vendredi, 21 mai 2010
Galerie de portraits de cyberdélinquants blogueurs
Voici le portrait d'un dangereux blogueur anonyme qui a osé publier les Provinciales sans même mentionner une identité fictive. Je trouve particulièrement inadmissible qu'on l'ait choisi pour illustrer un billet de banque alors qu'il se livrait à de purs actes de diffamation envers les RR. PP. JJ. et qu'il s'opposait au pouvoir en place.
En voici un autre, non moins dangereux : il s'est présenté sous le pseudonyme de maître Alcofribas Nasier afin de publier des blogues qui ont été fort heureusement brûlés en place publique par la volonté de la sainte Sorbonne. La preuve qu'il s'agissait d'un esprit pornographique, c'est que ses blogues ont créé des termes comme des propos rabelaisiens, un repas gargantuesque ou pantagruélique. Et ne parlons même pas des moutons de Panurge qui montrent combien il aimait insulter les contemporains qui ne pensaient pas comme lui.
Encore un cybercriminel : celui-ci aussi s'est présenté sous pseudonyme. Sa pièce le Tartuffe a été interdite deux fois, avec juste raison, puisqu'il s'attaquait aux RR. PP. JJ., ce qui semble une manie chez ces détraqués vivant dans un monde virtuel. Lui aussi a fini en effigie sur un billet de banque et je ne comprends pas du tout l'odieux laxisme de ces temps socialo-communistes. Pis, on l'a soupçonné d'être un peu incestueux ou bigame. Ne surtout pas le donner en exemple à notre vertueuse et valeureuse jeunesse. Ses attaques contre la religion chrétienne, par exemple dans Dom Juan, et jamais contre l'islam, témoignent du fait que tout le monde devait devenir musulman selon lui. On le voit d'ailleurs fort bien à la fin du Bourgeois gentilhomme. Aujourd'hui, il défendrait l'intégrisme islamique.
Et puis un autre enragé contre les RR. PP. JJ. qui n'osait pas signer de son vrai nom. C'est une manie chez tous ces délinquants. La meilleure preuve qu'il a passé sa vie en propos insultants, c'est qu'il a fait de la prison pour cela à la Bastille. Après quoi, il a pris la défense d'autres criminels sous les prétextes fallacieux du droit à la liberté d'opinion et de la tolérance des idées : Callas, le chevalier de La Barre. Et malheureusement, un régime maçonnico-marxiste nous l'a aussi imposé comme effigie d'un billet de banque. Comment avons-nous pu supporter que tant de gens infâmes deviennent des icônes ?
Un des plus fervents partisans du précédent est ce blogueur qui a osé s'arroger un titre de noblesse qu'il ne possédait pas. Non content de diffuser les oeuvres fanatiques de son modèle, il s'est livré au trafic d'armes afin d'aider des terroristes qui avaient oser proclamé une Déclaration des droits de l'homme en Amérique ! Quelle insolence ! Quelle impudence ! Quel outrage ! Et je frémis en songeant qu'un journal centriste publiant des avis aussi modérés que ceux de MM. Zemmour, Slama, Adler, Rioufol puisse se réclamer par sa devise d'un tel esprit. Rappelons que ce blogueur a été interdit à de multiples reprises et que même l'album de gangsta-rap Le Nozze di Figaro par le bad boy de Vienne, Mozart, a été alors écrit en secret afin d'échapper à une juste et sévère sanction. On voit ainsi que les plus grands cybercriminels s'entraident et il faut mettre fin à ce système qui encourage les pires excès comme la remise en cause des privilèges fondés sur la naissance et donc justifiés par la volonté divine.
Plus grave, voici une blogueuse anonyme qui sous couvert de parler de la cour d'Henri II évoquait en fait celle de Louis XIV et qui prétendait écrire en plus de la fiction alors que les portraits de personnages étaient parfois fort ressemblants. Cela ne permet pas de se prémunir contre les accusations d'insulte ou de diffamation ! Notre admirable président ne s'y est pas trompé, il a déclaré qu'il avait beaucoup souffert de se voir imposer la princesse de Clèves, ce blogue vulgaire qui parle de fidélité, de sincérité, d'honnêteté et d'authenticité. L'examen intérieur est une chose trop obscène pour être livrée ainsi sur la voie publique.
Pourquoi en viens-je à évoquer ces tristes cas de dérapages de la part de blogueurs publiant sous pseudonyme ou dans le plus total anonymat ? Il existe une dérive de la Toile et nous avons vu qu'un certain nombre de ces blogueurs écrivaient n'importe quoi en estimant bénéficier d'une impunité totale sous prétexte qu'ils font de la fiction, qu'ils ne publient pas sous leur vrai nom. Il y a des choses intolérables que l'on ne peut tolérer : décrire comme le fait le prétendu Voltaire des scènes de massacre, de torture, de viol, cela ne se fait pas. Il y a une décence à respecter. Suggérer que le bas peuple puisse avoir des idées, une dignité, du savoir, de l'esprit et de l'amour, comme le fait le prétendu Beaumarchais, c'est inadmissible. Pisser sur Notre-Dame de Paris comme le fait le personnage de Rabelais, c'est un blasphème absolu et on se demande pourquoi il ne s'en prend pas plutôt à une mosquée. Dire que 2 et 2 font 4, qu'il n'y a guère d'autres vérités démontrables comme le fait Molière, c'est vraiment prendre les gens pour des imbéciles face aux évidences théologiques ou se moquer de la foi du charbonnier. Voilà qui offense toutes les religions révélées. Quant à madame de La Fayette, son cas est éminemment grave : elle a plus bouleversé la scolarité de notre splendide président que Guy Môquet.
Il était temps de réagir face à tant d'individus malveillants qui menacent notre occident chrétien civilisé. Un sénateur UMP y a pensé. Il propose une loi J'approuve totalement cette proposition qui me semble aller dans le bon sens afin qu'Internet ne soit plus le monde de la jungle. J'espère même qu'elle sera adoptée afin d'en montrer le ridicule. Comment espère-t-il que les 31 millions et quelques de Skyblogs soient en règle avec la loi ? Juste les Skyblogs, hein ! pas même les MySpace ou les comptes Facebook ou Twitter visant à lever l'anonymat ou le pseudonymat des blogueurs.
20:31 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, web, internet, humour, langue française, littérature, politique, ump
dimanche, 21 mars 2010
Superman, ce juif inconnu
La question est : Superman est-il un héros juif comme le disait Herman Goering ?
Une exposition récente "De Superman au chat du rabbin" posait la question.
Il y a d'abord des éléments incontestables, ses créateurs Jerry Siegel et Joe Shuster étaient tous deux des juifs étatsunien et canadien dont les familles venaient de Lituanie, d'Ukraine et des Pays-Bas. Mais cela ne signifie pas que Superman soit un symbole du peuple juif en lui-même. En fait, c'est un brassage de beaucoup d'éléments culturels juifs et européens dans un creuset américain. Nous sommes dans un syncrétisme qui crée une mythologie moderne.
Le personnage naît en 1932, à l'origine ses superpouvoirs lui ont été donnés par un savant fou (le savant fou serait un sujet de thèse en soi) qui en fait un personnage méchant. Cette version publiée dans un fanzine n'a aucun écho. Nous n'avons ici que le croisement entre la créature de Frankenstein (Frankenstein est le savant, pas le monstre) et puis... le Golem. Or le Golem est un thème fortement juif, il peut être aussi bien destructeur que salvateur. En tout cas, c'est un autre homme, un autre Adam ou une créature artificielle aux pouvoirs surhumains. Le logo de Superman sur sa poitrine rappelle l'inscription sur le front du Golem qui permet de changer Emeth (vérité en hébreu) en Meth (mort) et donc d'annuler les pouyoirs du Golem si on efface la première lettre. Du personnage du Golem, Superman retiendra un point faible : quelque chose peut supprimer ses superpouvoirs (ce ne serait pas rigolo si le héros vaincrait à tout coup). Ce sera la kryptonite qu'il a amenée avec lui lorsqu'il est arrivé sur Terre après la destruction de sa planète Krypton.
En 1938, Superman renaît, mais sous une autre forme. Il sera au service du bien cette fois. Désormais, il est un enfant rescapé de l'explosion de sa planète. Il est adopté par une famille de protestants que l'on peut trouver méthodistes. Il prend le nom de Clark Kent, devient un journaliste on ne peut plus anodin et sans intérêt, file une histoire d'amour avec Lois Lane qui est le modèle de la jeune fille WASP ou schickse, blonde et fade. Personne ne se doute de sa double identité. Il vit comme vivrait un juif maranne, pratiquant en secret sa religion.
Qu'avons-nous ? Une resucée des mythes de Moïse recueilli par la fille du pharaon, de Rémus et Romulus qui sont adoptés par la louve puis par un couple de simples paysans, de toutes les histoires d'enfants sauvages. Et cela nous conduit à une parodie écrite par Spiegel : il avait osé s'attaquer à Tarzan himself dans un fanzine ! Tarzan, le grand mythe étatsunien de cette époque. Or l'histoire de lord Greystoke est on ne peut plus WASP malgré la présence de singes et de Noirs, et son auteur manifeste un attachement à des idées un tantinet réactionnaires. Superman est aussi une réponse au Tarzan qui reflétait les opinions de la Nouvelle-Angleterre.
Il y a le contexte linguistique : la planète Krypton qui a été détruite est donc censée être secrète, puisque la racine renvoie au secret. Le nom réel de Superman Kar-El ou Petit Dieu en hébreu est une référence juive, et Superman agit comme la main de Dieu dans l'univers. Il est celui qui a été sauvé d'un désastre comme Moïse, Romulus ou... Jésus (pensez à l'histoire des premiers nés d'Egypte). Il doit cacher son identité alors qu'il est fort et redoutable, mais d'abord au service du bien, et c'est pourquoi on le retrouvera en service commandé contre l'Allemagne nazie comme tous les bons héros et super-héros américains.
Il y a aussi un contexte social. C'est l'époque où Meyer Lansky et Bugsy Siegel font la une (le scénariste de Superman n'a pu passer à côté de cette homonymie). La Yiddish Connection était à son sommet alors et elle s'affrontait aux mafias irlandaises et italiennes. C'est aussi l'époque où les athlètes juifs remportent des récompenses sportives de manière écrasante. 1938, c'est encore le moment où l'Irgoun affronte l'armée britannique en Palestine et arrive à la faire céder. La grande période de Superman se terminera en 46 par un procès avec DC pour les droits d'auteur et il me semble inutile de me référer à la légende postérieure. Bref, il s'agit d'une forme de triomphe des juifs alors qu'ils étaient écrasés, victimes de pogroms en Europe orientale, relégué à l'île du Diable s'ils étaient Français et Alsacien. Superman illustre cette forme de revanche. Il n'est pas anodin que la plupart des créateurs de super-héros soient juifs. Captain America, réplique exacte de Superman, les Quatre Fantastiques (ils changent de forme dans l'instant !), le Spirit (un mort-vivant qui ne se sert que de ses poings pour faire la loi et le tout en sept pages !) C'est un moment où certains juifs prennent conscience de leur force et où d'autres inventent des histoires en mélangeant des choses venues d'un peu n'importe où : Superman, c'est à la fois Samson de la Bible et Hercule de la mythologie, mais encore d'autres choses.
Le revers, c'est la parodie de ce qui était déjà une parodie, cela nous donne Astérix et sa potion magique par Goscinny, Superdupont et son holster à camembert par Gotlib. Parce que même les juifs aiment à se moquer entre eux de leurs histoires invraisemblables.

11:09 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (30) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, humour, histoire
samedi, 20 mars 2010
[Sardouïsme et sarkozysme] Défense de l'éthique de Bernard Tapie
Je reçois une lettre de ma chère umpiste de gauche, Mariah-Samanthah, que vous connaissez bien puisque je lui explique comment réussir à sa quatrième session du bac de français STG.
Mon cher comte, je suis horrifiée ! Notre ignoble prof écolo-socialiste barbu nous a encore donné un texte à expliquer dans le cadre de Sarkozysme et sardouïsme. Il s'agit d'une chanson parlant d'un grand entrepreneur de la France qui se modernise nous a-t-il déclaré, mais il n'a pas voulu nous préciser qui. Je ne sais quoi dire parce que je ne vois pas de qui il s'agit et je ne vois pas du tout de quoi on parle. Quel est donc ce régime dictatorial dont on nous parle ?
Ils ont pris mes stylos
Mon bureau mes papiers
Retrouvé dans mon dos
Mes factures impayées
Voyons. Il s'agit d'une référence à un autre chanteur qui fut célèbre aussi et qui poursuit depuis une carrière d'acteur sur les planches et devant le parquet. Depuis, il a été réhabilité par notre nouveau régime et on applaudit l'ancien dissident, rescapé des camps de la mort.
Ils ont pris ma bagnole
Mon appart ma télé
Ils m'ont dit tes casseroles
T'en as pour des années
Noter l'emploi du "ils" en tête de vers : cela donne l'impression d'un pouvoir totalitaire totalement impersonnel. Apprécier le fait que les casseroles n'aient plus duré longtemps depuis l'élection de notre magnifique président et qu'au contraire l'ex-Trésor public soit obligé de verser des indemnités à quelqu'un qui ne payait pas ses factures.
