samedi, 11 août 2007

Pierres et vacances

C'est un sujet un peu ancien, les propos ont été tenus il y a huit jours, mais je n'avais pas trop envie de recommencer à écrire.

On ne peut attendre de la part de notre divin président le moindre respect envers la syntaxe, mais il est aussi des cas où sa grammaire confuse introduit un sens totalement absurde :

"Je suis venu à Wolfeboro parce que j'ai des amis qui y viennent depuis des années. Ils ont loué une maison et nous y ont invités. Point. Il n'y a pas de polémique."

Pourtant... si ! il y a bel et bien une polémique. Il aurait pu dire qu'il n'y a pas matière à polémique, sujet à polémique, ou que cette polémique est sans intérêt, voire sans fondement, ou encore qu'elle n'a pas lieu d'être. Non. Pour lui la polémique n'existe pas, même si d'autres entendent bien polémiquer. A force de vouloir jouer tous les rôles, y compris celui de sa propre opposition, notre président mégalomane - omniprésent, omniscient, omnipotent - s'est embrouillé dans sa logique : qu'il le veuille ou non, ce n'est pas lui qui peut parler à la place de ses détracteurs.

mercredi, 06 juin 2007

Les Voraces contre les Coriaces

De Dominique Dhombres :

François Hollande bénéficiait du privilège, tant qu'il est encore premier secrétaire, de parler le dernier. "Face à ce pouvoir vorace, il faut une gauche coriace", disait-il, ayant sûrement préparé cette allitération avec soin. 

C'est vilain de se moquer du langage des autres lorsque l'on commet soi-même des erreurs de vocabulaire : cette  fausse allitération est en fait une paronomase, le calembour (le combat des Voraces contre les Coriaces) appartient à la tradition potachère et remonte à la plus haute littérature née d'un pré-soixante-huitard.

 

Père Ubu:

—Fort mal! Il était bien dur cet ours! Combat des voraces contre les coriaces, mais les voraces ont complètement mangé et dévoré les coriaces, comme vous le verrez quand il fera jour: entendez-vous, nobles Palotins!

 Ubu roi, V, 1.

Qu'il y ait une ressemblance entre le jogger président et le Père Ubu, ce ne serait pas impossible, de par ma chandelle verte !

Candidate de la parité

Ici, à Champignac, nous avons une pléthore de candidats de droite en dehors du beau gosse qui a été investi par l'UMP. J'ai reçu le dépliant (papier glacé, impression couleur) d'une dissidente qui se présente comme : “Candidate de la parité et des valeurs présidentielles”. Je savais déjà que lorsque l'on parlait de candidat de la diversité, il ne fallait pas entendre la diversité sociale, économique, idéologique ou quoi que ce soit de cet ordre, mais en fait que le candidat était soit de couleur noire, soit avec un nom un peu bizarre selon les habitudes françaises et plutôt arabe, kabyle ou asiatique (mais un candidat d'origine polonaise ou espagnole ou allemande, avec un nom difficile à prononcer lui n'appartiendra pas à la diversité). J'apprends maintenant que parité veut dire en fait femme. 

La candidate expose son arumentaire : “ma famille de pensée, le groupe auquel j'appartiens au Conseil Régional [sic], n'a pas estimé utile de faire respecter la loi sur la parité” et “sur les 5 candidats investis officiellement par l'UMP dans notre département, il n'y a en effet qu'une seule femme, l'ancienne ministre de... la parité !” Alors, cette brave dame se lance avec sa suppléante dans la bataille puisque sa candidature isolée vaudra comme signe de parité. On est dans un grand portnawak des valeurs ou du sens des mots.

Je passe sur quelques bourdes hénaurmes du type “canton de Ville sur Tourne” et “maîtriser les flux migratoires de manière humaine et humanitaire”, “libérer le travail” parce que le dépliant a été écrit avec les pieds et que je ne compte pas les fautes de syntaxe. Mais parité pris comme féminin, c'est un peu fort. 

mardi, 05 juin 2007

Logo stylisé

Je ne félicite pas le secrétaire de rédaction qui a trouvé ce titre : “Londres dévoile le logo stylisé des Jeux olympiques de 2012”. Depuis quand un logo ne serait plus une forme stylisée ? Existait-il des logos non stylisés ? Comment peut-on faire un logo non stylisé ? Si l'on veut dire qu'il existe aussi des logos ratés et infects, eh bien ! on en a un parfait exemple avec celui des Jeux de Londres 2012. C'est peut-être pour cela que l'on insiste tellement sur son aspect stylisé, car avoir mis tant d'argent au service d'une telle médiocrité cela ne passerait pas sans le discours pseudo-esthétique et communicant qui enveloppe tout ça afin de servir les investisseurs qui entendent rentrer dans leurs sous. Ah ! un superbe aveu du ministre de la Culture britannique : “C'est une marque de fabrique stylisée qui résume ce qu'est Londres 2012”. On savait déjà que ces jeux ont des enjeux financiers, mais là c'est dit crûment. En Grande-Bretagne, le sport est d'abord un commerce et une industrie ; la culture se résume au sport (vous vous imaginez Malraux en train de parler de résultats de foot ?) ; et je suis un fervent adepte des préceptes de vie de Wynston Churchill afn de vivre vieux et en bonne santé mentale :  “No sport!”. C'est mieux que la politique du jogging permanent (courir plus pour penser moins).

lundi, 04 juin 2007

Progrès de la novlangue

Dernière invention : le licenciement de solidarité.

dimanche, 03 juin 2007

Jean-Claude, candidat

Je reçois un courrier de Jean-Claude.

Mon cher comte, je vous suis reconnaissant de m'avoir aidé et d'avoir pris en charge les membres de ma famille qui me posent beaucoup de difficultés, surtout ma femme Monique qui a des velléités d'indépendance et ma fille Mariah-Samanthah qui devient un peu trop gauchiste à mon goût (je dois dire que je n'ai strictement rien contre la gauche quand elle est de droite et j'admire le talent du coiffeur de Bernard Kouchner qui sait si bien mettre en valeur son talent). Je requiers vos lumières car on m'a désigné de manière démocratique à l'unanimité du Comité central pour représenter l'UMP aux élections cantonales d'Écoute-s'il-pleut et autant vous dire les choses franchement : le canton est communiste sans interruption depuis 1920, mais je me dois de faire bonne figure et de ne pas obérer les scores nationaux de mon parti. Cependant, je n'ai strictement rien à dire et à proposer, est-ce que vous n'auriez pas dans vos tiroirs un discours tout prêt ?

