vendredi, 19 février 2010

Tartifouette

Je connaissais déjà la tagliaflette comme variante pseudo-italienne de la tartiflette, puis la ch'tiflette, la martiflette ou marouflette, la vosgiflette et voici à présent la tartifouette ainsi définie au sujet de l'appellation AOC charolais :

Pour une recette d’hiver avec du chèvre, vous pouvez tenter la «tartifouette», déclinaison caprine de la tartiflette. Il faut 1 kilo de pommes de terre (charlottes, BF15…), trois oignons, 300 g de poitrine fumée, trois fromages de chèvre secs, huile d’olive, poivre.

Si je comprends bien, il s'agit d'écouler les produits locaux en les fondant avec une recette paysanne roborative à base de pommes de terre dans presque tous les cas. Soit on garde le faux suffixe -flette, soit on le change comme ici où on emploie le verbe fouetter pour connoter une odeur forte.

Mais on a encore la tartin'flette créée par et pour les boulangers, la pizza'flette qui est une recette individuelle, la croziflette aussi (avec des crozets), l'om'flette aux oeufs. La mode de la tartiflette remonte à une vingtaine d'années et comme c'est un plat simple, on peut en changer les ingrédients et surtout les noms.

jeudi, 04 juin 2009

Pluriels gastronomiques

Sur le modèle de la règle des cuistres pseudo-italianisants qui écrivent un spaghetto, des spaghetti, un canellono, des canellloni, nous vous proposons une extension de cette règle à tous les plats, mets, breuvages d'origine étrangère qui se terminent par -o ou par -i afin de bien marquer leur exotisme et leur caractère étranger à la langue française : ils ne doivent jamais avoir de pluriel en -s.

Italo-japonais : un susho, des sushi.

Ttalo-russe : un zakousko, des zakouski, un pirojko, des pirojki.

Italo-grec : un rako, des raki.

Italo-écossais : un whisko, des whiski.

Italo-suisse : un roesto, des roesti.

Italo-belge : un waterzoo, des waterzoi.

Italo-indien : un poulet colombo, des poulets colombi.

Italo-espagnol : un chorizo, des chorizi.

Nous pouvons étendre la même règle aux noms qui se terminent en _a ou en -e, sur le modèle d'une pizza, des pizze.

Italo-espagnol : une paella, des paelle, une tortilla, des tortille.

Italo-maroco-tunisien : un tajina, des tajine.

Italo-grec : une feta, des fete.

Italo-belge : une caricola, des caricole.

Italo-russe : une solianka, des soliake, une vodka, des vodke.


Ces règles fort intéressantes et utiles prouveront de manière certaine que non seulement vous êtes gastronome et fin oourmet, mais en outre polyglotte accompli et fort ouvert aux autres cultures pourvu qu'elles puissent conserver leur aspect authentique et original. Ce pluriel fonctionnera comme un marqueur social qui vous permettra d'intégrer pleinement une classe cultivée et cosmopolite. En effet, il n'est rien de plus haïssable que la marque de pluriel en -s française, celle-ci n'existe dans aucune autre langue européenne comme on le sait, mais il est bien trop difficile d'apprendre toutes les marques de pluriel possibles alors autant simplifier les choses en inventant le nombre gastronomique sur un modèle simple qui ne devra rien au -s petit-bourgeois des monolingues.

samedi, 21 mars 2009

Vers la surimisation de la nourriture

Via Bakchich, ce chapeau de LSA le magazine de la grande distribution :

Dominé par le jambon cuit, le marché de la charcuterie continue de croître. Cependant, dans un contexte où les marques de distributeurs ne cessent de renforcer leurs positions, les marques nationales et les entreprises régionales sont à la recherche de nouveaux leviers de croissance : bien-être, bio et halal sont des axes privilégiés.

Du jambon halal, et pourquoi pas cachère tant qu'on y est ? Cela ressemble aux steaks de soja des végétariens. Est-ce que l'on peut qualifier des éléments de poulet ou de dinde recomposés à la manière des surimis comme étant du jambon puisque cette pièce de viande est prise en un seul morceau dans un pied du porc avant d'être débitée. Comment peut-on refaire un jambon ou pied de cochon sans utiliser du cochon ?  Cela voudrait dire que les tranches vendues sous cellophane et en barquette sont pensées comme des aliments essentiels, alors que le morceau de jambon qui pendouille pour sa fumaison ou qui est trempé pour sa salaison n'existerait plus dans la réalité des consommateurs. On assiste à quelque chose qui est depuis longtemps présent dans l'air : le lait est tiré d'usines qui fabriquent de la poudre, les poissons naissent tous carrés, panés, et surtout sans arêtes, les mammifères sont invertébrés à preuves les hamburgers, les fromages doivent avoir une croûte plastique, métallique que l'on peut détacher délicatement de ses mains d'un seul coup parce qu'ils ont été toujours été conçus comme ça ! Et les surimis sont plus agréables à regarder que des crustacés et des poissons avec leurs gros yeux vitreux.

Quand on aura finalement établi comme seules normes le poisson pâné, le steak de soja, le hamburger, le surimi, le jambon halal, le fromage hollandais, il sera temps de penser à l'étape suivante : la plaquette ou la pastille alimentaire contenant d'ailleurs les cinq légumes et fruits recommandés par jour.

