mercredi, 04 août 2010

Säiliöt

— Ateliers de fausse fabrication de monnaie pour les enfants. Bugey plus, juillet-août.

— Attention donc à ceux qui prendraient la voiture éméchée. L'Union, 16 juillet.

— Le récit conduit aux grabats désastreux du bas peuple victime d'excès en tous genres aggravant à l'extrême son misèrable quotidien. Le Sillon, mai 2010.

— Un nouvel accident de la circulation entre Vallorbe et la douane du Creux fait sortir un Vallorbier de ses gongs. 24 heures, 17-18 juillet.

— Des chiens que l'on soigne en ce moment majoritairement pour des tics : la chaleur favorise l'éclosion des larves et donc des tics. L'Union, 16 juillet.

— Il s'appuie sur ses canes, mais le moral est bon. Nice Matin, 18 juin.

— Fermeture des Cinq-Bonniers en août. C'est une décision rare dans les anales du Centre social. La Voix du Nord, 23 juillet.

— Les bêtes se nourrissent aussi de feuilles, de pouces de chênes. Corse Matin, 21 juillet.

— Le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, ne les a pas déferrés  en vue de l'ouverture d'une information judiciaire. Ouest France, 17-18 juillet.  

mercredi, 30 juin 2010

Cregyn

— Quelques automobilistes ont retrouvé leurs véhicules complètement immaculés de boue. Le Progrès, 15 juin.

— Les chauffeurs de bus ont débraillé. Dernières Nouvelles d'Alsace, 16 juin.

— Les pompiers sont intervenus alors que le camion se consommait sur l'aire de de repos de Lupian. Midi libre, 18 juin.

—[Les salariés] se disent pressurisés au quotidien. Le Télégramme, 18 juin.

— "Il n'y a donc pas de trafic du côté de chez Swann..." Un bon mot (du juge) qui déclenche une légère rumeur de jovialité dans la salle : tous pensent à la chanson de Dave. Les Nouvelles Plus (Versailles), c16 juin. 

mercredi, 23 juin 2010

ჭურვები

— Les policiers avaient repéré une voiture et une moto en plein slalom sur la rocade. Ils ont été placés en garde à vue. Ouest France, 15 juin.

— La gendarmerie a déployé d'importants moyens pour rechercher une adolescente sourde et muette, et qui, de double nationalité marocaine et espagnole, ne parlait pas français. La Dépêche du Midi, 9 juin.

— Monté de son Auvergne natale, il fut un simple gratte-sauce. Le Nouvel Observateur, 6 juin.

— Recherche une personne avec des connaissances arboricoles pour assurer le suivi et l'entretien annuel des verges. Bio nouvelles, juin.

— Son corps a été incarcéré au crématorium de Caen. La Manche libre, 12 juin. 

mercredi, 16 juin 2010

Κελύφη

— Héritière de l'enseignement maritime créé par un édit de Louis XIV, elle [l'École nationale de la marine marchande] prend son envol grâce à Colvert. Presse Océan, 7 mai.

— Il n'avait pas supporté que son entreprise de distribution de vidéos n'avait plus besoin de ses sévices. Métro, 7 juin.

— Quatre ans de privatisation de toutes sortes. Le Pays Briard, 1er juin. On parle de la période de l'Occupation allemande.

— Avant d’accepter l’invitation à déjeuner de Nicolas Sarkozy, mercredi 9 juin, à l’Elysée, le maire (PS) de Paris, Bertrand Delanoë, et le président (PS) de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, avaient posé, depuis plusieurs semaines, des conditions. Le président de la République les a exhaussés. Le Monde, 10 juin.

mercredi, 09 juin 2010

צדפים

— L'implantation d'éoliennes à proximité d'habitations peut faire baiser leur valeur. Le Particulier, juin 2010.

— Le mari, épris de boisson, frappait sa femme. La Lozère nouvelle, 28 mai.

— Nous avons l'intention d'activer le partenariat dans un large épouvantail de marques à travers le monde. La Lettre du sport, 28 mai.

— Nous honorons cette unité pour honorer la mémoire de nos descendants. La Voix du Nord, 30 mai.

— Elle fondit une nouvelle congrégation, les Ursulines du Coeur de Jésus. La Croix, 29 mai. 

dimanche, 06 juin 2010

Quignard outragé ! Quignard brisé ! Quignard martyrisé ! Oui, mais Quignard libéré !

À l'occasion de la fameuse et stupîde polémique au sujet de la place du troisième tome des Mémoires de guerre du général de Gaulle au programme de littérature des élèves de terminale L (10 % des baccalauréats, doit-on le rappeler), je découvre cette ineptie écrite par un journaliste du Fig :

Pour la petite histoire, Quignard, qui partage avec de Gaulle l'honneur d'être au programme, avait pris parti contre ce dernier le 13 mai 1958, affirmant qu'il s'agissait d'un coup d'État !

À l'époque Pascal Quignard, né le 23 avril 1948, devait se trouver en CM2 et il mangeait des pommes ou des chocos Rem dans la cour de récréation tandis que ses copains échangeaient des figures Panini du Stade de Reims ou de l'AS Sedan ! Il lisait sans doute Spirou, Tintin, le Journal de Mickey, ou que sais-je ? C'est un peu comme si on me demandait ce que je faisais en Mai 68 et si j'étais d'accord alors avec les propos de Daniel Cohn-Bendit, d'Alain Geismar ou Jacques Sauvageot que je connaissais moins bien que Blek le Roc ou Captain Swing ou Zembla. Quand on lit de tels arguments, on s'interroge à la fois sur la culture générale des journalistes de ce quotidien, leur sens des réalités et aussi à ce qui leur sert de fond idéologique parce que l'article est orienté. Il faut une sérieuse couche de mauvaise foi, d'inculture ou d'imbécillité (mais la réunion des trois peut être une explication) pour prétendre que Quignard a adopté des positions anti-gaullistes et ce dès 1958. Je considère personnellement Quignard comme l'un des plus grands écrivains français de son temps, je ne pense pas qu'on rehausse le prestige du général de Gaulle en rabaissant Quignard, en plus avec un argument aussi absurde que mensonger. Et qui plus est en énonçant des mensonges grossiers. Le niveau d'éducation baisse, on le voit au fil des articles du Figaro qui rejoindra bientôt Direct-Soir ou France-Soir.

mercredi, 02 juin 2010

गोले

— Le duo Noun Ya, avec Naïssan Jalal à la flûte et Yvon Pattard au luth arable. Le Réveil, 19 mai.