Mon cher Jean-Claude, tous les discours de campagne de l'UMP sont construits exactement de la même manière. Demandez à l'état-major le schéma à compléter. Vous commencez par “Monsieur Jean-Claude que pensez-vous de l'épluchage des carottes ?” Ensuite, on vous donne quelques formules qui permettent de faire le pont avec le point suivant : “Je ne veux plus que les Français se coupent les doigts en épluchant leurs carottes à l'économe”, “Je veux une France où toutes les épluchures de carottes soient versées dans la poubelle qui convient, il n'y aura plus de tolérance pour les délinquants qui jettent mal leurs déchets de carottes”. Vous changez de sujet ? Faites d'abord référence aux interlocuteurs : ““Je voudrais dire aux Pluviosilaucultiens que l'écossage des petits pois est un sujet grave sur lequel nous ne transigerons pas et que nous porterons vers la commission européenne pour obtenir un nouveau réglement.” En fin d'argument, imposez votre point de vue par ce subjonctif : “Qu'ils sachent que l'UMP est pour la protection de la pomme de terre en robe des champs”. Et si vous avez encore un peu de temps de parole ajoutez : “Je voudrais dire un mot sur la méthode de protection des confitures, la paraffine préconisée par la fausse gauche qui vous a gouverné depuis douze ans, vingt-cinq ans, trente ans (rayer la mention inutile) vous a trompé trop longtemps et je m'engage à rétablir de vraies confitures naturelles. Je veux que l'on dise la vérité sur les confitures.” Vous voyez, ce n'est pas difficile : toutes les attaques de phrases sont identiques et ensuite on peut remplir comme on veut.

Éloigner les immigrés

Ce qui me dérange, bien sûr, c’est la politique qui sous-tend cet objectif, mais aussi c’est l’usage du mot "éloigner" en lieu et place du mot "expulser".

Réflexion sur un euphémisme mis entre guillemets tellement on le sent peu valable.  

samedi, 02 juin 2007

Majorité sans minorité

Je reçois un courrier de Mariah-Samanthah.

Très cher et estimé comte, je suis totalement out of space. Pendant la campagne présidentielle, j'ai défendu l'idée de notre vénéré et inestimable président qu'il n'y avait pas de différence entre les actes d'un mineur de dix-sept ans moins un jour et un mineur de dix-huit ans accomplis. Maintenant, la majorité pénale devra passer à seize ans. Mon âge ! Je suis, je reste, je demeure une sarkozyste de gauche, mais je me pose des questions : est-ce que l'on va m'envoyer en prison si je roule sans permis et en ayant bu de l'alcool comme mon idole Paris Hilton ? Et qu'est-ce qui va se passer si je récidive ? Cela devient vraiment grave de chez grave si on ne peut plus se permettre d'être jeune et de profiter de la vie un max ! Ne racontez surtout pas à mon père, Jean-Claude, que je lui chourre parfois sa caisse pour déconner avec les potos et que j'ai alors quelques vodka-orange dans le nez, il me tuerait et je préfère encore la prison même si je n'y connais rien. Ma question, c'est : comment est-ce que je peux justifier auprès de mes copains et copines de lycée le fait qu'ils deviennent tous responsables pénalement sans avoir le droit de vote ou les droits pour gérer simplement leur argent sur leur compte en banque ? Mon meilleur ami, Farid, un ségonléniste, me dit que c'est un truc de ouf, mais comme il n'a pas voté Sarkozy (tout comme moi d'ailleurs), je pense qu'il ne peut pas vraiment être de gauche. Est-ce que je dois continuer à sortir avec lui puisque nous ne sommes pas d'accord sur les choses essentielles ? 

Ma chère Mariah-Samanthah, l'abaissement de la majorité à seize ans n'est qu'un début, il s'agit d'abaisser l'âge de la responsabilité légale le plus tôt possible, et on arrivera à l'âge de trois ans au bout de deux législatures. Parce qu'il n'y a strictement aucune différence entre les actes d'un mineur de seize ans moins un jour et un de seize ans déjà fêtés. On pourra appliquer le même raisonnement par la suite et tout le monde trouvera cela parfaitement normal et attendu, comme un signe ou un geste fort face à la violence qui se répand partout, tel que tirer les sonnettes des portes, voler les pommes sur un arbre, faire un pied-de-nez à la concierge, graver un cœur transpercé d'une flèche dans un arbre de jardin public, sauter dans les flaques d'eau au retour de l'école. Tout doit devenir répréhensible ! Le problème, ce n'est pas l'augmentation de la délinquance, c'est celui de trouver de nouvelles délinquances sur lesquelles on pourra faire du chiffre. Et si on ne prend pas soin d'&duquer les enfants, on pourra dire alors qu'on a réprimé un nombre infini d'actes de délinquance de la part d'enfants de trois ou quatre ans qui auront traversé la route sans attendre le feu vert ou qui se seront soulagés au coin d'un mur, on pourra les envoyer en prison et ainsi on prouvera que l'on agit vraiment contre la criminalité organisée. Le sarkozysme est une méthode de gauche parce qu'il envisage les nouveaux modes de criminalité et qu'il prend le mal à la racine, quand l'enfant menace de verser dans le grand banditisme. Il est bon que le bébé passe directement de son statut de fœtus à celui de criminel potentiel et qu'il soit responsable pénalement sans avoir aucun droit civique. Lorsque vous aurez mon âge, dites-vous bien que vous ne risquerez plus guère d'être suspecte. Je n'ai qu'un conseil : vieillissez vite !

jeudi, 31 mai 2007

Dans la ruralité fleurie

Je viens de recevoir, encore une fois, un dépliant de propagande électorale de la part du candidat UMP de ma circonscription. Je passe sur quelques erreurs d'orthographe comme il y en a passablement aussi sur son blogue de campagne. Ce qui me retient au-delà des clichés sarkozystes (travailler plus pour penser moins), c'est  la logique de ce paragraphe :

« Agriculture, ruralité et développement durable

La ruralité et l'agriculture sont des atouts majeurs de la Champignacie et de l'Argonne et non des handicaps.