jeudi, 01 janvier 2009

Vosgiflette

En circulant dans les hautes Vosges, quelque part entre Ventron (prononcer Venn-tron), La Bresse et Le Thillot, ou plutôt entre vallées de la Moselotte et de la Moselle,  je suis passé par le col du Ménil où j'ai découvert par un grand panneau publicitaire qu'il existait une spécialité locale jusqu'ici inconnue de moi : la Vosgiflette ! Un restaurateur s'en prétendait même l'inventeur et avait déposé un symbole Registered ® en guise d'épouvantail à moineaux. Je consulte donc aussitôt après mon oracle préféré ; saint Google qui me dit que ce mot apparaît 119 fois seulement (aujourd'hui 124, bientôt deux ou trois plus, grâce aux pouvoirs magiques des flux RSS propres aux blogues). En lisant la recette, je me suis demandé où était la différence d'avec une bête tartiflette savoyarde et ce qu'il pouvait y avoir de proprement vosgien. Certes, les tofoyes doivent avoir bien poussé du côté du Val d'Ajol ou de l'Alizon, entre deux périodes de gel. Certes, le lard doit provenir d'un de ces charmants suidés qui se nourrissent des tofoyes dont ne veulent même pas les Vosgiens. On a aussi dû fumer sa viande au son de l"épinette lors de fiauves. Certes, la crème doit provenir de braves et lourdes vaches ayant estivé à Rouge-Gazon ou à l'ermitage du Frère Joseph, et puis on a dû la préparer dans une migaine comme pour une quiche, mais tout cela ne suffit pas à faire un plat vraiment vosgien - même si l'on a les détails essentiels en dehors des brimbelles ou des pommes : tofoyes, lard, crème. Le détail essentiel est celui-ci : il faut du munster (ou du gérômé, ce qui est la même chose) ! Toute la subtilité est là. Le munster se prête à tous les usages gastronomiques possibles et il n'est plus seulement un fromage de fin de repas ou de casse-croûte. Voilà le marqueur géographique. Bientôt, le cheeseburger au munster, le sandwich parisien au munster, la pizza au munster, la poutine au munster (cela soulagera du chedar), la fondue au munster, la mozarella de munster !

Dans le même registre : la tagliaflette, la ch'tiflette. On attend les prochaines déclinaisons en -flette.

mercredi, 19 novembre 2008

Du beaujolais nouveau et du boeuf miroton

Les chroniques gastronomiques du journal de référence du soir sont une mine d'erreurs peu savoureuses :

La cuisine lyonnaise a été le premier faire-valoir du beaujolais. De tout temps, ce vin a accompagné les abats, le gras-double ou le tablier de sapeur, la charcuterie (saucissons, sabodet) et les quenelles de volaille. Le retour du beaujolais nouveau sur nos tables, ce jeudi 20 novembre, est l'occasion de ressusciter une recette bien oubliée de la cuisine ménagère : le boeuf miroton, un mot du patois culinaire qui a remplacé mironton, à l'étymologie tout aussi mystérieuse.

D'abord, mironton n'est pas la forme d'origine (1691 pour miroton), mais une déformation populaire plus récente (1853 pour mironton). Elle n'a pas été éliminée, elle est encore dite dans la langue familière et je ne suis pas certain du résultat d'une enquête. Je me dis que la plupart des personnes donneraient comme juste la forme la plus récente.

Ensuite, parler du beaujolais nouveau pour célébrer des recettes de cuisine bien antérieures à cet acide est une ineptie ! Le beaujolais nouveau ne date que du XIXe s. et n'a été codifié qu'en 1951 ! Enfin, suggérer que ce détergent serait mis en valeur par la cuisine est une absurdité, même s'il peut bien servir à déboucher les éviers. Pourquoi pas du boeuf miroton au Coca-Cola tant qu'on y est ?

De tous les mois, novembre est le plus cruel : début juste après la Fête des Morts et Halloween. Cérémonies officielles à Colombey devant la croix de Lorraine ou devant les monuments aux morts pour le devoir de mémoire. Et surtout le pire : le beaujolais nouveau avec son funeste cortège d'ombres funèbres de bananes, de fraises, de cerises, de framboises ou de noisettes qui ne se retrouvent que dans les égouts.

jeudi, 11 septembre 2008

Encorné

«Eliminez le boyau en tirant l’os de sèche», dit la voix de l’homme sans tête dont les mains tripotent l’encornet.

Vu cette description, il y a autant de chances que cet encornet soit une seiche qu'un calmar. La coquille calcaire du calmar, même réduite à la forme d'une plume, est souvent nommée à tort... os de seiche. Elle possède une forme cornée, d'où le nom régional du calmar. En tout cas, notre cuisinier n'a qu'un nom pour des mollusques différents et il ne connaît pas l'homonyme de l'adjectif féminin "sèche".

samedi, 16 août 2008

Caudalie

A Champignac, nous avons un hôtel-restaurant (parmi d'autres) situé dans un cadre prestigieux et qui affiche un nom en apparence énigmatique. Il a donc cru bon de faire figurer à côté des menus et des prestations une définition du mot. C'était sans compter l'esprit facétieux du pharmacien de la place voisine (plus boutiquier qu'apothicaire) qui a cru bon d'afficher dans sa vitrine des produits para-médicaux portant exactement le même nom, car c'est une marque déposée pour une pratique fort obsecure nommée vinothérapie. Or cette vitrine était occupée auparavant par des publicités pour d'autres produits de médecines parallèles aussi fumeux et ésotériques et elle se trouve à moins de cinquante mètres de l'enseigne de bon goût. Je ne sais quelle est la part du hasard dans cette histoire, mais c'est une partie du charme des petites villes de province.

mercredi, 30 avril 2008

Regarde de tous tes yeux, regarde !

Il est rare de lire autant d'âneries à la ligne dans le quotidien parisien du soir et de référence :

La première description du steak tartare est due à l'imagination de Jules Vernes (sic) dans Michel Strogoff [J'attends la mention du chapitre en question]. Que pouvaient donc bien manger les barbares ennemis de la Russie tsariste après leurs exactions sanguinaires ? De la viande crue, saignante... Par une modification phonétique (que la rhétorique appelle métaplasme), barbare est devenu tartare, et par métonymie le nom des peuplades supposées manger la viande crue s'est peu à peu appliqué à cette nourriture.

