mercredi, 04 août 2010

Säiliöt

— Ateliers de fausse fabrication de monnaie pour les enfants. Bugey plus, juillet-août.

— Attention donc à ceux qui prendraient la voiture éméchée. L'Union, 16 juillet.

— Le récit conduit aux grabats désastreux du bas peuple victime d'excès en tous genres aggravant à l'extrême son misèrable quotidien. Le Sillon, mai 2010.

— Un nouvel accident de la circulation entre Vallorbe et la douane du Creux fait sortir un Vallorbier de ses gongs. 24 heures, 17-18 juillet.

— Des chiens que l'on soigne en ce moment majoritairement pour des tics : la chaleur favorise l'éclosion des larves et donc des tics. L'Union, 16 juillet.

— Il s'appuie sur ses canes, mais le moral est bon. Nice Matin, 18 juin.

— Fermeture des Cinq-Bonniers en août. C'est une décision rare dans les anales du Centre social. La Voix du Nord, 23 juillet.

— Les bêtes se nourrissent aussi de feuilles, de pouces de chênes. Corse Matin, 21 juillet.

— Le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, ne les a pas déferrés  en vue de l'ouverture d'une information judiciaire. Ouest France, 17-18 juillet.  

dimanche, 18 juillet 2010

Les verbes siglés de Twitter

Ce blogue est un peu en sommeil. Il y a des raisons : cet été m'a rendu paresseux, je manque d'idées de sujets (ou plutôt les sujets qui me préoccupent n'ont pas leur place dans ce blogue tel que je l'envisage), je n'ai pas trop envie de répéter des formes déjà éprouvées, et surtout je gazouille beaucoup. Twitter m'occupe déjà bien assez. Mais je peux découvrir de vrais sujets par Twitter aussi.

On connaît le procédé : écrire un message en 140 signes. Cela conduit fatalement à une foule d'abréviations conventionnelles ou nouvelles, sans que ce soit de l'écriture SMS. On ne compte plus les GG, BTW, OMG, WTF ou IRL qui vous donnent l'impression d'être un vrai guique une fois que vous avez compris. De ces abréviations naissent en fait de nouveaux mots. Le verbe loler ou loller (et l'adjectif lolesque ou lollesque) étaient déjà bien établis dans les blogues pour désigner un contenu rigolo, mais l'acronyme est parfaitement lexicalisé.

Tout change dans Twitter : les sigles verbaux ont une conjugaison unique, ce qui est très pratique pour éviter les erreurs d'orthographe et de grammaire. Ainsi, sont apparus les verbes suivants : RT, FF et DM.

— Je te RT. Cela signifie que le locuteur reprend le gazouillis précédent pour le citer plus ou moins exactement, mais avec mention de l'origine. Il le retwitte. C'est l'une des pratiques les plus riches de Twitter et ce qui en fait son intérêt. On peut rapprocher cette expression de celle utilisée dans Usenet "Je te fu2" (en gros follow up to, ou faire suivre à, donc renvoyer dans un autre forum du même réseau).

— Je te DM. Là, le locuteur adresse un message direct, c'est-à-dire en privé et non visible par autrui. On annonce moins en public les DM que les RT, par la force des choses.

— Je te FF. Il y a un folklore Twitter, tout comme il existe un folklore des blogues ou d'Usenet. Il y a donc des traditions que certains tentent d'établir et que d'autres refusent de suivre (devinez dans quelle catégorie je me situe). L'une d'entre elles consiste à citer les comptes auxquels on est abonné (mais des petits malins citent parfois des gens qui ne sont pas dans leur TL ou Time Line, liste d'abonnés). Le FF est le Follow Friday, mal traduit par le Suivez Vendredi qui me laisse un arrière-goût d'asservissement. Tous les vendredis, les gazouilleurs partagent des liens vers d'autres comptes et on peut aussi l'annoncer, ce qui fait un message de plus à son actif même si c'est pour ne rien dire.

J'ai vérifié l'existence de ces constructions syntaxiques par sigles, mais non leur poids statistique qui me semble peu évaluable. Peu importe qu'il y ait cent ou un million d'occurrences, c'est de l'écriture informelle et en constante mutation. Je crois d'ailleurs que Google est un peu inefficace pour suivre Twitter et quantifier les usages.

mercredi, 30 juin 2010

Cregyn

— Quelques automobilistes ont retrouvé leurs véhicules complètement immaculés de boue. Le Progrès, 15 juin.

— Les chauffeurs de bus ont débraillé. Dernières Nouvelles d'Alsace, 16 juin.

— Les pompiers sont intervenus alors que le camion se consommait sur l'aire de de repos de Lupian. Midi libre, 18 juin.

—[Les salariés] se disent pressurisés au quotidien. Le Télégramme, 18 juin.

— "Il n'y a donc pas de trafic du côté de chez Swann..." Un bon mot (du juge) qui déclenche une légère rumeur de jovialité dans la salle : tous pensent à la chanson de Dave. Les Nouvelles Plus (Versailles), c16 juin. 

dimanche, 27 juin 2010

La surféminisation, une absurdité pseudo-féministe

Personnellement, je suis attaché à la féminisation des noms de métiers et de fonction — laquelle est une obligation pour l'administration en France. Je veux bien admettre que certains de ces noms sont formés de manière un peu bancale ou qu'ils heurtent l'oreille, mais le temps se chargera de régler le problème.

Le hic, c'est la surféminisation. Au XIXe s., Gautier et Baudelaire ont raillé les poétesses. Certes avec de solides motifs conservateurs et misogynes, mais aussi parce que ce terme était un néologisme de la Révolution française. Pourquoi utiliser poétesse plutôt que poète, lequel est épicène ? Mais poétisse existait en moyen français, plus anciennement en latin médiéval, et ce n'est qu'une simple résurrection d'un terme ancien afin de rappeler qu'il a existé une poésie féminine auparavant. Je ne crois pas que cela était utile. Le suffixe -esse ou -eresse est ambigu en français : laudatif à la Renaissance ou péjoratif. Il apparaît comme un intensif plus que comme une marque du simple féminin, du fait de ses emplois limités en français. Une vengeresse sera plus forte qu'une vengeuse, une chasseresse plus noble qu'une chasseuse.

On connaissait déjà la mairesse québécoise alors que la maire suffit. Je découvre dans un blogue féministe des peintresses ! Je trouve que ce genre de surféminisation nuit à la féminisation simple — celle qui peut se faire par un article féminin, par exemple, lorsque le nom est épicène. Écrire simplement une peintre ou une femme peintre, est-ce trop compliqué ? Cela dessert la cause défendue. Avec ce genre de propositions ridicules, il est certain que les railleurs auront beau jeu de refuser des féminisations plus logiques et plus simples.   

jeudi, 24 juin 2010

La fille Machin-Truc

Admirez l'élégance du titre suivant publié par un journal de référence qui ne se soucie plus de corriger les dépêches de l'AFP :

La fille Bettencourt dément être "à l'origine" des écoutes clandestines

La fille Bettencourt, c'est beau ! On croirait un rapport de police du XIXe s. Quand on écrivait "la fille" dans une affaire judiciaire, cela voulait dire que c'était une dame de petite vertu comme dans le roman des Goncourt la Fille Élisa. Une gourgandine, quoi ! Une fille de rien ! Cela jette une suspicion sur son action judiciaire légitime, alors que justement il y a un soupçon de gigolisme et de fraude fiscale chez la mère et de prévarication, de népotisme, de malversation chez un ministre. Je précise que Françoise Bettencourt a 57 ans et qu'elle est peut-être grand-mère.

On ne parle pas pour autant de la mère Bettencourt (88 ans aux prunes), laquelle a déjà fourgué un milliard d'euros à un individu peu scrupuleux, lequel avait déjà un peu abusé des faveurs d'un des plus grands poètes français en d'autres temps. Mais comme son légataire universel est discret dans les grands médias et fait en sorte de conserver la mémoire d'Aragon de manière assez honnête. On ne rappelle pas souvent ce triste épisode du monde des lettres. Mais il fut un temps où les deux gitons étaient en compétition pour conserver le souvenir du grand vieillard. L'un dut se rabattre sur une pauvre vieille, parce qu'il avait été évincé de la succession du poète national et il crut pouvoir faire le même coup que son compère... Sauf qu'il y avait une famille et que cela devint une affaire d'État.

Et depuis il s'agit d'éteindre l'incendie, parce que trop d'affaires anciennes peuvent sortir.


mercredi, 23 juin 2010

ჭურვები

— Les policiers avaient repéré une voiture et une moto en plein slalom sur la rocade. Ils ont été placés en garde à vue. Ouest France, 15 juin.

— La gendarmerie a déployé d'importants moyens pour rechercher une adolescente sourde et muette, et qui, de double nationalité marocaine et espagnole, ne parlait pas français. La Dépêche du Midi, 9 juin.

— Monté de son Auvergne natale, il fut un simple gratte-sauce. Le Nouvel Observateur, 6 juin.

— Recherche une personne avec des connaissances arboricoles pour assurer le suivi et l'entretien annuel des verges. Bio nouvelles, juin.

— Son corps a été incarcéré au crématorium de Caen. La Manche libre, 12 juin. 

samedi, 19 juin 2010

L'aéromédon populaire

bombax-3.jpgJ'aborde un sujet nouveau ; la parodie de feuilletons populaires datés autour de 1900. Comme il s'agit d'un genre assez vaste, je préfère consacrer ce billet seulement aux séries dans un style humoristique et puis on verra par après les séries dans un style plus réaliste notamment autour de Tardi.

Jusqu'aux années 60, la bande dessinée vivait bien tranquillement avec ses genres bien rangés : on avait le cow-boy, l'explorateur, l'astronaute, le reporter, le détective, la bande de gosses, l'aviateur, le pilote de course, etc. Seulement, dans ces années-là, commencent à s'animer des clubs d'amateurs et de collectionneurs à la recherche de leurs lectures d'enfance. Et cette nostalgie recoupe aussi la republication des grands feuilletons populaires du XIXe s. ou du début du XXe s. dans les tout nouveaux clubs du livre. On redécouvre Fantômas, Chéri-Bibi, Arsène Lupin, Rouletabille, Judex. Les années soixante sont rétro. C'est un premier aspect.

Un autre fait, c'est que la bande dessinée cherche à devenir adulte et qu'elle commence à pratiquer le second degré en France. Pour ce faire, elle a besoin d'un anti-modèle : Goscinny parodie l'histoire de France, les Mille et Une Nuits, le far-west, que reste-t-il ? Eh bien l'origine même de la BD de ces magazines : le roman-feuilleton !