Nous devons parier sur ces atouts pour développer l'économie de nos territoires ruraux. »

On emploie tellement souvent, à l'UMP et dans son annexe CPNT, le mot ruralité au lieu de campagne que l'on se demande ce que cela peut bien vouloir dire. Il semble ici que c'est l'ensemble des activités propres au monde rural, mais alors l'agriculture n'en ferait donc pas partie, à la différence du tourisme vert ou de la chasse et de la pêche ? Ensuite, il faut admirer la construction imparable de ce raisonnement : pour développer l'économie du monde rural, on doit parier sur l'économie du monde rural ! Je suis ébahi par le sens profond de cette proposition. Le maire de Champignac parle déjà comme son illustre collègue de bande-dessinée, l'élève suit les traces du maître...  

mercredi, 30 mai 2007

Axiome de la roue du hamster

De quoi peut-on parler quand on n'a rien à dire ? De Sarkozy ! Sarkozy fait du bateau, Sarkozy à la plage, Sarkozy fait du jogging, Sarkozy dans la bibliothèque, Sarkozy en vélo, Sarkozy en jeans, Sarkozy et la momie, Sarkozy cosmonaute, Sarkozy et le fantôme de Guy Môquet. C'est mieux que les aventures de Martine, de Caroline ou de Fantômette : on peut décliner le personnage en autant de pseudo-aventures et d'images vides de sens que l'on veut.

Il y a deux actualités langagières au sujet de Sarkozy. La première, c'est le néologisme présiment que Guy Birenbaum affuble d'un symbole copyright ©, alors qu'il n'est pas le premier auteur. Cela remonte au 11 mai et depuis le mot a été repris par bien des blogues, à la suite de Birenbaum qui est le diffuseur et non l'inventeur. En deux semaines, le mot a quand même gagné 13 100 occurrences dans Google, c'est quelque chose comme dirait le hamster présidentiel à piles Duracel.

La seconde (ou la deuxième, comme on veut), c'est le détournement de recherche sur Sarkozy associé à gauchiste. Google propose d'essayer plutôt l'orthographe Sarkozy fasciste. On avait déjà eu ce genre de bombardement lors des émeutes de novembre où le nom de Sarkozy était associé au film Iznogoud, cela s'était un peu tassé et puis cela avait repris dans la dernière phase de la campagne électorale. Cela fait plaisir à quelques guiques, mais enfin... cela renforce juste l'hégémonie de Google qui peut largement se permettre de voir ces détournements parce que même si on parle en mal de Google, on en parle malgré tout et c'est tout profit. Le bruit renforce le bruit et le leader d'un marché n'a rien à craindre des parodies qui renforcent sa domination écrasante puisqu'il est la référence unique.

samedi, 26 mai 2007

Quand même

Je suis quand même un drôle de type, non ?

Cette phrase de Nicolas Sarkozy à Michel Onfray m'avait frappé. Il n'y avait rien de nouveau dans la rhétorique de la question forcée, j'en ai déjà parlé : c'est un topos du discours sarkozyen qui fonctionne de manière assez mécanique. En revanche, c'est la locution adverbiale quand même qui avait titillé mon esprit. Parce qu'elle revient souvent chez Sarkozy, cette locution. Et je vois plus qu'un tic : une manière de penser.  

Revenons sur le contexte : il s'entretient avec un philosophe engagé politiquement dans un autre bord et prônant l'athéisme, l'épicurisme, tout le contraire de son idéologie. Sur le moment de le quitter, il se retourne et lance cette phrase alors qu'il a bien vu que les positions restaient divergentes, antagonistes. Mais il faut forcer quand même... Obtenir quand même quelque chose comme un semblant d'approbation, au moins sur le fait qu'il n'est pas tout à fait un homme ordinaire. Dans ce contexte, quand même représente le gain minimum escompté de l'entretien : au moins un semblant d'image.

Normalement, quand même a une valeur concessive et est synonyme de malgré tout. Or malgré tout conserve un sens négatif et montre bien trop l'opposition à ce tout. Lorsque Sarkozy dit “Nous consulterons, puis nous réformerons quand même” (citation approximative, de mémoire, le sujet était soit la justice, soit le service minimum), la phrase est tendue dans un sens volitif, prospectif, mais surtout elle évacue les obstacles en ne conservant que la valeur positive et s'il y a opposition avant ou ensuite elle ne peut être comprise dans ce discours. En outre, cela permet d'éviter la confrontation avec le tout et d'apparaîre comme trop totalitaire, justement.

Il y a également une valeur renchérissante de l'expression qui est comprise par même. Cette valeur se retrouve dans une expression voisine tout de même : “C'est tout de même un monde !” (= c'est incroyable). La valeur renchérisssante de quand même est alors un renforcement, une sorte de superlatif caché. C'est ce que l'on trouve dans la première phrase où il aurait pu dire : un bien drôle de type, vraiment un drôle de type, etc. Mais — et c'est là où on s'avise que quand même est piégé —, ces expressions n'ont absolument aucun rôle interjectif alors que quand même ezt dit avec une intonation ascendante, sans disjonction avant, à la différence des autres locutions concessives ou oppositionnelles (cependant, pourtant...). Quand même est soudé phonétiquement à ce qui précède et permet de mettre en relief ce qui suit, le thème est donc ce qui succède à la locution. Sur un autre plan, on peut se demander si dans la locution de sens logique, mais à valeur interjective, il n'intervient pas un élément émotionnel qui doit agir sur l'interlocuteur, puisque les interjections sont d'abord la traduction d'émotions vagues.

Nous avons donc plusieurs aspects différents dans quand même : effacement de l'opposition, effacement de tout sens négatif (comme le recommandent les conseillers en communication), effacement du temps, emphase du prédicat, hyperboles dissimulées sous une apparence de mots anodins et banalisés (il faudrait recenser les quelque chose de Sarkozy), appel aux émotions et aspect jussif vis-à-vis des destinataires. Cela commence quand même à faire beaucoup.    

jeudi, 24 mai 2007

Toi aussi, suis l'exemple de Guy Môquet !

mercredi, 23 mai 2007

Mariah-Samanthah et Guy Môquet

Je reçois une lettre de Mariah-Samanthah.

Trop cher comte, je suis trop inquiète maintenant : nos parents ont décidé de nous vouvouyer et nous demandent de leur dire “père” et ”mère” à présent afin de restaurer l'ordre disent-ils, ils sonnent maintenant la cloche pour les repas et récitent le benedicite avant que l'on puisse soulever un couvert, ils ont traîné Jean-Steevyn dans les magasins pour lui trouver une blouse grise, et heureusement ils n'en ont pas trouvé ! Maintenant, voilà que le vioque me demande d'apprendre par cœur la lettre de Guy Môquet pour que je puisse la réciter à chacune des réunions de l'UMP, mais ce n'est pas tout : il me demande aussi de pleurer à la fin de chaque récitation, et moi je ne peux pas parce que cela ne me fait strictement rien à force de la lire et de la relire. Il m'a dit de mettre des oignons dans mon mouchoir à chaque fois, mais comme sarkozyste de gauche et donc proche des communistes comme me l'a dit le responsable des Jeunes Populaires, je ne peux laisser ainsi dénaturer mon idéal qui n'est pas de la récitation. Dites-moi, trop cher comte, où est la vérité ?