— Tout a été testé dans des épuisettes sur de la "vraie" peau. Le Nouvel Observateur, 6 mai.

— Stéphanie R. et Marc C. se sont dit oui après quelques années de réfection. Le Progrès, 17 mai.

— On peut se demander à quelle logique obéit la désignation de 15 vice-présidents. Si ce n'est distribuer des prébandes. Midi-Pyrénées info, mai-juin 2010.

— C'est sur la place du Vieux Collège que l'attraction fut la plus vive, dynamitée par l'Amicale Trial. L'Essor 74, 22 mai.

— La canne qui avait dernièrement fait son nid dans une jardinière de la ville n'a pas disparu. La Nouvelle République, 26 mai.

— Déjà quelques éclaircies égaillent cette matinée dans la Marne, les Ardennes et l'Aisne. L'Union en ligne, 2 juin.

mercredi, 19 mai 2010

Kagyló

— Les corps seront eux soumis de nouveau aux terribles cadences dont on vous rabat les oreilles. La Dépêche, 3 mai. Un classique.

— Les Havrais n'avaient pu se rendre en Corse en raison du nuage de fumée suite à l'irruption du volcan islandais. Corse-Matin, 6 mai. Déjà vu plusieurs fois au cours de ces trois dernières semaines.

— Feu vert de Bruxelles pour le déblocage des aides aux ostréiculteurs victimes de la moralité des huîtres juvéniles. Ouest France, 8 mai.

— Le 1er juin 2009, un  A 330 d'Air France reliant Rio à Paris s'était écrasé dans l'océan Atlantique avec 228 morts à son bord. Libération, 10 mai.

— Un fugueur électrocuté... la préfecture de police assure qu'il est originaire de Sevran où la tension reste vive. Le Monde, 6 mai. Le courant passe toujours mal entre la police et les jeunes de banlieue.

mercredi, 12 mai 2010

Skeljar

— Dimanche 26 mai, 10 h 30. Messe avec distribution de pains pénis. Le Perche, 28 avril.

— Si nous avions adopté l'euro, les retombées du crack auraient été encore pires. Marianne, 7 mai. Je crois que l'erreur a été commise dans bon nombre d'articles, tout comme celle consistant à confondre le krach avec le crash.

— Le Biterrois se confit à quelques heures d'entrer dans les arènes. Midi libre, 16 avril.

— Surveillez gorge, yeux, ovaires et l'état de votre véhicule. Le Progrès, supplément TV, "Astrologie", 2 mai.

— Les Niçois restaient fidèles au Piémont Sardaigne avec vigilance et circonscription. Nice-Matin, 2 mai.

mercredi, 05 mai 2010

シェル

— Nous attendons le paiement des oeuvres supplémentaires. Midi libre, 20 avril.

— L'éruption de ce volcan a entraîné une fondaison des glaces. Corse-Matin, 6 avril.

— En 2007, le vélo était utilisé pour moins de 4 % des délacements. Ouest-France, 28 avril.

— Depuis le début de son mandat, la relation de M. Sarkozy avec ses parlementaires est son tendon d'Achille. Le Monde, 5 mai.

— En Afrique, où des populations comme les Papous vénèrent ces monstres d'antan. TV Grandes Chaînes, n° 159.

— Un détenu décède après un suicide. Nice-Matin, 22 avril.

mercredi, 28 avril 2010

Čaulas

— "Entre les tentatrices, on s'est entendues. C'est cool." Et dans son rôle de menthe religieuse, jusqu'où Vanessa est-elle allée ? L'Indépendant, 16 avril.

— Le premier [médecin] a "dévissé sa plaque" et franchi le Rubicond. Le Monde, 10 avril.

— Au cours de la poursuite, l'homme multiplie les accélérations et les freinages, puis enclenche la marche arrière pour percuter attentionnellement la 207 des policiers. Paris-Normandie, 10 mars.

— On les croit insomniaques : on se trompe. Un tiers des seniors dorment 7 ou 8 heures par semaine. Nord-Eclair, 10 avril.

—  Moi ça me choque profondément qu’on puisse intenter au drapeau républicain, y compris dans une photo (…). Il y a un certain nombre de pays où on ne transige pas avec le drapeau national, c’est-à-dire qu’on n’a pas le droit d’intenter au drapeau national d’une manière ou d’une autre. Luc Châtel, porte-parole du gouvernement et ministre de l'Education nationale, 22 avril.

mercredi, 21 avril 2010

Sviedinys

— [Elle] devient présidente d'Action contre la Femme. La Voix du Nord, 28 mars.

— Ces rébus sont déposés anarchiquement sur les trottoirs. Corse-Matin, 12 avril.

— Les patrouilles terrestres vers Plouay et Pont-Scorff ont été veines. Ouest-France, 8 avril.

— L'anglais Malcolm McLaren est décédé dans une clinique suisse où il était soigné pour un concert. Le Journal du dimanche, 9 avril.

— Julius Lemac est jugé pour avoir agressé une prostituée en 2004. La Dépêche du Midi, 9 avril.

— La majorité rejette toute proposition tendant à pressuriser les ménages. La Marseillaise, 3 avril.

— Le voici qui [Florent Pagny] apparaît dans un long manteau de cuir noir sur un snakeboard. Nice-Matin, 1er avril.

— Voilà quatre ans que je circule avec cet alambic à vapeur, je n'alimente qu'en bois, je trouve que c'est plus sein. La République de Seine-et-Marne, 5 avril.

Cet établissement est proche d'un quartier sensible mais il ne pause pas de problème. France-Soir, 27 mars.

— Pas de moissonneuse mais une douzaine de copains avec un sceau à la main. Le Progrès, 1er avril.

— L’irruption du volcan islandais, qui depuis jeudi paralyse une grande partie du trafic aérien européen est une catastrophe pour le fret aérien. France-Info.

