mardi, 22 décembre 2009
Au sujet d'une image de voile intégral
Un des trucs formidables avec l'histoire de la burqa, c'est que l'on peut l'illustrer de toutes les manières que l'on veut. Comme il n'y a strictement aucune burqa en France ou même dans les pays du Maghreb, on commence à rétropédaler et à parler enfin de niqab (une pratique fort minoritaire et venue des pays du Golfe), voire de voile intégral afin de ne plus apparaître comme des crétins complets. Mais on ne sait comment l'illustrer, puisque l'on ne trouve guère d'exemples autour de soi. C'est ainsi que Libération publie une photo d'agence que je vous laisse découvrir. Que voit-on ?
Quatre personnes photographiées de dos afin que leur visage ne soit justement pas reconnu ! La légende nous dit : "Une femme portant le voile intégral, à Vénissieux, le 19 juin". Moi, je veux bien... mais enfin ! elle ressemble autant à une bonne soeur, à l'abbé Pierre, à un marin breton, à un ramoneur savoyard, à un maquisard corse, à Zorro, à un membre féminin du GIGN qu'à une islamiste, vue de dos. Je ne sais pas si elle porte le voile intégral, puisque l'on ne la voit justement pas de face et pour cause. Ces personnes auraient toutes refusé d'être photographié de face si on le leur avait demandé ou bien celle qui est supposée voilée intégralement aurait posé de manière ostentatoire et provocatrice. Le contraire de l'effet recherché.
Maintenant, examinons le décor. Un étroit passage entre deux immeubles de béton, des couleurs vinasse (sans doute pour le centre socio-culturel), avec en fond une tour d'immeuble social. Cela sent tout de suite la banlieue et ce pourrait être n'importe laquelle. C'est en fait le décor qui fait passer comme authentique le choix de la Belphégor de circonstance : puisque cela se passe en banlieue, il serait impossible de photographier les gens de face et de montrer un voile dit intégral autrement qu'en se plaçant derrière eux et sans leur demander leur autorisation comme cela se fait normalement pour les autres photographies de presse. Mais cela a été pris en banlieue, un endroit réputé pour être peu sécurisé et donc comme si cela avait été fait à la sauvette puisque l'endroit n'inspire guère la confiance.
Il y a la superposition de deux images différentes, celle du prétendu voile intégral dont on ne voit d'ailleurs strictement rien et celle de la banlieue avec tous ses clichés. Je me demande à quel jeu l'on joue lorsque l'on parle de burqa et que l'on montre en fait une autre réalité. Je ne comprends de toute manière pas de quoi l'on parle au juste au sujet de ces images.
18:23 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (39) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : photographie, image, langue française, politique
samedi, 01 mars 2008
L'an zéro de la photographie
Pourquoi FlickR demande-t-il, lorsque l'on veut afficher une date différente, d'indiquer une date comprise entre 1825 et nos jours ? Le plus ancien cliché de Nicéphore Nièpce n'a été réalisé qu'en 1827, mais certains termes de sa correspondance suggèrent qu'il avait réussi à fixer une image auparavant, dès 1824, sans que l'on ait de traces. Alors, dans le doute, on fixe une date mythique à mi-chemin. Pourtant, il existe des expériences antérieures et on considère en fait que le daguerréotype tel qu'il se développera n'est apparu qu'en 1839. Et puis... la photographie numérique n'était pas encore apparue à ce moment-là... Mais un cliché numérique de 2008 pris à partir d'un cliché argentique de 1908 est-il de 1908 ? Une numérisation de ce cliché de 1908 est-elle encore de 1908 ?
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samedi, 08 décembre 2007
Sémiologie des lunettes
En voyant cette photo de Carl Gustav Jung, je me suis interrogé sur la signification de la présence et de la place des lunettes dans ce portrait.
On va me dire que le photographe a voulu éviter le reflet lumineux sur les verres. Cela pourrait être une raison pratique, en effet, mais il existe aussi des portraits du même personnage avec ou sans lunettes au même âge.
Il existe plusieurs attitudes pour la manipulation des lunettes qui ne sont pas simplement un outil afin de mieux voir, mais aussi un signe de ce que nous voulons sembler être aux yeux des autres.