D'où sort ce tartare dérivé prétendument de barbare, de l'imagination du rédacteur gastronomique qui a l'imagination aussi développée que celle de ses collègues spécialisés dans les cuisines et pas dans la langue ! Quant à parler de métaplasme, c'est ne rien dire : les métaplasmes sont des déplacements, ajouts ou suppressions de phonèmes, alors qu'ici il y aurait un changement d'articulation. Parlons de métaplasme pour tatare contre tartare (ajout du r), mais pas pour barbare contre tartare. J'attends aussi que l'on me prouve que le steak dit tartare existait dans les cuisines parisiennes sous ce nom du temps de Jules Verne, parce que la sauce dite tartare n'apparaît qu'en 1941 selon le DHLF et 1937 selon le TLFi, le steak étant postérieur pour son nom. Je veux bien que Verne ait parlé des Tartares dans son roman, mais à quel endroit peut-il bien citer le moindre morceau de barbaque qui correspondrait à la recette actuelle ou à la légende des cavaliers faisant cuire cette bidoche sous leurs fesses ? On ne trouve que des passages comme :

Nadia, épuisée par la faim, dont son compagnon souffrait cruellement aussi, fut assez heureuse pour trouver dans une maison du bourg une certaine quantité de viande sèche et de «soukharis», morceaux de pain qui, desséchés par évaporation, peuvent conserver indéfiniment leurs qualités nutritives. Michel Strogoff et la jeune fille se chargèrent de tout ce qu’ils purent emporter. Leur nourriture était ainsi assurée pour plusieurs jours, et, quant à l’eau, elle ne devait pas leur manquer dans une contrée que sillonnent mille petits affluents de l’Angara.

Très loin de tous les steaks tartares qui sont sortis de l'imagination du rédacteur.

dimanche, 20 avril 2008

La vie intime et sentimentale du pamplemousse

Qu'est-ce qui est énervant dans un pamplemousse ? Tout !

D'abord, c'est un de ces fruits dont on ne sait jamais très bien s'ils sont à point ou pas encore vraiment consommables. Le tâter ne sert à rien, on ne sait jamais ce qu'il recèle et combien de temps on peut le garder. Fort heureusement, on a choisi pour vous les pamplemousses. Vient l'instant crucial de la coupe du pamplemousse en deux. Il faut bien savoir se repérer pour obtenir deux parts égales coupées exactement au milieu. Mais le pamplemousse est une sorte de marsupilami fruitier, il est capable de bondir si on a mal placé le couteau ou mal choisi le couteau. Dans tous les cas, une seule règle : maintenir le pamplemousse d'une main ferme afin qu'il ne saute pas à la figure de votre voisin. L'usage d'une fourchette solidement plantée est vivement recommandé, mais attention aux projections de jus à cette occasion.

Reste encore le pire. Que faire avec une moitié de pamplemousse ? Certains découpent délicatement le bord en évitant de prendre un peu trop d'écorce, d'autres laissent de la peau sur les bords. Des astucieux découpent d'abord en quartier le pamplemousse selon ses rayons supposés, mais ah ! ils ne peuvent pas découper le fond du pamplemousse parce qu'il faut aussi le détacher de son écorce. La troisième voie existe : on sort carrément toute la peau après avoir maintes et maintes fois retourné l'écorce par une foule d'opérations étranges. Et pendant ce temps, tout le monde a été bien aspergé de jus de pamplemousse ! Parce que ce diable ne se laisse pas avoir sans réagir. Il faudrait y aller à la hache, mais ce serait pire.

Admettons que l'on ait pu obtenir un demi-pamplemousse à peu près présentable pour être mangé, ce n'est pas fini ! Si on le prend à la cuiller, on risque fort de lancer encore des jets de jus pour chacun des petits quartiers que l'on voudrait faire. Si on continue au couteau, c'est plus pratique pour une coupe fine, mais cela devient difficile de le porter à sa bouche. Et puis après... il y a encore les reliquats sur l'écorce : comme si vous n'aviez mangé que le quart de votre pamplemousse, il y a des fibres qui vous montrent narquoisement que vous n'avez pratiquement rien mangé. Mais certains ne sont pas à prendre parce que c'est trop dur. Vous êtes tombé sur le mauvais pamplemousse comme on tombe sur le mauvais melon ou le mauvais avocat.

Contemplons enfin le spectacle final : une assiette complètement inondée, la nappe largement salie, quelques taches sur la chemise ou la serviette, pas grand-chose dans la bouche. L'impression d'un gâchis infini.

mercredi, 16 avril 2008

Ch'maroilles

Tous les mercredis, l'Oignon publie une page Terroirs. On a droit aux prix de la foire aux bestiaux, aux communiqués des associations agricoles régionales, à un sujet général sur l'agriculture, à un ou deux produits dits de terroir. On croirait le journal de Jean-Pierre Pernaud, mais par écrit. Il manque juste des articles sur le dernier sabotier ou le dernier rémouleur du village de Kamini. Faut dire que la Champignacie est d'abord une région qui vit de sa cambrousse, et l'Oignon se doit de soigner les images mythiques du monde rural avec toutes ses traditions même lorsqu'elles ont plus à voir avec le marquetingue, la grande industrie et les cuisines pour collectivités.

Cette semaine, c'est le maroilles. Tiens ? me dis-je, ch'maroilles, c'est nin champignacien. Que nenni ! comme vous l'apprendrez par la suite, le maroilles est bien lié à ma région. Le boom du maroilles est annoncé en une : "Les ventes de maroilles dopées par les Ch'tis". Je pense tout de suite que les pavés ont été vendus deux fois plus et qu'on doit maintenant tremper le maroilles dans la bière à Strasbourg, dans l'anisette à Marseille, dans le kir à Dijon, dans le cidre à Caen. Je me reporte à l'article.

Dans le chapeau, on assure que "avec près de 10 % de hausse de consommation, le Maroilles surfe sur la vague du film « Bienvenue chez les Ch’tis »." Notez le "près de" qui sera fortement relativisé ensuite. Puis on déclare " chacun veut découvrir le caractère bien trempé de ce fromage." Ce "chacun" sera aussi l'objet d'une forte restriction par la suite.

