lundi, 29 mars 2010
Qui sont les Dalton ?
Vous voyez ici la première apparition en couverture des frères Dalton que l'on connaît tous sous le seul nom de Dalton (1958, prépublication en 1957). Ils sont nommés alors les cousins Dalton parce que les vrais Dalton, les seuls de la légende de l'Ouest apparaissent dans le numéro six de la série (1954, prépublication en 51-52). Ce seront après les seuls Dalton, les vrais et plus les cousins. Ils seront ensuite les seuls Dalton qui soient. Leurs cousins plus réels n'avaient pas eu le titre d'un album à leur nom et eux ils sont devenus célèbres d'un coup en devenant de cousins Dalton en simples Dalton !
Que doit-on penser de la typographie du titre de la série ? Ben... Elle fait far-west. On trouve toujours des lettres avec un super-empattage dès que l'on a affaire au titre de la série, c'est vrai pour Jerry Spring, Blueberry, Buddy Longway et tant d'autres. Le super-empattage fait immédiatement venu directement de l'Ouest. On retrouve cela dans la mention du "Saloon" qui a des empattements fort gras à souhait. Il faut super-empatter pour faire vesterne. Je n'ai jamais compris pourquoi, mais c'est comme ça.
Vous aurez remarqué aussi que le nom des cousins Dalton est écrit dans une police différente, plus bédéiste et là on est plus dans la tradition de la bande dessinée européenne ou du comics tandis que le surtitre indique le genre de la série. L'album n'est pas du tout crédité à Goscinny et pourtant c'est lui qui a écrit le scénario et qui est à l'origine du retour des Dalton, mais sous une forme plus parodique. Il ne signera que plus tard en 1961 dans les Rivaux de Painful Gulch et c'est parce que le succès d'Astérix ou de Pilote est là. Nous avons huit albums sans son nom sur la couverture. Il faut remarquer que Goscinny s'est longtemps battu pour que le nom des scénaristes et leur travail soient reconnus.
J'ai dit que c'était le deuxième album des Dalton fictifs, car en effet ils apparaissent déjà dans le onzième titre de la série : Lucky Luke contre Joss Jamon(1958, prépublication en 56-57) où ils ne sont que des figurants au détour d'une page parmi d'autres desperados et outlaws. Ce n'est pas l'album qui les crée comme personnages à part entière. Nous avons donc une création composite : deux premières esquisses par Morris qui s'appuie sur la légende des vrais frères Dalton, mais ces frères doivent mourir de façon violente et cela pose des difficultés, ensuite une première tentative de reprise par Goscinny mais parmi bien des vilains, et enfin la création des seuls nouveaux Dalton qui doivent se nommer cousins et puis dont on oublie ensuite le lien avec les vrais Dalton.
Un autre point remarquable dans cette couverture, c'est la forme en escalier. Dans le jargon de la presse, cela désigne les articles qui par leur composition dans une page se situent à des hauteurs identiques tout en étant de dimensions différentes. C'est un vieux truc de la presse et Morris avait déjà utilisé cela pour les premiers Dalton qui étaient déjà de tailles différentes. Ce qui est comique dans la couverture, c'est que l'expression du jargon typographique est prise au pied de la lettre : nous avons l'effet de l'escalier bien illustré. Je ne crois pas que Morris ait repris le procédé de manière aussi flagrante ensuite dans une couverture, mais il énonçait là ce qui allait constituer sa ressource de gags : la différence de taille. Nous avons affaire à un clin d'oeil de gens de la presse qui connaissaient le langage des journalistes. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'on a tant de journalistes étourdis ou stupides ou corrompus dans cette série (mais les journalistes dans Lucky Luke serait un autre sujet assez vaste).
22:13 Publié dans Soulever la couverture | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, langue française, histoire, presse
lundi, 22 mars 2010
De la Bérézina
Bon. Tu vois ce splendide tableau du plus pur art pompier du XIXe s. et tu te demandes ce qu'il a à voir avec l'actualité, et tu as raison. On y voit pêle-mêle de la fumée de canon, de la glace, des hommes dans un joli écrabouillage général où on ne comprend strictement rien et c'est beau comme de l'antique, on se croirait aux Thermopyles ou dans les Fourches Caudines, et cela donne de jolis effets graphiques avec plein de mignonnes couleurs belles à voir.
On trouve des dizaines de tableaux similaires par des peintres de troisième rayon qui peignent tous les mêmes scènes : le passage de la Bérézina par les troupes françaises et européennes face à l'armée russe. Le paradoxe, parce qu'il faut bien que l'histoire soit étonnante, c'est que la Bérézina a été une des grandes victoires napoléoniennes et Dieu sait si Bonaparte n'a pas été avare en victoires, c'était un génie du point de vue tactique et stratégique à la fois jusque dans sa campagne de France qu'il mène brillamment dans ma plaine champignacienne. Or il se trouve que cette victoire incontestable pour échapper à l'encerclement par des troupes supérieures en nombre et opérant sur leur propre terrain s'est transformée en synonyme de défaite au même titre que Trafagar ou Waterloo. Le problème, c'est que dans la bataille, plus de trente mille hommes meurent. Ben oui... on meurt beaucoup à la guerre, c'est comme ça et pas pour de faux, comme dans les jeux d'enfants.
On comprend alors l'émotion, le sentiment d'une sorte de désastre. Une armée parvient à échapper à un piège redoutable, au péril des eaux glacées face à un ennemi plus puissant et venu de tous les côtés, elle y laisse un bon nombre des siens et ce qui est sa victoire se transforme en une sorte de débacle. C'est cette image que l'on a retenu dans l'imagerie populaire et dans le langage courant. Parce que la victoire était trop chèrement payée.
Maintenant, pourquoi en parler à présent ? Parce que je lis dans la presse l'idée d'une Bérézina de la droite.
- Plus en raison de la crainte d'une Berezina au niveau national et régional que par rapport aux résultats locaux. La Voix du Nord.
- L'UMP tente d'éviter une Bérézina. Les Echos.
- Ce n'est pas la Bérézina. Ouest-France.
- Outre les réconforts alsacien, réunionnais et guyanais (le divers gauche Rodolphe Alexandre, rallié à Sarkozy, l'a emporté), la berezina se confirme pour la droite. Libération.
- Dans la Berezina ambiante à droite, la candidate (UMP) à la présidence de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, tire son épingle du jeu. Le Monde.
Et je vous évite les 168 autres mentions de la même expression dans le même contexte, selon ce que me donne Google Actualités. Cela donne tout simplement l'impression d'un cliché que l'on emploie sans bien le comprendre. Je décerne cependant la palme à Libération pour l'emploi de ce cliché à contresens et je tresse une couronne de laurier à son directeur qui en est le spécialiste.
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dimanche, 21 mars 2010
Superman, ce juif inconnu
La question est : Superman est-il un héros juif comme le disait Herman Goering ?
Une exposition récente "De Superman au chat du rabbin" posait la question.
Il y a d'abord des éléments incontestables, ses créateurs Jerry Siegel et Joe Shuster étaient tous deux des juifs étatsunien et canadien dont les familles venaient de Lituanie, d'Ukraine et des Pays-Bas. Mais cela ne signifie pas que Superman soit un symbole du peuple juif en lui-même. En fait, c'est un brassage de beaucoup d'éléments culturels juifs et européens dans un creuset américain. Nous sommes dans un syncrétisme qui crée une mythologie moderne.
Le personnage naît en 1932, à l'origine ses superpouvoirs lui ont été donnés par un savant fou (le savant fou serait un sujet de thèse en soi) qui en fait un personnage méchant. Cette version publiée dans un fanzine n'a aucun écho. Nous n'avons ici que le croisement entre la créature de Frankenstein (Frankenstein est le savant, pas le monstre) et puis... le Golem. Or le Golem est un thème fortement juif, il peut être aussi bien destructeur que salvateur. En tout cas, c'est un autre homme, un autre Adam ou une créature artificielle aux pouvoirs surhumains. Le logo de Superman sur sa poitrine rappelle l'inscription sur le front du Golem qui permet de changer Emeth (vérité en hébreu) en Meth (mort) et donc d'annuler les pouyoirs du Golem si on efface la première lettre. Du personnage du Golem, Superman retiendra un point faible : quelque chose peut supprimer ses superpouvoirs (ce ne serait pas rigolo si le héros vaincrait à tout coup). Ce sera la kryptonite qu'il a amenée avec lui lorsqu'il est arrivé sur Terre après la destruction de sa planète Krypton.
En 1938, Superman renaît, mais sous une autre forme. Il sera au service du bien cette fois. Désormais, il est un enfant rescapé de l'explosion de sa planète. Il est adopté par une famille de protestants que l'on peut trouver méthodistes. Il prend le nom de Clark Kent, devient un journaliste on ne peut plus anodin et sans intérêt, file une histoire d'amour avec Lois Lane qui est le modèle de la jeune fille WASP ou schickse, blonde et fade. Personne ne se doute de sa double identité. Il vit comme vivrait un juif maranne, pratiquant en secret sa religion.
Qu'avons-nous ? Une resucée des mythes de Moïse recueilli par la fille du pharaon, de Rémus et Romulus qui sont adoptés par la louve puis par un couple de simples paysans, de toutes les histoires d'enfants sauvages. Et cela nous conduit à une parodie écrite par Spiegel : il avait osé s'attaquer à Tarzan himself dans un fanzine ! Tarzan, le grand mythe étatsunien de cette époque. Or l'histoire de lord Greystoke est on ne peut plus WASP malgré la présence de singes et de Noirs, et son auteur manifeste un attachement à des idées un tantinet réactionnaires. Superman est aussi une réponse au Tarzan qui reflétait les opinions de la Nouvelle-Angleterre.