Chère Mariah-Samanthah, il vous faut obéir à votre père d'abord, votre mouvement de révolte nous renverrait aux tourments de Mai-68 où l'Apocalypse s'est abattue sur notre malheureux pays qui vivait si heureux auparavant. Apprenez par cœur la lettre de Guy Môquet comme vous avez appris les fables de La Fontaine ou Demain dès l'aube ou le Dormeur du val. Apprenez enfin que le sens n'a jamais d'importance en littérature ou dans l'enseignement ou dans l'histoire et qu'un texte lu ou récité est un texte compris et intégré. Il suffit de dire ou d'écouter pour être, même si on n'y entend rien. Vous avez l'habit de la sarkozyste de gauche et cela doit suffire pour convaincre de votre sincérité, et si vous vous posez des questions en récitant Guy Môquet comme du Verhaeren c'est que vous n'êtes alors pas assez de gauche, parce que tout homme de gauche ne peut que se reconnaître dans ce texte sans même réfléchir et surtout sans réfléchir. Voulez-vous être vraiment de gauche ? Cela signifie d'abord se soumettre à l'ordre établi comme nous le demande notre Glorieux Guide. Ce n'est pas insulter la mémoire des résistants que de dire qu'il vaut mieux mettre des oignons dans son mouchoir que de ne pas pleurer à la lecture de la lettre de Guy Môquet et vous feriez bien de vous soumettre à cette exigence afin de montrer votre subordination à l'esprit de la Résistance qui doit seul nous inspirer.  

La tête du chef

 

Les symboles :

— La bibliothèque comme De Gaulle, Pompidou, Mitterrand.

— La station debout, à la différence de Mitterrand qui ouvre les Essais de Montaigne. Mais de Gaulle s'appuie sur un livre. Et Pompidou reprend ce geste qui en fait remonte loin puisqu'on le trouve en premier chez Thiers,puis chez Fallières sans discontinuer depuis 1906 comme en témoignent les autres photographies. Celle de de Gaulle est la première en couleur. Là, rien, juste un homme les mains vides et les bras ballants.

Giscard avait abandonné le grand cordon de la Légion d'Honneur et le cadre solennel de la bibliothèque pour un fond sobre avac seulement le drapeau français comme décor. Mitterrand a gardé cet esprit puisque le cadre de sa photo par Gisele Freund est resserré comme pour la photo de Giscard par Lartigue et qu'il n'arbore aucun insigne comme Giscard. On est loin de la majesté des portraits gaullo-pompidoliens. Giscard est en buste, Mitterrand à mi-corps alors que les présidents précédents sont presque en pied. Portrait à mi-corps aussi chez Chirac, mais cette fois avec en fond le jardin, ce qui se voulait comme une sorte de dépouillement des ors de la République.

— Les signes monarchiques ne sont plus présents depuis Giscard, il les a fait disparaître dans le drapeau qui sera d'ailleurs aussi la couverture de Deux Français sur trois et de Démocratie française en jouant sur les couleurs. Mitterrand revient sans  le décorum, mais avec malgré tout le livre comme objet sur lequel on médite et non plus comme objet sur lequel l'autorité s"appuie tout en le laissant fermé. Chirac évacue la référence aux livres et donne une image à la fois plus zen – le Japon est d'un grand intérêt pour lui –, mais malgré tout historique avec le cadre du palais à l'arrière-plan. Dépouillement comme pour Giscard et Mitterrand, mais inscription dans la tradition malgré tout et puis décentrement un peu à l'américaine puisque cela fait songer aux allocutions des présidents étatsuniens dans le jardin de la Maison Blanche.

— Rien de tel chez Badinguet : retour à la bibliothèque et de nouveau à un cadre ouvert, comme pour Pompidou et de Gaulle. Mais on est en plan américain comme pour Chirac. L'orientation du regard est étrange. De Gaulle et Mitterrand ont un regard frontal et semblent nous parler directement. Pompidou est de trois-quarts et tourne la tête vers sa droite (ce qui est normal dans son cas), mais il tend aussi son regard vers le haut et ce regard se perd dans la forêt de ses sourcils ; ce phénomène se retrouve chez Giscard qui semble chercher la présence d'un drapeau européen dans le ciel et chez Chirac qui paraît à la fois nous regarder et puis se tourner vers un ailleurs. Dans le cas de Napoléon V, on a une sorte de torsion incroyable puisqu'il se tourne vers sa gauche tout en restant de profil comme s'il venait de se retourner et cela crée d'incroyables boursouflures du veston. C'est un peu une reprise de Pompidou, mais avec des suppressions et puis une inversion.

— Ce qui est proprement fabuleux chez notre Conducator, c'est d'avoir posé les drapeaux français et européens au beau milieu de la bibliothèque. Bon... Chirac avait pris l'habitude de les mettre comme fond à ses interventions télévissées (je laisse mon erreur de frappe), mais cela ne se passait pas dans le cadre de la bibliothèque et ce n'était pas pour une photo destinée à toutes les mairies. Je ne sais pas, mais si j'avais un drapeau chez moi comme le demandait Ségolène, je ne le rangerais pas dans la bibliothèque ou le bureau. C'est totalement incongru, d'autant que les couleurs et les tons jurent, mais cela fait penser aux allocutions solenneles des présidents américains qui ont la bannière étoilée des deux côtés. Simplement ici, c'est sur un côté et on se demande ce que cela vient faire dans le décor. On a l'impression d'un collage Giscard (pas d'insignes, un drapeau) et d'un collage Pompidou (corps et regard non frontaux, bibliothèque).

— Mais ce qui est particulièrement horrible dans cette photo du Guide Suprême, c'est surtout l'éclairage digne des photos officielles des pays de l'Est et en pariculier de la Roumanie. Giscard, Mitterrand et Chirac ont employé des artistes, le Grand Timonier a pris lui un photographe de la presse people, spécialisé dans les starnarquadémies, et il verse alors dans le plus kitsch. Notons aussi qu'il n'a pas vu la place du petit cœur du livre exposé, ce qui fait de très grandes oreilles à Mickey. Je conseillerais Photomaton la prochaine fois, ce sera encore mieux.

mardi, 22 mai 2007

Vous et tu

J'ai reçu un courrier de Jean-Steevyn, le fils de Jean-Claude et Monique.