— Et bien, l’Union européenne, que l’on croit si intégrée, fonctionne exactement comme cela : chacun des vingt-sept Etats membres est resté totalement souverain dans la gestion de son ciel, d’où l’extrême confusion qui règne depuis l’irruption du volcan. Libération, 21 avril.

— Le groupe de villages de vacances a estimé à environ 5 millions d'euros depuis le 15 avril l'impact financier des perturbations causées dans le transport aérien par l'irruption du volcan islandais. Les Echos, 20 avril.

— Air France-KLM recule de 4,70% à 11,85 euros alors que Giovanni Bisignani, le directeur générale de l'Association internationale du transport aérien (Iata), a déclaré ce matin que l'impact économique de l'irruption du volcan islandais sera plus grave pour le transport aérien que celui du 11 septembre 2001. Les Echos, 19 avril.

— AC Ajaccio - Le Havre serait la seule rencontre professionnelle annulée ce week-end en France en raison de l'irruption du volcan islandais Eyjafjöll. L'Equipe, 17 avril.

— L’irruption du volcan et ses conséquences sur le trafic aérien fait craindre au club héraultais ne pas pouvoir récupérer ses internationaux pour la rencontre de Ligue des champions face à Tchekov, jeudi soir. RMC Sports.

— La situation est unique dans l'histoire: le nuage formé par l'irruption du volcan islandais a bloqué les avions au sol pour la quatrième journée consécutive. 24 Heures, 18 avril.

— La situation est unique dans l'histoire: le nuage formé par l'irruption du volcan islandais a bloqué les avions au sol pour la quatrième journée consécutive. Cyberpresse, 18 avril.

— Michael Drieberg est passé par tous les états d’âme depuis que le nuage de cendres – produit par l’irruption du volcan islandais Eyjafjallajökull – se promène dans le ciel européen, provoquant un grounding général dans les aéroports. La Tribune de Genève, 16 avril.

mercredi, 07 avril 2010

Школки

— Armées d'un point américain, les accusées déversèrent leur haine sur l'adolescente. Le Dauphiné libéré, 18 mars.

— [Le commissaire-priseur] Poulain dénonce la petitesse et l'individualisme de ses confrères, accusés de faire couler à petit feu l'institution parisienne. Le Figaro, 20 mars.

— Un concert incontournable de qualité exceptionnelle pour tous les accrocs du blues. La Dépêche du Midi, 27 mars.

— Des contractuels recrutés lors des piques d'absence. Les Dernières Nouvelles, 21 mars.     

lundi, 22 mars 2010

De la Bérézina

Berezina.jpgBon. Tu vois ce splendide tableau du plus pur art pompier du XIXe s. et tu te demandes ce qu'il a à voir avec l'actualité, et tu as raison. On y voit pêle-mêle de la fumée de canon, de la glace, des hommes dans un joli écrabouillage général où on ne comprend strictement rien et c'est beau comme de l'antique, on se croirait aux Thermopyles ou dans les Fourches Caudines, et cela donne de jolis effets graphiques avec plein de mignonnes couleurs belles à voir.

On trouve des dizaines de tableaux similaires par des peintres de troisième rayon qui peignent tous les mêmes scènes : le passage de la Bérézina par les troupes françaises et européennes face à l'armée russe. Le paradoxe, parce qu'il faut bien que l'histoire soit étonnante, c'est que la Bérézina a été une des grandes victoires napoléoniennes et Dieu sait si Bonaparte n'a pas été avare en victoires, c'était un génie du point de vue tactique et stratégique à la fois jusque dans sa campagne de France qu'il mène brillamment dans ma plaine champignacienne. Or il se trouve que cette victoire incontestable pour échapper à l'encerclement par des troupes supérieures en nombre et opérant sur leur propre terrain s'est transformée en synonyme de défaite au même titre que Trafagar ou Waterloo. Le problème, c'est que dans la bataille, plus de trente mille hommes meurent. Ben oui... on meurt beaucoup à la guerre, c'est comme ça et pas pour de faux, comme dans les jeux d'enfants.

On comprend alors l'émotion, le sentiment d'une sorte de désastre. Une armée parvient à échapper à un piège redoutable, au péril des eaux glacées face à un ennemi plus puissant et venu de tous les côtés, elle y laisse un bon nombre des siens et ce qui est sa victoire se transforme en une sorte de débacle. C'est cette image que l'on a retenu dans l'imagerie populaire et dans le langage courant. Parce que la victoire était trop chèrement payée.

Maintenant, pourquoi en parler à présent ? Parce que je lis dans la presse l'idée d'une Bérézina de la droite.

- Plus en raison de la crainte d'une Berezina au niveau national et régional que par rapport aux résultats locaux. La Voix du Nord.
- L'UMP tente d'éviter une Bérézina. Les Echos.
- Ce n'est pas la Bérézina. Ouest-France.
- Outre les réconforts alsacien, réunionnais et guyanais (le divers gauche Rodolphe Alexandre, rallié à Sarkozy, l'a emporté), la berezina se confirme pour la droite. Libération.
-
Dans la Berezina ambiante à droite, la candidate (UMP) à la présidence de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, tire son épingle du jeu. Le Monde.

Et je vous évite les 168 autres mentions de la même expression dans le même contexte, selon ce que me donne Google Actualités. Cela donne tout simplement l'impression d'un cliché que l'on emploie sans bien le comprendre. Je décerne cependant la palme à Libération pour l'emploi de ce cliché à contresens et je tresse une couronne de laurier à son directeur qui en est le spécialiste. 