Ils sont v'nus un matin
En imper Columbo
Les huissiers les notaires
L'Urssaf et les impôts
Relever l'image de l'imper du lieutenant Columbo, forcément minable et tombant en lambeaux, tout comme sa Peugeot hors d'âge. Relever le fait que c'est assez contradictoire : on n'a jamais vu de notaires ou d'huissiers dépenaillés, mais cela donne l'impression qu'il s'agit d'opérations de basse police.
J'les ai vus satisfaits
Du devoir accompli
Les médias le Palais
Et puis tout c'qui s'en suit
Mais mon amour
Ils l'auront pas
Mon dernier rêve
Sera pour toi
Il faut noter la prémonition de la grande chanson républicaine du citoyen Florent Pagny, autre exilé digne de Hugo, de Karl Marx et de Jules Vallès. Mais aussi la citation d'un poète moins inspiré que Michel Sardou, Didier Barbelivien et Bernard Tapie : j'ai nommé Chateaubriand qui a abusé de cette formule à la deuxième personne du pluriel dans sa correspondance amoureuse (un tout petit esprit profondément vulgaire, ce Chateaubriand et qui ne s'adressait qu'à des femmes profondément stupides, puisque l'empereur dans sa magnanimité les exilait en province).
Ils ont pris mes chansons
Mon piano mon chéquier
Ils ont mis dans l'camion
Mes tâux tableaux signés
Ils ont pris mes costards
Mes adresses mes empreintes
Mes cassettes mes polars
Les autres ont porté plainte
Noter qu'ici notre grand chanteur engagé s'indigne au sujet du sort des plus démunis qui se retrouvent à la rue, en cellule, en centre de rétention, en charter.
lis m'ont mis dans la vue
Mes comptes de société
Ils m'ont dit garde-à-vue
Et puis à ta santé
Pour l'instant, grâce au bouclier fiscal et aux nouvelles lois sécuritaires, cette situation datant 1997 en plein régime socialo-communisto-écologiste ne risque plus de se reproduire. Le nombre de gardes à vue de célébrités a notablement baissé et il n'existe plus aucune délinquance financière à présent. En revanche, on trouve énormément de jeunes qui stationnent illégalement dans les halls d'immeubles.
Ils ont pris mon bateau
Ils ont lu mon courrier
Ils m'ont pris en photo
Ils m'ont tout fait signer
Ils ont pris en caution
Toutes les choses de ma vie
Et mis dans un carton
Mon micro mes tapis
L'anaphore "ils" renvoie au pouvoir totalitaire qui existait à ce moment-là, en 1997, sous la gauche plurielle ; les fonctionnaires et chargés de fonction publique étaient pires que les gardes du Goulag ou d'Auschwitz. Heureusement, une nouvelle ère de liberté pour les entrepreneurs est venue en 2007 avec l'élection du mirifique président qui a réussi à sortir Bernard Tapie du Birkenau fiscal et du Bergen-Belsen financier dans lesquels il se trouvait. Comment ne pas s'apitoyer sur le sort d'un homme qui a perdu son yacht sous le prétexte qu'il rachetait des entreprises à un franc symbolique avant de les revendre à la hauteur de milliard après avoir licencié les neuf dixièmes de son personnel ? Son sort est vraiment triste et mérite plus de compassion que celui des émigrés clandestins, des SDF, des vieillards au revenu minimum, des locataires expulsés le 15 mars, des intérimaires et précaires qui ne peuvent donner une heure de rendez-vous à un médecin parce qu'ils ignorent leurs horaires de la semaine suivante, des paysans vivant avec moins que le SMIC et sous la merci du Crédit agricole, des jeunes gens de treize ans sommés de se déshabiller totalement en garde à vue et de subir un toucher rectal, de ceux contrôlés dix fois par jour au faciès non européen. Oui ! il faut compatir au sort de ce malheureux entrepreneur parce qu'il exprime profondément ce qu'est une certaine France. Une France dont l'autre ne veut plus.
12:37 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, chanson, humour, langue française
samedi, 13 mars 2010
La fuite du temps
Minuit vint ;
Minuit disparut.
Minuit dix parut ;
Minuit vingt !
André de Richaud
13:50 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, humour
vendredi, 12 mars 2010
Un air pas très catholique
Qu'est-ce qu'appartenir au corps traditionnel français ou au contraire avoir une tronche pas très catholique ? Le Petit Champignacien ne recule devant rien en vous aidant à reconnaître les méchants des gentils ! Combien de signes manifestes de traitrise pourrez-vous reconnaître dans ce dessin ? Pour quelles raisons ? Ce grand concours inédit sera récompensé par la distribution de chocolats Léonidas virtuels.
Si vous participez à ce concours, vous aiderez à construire votre identité nationale française, même si vous vous trompez, parce que vous pourrez toujours recommencer l'exercice grâce à votre carte d'identité nationale (sauf si vous êtes né à l'étranger ou de parents étrangers) ! Soyons sûrs de pouvoir identifier l'ennemi à coup sûr.
23:17 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (39) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, bd, langue française, politique
jeudi, 11 mars 2010
Le cor traditionnel français
Comment sauriez-vous être moins français que lui ? Je l'ai trouvé dans les bois de la Meuse au hasard d'une battue, du côté de Revigny-sur-Ornain (patrie d'André Maginot, père de la fameuse ligne qui porte son nom, et résidence secondaire de Gérard Longuet, ancien spécialiste en barre à mine pour gauchistes et Arabes). Il est même dix fois plus français que vous, vu son nombre de bois. Le cor traditionnel français se porte fort bien dans les dessins d'humour drôle, le théâtre de boulevard, les émissions de téléréalité de Tihèfouane ou chez les pseudo-chanteurs de Naïve qui pestent contre la Toile qui les vole et qui répand des rumeurs totalement ignobles sur leur absence de talent.

22:22 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, humour
samedi, 06 mars 2010
Mon entretien de blogueur avec Jacques Chirac
Le Petit Champignacien est fier d'avoir pu rencontrer le seul, l'unique pape de la choucroute : Jacques Chirac, ancien locataire de l'Elysée, actuel locataire de la famille Harriri et futur locataire de la Santé. Comme on le sait, la choucroute tient une place importante dans ces interviouves de blogueur, puisqu'il n'y a aucun rapport entre les propos. Je me devais donc de rencontrer le meilleur connaisseur en choucroute qui soit après Gilles Pudlowski et quelques autres.
LPCI : Monsieur le président, merci de me recevoir juste au lendemain du Salon de l'agriculture qui a dû bien vous fatiguer.
JC : Pensez-vous ! Je n'y suis resté que moins de trois heures, je deviens vieux, vous savez. Et puis il fallait que je fasse une petite sieste parce que cette nuit avait lieu une compétition de sumo en direct au Japon . Vous connaissez le sumo ? C'est un sport fascinant, vraiment fascinant... Toute ma vie, j'ai rêvé de devenir sumotori, c'est pour cela que je me suis entraîné à manger le plus possible. Mais rien à faire. Vous savez, les frais de bouche de la mairie de Paris, c'était dans l'objectif de réaliser enfin ce pour quoi j'étais vraiment fait.
LPCI : Cela le léger désordre de votre salon. (Traînent quelques dizaines de canettes de Corona et des boîtes de bretzel.)
JC : Ce n'est qu'un léger détail, je suppose que vous n'allez pas le relever, puisque nous sommes là pour parler de choses plus importantes comme la survie de la planète ou du monde agricole ou des civilisations premières.
LPCI : J'ai demandé un entretien pour parler d'Internet, des blogues, de Twitter.
JC : Et si nous passions tout de suite à table ? C'est que j'ai une petite faim, moi. J'ai justement demandé de préparer une choucroute. Vous savez, la choucroute, il faut la manger matin, midi et soir.
LPCI : Cela tombe bien, la coutume dans les entretiens de blogueurs, c'est de s'entretenir autour d'une choucroute afin de détendre l'atmosphère. Vous me rappelez l'accueil chaleureux d'Alexandre Adler.
JC : Ah ah ah ! Figurez-vous que j'ai conseillé à Alexandre Adler de se reconvertir dans une carrière de sumotori où il aurait plus brillé que dans ses analyses géostratégiques. Il a refusé, le con ! alors que je lui apportais une promotion inespérée, et maintenant il est quoi ? Expert en complots à inventer chaque semaine. Alors qu'il pourrait être un dieu vivant au Japon !
LPCI : Que pensez-vous des usages d'Internet, monsieur le président ?
JC : Je suis fasciné par ces rituels étranges de tribus exotiques que l'on croirait à peine civilisées et qui ont pourtant des codes fort élaborés. Savez-vous que chez les Arumbayas (qui sont des Indiens jivaros, mais c'est une autre question), la discussion ne peut commencer que si l'on a l'estomac plein et qu'il est interdit de s'adresser la parole avant ?
LPCI : Monsieur le président, pensez-vous qu'Internet représente aujourd'hui un danger pour la sécurité comme le laissent entendre les lois DADVSI, Hadopi, LOPSI ?
JC : Mais c'est abracadabrantesque ! J'ai créé un engouement autour d'Internet en créant le mot mulot qui s'est depuis diffusé à une échelle planétaire. Je ne peux pas être à la source d'un mal, j'ai toujours recherché la sérénité et la pureté d'âme. Par exemple, si j'ai repris les essais nucléaires, c'était afin de les supprimer définitivement. Je montrais ma fidélité à mes idéaux de jeunesse lorsque je faisais signer l'appel des Cent et que j'étais prêt à adhérer au PCF (notez quand même que deux ans après j'avais équilibré les choses en passant dans le camp pour l'Algérie française). Internet ne peut être mauvais en soi, il nous faut avoir un regard ethnologique sur ce qui se passe, croyez-en ma vieille expérience. Cela ne se juge pas aux lois que l'on fait tous les six mois chaque fois qu'il y a un fait-divers, il faut le recul du sage, de l'ancien, et envisager la question en siècles, en millénaires. C'est la longue durée qui permet de juger les incohérences d'un homme, pas une prise de position suivie d'une autre contraire juste après.
LPCI : Quelle est votre action sur Internet ? Tenez-vous personnellement un blogue ? Comment ?
JC : Ah ah ah ! Si je tiens un blogue, mais mon jeune ami, sachez que je n'en tiens pas un, mais une trentaine ou une cinquantaine.
LPCI : Mais comment ?
JC : Oh ! C'est très simple, quand j'étais Premier ministre, maire de Paris ou président de la République, d'autres écrivaient des discours pour moi. Cela s'appelle des nègres, comme on dit vulgairement et j'en ai usé quelques-uns avant de vouloir introduire au Panthéon un grand écrivain qui usait lui aussi des nègres, Alexandre Dumas. C'était ma manière personnelle de rendre hommage à tous mes collaborateurs. Certains ont bien fini comme Alain Juppé, d'autres sont tombés très bas comme Christine Albanel qui finit à Versailles à la place d'Aillagon qui se trouve je ne sais où. Mais maintenant, je n'ai plus besoin de faire appel à eux, on écrit pour moi à ma place sans me le demander et sans me le dire. Je suis devenu comme un dieu.
LPCI : Mais c'est de l'usurpation d'identité ! Un pseudo Lionel Jospin a réussi à abuser récemment Yves Jégo qui lui a répondu sérieusement sur Twitter.
JC : Ah ah ah ! Cela m'en touche une sans faire bouger l'autre. Il faut laisser les autres faire votre travail pour que vous puissiez être jugé à votre juste compétence. Jégo a eu tort de répondre personnellement et je ne comprends pas que l'on perde du temps à réfléchir sur qui est qui. Tenez, pendant douze ans, j'ai fait semblant d'être président de la République (puisque j'avais vocation à être sumotori, vu mon goût pour toutes les Delikatessen) et personne ne me le reproche. Maintenant, on a un président qui veut faire président sans y parvenir et presque tout le monde est contre lui, sauf une espèce de chevelu mal rasé et fort hargneux.
LPCI : Frédéric Lefebvre.
JC : Exactement ! Ah ah ah ! Il me rappelle Sumo le bichon maltais que j'avais adopté et qui me mordait toujours dans les jambes. C'est bizarre... D'habitude, je m'entends bien avec les chiens, je comprends leur psychologie, mais j'ai eu des difficultés avec Sumo et Frédéric Lefebvre. C'est quand même étrange le comportement des chiens, je ne sais pas du tout comment je pourrais apprivoiser un Lefebvre, et pour la première fois cela me fait peur d'être face à un chien.
LPCI : Il y a trois comptes Twitter au nom de Jacques Chirac qui répondent en direct, mais un seul est authentique. Est-ce que cela ne brouille pas votre message ?
JC : Mais quel message ? J'en ai eu tellement au long de ma carrière débutée sous la présidence du Général que je ne m'y retrouve plus du tout. Et au fond, si l'un de ces comptes Twitter dit le contraire de ce que j'ai dit il y a une semaine, mais ce que je dis maintenant, je ne vois pas du tout où le problème, puisqu'il y a ma signature. Mais si je dois le désavouer, je le ferai quand il le faudra. Je serai ferme et intransigeant sur les principes.