Salut le comte, je t'écris parce que le vieux est devenu complètement ouf ! Il se met à me dire “vous” maintenant et il veut que je fasse de même pour lui. En plus, je devrai lui dire “Père”, on se croirait chez les bourges comme dans Madame de Bovary, tu sais ce roman qui se passe au château de Versailles pendant le Moyen Âge. Il m'a dit qu'il fallait qu'il restaure son autorité ainsi et il m'a montré la photo d'un ministre dans le Figaro en me disant : “Quelqu'un qui est deux fois docteur est un grand médecin ! Il a trouvé le remède-miracle contre la décadence actuelle due à quarante ans de socialo-communisme où tout se vaut et tout est égal.”, il paraît que pour lui c'est la meilleure manière de lutter contre la perte des valeurs due à Mai-68. Bon, je te quitte, il faut qu'on aille chercher mon uniforme pour le lycée : la daronne veut un blazer à l'anglaise avec une cravate rayée pour que je ressemble à Harry Potter, le dabe veut une blouse grise nouée avec une ficelle. Tant qu'ils ne me demandent pas d'ôter mes piercings... Je vais avoir l'air d'un bouffon ! Mais qu'est-ce que tu penses, toi, de son idée de vouvoyer ? 

Cher Jean-Steevyn, un commandement de la Bible est “Tu honoreras ton père et ta mère”. Comme ce gouvernement rempli une mission divine – la présence sainte de Christine Boutin en est une preuve manifeste –, vous devez vous soumettre à l'ordre supérieur puisque votre père sait mieux que vous ce qui est bon pour vous, vous lui êtes subordonné comme lui-même est subordonné aux décisions venues d'en-haut, lesquelles ne peuvent être que sages puisqu'elles sont directement inspirées par l'Esprit saint qui s'est posé sur notre grand guide au mont Saint-Michel. Jésus lui-même exigeait de ses disciples qu'ils le vouvoient et il n'attend de prière que par le vouvoiement plus respectueux, il vouvoyait sa mère en latin et en grec comme chacun le sait. Aller contre de tels évidences historiques, c'est vouloir renverser l'ordre naturel du monde et faire en sorte que tout devient confus. Il était temps de rétablir de vrais repères.

dimanche, 20 mai 2007

L'identité socialiste dans le doute

Plusieurs barons sont montés au créneau pour affirmer que rien n'était perdu aux législatives.

Les éléphants du PS se transforment en barons, alors que cette dernière qualité n'était connue que pour le RPF, l'UDR, l'UD Ve, l'UDR-UNR, le RPR et finalement l'UMP, puisque c'est toujours la même maison malgré ses changements de logo. Le passage à l'ennemi d'un pachyderme porteur de sac de riz médiatico-médiatique et si peu politique trouble-t-il tant les journalistes ?

jeudi, 17 mai 2007

Derrière le tambour, trottent les veaux

Je reviens sur cette histoire ahurissante de dernière lettre de Guy Môquet décidée lors des cérémonies du sacre de l'Ogre. Nous sommes en pleine mythologie. Le PCF au lendemain de la Libération s'est pourvu d'une vaste imagerie d'Épinal afin de faire oublier bien des choses désagréables de son histoire et de se présenter comme le parti des Cent Mille Fusillés. Guy Môquet, comme le colonel Fabien (sur lequel il y aurait bien des choses à dire) appartient à cette sorte de nouvelle Légende dorée faite pour l'édification des foules. L'hagiographie au service du camouflage de l'histoire... Si Napoléon V veut s'emparer de Guy Môquet, je ne vais pas le lui disputer parce que j'estime la quincaillerie sulpicienne du PCF ne fait pas vraiment partie de mon idée de l'histoire.

Mais la figure de Guy Môquet a des racines plus profondes. Elle trouve son origine dans une autre imagerie plus ancienne et républicaine, parce que le PCF avait besoin d'une façade de républicanisme après-guerre. En fait, on reprenait la figure de Joseph Bar(r)a, le jeune tambour assassiné par des Vendéens insurgés. Cette scène a peuplé d'innombrables manuels scolaires. Je le sais : j'avais de vieux livres de la IIIe République et pour des raisons familiales on était assez bien pourvus en images d'Épinal avec le jeune soldat les bras en croix pour crier Vive la République !.Une sorte de saint Sébastien laïc, quoi ! Il y a derrière une sorte de fantasme homosexuel et suicidaire que l'on retrouve plus explicitement dans l'esquisse de David avec une sorte de pré-pubère androgyne et tout nu se tenant le bas-ventre on ne sait trop pourquoi (il ne figurait pas alors dans mes manuels fort prudes).´

Mais quand on creuse encore un peu le sujet, on apprend que le jeune Joseph Bara a été proposé à la panthéonisation par Robespierre et qu'il figure dans le Chant du départ !

De Barra, de Viala le sort nous fait envie:
Ils sont morts mais ils ont vaincu.
Le lâche accablé d'ans n'a pas connu la vie;
Qui meurt pour le peuple a vécu.

Or il se trouve qu'une musique du compositeur Méhul qui a écrit le Chant du départ a été utilisée plus tard pour le Horst Wessel Lied, l'hymne des SA, puis du NSDAP, en clair les nazis. Et ce texte a été récrit justement en se servant de l'image d'un jeune militant assassiné. C'est là encore la même symbolique narcissique autour de l'adolescence qui meurt au combat. Tout se tient, tout est lié, comme dirait Ségolène.

 

Le titre est de Bertolt Brecht, le décor de Roger Hart. 

Fromages de droite et de gauche

Je poursuis ma passionnante discussion avec Mariah-Samanthah, la jeune sarkozyste qui souhaite décrouvrir les trépidantes valeurs de gauche afin d'incarner le nouveau pôle de gauche de l'UMP.

