tout de la blingologie qui fera pâlir les jumeaux démoniaques ! Il était normal de parler de notre admirable et splendide président au pays d'Ubu !
19:02 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : polonais, langues, web, blog, internet
jeudi, 13 mars 2008
Choisir sa langue maternelle
Le chef de la diplomatie chinoise a une curieuse conception de la diplomatie, du chinois et tout simplement des êtres humains :
"Je considère que le chinois est l'une des langues les plus faciles à étudier dans le monde, sinon comment expliquer qu'il y ait 1,3 milliard de personnes qui l'aient choisie comme leur langue maternelle".
On ne choisit pas sa langue maternelle, mais je suppose que la traduction peut être en cause pour cette expression. En tout cas, c'est faire bien peu de cas de la politique de sinisation linguistique avec une assimilation forcée des minorités. Et oublier le fait que le putunghua (ou mandarin) n'est parlé que par les deux tiers de la population chinoise, laquelle possède un système d'écriture commun qui permet de faire croire à l'existence d'une Chine unique et unifiée. Mais même ce système d'écriture n'est pas du tout maîtrisé par la majorité de la population, voire la quasi-totalité du fait du trop grand nombre de caractères, à un tel point qu'il a fallu le simplifier. Mais la simplification a des limites et si elle allait jusqu'à la généralisation du pynyin, elle ferait voler en éclat le mythe du putunghua comme langue commune de la Chine, alors qu'on reste encore dans le cadre d'une écriture simplifiée pour noter aussi des langues différentes de la langue commune.
Bon... C'est un propos provocateur envers les Occidentaux, mais il est aussi bien dans la nature du régime totalitaire qui maintenant peut prendre ses aises du fait de sa réussite économique : on peut le sortir de la liste des Etats qui attentent aux droits de l'Homme sans difficulté et le croire sur parole même quand il profère des énormités.
22:26 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : chine, politique, langues, chinois
samedi, 23 février 2008
Une énigme archéologique
On attend les spécialistes du décryptage, de la philologie, de la diplomatique, de la sténographie, de la stéganographie de la tachygraphie et de la paléontologie pour ce document qui dépasse en complexité les découvertes mycéniennes. Mmmh... quel secret de Mû ou de l'Atlantide ou de l'Hyperborée se cache dans ces signes ?
22:05 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : humour, politique, langues, archéologie
lundi, 11 février 2008
La seule, avec...
Pratiquement la seule, tout en n'étant pas la seule :
Les habitants de ce recoin pluvieux du nord-ouest espagnol qui est pratiquement, avec la Catalogne et le Pays basque, la seule des 17 régions autonomes d'Espagne à user d'une autre langue officielle que le castillan, savent qu'ils ne l'entendront pas prononcer un mot dans cette langue.
En outre, c'est faux : le basque a aussi un statut co-officiel dans une partie de la Navarre. Ce qui fait quatre régions ou communautés de la péninsule sur dix-sept. Mais dire la seule permet d'insister sur un particularisme qui n'est pas si particulier.
20:14 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : espagnol, langues, espagne, journalisme, presse, média, médias
mardi, 05 février 2008
Le commerce chinois
Aujourd’hui, ce n’est plus perçu comme une langue bizarroïde et près de 40% des élèves optent pour le chinois en 2e langue.
Bien... Et il les trouve où ses 40 % d'élèves ? J'espère que ses propos ont été mal retranscrits, mais je n'en suis pas sûr, car il existe bien une offensive chinoise sur les langues enseignées en France et elle prend un aspect presque commercial. Ce ne serait pas plutôt 0,4 % des élèves par hasard ? Parce que 20 420 élèves du secondaire, cela ne fait pas lourd... On continue le marketingue autour du chinois sans dire que c'est d'abord une option liée à une volonté de sélection scolaire et de ségrégation sociale, puisque les options latin ou allemand ne sont plus reconnues.