vendredi, 19 mars 2010

MDA

J'attendais la nouvelle. Depuis un mois, jour pour jour, Marie-Dominique Arrighi n'écrivait plus de notes dans Crabistouilles, Journal d'une nouvelle aventure cancérologique. Ce matin, je pensais écrire un Tweet pour rappeler qu'on ne la lisait plus depuis trente jours. On la savait en unité de soins palliatifs. Je n'osais plus lire son blogue ou alors avec retard, encore moins le commenter. J'avais pris contact avec elle lorsqu'elle avait commencé un premier blogue, Consottisier où elle se moquait des publicités trompeuses, des fausses notices de produits, des noms à la mode, bref de l'univers mensonger de la consommation, car avant d'être responsable éditoriale des blogues de Libération, elle avait tenu la rubrique Vous dans le journal papier avec un humour ravageur. Elle avait eu le bon goût de lier mon blogue et je lui avais donc envoyé quelques commentaires, les noms de marques, les stratégies du langage publicitaire m'intéressent aussi et j'en parle à l'occasion. Ce que j'ignorais alors, c'est que je l'avais déjà citée dans le forum fr.lettres.langue.francaise, car elle avait commis plusieurs entretiens avec Pierre Encrevé, notamment au sujet de la liaison ou du chuintement final des jeunes femmes parisiennes. Elle est intervenue quelques fois ici en signant Marie-Do. Nous avons un peu correspondu en privé à ce moment-là et elle m'a fourni la matière de deux ou trois notes en me refilant des dépêches d'agence qui ne passaient pas dans la presse. Elle s'était montrée alors curieuse de connaître mes conditions concrètes d'enseignement, mes rapports avec l'administration ou la hiérarchie. Je découvre à présent que je la connaissais encore de plus longtemps : elle avait réalisé des émissions de France-Culture que j'écoutais : le Bon Plaisir, les Nuits magnétiques. Mais il avait fallu qu'elle passe par la Toile pour que je retienne son nom. L'année commence mal. Des gens que j'appréciais meurent : Ferrat, Kriss, MDA, Rohmer. Je ne fais pas un billet pour tous, je n'aime pas voir les blogues se transformer en rubrique nécrologique chaque fois qu'une célébrité décède. C'est un travers un peu indécent, une façon de commettre des billets aux sujets faciles et une manière un peu douteuse de faire de l'audience. Pour MDA, c'est un peu différent, j'avais échangé avec elle, tout comme auparavant j'avais un peu échangé avec Dominique Autié, autre blogueur décédé. C'est Pierre Marcelle qui rédige son portrait, elle l'a bien choisi : c'est l'une des meilleures plumes de Libération.

mercredi, 17 mars 2010

Muszle

- Bouse aux vêtements : être prêt pour les beaux jours à venir. La Voix du Nord, 6 mars.

- Monsieur Jacques M, ancien Saint-Christin de la paroisse d'Orival. Paris-Normandie, 9 mars.

- Il m'a tendu une brèche. Je l'ai saisie. Oise hebdo, 10 mars.

- On appréciera ses pétillantes idées culinaires : gaufre de pommes de terre façon club minute aux auberges confites. Le Progrès, 10 mars.

- Le guide de la lecture géologique de la France [est] publié par le Bureau de recherches généalogiques et minières (BRGM). Le Progrès, 18 février.

- Une pluie de cendres, sans danger, a commencé à s'abattre sur l'île après l'irruption de la Soufrière de Montserrat. L'Indépendant, 19 février.

- Suite à d'importantes pertes boursières, il n'était plus en mesure d'honorer ses clients. Les Dernières Nouvelles d'Alsace, 26 février.   

samedi, 13 mars 2010

La mesure non légale aléatoire

Il me semble que j'en ai déjà parlé dans ce blogue, mais je peux revenir sur le sujet : il s'agit de l'unité de mesure non légale et totalement aléatoire. C'est un marronnier dans les forums de langue où l'on s'extasie devant la sottise de certains clichés. La plus répandue est le terrain de football pour indiquer une surface :

120 terrains de football, c'est la taille de la future centrale solaire géante dans le nord-est de l'Italie lancée hier par le groupe américain SunEdison.

C'est extrait d'une dépêche publiée par Libération et Yahoo. On appelle cela du journalisme sérieux, puisque l'on se contente de donner des faits, des chiffres qui impressionnent. Mais c'est aussi sujet à caution qu'une courbe graphique publiée par Claude Allègre.

Seulement, même moi qui suis totalement ignorant en sciences fautebalistiques, je sais que la dimension des terrains de foutreballe varie énormément. Cela peut aller du simple à plus du double ! Elle représente de 4 050 m² à 10 800 m², avec une recommandation pour les
matchs internationaux de 7 140 m². On apprécie la précision... Et on ne précise pas s'il s'agit du vrai football européen, nommé soccer aux Etats-Unis et au Canada, ou du faux football américain nommé aussi football.

Parmi les autres unités de mesure aléatoire, nous avons le terrain de golf ou de basket, le garage, la Belgique (le seul pays que l'on peut distinguer de l'espace grâce à ses autoroutes illuminées), le bassin de piscine, la cabine téléphonique (surtout utilisée pour les groupuscules politiques). On estime que le lecteur peut mieux se représenter la surface si on lui donne un équivalent qu'il a eu l'occasion de voir sur les étranges lucarnes, mais justement cet équivalent ne veut rien dire. C'est utilisé uniquement pour dire soit que c'est énorme, soit que c'est minuscule.

Autrefois, on utilisait des pouces, des doigts, des pieds, des pas, mais ils avaient aussi une taille fixée selon les villes ou les provinces ou les pays et cela variait déjà énormément. L'invention du système métrique est un des plus grands progrès accomplis par l'humanité, et d'un autre côté il faut le défaire parce que parler d'ares ou de mètres carrés ne dit plus rien au récepteur lorsque l'on veut avant tout communiquer. On fait alors appel aux émotions, aux sentiments comme ceux des amateurs de foteballe qui peuvent ressentir le caractère impressionnant de la surface. Et alors ce n'est plus un chiffre, ce n'est plus un fait même si on le met en tête de rubrique.

mercredi, 10 mars 2010

снаряды

- Au moins le président lui [Michel Charasse] aura-t-il payé le prix fixé : cette élévation au sein des seins juridiques. Marianne, 27 février.

- Des milliers de manifestants ont manifesté hier contre le président Gbagbo qui a dissolu le gouvernement. Ouest France, 21 février.

- Le week-end, le balai des aînés amènement un joyeux mouvement. Le Monde, 25 février.

- Son fils Maurice reprend les rennes et décide de se lancer dans la vinification. Le Bien public, 26 février.

- "Lorsque Nana levait les bras, on apercevait, aux feux de la rampe, les poils d'or de ses aisselles", écrivait Balzac. Le Monde, 7 février.