Il y a le contexte linguistique : la planète Krypton qui a été détruite est donc censée être secrète, puisque la racine renvoie au secret. Le nom réel de Superman Kar-El ou Petit Dieu en hébreu est une référence juive, et Superman agit comme la main de Dieu dans l'univers. Il est celui qui a été sauvé d'un désastre comme Moïse, Romulus ou... Jésus (pensez à l'histoire des premiers nés d'Egypte). Il doit cacher son identité alors qu'il est fort et redoutable, mais d'abord au service du bien, et c'est pourquoi on le retrouvera en service commandé contre l'Allemagne nazie comme tous les bons héros et super-héros américains.
Il y a aussi un contexte social. C'est l'époque où Meyer Lansky et Bugsy Siegel font la une (le scénariste de Superman n'a pu passer à côté de cette homonymie). La Yiddish Connection était à son sommet alors et elle s'affrontait aux mafias irlandaises et italiennes. C'est aussi l'époque où les athlètes juifs remportent des récompenses sportives de manière écrasante. 1938, c'est encore le moment où l'Irgoun affronte l'armée britannique en Palestine et arrive à la faire céder. La grande période de Superman se terminera en 46 par un procès avec DC pour les droits d'auteur et il me semble inutile de me référer à la légende postérieure. Bref, il s'agit d'une forme de triomphe des juifs alors qu'ils étaient écrasés, victimes de pogroms en Europe orientale, relégué à l'île du Diable s'ils étaient Français et Alsacien. Superman illustre cette forme de revanche. Il n'est pas anodin que la plupart des créateurs de super-héros soient juifs. Captain America, réplique exacte de Superman, les Quatre Fantastiques (ils changent de forme dans l'instant !), le Spirit (un mort-vivant qui ne se sert que de ses poings pour faire la loi et le tout en sept pages !) C'est un moment où certains juifs prennent conscience de leur force et où d'autres inventent des histoires en mélangeant des choses venues d'un peu n'importe où : Superman, c'est à la fois Samson de la Bible et Hercule de la mythologie, mais encore d'autres choses.
Le revers, c'est la parodie de ce qui était déjà une parodie, cela nous donne Astérix et sa potion magique par Goscinny, Superdupont et son holster à camembert par Gotlib. Parce que même les juifs aiment à se moquer entre eux de leurs histoires invraisemblables.

11:09 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (30) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, humour, histoire
vendredi, 22 janvier 2010
George Sand, victime de la pédophilie
La Mare aux canards dans le Palmipède, page 2 : Frédéric Mitterrand énumère la liste des anniversaires culturels de l'année (cela fait un plein volume chaque fois, édité par le ministère de la Culture, et on ne sait plus où donner de la tête tellement il y a de commémorations diverses).
Centenaire de la naissance de Jean-Louis Barrault, de Jean Anouilh, de Julien Gracq ; centenaire de la mort de la cantatrice Pauline Viardot, du photographe Nadar et du Douanier-Rousseau ; bicentenaire de la mort de Frédéric Chopin et d'Alfred de Musset.
Il y a juste un problème. Si Chopin et Musset sont morts il y a deux cents ans, ces vieillards libidineux ont donc couché avec une gamine âgée de moins de six ans ! Dénonçons cette pédo-pornographie qui attente à la mémoire d'une grande dame des lettres (dont la place serait aussi au Panthéon comme le suggérait le Chi).
00:30 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, histoire, littérature
mercredi, 06 janvier 2010
Camus, de nouveau enterré
L'immense philosophe Bernard-Henri Lévy lance cette question au sujet de Camus : "Alors, philosophe pour classes terminales ? C'est la fâcheuse réputation qui poursuit Camus depuis, précisément, l'anathème jeté par Sartre et les sartriens."
Il ne dit pas qu'il reprend un titre d'essai de Jean-Jacques Brochier qui eut du succès un temps et qui est depuis oublié, sauf de ceux qui l'ont pris entre les dents et en gardent rancune, parce que l'on a connu pire. Pour nous prouver que Camus était un véritable philosophe, il écrit ensuite : "Et puis, secundo, une lecture, même cursive, de ses carnets, de ses notes, de telle lettre à Francine, ou à Brisville, ou à Claude de Fréminville, demandant l'envoi en urgence, à Lourmarin ou ailleurs, d'une édition de Hegel, ou de Spinoza, montre qu'il n'avait pas moins qu'un autre le souci d'en venir, toujours, aux textes mêmes."
Je tique à ce passage. Camus achète la magnagnerie de Lourmarin le 18 octobre 1958 et paye comptant avec l'argent du Nobel obtenu l'année précédente. Il décède le 4 janvier 1960. Il y séjourna moins de six mois parce qu'il était pris entre une série de représentations théâtrales, des festivals, des projets cinématographiques, des rencontres avec le Général ou Malraux, des invitations publiques à des conférences, des voyages en Italie ou aux Pays-Bas, et ses activités éditoriales chez Gallimard à Paris où il fait des allers et venues (on peut faire le détail si on veut du nombre de jours). C'est alors un homme public fort occupé et avec des revenants venus de toute part, qui se déplace énormément. Les livres de philosophie ne peuvent plus le suivre puisqu'il est déjà ailleurs. D'ailleurs, ils ne lui seraient d'aucune utilité : il veut finir son roman le plus personnel le Dernier Homme et adapter la Chute au cinéma. Le cinéma est son dernier désir et ce récit est aussi l'un des plus personnels. Sa bibliothèque avait été déjà transférée à Lourmarin et à son âge il possédait déjà l'ensemble des textes philosophiques classiques, il n'avait plus besoin de les demander alors qu'il se trouverait dans un autre lieu le jour suivant, d'autant qu'il ne vivait pas au bout du monde et qu'il était à l'abri du besoin.
Que vient donc faire la référence "à Lourmarin ou ailleurs" ? Lourmarin, c'est le lieu de la tombe. Le philosophe dépoitraillé et à cheveux longs s'imagine que cela avait toujours été le séjour de Camus et il fait comme si Camus avait agi de la même manière qu'à d'autres époques de son existence. Mais Camus à Lourmarin a été peu présent, sauf depuis sa mort. Les ailleurs, le grand télésophe à chemise blanche ne peut les nommer au fil de sa lecture cursive : il ne reste que le symbole du lieu choisi. S'appuyer sur la dernière année de vie de Camus en ignorant tout de ce qu'elle était du strict point de vue historique, voilà le programme de celui qui est indigné par l'expression "philosophe pour classe terminale" et qui se sent visé par cette formule. Camus était un écrivain, ce que n'est pas l'histrion des concepts télégéniques. Il avait un sens de la rigueur et de la vérité qui ne se retrouve pas dans ce texte pro domo sua. On a affaire à une mythologie faite de bric et de broc avec un Camus éternel qui n'a jamais existé, mais qui permet de justifier l'existence de mauvaises tribunes du Monde pour le membre de son prétendu conseil de surveillance. Lourmarin, c'est un symbole, ce n'est pas la vérité.
22:38 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, histoire, politique
Istiridye
- Benoît XVI a été jeté à terre par une femme manifestement déséquilibrée. Le Journal de Saône-et-Loire, 27 décembre.
- J'ai vu cette dame appuyée sur une cane. La Dépêche du Midi, 2 décembre.
- En sciant du doigt, il se mutile. Le Dauphiné libéré, 20 décembre.
Le mur du çon a été attribué à Nadine Morano qui fait décidément tout pour être classée hors-concours :
Demain, si je vais à Vichy, vous allez me parler de Pétain... Je n'ai pas à me justifier pour venir à Charmes [ville natale de Maurice Barrès]... C'est comme si on disait : "L'édit de Nantes a été signé à Versailles. Il a créé la guerre entre catholiques et protestants. On ne vient plus à Versailles." Vosges-Matin, 15 décembre.
Le Canard fait justement remarquer que l'édit de Nantes a été signé par Henri IV à... Nantes en 1598, comme l'indique son nom. Il met fin aux guerres de religion et ne les crée pas. Elles commencent officiellement par le massacre de Wassy en 1562. J'ajoute que le petit-fils d'Henri IV signe la révocation de cet édit à Fontainebleau en 1685*, que les persécutions reprennent alors, que le palais ou la ville de Versailles n'existaient pas sous Henri IV : c'était un simple petit village dont il ne reste rien et il y a un siècle d'écart entre les deux événements. Il existe bien un édit de Versailles, signé en 1787 par Louis XVI, mettant un terme aux persécutions de protestants. Et c'est ce genre de personnes ignorantes de l'histoire de France qui prétend débattre de l'identité nationale !
*Louis XIV a aménagé officiellement à Versailles en 1682 lors de l'achèvement de la Petite et de la Grande Ecurie, mais la cour est encore itinérante, parce que les constructions ne sont pas toutes achevées : l'église Notre-Dame commence seulement à être construite.
09:33 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, médias, histoire, langue française
dimanche, 20 décembre 2009
Avec comme prénom Verdun
La loi française était fort rigide pour le choix des prénoms. Seuls les prénoms du calendrier ou faisant référence à l'histoire de France étaient acceptés par l'officier d'état-civil. Il était donc fréquent que des prénoms originaux soient refusés. La loi du 8 janvier 1993 a assoupli le choix du prénom, qui est totalement libre, à condition de ne pas porter préjudice à l'enfant. L'officier de l'état civil ne peut plus, à lui seul, refuser le prénom que vous avez choisi. Néanmoins, s'il considère que celui-ci est contraire à l'intérêt de l'enfant, il en avise sans délai le procureur de la République, qui saisira le juge aux Affaires familiales. Ainsi sont refusés « les prénoms ayant une apparence ou une consonance ridicule, péjorative ou grossière, ceux difficiles à porter en raison de leur complexité ou de leur référence à un personnage déconsidéré dans l'Histoire ». L'affaire Mégane Renaud a relancé la controverse et la jurisprudence a tranché pour une plus grande tolérance encore.