Un représentant de la corporation du maroilles vient tempérer l'enthousiasme : "Il y a une augmentation des ventes significatives grâce à l’effet ch’tis. On peut considérer que cette hausse oscille entre 5 et 10 % des ventes." Les 10 % ne sont donc que l'hypothèse haute. Ce n'est pas exactement ce qui s'appelle bénéficier d'une vogue.

On arrive à modérer le "chacun" du chapeau : "Ce sont surtout des régionaux qui nous achètent, ils se le réapproprient." Bien... ce sont donc les Picards et les Nordistes (et accessoirement des Champignaciens ayant des attaches picardes) qui reprennent du maroilles. Ce n'est pas demain qu'on le dégustera sur une terrasse place Kleber ou du Capitole ou des Arsenaulx ou du Tertre. C'est donc la séquence "les régionaux parlent aux régionaux".

On poursuit par une artisane qui ne voit pas vraiment l'augmentation. "Pourtant c’est vrai que nous avons quelques clients habituels qui en achetaient un peu plus pour leurs collégues". On reste donc dans la clientèle locale et dans l'effet de miroir. Et le dopage des ventes est encore plus relativisé : "nous avons des gens venus exprès sur le stand pour découvrir ce qu’était un Maroilles, ils n’en avaient jamais vu. Il y a déjà eu un effet de curiosité." Voilà ! un épiphénomène, mais marginal et peut-être éphémère. D'abord parce que si le maroilles est bien présent en grandes surfaces en cherchant bien ou dans les fromageries spécialisées, il n'a jamais bénéficié de campagnes de publicité et surtout d'étalage nationales. Ensuite, parce que le succès des Ch'tis n'avait pas été anticipé par les fabricants de maroilles (on ne va pas fabriquer plus de fromages qu'on ne pourrait en vendre quand même !) Enfin, parce que l'on est dans la méthode Coué : mangeons plus de maroilles entre nous aut' afin de faire croire à toute la France entière que le maroilles se vend de mieux en mieux et est devenu ce que chacun veut sur sa table, même à Ajaccio ou à Bayonne. C'est un effet miroir. Mais d'ici la fin de l'année, quand le film sortira en DVD et qu'il sera aux heures de grande audience sur TF1, je vous garantis de belles campagnes de pubs en affiches 4 par 3 et des tas d'éventaires de supermarchés pour le maroilles, parce que l'on ne va plus rater une si belle occasion qui permet de se mesurer au camembert ou au roquefort. Le grand commerce commence...

Vous voulez manger du maroilles ? Vous en mangerez jusqu'à crier pitié ! Cet article survend une mode du maroilles par son chapeau, son titre, son annonce en une, histoire de créer le futur engouement que l'on présuppose. Et le tout sera dit dans un pseudo-picard du plus bel aloi.    

 

jeudi, 10 avril 2008

Pas de champignac pour les Suisses !

La guerre du nom de Champignac continue avec l'irréductible Suisse, mais elle se traduit une nouvelle fois par une victoire judiciaire de la Champignacie sur les Vaudois :

Les juges ont estimé que cette mention évoquait l’appellation Champignac et permettait aux sociétés Cornu de détourner indûment à leur profit la notoriété attachée à cette appellation de renommée mondiale. En conséquence, le tribunal a prononcé «l’interdiction de tout usage du nom Champignac», que les biscuits soient fabriqués en France ou en Suisse, et a ordonné «la radiation du nom du domaine».

C'est qu'il y a beaucoup d'argent en jeu aussi avec les biscuits roses (entre autres) à base de champignac. En ce moment, le vignoble est en pleine ébullition du fait de l'extension de son aire et de l'arrivée de nouveaux produits dérivés qui sont baptisés traditionnels.  

mercredi, 09 avril 2008

Cadoline

J'ai déjà parlé ici des produits dérivés du champignac (le fameux vin à bulles qui fait des pschitt ! après avoir fait un bang !). En voici un nouveau :

Une pose de cadolines, qui s'inscrivent dans l'esprit des capsules de bouteilles, permet aux vignerons de personnaliser le produit. « Et chaque Cadoline est unique, numérotée et personnalisée. » 

La capitale à Cadoline m'interpelle. Ce serait une marque déposée ? Dans ce cas, ce serait en concurrence directe avec une société luxembourgeoise  possédant des succursales en Belgique. Elle est spécialisée dans les idées de cadeaux, d'où son nom. Or qu'est-ce qu'une Cadoline ? Un emballage de carton entouré de raphia pour faire un semblant de cadeau autour d'un pot de conserves ! Mais il faut donner un nom noble à la chose, comme pour le muselet des bouteilles de champignac, et puis on cite une tradition de gelées du XVIIIe s. que l'on aurait réinventée, sans aucune mention précise.  Si j'étais le pacquadgeur, je me méfierais : le droit des marques existe et il y a un risque de concurrence directe pour le nom de la marque. Cela peut se plaider au tribunal...

Quant au nom de la cochonnerie sucrée destinée à recycler les surplus de raisins, il n'est pas moins comique : Mam'zel An'gel. Avec le parfait mauvais goût absolu : apostrophe commerciale inepte afin de faire ressortir un jeu de mots stupide entre Angèle et gélée, référence à une chanson célèbre à la télévision des années septante. C'est encore le syndrôme Casimir qui a frappé et on voit le public visé ou les références des concepteurs publicitaires.    

lundi, 07 avril 2008

ConfiVin

Je lis dans l'Oignon dominical une page de publi-rédactionnel (parainnée par Fossier qui affiche sa belle pub pour ses biscuits roses) sur les arts de la table par un jeune chef champignacien deux fois étoilé qui signe (les cuisiniers signent comme les peintres, les sculpteurs, les écrivains, les architectes ou les musiciens) une recette de "ragoût de légumes du moment glacés au ConfiVin". Cela m'intrigue : les légumes du moment, ce sont bien ceux du temps de la lecture ? Parce que ce serait difficile d'avoir des carottes, oignons, navets, asperges (déjà ?), courgettes (c'est régional ?), échalotes, artichauts (vu que toute la production ou presque vient de Bretagne, bonjour le lisier de porcs !), petits pois et tomates (si tôt ?) en même temps au même endroit... Cela ne doit pas être très bio tout ça et il doit y avoir du CO2 consommé pour acheminer tous ces produits. Du moment ne veut rien dire. D'autant que le titre de cette page est un avant-goût d'été (que l'on peut savourer sous la neige qui tombe en ce moment...)