LPCI : Vous n'écrivez donc pas personnellement sur Internet ?
JC : Pourquoi écrirais-je moi-même ? Jésus, Socrate, Confucius, Botul n'ont pas laissé de textes qu'on puisse leur attribuer et mon destin est sans doute de devenir une sorte de sage auquel on prête toutes les figures que l'on veut. Cela me permet de devenir une figure charismatique au lieu de terminer comme un sumotori défait. Si vous aviez vu l'accueil que les paysans rouergats et cantalous m'ont fait au salon... Ah ! cela fait plaisir de voir que la spiritualité française s'incarne dans les produits du terroir...
LPCI : Monsieur le président, je vous remercie de votre accueil chaleureux et de votre choucroute.
JC : Mais tout le plaisir était pour moi, et vous savez qu'un président parle toujours le dernier.
10:48 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, internet, twitter, blog, ump, humour
samedi, 27 février 2010
Am stram gram
Dans le blogue ami de Leveto, Vous voyez le topo, Aquinze rappelle l'étymologie fantaisiste de la formule Am Stram Gram par Robert Escarpit. C'est une explication assez délirante, mais on a pu lire pire à ce sujet, parce que je crois que c'est l'un des sujets ayant entraîné le plus d'imbécillités pseudo étymologiques, tout comme l'origine de O. K. ou de Au temps pour moi ou d'Abracadabra. Je donne donc ici le poème écrit par le baron Louis de Lenclume qui serait la source de l'expression lorsqu'il est visité par la Muse dans un paysage fort ligérien entre Chinon et Azay-le-Rideau (ne négligeons pas le poids des symboles quand on se mêle de clichés).
Versets à la cruelle Héra
Ah que j'aime à chanter et ces bois et ces champs
Que j'allais, hier encor, de ma Muse illustrant
Mais hélas aujourd'hui mon chagrin est trop grand
Pour la cruelle Héra depuis qu'Eros me pique,
A la voix de mon luth, nul Echo ne réplique,
Car en mon coeur navré encor l'amour est grand.
O rival trop heureux, dans ton champ qui laboures,
Si tu savais bien voir le bonheur qui t'entoure,
Puisque sous l'olivier la blonde Héra t'attend !
Ah que j'aime à chanter et ces bois et ces champs
Que j'allais, hier encor, de ma Muse illustrant !
Mais hélas aujourd'hui mon chagrin est trop grand.
Le poème pseudo ronsardisant est déchiré et brouté par une chèvre, puisque la scène se déroule dans un paysage fort bucolique et agreste, comme il se doit lorsque l'on parle de poésies de la Renaissance qui doivent toutes se dérouler au milieu de jolis prés toujours printaniers en bordure de rivières paisibles. Le baron tente ensuite de le reconstituer et par suite d'associations de sons fort compliquées, l'on arrive à Am Stram Gram. Ce conte de la Saint-Glinglin par Escarpit est construit comme une forme de parodie de nouvelle romantique et fantastique. On songe à Hoffmann, au Nerval des Filles du feu, au Balzac du Dôme des invalides, au Balzac de Mille et un fantômes. J'avoue que le madrigal ronsardien qui tourne en ritournelle est comique en soi aussi. Il y a deux niveaux de parodie dans cette histoire et j'avoue que je me suis inspiré des Contes de la Saint-Glinglin pour mes éthylomologies.
13:13 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, humour
mardi, 16 février 2010
Bernard-Henri Lévy analyse pour vous
Bernard-Henri Lévy a analysé Madame Bovary et peut conclure qu'Emma n'avait ni des yeux bleus, ni des yeux noirs, mais des yeux qui changeaient de couleur comme ceux des chats selon la lumière ou l'humeur.
Bernard-Henri Lévy a analysé l'oeuvre de Pierre Corneille et peut conclure qu'elle a été alors écrite par Molière après la mort sur scène de Corneille qui se travestissait en comédien.
Bernard-Henri Lévy a analysé la Recherche du temps perdu et il a retrouvé le nom du fabriquant de madeleines : il ne fournissait Marcel Proust qu'en biscottes, mais celui-ci a voulu brouiller les pistes.
Bernard-Henri Lévy a analysé Ubu roi et il en déduit que le combat de la Mère Ubu contre l'ours dans la grotte est une attaque non voilée contre le couple Rachilde-Valette du Mercure de France.
Bernard-Henri Lévy a analysé Don Quichotte et il en a conclu que Cervantès disposait en fait d'une seconde main pour l'aider à rédiger toutes ses romans et ses pièces.
Bernard-Henry Lévy a analysé Roméo et Juliette : il s'agit en réalité d'une histoire d'amour homosexuelle comme on le supposait, mais les hypothèses restent encore fort divergentes entre Roméa et Juliette ou Roméo et Jules, et il se montre réservé.
Bernard-Henri Lévy a analysé le Docteur Jivago et signale qu'à la fin du roman il y a une erreur dans les horaires du tramway selon les archives du KGB aimablement fournies par Alexandre Adler et que le drame repose d'abord sur une imposture.
Bernard-Henri Lévy a analysé la Divine Comédie et se demande comment un païen comme Virgile peut guider le chrétien Dante vers le Paradis sans risque de contradiction.
Bernard-Henri Lévy a analysé les récits de tables tournantes à Guernesey de Victor Hugo et se demande comment faire pour que l'esprit d'Hugo lui apparaisse et lui parle, il n'y parvient toujours pas.
Bernard-Henri Lévy est une marque déposée de certification de grande littérature et de littérature critique. Elle est protégée par le droit des marques, le droit d'auteur et bien d'autres droits.
19:00 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, humour
mercredi, 10 février 2010
Un sonnet inédit de Stéphane Mallarmé
A la suite de l'affaire Botul, voici un message publié autrefois dans un forum de langue française qui a permis de bien égarer un agrégé de lettres et futur docteur, enseignant à présent la poésie très catholique dans une université fort catholique. Il y a vu la main d'un célèbre poète du XIXe s. à cause de certains indices présents dans les circonstances de la trouvaille. L'orthographe et la typographie étranges du texte de présentation ont été scrupuleusement respectées.
Mon oncle qui habite Tournon a trouver dans une vielle malle dans son grenier une correspondance(époque??)
Il y a une lettre datée de 1867 à un certain H.C, qui contient un poéme vraiment bizzarre auquel je ne comprends pas grand chose(ils y a même des mots qui n'existent pas!)
La signature est quasiment illisible(l'encre est passée).Mon oncle dit que la malle appartenait à un ami de son grand-père. Je ne sais pas si cette poésie vaut quelque chose et je n'y comprends presque rien. Il y a d'autre poèmes(2ou3) encore plus obscurs que j'ai prêté à un type instituteur qui est dans mon immeuble. Il dit que c'est du charabia. Bon je copie, mot à mot:
Si le marbre, au parfait de la pierre érudite,
M'explique sous la clef la courbe qu'il se doit
Du bras d'une main fine, à l'extrême d'un doigt
Indolent dans l'effort que son don nécessite,
Ô gardienne du dôme où l'or frais facilite
D'ombres, dont le partage a jumelé l'émoi,
Si la tunique verse un peu de désarroi
Sur ton pied qu'à demi l'essor las sollicite,
Ces courbes, qu'a flattées le cueillir où tu tends,
S'écoulent dans la paume innombrable du temps
Et le plein onctueux pallia l'étroitesse.
Romaine dont la cendre emplira le cyprès,
Toi qu'un ciseau doubla du pur contour si près,
Va, pour ce voeu sans fin, fêtant ta morbidesse.
18:15 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, humour, oulipo
mardi, 09 février 2010
Du botulisme et de ses dégâts secondaires sur la vie intellectuelle française
Un de nos plus grands philosophes, romanciers, cinéastes, reporters a été victime d'un malheureux accident de la citation lorsqu'il a évoqué la conférence de Jean-Baptiste Botul, après-guerre, devant les néo-kantiens du Paraguay*. S'il avait pris la peine de s'interroger à l'étymologie, il aurait vu que le nom était fort suspect par sa forme et qu'il avait autant de vraisemblance que celui du mathématicien Nicolas Bourbaki (lequel m'a bien amusé au collège avant que je ne devienne nul en mathématiques lorsqu'il a fallu ne plus réfléchir mais appliquer des formules).
En effet, Botul dérive nettement de botulus, "boyau", en latin classique, terme devenu ensuite botellus. Il s'agirait d'une des origines hypothétiques du mot boudin en français. Or, lorsque l'on possède quelques connaissances un peu pataphysiques et oulipiennes, on sait que dans le calendrier du Père Ubu, la saint Boudin (apôtre) se fête le 22 avril. Et qui est attentif à l'esprit jarryesque sait combien les notions tripales (andouille, abatis, farce, couenne, saucisse, choucroute, etc.) sont importantes pour se pénétrer de concepts dépassant l'entendement. On connaît le goût de Jarry pour la scatologie comme sous-partie de la 'Pataphysique. D'autre part, le même étymon latin devient buticula en bas-latin. Ce qui donne naissance à notre bouteille. Mais la sainte Bouteille est aussi vénérée le 9 septembre dans l'alphabet ubuesque. Elle s'inscrit dans une série hagiographique qui comprend sainte Cuite, sainte Poire, etc. On connaît le goût de Jarry pour la fée verte (c'est pourquoi il y a un saint Sucre).
Le rapprochement entre botulisme et botulisme ne doit rien au hasard. Il s'agit bien d'un projet pataphysique qui envisage le contenant comme contenant du contenu (en soi, par soi et pour soi comme diraient les existentialistes) sous la métaphore d'un boyau empli de viandes ou d'une bouteille emplie de liquides et de diverses substances. Bref, d'un corps vivant et non d'un esprit désincarné qui ne serait qu'une pure apparence faisant tous les jours la même promenade et les mêmes repas aux mêmes heures dans les rues de Nueva Koenigsberg. Notre philosophe de moins en moins chevelu n'examine pas un seul instant une lecture qui poserait Jarry et ses héritiers comme l'un des plus grands courants de pensée contemporains, d'ailleurs issu d'une longue tradition par anticipation.
Le manque de connaissances littéraires et linguistiques de notre immense penseur national l'a empêché de voir que derrière l'oeuvre de Botul se cachait en fait une entreprise oulipienne et pataphysique. Pourtant, il se sert - comme beaucoup de cuistres - de la fausse preuve étymologique afin de prouver l'exactitude de ses idées. Et ce n'est en fait que de l'enrobage de gâteau indigeste.
* Bien sûr, si Jean-Baptiste Botul avait prononcé cette conférence en Poldévie, le soupçon aurait été plus grand. Mais je ne suis pas certain que notre meilleur représentant de commerce en chemises blanches eût été capable de plus de discernement que lorsqu'il se trouvait à la frontière géorgienne selon ses dires. La Poldévie pourrait exister aussi bien dans un de ses romans-reportages tant il est brouillé avec la géographie. Cela aurait la même réalité, puisqu'il l'a dit.
16:51 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, oulipo, humour, philosophie, littérature
dimanche, 07 février 2010
Ma rencontre de blogueur avec Yann Moix
J'ai décidé d'interroger un grand écrivain, cinéaste, critique et publicitaire français, Yann Moix.
LPCI : Bonjour monsieur Moix, merci de me recevoir et de répondre à mes questions au sujet d'Internet.
YM : Ne me parlez plus d'Internet ! C'est un domaine de censure ignoble ! J'ai été victime d'un délit de sale gueule et l'on peut créer des groupes FaceBook où l'on dit que l'on me vomit à la figure.
LPCI : Vous avez été censuré ?
YM : Oui, FaceBook a supprimé mon profil à ma demande et heureusement j'ai trouvé refuge chez mon grand ami Bernard-Henri Lévy du Point la Règle du jeu réunis qui lui est pour la plus grande liberté d'expression autopromotionnelle. J'ai donc pu y écrire tout le mal que je pense de la Suisse.
LPCI : Pourquoi donc la Suisse ? A cause de l'initiative populaire contre les minarets, des déboires du fils Khadafi, du secret bancaire, de l'affaire Polanski, de la vignette pour circuler sur les autoroutes ?
YM : Vous n'y êtes pas du tout ! Je suis un polémiste qui défend des causes plus nobles et surtout plus rentables commercialement. La Suisse n’est rien. La Suisse n’existe qu’en détruisant. En neutralisant. Ce n’est pas un pays neutre, non: c’est un pays qui neutralise. Elle vient d'en faire la preuve éclatante.
LPCI : Mais comment ?
YM : Vous n'êtes donc pas encore au courant avec tout le bruit que je fais pour ameuter autour du livre que je sors ? La Meule, publié chez Grasset de mon cher ami Bernard-Henri Lévy à qui je dois tant de renvois d'ascenseur, 20 euros chez Amazon, tout port payé. J'y attaque la Suisse parce que j'ai appris que le camembert n'était plus le fromage préféré des Français et je suis décidé à défendre l'identité nationale. Je hais la Suisse. Sa gentillesse méchante, sa dégueulasserie bonbon, son calme rempli de dagues et de couteaux. Elle nous assassine en vendant de l'emmental par gondoles entières dans nos supermarchés.