Chère Mariah-Samanthah, j'ai une cruelle révélation à vous faire : le camembert est de droite, n'en déplaise à M. LeChieur. Cela a été établi par une étude très scientifique d'Alain Schiffres parue d'abord dans le Nouvel Obs puis dans le Figaro (puisqu'il est spécialiste du recyclage), et cela se vérifie chaque fois que le village de Camembert reproduit une figure du nouveau président sur ses boîtes de fromage. Je vous conseille donc tout de suite de vous mettre aux fromages de lait cru et de préférence au lait de brebis ou de chèvre (en plus, vous pourrez alors vous réclamer de l'altermondialisme et de l'écologie puisque vous mangez du roquefort en boîte plastifiée). Si vous avez envie de montrer votre ouverture au monde, négligez tout de suite l'edam ou la mimolette, le gruyère ou l'emmental, fuyez tous les fromages à pâte molle ou sans lait cru, et tournez-vous vers la feta même si elle vient du Massif Central, la feta est indiscutablement un fromage de gauche car elle permet de parler de Costa Gavras, d'Yves Montand, de Mélina Mercouri, de Jules et Joe Dassin, d'Homère, voire d'Homer Simpson et d'une foule de références liées à la démocratie grecque (mais évitez de citer Nana Mouskouri dans la discussion quand même parce que là cela ne peut plus faire vraiment de gauche). Un seul fromage en dehors du roquefort peut exprimer les luttes sociales et politiques ! Je vous accorde qu'il est difficile de manger de la feta surtout quand elle baigne dans une tonne d'huile d'olive qui empeste toute la pièce, mais c'est à ce prix-là seulement que l'on devient quelqu'un de la vraie gauche : eh oui ! les valeurs de gauche sont bien sévères. Plus on mange de feta, plus on devient de gauche, dites-le-vous bien ! Je vous souhaite bien du courage pour cette longue épreuve...

 

mercredi, 16 mai 2007

Vademecum de gauche

Je reçois un courrier de Mariah-Samanthah, la fille de Jean-Claude et  Monique.

Kikou, le comte ! Je te résume un peu les épisodes : le vieux a fait la tronche quand je lui ai annoncé que je devenais de gauche, mais il a quand même très bien pris la chose quand je lui ai expliqué que c'était pour continuer à soutenir notre méga-hyper-super-génial président trop cool. Je t'écris seulement pour te demander de me donner les accessoires indispensables à la panoplie de la femme de gauche que je dois être.

Chère Mariah-Samanthah, cette panoplie pourrait ressembler à une chanson de Vincent Delerm, immense chanteur contestaire et engagé, bien connu pour célébrer Télérama et être célébré dans Télérama, la référence journaiistique indispensable de la gauche culturelle.

Du point de vue vestimentaire, il va falloir renouveler la garde-robe, il faut d'abord porter à tout prix une écharpe ! Longue écharpe rouge, nouée lâchement à la Mitterrand si l'on se veut tradtionaliste, écharpe blanche pendante à la Djâck Lang si l'on a des velléités culturelles et théâtrales, écharpe à carreaux à la Antoine Doisnel ou à la Bernard Rapp si on est plus cinéphile, écharpe noire à la Barbara si on préfère la musique, torchon de vaisselle à la Yasser Arafat si on se sent pro-Arabe. L'écharpe est un signe de gauche. Ensuite, pour le choix des tissus, il est indispensable de porter du velours à grosses côtes et surtout informe, le pantalon doit être soigneusement tire-bouchonné et la veste frippée. On pourra compléter cela par un poncho indien, mais je déconseille formellement les blousons à franges qui font trop cow-boy et qui font trop penser à Johnny Hallyday. Un pull à col roulé est indispensable pour les filles et si possible il faut choisir le modèle camionneur, ample, informe et avec fermeture-Éclair. Pour les chaussures, jeter ses Weston ou ses Nike et investir dans des Pataugas (fait obligatoire, la chaussure ne doit pas seulement être très fatiguée comme pour les vêtements, elle ne doit surtout pas être cirée ou lavée).

Du côté musical, il y a deux références incontournables : pour les garçons, il faut connaître par cœur les paroles de Gigi l'amoroso ou de Bambino, mais pour les filles L'aigle noir et Marienbad sont plus conseillés. Cela dit, faire référence à Dalida dans un tract, un article, un discours, vous classe indiscutablement parmi les gens de gauche, car qui irait contester le profond ancrage à gauche de Pascal Sevran ou de Julien Lepers, cet homme si cultivé puisqu'il est parrainé par Larousse ?

Penchons-nous sur la littérature, le cinéma, le théâtre, le journalisme. Il n'y a qu'une seule référence authentiquement de gauche : Marguerite Duras. On peut se passer de tout le reste. Posséder les œuvres complètes de Marguerite Duras (je ne dis pas lire ou regarder, il y a des fiches de lecture pour le bac afin de s'éviter une tisane avant une longue nuit), cela vous rangera automatiquement à gauche et montrera que vous affrontez des problèmes très douloureux et obscurs sur lesquels vous pourrez tout laisser entendre. Toutefois, ne négligez pas de vous imprégner du style durassien en multipliant le verbe faire ou dire et l'emploi de ça dans le début de toutes vos phrases et puis finissez toujours par tu vois ce que je veux dire

Vous m'avez dit aussi que vous possédiez un rotweiler, je vous conseille de le vendre ou de le faire piquer au plus vite.  Le chien de gauche doit obligatoirement être un labrador, mais méfiez-vous : il existe aussi des labradors à tendance UDF et on ne sait plus très bien comment distinguer les espèces, d'autant qu'il paraîtrait qu'un labrador à tendance UMP est en cours de création génétique.  

Nous parlerons alimentation plus tard puisqu'il existe des fromages ou des vins de droite et de gauche... 

mardi, 15 mai 2007

Courrier de Mariah-Samanthah

J'ouvre mon courrier et je découvre ce message de Mariah-Samanthah, la fille de Jean-Claude et Monique.

Kikou, le comte ! J'ai un problème vachement grave à te confier, mais tu promets de ne pas dire un mot à mon vieux parce qu'il me tuerait. Voilà, le directeur des jeunes pops m'a demandé d'être de gauche ! Sur le coup, je n'ai strictement rien pigé, comme lors de mes cours d'économie ou de philo. C'est une opération ultra-secrète et il faut que cela reste vraiment entre nous : on doit être un certain nombre de membres de l'UMP à rallier le pôle de gauche de la nouvelle majorité présidentielle afin de ne pas laisser croire que ce brave monsieur Besson est le seul homme de gauche à soutenir notre Grand Président. Je sais bien sûr qu'il y a aussi des gens très tolérants comme monsieur Sevran (même si je n'écoute pas trop ses vieilles chansons), très intelligents comme monsieur Hanin (même si ses films me gavent), super-cultivés comme monsieur Allègre (je ne comprends pas tout ce qu'il dit, mais je dois être un peu bête, lol), mais il paraît que cela ne suffirait pas pour pouvoir représenter la gauche et on m'a donc demandé de me dire de gauche. Moi, je veux bien pour faire plaisir à notre super-giga-méga-extra-sensas-formid-président ! Mais cela risque de faire de la peine à mon vieux et puis je ne sais toujours pas ce que cela veut dire être de gauche ! Est-ce que tu peux m'expliquer dans tes mots simples où sont les vraies valeurs de gauche ?