Toutefois, la loi n'a pas toujours été aussi sévère. Il fut un temps où le prénom de Verdun fut attribué à bien des enfants, il était déjà un nom de famille peu courant et surtout répandu dans la Meuse mais aussi en Lorraine. Je l'ai découvert en lisant le grand seizièmiste (mais pas seulement) Verdun-Léon Saulnier lors de mes études. Dans le site que je place en lien, on voit un pic de naissance vers 1930 parce que les personnes qui nommaient ainsi leurs enfants avaient pris le temps de revenir à la vie, de travailler, de se marier, de tisser des liens avec les autres anciens combattants. On constate alors que ce n'était pas dans l'émotion de la bataille par de prétendus patriotes de l'arrière, que ce prénom avait été choisi après bien des réflexions, qu'il avait fallu du temps pour que se construise une mémoire collective ou personnelle et que c'est le moment de formation des ligues d'anciens combattants comme les Gueules cassées, les Ailes brisées ou les Croix-de-Feu qui finiront assez mal dans la collaboration la plus éhontée, même si le cas de de La Rocque est plus complexe.
Mais enfin... nommer son enfant Verdun alors qu'une nouvelle guerre se préparait, c'est un peu lourd du point de vue symbolique et ce n'est pas un héritage que l'on aimerait mériter. Toutefois, cela passait comme une lettre à La Poste alors que c'était l'un des théâtres d'un des plus grands massacres de tous les temps ! Imaginons maintenant un juif voulant appeler son enfant Drancy, Struthof-Natzweiler, Auschwitz, Dachau, Birkenau, Treblinka ou Sobibor. Que dirions-nous en tant que non juifs face à ce genre de provocation ? Nous hurlerions à l'horreur et dirions que ce n'est pas possible, puisque ces noms sont synonymes d'extermination (dans laquelle l'Etat français a plus que largement trempé, malgré ce que dit le divin président). Mais cela était possible dans la montée des extrémismes pour le nom de Verdun qui était revêtu alors de la pureté de notre combat pour une prétendue identité nationale, la civilisation et la reconquête de l'Alsace-Moselle, on acceptait fort bien des noms prétendument patriotiques et en fait nationalistes. La prétendue identité nationale, c'est aussi cela et pas seulement le fait de ne pas parler en verlan ou de ne pas porter une casquette à l'envers.
11:45 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, langue française, histoire
dimanche, 13 décembre 2009
Qu'est-ce qu'une carte de la Gaule ?
Dans le cadre du grand pseudo-débat sur l'identité nationale, examinons cette image. Que voyons-nous ? Une sorte de carte de France d'abord, mais sans aucunes frontières. Les contours correspondent à peu près à ceux de la France métropolitaine actuelle, si ce n'est que la Corse est absente et pour cause ! Elle était déjà romaine, après avoir été étrusque et grecque. Mais certains détails pourront choquer les historiens et encore plus les géographes. En effet, par exemple, on ne voit pas le golfe correspondant à l'actuel marais poitevin si cher à Ségolène Royal. Or, à l'époque romaine et jusqu'au XVIIIe s., ce morceau de terre n'avait pas encore été conquis sur la mer avec l'aide d'ingénieurs néerlandais. C'est un peu bizarre, on a affaire à une carte de France contemporaine superposée à une carte des divisions de la Guerre des Gaules. Ce qui me trouble le plus, c'est qu'on ne voit absolument pas la frontière française du Rhin alors que le reste du fleuve semble bien dessiné ! Je me demande bien pourquoi il a disparu sur son parcours entre Bade et Alsace sous l'aigle romaine ! C'est un des trucs qui m'ont tracassé durant mon enfance... C'est un peu biscornu cette séparation avec l'Allemagne par une aigle romaine.
Passons maintenant aux divisions des Gaules telles que les donnait César. Elles correspondent plus ou moins (enfin pas vraiment, on va le voir). Sauf que... la Belgique est repoussée sur le territoire de l'actuelle Belgique ! Ce alors que les autres provinces sont bien centrées. César considérait comme belges tous les peuples vivant au nord de la Seine et de la Marne. Cela inclut bien des régions, la Champagne, la Picardie,la Haute-Normandie par exemple et aussi des Lander comme la Rhénanie-Palatinat et la Sarre ou encore une nation comme les Pays-Bas. C'est un peu étrange, cette Belgique qui correspond à l'actuelle Belgique et non à la Belgique antique. Voilà qui permettra ensuite de fabriquer l'un des plus mauvais albums de Goscinny, Astérix chez les Belges. Les Belges sont donc des étrangers tout en ne l'étant pas.
Plus étrange encore, on voit la mention de Lutèce alors que la capitale des Gaules après la conquête était Lugdunum (Lyon) et que César avait fait d'Arles la principale ville de la Narbonnaise. Pourquoi donc Lutèce alors que l'on ne sait toujours pas si l'emplacement de la Lutetia antique était plutôt sur la rive gauche de Paris ou du côté de Nanterre ? Pourquoi alors que l'on se demande si ce n'était pas une cité avec des centres multiples comme on a pu le voir à Gergovie (l'un marchand, l'autre sacré, le dernier militaire). D'ailleurs, l'importance de Lutèce et des Parisii était limitée à cette époque, les peuples dominants étaient ailleurs. Mais comme Lutèce est devenue Paris, on calque la représentation de la France contemporaine sur la Gaule. Et on pourra retrouver ensuite des embarras parisiens dans la Serpe d'or, le Tour de Gaule, Astérix et les Normands, etc. L'important est la superposition des fictions.
Poursuivons notre investigation, César ne parle pas du tout de l'Armorique comme d'une des parties de la Gaule. Il n'en fait pas mention parce que ce n'est pas son objectif premier : il attaque d'abord en terres belgiques et plus ou moins germaniques, mais les guerres contre la coalition armoricaine n'ont pas été menées par lui, ce sont ses lieutenants qui l'ont faite sans sa présence, puisqu'il se trouvait en Italie et il intervient en dernier pour montrer qu'il est le vainqueur. Il ne mentionne donc pas l'Armorique comme une partie de la Gaule en préalable. L'Armorique n'existe pas à cette époque, c'est une confédération de tribus de la même région, mais rien de plus. Elle ne sera jamais une région romaine avant l'an 370. Et les frontières sont alors vastes : entre Garonne et Somme ! Soit en fait toute la Gaule dite celtique, plus une partie de la Belgique.
Revoyons cette carte, pourquoi l'Armorique a-t-elle été nommée ainsi ? Il y a une raison simple : Goscinny avait demandé à Uderzo de situer son village n'importe où, mais près de la mer afin de pouvoir réaliser des récits de voyage. Et il y a eu toujours une alternance entre récits dans le village et récits de voyage. Cela aurait pu se trouver en pays basque, dans le marais poitevin ou en baie de Somme, mais cela s'est trouvé en Bretagne sans doute à cause des menhirs qui ne sont pas particulièrement gaulois ou bretons. En effet, les menhirs sont pré-celtiques et on en trouve même en Champignacie. Qui dit menhir (voir les deux premières pages de l'album) dit automatiquement Carnac et donc Bretagne, que l'Armorique n'existait pas pour César n'a pas effleuré les auteurs qui l'avaient pourtant lu. On était dans la mythologie et le jeu sur les apparences.
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samedi, 12 décembre 2009
Nos ancêtres les Gaulois
Dans le cadre du grand débat sur la prétendue identité nationale, notre magnifique président a déclaré :
Chrétien, juif ou musulman, homme de foi, quelle que soit sa foi, croyant, quelle que soit sa croyance, chacun doit savoir se garder de toute ostentation et de toute provocation.
Certes, je comprends son point de vue, mais enfin... si nos ancêtres à tous les Français sont les Gaulois ne devrions-nous pas d'abord respecter des valeurs païennes et d'abord les dieux des Gaulois ? Pourquoi ont-ils été oubliés dans cet inventaire de toutes les religions qui seraient selon lui le fondement de la France et même de la République (il me semble juste qu'il a oublié quelques personnes au passage, mais lesquelles ?) En quoi seraient-ils moins français ? Et est-ce que les confessions chrétiennes ne seraient pas un peu ostentatoires par rapport à ce qui serait notre civilisation originelle où nous adorions des déesses à poil ? Nous voyons dans l'image ci-contre comment deux braves Français - qui ne savaient pas encore qu'ils étaient déjà français - manifestent leurs valeurs identitaires dans la langue de l'occupant et envahisseur actuel.
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mercredi, 18 novembre 2009
Guainoterie : Vichy n'a jamais existé !
Cela m'avait échappé. Voici ce que notre digne et extraordinaire président a déclaré dans la Drôme, lorsqu'il est allé s'adresser aux culs-terreux qui osent déclarer qu'on les prend pour des bouseux un peu niais.
Rien n’est moins dangereux pour la démocratie et pour la liberté que la République, fût-elle une et indivisible. Depuis deux siècles, à part l'expérience de la Terreur, nul totalitarisme n'a menacé nos libertés. C’est que la culture française est irréductible au totalitarisme.