LPCI : Mais encore ?
YM : Le fromage préféré des Français est devenu l'emmental. Vous vous rendez compte ? Un fromage sans goût et tout mou, emballé sous vide dans du plastique auquel il ressemble. C'est la mollesse dégueulasse. Voilà ce que sont les Suisses et l'emmental: des mous salauds. Un fromage qui n'a même pas de nom correct, puisque les Français le nomment gruyère en croyant que le gruyère possède des trous.
LPCI : Mais quel est le problème si c'est le goût de nos concitoyens ?
YM : Vous n'y êtes pas. S'il y a un pays inutile, c'est bien celui-là. C'est une dictature soft, nulle, qui ne génère rien, ne propose rien, ne fait qu'entériner les décisions des autres. La Suisse, c'est le néant. Elle s'impose par les trous que l'on voit dans l'emmental. Si nous n'y prenons pas garde, nous serons tous aspirés par ces vides au milieu du fromage. Moi, même, je ressens ce vide : mon cerveau ressemble déjà à de l'emmental.
LPCI : Et que voulez-vous faire ?
YM : D'abord vendre mon livre et aller sur tous les plateaux de télévision. J'y défendrai mon idée de la liberté du commerce. Il nous faut déclarer la guerre à la Suisse afin de lutter en faveur de mon idée de la démocratie. Je suis en train de monter une pétition avec mes amis Romain Goupil, Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann afin que l'Union européenne et l'Otan interviennent afin de bombarder de manière chirurgicale les usines d'emmental, que ce pays soit placé sous tutelle de l'ONU ensuite puisqu'il bafoue notre identité nationale. Je suis avant tout un camembertiste !
LPCI : Mais déclarer la guerre à un pays neutre depuis des siècles et fondateur de la Croix rouge, cela ne se fait pas, voyons.
YM : Pas du tout ! Au contraire, c'est plus facile de s'attaquer à un pays pacifique qu'à un doté de l'arme nucléaire. Quand il y a la guerre, Suisse, tu te carapates. Tu regardes tes chaussures. Tu vas tranquillement te promener en montagne. Tu respires le bon air parmi les gentils (petits) oiseaux. Exterminons les Suisses jusqu'au dernier avant qu'ils nous imposent les roestis, le Nesquick et le Muesli ! Cela sera une excellente campagne de publicité pour mon livre (en vente dans toutes les bonnes librairies.
LPCI : La tradition des blogues veut que vous nous offriez une choucroute.
YM : Une choucroute, ce ne serait pas suisse par hasard ? Vous avez une tête de Suisse avec vos questions étranges.
LPCI : Euh... pas du tout.
YM : Je viendrai cracher sur votre blogue ignoble si cela me permet de vendre quelques livres de plus.
11:14 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : suisse, emmental, littérature, humour
vendredi, 05 février 2010
Pourquoi tous les ânes se nomment-ils Anatole ?
Je lis un fait-divers animalier dans un journal qui n'est pas de référence. Le nom de la victime transformée en saucissons m'interpelle (comme on dit dans les milieux qui se croient encore branchés). Anatole, Anatole... voilà un nom singulier pour un âne. Cela me dit quelque chose. Je cherche.
Je trouve des Anatole exerçant la profession d'âne un peu partout. Il est guide d'excursions ici. Il est doudou et marionnette là. Il se fait éducateur alternatif par ici. Il devient comédien par là. Etc. Inutile d'énumérer plus. On constate que c'est fort original.
Le bourricot se vend bien. Le problème, c'est l'originalité de son nom. Pourquoi pas Anaclet ? C'est un délicat prénom qui a été porté par des papes dans des temps fort anciens. Ou Anaximandre qui aurait une tournure un peu philosophique et scientifique ? Anachorète si l'âne est asocial, Anaphore s'il ne marche qu'en écoutant les discours d'Henri Guaino, Anacoluthe s'il préfère ceux de Jean-Pierre Raffarin, Anasthasie s'il est plus partisan de Frédéric Lefebvre, Anachronique s'il est un adepte du Vicomte. Bref, des mots ou des noms commençant par ana-, on en trouve en pagaille, mais c'est Anatole qui apparaît comme le plus sympathique et on se demande pourquoi.
Pour cela, il faut faire un peu d'histoire. Et d'abord remonter à Frédéric Othon Théodore Aristidès qui signe ses bédés simplement Fred. Il a créé le personnage d'Anatole dans la série Philémon. Mais Fred, du fait de ses origines, est un habitué des noms d'origine grecque pour ses personnages : Cythère, Timoléon, Hector, Barthelémy... Et depuis lors le doux nom d'Anatole est accolé au nom des baudets quels qu'ils soient. Il y a juste deux problèmes :
- Anatole cela ne ferait pas un peu turc par hasard ? et l'Anatolie ne serait pas hors d'Europe, donc peu fréquentable ?
- Que pourront penser les enfants qui portent le délicat prénom d'Anatole lorsqu'on les comparera à des bourriques ? Ce prénom redevient à la mode du fait de sa rareté précédente. Cela promet de jolies pagailles dans les cours de récréation.
Donner à un animal un nom d'être humain est un acte grave et il y a un moment où les Anatole qui ne sont pas des ânes pourront se sentir blessés.
14:29 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, langue française, humour
mardi, 02 février 2010
Herta, c'est plus fort que toi !
Voici la réédition d'un de mes commentaires - vieux de huit ans - au sujet du nom de modèles de bateaux pour navigation dangereuse en milieu dangereux. Que sont donc les air-boats et hot-dogs ? Il n'y a que quelques menus changements de forme.
C'est fort simple (mode Michel Cymès ou Jérôme Bonaldi) ! Le hair boat est fabriqué avec les cheveux d'une blonde naturelle, de préférence vierge et ressemblant à la Loreleï (ce qui explique le coût de l'engin vu la rareté du matériau). On les tresse de manière très serrée autour d'une armature en osier, c'est une pratique saine et naturelle qui nous vient en droite ligne des Natives ou Amérindiens de la tribu des Shaggy Dogs qui scalpaient les émigrantes capturées et en profitaient ainsi pour améliorer leurs canots à peu de frais. Le goût d'un retour à des racines authentiques, à des pratiques traditionnelles, au contact avec la nature ancestrale ont redonné vie à cette embarcation. Elle a été relancée il y a deux ans par notre plus brillant écologiste, Nicolas Hulot, qui a descendu les chutes du Niagara sur une embarcation faite avec des mèches récupérées chez le coiffeur d'Arielle Dombasle, et au dernier moment il s'est élancé par dessus le précipice car le hair boat se transforme en air boat ! C'est aussi un parapente qui permet de ne pas se laisser arrêter par des cascades.
Quant au hot dog, on en compte différents modèles : de Francfort, de Strasbourg ou knack, de Vienne, de Toulouse, de Morteau... Les industries alimentaires se sont reconverties dans la fabrication d'embarcations à partir de chair afin d'évacuer des quantités de produits impropres à la consommation suite à différents incidents techniques. On a constaté l'imperméabilité et la flottabilité des saucisses dans une casserole si la peau contient quelques additifs interdits désormais par Bruxelles à cause du nouvel eurodéputé Europe Ecologie Jean-Pierre Coffe. Bien découpée, une saucisse géante peut parfaitement devenir une embarcation fiable. Nos usines agro-alimentaires actuelles s'emploient d'ailleurs à reconvertir les poulets à la dioxyne, les vaches folles, les moutons tremblants, les porcs polyphosphatés en superbes équipements sportifs au lieu de les incinérer sottement. Excellente reconversion d'un secteur en crise. Il est néanmoins fortement déconseillé de mordre dans le canot. Les compétitions de hot dog exigent des pagaies en forme de fourchettes à quatre dents, ce qui rend l'exercice très difficile, car il faut une grande force alors pour ramer. C'est pourquoi on classe le hot dog parmi les sports extrêmes destiné seulement aux cadres supérieurs en stage de restructuration manageriale sous la supervision du DRH.
21:34 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sport, langue française, humour
mercredi, 20 janvier 2010
Paralipomènes pour une archéologie du lien entre sardouïsme et sarkozysme
Mariah-Samanthah me demande de nouveau secours.
A l'aide cher comte ! Voici le texte que notre prof barbu et chevelu qui doit voter Europe Ecologie ou MoDem nous a donné dans le cadre du programme national "sardouïsme et sarkozysme" pour faire un bac blanc de français. Il dit que cela correspond au niveau des STG et que c'est compatible avec le débat sur l'identité nationale, mais moi je ne comprends strictement aucune des références historiques ou culturelles. Je suis perdue dans cette époque si différente de la mienne.
Quand je pense à la vieille Anglaise
Qu'on appelait le "Queen Mary"
Echouée si loin de ses falaises
Sur un quai de Californie
Les falaises en question sont les falaises de Douvres telles que les découvre un Français se rendant dans l'archipel depuis Calais. Or, il semble que le Queen Mary partait en réalité de Southampton vers l'Amérique. L'erreur n'est que de cent miles et de quelques dizaines de yards. En tout cas, la Grande-Bretagne doit être entourée de falaises sur toutes ses côtes, tout comme la Normandie. Mais elle permet de mettre en valeur la différence de niveau de l'altitude et de la noblesse britannique avec la bassesse étatsunienne. Il est entendu dans le discours du poète que tout ce qui se réfère au Nouveau Monde est inférieur, car profondément mercantile surtout si on associe la Californie à Hollywood et Disneyland. Cela ne l'empêche nullement d'avoir chanté le contraire auparavant. Comme tous les grands artistes, il est en proie à ses contradictions internes qui le font souffrir.
Quand je pense à la vieille Anglaise
J'envie les épaves englouties
Longs courriers qui cherchaient un rêve
Et n'ont pas revu leur pays
La vieille Anglaise fait allusion au surnom anglais du Queen Mary, The Old Queen. Ce n'est pas une traduction exacte, mais cela constitue une transition habile vers le refrain qui suit où vieille Anglaise et France se répondent. Les autres vers sont d'inspirations clairement rimbaldienne et évoquent le Bateau ivre. A moins que ce ne soit Oceano Nox ! Et pourquoi pas Baudelaire ? Tout est permis lorsque l'on joue sur les clichés.
{Refrain:}
Ne m'appelez plus jamais France
La France elle m'a laissé tomber
Ne m'appelez plus jamais France
C'est ma dernière volonté
Le refrain, très patriotique, met en valeur un exemple du volontarisme gaullo-pompidolien de l'époque, honteusement sabordé par les forces giscardo-mitterrandienne, tout comme notre Concorde, notre Caravelle, nos Mirage, nos Rafale, notre DS, notre char Leclerc, notre Minitel, notre ORTF, nos centrales nucléaires, etc. Il met en valeur l'identité nationale : rappelez dans votre copie que le nom France est alors lourdement symbolique et que l'on ne peut brader ainsi un patrimoine avec un tel nom à n'importe qui (par exemple des Norvégiens qui sont incapables de devenir européens et qui rebaptisent le bateau en anglais).
J'étais un bateau gigantesque
Capable de croiser mille ans
J'étais un géant, j'étais presque,
Presque aussi fort que l'océan
On sent là une inspiration profondément baudelairienne. Avec sa coque de géant, ce navire était incapable de continuer à voguer dans un monde devenu trop petit. Ou alors un rappel du Hugo des Travailleurs de la mer qui abonde en géants.
J'étais un bateau gigantesque
J'emportais des milliers d'amants
J'étais la France, qu'est-ce qu'il en reste ?
Un corps-mort pour des cormorans
Notons ici le jeu de mots final et la touche subtilement baroque du squelette. Bien entendu, il est défendu de se poser des questions au sujet du genre du navire, puisque le France est devenu la France d'un coup de baguette magique et que l'on a affaire à une métaphore de son propre pays. Il s'agit d'exalter la grandeur de ce pays, même si l'on vend des navires, des avions, des voitures ou des armes aux autres pays qui ne sont que des charognards. L'important est de conforter l'image de la France comme pays de l'amour et de la grandeur. Même et surtout au cours du débat de l'indignité nationale.