Chère Mariah-Samanthah, l'important n'est pas du tout d'être de gauche, mais de se prétendre de gauche. Du moment qu'on déclare appartenir à la gauche, on peut prendre les positions exactement inverses à celles de la gauche historique, les exemples sont innombrables. Et puis on peut préempter des valeurs, des mots, des idées que l'on classe à gauche, que l'on dit de gauche, que l'on réduit à la gauche. Comment être de gauche tout en restant de droite (puisqu'on l'était avant de mettre en évidence son étiquette de gauche dans un gouvernement de droite) ? C'est un paradoxe intéressant... Il y a un concept marxiste un peu absurde que je ne vous conseille surtout pas d'étudier : l'aliénation. Et à ce prix vous pourrez être une sarkozyste de gauche sans déranger votre père.   

lundi, 14 mai 2007

Privé, public

Le vote n'étant pas une obligation, se rendre aux urnes relevant du choix personnel et de la sphère privée, j'ai décidé de ne pas publier ce papier.

Je vois comme une dérive sur les sens de public, privé, personnel et secret... Le vote est un acte public accompli en public, mais avec un choix qui reste lui personnel et intime (non privé) dans le secret de l'isoloir. Se rendre ou non aux urnes ne relève pas de la conscience privée, mais du sentiment de son devoir de citoyen et c'est un devoir public qui n'a rien à faire avec des histoires de vie privée : on participe à la vie de la cité parce qu'on adhère aux principes de la cité et les questions de ménage sont en dehors du bulletin de vote. Dire que la non-participation à un vote est une affaire privée est une idée totalement anti-républicaine et pour tout dire odieuse... 

Devinette

 Qui a commencé tous ses paragraphes ou toutes ses phrases par cette anaphore et d'où est-ce tiré ?

 

Je veux

Je veux

Je veux

Je veux

Je ne veux plus

Je veux .

Je veux .

Je ne veux plus .

Je veux

Je veux

Je veux

Je veux

Je ne veux pas

Je veux

Je veux surtout 

 

Quand je lis ça, je me dis qu'il aurait bien fait de consulter Dolto quand il était plus jeune.

Courrier de Jean-Steevyn

Nous ouvrons notre courrier et cette fois, il ne s'agit pas de Jean-Claude, ni de Monique, mais de leur fils Jean-Steevyn.

Salut, le comte !

Mon daron m'a dit que je veux pouvais te causer même si t'es un keum de la haute, mais y paraît que tu te la pêtes pas trop gravos. J'ai une question vachtement importante à te poser et cela me rend vénère : mon dabe me dit que les Fatals Picards ne chantent pas vraiment en français parce que ail riz même beurre, ca ne veut rien dire. Pourtant, c'est exactement commac que je causais dans les cours d'anglais pour mon bac Force de Vente ! et même que j'ai eu dix-huit à l'oral et que je comprends complètement notre très grand président NICOLAS SARKOZY, que je soutiens de toutes mes forces puisque je suis un jeune pop et que je suis très préoccupé par le réchauffement climatique ; je sais exactement ce qu'il exprime lorsqu'il s'exprime dans un anglais très sophistiqué comme on dit chez les bobos et je ne vois pas du tout pourquoi on se moquerait de son accent anglais puisque c'est le président français. Bon et à part ça le comte, est-ce que tu pourrais me dire si les Fatals Picards chantent en français ou en anglais parce que le croulant fait la tronche et dit qu'ils devraient quitter la France pour aller en exil dans des lieux comme Gueuchtat (rien compris à l'histoire, il est parfois limite le vieux).

 

Cher Jean-Steevyn,

Les Fatals Picards utilisent le second degré et font de l'anglais simplifié à la Maurice Chevalier. Faites valoir ce grand personnage de l'histoire musicale qui parlera plus à votre père que des citations de Gainsbourg ou de Bashung, c'est de son époque. Bien sûr, votre père n'aime pas mai 68 et sa conséquence fatale : le mouvement pounque qui a provoqué l'effondrement de la civilisation occidentale (en coalition avec des éléments trotskystes, maoïstes, anarchistes, situationnistes, etc.) Mais dites-lui que les Fatals Picards sont dans la logique de l'économie de marché et qu'ils défendent eux aussi la valeur travail et le respect familial à leur manière, un peu comme vous.    

Arbeit macht frei

On va encore dire que je tape sans raison et de manière partisane sur l'OUMPEUH, mais j'ai reçu un prospectus de propagande du nouveau candidat de l'OUMPEUH dans la circonscription champignacienne. Le jeune homme présente bien et a les cheveux soigneusement coiffés et coupés, il porte une jolie cravate assortie aux rayures de sa chemise soigneusement repassée, on croirait presque un Michel Drucker jeune tellement il est lisse au point d'être transparent ; mais en lisant son exposé idéologique, je tombe sur cette phrase : “Le travail et la sécurité sont les premières des libertés.” Gasp ! Il y a des associations de mots très malheureuses, surtout quand on connaît l'étymologie de travail. Il ajoute : “Je crois en la valeur travail.” Ben oui... comme d'autres croient en Dieu, en Jésus-Christ... On a les veaux d'or qu'on peut.  

dimanche, 13 mai 2007

Le ou la Paloma ?

Je reçois une lettre d'une lectrice fidèle et oh ! surprise, il s'agit de Monique.

Très cher et estimé comte,

Je suis heureuse que ces élections soient à peu près finies parce que mon Jean-Claude sera un peu plus présent à la maison et que je pourrai le voir en train de bidouiller ses logiciels de pourriellage au lieu de coller des affiches de l'UMP et que je pourrai enfin lui parler un peu, car ce n'était pas le cas lorsqu'il me conduisait dans des réunions où on ne mangeait que des pizzas et ne buvait que du coca-cola.