- Les morts pourront rester, les vivants iront se faire enterrer ailleurs. Le Télégramme, 20 février   

mercredi, 03 mars 2010

граната

- Le spectacle a été précédé de plusieurs allocations très fortes. Isère magazine, février.

- Malgré les nombreuses injections des militaires, l'automobiliste a tracé sa route dans un véhicule volé. Le Dauphiné libéré, 22 février.

- La lame d'une dizaine de centimètres n'aurait pénétré que de cinq centimètres dans sa chaire. Les Nouvelles des Yvelines, 9 février.

- Son visage poupon, son corps figé dans une froideur statuaire n'expriment rien. Le Monde, 9 février.

- Lors de ces contrôles [d'alcoolémie], un conducteur a tenté de se soumettre au contrôle. Le Dauphiné libéré, 22 février.

- Le secteur du parc aquatique s'est révélé le plus aquifère (47 % de l'eau consommée...) Bulletin municipal de Nyons, janvier.

mardi, 02 mars 2010

L'invité dans la campagne

- La sécurité s'invite dans la campagne. Le Monde, LCP

- Le social s'invite dans la campagne. Libération

- Le péage urbain s'invite dans la campagne. Le Parisien, le Figaro

- Le racisme s'invite dans la campagne UMP. L'Humanité

- L'égalité s'invite dans la campagne électorale. idem

- La CGT s'invite dans la campagne. France 2

- La société civile s'invite dans la campagne. La Vie

Etc. Je n'ai pas relevé toutes les occurrences de l'expression, je me suis contenté de quelques médias nationaux au sujet des élections régionales. On peut trouver encore d'autres déclinaisons de la formule avec des noms d'hommes politiques. Le sujet m'a été suggéré par une réflexion de Samuel Laurent (ex du Figaro.fr, nouveau du Monde.fr) qui peste contre la titraille répétitive des dépêches d'agence ou des articles. On a bien évidemment affaire à un cliché. Il est déjà ancien, on le trouve pour les élections présidentielles étatsunienne ou française par exemple.

Qu'est-ce à dire ? Une campagne électorale suit une forme de scénario, elle obéit à un calendrier qui établit les dates de certaines opérations, de certains rituels médiatiques. Normalement, elle suit un cours fixe et les programmes ou les discours sont prévisibles. Mais il arrive souvent quelque chose d'inattendu : un candidat diffamé, une déclaration scandaleuse, une affiche malveillante, un fait-divers spectaculaire, une catastrophe naturelle. C'est l'intrus qui bouleverse l'histoire déjà écrite. Et il devient ainsi qui s'invite sans que les autres acteurs le veuillent. Cela donne une forme de rebondissement dramaturgique. L'histoire ronronnerait trop sans cela. Mais à force de répéter l'expression, elle perd de son intérêt et on n'y prête plus attention.   


samedi, 27 février 2010

BHL, Botul, Ségolène, Mouchard et moi

Ségolène Royal ferait bien de se taire par moment. Surtout lorsqu'elle prend la défense de BHL. Je lis ainsi dans le quotidien de réference.

J'observe l'incroyable chasse à l'homme déclenchée contre lui pour une obscure histoire d'auteur sous pseudonyme qui l'aurait prétendument piégé. Et je trouve que le débat intellectuel tombe vraiment, en la circonstance, sous le niveau zéro (le journal Libération n'a-t-il pas été contraint de fermer tous ses forums de discussion "accrochés" aux articles de et sur Bernard-Henri Lévy, tant ils étaient envahis de commentaires antisémites ?).

Le journal Libération n'a pas fermé les commentaires des articles suite à des dérives antisémites, mais il les a fermés par avance en publiant le premier article sur la question Botul et en rappelant que BHL était actionnaire du journal, membre du comité de surveillance. Comme lorsque cela se produit pour les articles sur toute personne ayant part à l'actionnariat ou à la direction de ce journal, il n'y a eu aucun commentaire à aucun moment. C'est déjà arrivé lorsque Laurent Mouchard (alias Joffrin) donnait son point de vue sur les conflits sociaux dans son journal ou tentait un triple-salto arrière afin de se justifier au sujet de ses propos nettement diffamatoires concernant l'épicerie de Tarnac. Le niveau zéro est atteint quand on ne vérifie pas ses informations et que l'on colporte des versions dites officielles. Les propos antisémites abondent dans les réactions sous d'autres articles de Libération, mais cela ne semble absolument pas gêner la direction et le conseil de surveillance. C'est même l'un des journaux en ligne où l'on trouve le plus de textes racistes en commentaire (je veux bien avouer que le Fig ou Marianne ou le Nouvel Obs ne sont pas mal placés non plus dans ce cas), et personne n'y trouve rien à redire puisque l'on ne fait pas référence à BHL dans l'article. Il serait aussi peut-être un peu temps que Libé balaie devant son pas de porte et ne fasse pas croire à des choses infondées afin de servir son actionnaire.

mercredi, 24 février 2010

Lupine

- On peut arriver pour une simple radio et ressortir avec des poings de suture au visage. Le Monde, 17 février.

- Les protections de plastique seraient peu à peu remplacées par du bois et de la taule. Le Figaro, 15 février.

- Le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a nommé l'ancien commissaire européen Jacques Barrot, élu du Haut-Rhin. Le Monde, 23 février. 

- Le compositeur polonais [Chopin] fêtera le bicentenaire de sa naissance prochainement. L'Aisne nouvelle, 6 février.

vendredi, 19 février 2010

Christophe Barbier, critique gastronomique

On ne peut taper tous les jours sur les mêmes personnages bouffons, je délaisse donc un peu BHL que je laisse aux prises avec Jean-Baptiste Botul et je reviens sur un éditocrate que j'ai déjà interviewé.

J'ai découvert cet édito délirant de l'homme à l'écharpe rouge. Il pose au milieu des bureaux, on voit une équipe de journalistes qui s'affaire debout à l'arrière-plan et on entend le début :

"Aujourd'hui, c'est rillettes, pâté, saucisson à l'Express.fr, mais à Roubaix dans le Quick c'est viande hallal pour tous".

Christophe Barbier est habitué à ces mises en scène avec de grands effets téléphonés largement grotesques. Il y a toujours un gadget scénaristique dans ses mini-clips. Par exemple, ici avec ses deux fauteuils pour représenter la place d'un obèse, on se rend compte surtout qu'il ne connaissait rien à l'alimentation.