18:19 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : oulipo, humour, chanson, langue française
dimanche, 10 janvier 2010
Des panégyriques non commandés
Tanathos est un étrange personnage dans l'univers de la cour des blogues. On ne sait ce qu'il lit, écoute ou voit, mais on le retrouve inévitablement dans chaque hommage au dernier défunt célèbre. Peu lui importent la vie et l'oeuvre du personnage, ni en quoi il comptait pour lui, il se doit de lui dresser des louanges et de lui tresser des couronnes de laurier. Ainsi se présente-t-il au chevet d'un grand commis de l'Etat à peine refroidi pour déclarer que même s'il ne partageait pas ses choix, c'était un grand homme qu'il estimait et qu'il s'agit d'une immense perte. Même s'il n'était pas de mon bord, j'estimais sa rigueur et sa vertu, déclare-t-il en récitant ce que toutes les gazettes ont pu écrire. Le lendemain, on le retrouvera près du lit d'un chanteur ou d'un acteur ayant reçu les derniers sacrements, et il entonnera de nouveau un éloge funèbre qu'il croit digne de Bossuet. Il se juge avisé lorsqu'il se précipite sur le premier mort venu, à condition que ce mort fasse les gorges chaudes de toute la cour des blogues. Il est d'autres morts dont il n'estime pas bon de parler, puisque leur nom ne dirait rien à quiconque et que maintenant on peut dignement les négliger. L'important, c'est qu'il s'agite de tout ce dont tout un chacun s'agite. Il va ainsi de cadavres en cadavres, comme pour se promener, répétant les mots convenus qu'il a lus dans les gazettes ou entendus dans les étranges lucarnes, et chacun de croire qu'il était un familier de celui qui est déjà en train de se décomposer sous les yeux de tous. Il rapporte parfois une anecdote pour rendre sa louange plus sincère et plus authentique, personne ne la comprend mais elle lui permet de manifester son lien personnel avec le disparu célèbre et ainsi de montrer combien il mérite d'être lu puisqu'il parle des sujets dont tout le monde est censé discuter. Puis, de fil en fil, on le retrouve à parcourir toutes les rubriques nécrologiques afin de trouver un mort célèbre sur lequel il pourrait écrire un dithyrambe afin de ne pas sombrer dans l'indifférence la plus complète.
[Je ne sais pas si je vais reprendre longtemps les Nouveaux Caractères, mais je les tente d'une autre manière, de façon plus générale. Je me suis abstenu pendant une période assez longue qui m'a permis de réfléchir.]
15:45 Publié dans Les caractères des blogues | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, blog
dimanche, 03 janvier 2010
Chick Bill
Tibet est mort et j'avoue que c'est un très grand soulagement pour la BD franco-belge, j'ai repris des nouilles deux fois en entendant la nouvelle. J'espère que l'on ne reprendra surtout pas ses séries afin de prolonger plus longtemps le coma qui était le leur ! Il y avait cinquante ans qu'il nous abreuvait de mauvaises collections mal dessinées sur des scénarios imbéciles. Mais ce qui m'interroge est alors ce passage du Monde :
"Outre le cow-boy Chick Bill, ce western destiné au très jeune public met en scène l'Indien Petit Caniche, le shérif Dog Bull et son souffre douleur Kid Ordinn, des personnages à tête d'animaux dans le style de Disney".
Le seul problème, c'est que cela n'existe en fait que dans les trois premiers épisodes (le troisième servant de transition avec des personnages plus anthropomorphiques ou humains), et après les personnages sont seulement humains. Puis on a des dizaines d'aventures avec des personnages humains, toutes plus identiques les unes que les autres, sans jamais la moindre once d'originalité. Mais quand on connaît le nom du spécialiste en BD du Monde, on ne peut guère s'étonner de telles sottises.
19:00 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, humour, presse, médias, journalisme
Pour des années sans
Une nouvelle année commence et à côté des journées officielles s'installent des jours sans.
Cela a commencé doucement de manière officielle il y a plus de vingt ans par la journée sans tabac, puis il y a eu la journée sans voiture tout aussi officielle. De manière plus publicitaire par un écrivain en mal de notoriété, on a eu le jour sans portable il y a dix ans. La journée sans télé, sans pub, sans viande, sans Internet, sans achats, sans e-mail, sans chat [plus le clavardage que les minous qui déplaisent au Capitaine], sans immigrés, sans fourrure, sans emballage [un truc de la Fondation Nicolas Hulot], sans électricité ont suivi. Maintenant, il y a même deux journées sans Nicolas Sarkozy concurrentes à des dates différentes et avec des noms différents, l'un anglais, l'autre français !
Parfois, c'est pour dissuader de rentrer trop dans la société de consommation et d'addiction, d'autres fois c'est pour signaler le manque que cela causerait (la journée sans immigrés) et dans le cas des journées sans Sarkozy, elles ont la vertu de mettre son nom partout deux fois plutôt qu'une, parce que les campagnes sont en fait des années complètes avec notre divin président sur les blogues qui le refusent. Les "journées sans" sont extrêmement ambiguës dans leur formulation.
On peut imaginer les autres "journées sans" possibles comme celle-ci :
la journée sans idioties (Nadine Morano, Frédéric Lefebvre, Dominique Paillé, Bernard-Henri Lévy, Alexandre Adler, Claude Allègre, Maxime Gremetz, Jacques Séguéla, Georges Frèche, Jacques Attali, Bernard Laporte, Nicolas Hulot, André Glucksmann, Romain Goupil, Michel Rocard, Henri Guaino, Daniel Cohn-Bendit, Johnny Hallyday, Steevie, Geneviève de Fontenay, Yann-Arthus Bertrand, Didier Barbelivien, Bigard et bien d'autres comiques sont interdits de médias).
Et si cela pouvait se prolonger une année, je n'y verrais aucun inconvénient. Enfin de vraies vacances ! Oui, à des années sans ! Ne lésinons surtout pas. Il faut au moins une année de diète sinon cela n'a aucun effet.
12:04 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, langue française
vendredi, 01 janvier 2010
Nouvelles Lettres persanes VII
De Rica à Usbek, à Alep
Bien cher Usbek, il n'est pas de jour sans que je sois assailli par des Français qui me demandent ce qui se passe en ce moment dans mon pays. Comment le saurais-je au juste mieux qu'eux, puisque je ne vois que ce qui se trouve dans les étranges lucarnes européennes et les gazettes ? Je leur répondais alors qu'ils disposaient d'une presse libre de toute pression politique, honnête envers ses lecteurs et indépendante des pouvoirs d'argent pour leur rapporter les faits tels qu'elle les constate. L'on me répliquait alors que ce n'était pas suffisant, que l'on ignorait la vérité puisque la presse persane est notoirement aux ordres du régime quand les journalistes ne sont pas arrêtés. Je me suis étonné : les journalistes français dépendraient-ils d'abord de la presse persane ? N'y aurait-il donc pas des envoyés extraordinaires ou des correspondants locaux ? Ne feraient-ils pas leur travail, quitte à être arrêtés pour espionnage, condamnés, puis renvoyés après maintes négociations chez le Grand Satan ? Si eux ne prenaient pas de risques pour informer le reste du monde, que ne risquerait donc pas un Persan qui tenterait de sortir des images de son pays ?
Bien plus surprenant, quelques publicistes français m'ont déclaré qu'ils étaient heureux d'assister enfin à une révolution en direct grâce à la messagerie de petits bleus Twitter. Ce service aurait permis de rassembler des foules de centaines de milliers de personnes aux quatre coins du pays et même faire se soulever les campagnes. Je me suis étonné, Twitter ne compte guère que dix mille abonnés en Perse, dont seulement un sur dix se révèle vraiment actif. Mais pas du tout ! me rétorquait-on, vous n'y connaissez rien, il y a trop longtemps que vous êtes sorti de Perse et vous n'avez plus de contact avec votre pays ! Tout est parti de Twitter afin de lancer les mots d'ordre et c'est extraordinaire de voir la première révolution deux point zéro. Il semble que les Français aiment beaucoup les révolutions, c'est l'un des peuples les plus révolutionnaires de la Terre, ils aiment et célèbrent leurs révolutions passées car ils en ont fait beaucoup afin de passer le temps et susciter la sympathie des autres peuples, ils aiment et soutiennent maintenant les révolutions des autres pour lesquelles ils trouvent des noms fort poétiques, bref, la révolution est une sorte de distraction comme une autre surtout quand elle se passe chez les autres. L'on m'a cité alors des exemples de messages écrits en anglais par des gens établis en Grande-Bretagne comme des preuves de la mobilisation par Twitter des foules populaires persanes qui ne parlent le plus souvent que le persan, l'arabe, l'azéri, le kurde. Comme je formulais de plus en plus de doutes sur la qualité de Persan des auteurs, on m'a accusé de ne pas être moi-même vraiment persan, car sinon j'aurais été capable de montrer moi aussi quelques minuscules billets ou des gravures figées et animées venues de Perse.
Dans un salon de la bonne société, chacun m'assiège et me demande des nouvelles de Perse que j'aurais reçues par le réseau des réseaux. J'explique alors que les communications ont été momentanément coupées, qu'elles sont souvent soumises au bureau de la censure. Ah ! ah ! s'exclame-t-on, nous en étions sûrs, c'est à cela que l'on reconnaît les dictatures, il serait grand temps que l'on vous libère. Chacun de s'enthousiasmer et de crier mort à la tyrannie, écrasons l'infâme et vive la liberté ! L'un de ces beaux esprits à la longue mèche noire et à la chemise blanche largement déboutonnée se propose de lever une brigade internationale de libérateurs à la seule condition d'avoir avec lui une équipe des étranges lucarnes pour le suivre lorsqu'il pose en treillis ou avec une veste reporter multipoche, et je me demande pourquoi il ne figure pas plus souvent dans les catalogues de vêtements. Un philosophe qui ne parle jamais qu'en citant un livre à la main, le directeur d'une station publique de boîtes parlantes, un marchand de réclames, une sous-vizirette aux robes de mauvais goût s'écrient en chœur : à bas toutes les censures ! jouissons sans entrave ! sous les pavés la plage ! L'ancien directeur d'une gazette du soir s'enthousiasme et déboutonne son costume trois-pîèces : nous sommes tous Persans ! Il est prêt à offrir son corps, pourvu que cela se passe à des milliers de lieues. Chacun d'affirmer sa solidarité la plus entière avec le peuple persan opprimé L'on m'assure alors que je dois m'estimer bien heureux de résider dans le berceau de la démocratie et le pays des droits de l'homme. Comme j'évoque la situation de quelques compatriotes dont le firman a été refusé par le vizir des dimmis et de la révolution nationale, qui seront renvoyés dans leur pays où ils risquent la mort, je sens un très grand froid de la part de mes interlocuteurs qui ne comprennent pas mon manque d'enthousiasme et de patriotisme, alors que je devrais agir en bon persan.
Serais-je donc un terroriste si je ne les félicitais pas de leurs choix judicieux à notre place ? Le directeur barbichu d'une autre gazette rompt le silence en déclarant que ce n'est pas grave, il suffira aux Persans s'ils sont en danger de le contacter par le biais de son compte Twitter dont il donne l'adresse et tout s'arrangera comme dans le meilleur des mondes possibles. Cela permettra alors de lancer une grande mobilisation et ainsi l'on démontrera l'utilité des outils deux point zéro. Je sors très vite et je tombe dans le couloir sur deux autres philosophes, père et fils, le premier recouvert déjà d'un casque de cheveux et ressemblant à la grande chanteuse locale Mireille Mathieu, ils m'assaillent de questions dont ils donnent la réponse aussitôt et me demandent si je suis prêt à mourir pour la Përse et donc pour la liberté et pourquoi je ne suis pas encore mort, aurais-je quelque chose à me reprocher ? Je balutie quelques mots pour dire que je suis retenu ailleurs et je me retrouve dans l'escalier face à un hippopotame que l'ascenseur avait refusé de monter à cause du poids : Alexandre Adler ! Comme il occupe toute la largeur de l'escalier, je ne peux que l'écouter et si je n'avais pas reflué vers l'ascenseur il était prêt à me convaincre que j'étais un espion soviétique et maoïste. Il me lance alors qu'il saura bien me retrouver sur Twitter et dira aux autres Persans que je ne suis pas un vrai patriote. Que de gens bienveillants pour notre pays, que de lumières voulant le guider et quelle admirable logique pour réclamer plus de liberté pour la Toile iranienne quand en France établir on songe à établir les mêmes usages qu'en Perse pour la Toile. Vraiment, nous sommes tous frères et il est si bon que le monde soit uni dans une compréhension universelle.
A Paris, le 6 de la lune de Chalval
16:50 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, web, internet, twitter, journalisme, humour
Nouvelle année, nouveaux mots
Pour la nouvelle année, quoi de mieux que de nouveaux mots ? Je vous en propose sept, tous fort logiques et avec les références qui conviennent.
-
Insavoir. 1re attest. « Je tiens à insavoir ce que ce Mitterrand peut manigancer. » Charles de Gaulle, Mémoires secrets, s. d. et non communicable. Dérivé : « à l'insu de qq'un ».
-
Imboire. « Le comte de Charmes était quelqu'un de proprement à imboire. » Saint-Simon, Notes additionnelles inédites au journal de Dangeau, éd. crit. de Michel Delon. Mercure de France, 2010. Dérivé : « qq'un imbu de sa personne ».