Le Canard dans lequel je lis cette déclaration attribue l'origine des propos à Henri Guaino et cela ressemble en effet à une nouvelle guainoterie. BHL, pour lequel je ne manifeste pas la plus haute estime tant s'en faut, parlait à son sujet de maurrassisme et je crois qu'il avait un peu raison. Parce qu'enfin... comme le relève le Canard, c'est non seulement oublier un triste épisode entre 1940 et 1944, mais aussi les deux empires qui n'étaient pas des "havres de démocratie", or les deux empires ont été établis comme la continuation des deux premières républiques. Les pouvoirs spéciaux au gouvernement en Algérie ne sont pas mal non plus dans le genre de dictature dans une forme démocratique. Il l faudrait également parler des droits et libertés accordées aux "indigènes" de nos colonies, par exemple comment on manifesta le sens de la démocratie à Sétif ou Madagascar au moment de la libération du territoire français en Europe, comment les Martiniquais peuvent apprécier le jour de la Saint-Valentin. Et combien d'autres épisodes... L'armée tirant en rangs serrés contre des ouvriers, des femmes et des enfants à Fourmies, est-ce la meilleure preuve de la défense des libertés ? La Terreur aurait donc été le seul épisode totalitaire de notre pays ? Comme c'est étrange... Il n'y aurait donc pas eu de Terreur blanche au retour des émigrés, au moment de la Restauration ? Pour un fervent lecteur du Rouge et le Noir, cela peut sembler un peu bizarre cette dénégation. Le seul mal aurait donc été la Terreur et pas du tout les divers manquements aux principes de la Déclaration des droits de l'homme qui ont pu survenir ensuite ? Mais qui espère-t-on convaincre ainsi en ne donnant comme seule vraie faute l'époque de Robespierre ? Serait-ce parce que la comparaison avec d'autres époques et une en particulier serait un peu déplacée et inconvenante ? Dans l'opération de récupération de l'électorat d'extrême droite, on a connu plus subtil.
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samedi, 14 novembre 2009
Les manchots empereurs doivent aussi participer au débat sur l'identité nationale
Pour mener le grand débat sur l'indignité nationale, Eric Besson a été jusqu'à convoquer un personnage fort important :
Monsieur le Préfet, administrateur des Terres australes et antarctiques françaises.
Certes, ce haut fonctionnaire possède un statut équivalent à celui des autres préfets et hauts commissaires de la République, mais enfin... sa présence dans la liste des destinataires de la circulaire est pour le moins étrange. Non que je veuille me moquer des buts scientifiques de sa mission, mais le voir dans cette liste soulève quelques questions.
1) Les Terres australes et antarctiques accueillent des bases permanentes comme aux Kerguelen et en Terre Adélie, provisoires pour les îles éparses. Cela représente 140 personnes qui ne demeurent en poste que deux ans. C'est la population d'un hameau ou d'un pâté de maisons ou d'un immeuble HLM. Ces 140 personnes seront consultées au sujet de l'indignité nationale alors que les deux millions de Français résidant à l'étranger ne le seront pas, puisque la circulaire n'est pas adressée aux ambassadeurs, consuls et consuls honoraires alors même qu'il y a une représentation politique fort théorique de ces Français par des sénateurs et bientôt des députés.
Z) Le débat est absurde, parce qu'il se limite au territoire dit national, y compris le plus éloigné et le plus invivable. Il s'agit d'inscrire les questions dans la terre et surtout dans les frontières. Si la France avait possédé une station spatiale ou une base lunaire, celles-ci auraient été contactées puisque c'était encore le territoire national. Comme on peut faire du tourisme à la base Dumont-d'Urville, on peut craindre un afflux d'immigrés clandestins venus en pirogue rejoindre notre territoire forcément national.
3) J'ai du mal à comprendre comment les manchots empereurs ou les phoques peuvent faire partie des traditions françaises ou d'une spécifité française qui permettrait d'exclure des gens n'ayant "pas vocation à" vivre et travailler en France. Ou comment l'archipel Crozet ferait partie des paysages qui définissent la France. Certes, on me posera l'objection des Terres-Neuvas, mais ils chassaient le pingouin ou le phoque bien plus au nord et il y a fort longtemps dans des mers qui ne sont plus françaises. Il ne s'agit que des résidus de l'époque coloniale, laquelle est complexe puisque le but était multiple : affirmation de sa puissance militaire et surtout navale, affirmation de sa supériorité scientifique, volonté de conversion d'autres peuples à ses propres valeurs et à sa langue (c'était un peu raté dans le cas des Terres australes), expansion commerciale facilitée par le point précédent, coercition intérieure par des récits de découverte ou de combat qui font rêver les petits garçons.
4) Les TAAF ne font pas partie de l'Union européenne et les autres Etats ne reconnaissent pas ce territoire comme possession de la France à la suite du Traité de l'Antarctique. La France y exerce sa souveraineté de fait, mais elle n'en est pas propriétaire de droit. Il s'agit d'une terre étrangère dont la jouissance peut être révoquée et seule la fiction administrative française fait croire que ce serait une partie intégrante du territoire national.
5) Je propose une consultation générale des manchots et des phoques afin de savoir s'ils se sentent plus français, russes, américains, britanniques, australiens, norvégiens...
12:38 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, géographie, histoire, besson
mercredi, 11 novembre 2009
Henri Guaino est encore brouillé avec l'histoire
Il faudra signaler à Henri Guaino que la ville de Verdun est traversée par le fleuve la Meuse qui donne justement son nom au département, c'est même le centre de la ville :
L’amitié franco-allemande est scellée par le souvenir du sang allemand et du sang français mêlés pour l’éternité à la terre de Verdun, du Chemin des Dames, ou des rives de la Meuse.
La terre de Verdun et les rives de la Meuse, c'est presque identique ! Le Verdunois est fort vaste, il couvre presque tout le nord de ce département. On s'est certes battu au début plus au sud le long des côtes de Meuse qui ne font pas partie de la vallée de la Meuse tout en étant dans ledit département, mais enfin pourquoi cette redondance ? Sans doute parce qu'il songeait à un nom de cours d'eau afin de peaufiner sa période classique et qu'il a trouvé que la Somme, la Marne ou l'Yser n'étaient pas suffisamment évocatrices. On pourrait croire qu'il n'a jamais visité Verdun et la Meuse...
Il poursuit ainsi :
Et quand on va, à Douaumont, du cimetière français au cimetière allemand, dans le lourd silence de ces lieux où dorment tant de morts, on parcourt dans sa tête le chemin qui mène de la guerre à la Paix.
Il n'existe justement pas de cimetière allemand ou français dans l'ossuaire de Douaumont consacré aux inconnus de toutes nationalités, là où se trouvent la quasi-totalité des sépultures du lieu ! Mais il y a un cimetière en contrebas avec ses carrés de croix blanches pour les vainqueurs qui n'étaient pas seulement français et noires pour les vaincus qui n'étaient pas seulement allemands. Il n'y a qu'un seul cimetière national, divisé en carrés selon les origines ou les confessions. Les différents cimetières étrangers (russes, américains, britanniques, australiens, canadiens) sont des concessions du territoire national faites aux pays alliés, avec un statut d'extra-territorialité, et c'est pourquoi il n'y a aucun cimetière allemand en France.
C'est bien joli de vouloir jouer son Péguy et son Barrès à la fois, mais il faudrait quand même un peu de rigueur historique ou géographique, ou tout simplement politique, par moment et ne pas se laisser capter par le goût de la rhétorique des images faciles. Les morts passées n'excusent pas la mauvaise littérature.
23:05 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, histoire, géographie, meuse, langue française
jeudi, 22 octobre 2009
Un ratage
Voici un extrait d'un petit texte que j'avais donné comme lecture à des élèves de cinquième. Il est tiré des Enfances Renart, ou les aventures de jeunesse du fameux goupil. Ces textes sont postérieurs dans l'écriture aux premiers exploits racontés sous forme manuscrite, mais on les insère dans une sorte de pseudo-chronologie narrative et non historique, c'est la branche V mais cela se présente au début du roman pour les versions scolaires. Il faut dire que j'aime bien le Roman de Renart et que je m'en sers à beaucoup de niveaux, par exemple si je dois traiter la fable dans le but de l'argumentation ou en classe de troisième ou de première, cela peut faire un bon contrepoint à La Fontaine ou Orwell. Là, il s'agissait donc d'élèves de cinquième qui étudient le Moyen Âge et la Renaissance en histoire, mais je n'avais pas tout prévu. A la question, pourquoi Renart est-il mal reçu chee Ysengrin, j'ai eu des réponses peu en rapport avec ce qui était énoncé dans ce passage.
— Levez vous, dame Hersent,
faites lui un petit rôti
avec deux rognons et une rate.
J'ai entendu alors que c'était dégueulasse de faire bouffer du rat. La femelle du rat se nomme en effet rate ou ratte (sur le modèle de chat-chatte) selon les auteurs et le mot est récent si l'on prend une large échelle de temps (1848). On retrouvait là tous les préjugés ancestraux autour du rat, animal considéré comme nuisible et surtout porteur de maladies. La peste et le choléra, vous dis-je ! Un élève m'a assuré que les patates, ce n'était pas bon, et qu'il n'aimait pas les pommes vapeur. Un bon point, il connaissait autre chose que les frites surgelées. Un petit tour dans le dictionnaire a permis de voir que la ratte, pomme de terre, ne s'écrivait pas comme la rate, organe interne des mammifères. J'ai ajouté que l'Amérique n'avait pas été découverte lorsque le Roman de Renart avait été écrit. Il ne pouvait donc pas y avoir de pommes de terre en Europe, pas plus que de tomates, de haricots, de maïs. Mais la Renaissance et les grandes découvertes n'avaient pas encore été traitées en histoire à cette période de l'année, et puis l'histoire de la circulation des produits ne fait pas partie de l'enseignement le plus fondamental dans les programmes.