Notre homme ne sait pas que le pâté et le saucisson peuvent fort bien ne pas être à base de porc - viande proscrite par l'islam. On trouve des pâtés de canard ou de dinde, des saucissons à partir d'abats d'ânes, de chevaux, de veaux, de moutons, etc. Même les rillettes peuvent être faites avec des entrailles de canard. Mais dans son inconscient, ce genre de préparations charcutières doit forcément inclure du porc. Il confond deux choses totalement différentes : un procédé d'abattage rituel des animaux et le traitement de la viande ensuite qui est découpée, mais aussi travaillée. Il s'agit d'une fausse opposition : le pâté ou la saucisse hallal sont parfaitement possibles et cela existe. Seulement, il faut se raccrocher à l'idée que toute charcuterie est à base de porc et que cela deviendrait interdit. Pour s'intégrer, un musulman devrait accepter de manger du porc ou qu'il y ait eu du porc en contact avec son aliment.

Christophe Barbier se réfère en réalité à un stéréotype et à une image mythologique de la réalité nutritionnelle : le saucissonnage apparaît comme une forme conviviale, simple et détendue de casse-croûte où tout le monde est réuni autour d'une table, où l'on mange à la bonne franquette sans aucun conflit (tandis qu'à Roubaix c'est différent, mais on ne le voit pas). Lorsque l'on regarde le dispositif scénique misérable de l'image, on constate que cela correspond un peu à ce qui se déroule à l'arrière-plan : on voit vaguement une équipe soudée de manière plus ou moins informelle, mais comme d'habitude le texte récité doit expliquer l'image et inversement. En fait, nous ne sommes pas loin des images publicitaires pour les enseignes de restauration rapide qui insistent sur le mode de vie en commun. Cela pourrait se nommer "Ça se passe comme ça, à l'Express.fr".

Cette image est à la fois pauvre et fausse, on pourrait fort bien imaginer d'autres aliments sur les tables, mais il faut faire passer l'opposition entre des gens réunis, heureux, devisant ensemble, et des gens séparés par la barrière culturelle que serait la présence de menus seulement hallals. Nous sommes dans les clichés, ils sont ici au service d'une démonstration qui vise à les renforcer.    


mercredi, 17 février 2010

Tankar

- Un mineur de 15 ans consultait des chiffres pornographiques. L'Orne combattante, 4 février.

- Un autre film français est dans la course : Coca avant Chanel. Les Dernières Nouvelles d'Alsace, 3 février.

- L'atttentat de Karachi a coûté la vie à quatorze morts. La Dépêche du Midi, 3 février.

Cette dernière coquille est un grand classique, puisque l'on trouve également dans le Monde, le 11 février :

- Ce tremblement de terre qui a coûté la vie à plus de 80 000 morts, le 12 mai 2008.

Dans l'Oignon du 16 février, on ne découvre toujours pas de cadavres, mais encore des squelettes.

- En ouvrant la porte dans le cadre de sa mission, il a découvert un squelette.

C'est un classique de l'Oignon, les corps en décomposition deviennent vite des squelettes pour ses journalistes, comme je le remarquais il y a seulement trois mois.

mercredi, 10 février 2010

Náboje

- Meurtre-et-Moselle. Un chauffeur routier se tue sur l'autoroute. L'Alsace, 27 janvier.

- C'est la caserne d'Ali-Baba. L'Union, 31 janvier.

- Un triporteur, un pouce-pouce chinois. L'Indépendant, 25 janvier.

- A Villiers-le-Bel; là où les banlieues se sont embrassées. L'Est républicain, 3 février.

- Elle se baisait sur une défense stricte des droits individuels. L'Indépendant de l'Yonne, 29 janvier.

- Ils ont aperçu le véhicule qui fessait des embardées sur la chaussée. L'Union, 2 février.

- Sur l'hôtel de l'unité, j'accepte les décisions prises. Jean-Marie Bockel, le Figaro, 3 février.

samedi, 06 février 2010

Le décryptage du décryptage

Je suis sorti de La Ferme radiophonique en lisant ceci :

Le deuxième enseignement est que les médias traditionnels nous manquent pour comprendre et pour décrypter l’actualité qui nous parvient.

Je me dis alors que comprendre suffirait. Mais non... il faut décrypter encore. Comme s'il y avait un message codé par derrière.

Depuis que Daniel Schneidermann a érigé le décryptage d'images dans son émission télévisée comme modèle d'explication, ce terme est devenu une vraie plaie en journalisme. Tout le monde décrypte ou décode. On n'explique plus, on ne commente plus, on ne livre plus les faits ou ne donne son opinion, on décrypte. Cela a l'avantage de paraître neutre par rapport à une parole publique qui serait d'avance suspecte par essence.

Décryptons donc l'emploi de ces mots dans la presse. Il y a le présupposé que nous autres lecteurs, spectateurs, auditeurs ne lisons, voyons, entendons les choses exactes et que nous sommes plongés comme dans le monde de la caverne platonicienne. Nous ne savons rien du vrai monde et nous n'en voyons que les ombres fugitives. On va donc nous révéler la vérité... Laquelle se révèle en fait fort décevante. Il y a à la base que nous gentils lecteurs-spectateurs-auditeurs n'aurions jamais pu comprendre les évidences sans l'indispensable travail de décryptage. C'est en fait assez insultant. Vous ne savez pas lire, nous allons lire à votre place.

Où trouve-t-on le plus le mot décryptage ? D'abord dans les surtitres. Ensuite et surtout dans Libération. 1 091 occurrences. Cela surclasse les Echos, le Figaro, l'Humanité, la Croix, le Monde très largement. Je ne suis pas sûr de la valeur des moteurs de recherche de ces différents journaux, mais c'est bien l'impression que j'avais au départ.

Ensuite, à quoi cela s'applique-t-il ? Eh bien à tout et portnawak. Je vois dans le site du Fig (cinq fois moins d'occurrences que Libé, ce qui rend la tâche plus légère) que cela peut se rapporter au sport, à la politique, l'économie, les idioties péremptoires et haineuses d'Eric Zemmour, la mode, la bagnole, l'économie, Michael Jackson, le cinéma, la consommation, les débats sociétaux, l'art, la littérature, les faits-divers,  etc. N'en jetez plus ! Tout peut devenir objet de décryptage.

