jeudi, 15 février 2007
La machine à paroles creuses
Qu'est-ce que Google ? Est-ce simplement un moteur de recherche, une gigantesque base de données qui part de plus en plus dans tous les sens, ou bien surtout une formidable machine à parler, à déclencher la parole ? Le problème avec Google dans les blogues et les forums, c'est que même si l'on n'a strictement rien à dire au sujet de la marche du monde, de ses angoisses métaphysiques, de ses admirations ou détestations artistiques, des problèmes de dégoûts alimentaires du petit dernier, on trouvera toujours quelque chose à dire grâce aux magiques doodles qui changent sans arrêt en fonction d'événements parfaitement ritualisés, mais qui ont bien l'apparence d'une surprise.
L'essence de l'interface graphique de Google est celle-ci : une épure complète, ou presque complète, un fond blanc et puis les lettres dans des couleurs diverses qui pourront ensuite se décliner de toutes les manières possibles, parfois en insistant sur l'une ou en privilégiant certaines plus que d'autres. On est très près de United Colors of Benneton, la stratégie marquetingue est la même : Google ne relaie pas l'événement, il fait l'événement, il est l'événement. Comme dans les pubs de Benneton, on a affaire à la récupération de faits extérieurs afin de mettre en valeur l'idée que Google (ou Benneton) défend des idées morales et interpelle les spectateurs-clients sur des faits qu'ils ignoreraient sans eux. Mais si Benneton faisait dans la provoc trash et hard, Google joue sur ce qui est le plus consensuel et creux, quitte à se planter comme lorsqu'il célèbre la journée de la francophonie avec le drapeau français et non le drapeau de l'OIF (et oublie au passage les neuf dixièmes de l'OIF). Google est cucul-la-prâline. C'est pourquoi il célèbre toutes les fêtes nationales, les fêtes religieuses ou commerciales, les compétitions de toutes sortes.
Le Doodle est un piège à abrutis qui ne savent pas quoi écrire et qui demandent alors ce que l'on pense du dernier doodle ou qui se déclarent surpris, enthousiasmés par le dernier goodget. C'est ce qui vient d'arriver au sujet du doodle, celui de la Saint-Valentin (ne demandez pas aux cerveaux de Google de chercher un doodle différent pour le 14 février, il faut que l'on fasse un machin faisant parler de Google et ce jour-là ou un autre c'est sans intérêt). Le résultat, un buzz sur la blogosphère au sujet d'une prétendue erreur d'orthographe alors que l'on a affaire à un logo, donc un élément graphique, et non à un nom, plus des dépôts de noms de domaine. Buzz repris dans le Monde interactif. Mais dans tout ce bruit, on sait que le but de Google a été atteint : faire parler de lui encore au sujet de la queue d'une fraise qui est et n'est pas son L. Sur trois fois rien. Le but du moteur a été atteint : parasiter tous les événements et devenir l'événement à la place du fait principal, se servir de la cause (ici assez kitsch et sans aucune dimension ontologique) pour faire que son nom apparaisse plus que celui de ses concurrents. C'est de la publicité avec mines déflagrantes comme chez Benneton. On parle du produit Google et pas de la Saint-Valentin même si la fraise (une sorte de cœur par un raccroc graphique tordu) évoque la fête. Cela a sans doute ses limites, mais je ne les vois pas encore et je ne les devine pas ; toutefois je ne crois plus à l'avenir de Google depuis un bout de temps. La machine à parole de Google va finir par se casser la figure.
21:45 Publié dans La vie des blogues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, web, internet, google, googe