On a cette forme de parodie dans Ténébrax dont j'ai déjà parlé. Mais l'action de Ténébrax est contemporaine. Lob fera ensuite avec Pichard une parodie située plus dans la Belle Epoque avec Blanche Epiphanie, mais je réserve cela pour un autre billet sur le rétro réaliste. En tout cas, la bande dessinée a eu besoin à partir du milieu des années soixante de se créer un nouveau genre qui ne pouvait être auparavant : il n'y avait pas assez de distance temporelle.

Ce qui est remarquable au sujet de ces bandes dessinées rétro, c'est qu'elles ont commencé toutes dans le registre comique et autour de quelques auteurs, dont un surtout : Hubuc, pseudonyme de Roger Copuse. Ce dessinateur et scénariste a publié dans Spirou, Tintin, Pilote, mais il est totalement oublié et il n'a eu que très peu d'albums, non réédités par ailleurs. C'est injuste, car il s'agit d'un dessinateur au style simple et efficace. Sa carrière a d'ailleurs été fort courte : il est mort prématurément. Là, il dessine sur un scénario de Fred. On a affaire à une sorte de mini-album à découper et relier comme c'était le cas dans Spirou, mais au format A5. Cela formait une brochure de 8 pages.

Les couleurs et le style des caractères sont psychédéliques (on est dans les années 60, ne l'oublions pas), mais aussi Modern Style. C'est la rencontre de deux univers. Dans la collection de l'Aéromédon populaire, on trouvait Bombax, mais aussi Mandrax le roi de la magie, Tarsinge l'homme zan. Hubuc écrira aussi Wilbur et Mimosa pour Guilmard dans une thématique un peu similaire, mais cette fois en parodiant les expéditions sportives du début du XXe s. Ce que l'on voit dans ces bandes dessinées, c'est le traditionnel couple des récits d'aventure : un savant ou un explorateur et son assistant. C'est une formule que Fred réutilisera dans Timoléon, mais aussi Hubuc dans Wilbur et Mimosa. Disons simplement que c'est le modèle de base de tous les feuilletons.

Maintenant, nous allons terminer par un jeu :

1) Que veut dire aéromédon ?

2) Yoyoteur est-il d'époque ?

3) Que peut bien être Kleptopik le Copomartopicophile ?

mercredi, 16 juin 2010

Κελύφη

— Héritière de l'enseignement maritime créé par un édit de Louis XIV, elle [l'École nationale de la marine marchande] prend son envol grâce à Colvert. Presse Océan, 7 mai.

— Il n'avait pas supporté que son entreprise de distribution de vidéos n'avait plus besoin de ses sévices. Métro, 7 juin.

— Quatre ans de privatisation de toutes sortes. Le Pays Briard, 1er juin. On parle de la période de l'Occupation allemande.

— Avant d’accepter l’invitation à déjeuner de Nicolas Sarkozy, mercredi 9 juin, à l’Elysée, le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, et le président (PS) de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, avaient posé, depuis plusieurs semaines, des conditions. Le président de la République les a exhaussés. Le Monde, 10 juin.

lundi, 14 juin 2010

Où j'écris un billet démagogique

Hénaurme suspense ! On attend le résultat du match*.

La vuvuzela, 466 résultats réels.

Le vuvuzela, 340 résultats réels.

On retrouve un problème classique des emprunts : le genre à donner. Le mot serait d'origine zouloue, mais s'il transite par l'anglais il ne possède plus alors de genre précis et en outre il n'y a aucun genre dans les langues bantoues dès le départ : on ne distingue que le défini et l'indéfini. Or les noms se terminant en -a ne sont plus ressentis automatiquement comme féminins en français. Il est vrai que le -a pouvait être masculin en latin : poeta, nauta, agricola. Cependant, je trouve une sorte d'indécision dont on a déjà parlé ici au sujet de la manga ou de la Nutella. Je pourrais ajouter le ou la chikungunya**. Il y a tendance à masculiniser des noms qui devraient être féminins parce que le -e final seul est ressenti parfois comme marque du féminin  : Venezuela, Costa-Rica, Nigéria, Libéria,  etc. Et puis on a une zone marginale où les deux genres se combattent.

Le mot est apparu dans Wikipedia (tiens ? on dit la Wikipedia) en juin 2009 — sans doute en prévision de la coupe du monde de football —, mais il a été fortement réactualisé ces derniers jours. Il va mettre cinq ans pour apparaître dans le Robert si l'emploi de cet instrument de torture est encore largement attesté, dix ans dans le Larousse, cent ans dans le dictionnaire de l'Académie française (qui n'est toujours pas arrivée à la lettre Z de sa dernière édition, mais qui estimera bon de laisser aux futurs académiciens ce mot trop nouveau). Et on en vient à un autre problème : quels dictionnaires faut-il aujourd'hui : ceux qui permettent de comprendre les journaux ou les livres classiques ? d'écrire sur l'actualité ou de bien écrire ? Les deux me semblent nécessaires, mais le fossé se creuse entre eux et ce sont les premiers qui créent l'usage à venir. Le but, c'est d'avoir le plus d'occurrences dans Google ou bien de voir sa version adoptée par Wikipedia. C'est ce qui fait autorité et non une recherche étymologique.

* Il est difficile d'échapper à ce bruit incessant et de ne pas voir sa mention dans les blogues ou Twitter ou les médias en ligne. J'ai voulu donc en savoir un peu plus, parce que cela me rappelle le bourdonnement que certains de mes élèves pratiquent, lèvres fermées, afin de saboter les cours. 

** Mes observations sont signées dans ce fil (dito), avec parenthèses.

dimanche, 13 juin 2010

Où en est la Belgique ?

Aujourd'hui, les Belges votent — enfin, disons que les Flamands et les Wallons votent — afin de trouver un hypothétique gouvernement qui mettra autant de temps à être formé qu'à gouverner. La Belgique est un pays très compliqué : les francophones se nomment communauté française, mais ils sont Flamands, Bruxellois ou Wallons, les Flamands ont comme langue officielle le néerlandais, mais ils parlent en fait le flamand occidental ou oriental, le brabançon ou le limbourgeois et la région flamande a comme capitale Bruxelles qui n'est pas en Flandre et qui est bilingue. Il y a encore une communauté germanophone, mais on ne va pas s'embêter avec ça, c'est déjà assez compliqué si l'on parle des communes à facilités, alors les cantons rédimés...

Pour comprendre un peu la Belgique, voici une vidéo dont le lien a été donné par lamkyre sur un forum. Êtes-vous prêts pour votre première leçon de néerlandais ? À la fin de ces explications, vous serez capables de faire comme TF1 qui ne sait plus où placer Flandre et Wallonie, ni dessiner leurs contours (mais en indiquant bien les Fourons ce qui n'est pas un mince détail quand on sait ce que cela a provoqué avant BHV).

TF1 redessine la Belgique.jpg

samedi, 12 juin 2010

Vu, lu, entendu

À l’institut Guessous, j’appris le français par le commencement : l’alphabet. Il était sous-développé. Comparé à notre alphabet à nous, il lui manquait plusieurs lettres, les sons “gh”, “ts”, “th”, “dz”, “a’”, et j’en passe. Notre professeur était très patient avec moi et répétait en souriant : “Ce n’est pas une traduction de l’arabe. C’est une autre langue.” Lorsqu’il me fallut allier les consonnes et les voyelles pour former des mots, ce fut l’incompréhension totale. Habitué à écrire de droite à gauche, j’écrivis de droite à gauche, en toute logique. Quelque chose comme : ssirD tse mon noM. Le professeur se montra habile devant ce cas de figure. Il se saisit d’un miroir et rétablit la phrase dans le bon sens. Mon nom est Driss. C’était simple. Le monde des Européens, à commencer par leur langage, était l’inverse du nôtre. La preuve, c’est que le planisphère accroché près du tableau représentait le globe terrestre à l’envers de la carte géographique d’Al-Idrissi : l’Europe en haut et l’Afrique en bas alors que ce devrait être le contraire, l’Orient à droite et l’océan Atlantique à gauche ! C’était insensé, mais c’était ainsi. Je devins gaucher du jour au lendemain. Et je crois bien que c’est à cette époque que ma tête a commencé à tourner.

Driss Chraïbi

jeudi, 10 juin 2010

C'est de la bombe, bébé !

Je lis ce titre dans le blogue de la correspondante de Libé aux États-Unis : Sarah Palin, plus bombastique que jamais.

Je me dis d'abord qu'il y a une erreur : Sarah Palin ne s'est jamais fait remarquer par un style oratoire ou scriptural particulièrement travaillé. Ses propos sont même plutôt d'une grande indigence, d'une pauvreté lexicale et grammaticale qui rivalise avec la misère des idées réactionnaires qu'elle véhicule. Pour qu'il y ait emphase ou enflure des phrases, il faudrait déjà que le style se hisse d'abord à un niveau un peu correct. On est loin du compte... George W. Bush était un Cicéron à côté d'elle.

En lisant le billet, je m'aperçois que la blogueuse parle en fait de ses protubérances mammaires. Et certes, bombastique convient si l'on admet qu'un développement thoracique peut tenir lieu de discours. Mais je me demande si en fait la correspondante ne s'est pas laissé égarer par l'anglais qui emploie le sens propre et le sens figuré de bombastic (le mot est d'origine anglaise même s'il part d'un mot latin). On a bien l'idée d'une bourre de coton au départ et le terme reviendrait à son sens premier. Ou bien encore l'auteure se laisse aller à un jeu fréquent dans la blogosphère et la twittosphère qui aime parler des nipplegates et des nipplequakes : la métaphore lui a peut-être été soufflée par les discussions étatsuniennes.

En tout cas, en français, bombastique ne peut théoriquement se rapporter aux appendices lactifères de l'ex-Miss Alaska. 

mercredi, 09 juin 2010

צדפים

— L'implantation d'éoliennes à proximité d'habitations peut faire baiser leur valeur. Le Particulier, juin 2010.

— Le mari, épris de boisson, frappait sa femme. La Lozère nouvelle, 28 mai.

— Nous avons l'intention d'activer le partenariat dans un large épouvantail de marques à travers le monde. La Lettre du sport, 28 mai.

— Nous honorons cette unité pour honorer la mémoire de nos descendants. La Voix du Nord, 30 mai.

— Elle fondit une nouvelle congrégation, les Ursulines du Coeur de Jésus. La Croix, 29 mai. 

dimanche, 06 juin 2010

La police coupable

Dans l'Oignon :

CELA fait dix ans que la compagnie Alis, basée à Fère-en-Tardenois, utilise « la police coupable ». Rien à voir avec les uniformes ! Il s'agit d'une simple police de caractères, outil artistique à la « Poésie à 2 mi-mots » créée par Pierre Fourny, metteur en scène. Son travail a abouti à la conception d'un spectacle « La langue coupée en deux » en 2001, joué partout en France et même présenté à l'étranger. Mais du jour où la Compagnie décide d'en faire une marque déposée pour proposer des produits dérivés à la vente et ainsi renflouer les caisses, le bouclier s'est levé contre le jeu de mots !
Atteinte à l'ordre public…

Voir ici les documents officiels.

mercredi, 02 juin 2010

L'impératif culturel

Il s'agit d'un nouveau style gouvernemental. Les principales manifestations du ministère de la Culture sont débaptisées et renommées depuis disons le début du deuxième mandat de Jacques Chirac. Or, je trouve que cela utilise surtout une tournure : l'impératif.