Que retire-t-on de l'exploration de ce surtitre obligatoire pour les articles que l'on veut mettre en exergue ? L'impression d'un grand foutoir. Au lieu de hiérarchiser l'information, cela contribue à la rendre très confuse. Une opinion d'Eric Zemmour sur le port du voile ou des mots à ne pas dire n'est pas un décryptage que je sache, mais une opinion ou un billet d'humeur qui ne dévoile rien sauf des préjugés. Seulement la faire passer pour un décryptage lui donne un aspect objectif qu'elle n'a jamais eue. Et passez muscade !

Je remercie monsieur Kaplan de m'avoir offert la matière de ce billet qui est fort incomplet.   

mercredi, 03 février 2010

Il écrit ses titres à la va-comme-je-te-pousse

Quel est le dernier truc ou tic d'écriture de titres du Post ? Voilà le genre de question que j'aime me poser en regardant le site poubelle du quotidien de référence. On connaissait déjà la forme interrogative qui appelle à la réaction ou le deux-points faussement explicatif ou la citation de propos de témoins ou d'interviouvés entre guillemets pour faire plus vivant, maintenant nous avons droit au storytelling. Je sais bien que pour Le Post, c'est du storytelling permanent mais cela ne se manifestait pas autant au niveau de la titraille. A quoi avons-nous affaire ?

- Il utilise la carte bleue de sa copine pour jouer au poker (Confessions intimes).
- Il se brûle avec les braises de sa cheminée...
- A 11 ans, il frappe un enseignant : la directrice appelle la police (Gros moyens).
- Perdu de nuit sur une mer de glace, il est sauvé grâce à une webcam.
- Trop de Noirs en NBA : il souhaite lancer une équipe 100 % blanche ! (Noir c'est noir).
- Alpes-Maritimes : dans la rue, il tue une femme et se suicide.
- Quatre secondes avant l'arrivée du train... ils arrivent à s'extraire de leur voiture.
- Il fait tomber la peau d'un fruit sur le trottoir : verbalisé !

Quel est le point commun entre tous ces titres ? Eh bien à chaque fois l'on utilise un pronom personnel sans donner de renseignements sur l'identité de la personne (dans le troisième cas, on peut supposer que c'est un élève de l'école, mais cela ne va pas plus loin). Nous avons des individus indéterminés au départ, nous ne savons rien du flambeur escroc, nous ne savons rien du promeneur alpin, nous ne savons rien du gros raciste étatsunien. Et nous voulons savoir. Cela fonctionne exactement comme les affiches-couvertures de Détective, de Qui ? Police et de Spécial Dernière que l'on regardait éberlués en rentrant de l'école : "Elle découpe au couteau électrique l'amant de sa mère qui la violait depuis des mois sous les yeux de son fiancé consentant". De grands moments de poésie... Pas de noms, pas de qualificatifs, juste une histoire dont on voudrait connaître un peu plus les circonstances. De purs anonymes qui pourraient être vous et moi. Et puis des verbes d'action en priorité. Et avant tout du présent de narration pour rendre la scène plus présente sous vos yeux.

Le fait-divers se prête admirablement à ce type d'exercice. Mais enfin... lorsqu'on regarde les titres. Le 1 est une escroquerie banale. Le 2 un incident domestique qui arrive des centaines de fois (et je suppose que l'on va avoir droit à une longue compilation de toutes les brûlures comme lorsque Le Post avait adopté la recension systématique des morsures par des molosses). Le 3 se passe de commentaire, cela arrive au moins une fois par semaine sur le territoire français. Restent deux vrais faits-divers un peu spectaculaires et un qui est insolite. Là, on a la matière d'une histoire un peu originale, mais le reste est surdimensionné. Qui voudrait s'intéresser à une histoire d'accident domestique ou de duperie comme il en arrive tant chaque année ? Il faut donc que cela fasse plus histoire. Pour cela, on laisse planer le doute sur l'identité des personnages avec le pronom personnel et on engage déjà le lecteur dans la construction de l'histoire à venir par une phrase verbale. On se projette dans ce qui n'existe pas encore.


Kabuklar

- Pour moi, cette affaire, c'est l'abnégation de la crise. Le Progrès, 23 janvier.

- Un moins bouddhiste invité d'honneur de la ville. La Provence, 19 janvier.

- Melsa Mandon est suivie comme son ombre par un reporter à noeud pape. Le Monde, 23 janvier.

- Les Clermontois, avec Nalaga comme chef de fil. La Montagne, 24 janvier.

- Dans le Tarin. A Burlats, près de Castres. Le Bien public, 24 janvier.

samedi, 23 janvier 2010

D'une ellipse historique

Les critiques de BD du journal de référence sont parmi les pires du monde. Ils écrivent ainsi :

Né à Strasbourg, le 25 septembre 1921, Jacques Martin fait partie des derniers "monstres sacrés" de la BD classique d'après-guerre. Le nom de cet auteur français, qui rejoint la Belgique après la mort de son père, juste avant la seconde guerre mondiale, reste également lié à ceux d'Hergé, Edgar P. Jacobs ou Bob De Moor, fondateurs et piliers du journal Tintin né en 1946.

On lit ensuite quelques paragraphes plus bas :

Pendant la guerre, affecté au titre du service du travail obligatoire (STO) aux usines Messerschmitt, à Augsbourg, il en ramène des carnets de croquis récemment publiés (Carnets de guerre, éd. Casterman). A son retour, il collabore à l'hebdomadaire belge Bravo ! pour lequel il crée Monsieur Barbichou.