Mes élèves ignoraient donc qu'il y avait un organe nommé rate, faisant partie des bas morceaux en boucherie. Cela peut être encore recherché par les amateurs de tripes et d'abats, mais la génération du steak hâché, des boulettes de viande reconstituée et de la viande panée est désormais omniprésente. Il y avait donc un décalage culturel complet et pas simplement une méconnaissance du fonctionnement du corps ou bien des aliments en boucherie. Il faut dire que trouver de la rate ou des rognons en vente comme tels relève aujourd'hui de l'exploit alors que c'était bien des aliments populaires autrefois au même titre que la cervelle de veau, quand j'étais encore en culottes courtes. Il y avait un autre niveau d'incompréhension, lié à la culture médiévale que mes élèves ne pouvaient pas connaître : le jambon était la partie noble de la viande pour cette époque, parce qu'il était apprêté sur une longue période à la différence des ces bas morceaux que l'on pouvait laisser aux chiens. On a une différence entre nature et culture, le cru et le cuit, la viande des pauvres et celle des nobles. Je ne pouvais pas faire part de ces réflexions ethnologiques à ces élèves, tout au plus mentionner que la viande qui avait de la valeur à ce moment-lè était celle de certains morceaux externes. Et puis ils n'avaient pas entendu ce célèbre titre d'Ouvrard qui a fait la joie de mes jeunes années, puisqu'ils préfèrent les tubes des années soixante ou soixante-dix de leurs parents.
13:11 Publié dans Les mots de la vie | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : éducation, enseignement, langue française, orthographe, alimentation, biologie, histoire
mardi, 13 octobre 2009
Du haut de ces pyramides, 23 ans vous contemplent
Au sujet du Prince Jean, un godillot ose cette comparaison :
Ainsi, Jean-Christophe Lagarde, député (NC) de Seine-Saint-Denis rappelle à l’AFP qu’à l’âge du jeune homme - 23 ans -, «Bonaparte était général d’armée et il devait être en Egypte. C’est une tare typiquement française, où l’on considère que si on n’a pas 50 ans on n’est pas capable de faire quoi ce soit.»
Je ne sais si le député carpette est nul en arithmétique ou plutôt en histoire. Mais Napoléon est né en 1769 ; quand il a eu 23 ans, la République venait juste d'être proclamée ; de simple lieutenant, il se fait élire lieutenant-colonel de la garde nationale cette année par la menace ; mais l'année suivante, il n'est plus que simple capitaine d'artillerie, puis chef de bataillon (commandant) et se retrouve soudain sans affectation, car en disgrâce politique. C'sst en décembre 1793 qu'il est nommé général de brigade du fait de ses amitiés politiques et de son sens de l'intrigue auprès du parti au pouvoir, soit à 24 ans. Il ne commence la campagne d'Egypte qu'en décembre 1797, soit à 28 ans. A force de vouloir prouver à tout prix les absurdités présentes, on profère aussi des absurdités sur le passé. Parler de Bonaparte pour vanter les "généraux de vingt ans", c'est négliger le fait qu'il a dû d'abord sa carrière à sa fréquentation des salons et des cafés autant qu'à la répression des insurrections et qu'il a mené d'abord une stratégie de courtisan. Ensuite, parler de Napoléon présent en Egypte à 23 ans, c'est vouloir un peu trop prouver son opinion par des images d'Epinal. Et surtout prendre les électeurs pour des imbéciles qui ne connaissent que celles-ci.
20:42 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : ump, politique, histoire
vendredi, 02 octobre 2009
Le chafouin et le pitre
Il est parfois beau le pseudo-anticonformisme de pseudo-gauche de Marianne, il s'autorise de belles approximations et de beaux amalgames afin de faire croire qu'il est totalement indépendant et qu'il ne reepecte pas les réputations établies. Ainsi, sous la plume de Philippe Cohen qui fait dans les raccourcis grossiers et racoleurs comme ceux que l'on peut trouver en commentaires que l'on appelle lourdement :
Le gouvernement de Giscard – sous l’influence de Simone Veil - qui a interdit le chagrin et la pitié, ce film de Marcel Ophuls.
1) Le film n'a jamais été interdit à la diffusion, mais il ne fut pas diffusé à la télévision et ce pendant dix ans. On l'a projeté en salle dans les circuits parallèles fort nombreux alors, et il eut le bénéfice d'un bouche à oreille à cause de ce refus d'achat pour la télévision à deux chaînes publiques que l'on apparenta à une censure tellement les mots étaient vifs dans les années soixante. Tout était censure alors.
2) Cela ne s'est pas passé sous un gouvernement Giscard qui n'a jamais existé, mais d'abord sous la présidence de Georges Pompidou et un gouvernement Chaban. Simone Veil faisait partie du conseil d'administration de l'ORTF alors et elle ne deviendra ministre que cinq ans plus tard seulement. Le film était autofinancé et devait ensuite être acheté par l'ORTF qui n'était pas propriétaire des droits, sans quoi le film n'aurait jamais pu être vu par des cinéphiles comme Woody Allen (ne cessant de le voir et le revoir et y traînant ses dernières conquètes amoureuses).
3) Le film a quand même été diffusé à la télévision sous la présidence Giscard à la télévision dix ans plus tard, lorsque Simone Veil eut quitté le gouvernement Barre. La coïncidence est troublante, mais on ne peut pas dire que cette présidence avait interdit totalement le film à cause de Simone Veil ou qu'elle était sous son influence.
Parler d'interdiction à propos de tout et n'importe quoi sans voir la réalité des faits, c'est s'exposer au ridicule et surtout au discrédit quand il y a de réelles censures dans les médias dominants, mais ici non le Chagrin et la Pitié n'a jamais été interdit du tout ! Pas plus qu'un film de Pierre Carle ou de Jean Vigo n'est interdit sur TF1 ! C'est juste la loi du marché et du conseil d'administration, le film était une initiative privée et c'est la loi du privé qui s'est appliquée. Mais tout est bon à dire dans les démonstrations fausses à dessein. La semaine suivante, Marianne prend une position totalement opposée et tout aussi courageuse. Et si Philippe Cohen se contredit une fois de plus, c'est que l'on lui en veut pour ce qu'il est et non pour ce qu'il dit, déclarera la courageuse et brave rédaction de Marianne qui lutte ardemment contre la langue de bois et le politiquement correct dans un grand élan patriotique journalistique digne des plus belles démocraties publications populaires.
00:09 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, histoire, cinéma; film, ww2
dimanche, 19 juillet 2009
On refait l'histoire (version BHL)
BHL réinvente l'histoire :
L'histoire, disait Marx, a plus d'imagination que les hommes. Donc tous les scénarios sont possibles. Tous. La seule chose sûre c'est que ce Parti [socialiste] qui fut celui de Blum et de Jaurès est en train de perdre ce qui lui restait d'âme - et doit disparaître.
Rappelons quand même que ni Jaurès, ni Blum ne furent adhérents du PS qui ne fut créé qu'en 1969. Jaurès appartenait certes aux socialistes indépendants et au parti socialiste français avant la SFIO (à l'époque où il existait bien des partis socialistes différents en France qui se regroupèrent sous le nom de Section française de l'Internationale ouvrière), mais Léon Blum lui n'a jamais été inscrit au parti socialiste parce qu'il a eu le tort d'être mort trop tôt. Ce que je sais, c'est que les prétendus philosophes ont plus d'imagination que les historiens et qu'ils font mentir l'histoire avec des raccourcis simplistes et racoleurs conçus comme des slogans de pub.
14:52 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, politique, ps
lundi, 22 juin 2009
Pause cérébrale pour Aillagon
L'ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon - actuel président du domaine de Versailles après Albanel - aime étaler sa culture et surtout s'étaler avec des couenneries. Voici ce qu'il écrit dans son blogue à la date du mois dernier.
Au retour de Metz, je m’arrête, avec mes deux compagnons de voyage à Sainte Ménehould. Je leur propose de leur faire goûter un pied de cochon, spécialité locale. Nous nous attablons dans un bistrot. J’y suis reconnu par le député de la circonscription, Benoît (sic) Apparu, qui vient me saluer… Être reconnu à Sainte Ménehould, c’est tout un programme… Il est vrai que nous étions sur la route de Paris et non sur celle de Verdun via Varennes. J’en profite pour rafraîchir la mémoire historique de mes compagnons : la fuite du Roi, l’arrestation, le retour à Paris.
Passons sur le fait que la rencontre totalement fortuite entre deux personnalités du même parti politique dans une sous-préfecture de 5 000 habitants et dix cafés ou restaurants est un peu téléphonée. Mais je vois surtout que s'il a bien enseigné l'histoire, il ne connaît pas du tout la géographie. La route de Sainte-Ménehould à Verdun ne passe nullement par Varennes qui se trouve plus au nord et la route de Verdun dans ce bourg mène bien à Paris : c'est la même. Les chemins pour se rendre à Varennes en revanche sont doubles, par la Haute-Chevauchée ou par les Isletttes - c'est pourquoi Drouet a pu prendre un raccourci et devancer la lourde berline royale. Si le roi Louis XVI est passé à Varennes, c'est parce qu'il voulait se rendre à Montmédy qui se trouve au nord-ouest de Verdun, plus près de la frontière et qu'un passage par Verdun lui aurait fait effectuer un détour considérable. Tout cela sent le billet de blogue lourdement didactique, mais en fait fort confus et convenu. Mais cela fait si bien...
22:36 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, géographie, culture, politique
mercredi, 20 mai 2009
Les aventures du petit Jacques Martin
Les belles inventions de Jacques Martin dans Le Duel Tintin-Spirou (p. 64) :
Parce que je suis tombé amoureux de la bande dessinée à l’âge de douze ans. J’habitais le sud de Paris, et en allant prendre des leçons de piano un jeudi après-midi de congé, j’ai longé une salle de patronage à Chatenay-Malabry et j’ai entendu : “Que le grand cric me croque !”. Intrigué, je suis entré et j"ai vu un film qui m’a paru être un grand film d’action dans mon imagination enfantine. En réalité - Hergé me l’a confirmé bien plus tard - il s’agissait de petits films réalisés avec des images fixes tirées des aventures de Tintin.