— La Fureur de lire était devenue Lire en fête. Et maintenant, c'est À vous de lire ! cette année (après avoir été supprimée l'an dernier et déplacée cette année à une période inopportune). Elle vient juste de se terminer sans aucune vraie politique de communication du ministère à ce sujet, tout s'est vraiment passé en catimini afin qu'aucun bibliothécaire ou documentaliste ou libraire ou enseignant ne sache que cela avait lieu. Comme si l'on avait eu honte d'avoir tué la Direction du livre et de la lecture dans ce ministère...

— La Semaine de la francophonie devient avec Dis-moi dix mots ! comme sous-titre qui sera amené à devenir le nom dans les écoles.

— La Fête de la musique créée dès 82 est devenue Faites de la musique !

— On a créé Rendez-vous dans les jardins ! (Belle initiative que j'approuve par ailleurs.)

— Et aussi Entrez dans la danse ! Autre création relativement récente. Notez tous les points d'exclamation...

Mais il y a une sorte de tropisme. Quelque chose qui ne va pas. Je sais que Philippe Muray s'est passablement moqué de l'Homo Festivus. Ou Finkielkraut de ce goût pour le divertissement obligatoire de l'ère Djâck. Cependant, il se manifeste bien plus ouvertement aujourd'hui avec ces différents changements de noms et ces créations. On est passés à l'ère du cynisme pleinement assumé.

C'est un peu étrange de retrouver partout le même impératif pour des fêtes qui devraient d'abord être des moments de liberté et de réjouissance. Il y a là un paradoxe : nous devrions nous sentir libres de venir ou non et on nous impose de lire, de jouer, de nous promener, de danser, de parler à notre guise, mais seulement dans le cadre qui a été défini par le pouvoir souverain.

Cette transformation des noms des manifestations culturelles est à mon avis une marque importante d'un régime décrié qui utilise ces occasions comme soupapes de sécurité. Amusez-vous dans ce que nous avons organisé ou sinon la police sera là pour réprimer vos apéros Facebook, vos manifestations et vos grèves. Comment conduire un peuple comme des moutons ? En s'adressant à lui comme à des moutons ! Nous sommes généreux et nous nous adressons à vous directement, ce que les régimes précédents n'ont pas fait. Il y a comme une atmosphère de Panem et Circenses qui ne me plaît guère. Et dans tout cela traîne l'impératif. Je n'aime pas trop.

गोले

— Le duo Noun Ya, avec Naïssan Jalal à la flûte et Yvon Pattard au luth arable. Le Réveil, 19 mai.

— Tout a été testé dans des épuisettes sur de la "vraie" peau. Le Nouvel Observateur, 6 mai.

— Stéphanie R. et Marc C. se sont dit oui après quelques années de réfection. Le Progrès, 17 mai.

— On peut se demander à quelle logique obéit la désignation de 15 vice-présidents. Si ce n'est distribuer des prébandes. Midi-Pyrénées info, mai-juin 2010.

— C'est sur la place du Vieux Collège que l'attraction fut la plus vive, dynamitée par l'Amicale Trial. L'Essor 74, 22 mai.

— La canne qui avait dernièrement fait son nid dans une jardinière de la ville n'a pas disparu. La Nouvelle République, 26 mai.

— Déjà quelques éclaircies égaillent cette matinée dans la Marne, les Ardennes et l'Aisne. L'Union en ligne, 2 juin.

lundi, 31 mai 2010

Nedjma, l'Étoile

J'ai eu envie de reprendre un livre de Kateb Yacine que je considère comme un immense écrivain et il m'a paru parler d'aujourd'hui :

Mustapha tourne le dos à Mourad, et s'assied sur un ponton... « Elle était revêtue d'une ample cagoule de soie bleu pâle, comme en portent depuis peu les Marocaines émancipées ; cagoules grotesques ; elles escamotent la poitrine, la taille, les hanches, tombent tout d'une pièce aux chevilles ; pour un peu, elles couvriraient les jambelets d'or massif (la cliente en portait un très fin et très lourd)... Ces cagoules dernier cri ne sont qu'un prétexte pour dégager le visage, en couvrant le corps d'un rempart uniforme, afin de ne pas donner prise aux sarcasmes des puritains... Elle m'a parlé en français. Désir de couper les ponts en me traitant non seulement comme un commissionnaire, mais comme un mécréant, à qui l'on signifie qu'on n'a rien de commun avec lui, évitant de lui parler dans la langue maternelle. Pas voulu que je l'accompagne en tramway... Le couffin n'était pas si lourd... J'aurais pu la suivre jusqu'à la villa, si elle ne m'avait vu au moment de descendre ; du tramway, je l'ai vue gravir un talus, disparaître ; puis mon regard s'est porté au sommet du talus. Elle avait ôté sa cagoule ; je l'aurais reconnue entre toutes les femmes, rien qu'à ses cheveux... » Mustapha interrompt sa rêverie, sans quitter le ponton, le regard attiré par l'eau. La nuit tombe ; Mourad n'a pas fini de parler ; il dit qu'il était le seul des trois à se trouver tantôt à la gare... Voyant Rachid s'approcher à son tour du ponton, Mourad gaffe encore, avec une sorte d'insistance :
— Je ne peux expliquer décidément ce que le voyageur avait de ridicule et d'attristant ; c'était peut-être, comme Mustapha, un collégien en rupture de ban...

Kateb Yacine, Nedjma

Qui est Nedjma, est-elle française ou maghrébine ? Fille d'un pays ou d'un autre ? Le monde a-t-il vraiment changé en soixante ans ? Quels sont les rêves de cette fille et comment ressemble-t-elle tant à la Nadja de Breton ou la Sylvie de Nerval ou à Yvonne de Galais du Grand Meaulnes ? En quoi cet univers nous rappelle-t-il tant de textes classiques, même si l'on parle d'un autre monde culturel apparemment si opposé ? Pourquoi est-ce un texte écrit en français par un Algérien afin de parler de cette réalité étrangère, de l'étranger ou de l'étrangère qui est en nous ? Quel est ce monde de faux-semblants et est-ce que la littérature peut dire le monde avant qu'il ne soit ? Comment dire que c'est un roman français s'inscrivant dans une vieille tradition française et qui pourtant n'a plus comme cadre la vieille France, son Valois, son Paris, sa Beauce ou sa Sologne. Nedjma, c'est le désir et l'interdiction de l'autre.

samedi, 29 mai 2010

Maghreb United, ou comment les signes s'effacent

maghreb.jpgL'affiche du concert Maghreb United est trop zarbi, mon frère ! Elle déchire de la mort qui tue. J'ai pas tout compris, mais je te résume la situation.

On prend d'abord une police bien carrée, mais avec empattement. Déjà, cela fait un peu ouf et jeu vidéo ou calculatrice électronique. Ensuite, on utilise des signes de H4cK3r2 pour bien se faire comprendre. Comme le E s'écrit 3 en signes hackers, on emploie un E inversé (qui existe dans l'API), mais on trouve aussi un E latin ou cyrillique normal après. Le N inversé de l'alphabet cyrillique (lu comme un i normalement, puisque c'est à l'origine la lettre êta en grec) sert à figurer un N latin. Le A qui pourrait rester un peu normal devient un delta grec qui se lit D. Cela brouille les pistes : hackers, graffeurs, nostalgiques de l'Union soviétique ou de l'Antiquité grecque.

Le tout est assorti d'une petite étoile dans le D et dans le A (sous la forme d'un D) qui peut être aussi bien musulmane que soviétique ou étatsunienne. Jeux de miroirs aussi, les deux E sont opposés. Le D et le A échangent leurs valeurs selon les langues et ils contiennent tous deux la même étoile puisque ce sont des signes qui possèdent un oeil. C'est hum... sursignifiant. Comme l'affichage de têtes. Et puis le slogan apparaît un peu comme une sorte de décalque de Benneton United pour United Colors of Benneton. En anglais quand United est après le nom, il indique une raison sociale et il est alors distinct du nom, il n'en fait pas partie vraiment (tout comme en français dans le Café de la Gare et de l'Opéra réunis). On est trop dans le brouillage de codes, de langues, d'époques et de mondes culturels différents pour qu'un message clair apparaisse. Cela porte un nom : la saturation. Et je pense qu'accumuler les signes de manière aléatoire équivaut à leur ôter toute valeur. Mais peut-être était-ce cela le message ? Dire qu'un signe ne veut rien dire ou peut dire autre chose. 

lundi, 24 mai 2010

Le fils des âges communistes

rahan.gifPour une fois, je ne pars d'une couverture mais d'une annonce. Je la trouve particulièrement comique quand on se replace dans le contexte du personnage de Rahan : il a inventé le feu, la roue, la sidérurgie, l'extraction du sucre ou du sel, les boîtes de conserve avant Nicolas Appert, la vaccination, le lait pasteurisé avant Pasteur, la chaptalisation du vin et il aurait même devancé Dom Pérignon pour la champagnisation, Gutenberg pour l'imprimerie ou Steve Jobs pour la souris, et j'en passe. Rahan est le grand héros des temps modernes !

Bon. Dans la série, il se nomme d'abord le Fils des âges farouches, ce qui en jette un max. Rahan, c'est celui qui n'appartient à aucune tribu : il est orphelin très tôt et il erre de clan en clan. Craô n'a eu que le temps de lui transmettre les rudiments de la vie et puis son collier de griffes (qui contiennet toutes un enseignement, c'est très important de se le rappeler) comme ne jamais tuer "ceux qui marchent debout". Bref, Rahan est du côté du Bien et nous n'en doutions pas. Rappelons ce que signifient les griffes de ce collier : courage, loyauté, générosité, ténacité, sagesse. En peu de mots, c'est la Déclaration universelle des droits de l'homme ou le serment scout.

Le collier du fils de Craô a été l'objet d'un des fameux gadgets de Pif.  D'où vient ce collier ? Eh bien de la série des Timour publiée dans Spirou. Comme Rahan, elle commence à l'époque préhistorique par une sorte d'imitation de la Guerre du feu. Mais la série des Timour se poursuit au long des siècles, chaque descendant du premier Timour possédant à la fois la crinière rouge du grand ancêtre et la pierre qu'il a léguée comme talisman. Tous les Timour agissent ensuite pour le bien commun de l'humanité et se trouvent toujours là où se passent des événements décisifs de l'histoire, ils luttent contre Atilla ou sont prisonniers à Carthage  ou bien se retrouvent à Hastings du côté des Normands ou encore en compagnie du Cid. Et d'un album à l'autre, ils ne changent presque pas.