Il y a un problème. Cela permet de négliger un épisode peu connu de la vie de Jacques Martin lorsqu'il se trouvait en fait toujours encore en France entre septembre 41 et février 43 et qu'il participait aux Chantiers de jeunesse du régime de Vichy (mais comment cela aurait-il été possible s'il résidait déjà en Belgique qui était zone interdite en 40 et qu'il aurait dû être soldat en 39 ?) Il a commis alors beaucoup de dessins d'inspiration pétainiste. Il ne pouvait guère échapper au STO, puisqu'il était déjà dans une institution vichyste, mais d'autres en grand nombre se sont esquivés lorsque cela fut imposé à sa tranche d'âge en février 43. Les Chantiers de jeunesse étaient obligatoires comme le service militaire avant et après, on peut subir et ne pas se soumettre ; mais commettre des dessins de propagande dans ce cadre est d'une autre nature. Admettons... on n'est pas sérieux quand on n'a qu'à peine vingt ans et que l'on n'a pas tout lu, tout vu, tout entendu, tout compris des enjeux - et d'ailleurs quand et comment le pourrait-on ?

Si nous savons mal l'histoire qui sera, en revanche, nous connaissons très bien l'histoire qui est et nous pouvons la récrire à notre guise. Jacques Martin n'a eu de cesse d'occulter cet épisode infame où il montrait qu'il avait été en fait un Français comme les autres sans aucun courage et se laissant porter par les événements décidés par une autorité supérieure, un Français ordinaire soumis et collaborateur qui accepte les codes du nouveau régime. Je n'ai aucune envie de me livrer à une psychanalyse sauvage du personnage, d'autant que je manque de moyens documentaires, mais cet épisode me semble expliquer une large part des affabulations postérieures de Martin. Il avait commencé à mentir sur son passé durant la guerre, il a continué ensuite mais en rendant son rôle héroïque comme celui d'Alix ou Lefranc face à quelqu'un qui était incapable de tenir le pouvoir (par exemple Hergé qu'il aurait bien pu remplacer à son avis).

L'ellipse du Monde est fort significative de toutes les ambiguïtés de Jacques Martin, apparement attaché à la vérité historique et surtout soucieux d'inventer la sienne afin de ne pas dire la vérité. Il n'a jamais été ses personnages, sauf en rêve et ensuite dans les fictions qu'il a créées. Mais dans le journal de référence, on ne veut surtout pas poser les questions qui dérangent, sauf si elles commencent à déranger aussi chez les autres. Eh bien ! posons la question qui fâche : pourquoi les albums de Jacques Martin plaisent-ils tant aux gens d'extrême droite et s'en souviennent-ils avec autant d'émotion au point de le célébrer à tour de bras ? (Je sais aussi qu'ils plaisent aussi aux homosexuels, aux amoureux de l'Antiquité, des langues anciennes, etc., mais ce n'est pas le problème.)

Plantu et le coup du lapin

Dans le journal de référence, le dessinateur de référence s'exprime ainsi, selon son interviouveur :

Concernant la censure, Plantu, dessinateur au Monde, aime raconter cette anecdote : "Qu'importe que, sur un bateau, il soit interdit de prononcer, selon la superstition, le mot "lapin". Je me fiche de dire au capitaine le mot "lapin", du moment que je peux dénoncer les conditions d'exploitation de l'Indonésien qui est dans la soute." Manière de dire que s'il faut dénoncer les interdits, plutôt que d'achopper dessus, le plus efficace est de les contourner.

Plantu confond deux faits différents. Les lapins - considérés autrefois comme rongeurs étaient interdits sur les navires -, mais on pouvait parfaitement les nommer, puisqu'ils n'inspiraient pas de peur sauf celle de voir le navire infecté par des maladies à cause des déjections ou que la nourriture disparaisse et soit souillée. Le mot qui était interdit était le mot "corde". Parce que la seule corde du navire servait à pendre les mutins ou à leur faire subir le supplice de la cale mouillée. Toutes les cordes d'un navire à voile ont un nom particulier selon leur taille et leur emplacement, sauf une. Celle qui se rapporte à la torture et à la mort. On ne parle pas non plus de corde dans la maison d'un pendu. Cette superstition liée au mot s'est aussi étendue au théâtre, puisque les premiers machinistes qui travaillaient dans les cintres des théâtres classiques étaient à l'origine d'anciens marins qui pouvaient manoeuvrer des machineries complexes afin de faire descendre le char des dieux sur Terre. C'est resté comme une tradition, et comme on ne comprend plus ce qu'est le théâtre ancien ou la marine à voile, cela permet de parler de choses en apparence absurdes. 

Pourquoi alors évoquer la fausse peur du mot "lapin" chez les marins ? Celui-ci évoque l'idée de l'innocence et de l'insouciance pour le lecteur moyen qui ne voit là qu'un adorable nouvel animal de compagnie, un personnage de cartoons ou bien un bon plat. Ah ! comme il devient sympathique le lapin avec nos représentations contemporaines ! Mais en posant le nom "lapin" comme interdit, Plantu peut se permettre de dire qu'il dénonce les véritables interdits non dits, ceux qui seraient à fond de cale comme l'Indonésien (version moderne de l'esclave noir) qui travaille dans la soute à charbon ou qui est convoyé clandestinement. Il oppose ainsi faussement le haut et le bas, le faux (en haut) tout en superstition et le vrai (en bas), le mot (lapin) et la réalité (l'Indonésien caché), l'interdit apparent et l'interdit porteur de sens.

Or, en fait, c'est bien le mot "corde" qui était interdit et pour des raisons bien plus graves que le simple fait d'avoir peur d'un lapin ou d'un mot ! Il s'agit de l'interdit suprême, celui que l'on pose sur le nom de la mort et surtout de la mort indigne que l'on ne saurait jamais désigner comme telle. On se trouve dans une situation bien pire que celle de la simple exploitation de la misère humaine : dans le cas où des hommes avaient un droit de vie et de mort sur d'autres hommes, qu'ils soient sur le pont ou dans la cale. Est-il si anormal que des marins aient conservé le souvenir si anormal ? Cela les rend-il moins humains ? Interdit-on encore les lapins ou le mot "corde" dans les embarcations surchargées pour réfugiés ou émigrés clandestins ? Proscrit-on les mêmes choses dans les navires poubelles sous pavillon bananier ? Je ne crois pas. On n'y parle pas vraiment français, ou à peine. Ces expressions ne voudraient rien dire sur ces navires, d'autant que la plupart des Français ne les comprennent plus, Plantu le premier. La réalité a si peu changé en si peu de siècles alors que les mots de la réalité ancienne se sont perdus dans la confusion et l'autojustification.