Le seul problème, c'est qu'il est né le 25 septembre 1921 et que le Trésor de Rackham le Rouge où se trouve cette expression n'est paru en prépublication dans Le Soir qu'à partir du 19 février 1943 et en album que l'année suivante - dates où Jacques Martin suivait le STO. Que quelqu'un qui a travaillé pendant près d'un quart de siècle avec Hergé ne connaisse pas ses albums (tout en s'attribuant leur paternité) en dit fort long sur ses capacités actuelles (et aussi sur l'entreprise industrielle autour de son nom...)
21:36 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, bande dessinéee, histoire
samedi, 09 mai 2009
8 mai : quel nom ?
Assouline s'énerve :
Le 8 mai 1945. Mais encore ? Si l’on en croit les services de l’Elysée, il s’agit de ‘”l’Armistice”. Avec un “A” en capitale. Vous pouvez vérifier ici dans le communiqué officiel. Comme la date est précisée, aucune confusion n’est possible, il ne s’agit pas de l’armistice honteux de juin 1940 mais bien de celui de la Victoire…
Le problème, c'est que la célébration en question ne porte pas sur les deux redditions sans condition signées le 7 mai à Reims sans les plus hautes autorités militaires soviétiques, ou le 9 mai 1945 à Berlin au quartier général des troupes soviétiques en Allemagne, mais sur l'heure de l'arrêt des combats le 8 mai à 23 h 01 (heure d'Europe centrale) - soit 1 h 45 avant la signature complète de l'acte définitif de capitulation qui ne change pas cette modalité. La capitulation de l'Allemagne n'est pas un armistice, soit. Elle n'est pas plus la fin de la Seconde Guerre mondiale, puisque celle-ci se prolonge jusqu'à la reddition complète du Japon le 2 septembre (la capitulation avait été acceptée dès le 15 aoüt). Il y a eu d'autre part bien des redditions de l'armée allemande ou des armées de l'Axe avant, mais ce n'est par exemple que le 10 mai 1945 à 16 heures que la poche de Lorient sera définitivement libérée à la suite d'autres négociations parallèles et indépendantes, et que les combats cesseront en France.
Ce jour férié est une fiction collective : il correspond à la fin théorique des combats et donc à la définition d'un armistice, mais il ne correspond pas aux dates de signatures des actes de capitulation ; il est nommé jour de la victoire, mais cela fait un peu trop anti-germanique (raison pour laquelle l'Ex le suspendra durant son septennat), même si on précise ensuite victoire de la démocratie ; il est confondu avec la fin de la Seconde Guerre mondiale qui se prolonge en fait en Asie que l'on oublie souvent parce que la guerre sino-japonaise est antérieure à la Seconde Guerre mondiale. Et beaucoup de Français parlent couramment d'armistice, comme pour le 11 novembre, puisqu'en définitive la fabrication de ce jour mémoriel est une sorte de bricolage historique à contorsions multiples afin de ne pas insulter en permanence nos partenaires européens et désormais alliés. En outre, on a cru bon de le flanquer en 1985 d'un jour de l'Europe, aujourd'hui 9 mai, pour honorer Robert Schuman. Cela n'aide pas à rendre la date plus lisible.
15:04 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, langue française
lundi, 20 avril 2009
Aux armes, etc.
Le recteur de l'académie de Créteil (ou son nègre comme je le présume) écrit ceci sans rire au sujet de la Marseillaise qui doit absolument être enseignée dans les petites classes :
Repoussé par l'Empire, puis la Restauration, ce chant est fondamentalement un chant de défense de la République et de ses valeurs.
Il n'y a qu'un gros problème : la Marseillaise n'a plus été chantée sous le Consulat ! Or que je sache, le Consulat était encore la République (de manière formelle). Ce n'est pas moi qui l'affirme, c'est l'Assemblée nationale ! Que je sache l'Empire n'a pas été proclamé en 1800, mais en 1804. C'est sous la Répunlique même que cet hymne a été interdit pour la première fois avant d'être aussi interdit par d'autres régimes tous issus d'élections républicaines ou d'assemblées républicaines comme le Second Empire et Vichy. Il a représenté alors l'opposition à ces régimes autoritaires et non une simple défense de la République qui aujourd'hui fixe des quotas d'expulsions et d'arrestations comme valeurs des droits de l'Homme. Nous savons tous que la République peut être anti-républicaine et le seul but de l'opération est de priver l'opposition d'un chant de révolte possible. Cela me donne envie d'apprendre quelques couplets supplémentaires du Temps des cerises, de la Chanson de Craonne et de l'Internationale. Parce que la République, la vraie, la seule, celle du peuple, cela a été cela ! Et c'est ce qu'il faut transmettre. Malheureusement, c'est de gauche et donc non républicain ou non français pour le nouveau régime qui s'y entend en matière de définition d'une identité nationale assez hypothétique...
12:54 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, politique, ump, éducation, enseignement
vendredi, 27 mars 2009
Le fantôme de la Françafrique
Le prestigieux journal de référence du soir que l'on ne nomme plus ressuscite Jacques Foccart !
Son appel [à Nicolas Sarkozy] à la "refondation" d'une "relation privilégiée" a été lancé devant une délégation française où figuraient l'avocat Robert Bourgi, héritier des réseaux gaullistes, Jacques Foccart et le député-maire Patrick Balkany, proche de l'ancien ministre de l'intérieur Charles Pasqua.
Je me demande bien pourquoi Messmer ou Félix Eboué n'étaient pas aussi du voyage ! Ils sont en disgrâce auprès de notre souverain ?
19:21 Publié dans Revues de presse | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, politique, presse, journalisme, média, médias
jeudi, 05 mars 2009
GoogleMaps au secours du maire de Champignac
Parmi les âneries fréquentes de mon maire qui se pique d'histoire locale, d'érudition, de connaissance du milieu et de bien d'autres choses, je livre celle-ci qui ne peut être comprise que par les Champignaciens de stricte appartenance champignacienne ou de ceux qui s'amuseront à chercher les noms de rue dans Google Maps ou Géoportail :
Le samedi 28 mars verra aussi l'inauguration du passage entre la rue de Choiseul et la rue de Juigné, passage qui se nommera Guillaume de Champeaux du nom d'un évêque de Châlons du 13° [sic] siècle.
Il n'y a qu'un seul problème : les rues de Juigné et de Choiseul (du nom de deux anciens évêques comme le théologien médiéval Guillaume de Champeaux, cher à feu Jean-Pierre Ravaux, on est dans l'ancienne cité épiscopale) n'ont aucun passage commun : la rue de Juigné débouche sur la rue Popelin bien plus large, plus avancée, et celle-ci est reliée à la rue de Choiseul par la rue de Noailles (encore un évêque). Pour pratiquer un passage entre les rues de Juigné et de Choiseul, il faudrait d'abord abattre les murs de jardin de deux de ses anciens adjoints municipaux chargés l'un du Patrimoine et des Bacs à fleurs, l'autre du Commerce et des Schtroumpferies. Je m'étonne d'une telle ignorance : mon maire si expert en matière historique se trouverait-il en défaut ? Que nenni !
Peu importe qu'il ait confondu deux noms de rues à la fois. Il était présent lors des cérémonies du 11-Novembre, du 8-Mai, de toutes les journées de la Mémoire si diverse à cet endroit puisque l'on y trouve la statue de Jehanne en bergère, juste à côté du passage entre les rues Popelin (déjà nommée) et de la Trinité (qui n'était pas un évêque malgré les apparences, car on est dans le quartier des évêques). Mais enfin ! est-ce que son service municipal n'aurait pas pu lui donner une fiche à jour des noms de rues afin de lui dire que le passage en question passait vingt mètres plus loin ou que le passage en question partait d'une rue sans maison sur un coté pour déboucher sur une autre rue avec des maisons numérotées sur un autre côté et puis qu'il n'y avait aucune maison de part et d'autre du passage, aucun passant, mis à part la présence rassurante de Jéhanne en bergère qui veille en attendant le prochain défilé d'anciens combattants ?
Je peux comprendre que mon maire se soit emberlificoté dans les différentes dénominations de rues du centre-ville malgré ses quarante années de mandat public (je me perds moi-même dans les noms et je suis moins ancien que lui), je comprends moins qu'il ait pu faire confiance à ses services alors qu'il dessert cette statue depuis plus de quarante ans et qu'il avait deux (voire trois ou quatre adjoints fort proches des lieux, parce que je n'ai pas tout dit), je ne comprends toujours pas comment il peut annoncer qu'il va démolir les jardins de deux de ses anciens adjoints de droite comme lui. Parce que ce n'esf pas possible autrement, vu ce qu'écrit l'Oignon qui est parole d'évangile en Champignacie.
15:30 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, langue française, histoire
NIMBY et portnawak
L'Oignon révise la géographie :
Selon ces élus, le choix de l'Etat serait déjà fixé sur deux communes de Moselle et de l'Aube. L'étiquette « Champignac » se mariant mal à ce type d'installation [nucléaire]…
Diable... Je m'imaginais jusqu'à présent que l'Aube faisait aussi partie de la Champignacie et qu'elle faisait partie de l'aire d'appellation du champignac (avec cependant un domaine moins étendu, conséquence de la crise de la viticulture du début du XXe s.) , le fameux vin à bulles. L'argument est plus que spécieux : il existe déjà une centrale nucléaire à Nogent-sur-Seine dans l'Aube, deux centres de stockage des déchets à Soulaines et Morvilliers dans l'Aube, et l'Aube ne serait plus en Champignacie alors que se trouvait là l'une des capitales des comtes de Champignacie ! Mais il y a des départements qui seraient plus champignaciens que d'autres, quand bien même il n'y aurait aucune vigne de champignac dans l'arrondissement concerné.