18:04 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : langue française, langues, chinois, éducation, enseignement, profs
lundi, 04 février 2008
Danois simplifié
Pour faciliter la navigation des Danois sur Internet, Sabine Kirchmeier-Andersen, directrice de la commission de la langue danoise, a proposé de retirer les trois caractères 'æ, å et ø' de l'alphabet danois.
Je ne vois pas en quoi cela faciliterait la navigation alors que l'on dispose de l'UTF-8. Certes, il y a un caractère qui n'appartient pas à Iso-8859-15 ou Iso-8859-1, la table de caractères commune au français ou à l'anglais, l'allemand, l'islandais, c'est le a rond en chef, mais la question pouvait se poser il y a dix ans lorsque l'on demandait d'éviter les signes diacritiques afin d'écrire à l'anglaise. Imaginons que la DGLF propose d'éliminer les accents, la cédille, le tréma de l'orthographe française : ce serait un tollé ! Le scandale a été identique en Allemagne lorsque la réforme a proposé d'éliminer le eszet, mais pour d'autres raisons qui n'ont rien à voir avec Internet. Curieuse logique, puisque l'argument technique est faux.
18:50 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : langues, danois, internet, web, orthographe
mardi, 29 janvier 2008
Battle
Alexia Laroche-Joubert : "Préparez-vous aux battles".
Quand je lis ça, je suis bien content de ne plus avoir de télévision. A quoi cela sert-il de farcir son français de mots anglais qui ont déjà leur correspondant exact en français ? Parce que cela ne désigne même pas une réalité nouvelle, à la différence de produits techniques récents ou de concepts différents. C'est en outre un anglais pauvre, avec un vocabulaire basique, compréhensible par un élève de sixième puisque le mot est issu du français bataille. On a affaire à l'emprunt snob qui est choisi pour sa connotation prétendument plus moderne, plus dans l'air du temps, plus jeune. Mais cela me fait songer aux anglicismes de Gilberte dans la Recherche : quelques mots d'anglais simpliste dans une phrase afin de se croire à la page et fort chic. La StarAc ou l'entreprise de décervelage. Alors que c'est simplement la reprise du radio-crochet. Un truc de vieux... Mais avec un peu d'anglais basique saupoudré dans les discours, cela devient furieusement trendy.
10:22 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : star academy, starac, musique, langue française, français, anglais, langues
vendredi, 25 janvier 2008
Ne m'appelez plus Lithuania !
Ah ben ! encore du nouveau. On n'arrête pas le progrès et la bêtise.
La Lituanie envisage de changer son nom anglais (Lithuania) pour le rendre plus facilement prononçable dans l'espoir d'attirer davantage d'investissements et de touristes.
Petite question : est-ce que la Lituanie a le moindre droit sur l'usage des locuteurs anglophophones ? Ce sera alors le nom dit anglais en lituanien, mais non le nom anglais de la Lituanie. La Birmanie peut se nommer Myanmâr, la Biélorussie Belarus, et la Libye Jamahyriah etc., est-ce que cela veut dire que ces pays doivent avoir des droits sur les langues des autres nations ? Et pourquoi le changer en anglais seulement et pas en français ou en allemand qui sont aussi des langues de travail de l'Union ? Parce que l'on a fait le parti de l'anglais comme langue dominante ? Mais nul doute aussi que les autorités anglophones accepteront le caprice touristique au nom du respect de la différence et de l'identité.
20:19 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : humour, politique, langues, europe
mercredi, 23 janvier 2008
Requiem
L'eyak, un dialecte parmi la vingtaine utilisée par les Indiens d'Alaska, s'est éteint avec son dernier locuteur, une femme de 89 ans, a rapporté mercredi la presse de l'Etat de l'extrême nord-ouest des Etats-Unis.
On peut écrire trente dépêches ou billets sur le même sujet par an durant le siècle qui est devant nous. Ah ! les Amérindiens d'Alaska ne sont pas des Inuits et l'eyak n'a pas de rapport avec l'inuktitut.
23:34 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : langues, linguistique