-
Infoutre. « Le vidame de C*** n'était pas du genre à infoutre de quelque part qu'on le prît. » Marquis de Sade, Des vertus du vice, 1787, Jean-Jacques Pauvert 2010 avec une préface d'Annie Le Brun. Dérivé : « qq'un d'infoutu de faire qqch. »
-
Inouïr. « Savez-vous ce que j'ai pu inouïr de purpurescence ! » Arthur Rimbaud, la Quête du Snark, fragment retrouvé au dos d'un bordereau de commande d'outils agricoles à Aden par Jean-Jacques Lefèvre et annoté par André Guyaux, préf. d'Alain Borer. s.d. [300 p. dont 299 de critique du texte, tirage limité et numéroté à 50 ex. dont 10 en Japon, 10 en Lafuma doré à la tranche et 10 en crème satinée par héliogravure.] Dérivé : « qqch. d'inouï »
-
Innaître. « Pour les gens de ma qualité et de mon espèce, il suffit d'innaître afin de témoigner du génie national français et de la profondeur de ses racines. » Maurice Barrès, Correspondance avec Charles Déroulède, circa 1889. Publication prochaine dans la Revue des Deux Mondes. Dérivé : « qqch d'inné ».
-
Ingénuer : « La jouvencelle s'amusoit à s'ingénuer plus qu'il ne falloit pour parfaire son rôle. » Crébillon fils, Des dangers du voile dans les couvents, 1753, Amsterdam, chez Desiderius Erasmus Roterodamus libraire. Dérivé : « qq'un d'ingénu ».
-
Incréer : « La Poësie n'est pas la diplomatie ! Il n'est nul besoin de l'incréer puisqu'elle est déjà devant nous grâce à l'Eternel et au Maréchal dont nous suivons fidèlement les pas de manière vaillante. » Paul Claudel, Correspondance inédite avec Alexandre Jardin 1943, Cahiers des amis de la tombe de l'île d'Yeu, n° 14-18. Dérivé : « qq'un d'incréé ».
12:44 Publié dans Oulipismes | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, humour
samedi, 19 décembre 2009
Nouvelles Lettres persanes VI
De Rica à Usbek, à Nicée
Il est des rencontres fort malencontreuses à Paris. Ainsi, je me suis retrouvé en compagnie d'un khédive de la banlieue la moins pourvue en logement sociaux et la plus fournie en champs de course pour étalons, un certain Jacques Myard. Il appartient à la secte majoritaire, mais il ne se distingue en rien des membres de la secte du Front national. J'ai fort vite compris qu'il n'aime les Arabes que comme chevaux de course et les Persans que comme chats domestiques. Quand il m'a aperçu, il m'a demandé comment l'on pouvait bien être persan sans être terroriste. J'ai eu une grande frayeur, car un ami m'avait dit qu'il avait déposé une proposition d'édit afin de rétablir la peine de mort pour les actes terroristes et je me suis imaginé alors que comme persan j'allais être immédiatement considéré comme suspect s'il se produisait le moindre attentat sur sa personne, comme un lancer de tarte à la crème, une coutume originale venue de la proche Belgique et visant les auteurs de propos stupides et prétentieux. Or il est bien placé pour recevoir ces tartes à la crème.
Après que j'ai répondu à ses questions fort insistantes sur le fait que j'imposerais le voile intégral à mon épouse même si elle ne porte qu'un léger foulard découvrant ses mèches de cheveux en Perse et qu'elle l'abandonne sauf par mauvais temps en Europe, il a cru bon de me dévoiler ses grands projets afin de lutter contre le Mal. Sa théorie est fort simple et s'exprime en termes clairs. Tout le Mal provient d'une seule source : la Toile. Il est évident pour lui que l'excès de démocratie et de parole publique permet tous les excès : pédopornographie, propagande nazie ou islamiste, défense du Pacs et de l'homoparentalité, piratage des oeuvres musicales du derviche Johnny Hallyday, atteintes à l'orthographe et au respect de l'identité nationale donc, mise en cause des élus qui construisent peu de logements sociaux ou qui engloutissent des millions de dinars afin de sauver des champs de course toujours déficitaires. Toutes ces agressions envers les droits les plus démocratiques sont inadmissibles, m'a-t-il déclaré. Il ne faut surtout pas que l'excès de démocratie tue la démocratie réelle que je représente, m'a-t-il assuré. Puis il a ajouté : s'il faut supprimer la démocratie afin que notre régime reste vraiment démocratique, pourquoi pas ?
C'est pourquoi il va présenter une nouvelle proposition d'édit afin de réguler la Toile comme dans le Céleste Empire. Cela veut dire que les contenus seront filtrés selon leurs sources ou bien leurs sujets et que les opérateurs devront désigner à la police comme possibles terroristes tous les gens qui n'exprimeraient pas des idées positives envers le Chah des Chahs. Voilà une belle idée de démocratie du nouveau siècle et d'une grande modernité ! Je lui ai dit que c'était déjà ce que nous connaissions nous-mêmes en Perse par moments et que nous serions bien heureux de pouvoir nous exprimer sur la vie publique sans être accusés automatiquement de sodomie, propagande pour le grand Satan américain, blasphème contre le nom du Prophète, espionnage pour l'ennemi. Cela n'a pas semblé le convaincre de l'absurdité de son projet et il m'a tout de suite accusé d'être un terroriste qui mériterait la peine de mort si l'on écoutait le vrai démocrate et républicain qu'il est. Je me suis enfui fort vite, parce que j'avais peur qu'un attentat à la tarte à la crème n'arrive au moment où je l'écoutais.
A Maisons-Laffitte, le 19 de la lune de Saphar.
11:08 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, humour
samedi, 12 décembre 2009
Un gaffophone à Paris !
Le gaffophone de Gaston sur les Champs-Elysées en vrai ! Via Rue89, via Fluctuat. Avec de vrais morceaux de 1968 dedans (même quand on filmait en couleur, cela sortait en noir et blanc tellement tout était gris, les maisons, les voitures, les costumes).

11:35 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, bd
vendredi, 11 décembre 2009
Toute personne qui prétend quoi que ce soit dit n’importe quoi
Bien mieux que l'élection de Miss France, la Star Academy, les César, les Victoire, les Molière, les Gérard, les NRJ Awards, mais du même niveau que les IgNobel : le Grand Prix du maire de Champignac.
C'est aujourd'hui à 18 h 30 que s'achève le vote pour la distinction du Grand Prix du maire de Champignac attribué par l'Académie champignacienne depuis 1988. Ce prix récompense des personnalités helvètes, hommes ou femmes poliitiques, journalistes, animateurs, sportifs, chefs d'entreprise, bref toute personne ayant une certaine notoriété ou un certain pouvoir. Pour être candidat, il faut avoir émis par écrit ou par oral une phrase qui brille par sa syntaxe absurde ou par son illogisme, bref avoir parlé en charabia comme ledit maire. Cette année, il y a 45 candidats que vous invite à découvrir ici. On attend les résultats avec impatience et je les ferai figurer sans doute dans une réédition de ce billet.
J'ai mis en titre l'une de mes phrases mes préférées. Elles ne sont pas toutes forcément drôles, mais c'est un peu meilleur que le Prix de l'humour politique ou le Prix Citron en France. Je précise qu'il n'existe aucun lien direct entre le comte de Champignac ici présent et ce prix, je ne suis même pas abonné à la revue la Distinction, je ne peux donc voter. En outre, c'est une histoire interne à la Suisse, les noms ne diront rien aux autres lecteurs. C'est cependant devenu une tradition pour moi de rappeler chaque année l'existence de ce prix, tout comme je le fais pour les IgNobel. Cela donne un billet assuré, sans polémique et léger. Et cette année, cela permet de rééquilibrer les choses après l'histoire des minarets : en Suisse aussi, on sait se moquer de soi, ce n'est pas seulement la patrie du xénophobe Blocher.
Addendum du 12 décembre : les résultats ne seront proclamés que dans une semaine, le 19 décembre peu avant midi. Cela me donne donc l'occasion d'un billet supplémentaire facile à écrire avant de partir en vacances.
17:19 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, politique, journalisme, langue française, suisse
dimanche, 29 novembre 2009
Sardouïsme et sarkozysme : éloge de l'ultra-libéralisme
Je reçois une nouvelle lettre de Mariah-Samanthah qui prépare son bac de français STG option UMP de gauche pour la quatrième fois.
Mon cher comte, notre prof est un horrible barbu gauchiste à col roulé, je suis sûre de l'avoir vu distribuer des tracts pour le NPA ou le PCF je ne sais trop, mais enfin il me fait peur et il ne nous apprend rien alors que nous avons des trucs à préparer pour le bac ! Dans le cadre du thème de l'identité nationale, nous devons à tout prix montrer notre connaissance des textes de Michel Sardou lors de l'examen et il nous dit juste que c'est de la daube, quand il n'est pas absent pour stage, maladie ou grève. Il faut quand même que je puisse expliquer ces textes afin de pouvoir commencer une carrière de winner par un BTS Force de vente. Mais je ne comprends pas ce que dit Michel Sardou et c'est sans doute parce que je suis trop à gauche dans l'UMP.
Parlons d'abord d'égalité
Égalité des chances, égalité des droits.
Pas celle qui plombe à la naissance
Parc'que celle-là c'est chacun pour soi.
Commençons par situer ce texte, il est daté de 2006 et il s'inscrit parfaitement dans le programme de campagne présidentiel de notre président fort révéré et adulé. Nous avons ici la glorification de l'effort et du mérite individuel contre les privilèges de naissance ou liés au nom de famille : il est bien entendu que certains seront plus égaux que les autres s'ils arrivent au niveau où les autres sont égaux. Ainsi, Dany Boon qui était mal parti dans la vie peut s'estimer bien heureux de se trouver aussi honoré que Christian Clavier.
Parlons aussi fraternité
D'où que tu viennes, bienvenue chez moi.
En sachant qu'il faut respecter
Ceux qui sont venus longtemps avant toi.
Là, c'est un couplet sur l'immigration choisie et l'adhésion à l'identité nationale. Il est évident que l'on ne doit accepter les bougnoules chez nous que s'ils se font discrets et abandonnent toutes leurs pratiques d'un autre âge (burqa, polygamie, égorgement des moutons dans la baignoire, prière à la mosquée et on en passe). Seul le raton ayant un profil parfaitement adéquat à notre identité nationale nous respecte. Le melon qui ne veut pas boire d'alcool ou manger de porc nous manque de respect et il n'a donc pas vocation à rester sur le territoire français.
Et puis allons danser
Pour oublier tout ça
Allons danser.
Personne n'y croit.
Allons danser
Même sur n'importe quoi
Mais allons danser.
Et ça ira.
Notez ici le détournement du chant révolutionnaire, Ah ! ça ira. Michel Sardou est en réalité un révolutionnaire républicain dans la plus grande tradition des artisans de la Terreur.
Dire aux hommes qui se sont échoués
Qu'on peut refaire sa vie plusieurs fois
Sans un mot tout recommencer
Se prendre en charge, et pas charger l'État.
Voici deux autres thèmes fétiches du sarkozysme : la deuxième chance et le refus de l'assistanat lequel est la marque de la gauche. Vous pouvez alors évoquer le RSA qui remplace le RMI honni, puisqu'il n'a fabriqué que des fainéants et des assistés.
Dire aux enfants qu'on va changer
L'éducation qu'ils ont, par celle qu'ils n'ont pas.
Ajouter qu'il faut travailler
Riche et célèbre,
c'est comme un chèque en bois.
Bien entendu, il faut que vous disiez que votre éducation a été un échec jusqu'à présent et qu'il convient d'abord de faire en sorte de virer le plus de profs marxistes puisqu'ils n'ont pas su déceler vos compétences de winner. Dites aussi que vous croyez dans le langage de Laurence Parisot lorsqu'elle déclare que l'insécurité matérielle est une règle naturelle de la vie et qu'elle-même n'est pas sûre de ses fins de mois.
Parlons enfin des droits acquis
Alors que tout, tout passe ici bas.
Il faudra bien qu'on en oublie
Sous peine de n'plus jamais avoir de droits.
Ici, n'hésitez pas ! Les droits acquis sont bien entendu ceux des travailleurs et surtout des fonctionnaires (pas les hauts fonctionnaires tout de même, eux sont hors de propos dans ce cas). Il faut les dénoncer parce que ce sont tous des privilégiés qui profitent des impôts sur la fortune payés par de grands artistes désintéressés comme Michel Sardou.
Admettons enfin vous et moi
Que nous sommes tous des hypocrites.
La vérité ne nous plaît pas
Alors on a le pays qu'on mérite.
Résumons : c'est la loi de la jungle et il ne faut pas avoir peur d'écraser les autres sous ses godasses quand ils vous sont inférieurs ou de se prosterner devant ses supérieurs. Valorisez le cynisme, le mensonge et le machiavélisme comme seule attitude politique raisonnable ! Un pays comme la France qui est incapable d'apprécier Michel Sardou à sa juste valeur est un pays qui ne peut se nommer la France. Comment est-il possible de refuser de se laisser entraîner aussi bas que lui ? Ce n'est pas raisonnable.
11:52 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, chanson, ump, politique
samedi, 28 novembre 2009
Ma discussion de blogueur avec Eric Zemmour
Je poursuis ma grande enquête dans le monde des éditocrates avec un entretien de blogueur en compagnie d'Eric Zemmour.
LPCI : Bonjour monsieur Zemmour, je suis ravi de vous rencontrer.