Rahan est un mélange d'autres héros antérieurs. L'influence de Timour sur cette série a été sous-estimée, parce qu'il y en avait une autre plus évidente : celle de Tarzan ! Chéret n'a jamais caché qu'il avait imité le dessin de l'un des plus grands illustrateurs de Tarzan : Burne Hogarth. On retrouve le même graphisme hyper-musculeux, le même sens des disproportions, les mêmes perspectives en plongée et contre-plongée (ce qui permet de traduire les rapports de force sans cesse présents). On revoit aussi le même schéma dans les aventures : Rahan arrive totalement innocent dans un pays qu'il ne connaît pas, il voit que celui-ci est peuplé de "ceux qui marchent debout" (les hommes) mais qu'ils sont soumis par une sorte d'abominable sorcier ou de cheffaillon qui entretient des superstitions afin d'exploiter son peuple, mais Rahan va révéler les impostures et libérer tout ce beau monde afin de lui apprendre la démocratie et le sens du partage. C'est très beau. Comment ne pas être d'accord avec cette morale simple ?

Il possède aussi en commun quelques éléments de langage avec Tarzan : il pousse son cri Rahan ! un peu comme Johnny Weissmuller, mais avec des caractères imprimés en lettres très expressives. Il se désigne lui-même à la troisième personne sans jamais dire "je". C'est une très étrange série où dans le discours il n'y a les marques du discours que pour celui qui est l'oppresseur : ce sera le sorcier malveillant ou le chef esclavagiste qui dira "je" et "tu". Rahan, lui, s'efface tout en se faisant remarquer. Il est d'abord au service des autres. C'est le bon communiste du temps des cavernes. Même si c'est un gros bricolage en reprenant les thèmes d'une série catholique belge et d'une série étatsunienne pétrie de protestantisme puritain (Tarzan est un autre sujet bien plus compliqué).

Cela dit, il y a des éléments ambigus dans la série. Ce héros blond, fils d'un père roux, ne rencontre des méchants ou des incultes que petits, noirs de cheveux, voire crépus ou frisés, parfois affublés de profils un peu simiesques ou alors aux allures de pygmées. Rahan ne débarque jamais que chez des êtres inférieurs, superstitieux, avilis, et il vient en grand libérateur de l'humanité toute entière. D'emblée, il trouve la solution à un problème : il invente la cuisson moléculaire, le four autonettoyant, la crème à bronzer, le sèche-linge ou le fer à vapeur ! Et les populations ébahies le remercient de les avoir enfin introduites dans l'époque des Lumières. Sauf que... Ce manichéisme est un peu lourd à la longue. Il y a un paradoxe : on affiche des références clairement communistes (Rahan n'appartient à aucun peuple précis, il est internationaliste) et puis on retombe dans un discours avec des références paternalistes et colonialistes (Rahan apporte le progrès que vous ignoriez). Le tout servi par un héros blond parmi une infinité de tribus totalement abruties et aux cheveux noirs ou noires de peau. C'est hum... un peu gênant. Ajoutons le fait que Rahan est le rescapé d'une forme de génocide (toute sa tribu est morte dans l'éruption d'un volcan) et on a une somme de faits très contradictoires. Rahan est à la fois l'agent juif du Komintern à l'époque des cavernes et en même temps le pur Aryen qui vient civiliser le monde.

Rahan, grand héros communiste des temps préhistoriques, a été le principal moteur des éditions Vaillant pendant les années 70. C'est le personnage de Pif-Gadget qui a suscité alors le plus d'albums ou de hors-séries ou de revues particulières. On a voulu adjoindre à Chéret un dessinateur concurrent, il a voulu former une équipe pour travailler en studio. Cela s'est terminé en procès pour la reconnaissance des droits d'auteur (oui ! le PCF n'a pas été très reconnaissant envers ses auteurs). Je n'ai jamais vraiment adhéré à cette série, mais je l'estime importante pour ce qu'elle peut dire sur une époque et des discours.

dimanche, 23 mai 2010

La planète du rire interdit

rigolus.jpgParlons d'une bande dessinée fort méconnue : les Tristus et les Rigolus. Ils font partie de la vie de Pif-Gadget puisqu'ils apparaissent dès le numéro 13 en mai 1969 et que c'est l'époque des plus grosses ventes de cet hebdomadaire. Ils ne dureront que quatre ans. C'est, je pense, une bande dessinée exemplaire à beaucoup d'égards. Il faut souligner d'abord le talent de Cézard qui était un dessinateur inventif et au trait assuré. Je pense que sa série d'Arthur le fantôme aurait eu plus de succès s'il n'avait pas publié dans la presse communiste qui n'avait pas une vraie politique éditoriale d'albums (ou alors tardivement et fort mal).

Nous parlons d'un monde divisé en deux camps, d'un côté les Tristus en vert, de l'autre les Rigolus en rouge. Les Tristus veulent sans cesse envahir le pays des Rigolus qui eux sont très malins et observateurs, sans jamais se démonter le moins du monde. C'est très très caricatural. Cela doit bien vous rappeler quelque chose ? Yalta, le mur de Berlin, le rideau de fer, la guerre froide, les missiles de Cuba, la guerre de Corée ou du Vietnam, et tant d'autres joyeusetés. Les Rigolus qui gagnent toujours au pays du monde toujours heureux sont en rouge. Ce n'est qu'un symbole anodin me direz-vous. Bon... mais ils gagnent toujours en rigolant face aux hordes du capitalisme cynique qui veut déferler dans leur joyeux pays où tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes si l'on rigole. Nous avons là une lecture communiste très orientée : les forces du Mal (l'Otan représenté par les Tristus) veut envahir les démocraties populaires ou du pacte de Varsovie (qui sont les Rigolus).

Les Rigolus — en rouge — cherchaient à faire se marrer les Tristus pour qu’ils se transforment en Rigolus, et les Tristus — en vert — à faire pleurer les Rigolus pour qu’ils deviennent des Tristus. Lorsqu'il y avait métamorphose, on le comprenait au changement de couleur des personnages, le Tristus contaminé par l’hilarité virant au rouge, et le Rigolus frappé de morosité passant au vert. La plaisanterie tourne court, comme le dirait Kundera.

Mais ce n'est qu'une première lecture. Il y en a une autre : les noms en -us montrent une référence évidente à l'Antiquité et d'abord au grand succès de l'époque : Astérix ! Or que montre Astérix ? La résistance d'un village gaulois (jamais nommé) face à un envahisseur puissant. Et le tout se termine par une scène de banquet. On a pu dire qu'Astérix était une série gaulliste en exaltant le mythe de la résistance et en évoquant les clichés nationaux pour les railler. Je ne veux pas développer sur Astérix ici, parce que c'est un sujet très compliqué, tout comme Tintin. Mais enfin... nous avons là une réplique d'Astérix dans une autre manière. On retrouve cependant le même dessin rondouillard que celui d'Uderzo (un héritage en fait de Walt Disney chez les deux). On a le même manichéisme, même si le monde de cette planète par Cézard est moins riche que celui de Goscinny. C'est juste Astérix au pays des Soviets. Il s'agissait de se servir d'une recette à la mode pour faire des ventes, mais le dessin et l'humour de Cézard sauvent ce qui aurait pu être un désastre s'il avait suivi seulement la ligne.

La série n'a duré que quatre ans. On le comprend, parce qu'il n'y avait aucune possibilité de renouvellement dans les sujets. Il faut dire aussi que la politique d'ouverture du PCF de l'époque, juste après 1968, avait totalement échoué et que bon... les plaisanteries sur les lendemains meilleurs qui sourient tout le temps, cela avait un temps. Georges Marchais avait pris la tête du Parti ! Fini de rigoler. Cela n'empêchera pas les éditions du PCF de republier les Tristus et les Rigolus à la fin des années septante, puis octante dans des Pif-Parade, ou de faire cet unique album en 1986 chez Messidor. C'est, je pense, une série assez étrange et aux références brouillées parce que l'on a oublié les codes de l'époque.

Un épisode complet de la série est disponible ici.

Je pense aussi parler bientôt de Rahan, héros communiste préhistorique.

vendredi, 21 mai 2010

Galerie de portraits de cyberdélinquants blogueurs

Voici le portrait d'un dangereux blogueur anonyme qui a osé publier les Provinciales sans même mentionner une identité fictive. Je trouve particulièrement inadmissible qu'on l'ait choisi pour illustrer un billet de banque alors qu'il se livrait à de purs actes de diffamation envers les RR. PP. JJ. et qu'il s'opposait au pouvoir en place.

En voici un autre, non moins dangereux : il s'est présenté sous le pseudonyme de maître Alcofribas Nasier afin de publier des blogues qui ont été fort heureusement brûlés en place publique par la volonté de la sainte Sorbonne. La preuve qu'il s'agissait d'un esprit pornographique, c'est que ses blogues ont créé des termes comme des propos rabelaisiens, un repas gargantuesque ou pantagruélique. Et ne parlons même pas des moutons de Panurge qui montrent combien il aimait insulter les contemporains qui ne pensaient pas comme lui.

Encore un cybercriminel : celui-ci aussi s'est présenté sous pseudonyme. Sa pièce le Tartuffe a été interdite deux fois, avec  juste raison, puisqu'il s'attaquait aux RR. PP. JJ., ce qui semble une manie chez ces détraqués vivant dans un monde virtuel. Lui aussi a fini en effigie sur un billet de banque et je ne comprends pas du tout l'odieux laxisme de ces temps socialo-communistes. Pis, on l'a soupçonné d'être un peu incestueux ou bigame. Ne surtout pas le donner en exemple à notre vertueuse et valeureuse jeunesse. Ses attaques contre la religion chrétienne, par exemple dans Dom Juan, et jamais contre l'islam, témoignent du fait que tout le monde devait devenir musulman selon lui. On le voit d'ailleurs fort bien à la fin du Bourgeois gentilhomme. Aujourd'hui, il défendrait l'intégrisme islamique.  

Et puis un autre enragé contre les RR. PP. JJ. qui n'osait pas signer de son vrai nom. C'est une manie chez tous ces délinquants. La meilleure preuve qu'il a passé sa vie en propos insultants, c'est qu'il a fait de la prison pour cela à la Bastille. Après quoi, il a pris la défense d'autres criminels sous les prétextes fallacieux du droit à la liberté d'opinion et de la tolérance des idées : Callas, le chevalier de La Barre. Et malheureusement, un régime maçonnico-marxiste nous l'a aussi imposé comme effigie d'un billet de banque. Comment avons-nous pu supporter  que tant de gens infâmes deviennent des icônes ?