Ainsi, les lunettes fortement abaissées sur les ailes du nez montreront certes de l'attention, mais aussi un côté vieux savant un peu perdu et ne sachant plus trop bien s'il est myope ou presbyte face à l'objet qu'il considère. Et puis cela a un aspect condescendant envers l'autre qui devient un objet de curiosité. Si ce sont des lunettes de soleil, cela donnera à l'autre l'impression qu'il viole en quelque sorte l'intimité de la personne qui s'abritait des regards. Geste de star un peu dédaigneuse, par exemple.
Les lunettes en sautoir au bout d'une chaîne peuvent donner l'impression d'une forme de sophistication exagérée, mais elles étaient fort utiles à quelqu'un comme Bernard Pivot pour s'en saisir au moment où il voulait lire le passage d'un livre. La chaîne participait à une sorte de mise en scène de la lecture, puisque l'on était au spectacle. Ce n'est pas vraiment destiné à l'image fixe. Elles participaient à un rituel, lequel peut exister chez bien d'autres qui sortent des lunettes invisibles jusque-là de leur étui, le tout dans un silence complet qui facilite le passage à la scène suivante de la comédie.
Les lunettes sur le front, comme une sorte d'ornement, cela existe surtout pour les vedettes de cinéma qui remontent leurs RayBan afin de donner une image d'elles au public. Je me cache, mais pour vous je me dévoile un peu en vous offrant mes yeux. Cependant, je trouve dans le Fig-Mag la photographie qui orne la chronique théâtrale de Philippe Tesson et lui aussi a des lunettes relevées sur le front alors qu'il pourrait se faire photographier avec ou sans. Qu'est-ce que cela signifie ? D'une part, qu'il doit fournir des efforts auparavant afin que lesdites lunettes tiennent bien sur le front. Ce n'est pas si évident que cela pour tout le monde, surtout si on baisse la tête. D'autre part, qu'il veut nous dire quelque chose : capacité à voir de près et de loin, esprit dégagé des préjugés (suggérés par les lunettes qui seraient des oeillères dans certains cas) ou esprit susceptible d'adapter ses idées à ce qui l'entoure (mais toujours grâce aux lunettes comme instrument de connaissance). Le signe des lunettes ne manifeste pas seulement l'intellectualisme ou de la culture, comme le voudrait la croyance populaire, mais une forme de mobilité de l'être. C'est un peu plus subtil que les éternelles écharpes rouges de Christophe Barbier voulant dénoter son amour du théâtre.
C'est ce que nous trouvons dans ce portrait. Le savant est souligné par la présence des lunettes, la pose penchée du buste tendu vers son objet d'observation, le cadrage de trois quarts, et en même temps nous avons le regard nu, à découvert pour marquer une forme d'humanité, de compréhension ou d'empathie par les yeux grand ouverts. L'aspect paradoxal des lunettes qui isolent et qui rapprochent est mis en évidence.
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dimanche, 18 novembre 2007
Couleur privée
Les temps sont durs pour le magenta. L'opérateur Deutsche Telekom, dont le logo comprend un "T" de cette teinte, a en effet choisi de déposer cette couleur à titre de marque (CTM 002534774). Selon l'entreprise, le magenta est partie intégrante de son logo, ce qui interdit à quiconque de l'utiliser sans son autorisation, et cela même sur un ordinateur.
Selon Courrier international qui reprend La Reppublica. L'image qui suit est donc illégale.

15:29 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : pub, marques, noms de marques, marketing, images, image, peinture
vendredi, 19 janvier 2007
Image et piction (4)
30 « À ce moment, j'ai eu cette pensée devant mes yeux. »
« Et comment cela ? »
« J'avais cette piction. »
La piction était-elle la pensée ? Non. Si je décris à quelqu'un la piction, il ne lui viendrait pas la pensée.
31 L'idée de la feuille n'est pas une image de la feuille. Même pas une image qui contiendrait seulement ce qui est commun à toutes les feuilles. Le sens d'un mot n'est pas une image. Nous avons tendance à regarder les mots comme s'ils étaient des noms propres. Et ensuite nous confondons le porteur du nom avec le sens du nom.
32 L'ombre est une sorte de piction. Mais il est absolument essentiel qu'une piction que nous présentons comme l'ombre de quelque chose ne soit pas ce que j'appellerai une piction par ressemblance. Je ne veux pas dire par là que c'est une piction semblable à ce qu'elle représente. Mais seulement qu'elle est correcte quand on y reconnaît une similarité. On pourrait dire une copie. Grosse modo, on peut dire que les copies sont des pictions qu'on peut prendre pour ce qu'elles représentent.
Jacques Roubaud
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