EZ : Enfin, vous voilà ! Eh bien nous alllons donc pouvoir discuter d'internet et des blogs. Puisqu'on m'a dit que vous étiez blogueur, n'est-ce pas ? Vous n'allez pas commencer en niant la vérité ?
LPCI : C'est exact et je voudrais...
EZ : Figurez-vous que j'ai lu avec attention votre blog, d'un bout à l'autre, c'est pourquoi vous ne pourrez pas me reprocher de parler de choses que je ne connais pas, je suis quelqu'un de sérieux et quand je fais quelque chose je le fais consciencieusement.
LPCI : Mais il y a des heures de lecture et des milliers de pa...
EZ : Soyez poli, je ne vous ai pas interrompu, laissez-moi poursuivre mon raisonnement et vous pourrez répondre après quand j'en aurai fini.
LPCI : Mais, normalement, c'est moi qui dois...
EZ : Décidément, c'est une manie chez vous que de ne pas vouloir prendre en compte l'opinion de vos contradicteurs. C'est fort dommage, parce que j'allais commencer par dire tout le bien que je pense de votre blog.
LPCI : Ouf !
EZ : Oui, il est relativement bien écrit, notez que je dis relativement parce que je ne crois pas qu'il soit vraiment bien écrit. Vous commettez peu de fautes d'orthographe par rapport à ce que font tous les autres blogueurs, vous relevez des erreurs historiques ou grammaticales ici et là, on peut s'y instruire en s'amusant, tout cela est relativement bien mais ce n'est pas votre métier et vous avez tort de vous en prendre aux vrais professionnels qui savent écrire et raisonner pour le bien de tous. Maintenant que j'ai amplement montré que je n'en pensais pas de mal, j'ai le regret de vous le dire, et croyez que je le déplore, mais votre Petit Champignacien illustré, c'est de la sous-culture.
LPCI : Gaspation !
EZ : Vous voyez, vous venez de vous trahir par ce cri qui montre où sont vos références : dans cette sous-culture qu'est la bande dessinée ou les textes dits humoristiques. Vous ne pouvez pas me dire que Charlie Schlingo était un grand artiste de la taille d'un Michel-Ange ou d'un Hugo, mais c'est tout ce que vous trouvez à me sortir.
LPCI : Menfin... de la sous-c...
EZ : Qu'il n'y ait aucun malentendu entre nous, je ne méprise pas du tout la sous-culture. Moi-même, j'ai lu Fripounet et Marisette quand j'étais petit. J'ai dévoré les aventures de Oui-Oui et de Winny l'ourson, mais j'ai grandi depuis, moi. Or il semblerait que vous soyez resté encore en enfance, dans ce monde de la sous-culture et de la sous-littérature. Et j'en viens à mon reproche principal, ce ne serait pas grave si cela se contentait d'être un divertissement, mais vous prétendez faire au nom de cette sous-culture la morale à des gens qui ont parfaitement le droit de s'exprimer puisqu'ils ont été choisis par des rédacteurs en chef ou des directeurs d'antenne.
LPCI : Sac à papier ! C'est...
EZ : Voyez donc, vous ne savez vous exprimer qu'en éructant des jurons venus de la sous-culture et vous ne pouvez développer un argument raisonnable et logique. Mais poursuivons, ce qui me dérange le plus dans votre blog et dans internet en général, c'est que l'on y voit la manifestation totalitaire de la pensée unique, celle qui veut nous imposer à nous autres éditorialistes des idées peu démocratiques. Je vois, en effet, que vous êtes pour une réforme de l'orthographe. C'est un peu facile quand on est enseignant de lettres de prendre une telle posture de bisounours afin de nier la baisse de niveau de l'enseignement par votre faute à vous et à vos semblables.
LPCI : Blood'n'guts, c'est que...
EZ : Un autre point intéressant, c'est que vous êtes pour la féminisation des noms de métiers et de fonctions. Mais avez-vous songé une seule fois que jamais la femme ne sera l'égale de l'homme et que vous travaillez en fait à la dévirilisation de tous les autres hommes ? Que l'on soit bien d'accord, je ne méprise pas du tout les femmes, mais je crois qu'elles ne sont pas naturellement rattachées à des métiers et des fonctions, leurs tâches doivent être seulement d'intérieur. Vos propos ne sont pas seulement inconséquents, ils mettent en péril l'organisation naturelle de notre société.
LPCI : Bloody Hell ! J'ai...
EZ : Ne m'interrompez pas, j'ai respecté votre liberté de parole jusqu'à présent. Je constate d'ailleurs que vous jurez souvent en anglais alors que vous prétendez combattre la place de l'anglais en France. Certes, vous francisez des mots comme "blogue" en adoptant le modèle québécois - qui n'est pas du tout le meilleur, soit dit en passant, puisqu'il n'exprime pas l'identité nationale française -, mais en fait vous êtes au service de la pensée unique américaine. C'est bien ce que je vous reproche, vous ne pouvez que vous contredire puisque vous n'avez pas adopté mes valeurs naturelles. Je n'ai aucun mépris pour les Américains, que les choses soient claires, mais en fait vous trahissez ainsi ce qui est le fond de votre pensée : le politiquement correct venu justement des Etats-Unis. Vous êtes et vous voulez politiquement correct, or c'est une abomination contre l'ordre naturel des choses.
LPCI : Damned ! Mais...
EZ : Il faut dire les choses comme elles sont, je suis désolé d'être aussi dérangeant, mais le politiquement correct tellement répandu sur internet empêche les personnes vraiment qualifiées - comme Alain Finkielkraut, Ivan Levaï, Jacques Séguéla, Frédéric Lefebvre, Bernard-Henri Lévy, Alain Minc, Alain Duhamel - de s'exprimer complètement et sur le fond à propos de sujets que le commun des mortels ne peut pas comprendre sans elles. Vous nuisez gravement à la liberté d'expression en relevant leurs erreurs et en utilisant le rire comme arme afin de rallier des esprits faibles. C'est vraiment trop facile. On est vraiment dans le domaine de la sous-culture où tout doit être caricaturé et dénaturé. Comment maintenir dans ces conditions une civilisation démocratique si chacun peut donner son avis et peut démontrer l'erreur de ceux qui doivent commander par nature ?
LPCI : Bof... Il devait y avoir une chou...
EZ : Une choucroute chez moi ? Mais vous n'y pensez pas ! C'est le plat des bobos par excellence. Tout le monde sait que les bobos aiment la choucroute, le politiquement correct et les Etats-Unis. Quand j'ai appris votre demande, j'ai tout de suite su où vous classer de manière définitive. Les bobos sont les staliniens d'aujourd'hui et ils veulent exterminer toutes les élites qui tentent de sauver la civilisation naturelle !
16:07 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, langue française, blog, internet, journalisme
mercredi, 25 novembre 2009
Des guillemets gestuels dans la geste présidentielle
Cette image de notre admirable et magnifique président m'est parvenue par un lien de Monsieur Kaplan sur Twitter. Il comparait alors notre splendide et extraordinaire président à Chantal Goya imitant les oreilles de lapin - ce qui consisterait à le rabaisser grandement. Que nenni ! dus-je dire en moins de 140 signes. Il se demande alors si de Gaulle, Pompidou, Giscard (sans d'Estaing), Mitterrand, Chirac auraient pu commettre le même geste. Je réponds ici non pour les trois premiers : ils sont tous morts* avant l'apparition du signe aux USA. Le quatrième aimait beaucoup Dallas, mais on ne voit pas ce signe dans cette série texanne, et le cinquième ne se repasse plus que de vieux John Ford et Nicholas Ray.
Il s'agit en réalité des guillemets gestuels étatsuniens que l'on peut observer dans le moindre feuilleton télévisuel venant d'outre flaque et qui sont décrits dans cette page. Je dois dire que cela devenait irritant dans des séries comme Ally McBeal ou Friends en disant "Je veux dire exactement", "Je veux dire seulement", "Je veux dire plus précisément". Il fallait surligner chaque propos considéré comme essentiel afin qu'il n'y ait pas d'équivoque et le résultat se révélait comique après la lassitude du spectateur devant ce nouveau langage des signes. Comme l'emphase est le registre préféré de notre faramineux et formidable président, il ne faut pas s'étonner de leur emploi ici. Notons qu'il y a des variantes avec un ou deux doigts, mais que notre président si sage et si érudit a adopté les quotation marks comme single quote et non comme straight quotation marks. Ce qui montre son niveau d'anglais, puisqu'il connaît l'emploi de l'apostrophe simple dans cette langue barbare.
Ce signe est nouveau en français européen, il est né néanmoins il y a à peine trente ans aux Etats-Unis dans la côte Est, mais notre merveilleux et fabuleux président est à l'affût des moindres nouveautés présentes à la télévision (de préférence tihèfouane) qui diffuse surtout des feuilletons ricains. Alors, comment être résolument moderne et paraître comme un nouveau Kennedy, sinon en adoptant un code gestuel en vigueur dans les programmes industriels que regarde tout le monde ? Cependant, notre fantastique et miraculeux président ne s'est pas aperçu que le code gestuel était employé aussi par dérision dans les feuilletons d'outre Atlantique : les tics de la Nouvelle Angleterre sont raillés aux Etats-Unis mêmes et lorsque les Simpson s'en emparent cela devient un jeu, puisque ces bouseux de Springfield (dont l'Etat reste inconnu jusqu'à cette date) ne sont pas censés avoir intégré le nouveau code des élites de ce pays. Qu'il y ait une ironie, une autodérision et une sorte de running gag n'est pas venu à l'esprit du nouveau personnage des Simpson. C'est dommage pour celui qui se prétend lecteur de Stendhal ou spectateur de Chaplin...
* Que l'on ne me dise pas que Giscard (d'Estaing) n'est pas encore mort, je lis les journaux et je ne peux croire qu'un ancien président se répande aussi stupidement dans des romans grotesques. C'est un imposteur qui signe à sa place.
16:35 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : humour, politique, sarkozy, langue française, télévision, ump
dimanche, 22 novembre 2009
Sardouïsme et sarkozysme : la déontologie du sergent
Je reçois un courrier de Mariah-Samanthah qui réclame une fois de plus mon aide.
Très cher comte, je suis fort ennuyée parce que dans le cadre du programme de français du baccalauréat STG "Sardouïsme et sarkozysme" notre professeur nous a demandé de comparer deux textes afin de dire lequel exprime le plus notre identité nationale, les saines valeurs de notre glorieuse armée et exalte le plus notre patriotisme. Il faut dire que cela participe aussi à notre cours d'Education civique, juridique et sociale. Je suis très embarrassée parce que je ne sais pas quel est le texte qui serait le plus originaire de l'Anti-France. Je vous les joins afin de connaître votre opinion.
Le premier est bien de Michel Sardou qui en signe les paroles et qui a dû se faire aider tellement le sujet était difficile.
Je suis arrivé un beau matin du mois de mai
Avec à la main les beignets qu'ma mère m'avait faits.
Ils m'ont demandé
Mon nom, mon métier,
Mais quand fier de moi j'ai dit "artiste de variétés",
A ce moment-là,
Je ne sais pas pourquoi,
J'ai entendu rire un type que je n'connaissais pas.
Nous avons affaire à une scène typiquement française avec un brave futur militaire qui vient accomplir son devoir patriotique et qui se montre un peu niais du fait des beignets que sa tendre mère a tenu à lui confier afin qu'il ne meure pas de faim durant cette année loin d'elle. On comprend tout de suite qu'en entrant dans la caserne, il deviendra un homme comme on dit chez Kipling.
Le second texte est écrit par un dangereux apatride anarchiste, Pierre Vassiliu qui n'aurait jamais dû avoir vocation à devenir français.
Y avait la femme d'un militaire qui faisait collection d'képis
Y avait des blancs, des rouges, des verts, c'en était de biens beaux bibis
C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais deux hommes à moi
L'un tenant la bannière l'autre me tenant moi
On remarque tout de suite le dénigrement systématique de cette noble et illustre institution qu'est notre armée nationale à travers le portrait d'un sergent comme dans la chanson précédente, mais tout est systématiquement rabaissé ! Notre armée est dégradée et souillée puisque le militaire censé être intelligent car sergent se retrouve incapable de marcher au pas.
Le rire du sergent,
La folle du régiment,
La préférée du Capitaine des Dragons,
Le rire du sergent,
Un matin de printemps,
M'a fait comprendre comment gagner du galon
Sans balayer la cour,
En chantant simplement
Quelques chansons d'amour.
Le rire du sergent,
La fleur du régiment,
Avait un cœur de troubadour.
Bien entendu, cela n'a strictement aucun sens quand on réfléchit et à l'armée il ne faut pas réfléchir, les vers n'ont aucun rapport entre eux, mais cela s'inscrit bien dans un très grand genre littéraire proprement français : le comique troupier ! Il repose d'abord sur l'exaltation de la débrouillardise et du piston plutôt que le travail et l'expérience. Des valeurs proprement sarkozystes, n'en doutons pas. Notons que le sergent en question est fort porté sur la saine et forte amitié virile qui l'incite à prendre en charge de jeunes bleusailles sous son aile protectrice. En revanche, le texte suivant est bien malveillant pour la mission civilisatrice de notre grand pays dans ses colonies.