Un des plus fervents partisans du précédent est ce blogueur qui a osé s'arroger un titre de noblesse qu'il ne possédait pas. Non content de diffuser les oeuvres fanatiques de son modèle, il s'est livré au trafic d'armes afin d'aider des terroristes qui avaient oser proclamé une Déclaration des droits de l'homme en Amérique ! Quelle insolence ! Quelle impudence ! Quel outrage ! Et je frémis en songeant qu'un journal centriste publiant des avis aussi modérés que ceux de MM. Zemmour, Slama, Adler, Rioufol puisse se réclamer par sa devise d'un tel esprit. Rappelons que ce blogueur a été interdit à de multiples reprises et que même l'album de gangsta-rap Le Nozze di Figaro par le bad boy de Vienne, Mozart, a été alors écrit en secret afin d'échapper à une juste et sévère sanction. On voit ainsi que les plus grands cybercriminels s'entraident et il faut mettre fin à ce système qui encourage les pires excès comme la remise en cause des privilèges fondés sur la naissance et donc justifiés par la volonté divine.

Plus grave, voici une blogueuse anonyme qui sous couvert de parler de la cour d'Henri II évoquait en fait celle de Louis XIV et qui prétendait écrire en plus de la fiction alors que les portraits de personnages étaient parfois fort ressemblants. Cela ne permet pas de se prémunir contre les accusations d'insulte ou de diffamation ! Notre admirable président ne s'y est pas trompé, il a déclaré qu'il avait beaucoup souffert de se voir imposer la princesse de Clèves, ce blogue vulgaire qui parle de fidélité, de sincérité, d'honnêteté et d'authenticité. L'examen intérieur est une chose trop obscène pour être livrée ainsi sur la voie publique.

Pourquoi en viens-je à évoquer ces tristes cas de dérapages de la part de blogueurs publiant sous pseudonyme ou dans le plus total anonymat ? Il existe une dérive de la Toile et nous avons vu qu'un certain nombre de ces blogueurs écrivaient n'importe quoi en estimant bénéficier d'une impunité totale sous prétexte qu'ils font de la fiction, qu'ils ne publient pas sous leur vrai nom. Il y a des choses intolérables que l'on ne peut tolérer : décrire comme le fait le prétendu Voltaire des scènes de massacre, de torture, de viol, cela ne se fait pas. Il y a une décence à respecter. Suggérer que le bas peuple puisse avoir des idées, une dignité, du savoir, de l'esprit et de l'amour, comme le fait le prétendu Beaumarchais, c'est inadmissible. Pisser sur Notre-Dame de Paris comme le fait le personnage de Rabelais, c'est un blasphème absolu et on se demande pourquoi il ne s'en prend pas plutôt à une mosquée. Dire que 2 et 2 font 4, qu'il n'y a guère d'autres vérités démontrables comme le fait Molière, c'est vraiment prendre les gens pour des imbéciles face aux évidences théologiques ou se moquer de la foi du charbonnier. Voilà qui offense toutes les religions révélées. Quant à madame de La Fayette, son cas est éminemment grave : elle a plus bouleversé la scolarité de notre splendide président que Guy Môquet. 

Il était temps de réagir face à tant d'individus malveillants qui menacent notre occident chrétien civilisé. Un sénateur UMP y a pensé. Il propose une loi J'approuve totalement cette proposition qui me semble aller dans le bon sens afin qu'Internet ne soit plus le monde de la jungle. J'espère même qu'elle sera adoptée afin d'en montrer le ridicule. Comment espère-t-il que les 31 millions et quelques de Skyblogs soient en règle avec la loi ? Juste les Skyblogs, hein ! pas même les MySpace ou les comptes Facebook ou Twitter visant à lever l'anonymat ou le pseudonymat des blogueurs.

Cinq ans dans l'île au trésor

fiveontreasureisland.jpgCommençons à célébrer un anniversaire, celui du Petit Champignacien. Le 21 mai 2005 s'ouvrait le Petit Champignacien illustré (et non illustré alors) sur la plateforme québécoise de Monblogue. Une semaine plus tard, mon chef d'établissement faisait interdire ce blogue sur tous les ordinateurs éducatifs de France et de Navarre, puis je ressuscitais deux mois plus tard chez monsieur Hautetfort avec cette fois des illustrations et une accessibilité dans tous les micros de collège ou de lycée. Que dire au sujet de cinq années ? J'ai écrit quelque chose comme 5 300 billets et même plus. Le chiffre m'effraye, je pense que j'aurais dû être moins disert. J'ai enregistré 24 000 et quelques commentaires, il y a là une matière hénaurme si on fouille parce que certains commentaires apportent bien plus que les textes de départ et j'estime qu'un blogue vaut d'abord par ses commentateurs et non par ses trolleurs.

Ensuite, il y a eu des modifications puisque j'ai été plus présent sur Flickr il y a trois ans et demi (18 000 photos à peu près) et dans Twitter (4 400 et des pépettes de tweets) depuis un an. Mon expérience de Twitter me montre bien des choses. On peut ne pas avoir besoin d'écrire un billet dans son blogue. On peut aussi recycler plusieurs tweets dans un billet. On peut également les développer. Ce sont deux formes d'écriture différentes et complémentaires ou contradictoires. On ne dialogue pas alors forcément avec les mêmes personnes que dans un autre réseau et c'est justement ce qui est intéressant. Un lien que j'aurais donné dans mon blogue aurait fait un billet il y a cinq ans ou alors un article de forum Usenet il y a dix ans, je ne le fais plus parce que je fais confiance aux réseaux et aux systèmes de liens : cela se diffusera forcément. Une fois suffit si l'on est bien relié et il ne faut pas abuser de ses lecteurs, à mon honnête avis.

D'ailleurs qui sont les lecteurs du Champignacien ? Eh bien ! je n'en sais fichtre rien. Certains restent pour commenter, d'autres disparaissent après un tour (les trolleurs ou les publicitaires ne durent jamais longtemps chez moi, je ne les entretiens pas). Les plus réguliers ne me ménagent qu'à moitié lorsque j'ai dit une sottise, les autres se terrent sans doute de peur de s'attraper une volée de bois vert de ma part ou d'un de mes commentateurs. C'est un peu ce qui m'étonne : j'ai un lectorat important et très peu de commentariat par billet. Dans d'autres blogues, c'est la proportion exactement inverse, même et surtout si le sujet de billet est inepte ou navigue sur une actualité pipole. J'ai comme l'impression que certains de mes lecteurs doivent se dire : qu'est-ce que je peux raconter d'intelligent ici afin de conserver ma bonne réputation Internet dans ce blogue de gens hyper-cultivés et sans avoir l'air trop idiot ?Mais justement, je parle le plus souvent de sujets très très populaires, et je le prouve.

Je remercie Alice M. qui m'a suggéré cette illustration de manière indirecte, parce qu'elle va bien avec le fond de mon propos. J'ai déjà dit ici ou ailleurs mon admiration pour The Five. Le Club des Cinq en français. L'île au trésor, c'est ce que l'on voudrait tous trouver, mais elle est d'abord dans nos lectures, nos souvenirs, nos vacances ou périodes de vide. Qu'est-ce qu'un blogue sinon un morceau de temps chu hors de la réalité du travail ordinaire ? Il se trouve dans un état de vacance parce que l'auteur écrit durant son temps libre ou lorsqu'il n'est pas trop oppressé par un travail urgent. Il est libre parce que l'auteur qui a commencé un texte peut le finir comme il l'entend ou bien le poursuivre avec ses lecteurs et ses traducteurs. Un blogue, c'est une aventure, c'est une île et un trésor. Certes, on peut croire que l'on reste solitaire dans une île, mais pas si longtemps. Un blogue, comme une île, cela devient vite une aventure collective si on le veut. Et je voudrais remercier d'abord les gens qui m'ont répondu en me donnant des renseignements que je n'aurais jamais trouvés si je n'avais pas ouvert ce lieu. Pierre Enckell par exemple, je ne l'aurais jamais contacté directement et il n'aurait sans doute jamais su que je pouvais avoir quelques réflexions. C'est du hasard pur. Et c'est bien l'île au trésor.

Tout lecteur ou commentateur un peu sensé est cette île au trésor, parce que je me suis enrichi de choses que je n'attendais pas. Je suis sans doute aussi l'île au trésor d'autres personnes, mais je ne peux parler en leur nom.

jeudi, 20 mai 2010

Le fantôme belge

bobetbobette.jpgJe voudrais parler ici d'une série très peu connue en France et d'un auteur largement sous-estimé en terre francophone : Willy Vandersteen. Pourquoi est-il si mal estimé ? Je ne sais. On trouvait rarement des albums de Bessy ou de Bob et Bobette en France, on n'en trouve presque plus, mais bizarrement ils étaient présents en Alsace sans doute parce qu'ils avaient aussi du succès en Allemagne. 

Vandersteen est d'abord un auteur flamand. C'est très important pour le comprendre. La plupart des auteurs belges que nous connaissons en France sont ou bien des Bruxellois, ou bien des Wallons de Charleroi, Liège notamment. Rares sont les Flamands comme Bob De Moor, Jo-El Azara, Berck. Il existe une fracture linguistique au sein de la Belgique qui s'illustre dans la bande dessinée dès les années cinquante. Très peu de dessinateurs néerlandais parviendront à se faire publier en France et seulement durant les années octante, surtout à cause du regain d'intérêt pour la ligne claire : Swarte, Kuijpers, Kresse (l'un des auteurs de westerns les plus formidables que j'ai pu lire). Pourtant, il existait à cette même époque une presse néerlandaise ou flamande d'égale valeur à la presse francophone.

Que vient donc faire Vandersteen dans l'affaire ? D'abord, c'est le grand auteur flamand qui publie dans le principal journal flamand De Nieuwe Standaard. C'est le principal rival d'Hergé après la guerre. Suske en Wiske ne sont pas seulement des concurrents de Jo, Zette et Jocko, mais aussi de Tintin lui-même ! Le marché de langue néerlandaise se trouve interdit à Tintin si Vandersteen ne se tintinnise pas. La vente de Kuifje, la version de Tintin en terre de Vondel aurait été affectée. Il fallait rallier le concurrent à soi, c'est ce qui se fait dès 1948 et il donne alors dans l'hebdomadaire une histoire on ne peut plus belge : Thyl Eulenspiegel ! Cela se produit au même moment que les éditions du Lombard se développent en France, mais les petits Français ne peuvent pas lire cette histoire très belge.

Le but est clair : il faut viser un public national bien précis, sauf dans le cas de Tintin qui est international, ni belge, ni français tout en étant les deux. On assiste alors à une édulcoration de la bande dessinée de Vandersteen : exeunt la tante Sidonie trop caricaturale, ou le colosse Jérôme. Lambique maigrit, Bobette devient aussi sage que Zette et Bob aussi courageux qu'un boy-scout. La ligne graphique devient presque aussi claire que celle d'Hergé et ce sans céder à la fantaisie. Et bien entendu, ces albums ne seront pas vraiment commercialisés en France ou en Belgique francophone, puisque c'est en fait flamand avant tout et que Tintin est surtout universel ! De l'art d'étouffer son rival en l'embrassant...