Mais ce qui me retient bien plus, c'est la mention du ConfiVin. Cela a tout l'air d'un nom de marque. Dans un encadré, on m'explique ce qu'est le ConfiVin. Je cherche sur la Toile et je tombe sur cette page qui m'explique ceci :

Ainsi est né Confivin, préparation culinaire "à mi-chemin entre gelée et confiture" élaborée avec méthode dans le plus grands respect du Vin afin que celui-ci vous livre tous ses secrets, perpétuant ainsi recette du vignoble champignacien au XIXème siècle.  

Vi, vi, vi. De la pure tradition XIXe s. née il y a quelques années seulement avec un nom construit par des pubeux et des marquéteux pour créer un produit dérivé du fameux champignac, le vin qui fait des bulles ! Parce que si l'on cherche bien, le fameux ConfiVin n'existe qu'en Champignacie et cette page très mal rédigée laisse quand même entendre une sorte de tradition qui n'existe pas. En outre, je n'ai pas besoin d'être sorcier pour deviner qu'il s'agit d'une grosse cochonnerie : ajouter du sucre à un vin (pardon le Vin avec capitale selon ces mercantis) déjà très sucré, cela doit être pire que des Chupa Chups. 

Dans la même page de pseudo-gastronomie régionale, on trouve un "Intercalé de chèvre, ratatouille et tomate sèche". Je note l'inventivité lexicale pour les noms de plats : un intercalé, c'est mieux que du gloubi-boulga ! Je cherche ce que veut dire la chèvre et je vois un encadré, là encore, pour le fromage de chèvre de l'Argonne qui ne doit pas être AOC car sinon cela aurait été indiqué. On fait dans le terroir le plus étroit. Quant à la recette de la ratatouille, tenez-vous bien ! c'est :

1. Préparer une ratatouille de légumes [comme s'il y avait d'autres ratatouilles], y ajouter de la tomate sèche.

Tiens... Je croyais qu'il y avait d'habitude de la tomate dans les ratatouilles, j'ai dû me tromper parce que je déteste la ratatouille et que je ne la mange pas. Dans les ingrédients, le chef indique : 300 g de ratatouille.

Parce qu'il faut l'acheter toute faite en barquette toute préparée au supermarché, la ratatouille ? Sa recette serait trop compliquée à expliquer ? Cela sert à quoi que Disney se décarcasse pour faire l'éloge de la ratatouille ? En fait, le but était simple : il fallait faire croire que l'on allait parler de deux plats avec des tomates, mais afin de parler de deux produits champignaciens qui figurent dans les encadrés, une cochonnerie sucrée (destinée à évacuer les surplus de raisins) et un fromage sans appellation. 

 

mercredi, 05 mars 2008

L'estomac dans les talons

Je lis ceci et je suis un peu estomaqué (si je puis dire) :

De nombreux pays ou région possèdent leurs spécialités ou recettes en matière de triperie. Ainsi le pied de porc pané à Sainte-Ménehould est un des emblèmes de la gastronomie régionale.

Je découvre alors soudain plusieurs choses :

a) le porc est donc un ruminant comme les vaches, les chèvres, les moutons, les cerfs, les chameaux, les girafes (sans compter les kangourous)...

b) le pied de l'animal fait partie de ses viscères et boyaux...  

Que le pied de porc soit préparé par des tripiers, je veux bien. Que ce soit des tripes, cela me semble un peu étrange et à vrai dire plus pour rappeler un certain esprit de clocher propre à la Champignacie. Les vrais amateurs aiment les pieds de porc à la Sainte-Scolasse

mercredi, 27 février 2008

Parmigiano, partigiano !

Voyons... En italien, on dit parmigiano pour de la région de Parme, laquelle bénéficie d'une AOP :

Bruxelles soutenait notamment que la dénomination "parmesan" était une simple "traduction" de l'appellation italienne, tandis que l'Allemagne affirmait qu'il s'agissait d'un terme générique et non d'une traduction.

En français, on traduit parmigiano par parmesan, que ce soit pour l'habitant du lieu ou le fromage. En allemand, on reprend le nom français pour désigner le fromage et non l'habitant (lequel sera Parmigianer) :

Les juges de Luxembourg n'ont pas donné raison à l'Allemagne sur ce point, soulignant qu'"étant donné la similitude phonétique et visuelle entre les dénominations en cause et l'apparence extérieure analogue des produits", l'usage de la dénomination "parmesan" était bien "une évocation de l'appellation d'origine contrôlée".

Le français comme langue de référence pour les noms de fromages n'a pas été évoqué, pourtant c'est bien lui qui a donné le nom prétendu générique en Allemagne et le parmesan ne peut évoquer que Parme pour un Français ou un Italien depuis au moins la Renaissance. On a en français, bon nombre de noms locaux italiens francisés, ils ont pu être repris ailleurs dans d'autres langues parce que la forme française semblait plus chic et gastronomique, mais leur origine reste bien italienne.

jeudi, 06 décembre 2007

La guerre du faux

Que faire en cette période de l'année ? Vanter d'abord les produits gastronomiques de notre si beau terroir (et on n'échappe pas à la règle en Champignacie puisque le breuvage pétillant est l'objet de campagnes de promotion, notamment au ministère des Affaires étrangères). Et surtout dénoncer les ignobles imitations étrangères. C'est ce que fait par exemple la Dépêche en évoquant un faux fois gras d'origine britannique. Je vous rassure tout de suite, je n'ai pas émigré du côté de Toulouse, j'ai trouvé cette page par hasard en lien ailleurs.