Le réflexe NIMBY joue un peu partout, mais ce n'est pas en déniant à l'Aube sa qualité champignacienne que nos députés mârdais pourront améliorer les relations entre les deux départements : il existe depuis un siècle un très fort ressentiment contre le nord de la Mârde de la part des habitants de l'Aube et du Sud-Mârdais. Que leur action se fasse au profit d'une autre région très défavorisée et sacrifiée depuis la Première Guerre, l'Argonne, est une chose, mais aller dire que les autres Champignaciens ne sont pas en Champignacie et peuvent donc recevoir leur troisième lieu de stockage nucléaire, c'est plus que maladroit, c'est une faute. Est-ce qu'il n'y avait pas d'autres arguments à faire valoir, comme le fait que la région constitue la principale source en eau potable de toute la région parisienne ?
13:30 Publié dans En épluchant l'Oignon | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écologie, nucléaire, région, géographie, histoire
jeudi, 29 janvier 2009
Paroles lors de photographies
Prendre des photos à la campagne ou dans des petits bourgs est une entreprise à risques et à surprises dès que l'on touche un peu à l'habitat humain. Voici un florilège de réactions d'indigènes suscitées par la mise en pixels. Qui dit florilège dit choix. Cela ne préjuge pas des autres manières de réagir, celles-là sont plus ordinaires et sans faits marquantr.
L'attentive. Elle veut emprunter une petite rue descendante et puis elle attend que j'aie fini avant de s'engager, mais elle se ravise et me demande si la photo pourra être réussie vu qu'elle sera à contre-jour. Mais si je tenais à avoir la perspective vers la vallée en contrebas et les massifs après, j'explique que je peux toujours photoshoper si ce n'est pas assez clair.Admiration devant la technique informatique (le résultat ne sera pas formidable, mais j'aurai bien mes étages différents).
L'embarrassée. "Ne photographiez pas ! Tout est en désordre !" C'est une cour privée grande ouverte sur la rue, avec une foule d'objets hétéroclites exposés. Mais il y avait sans doute deux ou trois objets qui n'auraient pas dû se trouver là normalement et que je ne vois pas. Je dis que ce qui m'intéressait, c'était la splendide tête en bois peint de taureau qui trônait au milieu de cette dépendance d'un restaurant dont c'était justement l'enseigne. Mais on est en Alsace et il faut que tout soit absolument impeccable, à la suisse quand on est en représentation.
Les sarcastiques. Ils me voient mitrailler des maisons typiques du vignoble tout autour de la fenêtre où ils se sont massés pour regarder ce qui se passe dans la rue. Entre voyeurs, on peut se comprendre. Ce sont des vieux assez vieux et ils me demandent de les prendre en photo. "Mais, je ne suis intéressé que par les maisons, les bâtisses anciennes, les vieilles pierres. - Oh ! mais alors, si vous voulez photographier des ruines croulantes, nous sommes là pour vous." J'ai décliné l'invitation, je le regrette car ils avaient de vraies trognes de films d'avant-guerre, mais ils m'ont indiqué les deux lavoirs que je voulais prendre.
Le soupe-au-lait. Une voiture me barre brusquement le chemin alors que je circule à pied après avoir fait un tour le long des anciens remparts d'une petite bourgade. Un homme en surgit, véhément, agressif et tout en masse graisseuse, le poing dressé. "Qu'est-ce que vous avez à photographier mon jardin ? C'est une propriété privée ! Ce jardin est à moi ! Pour qui le photographiez-vous ?" Je tente alors d'expliquer que je ne photographiais pas un jardin particulier, mais l'ensemble des jardins pris entre les murailles et que peut-être il y a ce jardin, mais je ne saurais dire lequel puisqu'ils sont bien une trentaine. Il me demande alors si je travaille pour un guide touristique et je dois l'assurer que c'est à titre purement personnel et amateur que j'ai pris les photos, qu'il n'y a pas de livre ou d'article de presse payante au bout de la chaîne, que c'est juste pour moi, quelques amis et des inconnus, sans aucun gain financier. Il semble alors rassuré et il me laisse repartir, mais cet échange m'a liquéfié et je ne me sens pas le courage de prendre un pignon intéressant à l'angle de la rue où il est apparu tout rouge.
L'absurde. Elle ouvre brusquement la fenêtre de son appartement d'un immeuble collectif et locatif et déclare avec violence : "Pourquoi photographiez-vous donc ma maison ?" J'explique que je prends tous les pans de bois de la rue et non celui-ci en particulier. Elle me répond : "N'importe quoi !" Je ne le lui fais pas dire.
La retorse. Elle me voit photographier un coq gaulois de monument aux morts. il est sur la place principale fort en évidence, noms alsaciens et lorrains mélangés. Sujet d'une grande banalité. Elle décide alors de me dire pourquoi il y a des coqs sur les clochers au lieu de croix. Comme si je l'ignorais. Mais elle me parle ensuite d'une plaque commémorative bien placée dans un recoin de la mairie, dans l'ombre d'une voûte et je découvre alors un crime de guerre à la veille de la Libération. Le contraste entre le fier coq des morts au champ d'honneur de 14 et puis cette plaque austère, sobre et dans une semi-obscurité évoquant une chapelle des morts et déportés de 44 est flagrante. Ce n'était pas le plus évident qu'il fallait voir.
L'intéressée. Elle sort de son café en tenue de service et me demande si j'appartiens à une agence immobilière ou si je suis un acheteur potentiel. Il n'y avait pas encore de panneau à vendre sur la façade de l'immeuble. L'échange est nettement plus courtois que dans les deux cas précédents et elle me dit qu'elle me laisse continuer. Depuis le café n'a pas été repris.
L'intéressé. Il sort tranquillement de son domicile qui lui sert d'atelier, c'est un artisan du bois. Il pense alors que je travaille pour un guide touristique, mais comme je lui dis que ces photos seront sur la Toile il est rassuré, cela fera quand même de la publicité pour le coin, d'autant que je lui demande pourquoi tant d'artisans du bois se sont regroupés dans ce village en particulier, éloigné de toutes les routes, et non dans un autre. Toutes les pubs sont bonnes à prendre, mais celle d'un guide touristique reconnu aurait été encore meilleure.
Les andywarholiens. Je vois un immeuble en réfection et il possède une façade à pans de bois très belle, avec encorbellement. Il y a des échaffaudages devant, mais tant pis. C'est l'heure de la reprise du travail. Un ouvrier me demande alors si je travaille pour l'Oignon et comme je ne peux leur assurer que la photo sera dans les pages du grand quotidien régional issu de la résistance, cela ne semble plus les intéresser, d'autant que la Toile c'est fort loin et qu'on ne peut la découper pour l'afficher au bureau ou dans la cuisine.
L'érudit. Je prends des photographies des anciennes caves voûtées qui longeaient un des canaux de ma ville, on pouvait les observer juste avant leur démolition complète lors d'une des innombrables rénovations du centre-ville. Elles n'étaient sans doute pas des plus remarquables, mais elles empêchaient surtout des parkings résidentiels souterrains.Il en vient à me confier qu'il avait fait partie des amis du vieux Champignac et puis qu'il n'avait pas du tout apprécié la présidence de mon ami Olivier, parce que cela devenait trop politique, mais il a réadhéré car le nouveau président est vraiment apolitique, lui. Puis il dégoise encore sur quelques personnes que je connais un peu directement ou indirectement. Je me marre en silence de ce soliloque...
19:01 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : photo, histoire, politique, photographie, langue française
jeudi, 22 janvier 2009
10 suggestions de trolls historiques à votre convenance
- Affirmer le 21 janvier que l'on ne mangera que de la tête de veau ce jour, spécialement.
- Ecrire le 24 décembre au soir que Jésus est né quatre ou cinq ans avant lui-même et que ce n'est pas forcément en cette saison.
- Contester l'existence des siècles médiévaux ou la réalité des textes séparant la chute de Rome et l'avènement d'Otton Ier, empereur germanique.
- Nier le fait que les rois d'Angleterre aient eu le pouvoir de guérir les écrouelles en les touchant comme les rois de France.
- Déclarer que Néron n'avait pas que du mauvais comme dirigeant et qu'il était plutôt bon poète.
- Certifier que la langue officielle des Etats-Unis a failli devenir l'allemand.
- Enoncer que l'homme africain est sans histoire et sans mémoire.
- Citer Voltaire au sujet du Québec lorsqu'il parlait de "quelques misérables arpents de neige".
- Refuser le titre d'inventeur de l'informatique avant que le nom de Blaise Pascal ne vienne dans la discussion.
- Trouver des racines celtiques et françaises à Halloween.
Voilà de quoi remplir votre blogue d'une foule de commentaires avisés et vous serez agréablement surpris par les réponses pertinentes.
00:31 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, humour, langue française, langues
mardi, 20 janvier 2009
Obamaniaqueries
Un diaporama de Libération bourré d'erreurs dans les légendes :
Abraham Lincoln, élu une première fois en 1861 puis en 1865, a prêté serment sur une bible alors que la Constitution américaine ne l'impose pas. Depuis, cette pratique est devenue une coutume, respectée par la plupart des présidents dont Barack Obama.