Mais qu'est-ce que ce fantôme espagnol qui figure dans le récit ? C'est le fantôme d'une Belgique qui était unie et qui vivait pourtant sous un occupant étranger. Nous voyageons alors dans le temps pour revivre ce qui a existé, grâce aux images. Le fantôme espagnol, c'est un peu la marque que Hergé a voulu imposer à Vandersteen au long des huit formidables albums qu'il a publié dans Tintin et au Lombard. Une forme de révolte qui s'exprime en citant les oeuvres les plus belges. Ce fantôme, c'est celui de la Belgique unie qui disparaissait déjà. C'est aussi celui d'une bande dessinée inventive qui ne voulait pas se plier à des règles industrielles. Il y a une profonde dérision du système des studios dans ce premier album et c'est aussi une critique de la bande dessinée comme industrie qui se prend pour de l'art. Et puis une réflexion sur le sens des images.

lefantomeespagnol.jpg


mercredi, 19 mai 2010

Kagyló

— Les corps seront eux soumis de nouveau aux terribles cadences dont on vous rabat les oreilles. La Dépêche, 3 mai. Un classique.

— Les Havrais n'avaient pu se rendre en Corse en raison du nuage de fumée suite à l'irruption du volcan islandais. Corse-Matin, 6 mai. Déjà vu plusieurs fois au cours de ces trois dernières semaines.

— Feu vert de Bruxelles pour le déblocage des aides aux ostréiculteurs victimes de la moralité des huîtres juvéniles. Ouest France, 8 mai.

— Le 1er juin 2009, un  A 330 d'Air France reliant Rio à Paris s'était écrasé dans l'océan Atlantique avec 228 morts à son bord. Libération, 10 mai.

— Un fugueur électrocuté... la préfecture de police assure qu'il est originaire de Sevran où la tension reste vive. Le Monde, 6 mai. Le courant passe toujours mal entre la police et les jeunes de banlieue.

dimanche, 16 mai 2010

Qu'est-ce qu'un huguenot ?

Je viens de parler des parpaillots. Venons-en aux huguenots. Le terme est problématique. Le texte suivant n'est pas de ma plume :

Sur l’origine du mot huguenot, il est plaisant de raconter que le roi de France, Hugues Capet, aimait à se déguiser en fantôme la nuit, pour faire peur aux habitants de Tours dans la rue. Comme les protestants n’avaient pas le droit d’organiser des services religieux, ils se réunissaient souvent la nuit. On les appelait les enfants du fantòme Hugues - les Huguenots. Hugenotte est en réalité un mot allemand - Eidgenosse, qui signifie le confédéré. Dès le début du XVIe siècle, de nombreux protestants français ont cherché refuge dans la région de Francfort-sur-le-Main, avant de gagner d'autres cités, telles qu'Aix-la-Chapelle, Cologne, Heidelberg, Nuremberg, Brême et Hambourg. D'importantes colonies françaises vivaient dans le Palatinat au début du XVIIe siècle. La révocation de l'Edit de Nantes provoquera un flux de réfugiés essentiellement vers la Hesse, une région alors fortement dépouillée par les guerres et les épidémies, ce qui valut aux Huguenots français toute  une série de privilèges: exonérations fiscales, absence de service mlitaire, octroi de terres, aides matérielles et financières. De plus, les Huguenots ont pu ériger leurs propres églises, célébrer les messes en français et maintenir dans les communes leurs propres administrations et juridictions.

Deutsche Welle.

Cela est fort amusant. Il s'avère que le royaume d'Hugues Capet ne s'étendait pas jusque Tours lorsqu'il régnait. C'est déjà une première difficulté de taille. Quant au roi qui se déguise la nuit, cela fait surtout penser à Haroun-Al-Rachid et aux Mille et Une Nuits.

Résumé du Robert historique :
Eitgenôz (haut allemand), Eidgenosse(n) (suisse alémanique). Dès 1315, confédéré, puis membre de la confédération helvétique, puis
partisans hostiles aux tentatives d'annexion du duc de Savoie.
Eyguenot (1520), confédéré genevois hostile au duc de Savoie, il a existé les formes « aguynos » (1519), « lidgnot » (1520), et dans le
sens de soldats « esguenots » (1483).

La forme « huguenot » viendrait de la Touraine — pour un ancien roi Hugon — ou d'un chef genevois nommé Hugues de Besançon. Le synonyme péjoratif de protestant calviniste est attesté en 1552. On se demande d'où sort ce chef ou ce roi ! Que vient-il faire ensuite en Touraine ? Je me le demande...

Que dit le TLF ?
Prononc. et Orth. : [ygno] init. asp., fém. [-]. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. A. 1. 1552 subst. masc. « calviniste » (Pasquier,
Recherches de la France, p. 1069 ds W. Richard, 1959, p. 49); 2. Av. 1570 adj. (Castelnau, Mémoires, éd. de 1659, t. 1, p. 155); 1572 à la
huguenotte « à la manière des huguenots » (Danjou et Cimber, Archives curieuses, VII, 255). B. 1660 subst. fém. « petite marmite de terre sans pied » (Oudin Fr.-Esp.). Empr. au genevois eyguenot « confédéré genevois adversaire du duc de Savoie » (1519 « confédéré(s) »; cf. m. h. all. eitgenôz « id. » (d'où en 1483 le fr. esguenotz « espèce de soldats » ds FEW t. 15, 2, p. 84a); dès 1315 comme terme officiel pour désigner les membres de la Confédération suisse (cf. Duden Étymol., s.v. Eid). Désignant d'abord les partisans du parti politique qui luttait contre les tentatives d'annexion du duc de Savoie, eyguenot devint par la suite (et ce jusqu'au xviiie s.), un terme de mépris sous lequel les
catholiques désignaient les Réformés (la majorité des confédérés étant aussi favorable à la Réforme) et se répandit alors dans les parlers de
la Suisse romande ainsi que dans les régions françaises limitrophes. La forme huguenot qui apparaît dès la 2e moitié du xvie s., semble être née en Touraine, où, comme en témoignent les historiens contemp., la population entendant parler des eyguenots sans en connaître le sens,
rattacha ce mot à un certain roi Hugon qui aurait joui d'une grande popularité auprès des Réformés de Tours (cf. W. Richard, 1959, pp.
46-48).

En gros, le mot existait avant même le début du protestantisme pour désigner tous les gens un peu sédicieux. Mais le fameux roi Hugon est bien introuvable, parce que Tours n'a jamais été l'un des grands berceaux du protestantisme, bien au contraire, et on ne voit pas d'où sort ce roi Hugon que l'histoire n'aurait jamais retenu. Est-ce une légende que l'on aurait forgé ensuite pour expliquer le nom de l'ennemi en lui prêtant un chef imaginaire et fantômatique ? Que de mythes sans fondement et dont on cherche encore le sens.

samedi, 15 mai 2010

Ténèbrax

Tenebrax.jpgJ'aborde ici un nouvel aspect de la bande dessinée. On parle souvent de BD franco-belge et l'on néglige énormément le fait que la BD a été avant tout franco-italienne dans les années soixante et septante — tout comme le cinéma. Durant les années soixante, on a tenté à plusieurs reprises de créer un magazine de bandes dessinées pour adultes, cela a presque toujours échoué. Le premier fut V-Magazine qui ne dura que quelques numéros en 1962. Mais dans V-Magazine figurait Barbarella, publiée en album en 1964. Son auteur Jean-Claude Forest se retrouve rédacteur en chef d'un nouveau magazine, Chouchou, qui lui aussi ne dépassa pas l'année. C'est dans ce périodique que furent publiés les deux premiers épisodes de Ténèbrax, la première collaboration entre Lob et Pichard. Le troisième épisode inédit fut publié en 1965 dans la toute nouvelle revue Linus en Italie, puis bien plus tard en album en 1975 à la SERG. Cependant, il existe une suite inédite en France qui se déroule non plus dans le métro de Paris, mais dans celui de Milan. L'Italie a été pendant de longues années le pays refuge des auteurs français qui ne parvenaient pas à se faire publier et inversement, les auteurs italiens comme Mattoti, Buzzelli, Crepax, Pratt, Manara se sont faits éditer en France en premier. La culture bédéiste des deux pays est très proche : les petits formats de Lug venaient d'Italie, un grand nombre d'épisodes du Journal de Mickey sont d'origine italienne durant ces années et Charlie mensuel a été la déclinaison de Linus mais à la française. L'Italie a été une sorte de miroir de la France, ou inversement. Par exemple, Blanche-Epiphanie de Lob et Pichard — une parodie de roman-feuilleton — a d'abord été publiée en Italie avant de trouver fortune en France. 

Qu'est-ce que Ténèbrax ? D'abord un mégalomane fou et tortionnaire qui veut conquérir le monde entier (rien que ça !) Ce n'est pas très original, me direz-vous. Ce qui l'est plus, ce sont ses moyens : il a construit un réseau parallèle au réseau de métro parisien et il détourne les rames à l'aide de rats géants afin d'emprisonner l'humanité dans des cages. On trouve alors des mythes puissants de la littérature populaire :
— le thème du souterrain, source de dangers ;
— le rat comme espèce rivale de l'homme et porteur de maladies ;
— le savant fou qui veut tout contrôler ;
— le mal présent dans la réalité la plus quotidienne (le métro).
C'est une histoire des années soixante et je crois qu'elle n'aurait pas pu être racontée à un autre moment, mais elle reprend tous les poncifs de la littérature populaire antérieure au second degré.

Le portrait du personnage principal, le méchant, est mis en avant : lunettes noires (on ne doit pas voir son regard, le mal est toujours mystérieux), boutons de manchettes (on ne songeait pas alors aux Rolex), pochette élégante et costume noir cintré, oreilles pointues à la Monsieur Spock. Ne pas oublier la petite mèche qui peut faire penser à un point Godwin. On croirait presque au personnage du docteur Folamour exactement contemporain, mais sans le fauteuil roulant. Le méchant est réussi et il concentre tous les traits d'un méchant. Notons aussi le nom qui est aussi évocateur que celui de Fantômas, le x représentant ici l'inconnu.