La chaîne britannique de supermarchés Waitrose vient de lancer sur ses rayons un bien étrange produit, le « Faux Gras », made in England. Cette enseigne avait arrêté, il y a six ans, de vendre du foie gras, du vrai, au nom de la défense des animaux. Elle vient donc de trouver « sa » solution.

C'est une information reprise avec autant de sérieux par des médias comme TF1 ou le Figaro. Ah ! les Godons ! s'ils n'existaient pas avec leurs inventions farfelues et excentriques, on aurait des difficultés à avoir une saine xénophobie de tradition et de bon goût... Nous apprécions d'avoir de tels ennemis héréditaires qui nous confortent dans nos certitudes.

Toutefois, ce qui est étrange, c'est que pour montrer le côté chic de la chose, enfin de cette pâte, il a fallu employer un nom français pour la marque Faux Gras. Le français fait raffiné et sophistiqué dans l'archipel. Le nom est assez paradoxal puisque justement cette sorte de pâté est constitué de gras, ou plutôt de graisse ajoutée ! Ensuite, vanter le caractère gras de l'aliment est assez étrange dans cette époque de régimes diététiques ou amaigrissants. Mais puisque c'est faux, on ne doit pas se sentir coupable de trop manger. Enfin, il est plus que bizarre de voir un produit annoncer ses vertus en se donnant comme un faux, alors que nos vaillants producteurs du Midi présentent les leurs comme authentiques, selon les méthodes ancestrales disent-ils.

Le paradoxe ne s'arrête pas là. En effet, la marque comporte aussi une indication sur la nature du produit et c'est Hot Foie Gras. Il faudrait savoir... C'est du faux ou ce n'est pas du faux ? La sonorité du mot faux prononcé par un Anglais a joué, mais malgré tout il faut l'annoncer comme étant du foie gras. C'est un peu moins gros que l'argumentaire destiné à satistfaire les mouvements de libération animale en précisant que les bestioles ont été traitées avec humanité et sans gavage, mais c'est quand même présent.

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mardi, 06 novembre 2007

Der Raclette ist schoen und gut

Oyez, oyez , bonnes gens ! Vous pouvez désormais employer le mot de raclette pour désigner votre plat sans que celui-ci soit fait à base de fromage suisse dénommé comme raclette par métonymie. On peut donc faire de la raclette de munster ou de gérômé ou de comté et je suis le premier ravi !

Euh... le raclette, cela ne le fait pas : trop suisse germanique mal traduit. On veut bien de la raclette, mais avec nos fromages et nos genres !

dimanche, 22 juillet 2007

Ayez la débile attitude !

Le mot attitude postposé après un adjectif ou un nom pris comme adjectif est déjà particulièrement gonflant. Mais je me demande pourquoi ce poncif intervient toujours dans une phrase impérative...

Ayez une Vélib' attitude ! (La dernière ânerie à la mode du côté de Paris-Plage.)  

Vous avez dit diététique ? Ayez la fraîche attitude ! (Au passage, on notera cet autre poncif qui consiste à reprendre le ttre Vous avez dit... ?)

Chez la grande philosophe Lorie, particulièrement appréciée par un éminent homme politique picto-charentais, on retrouve l'impératif, mais plus disséminé :

Souviens-toi de ces instants précieux
Qui ont rendu ton coeur si joyeux
De ces histoires d'amour tellement essentielles
Elles t'ont rendu la vie bien plus belle, bien plus belle
Devant la douleur, tu dois savoir faire face
Moi j'ai trouvé un remède très efficace...

On retrouve la profondeur de cette pensée chez le fort illustre métaphysicien belgo-helvéto-monégasque Jean-Philippe Smet qui multiplie les impératifs et qui est en fait l'inventeur de cette formule ontologique :

Lutte pour écrire ton histoire
Lutte pour garder ta mémoire
Et pour garder en toi
Une rock' n' roll attitude
Ne reste pas chez toi avec tes certitudes
Rock' n' roll attitude

Et 

Respirer chaque minute qu'on respire
Rock' n' roll attitude
Le risque de l'amour
Passe par l'amour du risque
Rock' n' roll attitude
Seules les passions de cire
Sont gravés dans les disques
Lutte contre les mots faciles
Lutte contre la haine des imbéciles
Garde toujours en toi
Une rock' n' roll attitude

Vous remarquerez dans cette somme poétique la puissance évocatoire de l'anaphore, ce qui laisserait à penser qu'Henri Guaino a participé aux paroles. On pourrait multiplier les exemples (ayez la cool attitude, la metal attitude, la tatoo attitude, la tribal attitude, la Tokio Hotel attitude, etc.)

Pourquoi associe-t-on le nom attitude et un impératif ? D'abord, le mot attitude laisse penser à un choix personnel, authentique et subjectif que les autres ne doivent pas juger. En fait, c'est le narcissime de chacun qui est flatté : on est prétendument soi-même dans son attitude qui reçoit un nom. Mais, en réalité, il s'agit bien d'un message publicitaire ou de propagande qui vous dit : faites comme ci et comme ça pour être bien considérés. Le mot attitude tend à effacer le côté coercitif, contraignant, directif que pourrait avoir le message. C'est de la dictature soft, celle qui laisse croire que l'on a fait le choix alors que des ordres ont été donnés.

vendredi, 15 juin 2007

Ne me secouez pas, je suis plein de pub

Vous  aurez remarqué la pub débile que M. Hautetfort  a décidé d'afficher au dessus de mon blougue à moi, on y vante un concept Anglais [sic] bien délire [re-sic], le rodéo sauvage... Je ne savais pas que la Grande-Bretagne était peuplée de garçons vachers à la John Wayne qui jouaient du lasso parmi les vastes plaines d'un farveste aux limites infinies. Je me renseigne un peu plus et je tombe après le site-faux blougue de MySpace sur cette vidéo du plus pur style Jackass, avec un avertissement ! Pour votre sécurité et celle des autres ne tentez pas de faire ce que vous allez voir. Plus faux-cul, difficile à trouver. Ros veut dire rodéo sauvage (vous avez vu des rodéos qui ne seraient pas un peu sauvages ?) et on y voit le mot cassos qui signifie bien la bêtise du propos. Et je me dis que tout cela a un drôle de goût pour une boisson nord-africaine rapatriée d'Algérie... Parce que oui, Orangina a l'accent pataouète comme Enrico Macias, Marthe Villalonga et Roger Hanin. Mais entre les pubs très classieuses et stylées de Goude pour cette boisson et puis les idioties actuelles que l'on nous invite à voir sur la Toile, le fossé est immense...