Faux et vrai. Le président Theodore Roosevelt n'a certes utilisé aucun livre et Franklin Pierce ou Herbert Hoover n'ont jamais juré, mais ce n'est pas depuis Lincoln que cette coutume s'est établie, elle existait bien avant lui et on signale le cas de Quincy Adams comme une sorte d'anomalie, puisqu'il a prêté serment sur la constitution. Il y a une sorte d'aveuglement actuel à croire que les Etats-Unis seraient nés avec Lincoln seulement du fait de son monument colossal à Washington, la lincolnomania d'Obama n'est pas la seule histoire de ce pays, et d'ici peu on nous dira que c'est Lincoln qui a institué le Thanksgiving Day ou qui a débarqué du Mayflower.
Franklin D. Roosevelt, 1933: «La seule chose dont nous ayons à avoir peur est la peur elle-même -indéfinissable, irraisonnée, une terreur injustifiée qui paralyse les efforts pour passer du recul au progrès». Confronté à une grave crise économique, le démocrate lance le New Deal et une politique de grands travaux. Il est le seul président à avoir été élu trois fois.
Réélu trois fois aurait été plus juste.
A 32 ans, le démocrate Bill Clinton débarque à la Maison Blanche en 1992. «Il n’y a rien de mauvais en Amérique qui ne puisse être résolu par ce qui est bon en Amérique».
Plus jeune ancore que Kennedy ! On ne peut même pas prétendre à l'erreur de frappe : Clinton avait 46 ans.
Je comprends mal que l'on confie le soin des légendes à des individus incultes, incapables d'une petite réflexion historique ou de savoir se servir d'une encyclopédie.
22:35 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, usa, etats-unis, politique, presse, journalisme, média
vendredi, 16 janvier 2009
Le mythe du vin de glace
Confondre le début et la fin du petit âge glaciaire, c'est un peu rude à avaler lorsque cela vient du fameux journal de référence :
C'est en Moselle, lorsque s'installa la petite ère glaciaire au XVIIIe siècle, que les vignerons, sans doute surpris par des gelées précoces, se virent contraints de ramasser les grappes transformées en petits blocs de glace pour sauver leur récolte et qu'ils eurent la surprise de découvrir des moûts aux arômes insolites.
Elle était déjà en place depuis bien longtemps. La période de glaciation avait commencé cinq siècles plus tôt et le vignoble belge avait déjà disparu presqu'en entier à cette époque alors que le froid régnait depuis déjà deux siècles au moins. Le pic de la glaciation se situe à des moments fort divers lorsque l'on consulte les graphiques et il ne se trouve pas seulement au début ou à la fin du XVIIIe s. selon les lieux que l'on consulte. On ne peut pas dire que les vignerons du nord de la Loire étaient surpris : c'était leur lot quasi-annuel depuis des générations ! Des micro-climats ont pu protéger des terroirs fort septentrionaux et continentaux, mais en tout cas le froid a tué tout le vignoble anglais dès la fin du Moyen Âge (et peut-être parce que les importations de France étaient plus aisées du temps des Plantagenêts). Le petit âge glaciaire s'achève entre 1815 et 1860 selon les lieux, il serait difficile de dire qu'il s'installe un siècle plus tôt alors que nous en sommes sortis pour entrer dans un nouveau cycle météorogique pour lequel nous ne connaissons pas les aboutissants ou la durée ou la fréquence des pics ou la localisation des phénomènes. Mais le fait que des paysans aient été surpris, cela fait tout de suite histoire, conte ou légende. Notez que le thème de la prétendue surprise apparaît deux fois dans la même phrase, comme si cela devait être vraiment une action miraculeuse afin de transformer l'eau glacée en vin sous la forme d'un apologue vaguement chrétien ou païen selon le sens qu'on lui prête...
23:26 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vin, oenologie, météorologie, histoire, géographie
mercredi, 14 janvier 2009
Jeu pour la création du musée de l'histoire de France
Notre divin président a décidé la création d'un musée de l'histoire de France. On commence déjà à ricaner et à se demander quand commence le nom de la France, en tout cas pas à Vercingétorix comme cela se faisait auparavant et comme cela semble être la référence du magnifique président qui ne connaît pas d'histoire supérieure à celle de Lavisse.
Mais surtout, se pose la question de ce que l'on pourra bien mettre dans ce musée. Parce qu'il ne suffit pas de créer les murs, il faut encore les remplir. C'est ainsi que Pompidou a dépouillé des musées nationaux et des collections pour Beaubourg, Giscard pour Orsay, Mitterrand pour l'IMA, Chirac pour les Arts premiers. Comme on ne peut pas déplacer toutes les oeuvres, tous les monuments, tous les textes, je crois qu'il faut se rabattre sur des objets simples et compréhensibles, qui n'appartiennent pas déjà à d'autres musées ou bibliothèques. Voici donc ma proposition pour le premier objet exposé dès la cour d'entrée que l'on retrouvera de la même manière que les Bourgeois de Calais devant chaque musée :
C'est simple, pratique, tout de suite compréhensible. Un objet sarkozyste parfait. On mélange beaucoup d'ingrédients incompatibles ensemble, on les fait cuire à la bouillie de manière à ce qu'ils perdent toute saveur et on demandera aux convives de rajouter des épices selon leurs envies, puis on pourra resservir le même plat durant la semaine sous forme de restes de nouveau assaisonnés ou en bouillon peu clair. En outre, cela illustre parfaitement ce que peut être l'histoire de France, du fait de la valeur symbolique du plat. Ce serait d'ailleurs un hommage à l'homme extraordinaire qui a voulu faire inscrire la gastronomie française au patrimoine mondial de l'humanirté, établi par l'Unesco.
Je lance donc un grand jeu : quels objets symboliques de l'histoire de France et du sarkozysme (puisque les deux ne font plus qu'un) voudriez-vous voir rentrer dans ce nouveau grand musée ?
13:57 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (23) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, politique, ump, sarkozy, humour
dimanche, 11 janvier 2009
Tours et détours du Monde sur Tintin
Dans une séance de clavardage, le journaliste du journal de référence Hervé Gattegno déclare :
Il faut dire deux choses : d'abord, que Hergé a toujours très mal vécu ces tentatives, presque comme des agressions, des dépossessions ; et, du point de vue du lecteur, quand on a vu certaines de ces tentatives, on ne peut pas ne pas être frappé par la différence incroyable qu'il y avait entre les planches dessinées par Hergé et celles de ses collaborateurs. Ce sont les mêmes personnages, c'est la même façon de dessiner, et pourtant ça n'a rien à voir.
Le problème, c'est qu'il n'existe en fait qu'une seule planche pouvant servir à son argumentation. C'est la fameuse fausse planche réalisée par Jacques Martin et Bob De Moor que l'on peut voir ici en l'agrandissant. Or cette planche est fort proche de certaines de l'Affaire Tournesol et d'Objectif Lune, sur lesquels les deux mêmes dessinateurs ont travaillé à la fois pour le scénario et le dessin.
En revanche, il faudrait plutôt parler des albums de Tintin par Bob De Moor. Son dessin est particulièrement visible dans quelques albums comme l'Ïle Noire pour la nouvelle édition couleur de 1965 après celle de 43 (son trait plus fin est fort visible), Tintin au pays de l'or noir pour toutes les révisions successives d'après 1950 qui n'ont jamais été données comme une nouvelle édition même si on a eu une révision totale en 71 (pour les mots en arabe, l'absence de référence au statut d'Israël et de la Palestine sous le protectorat anglais d'avant 49*) et surtout Tintin et les Picaros où il semble être seul aux commandes à la fin de l'album dans la scène du carnaval.
* Cette histoire ajournée pour cause de guerre, mais parlant de la guerre à venir en mai 40, a été reprise et continuée dans le journal de Tintin en 1948, puis publiée en album en 1950. Mais l'actualité du proche Orient avait changé entretemps. Tout l'album a été revisité et cela s'exerce aussi sur des dessins sans allusions politiques ou historiques précises. Ce ne sont pas seulement des agressions ou des dépossessions de la part de collaborateurs auxquelles on a affaire, on a eu un désinvestissement d'Hergé de ses anciennes histoires et il faut bien le dire, des albums de Tintin ne sont pas d'Hergé, sauf un peu pour le scénario de départ. Mais il a approuvé et appuyé ces réécritures. Comment peut-on dire que les albums presque entièrement dessinés par Bob De Moor seraient supérieurs à la fameuse planche bidon ?
11:17 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bd, bande dessinée, histoire, presse, journalisme
samedi, 10 janvier 2009
Fric, frac, froc, frinques, frusques, frippes et fric
Dans Marianne, on rapporte les propos de l'éditorialiste à goût de tisane tiédasse, sauf quand il est du côté du pouvoir.
Alain Duhamel publie un livre, La Marche consulaire, dans lequel il explique distinguer « chez Nicolas Sarkozy un Premier consul contemporain, à ses débuts, un Bonaparte en frac ». Du neuf en somme !
Sauf que... si l'on s'interroge. Le frac était l'habit de buste ordinaire pour les civils et les militaires d'un rang élevé depuis la fin du XVIIIe s. jusque vers le milieu du XIXe s. Après, il deviendra un habit pour certaines corporations ou cérémonies. Napoléon ou Bonaparte a souvent été en frac puisque c'était le vêtement des gens aisés ou puissants à son époque. C'est un peu comme si l'on parlait comme d'une nouveauté d'un Obama en jeans ou d'un Louis XIV à perruque ou d'un Lincoln portant la barbe. Le mot frac a bien changé de sens depuis deux siècles et de vêtement ordinaire ou négligé, il est devenu vêtement de prestige, désuet, renvoyant à l'Ancien Régime. Je ne sais trop ce qu'a voulu dire l'éditorialiste insipide et peu sapide, mais enfin... frac ne veut pas du tout dire contemporain !
18:29 Publié dans Carabistouilles | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : journalisme, presse, média, médias, mode, histoire