L'un des problèmes de la bande dessinée plus adulte a été de savoir comment s'adresser à des adultes, puisque ceux-ci ne croyaient plus aux histoires que l'on délivrait à leurs enfants, mais ils restaient attachés aux bandes dessinées de leur enfance à eux. L'une des solutions a été justement le second degré : on reprend les mêmes recettes que dans les vieux récits d'avant-guerre, mais on fait comme si on n'y croyait pas. Une autre a été de faire dans la surenchère d'érotisme, mais dans la France de Charles et Yvonne, c'était fort mal vu et l'interdiction était proche. Ténèbrax est au centre de ces contradictions. On peut noter à l'arrière-plan une image totalement sadienne de corps empilés et de fesses bien apparentes, mais c'est parce que l'album est paru quand la société française commençait un peu à se libérer. La couverture annonce les albums plus franchement pornographiques de Pichard, comme Marie-Gabrielle de Sainte-Eutrope ou l'Usine. Il faut retenir les dates : 1964-65 la publication en revue, 1975 l'album. On a affaire à une relecture et Pichard va donner après 1975 seulement dans la pornographie pure.

L'itinéraire de Pichard est très intéressant et il nous amène vers un aspect très méconnu de la bande dessinée : les BD pour filles. Il a commencé dans... la Semaine de Suzette ! Avec un personnage du nom de Miss Mimi (qui était une sorte de girl next door). Des histoires de voisins et voisines donc. Ce qui est aussi intéressant, c'est que Forest avait justement collaboré à des magazines pour filles comme Mireille, Nanon et Nanette, Suzette, etc. Il donne dans Chouchou Bébé Cyanure qui est une préfiguration d'Hypocrite (Bébé Cyanure a été éditée ensuite par Glénat à la même époque que Ténèbrax, c'est une courte histoire de 26 pages). Gillon, que Forest scénarisait pour les Naufragés du temps dans Chouchou (dix ans plus tard repris par France-Soir et Hachette, avant Métal hurlant et les Humanoïdes associés) est l'auteur d'un soap opera insipide, 13, rue de l'Espoir. Les auteurs de la nouvelle bande dessinée pour adultes viennent en fait pour une part de la presse la plus conservatrice et moralisatrice. Pendant des années, ils ont dû écrire ou dessiner des histoires niaises pour filles moins intelligentes que les garçons, et certains comme Pichard ou Gillon ont été dans l'exacte inverse après.

Ce qui me retient dans cet album, c'est aussi un autre aspect : on est dans un style semi-réaliste ou semi-comique. C'est je pense ce qui est le plus abouti chez Pichard, parce que ses albums de la fin me font mourir d'ennui à force de vouloir tout cerner, tout détailler, tout enfermer. Il ne me semble jamais avoir été meilleur que dans ses histoires de Ténèbrax, de Submerman (un super-héros qui vit au fond des mers !) parce qu'alors il ne cherchait pas à devenir un auteur qui ligote ses personnages.   


vendredi, 14 mai 2010

Qu'est-ce qu'un parpaillot ?

Je reprends quelques bricoles que j'ai écrites dans un forum consacré à la langue. La raison ? Un billet supprimé à la suite d'une fausse manoeuvre et puis un commentaire de Frédérique Imer-Loup qui reprend le mot « parpaillot » que seul(e) ou un(e) protestant(e) ose utiliser encore aujourd'hui par défi. Ben oui... les papolâtres, papomanes, papistes et adeptes du culte marial ou fatimesque ou soubirounien n'osent plus trop employer leurs anciennes insultes envers les tenants de la religion prétendument réformée. La question est : qui est le parpaillot et pourquoi ou comment ? Que veut dire ce mot que seuls les hérétiques de la Sainte Eglise apostolique catholique et romaine emploient encore (parce que le bon catholique n'osera plus insulter ainsi) ?  

Je constate que le Robert historique ne tient aucun compte des étymologies de Littré, qui sont pourtant fort amusantes à lire et qui lancent dans beaucoup de fausses pistes. Je recopie les épisodes.

Première époque :

«  On a tiré ce mot de parpaillot, qui a signifié papillon (provenç. parpaillo, ital. parpaglione, qui semble une corruption du latin papilio) ; d'autres l'ont tiré de parpillole, nom d'une petite monnaie, disant que les religionnaires du XVIe siècle l'ayant mise en usage furent appelés de là parpaillauds ou parpaillots ; d'autres font venir ce sobriquet d'un sieur Parpaille, natif d'Orange, et qui, propageant le protestantisme dans le Comtat, fut mis à mort en 1562. Dans Rabelais parpaillot doit signifier papillon ».

On a aussi « parpaillote » :
Espèce de chemise dont les protestants firent usage en Gascogne, dans une sortie, pendant le siége de Nérac.

[Bizarre... Furetière parlerait du siège de Clérac et Littré de Nérac. Lequel dit vrai ?]

Et « parpailloler ».
Nom vulgaire donné en Dauphiné, sous Charles VII et Louis XI, aux grands blancs de dix derniers tournois.

Je n'ai pas trouvé ce dernier terme — tout comme le précédent — avec mon Greimas de moyen français, peut-être chez Nicot ? C'est antérieur à la Réforme. Y aurait-il eu le sens de vêtement blanc, bien auparavant ? La mention du terme chez Littré est honnête et doit être prise en compte — ses reconstitutions étymologiques sont seules suspectes —, je me dis que le Robert historique ne nous dit pas vraiment tout..

Deuxième époque

Le Robert historique doit se tromper sur le nom de la ville citée par Furetière, ou recopie une erreur de Furetière — je le prouve ensuite. Remarquons que Furetière s'appuie lui-même sur Ménage et Pasquier à propos de l'anecdote des chemises blanches et des papillons le même jour. Ce sont donc des citations de citations de citations... Et il faut noter encore que Furetière, dont le dictionnaire est paru en 1690, écrit près de trois-quarts de siècle après la première attestation du mot. Ce qui est fort étrange, c'est la mention de Pasquier car si le dernier volume des Recherches de la France, une somme encyclopédique, est paru en 1621 à la même date que le mot « parpailot», je me demande comment Pasquier pouvait bien savoir qu'il y avait eu des papillons blancs au siège de Nérac ! Pasquier était mort depuis six ans... Cette caution est on ne peut plus suspecte. Là encore, le Robert historique nous donne une information extrêmement douteuse. J'en viens à me demander si tout cet article est de la même farine...

« Parpaillot » apparaît en 1621. Que dit le TLF sur les premières mentions du mot ?
Étymol. et Hist.1. 1621 Parpaillaux plur. «calvinistes, protestants» (Mercure françois, t.7, p.614); 1630 parpaillot «id.» (A. D'aubigné, Aventure du baron de Foeneste, IV, 4, éd. E. Réaume et de Caussade, t.2, p.570). D'Aubigné, qui était calviniste, ne doit pas employer le terme comme une insulte, ou alors il le place dans la bouche d'un catholique.

1621. C'est le siège de la ville de Nérac, l'une des douze premières places de sûreté accordées aux réformés, ce depuis les « conférences de Nérac » entre Catherine de Médicis et le futur Henri IV, entretiens qui débouchèrent sur l'Édit de Nérac (18 février 1579). Nérac était la capitale de la seigneurie, puis duché d'Albret, elle fut l'un des foyers du protestantisme puisque Marguerite de Navarre, Jeanne d'Albret et Henri III de Navarre y établirent leur cour. L'Albret fut réuni, comme la Navarre, à la France après la mort d'Henri IV, mais Nérac se révolta en 1621 contre Louis XIII et fut démantelée. (Source : le Dictionnaire encyclopédique d'Histoire de Mourre, Bordas.) La mention des « parpaillots » par le Mercure françois devait être d'actualité. Je n'ai rien trouvé dans l'Histoire générale du protestantisme de Léonard aux PUF. En revanche, le Dictionnaire de la langue française du XVIe s. d'Huguet (Didier, 1961) fourmille de termes plus ou moins proches :

— parpaillon, parpaillot (papillon) attesté deux fois chez Rabelais ;

— Papillon, Papillard (diminutif de Pape, terme qui désigne les Papolâtres, Papimanes ou Papistes). Une citation d'Henri Estienne.
Je passe sur « parpaye » (paiement complet), « parpignolle » (sorte de moulinet), et je vois « combattre les papillons », s'occuper de bagatelles.

D'où deux remarques :
— Si l'origine est « papillon », ce que je serais tenté de croire, on peut se demander si la désignation n'a pas été réciproque entre les réformés et les catholiques.
— L'idée du « papillon » peut-être aussi celle d'un adversaire que l'on prend dans un filet, un adversaire faible, mais nuisible par exemple pour les cultures.

Il faudrait le texte du Mercure pour savoir comment le mot a été employé la première fois et quelle est la métaphore utilisée. Sans cela, nous pouvons toujours faire de l'étymologie sauvage. Enfin l'article du Robert historique me paraît bien léger...

Troisième épisode

Je n'ai pas débusqué le Mercure françois, mais j'ai pu dégotter le texte d'Aubigné où apparaît l'orthographe « parpaillot » (1630). C'est le baron de Fæneste qui le dit. Ce baron est une sorte de baron de Crac ou de Munchausen avant la lettre, la caricature du hobereau catholique et ligueur. On notera la parodie de gascon.

Le texte, IVe partie, ch. IV. :
Fæneste Je ne laissai pas de me rapproucher de lui en ces dus guerres, où nous fismes enrager les parpaillots. Là, pour nous benger de quelques affronts, poudez dire que nous arrachasmes vien des bignes ; et notez que les grands seigneurs, par émulation, en faisoient plus que les proubes goinfres.
Beaujeu. Voyez-vous comment les coustumes se changent ! Je me suis trouvé en vieilles bandes, où si nos chefs nous eussent commandez de tels ouvrages, nous nous serions mutinez, et eussions répondu : Allez chercher des gastadours !
Fæneste. Oh ! il y aboit vien des gloriux parmi nous qui firent de telles
responces ; mais on menaça de pendre, et l'exemple de nous otres gentilshommes leur fit quitter lur gloire.

Le terme est donc bien péjoratif dans la bouche d'un tranche-montagne. Le fait étrange est que d'Aubigné parle ensuite de Nérac sur un mode badin, dans le même chapitre, mais sans faire le rapport avec les guerres faites contre les protestants au début du règne de Louis XIII. Il raconte une scène qui tient surtout du fabliau, sans aucun lien avec ces soudards occupés à saccager les cultures. De papillons point. Or d'Aubigné est un témoin de premier ordre, un des acteurs de toutes les batailles, mais il ne pouvait être présent lors du siège de Nérac puisqu'il s'était réfugié à Genève à la suite de sa compromission dans la conspiration du duc de Luynes. On ne doit pas trop déduire à partir d'un silence ou d'une omission, mais si l'anecdote des chemises blanches et des papillons avait été colportée à l'époque, je ne doute pas que d'Aubigné s'en serait fait l'écho : il était au centre de la vie intellectuelle des réformés. Néanmoins, je trouve étrange l'association entre les massacres de « parpaillots », puis l'arrachage de plants de vigne : on est face à un texte paradoxal où les termes doivent être pris par antiphrase. Le baron de Fæneste se conduit en prédateur, je me demande dans quelle mesure les papillons et donc les « parpaillots » ne pouvaient pas être considérés comme des parasites des cultures. Je note aussi le fait que l'arrachage des ceps est considéré comme une basse besogne même si cela relève du vandalisme stupide par vengeance d'un vague affront, or c'est sur le même niveau que les combats contre les protestants. Et l'on en viendrait à une autre hypothèse : le « parpaillot » est une sorte d'adversaire — une espèce nuisible — qu'un vrai noble catholique ne devrait pas combattre parce que ce serait s'abaisser. Je sais que je me répète, que je pourrais sembler confirmer a posteriori ce que j'avais déjà supposé, mais cette citation me trouble, le contexte invite à faire d'autres rapprochements.