Comme l'eau vive

Où l'on retrouve différents sujets déjà abordés sur ce blougue :  les noms des marques d'eaux, le cliché gourmand  et notre haine des sucreries.

Hier sur la route, j'avais très soif du fait de la moiteur qui règnait sur les champs de betteraves. Je m'arrête dans une petite épicerie de village, noblement rebaptisée supermarché (trente mètres carrés bien comptés), et je regarde les eaux minérales ou naturelles. Le plus simple, le moins cher et le plus pratique, ce serait la bouteille de Cristalline à 60 centimes pour 75 centilitres. Cristalline, c'est d'abord une eau de source d'assemblage, contrairement aux autres eaux, mais on s'en moque si on ne veut pas acheter de la marque. Seulement, ces eaux sont sur un présentoir bien exposé à la chaleur. Je repère une glacière près de l'entrée et je vois sous les différentes vacheries de sodas des bouteilles d'eau. Je regarde :  enfer et gaspation (comme aurait dit Charlie Schlingo) ! le prix est carrément multiplié par trois, 85 centimes pour 33 centilitres, je n'ose songer aux dividendes des actionnaires. Et en regardant mieux, je m'aperçois qu'il ne s'agit pas exactement d'eau, mais d'une eau vaguement teintée de violet, de jaune, de rose ou d'orange. Cela fait de jolis reflets, mais je me demande si cela désaltère vraiment, on m'assure 0 % de calories, mais pourquoi grands dieux ? Je regarde mieux, il y a bien des calories, du fait de 4,8 % de sucres. Ben oui, on ne peut pas peinturlurer l'eau et l'aromatiser sans y ajouter des agents de saveur, des sucres et des conservateurs de synthèse. C'est une sorte de sirop non concentré, prêt à l'emploi et sous une forme un peu light

Je regarde mieux et je m'aperçois qu'il s'agit de déclinaisons de marques d'eau : Volvic gourmande (goût gourmand), ContreX saveur gourmande. Sang et tripes ! songé-je en ayant des velléités de me saisir d'un sabre comme Barbe-Rouge... Comme le marché des eaux est totalement saturé en France, il faut jouer sur de nouvelles impulsions d'achat et aller concurrencer directement les saloperies sucrées en canettes ou en mini-bouteilles, c'est pour cela que ça coûte si cher. Cela se baptise gourmand parce qu'il y a un vague parfum de fruits et que l'on y trouve du sucre comme dans un dessert ou une friandise prise entre deux repas. Comment une eau peut-elle être gourmande ? Et si on boit de l'eau, ce n'est pas parce que l'on succombe à une envie gourmande ou que l'on veut se faire plaisir ou que l'on va jouer avec le dernier concept marquetingue nouveau et intéressant, c'est que notre corps réclame simplement d'être réhydraté régulièrement et que l'eau fait partie de la vie. Je prends quand même deux de ces gadgets pour femmes d'affaire dynamiques, actives et super-motivées (le site de ContreX est hyper-rigolo, on croirait qu'il a été rédigé par des anciennes journalistes de Cosmopolitan ou de DS, avec tous les clichetons possibles, tellement cela ne parle pas de la femme de ménage, de l'ouvrière dans des lingeries industrielles ou de la caissière d'autoroute, et il y a des jours où je me dis que la lutte des classes n'est pas un vain mot).

Ah ! le titre du billet est une référence à Guy Béart, mais sait-on encore qu'il évoquait alors la catastrophe de Malpasset ?

mardi, 12 juin 2007

Gourmander les pourricités

Avec un exemplaire de l'Oignon, j'ai reçu un petit fascicule en couleur intitulé Femmes à Champignac. Je connais le genre : c'est du publi-rédactionnel diffusé avec tous les journaux de la presse Hersant et agrémenté de publicités pour des commerces locaux. Cela permet de mieux cibler les niches de marché... Le machin présente quand même quelques figures lexicales intéressantes et c'est un concentré des couenneries de revues féminines.

1. En été, tout doit être estival

À l'heure estivale, pas question de se priver de confort. Cette année, le farniente prend des airs de dolce vita.

Je ne comprends pas ce qu'est cette heure estivale, si ce n'est le besoin de sous-entendre que durant l'été on n'est pas forcément en vacances mais qu'on peut faire comme si... En outre, on peut parfaitement inverser la proposition en : cette année, la dolce vita prend des airs de farniente. Ce ne sera pas plus faux puisque c'est redondant.

- Shopping à l'heure d'été [Tiens... on ne dit plus estival ?]On fête dignement le retour des pique-niques estivaux en prenant la route de la campagne ou du bord de mer avec le matériel nécessaire.

Il est entendu qu'un pique-nique à une autre saison est forcément vulgaire et que l'on ne saurait se rendre à la campagne au printemps ou en été. D'ailleurs, il n'y a de pique-niques qu'estivaux... 

- Une jolie vaisselle estivale idéale pour les pique-niques.

Moi, me rendre à un pique-nique estival avec une vaisselle qui serait printanière ou hivernale, vous n'y songez pas ! Je respecte trop le rythme des saisons...

 

2. Rafraîchissements 

- À placer [une douche] non loin du salon pour une pause rafraîchissante entre deux séances de farniente.

Une pause même rafraîchissante entre deux moments où on ne fait rien, cela se nomme du travail ! La douche est une activité intense et épuisante qu'il faut présenter de manière ludique. J'ai déduit aussi que le terme farniente voulait dire bronzette ou bavardage.