Cependant, je suis très inquiète pour notre couple et j'ai menacé Jean-Claude de le quitter pour rejoindre une association de femmes battues ou baffouées proche de Ségolène. Un ami fortuné de Jean-Claude lui a alors prêté sa barque plate afin que nous puissions de revivre nos premières heures d'amour, le long de la Marne, à Champigny-sur-Marne. C'était très romantique et on se serait cru dans un conte de Maupassant ou un film de Jean Renoir. Malheureusement, je n'avais pas une robe longue et des dentelles, mais des cuissardes, un legging noir et un corsage moulant à motif panthère, et Jean-Claude n'était pas en canotier, il avait juste la casquette de notre dernière visite à Eurodisney. Mais je m'égare. Nous avons passé une excellente partie de campagne, jusqu'au moment où j'ai dit qu'il fallait que l'on rejoigne la Paloma, notre petite barque de pêcheur si enchanteresse. Et c'est alors là que Jean-Claude s'est fâché tout d'un coup et m'a dit qu'il fallait dire le Paloma, que les noms de bateaux étaient toujours masculins et que la mode de la féminisation était ridicule. J'ai pleuré lors du retour et j'ai bien tenté de lui dire que Mireille Mathieu que l'on ne peut pas soupçonner de complicités socialo-communistes disait bien la Paloma, mais il m'a demandé de me taire parce que lui savait et moi non. Que faire,et que dire, cher et vénéré comte ?

 

Ma chère Monique, la tradition ancienne pour les noms de navire était d'accorder l'article avec le genre apparent du nom : la Jeanne-d'Arc. Mais on a pris depuis l'habitude de masculiniser pour rendre les navires plus importants lorsque l'on a vu apparaître les paquebots et les autres yochtes ; le Normandie, le France, et maintenant le Paloma. Ne vous en offusquez pas, c'est la logique de la France d'après. Plus c'est gros, plus cela doit être masculin. Et même si ce n'est qu'une simple barque de pêcheur, cela doit être très gros pour Jean-Claude qui ne veut pas être en reste par rapport à son maître de pensée. Vous pouvez encore sauver votre couple en lui disant qu'il avait absolument raison sur le genre éternel des noms de navire.  

vendredi, 11 mai 2007

Le Paloma, adieu !

Le soir ma mère nous chantait quand j'étais enfant
L'histoire d'un grand yacht et d'un tas d'argent.
Un jour le bateau s'en va droit vers l'océan,
Et seule, la France regarde alors son président
Le président a dit : “n'oublie pas, je t'emmerde !”
L'hiver et le printemps, elle attend qu'il se perde.
Elle voit beaucoup d'agents se poser près d'elle
Qui portaient quelques matraques avec zèle

Le Paloma adieu, adieu toi que j'emmerde
Ma vie s'en va, mais pourvu qu'il se perde !
Oh ma haine, adieu !
Le Paloma adieu, adieu toi que j'emmerde
Ma vie s'en va, mais pourvu qu'il se perde !
Oh ma haine, adieu !

 

Chanson de circonstance, d'autant que la casse-tympans avignonnaise avait chanté a capella pour le grand chantre de la modernité lors du concert de la Concorde qui ressemblait à une émission de Guy Lux des années 70.

samedi, 05 mai 2007

Petites rumeurs à la frontière

Quand viennent les élections, il n'est pas de basse manœuvre qu'on ne puisse soutenir et voilà que l'Oignon a sorti avec de grosses affiches et un grand titre barrant la Une le fait que des islamistes s'entraîneraient dans les Ardennes (pas dans l'Ardenne). On tremble tout de suite dans les campagnes en songeant à des barbus bardés de bombes à la ceinture, sauf que... cela vient d'un magistrat néerlandophone qui s'exprimait pour un journal flamand et que c'est une personnalité plus que controversée en Belgique (on lui reproche de nombreux écarts à la loi) où se tiennent aussi des élections en même temps qu'en France. Mais quand viennent les élections françaises, il n'est pas de minimes gains à la frontière et on fait peur aux Ardennais en leur faisant croire qu'il y a des armées de talibans dans les forêts du côté de Rocroi ou de Revin alors que ce procureur parle de l'Ardenne belge sans même apporter le moindre gramme de précision sur les faits, et il justifie tout son raisonnement primaire parce que simplement il y a des milliers de kilomètres carrés de forêts que l'on ne peut patrouiller en entier. Et voilà comment on peut faire deux pierres deux coups : faire voter pour le camp de la peur en Belgique et en France !   

lundi, 30 avril 2007

Disproportions

Quand je lis ca de la part du candidat survolté, les bras m'en tombent :

"Je m'engage, si je suis élu, à réunir toutes les forces politiques et à discuter avec elles de la possibilité d'introduire un peu de proportionnelle au Sénat ou à l'Assemblée nationale sans créer le risque d'une instabilité qui serait désastreuse."

On apprécie le ou exclusif ou bien inclusif. Contrairement à ce que dit le rédacteur du Monde, cela ne veut pas dire que ce sera peut-être à l'Assemblée nationale :

Tout est dans le "ou". Jusqu'à présent, le candidat de l'UMP s'était toujours refusé à envisager une modification du mode de scrutin des députés - une des revendications de François Bayrou -, réservant une éventuelle réforme pour l'élection des sénateurs.

Beaumarchais a déjà bien parlé de cette histoire de ou

Parce qu'en fait... la proportionnelle existe déjà pour le Sénat ! Promettre d'introduire ce qui est déjà en place, c'est vraiment très fort...

dimanche, 29 avril 2007

Poursuivons la diabolisation...

Le candidat agité, révulsé par les tics faciaux et dopé au Pepsi-Cola a des phrases inquiétantes pour l'avenir grammatical :

C'est une insulte a la jeunesse de France que de les assimiler aux casseurs.

Je suppose que cette sorte d'accord (cherchez l'antécédent dans le texte), c'est encore la faute à mai 68 qui n'a pas permis au candidat excité de bénéficier pleinement des bienfaits de l'école de Jules Ferry. D'ailleurs, l'extinction des dinosaures, la chute de l'empire romain et l'ensevelissement de l'Atlantide, c'est aussi la faute de mai 68...

jeudi, 26 avril 2007

Odeurs de sentines

Le clown politique préféré de TF1 pour ses émissions-poubelles, André Santini, a encore frappé :

André Santini, soutien UDF de Nicolas Sarkozy, se faisait encore plus radical, jugeant que ce débat Royal-Bayrou serait une "une imposture". "C'est anti-démocratique, c'est même anticonstitutionnel. C'est une imposture, c'est du théâtre de boulevard", avait-il expliqué.

Il faudra que l'on m'explique en quoi la présence ou l'absence d'un débat est inscrite dans la constitution ou que l'existence d'un débat serait par nature contre la démocratie... Quel sens donner à la démocratie en refusant aux autres le droit au débat ? Quel sens donner à la constitution quand on invente des articles bouffons sans aucune réalité ? Où est le théâtre de boulevard ? C'est tellement stupide qu'il ne faudrait même pas le relever...