Quatrième épisode

Le texte de Furetière.

PARPAILLOT. s. m. Nom injurieux qu'on a donné en quelques endroits de la France à ceux de la Religion pretenduë Reformée. On dit qu'au siege de Clerac ils firent une sortie couverts de chemises blanches en un temps où on voyoit beaucoup de papillons, que les Gascons appellent parpaillols, comme les Italiens farfalla ; & que de là ce nom leur est
demeuré. Pasquier. Voyez Menage. Borel dit que c'est à cause qu'ils couroient au danger sans crainte, & alloient chercher leur mort, comme font les papillons qui se vont brusler à la chandelle.

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L'erreur du nom de la ville de Clérac pour Nérac était donc bien présente chez Furetière et le rédacteur de l'article du Robert historique n'a pas vérifié. Peut-être même Furetière reprend-il lui aussi une erreur de graphie antérieure. La référence à Pasquier me paraît confuse de la part de Furetière : Pasquier a pu parler du nom gascon des papillons dans ses « Recherches » puisqu'il a fait une somme encyclopédique, mais sûrement pas du siège de Clérac le seul qui tienne
en 1621. On peut supposer que Furetière a repris une explication fausse du dictionnaire de Ménage et que celui-ci s'est appuyé sur je ne sais trop quel ouvrage de Borel. Recopiage sans vérification des sources...

L'erreur sur le nom de Clérac est peut-être le fait de l'un de ces deux derniers et Furetière n'aura pas corrigé, puis le Robert historique reprend l'article de Furetière mais ne précise pas qu'il s'appuie sans doute sur une source douteuse, et fait passer Ménage ou Borel pour ses propres sources. Prochain épisode : la recherche de l'article de Ménage afin de voir si lui aussi a commis cette erreur. On s'achemine peu à peu vers une légende rapportée de manière orale et confuse, car Furetière ne donne pas les premières attestations du mot contemporaines du siège de Clérac.


jeudi, 13 mai 2010

Ascension et assomption

Je ne relève dans Google que 18 mentions d'un jeudi de l'Assomption, mais je n'ai pas eu le courage de fouiller dans les 122 pages parlant du week-end de l'Assomption parce que la plupart sont exactes, même si quelques-uns situent l'Assomption juste après Pâques. Il faut dire que les vacances d'été font que le 15 août n'est plus ressenti comme un jour férié par tous et que donc certains peuvent parler du pont de l'Assomption s'ils travaillent durant le mois d'août. Il existe aussi des vacances différentes dans les différents pays de la francophonie et cela ne peut être pareil à Québec ou à Nouméa.

L'erreur est en fait surtout commise à l'oral ou dans les médias audio-visuels français. Cela arrive par exemple ici : "Le rectorat a décidé de faire travailler les élèves pour rattraper le pont de l'Assomption." On se réfère bien au jeudi de l'Ascension. C'est sur un site de flux d'information dans la région Languedoc-Roussillon. L'erreur est manifeste, elle ne sera jamais rectifiée puisque l'on est dans une logique de flux et non d'échanges, encore moins d'interactivité complète. Le langage de flux interdit de revenir en arrière pour rectifier le message précédent. Mais le message de flux peut être lu et l'erreur reprise donc.

Les distinctions entre l'Ascension du Christ (qui est monte de lui-même vers le Père, juste après sa mort à Pâques) et l'Assomption de la Vierge (qui est montée vers le Ciel par une vertu magique que je ne m'explique pas) est une sorte de casse-noix théologique. La Vierge (qui n'est pas vierge tout en étant vierge quoiqu'ayant enfanté) monte directement au Ciel par la volonté divine, sans que quiconque s'interpose pour dire qu'elle devrait mériter le purgatoire. Passons sur la niaiserie de cette fable théologique. L'ascension est plus dure à démontrer, Jésus resuscité monte lui par ses propres moyens vers la voûte céleste. Cela demande beaucoup de carburant.

Disons que Marie est de l'école Star Trek qui déclarait haut et fort dans des séries en combinaison de centre fitness : "Téléportation". Jésus était lui de l'école plus héroïc fantasy et il allait directo au père sans lui demander sa permission. Ce distinguo subtil et fort théologique permet de comprendre que l'ascension du Christ et l'assomption de Marie n'ont aucun rapport. Jésus est du genre de Conan le barbare, c'est un dur, c'est un sévère, un grave de grave, et il en veut, il en bave. Il va donc tout faire pour tout mériter et il ne veut pas que son père le rappelle pour lui dire qu'il a dit des bêtises. Marie, ce n'est pas pareil, elle a des qualités, mais ce n'est qu'une femme, donc on ne va pas la faire monter au Ciel de la même manière, parce que sinon dans quel monde vivrait-on ? Une femme qui est la mère de Dieu, c'est déjà beaucoup, mais s'il faut qu'elle devienne Dieu elle aussi comme son fils cela commencerait à nous fiche la pagaille dans notre bordel théologique ! Alors que l'on proclame le monothéisme tout en ayant trois dieux en un, plus une pour circonvenir les déesses païennes. Pas raisonnable.

mercredi, 12 mai 2010

Skeljar

— Dimanche 26 mai, 10 h 30. Messe avec distribution de pains pénis. Le Perche, 28 avril.

— Si nous avions adopté l'euro, les retombées du crack auraient été encore pires. Marianne, 7 mai. Je crois que l'erreur a été commise dans bon nombre d'articles, tout comme celle consistant à confondre le krach avec le crash.

— Le Biterrois se confit à quelques heures d'entrer dans les arènes. Midi libre, 16 avril.

— Surveillez gorge, yeux, ovaires et l'état de votre véhicule. Le Progrès, supplément TV, "Astrologie", 2 mai.

— Les Niçois restaient fidèles au Piémont Sardaigne avec vigilance et circonscription. Nice-Matin, 2 mai.

dimanche, 09 mai 2010

Jérôme, ou comment être

MartinMilan.JPGC'est une très courte histoire, huit pages pas plus, qui m'a retenu dans cette série assez inégale (tant pour le graphisme que pour le scénario). Une histoire comme on en racontait peu dans la bande dessinée alors. Elle parle de choses simples ou compliquées comme le souvenir, le deuil, l'amitié et la volonté de ressembler à l'image des autres.

Le héros est pilote d'un avion-taxi. On est dans la grande tradition bédéesque à la Milton Caniff où le personnage sauve le monde entier ou bien une jeune aventurière imprudente. C'est fou comme il y a de héros aviateurs durant les années soixante : Buck Danny, Tanguy et Laverdure, Dan Cooper. Sans compter les médecins volants comme Ian Mac Donald dont j'ai déjà parlé, les sauveteurs de kangourous dans Sandy et Hoppy de Lambil, et je ne sais combien d'autres pilotes qui se découvrent expérimentés une fois aux manettes (je renonce à compter les pilotes improvisés d'astronefs tellement il y en a). Donc... tagada ! le pilote d'avion est le chevalier blanc moderne qui va faire justice partout contre les méchants. Quand ce chevalier blanc ne pilote pas lui-même l'avion, on le montre lorsqu'il descend de l'avion : cela donne le début idéal pour chaque épisode de Doc Justice (le visage de Delon, les muscles de Bruce Lee et les leçons de morale de Bernard Kouchner) dans Pif-Gadget.

Sauf que... ce modèle ne fonctionne plus ou mal à la fin des années soixante. Les lecteurs ne croient plus au vaillant conducteur d'avion, de voiture, d'astronef, de sous-marin ou de cheval, et les auteurs encore moins. Godard va entreprendre de miner le genre en commençant de manière très innocente, dans un style semi-humoristique. Il additionne les gags et surtout les gages de son sérieux : on a de l'humour, le Vieux Pélican, son avion perd sans cesse des boulons ou de l'huile. On est encore dans la parodie des histoires d'aviateurs.

En outre, faits intéressants, notre héros est roux, ce qui est déjà un point positif dans un journal belge. Il n'a pas de houppe, mais une jolie frange qui peut en tenir lieu comme la boucle de Buck Danny. La houppe est important, c'est un signe de rébellion possible. Le héros n'est pas toujours du côté du pouvoir veut-on dire. Et fait intéressant : il fume la pipe ! Ce qui dénote tout de suite un caractère flegmatique et stoïque selon les codes de la bande dessinée (les vilains du Mal qui tue sont les seuls à user de fume-cigarettes, comme je l'ai rappelé précédemment). Il correspond bien au héros standard très rassurant.

Le problème se corse quand dans la série apparaît le souvenir d'un ami d'enfance mort en plein vol alors qu'il tentait d'imiter le héros et de lui rendre hommage en plein vol. Cela devient très très compliqué... On ne doit pas parler de la mort dans un journal pour la jeunesse. L'histoire n'est jamais parue aux éditions du Lombard qui s'est arrêtée au numéro cinq, elle ne le fut que dix ans plus tard en 1982 chez Dargaud qui avait l'esprit un peu plus ouvert. Il y avait pourtant auparavant la possibilité de publier en album cette histoire parmi d'autres histoires courtes qui avaient été elles bien publiées en album. Cette histoire me fait songer au très beau Karabouilla de Wasterlain.  On a un personnage qui explique la genèse de sa prétendue vocation à voler dans les airs et défendre veuve ou orphelin, et il le fait sous la forme du deuil. Parce que la vieille bande dessinée sans aucun sentiment était morte.

Mais ce que l'on aperçoit, c'est qu'il s'agit aussi d'une forme de critique radicale de l'industrie de la bande dessinée (même si Godard produira ensuite des bouses immondes que je n'oserai jamais commenter) : le pilote d'avion est une métaphore de l'auteur ou du héros de bande dessinée qui doit continuer coûte que coûte à gagner sa croûte, quitte à perdre des boulons ou à se retrouver en plein désert. Dans le défilé morbide des personnages qui s'éloignent ou dans la démonstration de gestes des gens qui s'agitent tels des vampires autour de l'avion abattu, j'ai envie de croire que Godard interrogeait notre regard. L'histoire est à lire à plusieurs degrés : on se moque des séries d'aviation traditionnelles et cela passe, on commence à parler de la mort ressentie et cela passe moins. Mais ce qui est en cause, c'est le point de vue du lecteur ou de l'éditeur.