- Salades fraîches. Des saladiers parfaits parfaits pour conserver les salades ou les boissons au frais.

Ah bon ! Elle devient fraîche la salade lorsqu'elle est placée dans le compartiment isotherme adapté ? On peut acheter des salades sous cellophane, ayant subi la chaîne du froid et d'un coup elles deviennent fraîches comme si on les avait cueillies dans le jardin dans les minutes précédentes ?   

- [Un équipement total (sic) de pique-nique] se loge dans ce sac à la couleur rafraîchissante comme un bain de mer.

C'est le lexique qui aurait besoin d'être rafraîchi...

 

3. L'alimentation minceur

- Si vous voulez vraiment adopter une alimentation minceur pendant quelques semaines sans l'imposer à votre entourage, il va falloir réorganiser un peu les repas, de façon à vous faciliter la vie.

On trouve beaucoup de figures là : 1) on s'adresse à une lectrice grosse, très grosse, voire obèse... ou bien adepte de la junk food et ne cuisinant jamais pour la famille. Donc il faut être prudent sur la réorganisation. 2) C'est très mal de dire que la lectrice veut perdre ses bourrelets et ses paquets de graisse, il ne faut surtout pas la culpabiliser même si elle se sent fautive : c'est son choix de chercher la minceur même si elle ne deviendra pas mince. Ensuite, il faut penser que c'est une mère de famille dont les sept enfants réclament sans arrêt des hamburgers-frites avec du ketchup, donc il ne faut pas non plus que cela la culpabilise plus : elle ne devra pas imposer le végétarisme à tous. Enfin, même si elle va devoir cuisiner plus, il faut qu'elle prenne cela comme une liberté supplémentaire qui lui facilite la vie (elle ne se disputera pas avec son entourage).

- Gourmandise attitude.  Cet édulcorant qui garde ses propriétés à la cuisson est le vrai complice minceur des amateurs de desserts qui veillent à leur ligne.

Là, je crois qu'on s'avance un peu en disant qu'un ingrédient quelconque garde toutes ses propriétés (non citées) à la cuisson, mais c'est fait pour qu'on oublie qu'il s'agit d'un édulcorant aux propriétés déjà réduites. On mise sur deux tableaux à la fois : il faut qu'il y ait alimentation et goût, il ne faut pas que ce soit alourdissant et insipide, enfin il faut qu'on se fasse plaisir tout en ne ressemblant pas à Obélix. C'est une sorte de quadrature du cercle et par un tour de passe-passe, on fait d'une vacherie une sorte de solution miracle avec le complice minceur où le néo-adjectif minceur acquiert une personnalité. Il faut faire des écarts sans risques.

 4. La gourmande attitude

- Nouveautés gourmandes. Qu'y a-t-il de nouveau dans les rayons estivaux ?

 Oui, il existe des rayons estivaux qui doivent avoir une vie indépendante des autres rayons durant la même saison.

- 4 idées minceur et équilibre. Alléger les menus estivaux sans pour autant faire une croix sur la gourmandise, c'est possible !

Oui, minceur est un néo-adjectif comme équilibre. Mais cela ne vaut pas le sens de gourmand :

 - Un accompagnement gourmand.  Petite ratatouille croquante.

- Apprenez à user et à abuser des aromates, herbes et épices qui rehaussent les saveurs et rendent gourmandes des préparations légères.

- Destinations gourmandes. Voici plusieurs propositions de séjours détente qui combinent découverte et gastronomie, sous toutes ses formes, même les cours de cuisine.

On admirera le séjour détente qui est du pur charabia et surtout on notera que gourmand peut s'appliquer aux plats que l'on ingurgite ou prépare, aux lieux où ces plats existent.

Gourmand, comme néo-adjectif de sens dérivé, s'oppose bien sûr à minceur, mais il peut être synonyme aussi de généreux (tartines généreuses) lequel va s'opposer à léger. Gourmand, cela veut dire alors qui donne envie de manger, qui offre à manger, et ce n'est plus du tout la personne qui est gourmande : c'est la chose devant soi qui devient gourmande. Il y a une sorte de déréalisation de sa propre conscience : on ne cherche plus à manger, on suit une envie gourmande ; on ne veut plus maigrir, on veut optimiser son capital minceur (sans toutefois renoncer à tous les plaisirs). Ce discours publicitaire sur la cuisine et l'alimentation joue sur la mauvaise foi des lectrices (et des lecteurs) :  il s'agit d'assurer de tous côtés que l'option choisie est forcément bonne puisque toutes les possibilités auront été en apparence présentées. Le néo-adjectif gourmand est tellement mis à toutes les sauces (buffet gourmand, rendez-vous gourmant, randonnée gourmande, restaurant gourmant) qu'il en devient infect en bouche : j'ai repris récemment un élève qui proposait gourmand à la place de gastronomique lorsqu'il fallait chercher des mots avec une racine grecque, pour lui le terme gourmand était juste et l'autre sans aucun sens.

mercredi, 06 décembre 2006

De la grammaire des critiques gastronomiques

Pourriez-vous dire quel ingrédient se rapporte à quel autre et comment ces ingrédients peuvent se combiner ? Pour moi, c'est aussi clair que le Grand Albert ou le Necronomicon... Le critique enfile des produits sans se soucier de bien les coordonner.

L'excellent carrelet (13,95 euros le kilo) est simplement poêlé à l'huile d'olive par Pierre Gagnaire et servi sur un fond de crème de poireau relevé de basilic violet, de céleri rave avec des échalotes sautées au beurre parsemées d'amandes.

Et si quelqu'un peut m'indiquer aussi comment cette phrase explique les actions à accomplir, ce sera fort bien. Je ne vois pas l'enchaînement et le résultat.  

La sardine en simple appareil est crue (votre poissonnier l'écaillera et lèvera les filets) et marinée quelques minutes dans un peu d'huile d'olive parfumée de baies roses, de persil et de basilic finement ciselé.