mercredi, 21 mai 2008
Bigrammes
Dans le supplément réticulaire de Libération (un tout petit peu moins mauvais que lorsqu'il était imprimé), Ecrans :
Chris Harrison, chercheur au Human-Computer Interaction Institute (Pittsburgh), déjà connu pour ses outils de visualisation du net ou pour sa transformation de la Bible en réseau social, a profité du corpus fourni par Google pour lancer deux nouveaux projets de visualisation.
Le premier se base sur les trigrammes (des ensembles de trois termes) débutant par un pronom personnel anglais.
Et :
Le deuxième projet, pas encore complètement terminé, analyse uniquement des bigrammes.
Le problème, c'est qu'en traduisant cet anglais un peu flou et confus, on ne suit pas le sens ou l'origine de digramme (di- étant grec comme -gramme, alors que bi- est latin, et après on devrait avoir un quadrigramme, un quinquagramme ?) En outre, on appose le sens de mot ou de lexème à ce qui est en fait un graphème dans la notion de digrammme ou de trigramme. Voir le mot comme un signe unique pourquoi pas ? Mais il me semble qu'il y a mélange des codes dans ce cas.
18:41 Publié dans La mal-langue | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : langue française, anglais, grec, latin, internet
samedi, 10 mai 2008
Lesbien raisonnable ?
Ô Sappho, réveille-toi, ils sont devenus fous !
Les habitants de l'île de Lesbos, située en Grèce, au nord-est de la mer Egée, veulent revendiquer en justice l'usage exclusif du terme lesbienne, «usurpé» selon eux par les homosexuelles.
Si je comprends bien, même les hommes de l'île de Lesbos veulent être des lesbiennes ? Le point de vue se défend et il peut avoir quelque chose d'agréable. Mais cela n'aura aucune valeur dans les langues autres que le grec (et encore pas même à Chypre qui parle aussi grec).
Fort heureusement, il n'existe plus d'habitants de Sodome pour se plaindre auprès de l'Etat d'Israël afin de réclamer le droit exclusif de se nommer sodomites. Quelquefois des châtiments divins ont des résultats heureux pour le langage.
(Grâce à ce billet, j'ai pu placer des tas de mots clés qui me rapporteront plein de trafic, c'est dommage que je n'ai pas pu placer aussi une image de Sappho nue...)
21:23 Publié dans Langues du monde | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : grec, homosexualité, langue grecque, lesbienne, langue française, gay
dimanche, 16 mars 2008
Quinquangulaire vs Pentangulaire
Sur la France Inter, j'entends au journal parlé qu'il faut dire pentangulaire et non quinquangulaire.
Pourquoi ? Sans doute parce que le premier terme est moins bien représenté dans Google : 11 citations réelles contre 47 pour le deuxième (chiffres pris dans les pages francophones et avec élimination des doublons, car sinon on a des résultats de 20 contre 2 160). C'est donc la logique de la référence Google qui a joué.
Or, si pentagulaire et quinquagulaire sont des néologismes tout chauds, à peine sortis de chez les Ch'tis, l'un présente bien des défauts, d'abord un mélange d'élements grec (penta) et latin (angulaire). Ensuite, une absence de cohérence dans la série triangulaire, cela peut passer à la fois pour grec et latin mélangés, mais quadrangulaire cela ne ressemble pas du tout à une préfixation grecque qui serait tétrangulaire. Bon... il n'existe pas de diangulaires ou de biangulaires, quoi que cette particularité physique ne manquerait pas de m'intéresser.
Alors pourquoi penta ? Sans doute parce que ce terme grec est plus répandu que tétra : pentagone (le tétragone est un carré ou un rectangle ou un losange, donc un quadrilatère), pentamètre, pentathlon (on cherche le tétrathlon). Et on refuse le préfixe latin attendu dans la série et normal dans cette formation au motif que penta est plus employé sur la Toile pour ce mot, mais pour de mauvaises raisons comme l'attraction de sens et de forme !
Et pourquoi doit-on dire "il faut dire" alors que les deux termes viennent tout juste d'apparaître ? Google n'est pas un dictionnaire de référence ou une académie, juste un relevé des usages, parfois erronnés comme ici. Je me rangerai à pentagulaire quand on aura dit que la série est irrégulière et absurde.
13:35 Publié dans Le français qui se fait | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : langue française, néologisme, politique, latin, grec, chiffres
dimanche, 17 décembre 2006
Les aveugles
Elle s'enfuira la douce sensation de l'écoute attentive de tout.
Sourd, tu évolueras dans les grands sons que tu as tant adorées.
Ils te frapperont le corps, énormes poutres,
mais toi, tu ne les attendras pas.