Pour recevoir ses p'tits amis elle cachait tous ses képis
mettait une robe de chambre kaki et se couchait en chien d'fusil
C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais trois femmes à moi
On n'faisait pas d'manière une fois j'te vois ou j'te vois pas
Il s'agit d'une justification de la polygamie qui ne saurait jamais appartenir à notre identité nationale, mais qui est hélas ! courante dans les pays dont les ressortiissants n'auront jamais vocation à devenir français, puisqu'être français cela se mérite et je me demande comment ce monsieur Vassiliu a pu avoir vocation à devenir français, sans doute parce qu'il a été naturalisé lorsque les socialistes se montraient laxistes en matière de droits de l'homme. Il est clair qu'il devrait être renvoyé chez lui si on arrive à savoir d'où il est.
Je m'suis présenté tout nu devant un infirmier.
Moyennant dix sacs, il m'a dit : "Moi, j'peux vous aider."
Je m'voyais déjà
Retournant chez moi,
Mais quand ils m'ont dit
Que j'étais bon pour dix-huit mois,
A ce moment-là,
Juste derrière moi,
J'ai entendu rire un type que je n'connaissais pas.
Voilà un exemple magnifique des valeurs propres à l'identité nationale ! La corruption ne peut exister que dans les autres pays, surtout ceux du tiers monde dont les ressortissants ne sauront jamais avoir vocation à faire partie de notre belle patrie.
Elle répétait les mots d'amour que son mari lui avait appris
c'est pour ça qu'elle disait toujours "feu à volonté toute la nuit"
C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l' Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais cent hommes à moi
Le flingue en bandoulière on s'cachait dans les bois
Remarquez comme ce sergent-ci est bien moins sympathique que le précédent. Lui pense à tuer avant tout alors que l'armée est une organisation humanitaire et pacifiste qui va sauver la civilisation dans des pays ne l'ayant jamais connue !
Depuis ce temps-là,
Je n'sais pas pourquoi,
Il y a toujours un sergent pour chanter avec moi.
Voilà qui montre ce que doit exprimer la vraie poésie : elle marche en ordre militaire ou sinon elle ne peut être poésie. Et il ne peut pas y avoir de vraie littérature sans que s'exprime à travers elle un soldat de préférence galonné. Elle est faite pour dire quels sont les devoirs de chaque Français fier de l'être.
Un soir d'ivresse elle mourut sous un petit vieillard maniaque
Un général plutôt fourbu lui tomba d'ssus de son hamac
C'est la femme du sergent qui pour gagner beaucoup d'argent
Levait la jambe à tour de bras quand son mari n'était pas là
Lui dépensait sa solde à boire faut dire que c'était son métier
Aussi le soir fallait le voir parler d'l'Indo et d'la Corée
J'étais dans les rizières j'avais mille cons à moi
On marchait à la bière c'était dur croyez-moi !
Comment peut-on insulter ainsi de fiers et courageux soldats qui nous défendent vaillamment contre la barbarie de tous les autres qui ne sont pas nous et qui n'ont jamais su assimiler nos valeurs suprêmes comme le travail, la famille et la patrie ?
11:51 Publié dans Lectures méthodiques, analytiques et pataphysiques | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chanson, humour, politique, ump, sarkozy
vendredi, 20 novembre 2009
Zooïatre

11:23 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (11) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bande dessinée, humour, langue française
mardi, 17 novembre 2009
Quand les gorilles voleront
Quand les gorilles voleront
Quand les baleines danseront
Quand les homards rouleront à bicyclette
Quand il pleuvra des millions
Quand les pavés fleuriront
Alors sur notre planète, ça tournera rond...

Ce sont les premières paroles de QRM sur Bretzelbürg, la première version interrompue en 61 de QRN sur Bretzelbürg, la dernière longue aventure de Spirou par Franquin et l'une de mes préférées. Celui-ci a éliminé cette chanson dans la suite et le remontage de cette histoire en 63, il a alors préféré des chansons plus contemporaines et plus banales, même si l'on y trouve un Boby Lapointe avec Aragon et Castille. Or il semblerait que cette chanson n'existe pas, que ce soit une pure invention tandis que l'air suivant (justement celui de Boby) se trouve aisément. Il y avait comme un petit air de Mai 68 avant l'heure. Cela me semble très franquinien, il a utilisé toutes ces bestioles dans des planches : le gorille dans Spirou, le homard et la baleine dans Gaston. Cela fait partie de son bestiaire qui n'est pas énorme, mais toujours avec des animaux bien choisis et très différents à la fois par le caractère et le graphisme, que ce soit la tortue et la mouette, l'éléphant et le chat, le poisson rouge et la vache, les escargots et le marsupilami, le rhinocéros et la murène. Cela devait sembler trop un cri de révolte personnelle à ce moment-là pour qu'il le conserve, mais c'est dommage.
22:18 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, bande dessinée, humour
samedi, 14 novembre 2009
Ma conversation de blogueur avec Christine Angot
Voici le plus redoutable de tous mes entretiens de blogueur, une rencontre avec Christine Angot elle-même. J'appréhendais ce moment et je me disais que c'était comme si j'avais dû pénétrer dans l'intimité de Marguerite Duras en compagnie de Laure Adler, ce qui veut dire ne rien comprendre du tout à ce qui se passe ou se dit. La réalité était bien pire. Mais le Petit Champignacien ne recule pas devant les risques et il a frappé à la porte d'un hôtel Formule 1 de banlieue parisienne.
LPCI : Bonjour madame Angot.
CA (nue sous son peignoir) : Vous êtes le livreur de pizzas ? Je suis heureuse de vous faire découvrir mon intérieur. Il me semble que vous êtes déjà passé, mais je ne sais plus ce qui est vrai, c'est ma voix intérieure qui parle, parce que la voix intérieure est empreinte de toutes les choses entendues à l'extérieur.
LPCI : Je suis venu ici pour mener un entretien avec vous.
CA : Je ne me souviens plus dans mon intérieur personnel si je vous ai donné rendez-vous. C'est comme ça, c'est une fiction vitale... Ce désir intérieur d'avoir une pizza en ouvrant la porte, et d'être nue sous son peignoir, ce n'est pas une loi sociale ou un devoir, mais quelque chose de plus profond, qui vient de plus loin, une chose intérieure... Une sorte d'exigence ultime et intérieure que personne ne pourra comprendre. Commander la pizza, recevoir le pizzaiolo à demi-nue, lui donner à voir juste ce qu'il faut pour susciter son désir, puis disparaître ensuite dans le secret de sa maison intérieure. C'est terrible, ces mots, terrible. Tu ne peux pas comprendre combien c'est intérieur.
LPCI : Oui, mais moi, je suis le rédacteur en chef du Petit Champignacien et lorsque je fais des interviouves, on me reçoit avec une choucroute, pas avec une pizza que j'amènerais.
CA : Tu me rejettes donc, comme tous les mâles qui veulent dicter leur ordre des choses et qui voient les choses de l'extérieur ! Mais il y a un niveau inatteignable de la littérature que tu n'auras jamais, la littérature elle-même ! Tu ne peux pas m'atteindre, puisque je suis inatteignable et que je suis la littérature elle-même que l'on ne pourra jamais broyer. J'emmerde tous ceux qui pensent le contraire et donnent des prix à d'autres que moi.
LPCI : Je vous demande pardon madame Angot, je n'ai pas eu l'intention de vous blesser, mais je suis juste venu vous interroger autour d'une choucroute et pas pour vous livrer une pizza.
CA : Cela me fait penser que j'ai commandé une pizza à la choucroute pour mon amant de ce soir dans mon intérieur à moi. C'est bizarre. Il fallait que je sois hors de moi et il faut être hors de soi pour que la littérature advienne. Il faut qu'il y ait un choc pour que naisse l'écriture venue de l'intérieur. Cette demande de choucroute, cela m'a mise hors de moi tellement cela n'avait rien à voir avec mon écriture intérieure. Vraiment rien à voir ! Rien du tout ! Jamais de la la vie ! C'était infect de me demander ça. Comme si l'on voulait me castrer de mes capacités de créations intérieures qui viennent du plus profond de mes désirs intérieurs. Je ne peux écrire que si les deux amants commandent une pizza minute toutes les dix pages de mes romans intérieurs, je ne peux accepter que l'on fasse figurer un autre plat intérieur que la pizza intérieure dans mes textes intérieurs, c'est une urgence intérieure et vitale, et surtout intérieure.
LPCI : Certes, mais ce n'était pas un rendez-vous amoureux, quoique... un hôtel Formule 1 pour un entretien avec un blogueur, ce n'est pas le cadre le plus adapté.
CA (étendant ses bras autour de LPCI): Mais tu n'as donc pas compris pourquoi j'étais nue intérieurement sous mon peignoir intérieur ? (Ecartant les pans de son peignoir). Tu peux vérifier si tu veux et voir que cette matérialité-là de l'amour intérieur est tout le temps occasion de mise en doute, inquiétude, suspense. Je sais que vous autres blogueurs n'écrivez que pour vous faire le plus de femmes possible sans voir leur intérieur vital. Ce que vous écrivez, je le sais déjà, parce que je l'écris depuis longtemps. Ce ne sont pas des notes dans un carnet, ce n'est pas une mise au point pour soi, ce n'est pas pour y voir plus clair, c'est une adresse publique, pas à un groupe, pas à une société, pas à un temps choisi, c'est à tout le monde indifféremment Je m'offre à toi, de tout mon intérieur, comme je l'aurais fait au livreur de pizza !
LPCI : Mais je ne suis pas un livreur de pizzas ou un amant, juste un blogueur interviouveur !
CA, cette fois sans peignoir : Salaud ! Ordure ! Crapule ! Tu oses refuser mon exigence à la vie intérieure, tu n'acceptes donc pas mon combat intérieur que je mène pour être de façon vitale et intérieure,, tu n'as rien compris, vraiment rien, pas compris, rien, compris rien, tu ne sais pas quoi dire, pas compris hein ? C'est à cela que tu veux me réduire, rien du tout ? Tu ne sais pas ce qu'est l'amour prosaïque. Ce n'est pas parce qu'une grande partie se déroule sans sexe que ce n'est pas prosaïque. C'est concret, matériel, pour le coup, oui. Observer ce qui se passe là, oui, plutôt deux mille fois qu'une. Le lecteur a l'expérience, il sait que cette matérialité-là de l'amour est tout le temps occasion de mise en doute, inquiétude, suspense. Il veut voir comment je vais me débrouiller. Entre ce qui semble, et ce qui est.
LPCI : Mais enfin, c'était idiot ce rendez-vous dans un Formule 1 et en plus vous me prenez pour le livreur de pizzas !
CA : Tu n'as rien compris à la littérature intérieure et vitale, malgré tes diplômes et tes lectures, mon amour, la littérature est d'abord l'art de la répétition des situations et je suis une écrivaine littéraire parce que j'approfondis toujours le champ de mon expérience à partir d'une seule situation de base comme l'expliquent fort bien les critiques, donc l'hôtel Formule 1, la pizza minute, plus le peignoir pour être nue dessous, cela va bien dans ma stratégie marketing afin de paraître vraiment populaire et simple, intérieure et vitale, et où j'ai décidé d'intégrer le Web 2.0, comme toi mon gros loup.
LPCI : Laissez-moi sortir de cette chambre !
CA : Jamais de la vie ! J'ai besoin de toi pour mon prochain roman autofictionnel qui mettra en scène un blogueur influent et une écrivaine célèbre réunis par la magie de la nouvelle écriture intérieure et d'Internet.
LPCI : Prenez plutôt Laurent Gloaguen, ou Dagrouik, ils sont plus influents que moi.
CA : Tu ne me cites que des pédés qui ne savent pas comment une vraie femme est faite de l'intérieur ! Et en plus je sais qu'Embruns n'est plus dans le classement Wikio, alors je ne pourrai pas dire que j'ai été attirée par un blogueur influent.
LPCI ; Mais je suis aussi sorti volontairement du classement Wikio.
CA . Ah bon ? Tu serais aussi pédé ? Tu ne vas pas vouloir me prendre par le mauvais trou comme Doc Gynéco quand même et ensuite partir avec ma fille mineure ? Ce serait un bon angle de nouvelle autofiction intérieure et vitale, comment j'ai réussi à convertir un homo à l'hétérosexualité et je pourrais apparaître comme une sainte en compagnie de Christine Boutin et Christian Vanneste, aux prénoms prédestinés.
LPCI : La question n'est pas là ! Rendez-moi mes habits pour qu'on puisse discuter raisonnablement. Je ne veux pas être un de vos personnages de pseudo fiction et pseudo autobiographie.
CA : Raisonnablement, c'est un mot que je n'ai jamais compris, pouvez-vous me l'expliquer ?
LPCI : Autour d'une bonne choucroute, mais surtout après m'avoir délié et avoir ôté mes menottes, s'il vous plaît. N'oubliez pas le bandeau sur les yeux et puis de me donner mes lunettes, j'ai du mal à penser quand je ne vois rien.
21:11 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, humour