Aveugle, tu descendras le courant du Temps,
chose sans âme, les vagues intérieures toutes puissantes,
dans les fortes trombes,
où viennent de partout, sont frappés et s'immobilisent dans le grand tourbillon
des milliers d'aveugles et de sourds comme toi.Tu glisses, tu glisses comme le poisson
et nulle part ne pousse sur toi, branche aérienne,
le tendre désir de la vie,
celui qui te faisait ramasser dans ta pupille
comme les stries de l'Inconnu.
Encore un peu et tu heurteras, toi aussi, enduit d'argile,
ce gigantesque mur ténébreux
où tout est collé, empreintes de ceux qui ont existé,
bas-relief d'un art primitif,
corps enchevêtrés l'un à l'autre,
figures de mort que nul regard n'admirera ;
aucun doigt ne palpitera sur eux,
en les parcourant en hâte
pour épeler avec des larmes muettes tempêtes et passions.
Olga Votsi
19:33 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poème, poésie, écriture, grèce, grec
samedi, 16 décembre 2006
Nous puiserons
Mémoire d'oiseau, d'hirondelle,
mémoire de l'eau,
couronne du Monde qui nous glorifie d'un bord à l'autre,
choses surnaturelles et simples
que nous tenions parfois dans nos mains comme des galets,
vous palpitez encore jusqu'ici-bas, dans ce cachot de prisonniers,
menus frissons venus du bout de la Création.
Jusqu'ici-bas où l'on écrase le corps de l'autre — pâte infortunée —
pour plonger sans cesse dans les ténèbres,
les ténèbres que nous avons aimées.
Vous jouez toujours avec l'infini,
vous vous rassasiez toujours du désir de la lumière,
bruissement de l'eau,
queue d'hirondelle,
éclair de joie.
Tenez tant que ce corps en est capable,
lui qui ne peut être entraîné dans votre félicité,
prisonnier avec les autres dans ces humides cachots profonds ;
ne vous arrêtez pas pour chanter à notre fenêtre.
Désormais nous vous puiserons du fond de votre propre puits.
Nous plongerons dans des toises de mémoire pour en retirer les ceintures d'or de la vie,
le filet rempli de chants d'oiseaux,
la récolte de la lumière,
dont sur la terre, couverts de terre, nous nous privons
et parmi tant de riches cadeaux, nous nous enfoncerons
dans le cœur, à l'improviste, l'épée d'argent.
Olga Votsi
19:30 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poésie, poème, écriture, grec, grèce
vendredi, 15 décembre 2006
Branches
Arcs muets de l'extase,
énormes branches de la nuit,
secouées par l'infinie fraîcheur des ténèbres
pour vous rassasier de l'aube
agiter votre silence dans la joie et le ciel.
Monde puissant et opulent
qui mûrissait ta richesse en paix,
caché dans la matrice du Secret clos
sous la protection de la Nuit immense,
qui suffisait toute à élever la fièvre
jusqu'au plus léger souffle des hauteurs.
Rosée immaculée de la terre, tu t'es épanouie aujourd'hui
afin que l'homme, timidement, pose en toi la trace de son pied,
plonge dans la vague de bonheur que tu lui offres,
pour le Mystère,
qui chaque nuit naît devant sa porte,
— mais, aveugle, il ne s'en aperçoit pas.
Aujourd'hui, toute l'infinie Complaisance a fléchi
pour que, comme un insecte, l'homme tout entier prenne place dans la senteur divine.
Olga Votsi
19:15 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poème, poésie, écriture, grèce, grec
jeudi, 14 décembre 2006
Le visage couvert
Le visage couvert du voile de la honte, en silence, la tête basse, la bouche verrouillée, je vais reprendre le meilleur des outils : la prière,
pour que ma langue se délie, retrouve toute sa vigueur, et qu'à nouveau des chants de soupirs et de pleurs jaillissent vers le ciel.
Olga Votsi
19:26 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poème, poésie, écriture, grèce, grec
mercredi, 13 décembre 2006
Ciel nocturne
Flèche soudaine,
stupeur inattendue, venue de tant de velours noir, de tant d'or,
éblouissement vertical qui m'a clouée
pour accueillir l'aspect nouveau du ciel,
les silencieuses vagues d'ébène infinies,
la toute-puissance du grand Silence.
Je ne trouve pas de place
pour loger la blessure du ravissement.
Instant qui as fendu mon cœur en deux
pour que l'Ineffable passe au travers,
serre de vautour, impétueux éclair,
et me déchire avec tendresse de haut en bas,
m'empêche de fuir,
me contraint à rester immobile
avec tout le sang du bonheur
coulant doucement des plaies désirées.
Olga Votsi
19:46 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, poème, poésie, écriture, grèce, grec


